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La télévision mobile

De
213 pages
Comment et pourquoi, alors que d'autres postes de télévision sont parfois disponibles, les usagers du grand public s'approprient-ils cette nouvelle fonctionnalité qu'est la TV mobile tant au travail, au domicile qu'en mobilité : pour quelles durées et horaires, avec qui ? S'agit-il des mêmes contenus que sur la télévision domestique ou, au contraire, d'une autre expérience remodelée par les contraintes et opportunités de la situation et du dispositif ?
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LA TÉLÉVISION MOBILELogiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si
la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend
favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une
expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes
sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique,
voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels
classiques.
Dernières parutions
Claude GIRAUD, De la dette comme principe de société, 2009.
David MANDIN, Les systèmes d'échanges locaux (SEL). Circulations
affectives et économie monétaire, 2009.
Pierre BARACCA et al., Les animateurs face à l'intégrisme religieux et à
l'oppression des femmes. Témoignages, discussion, enjeux de formation,
2009.
Catherine AGULRON et Angela Xavier DE BRITO, Les étudiants
étrangers à Paris. Entre affiliation et repli, 2009.
Alexandre DUCLOS, Des formes modernes de cosmopolitisme, 2009 .
Eric FORGUES, L'activité symbolique. La formation de soi et de la
société, 2009.
Atmane AGGOUN (dir.), Enquêter auprès des migrants, 2009.
Jacques CRA VANES, La cité au travail. L'insertion des jeunes de
« banlieue» d'origine maghrébine, 2009.
Anna AURKEN REGLIN, Danseuses de cabaret. De la lumière à
l'ombre,2oo9.
Pierre A. VIDAL-NAQUET, Faire avec le cancer dans le monde du
travail, 2009.
Jean-Charles BERARDI, Prolégomènes à une sociologie de l'art. Les
formes élémentaires de l'échange artistique et son procès. Tome 2 :
analyse et modèle, 2009.
Jean-Charles BERARDI, Prolégomènes à une sociologie de l'art. Les
formes élémentaires de l'échange artistique et son procès. Tome 1 :
problématique et méthodologie, 2009.
Marianne DEBOUZY, Le monde du travail aux Etats-Unis: les temps
difficiles (1980-2005),2009.
Roland GUILLON, Sociologie de la division du travail, 2009.
Damien LAGAUZERE, Le masochisme social, 2009.
Francis COUR TOT, Brian Ferneyhough, figures et dialogues, 2009.
Jean FOUCART, Fluidité sociale et souffrance, 2009.Catherine LEJEALLE
LA TÉLÉVISION MOBILE
Usages, contenus et nomadisme
LIHemattan@
L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
ditfusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-10766-3
EAN : 9782296107663SOMMAIRE
INTRODUCTION 11
A. Historique de la télévision mobile 11
B. Problématique 22
C. Méthodologie 24
PARTIE 1-L'insertion de la TV mobile dans l'univers quotidien des
autres activites 25
L'usage de la TV mobile n'est ni mobile ni personnel mais nomade et en
multi-activités 25
A. Où ? 25
B. Durées et moments 34
C. Avec qui? 40
La TV mobile comme outil de gestion du lien social en coprésence 49
D. Les usages postés au domicile 49
E. Les usages postés au travail 63
F. Les usages en mobilité 82
PARTIE 2 - L'articulation de la TV mobile avec les fonctions de
communication du mobile 93
L'entrelacement de la TV mobile et de l'appel, du SMS et du MMS 93
A. Les fonctions de communication sont prioritaires sur la TV
mobile 93
B. Des contextes d'usages différents 99
PARTIE 3 - L'entrelacement de la TV mobile avec les autres pratiques
culturelles 105
L'entrelacement de la TV mobile avec la télévision domestique 105
A. Quels contenus? 105
B. Les usages de la télévision domestique 116
C. L'offre de la télévision 125
D. Est-ce une sur un mobile ou une télévision mobile? 126
E. L'inscription dans un écosystème 135
L'entrelacement de la TV mobile avec les autres supports et médias
portabres 141
F. L'articulation de la TV mobile avec les lecteurs MP3 141
G. de la TV avec les postes de radio 159
7CONCLUSION 171
BmLIOGRAPHIE 177
ANNEXES 181
A. Glossaire 181
B. Outils méthodologiques 183
C. Portraits des enquêtés 193
8A Françoise, précieuse amie et
fidèle lectrice, pour tous les
moments passés, présents et futurs
de complicité,
et à mes chers parents, en souvenir
de notre premier téléviseur noir et
blanc puis de la feuille en
plastique bicolore qui simulait la
couleur mais n'était efficace que
pour les matchs defootball !
