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La télécratie contre la démocratie

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285 pages
La télécratie qui règne désormais en France comme dans la plupart des pays industriels ruine la démocratie : elle remplace l’opinion publique par les audiences, court-circuite les appareils politiques et détruit la citoyenneté. La télévision et l’appareil technologique qui la prolonge à travers les réseaux numériques de télécommunication sont en cela devenus le premier enjeu politique. À travers ce que l’on appelle les industries de programmes, c’est la relation politique elle-même qui est devenue un nouveau marché, et ce marketing confine aujourd’hui à la misère politique : au cours de la dernière décennie, l’appareil télécratique a développé un populisme industriel qui engendre à droite comme à gauche une politique pulsionnelle, et qui semble conduire inéluctablement au pire. Ce devenir infernal n’est pourtant pas une fatalité. La philosophie se constitua à son origine même contre la sophistique : celle-ci, par une appropriation abusive de l’écriture, développait une gangrène qui menaçait de guerre civile la cité athénienne. De cette lutte contre les tendances démagogiques de la démocratie grecque résultèrent les formes de savoirs qui caractérisent l’Occident. Prônant un nouveau modèle de civilisation industrielle, cet ouvrage affi rme qu’un sursaut démocratique contre les abus de la télécratie est possible, et appelle l’opinion publique française et européenne à se mobiliser contre la dictature des audiences.
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Bernard Stiegler
La télécratie contre la démocratie
Lettre ouverte aux représentants politiques
Champs essais
© Flammarion, Paris, 2006 et 2008 pour la présente édition. ISBN Epub : 9782081391208
ISBN PDF Web : 9782081391215
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081217829
Ouvrage composé par IGS-CP et converti par Meta-sys tems (59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur La télécratie qui règne désormais en France comme d ans la plupart des pays industriels ruine la démocratie : elle remplace l’o pinion publique par les audiences, court-circuite les appareils politiques et détruit la citoyenneté. La télévision et l’appareil technologique qui la prolonge à travers les réseaux numériques de télécommunication sont en cela devenus le premier e njeu politique. À travers ce que l’on appelle les industries de programmes, c’est la relation politique elle-même qui est devenue un nouveau marché, et ce marketing confine aujourd’hui à la misère politique : au cours de la dernière décennie, l’appareil télé cratique a développé un populisme industriel qui engendre à droite comme à gauche une politique pulsionnelle, et qui semble conduire inéluctablement au pire. Ce devenir infernal n’est pourtant pas une fatalité. La philosophie se constitua à son origine même contre la sophistique : celle-ci, par une appropriation abusive de l’écriture, dé veloppait une gangrène qui menaçait de guerre civile la cité athénienne. De cette lutte contre les tendances démagogiques de la démocratie grecque résultèrent les formes de savoirs qui caractérisent l’Occident. Prônant un nouveau modèle de civilisati on industrielle, cet ouvrage affirme qu’un sursaut démocratique contre les abus de la té lécratie est possible, et appelle l’opinion publique française et européenne à se mob iliser contre la dictature des audiences.
Bernard Stiegler, philosophe, est l’auteur de nombr eux ouvrages, dont, avec l’association Ars Industrialis, Réenchanter le mond e. La valeur esprit contre le populisme industriel (Champs, 2008).
Du même auteur
Réenchanter le monde. La valeur esprit contre le po pulisme industriel (avec Ars Industrialis), Flammarion, 2006. mme et son désir de grandirDes pieds et des mains : petite conférence sur l’ho , Bayard. ismeMécréance et discrédit 3. L’esprit perdu du capital , Galilée. es d’individus désaffectésMécréance et discrédit 2. Les sociétés incontrôlabl , Galilée. L’Attente de l’inattendu, École supérieure des Beaux-arts de Genève. Mécréance et discrédit 1. La décadence des démocraties industrielles, Galilée. Constituer l’Europe 2. Le motif européen, Galilée. Constituer l’Europe 1. Dans un monde sans vergogne, Galilée. De la misère symbolique 2.Lacatastrophèdu sensible, Galilée. leDe la misère symbolique 1. L’époque hyperindustriel , Galilée. Aimer, s’aimer, nous aimer : du 11 septembre au 21 avril, Galilée. La Technique et le Temps 3. Le temps du cinéma et l a question du mal-être, Galilée. Échographies de la télévision(avec Jacques Derrida), Galilée-INA. La Technique et le Temps 2. La désorientation, Galilée. La Technique et le Temps 1. La faute d’Épiméthée, Galilée.