9INTRODUCTION
A. Historique de la télévision mobile
1. Les enjeux techniques
Lancée avec succès dans de nombreux pays notamment l'Italie,
l'Angleterre, la Finlande, le Japon et la Corée, la télévision mobile
permet au spectateur, où qu'il se trouve, de regarder la télévision sur
son téléphone portable (ci-après mobile). En 2004 le Ministère de
l'Industrie prend l'initiative de créer le Forum de la Télévision Mobile
pour contribuer au développement des services de télévision mobile
personnelle (TMP) en France. Ce forum réunit aujourd'hui plus de
cinquante sociétés concernées par le sujet. Sans tarder, dès 2004, les
opérateurs de téléphonie mobile français lancent un service de
télévision sur mobile, fonctionnant sur les réseaux existants qu'ils
soient à la norme 3G1 ou Edgé. C'est encore actuellement le seul
service de télévision mobile disponible en France. Il fonctionne selon
un mode de diffusion dit point à point ou unicast, c'est-à-dire d'un
émetteur vers un récepteur. Ce service de télévision mobile fonctionne
sur les fréquences déjà allouées à l'opérateur mobile et sur les réseaux
déjà déployés. Il ne demande pas ni ressources spectrales
additionnelles ni important déploiement d'infrastructures
supplémentaires. Si ce service est peu onéreux pour les opérateurs, sa
qualité est relativement peu satisfaisante avec des coupures assez
fréquentes et des temps de connexion parfois longs.
Pour passer à une plus grande échelle et banaliser ce service, il est
nécessaire de déployer un nouveau réseau, qui fonctionnera selon une
technique de diffusion dite en mode broadcast, c'est-à-dire d'un
émetteur vers un nombre quasi infini de récepteurs. La diffusion
hertzienne de la télévision domestique fonctionne sur ce principe. Un
seul et même signal est émis par des antennes qui vont couvrir une
11région dans laquelle n'importe quel récepteur pourra capter le signal.
Cette technique présente deux avantages évidents: pouvoir accepter
un grand nombre d'utilisateurs simultanément et offrir une qualité de
réception et d'image exceptionnelles. Mais ce service qui fonctionne
sur des fréquences de la télévision demande donc de libérer des
fréquences et de revoir la gestion du spectre.
Comme plusieurs normes de type broadcast sont possibles et que les
fréquences constituent une ressource limitée, le gouvernement doit
choisir une norme unique et libérer des fréquences. Quatre normes ont
été envisagées par des groupements d'industriels: Digital Video
Broadcasting Handhelds (DVB-H3), Terrestrial Digital Multimedia (T-DMB), MediaFlo (standard de la société Qualcomm),
Multimedia Broadcast Multicast Service (MBMS). Entre 2005 et
2006, les industriels ont procédé à différentes expérimentations sur
des bandes de fréquences allouées par le Conseil Supérieur de
l'Audiovisuel (CSA) à cet effet. Avec le CSA, le Forum de la
Télévision Mobile coordonne les tests. Par ailleurs, Alcatel teste un
système hybride DVB-S reposant sur une association de diffusion par
satellite et de diffusion terrestre, en utilisant la bande de fréquence S.
Le 6 décembre 2006, dans le métro, le ministre de l'Industrie François
Loos reçoit la télévision mobile sur un mobile avec une puce DVB-H.
En mars 2007, Viviane Reding, commissaire européen en charge de la
Société de l'information explique que les industriels n'arrivent pas à se
mettre d'accord, chacun essayant de faire basculer le régulateur en
faveur de la norme qu'il développe dans ses laboratoires de recherche.
Finalement le 18 juillet 2007, la Commission Européenne retient pour
les pays de l'Union Européenne la norme DVB-H. Il s'agit d'une
déclinaison pour appareils mobiles de la technologie terrestre Digital
Video Broadcasting - Terrestrial (DVB- T) utilisée dans le cadre de la
Télévision Numérique Terrestre (TNT4) résidentielle. La Commission
Européenne également lance des actions en faveur du décollage de ce
nouveau marché. Enfin, une complémentarité entre diffusion en mode
unicast et broadcast est définie pour permettre un déploiement
progressif du nouveau réseau et une couverture optimale.
122. Les enjeux juridiques
Le gouvernement français doit alors modifier la loi relative à la
diffusion télévisuelle. Sous la responsabilité du Ministère de la
Culture et de la Communication, la loi relative à la modernisation de
la diffusion audiovisuelle et à la télévision du futur crée le cadre
juridique pour assurer le basculement de l'analogique au numérique au
plus tard le 30 novembre 2011. Elle fixe notamment les conditions du
développement de la télévision en haute définition et de la télévision
mobile, qu'elle qualifie de télévision mobile personnelle (TMP).
Une consultation publique est menée du 26 avril au 19 mai 2006. La
loi est alors élaborée puis présentée en Conseil des ministres, le 26
juillet 2006. Le 14 novembre 2006, le gouvernement déclare qu'il y a
urgence à examiner cette loi, si bien que le texte est rapidement
adopté. Parallèlement, la Commission des Affaires Culturelles du
Sénat charge Louis de Brossia, sénateur de la Côte d'Or, de faire un
rapport qui permet au Sénat d'examiner le texte de loi du 20 au 22
novembre 2006 puis de l'adopter avec dix-neuf amendements. Le 22
janvier 2007, la Commission des Affaires Culturelles de l'Assemblée
Nationale adopte avec des modifications le texte de loi sur la
télévision du futur. Le 23 janvier 2007, la Commission des Affaires
Economiques donne un avis favorable sur le texte de loi qui est adopté
le 31 janvier 2007 par l'Assemblée Nationale. Composée de quatorze
députés et sénateurs, une commission mixte paritaire rédige une
synthèse du texte en vue du vote définitif. Le Sénat vote finalement le
texte de loi le 15 février et l'Assemblée Nationale le 22 février 2007.
Le texte prévoit le basculement de la télévision analogique vers le
numérique entre le 31 mars 2008 et le 30 novembre 2011 et organise
le lancement, dès l'été 2007, de la TMP et aussi de la Télévision
Haute Définition (TVHD).
Le texte confie au CSA la responsabilité de délivrer les autorisations
nécessaires aux éditeurs de services que sont les chaînes de télévision.
Ces autorisations seront fonction de leurs engagements en matière de
production et de diffusion de programmes, de leur offre de
programmes aux formats adaptés à la TMP, de leurs engagements en
matière de couverture du territoire et enfin, de leurs conditions de
commercialisation du service auprès du public. Le texte charge le
13CSA de présenter au Président de la République, au Président du
Sénat et au Président de l'Assemblée Nationale un an après la
promulgation de la loi, un rapport sur le développement de la diffusion
des services de TVHD et de TMP. Enfin, l'article 5 attribue un canal
supplémentaire aux «trois grandes chaînes privées actuelles» soit
TF l, M6 et Canal + et prolonge de cinq ans leur autorisation de
diffusion.
A la suite à l'adoption du projet de loi, une soixantaine de députés et
une soixantaine de sénateurs saisissent le Conseil Constitutionnel pour
lui déférer « l'ensemble du projet de loi », « aux fins d'annulation» et
plus particulièrement l'article 5 qu'ils jugent trop favorable aux trois
chaînes privées. Le 27 février 2007, le Conseil Constitutionnel valide
le texte dans son ensemble, considérant que «l'attribution d'une
chaîne numérique supplémentaire ne constitue pas une compensation
manifestement disproportionnée de la cession anticipée de la diffusion
de leurs programmes par voie hertzienne terrestre en mode
analogique. »
Dans son communiqué, le Conseil Constitutionnel émet cependant une
réserve en déclarant que lors de «l'extinction de la diffusion
analogique, il appartiendra cependant aux autorités compétentes, à
l'occasion de l'autorisation de nouveaux services de télévision
numérique et de l'attribution des trois services compensatoires, de
veiller au respect du pluralisme des courants de pensées et d'opinions
compte tenu des ressources radioélectriques alors disponibles. »Après
ces péripéties, la loi est promulguée le 7 mars 2007 et publiée au
Journal Officiel n056.