La télécratie contre la démocratie
Lettre ouverte aux représentants politiques
Pour Brigitte, Marianne, Nathalie et Anne, institutrices des écoles publiques maternelles et p rimaires, avec mon admiration et ma reconnaissance.
L’amitié [le fait d’aimer,philia, dephilein, aimer] est […] ce qu’il y a de Dlus nécessaire Dour vivre. Car sans a mis Dersonne ne choisirait de vivre, eût-il tous les au tres biens […]. e Dlus, l’affection est, semble-t-il, un sent iment naturel du Dère Dour sa Drogéniture et de celle-ci Dour le Dère, non seulement chez l’homme mais encore chez les oiseaux et la DluDart des animaux ; les individus de même race re ssentent aussi une amitié mutuelle, DrinciDalement dans l’es Dèce humaine, et c’est Dourquoi nous louons les hommes q ui sont bons Dour les autres. Même au cours de nos voyages au loin, nous Douvons constater à quel Doint l’homme r essent toujours de l’affinité et de l’amitié Dour l’homme. L’amitié semble aussi constituer le lien des cités, et les l égislateurs Daraissent y attacher un Dlus grand Drix qu’à la ju stice même. En effet, la concorde, qui Daraît bien être u n sentiment voisin de l’amitié, est ce que recherchen t avant tout les législateurs, alors que l’esDrit de factio n, qui est son ennemie, est ce qu’ils Dourchassent avec le Dlus d’ énergie. Et quand les hommes sont amis il n’y a Dlus besoin de justice, tandis que s’ils se contentent d’être just es ils ont en outre besoin d’amitié, et la Dlus haute exDression de la justice est, dans l’oDinion générale, de la nature de l’amitié.
Aristote
L’oDDosition entre la Dsychologie individuelle et l a Dsychologie sociale, ou Dsychologie des foules [Massenpsychologie], qui Deut bien à Dremière vue nous Daraître très imDortante, Derd beaucouD de son acui té si on l’examine à fond.
Sigmund Freud
Cet état de métastabilité est comDarable à un état de conflit dans lequel l’instant de la Dlus haute incertitude est Drécisément l’instant le Dlus décisif, source des déterminismes et des séquences génétiques qui Drenn ent en lui leur origine absolue. […] Il y a genèse de formes lorsque la relation d’un en semble vivant à son milieu et à lui-même Dasse Dar une Dha se critique, riche en tensions et en virtualité, et qu i se termine Dar la disDarition de l’esDèce ou Dar l’aDDarition d’une forme nouvelle de vie.
Gilbert Simondon
Il faut redonner à ce mot [démocratie] sa Duissance de scandale. Il a d’abord été une insulte : le gouvern ement de la canaille, de la multitude, de ceux qui n’ont Das de titre à gouverner.
Jacques Rancière, cité Dar Ségolène Royal
ans l’ensemble des familles, le resDect dominait. e la classe de Dremière année (où l’on entrait à cinq ou six ans) à la sixième (celle du certificat), les élèves se Dli aient sans broncher à certains rites de Dolitesse exigeants. P ar exemDle, nous devions, chaque fois que nous Dassion s devant l’estrade derrière laquelle se tenait la maî tresse, incliner la tête, à l’instar du fidèle qui, à l’égl ise, Dlie le genou devant l’autel. À Dlus forte raison nous levions-no us dès l’aDDarition de la divinité. ans cette école des a nnées trente, située en Dlein quartier ouvrier, les disDe nsatrices du savoir revêtaient aux yeux des Darents quelque chos e de sacré.