3. La mise en œuvre de la loi
Le CSA doit alors sélectionner les services et les chaînes pour allouer
les fréquences. Le 17 janvier 2007, une consultation publique
préalable au lancement d'un appel à candidatures pour la diffusion de
services de TMP via la norme DVB-H sur une couverture de soixante-
dix agglomérations dans l'hexagone est ouverte. La date limite de
dépôt est reportée du 1er au 15 mars 2007. Cette consultation permet
de recueillir la position des acteurs sur la ressource radioélectrique, les
services, les contenus adaptés à la TMP ainsi que sur le modèle
14économique à privilégier. L'appel à candidatures pour treize chaînes
de télévision sur TMP est alors lancé le 5 novembre 2007. Elles
s'ajouteront aux trois services préemptés par le gouvernement pour les
chaînes publiques, ce qui fera un total de seize chaînes. L'appel
concerne les services télévisés à temps plein ou partiel, généralistes ou
thématiques, gratuits ou payants, diffusés en clair ou avec restrictions
d'accès.
Le 15 janvier 2008, de nombreux postulants suivants soumettent un
dossier de candidature. Dans cette liste de candidats, on retrouve sans
surprise les grands groupes de télévision: TF1, Canal +, M6 et
Nextradio (BFM TV, RMC Sport ...). Leur objectif est ici
principalement de dupliquer sur un mobile la diffusion de leurs
programmes existants. À côté d'eux, des acteurs misent sur de
nouveaux programmes spécifiquement réalisés pour la télévision
mobile. L'Equipe TV, le quotidien Les Echos et la chaîne Equidia se
sont ainsi unis pour offrir à la fois des journaux d'information, des
magazines et des retransmissions en direct. Tous les dossiers étant
jugés recevables, ils sont alors examinés.
La liste complète est la suivante:
15Nom. d~ h tH"t!H'$ll!.H.>[AHf?'Uï <ou ~1'(.U!H' l~Ù.j"h.ul'l
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Irre~ti';:J.d.t(1 TV I'1'111'1',4
~ t..~ ~ , ,.: !
!N:t2tI8d.\1J TV I
16Le CSA procède à l'audition des candidats dès avril 2008 et retient
uniquement les treize groupes suivants:
TF1 - Groupe TF1
Eurosport - Groupe TF1
Canal + - Groupe Canal +
l-télé - Groupe Canal +
M6 - Groupe M6
W9 - Groupe M6
Direct 8 - Groupe BoUoré
BFM TV - Nextradio TV
Orange Sports TV - France Télécom
Europa Corp TV
Virgin 17 - Groupe Lagardère
NRJ 12 - Groupe NRJ
NTl Remix - Groupe AB
Sur deux projets déposés, Orange n'obtient qu'une seule fréquence.
Sur six, le Groupe Lagardère n'obtient que Virgin 17, sa chaîne
musicale déjà présente sur la TNT. La chaîne LCI (groupe TF1) est
recalée alors que ses concurrentes gratuites, BFM TV et I-télé,
reçoivent l'autorisation d'émettre. Respectivement alliés à la chaîne
d'informations I-télé, à Eurosport et à W9, les groupes Canal +, TF1 et
M6 obtiennent chacun deux fréquences. Du côté des chaînes de la
TNT, les heureuses élues sont BFM TV (groupe Next Radio TV),
Direct 8 Mobile (groupe BoUoré Médias), NRJ 12 (NRJ Group), NTl
(AB Groupe) et Virgin 17 (Lagardère Active). Seuls deux nouveaux
entrants sont retenus: Orange Sport TV (Groupe France Télécom) et
Europa Corp TV (groupe de production et de diffusion de films dirigé
par Luc Besson). Sur le plan tarifaire, le CSA privilégie la gratuité. Il
n'en reste pas moins que sur les treize chaînes retenues, deux seront
payantes: Canal+ et Eurosport. Les prix ne sont pas encore définis par
les opérateurs.
17Le CSA prévoit la signature des conventions et la délivrance des
autorisations en juin ou juillet 2008 pour permettre le lancement de la
TMP à la fin de l'année 2008. Il est prévu que les premières diffusions
aient lieu à l'occasion des Jeux olympiques de Pékin, au mois d'août
2008.