Lucette Finas
PRÉFACE À L’ÉDITION CHAMPS La « tyrannie de l’audience » n’est pas une fatalité
Pour expliquer sa décision de supprimer la publicit é sur les chaînes de l’audiovisuel public, le président de la République déclarait dan s un entretien accordé le 30 juin 2008 au journal télévisé de France 3 que
la publicité a une logique : la tyrannie de l’audience quart d’heure par quart d’heure1.
Il justifiait ainsi sa proposition de supprimer la publicité sur les chaînes publiques de radio et de télévision : cette mesure leur permettr ait d’échapper à la tyrannie de l’audience – qui constitue le principe fondamental de ce que j’appelle ici la télécratie, où l’opinion publique est détruite précisément parc e qu’elle y est dégradée en audience. Le président de la République reconnaît le caractèr e tyranique de la télécratie, et il déplore que la destruction de l’opinion par l’audie nce pervertisse la vie publique à travers les médias audiovisuels. Pour autant, sa pr oposition ne permet en rien de remédier à la calamité publique qu’est en effet dev enue la tyrannie de l’audience, bien au contraire : en demandant au secteur public d’y é chapper, il lui fait jouer un rôle d’alibi, c’est-à-dire de cache-misère – un rôle qui ne peut que l’affaiblir si aucune initiative n’est engagée pourredessiner l’ensemble du paysage audiovisuel. N’est-il pas très dangereux de demander au secteur public d’échapper à la tyrannie de l’audience en laissant le secteur privé, qui ne peut que s’en trouver renforcé dans ses moyens, continuer à étendre et à aggraver cette logique mortelle non seulement pour la démocratie, mais aussi pour la vie psychiqu e de la jeunesse2, empoisonnant ainsi sans limite la vie publique et la vie privée ? Au nom de quelle fatalité et en raison de quelle im puissance faudrait-il laisser l’audiovisuel privé – qui est désormais totalement soumis à la pression non seulement des annonceurs publicitaires, mais, comme tant de g randes entreprises, à des actionnariats de plus en plus vénaux – libre de rui ner la société par la logique infernale qui a conduit à la télécratie en imposant la tyrann ie de l’audience à la démocratie, au risque de faire sombrer celle-ci dans le populisme le plus autoritaire ? Ce fléau, qui est peut-être le pireuit tout sur son parmi tant de maux qui frappent notre époque, détr passage. Il met systématiquement en œuvre un vérita blepopulisme industriel contre quoi il faut en effet que puisse lutter l’audiovisu el public, comme doivent également pouvoir le faire tous les autres moyens publics. Mais demander au service public de désintoxiquer le monde tout en le privant des moyens colossaux que cette tyrannie rapporte à ceux qui l’exercent sans aucun contrôle ni aucune limite, c’estautoriser légalement desdealersvendre tous les à poisons qu’ils veulent, et à exploiter toutes les f ormes de dépendances qu’ils rendent possibles, tout en mettant l’audiovisuel public fac e à une mission impossible qui ne peut que le discréditer par avance. Or, s’il est vr ai que, comme le dit justement le président, la tyrannie de l’audience est devenue un fait dominant, ce fait n’est en rien une fatalité. Il requiert en revanche le courage po litique dereconsidérer l’ensemble des règles qui régissent l’audiovisuel public aussi bie n que privé. C’est d’autant plus nécessaire que le paysage audio visuel entre dans une période de très grands bouleversements. L’émergence de ce que l’on appelle les nouveaux médias est à la base d’une véritable révolution ind ustrielle – qui nécessite d’engager ce que le premier ministre a appelé une « bataille de l’intelligence3». Or, cette bataille