4. Les enjeux économiques
Si les étapes de rédaction du cadre juridique, de libération des
fréquences et de sélection des chaînes ont pu être franchies
rapidement, la mise en œuvre de la TMP est alors bloquée faute de
modèle économique fiable et pérenne. En effet, se pose la question du
financement des nouvelles infrastructures qu'il faut déployer. Le 18
novembre 2008, les chaînes retenues par le CSA pour la TMP
formulent une demande écrite aux opérateurs pour leur demander
quelle participation financière ils souhaitent apporter au projet et est leur position en matière de couverture réseau, de
disponibilité des terminaux et de calendrier de lancement. Les chaînes
attendent que les opérateurs financent 87% des coûts du nouveau
réseau à déployer. De leur côté, les opérateurs estiment qu'ils n'ont
pas à assumer seuls des coûts élevés dont la rentabilité ne leur semble
pas évidente. Tant qu'ils peuvent faire passer la télévision mobile sur
le réseau actuel, ils ne voient aucune urgence à déployer le nouveau
réseau. L'opérateur Bouygues Telecom souligne que: «Aujourd'hui,
le marché de la télévision mobile demeure limité en Europe.»
L'opérateur demande «un délai supplémentaire pour optimiser les
coûts de réseau et trouver un modèle économique équilibré ». Orange
et SFR continuent à se montrer intéressés mais mettent en avant
d'autres points qui leurs semblent également importants de résoudre
avant tout investissement de leur part, à savoir la « faible disponibilité
des terminaux compatibles », leur prix élevé et la difficulté pour eux
de calculer un retour sur investissements dès lors que de nombreuses
chaînes sont déjà accessibles gratuitement sur Interneë. La question
des terminaux disponibles en quantité et à un coût abordable est
effectivement cruciale pour assurer le décollage du service comme
celle de concurrence de la télévision sur Internet, qui est gratuite.
N'ont-ils pas intérêt à accorder la priorité à la commercialisation
d'offres d'accès illimité à Internet depuis un mobile, ce qui permettra
de fait d'aller sur les sites pour avoir gratuitement accès à la
18télévision? Autant de questions non résolues qui conduisent les
acteurs à camper sur leurs positions et à attendre. Fin 2008, l'Etat
constate que seuls quelques heureux élus parmi les projets
sélectionnés ont renvoyé leur contrat d'acceptation des engagements
de mise à disposition d'un programme. Le calendrier ne peut pas être
respecté.
La question du partage du coût du nouveau réseau reste ouverte. La
chaîne de valeur de la télévision mobile permet de mieux appréhender
les enjeux économiques. Au cœur de la convergence entre
l'audiovisuel et les télécommunications, la TMP représente un
nouveau marché avec de nombreux acteurs qui exercent des métiers
très divers. Sur la chaîne de valeur, un même acteur peut avoir
plusieurs rôles, et inversement, chaque rôle peut être joué par acteurs.
Les acteurs sont:
les opérateurs commerciaux: ils gèrent les relations avec les
clients, notamment la facturation, le marketing et le contrôle
d'accès. Ce peut être par exemple des opérateurs mobiles, des
MVNO (Mobile Virtual Network Operator6), des opérateurs de
services de télévision par satellite ou par câble ou encore des
fournisseurs d'accès à Internet.
les opérateurs de plateformes de diffusion: ils gèrent le
déploiement et l'exploitation des réseaux de diffusion. Ce peut
être par exemple des opérateurs de diffusion de la TNT, des
opérateurs de services de télévision par satellite ou encore des mobiles.
les opérateurs de réseau mobile: ils effectuent le déploiement et
l'exploitation des réseaux 3G, GSM7 ou autre.
les agrégateurs de contenus: ils assurent la gestion commerciale
du bouquet.
les éditeurs de contenus
les créateurs: par exemple des auteurs, des mUSICIens,des
réalisateurs ou encore des créateurs d'effets spéciaux.
les publicitaires
19les industriels des technologies de l'information, de la
communication et des services associés: par exemple des
constructeurs d'infrastructures ou de terminaux, des Sociétés de
Services et d'Ingénierie Informatique (SSII).
5. La mission de Cyril Viguier
Fin janvier 2009, la secrétaire d'Etat à la prospective et au
développement de l'économie numérique Nathalie Kosciusko-Morizet
constate que, faute d'accord sur le modèle économique de ce service
innovant, depuis la sélection en 2008 des chaînes par le CSA pour
constituer le premier bouquet de TMP, les discussions entre acteurs se
sont enlisées. Elle explique: « Tous les acteurs s'accordent à dire que
les services de télévision sur les téléphones mobiles via les réseaux 3G
(mode actuel de diffusion de la télévision mobile) se développent avec
succès, mais la mise au point d'un modèle économique spécifique à la
TMP reste difficile dans le contexte actuel.» Elle
reconnaît que même en Corée du Sud et au Japon, « où la TMP est
déjà un vrai succès populaire, le modèle économique n'est pourtant
pas encore stabilisé car toujours en quête de rentabilité ». Elle
précise: « Il semble difficile d'imaginer un lancement avant 2010. Le
lancement serait limité à plusieurs villes avant d'être étendu dans un
second temps. »
Le ministre charge alors Cyril Viguier d'une mISSIOndestinée à
« faciliter les négociations entre les opérateurs de télécommunications
et les éditeurs de contenus» pour financer le réseau et « favoriser, d'ici
au 30 avril 2009, un accord sur un modèle économique permettant le
lancement effectif de la TMP en France ». Sa lettre de mission indique
que «l'objectif est de trouver un modèle autonome et
rentable », combinant des chaînes gratuites, financées par la publicité
et des abonnements et qu'il doit travailler « en liaison avec le Forum
de la Télévision Mobile et en étroite coordination avec le CSA, en
s'appuyant sur des éléments de comparaison internationale ». Cyril
Viguier est un homme du sérail qui connaît très bien le secteur
puisqu'il a été un des créateurs en 1994 de l'ancienne chaîne de
télévision La Cinquième, a lancé des chaînes TV en Californie et créé
en France les sociétés de production Plan C.
20Démarrée le 3 mars 2009, la mission de Cyril Viguier prend fin le 30
avril 2009. Ses recommandations retiennent deux pistes pour financer
le lancement: l'une dans laquelle les opérateurs « dit de multiplex»
(c'est-à-dire les opérateurs de télécoms) financeraient en grande partie
les coûts du réseau, l'autre dans laquelle une société ad hoc, « distincte
de l'opérateur de multiplex », prendrait les coûts à sa charge. Cette
société ad hoc fonctionnerait avec un conseil d'administration et
pourrait être constituée autour de TDF, diffuseur historique de la
télévision en France. Elle réunirait les opérateurs intéressés et les
éditeurs de contenus. Cette société devra d'abord effectuer des choix
techniques et considérer le panachage de la norme unique DVB-H et
la norme de diffusion par satellite DVB-SH qui lui est complémentaire
et qui permet d'optimiser les coûts de déploiement du réseau. Ceci
fait, la société devra résoudre la question du financement des
infrastructures. Le rapport estime que 40 millions d'euros seront
nécessaires pour toucher 15% de la population française, ce qui serait
moins onéreux qu'un nouveau déploiement de la 30. L'objectif de
couverture à trois ans est de 30% de la population.
Une fois les infrastructures payées, la société sera chargée de
rémunérer les éditeurs de contenus. Par ailleurs, le rapport préconise
de libérer un seizième canal pour permettre aux éditeurs recalés au
premier tour de l'appel à candidatures de disposer d'un canal partagé
pour émettre partiellement. Ce canal permettrait par exemple à
L'Equipe TV, au PMU, à Match TV, à ELLE TV et à une chaîne
météo d'offrir des programmes de quelques heures. Le 9 juillet 2009,
Nathalie Kosciusko-Morizet remet au Premier ministre François
Fillon ses propositions pour le déploiement TMP. Elle souhaite faire
aboutir l'une ou l'autre de ces pistes avant le 30 septembre 2009, date à
laquelle si aucun projet précis n'existe, les fréquences attribuées par le
er
CSA aux chaînes sélectionnées devront être restituées. Enfin, au 1
octobre 2009, il semble que toutes les entités retenues dans l'appel
d'offre aient renvoyé la convention signée. Le dossier TMP avance,
même si ceci ne fournit pas encore de modèle économique viable.
21