La traite Humaine à caractère sexuel et les associations abolitionnistes en France

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Selon l'auteur, l'évaluation de la sexualité de la femme dans notre culture est le fruit d'un jugement moraliste. Cet ouvrage analyse la réalité dramatique et l'univers parallèle qui se cachent derrière les vicissitudes de la prostitution, qui se recrute plus particulièrement dans les pays de l'Europe orientale, de l'Afrique ou de l'Amérique latine. La prostitution présente de multiples visages, elle évolue et s'adapte sans être clairement analysée.
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
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EAN13 : 9782296259706
Nombre de pages : 216
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Volume XLI
LA TRAITE HUMAINE
À CARACTÈRE SEXUEL ET
LES ASSOCIATIONS ABOLITIONNISTES
EN FRANCE
Laura Romagnoli
L'Harmattan Italia L'Harmattan
via Degli Artisti 15 5-7 rue de L'École Polytechnique
10124 Torino 75005 Paris
« Was ist bekannt, ist nicht erkannt ».
G.W.F. Hegel
« Une marchandise est une chose qui a un prix.
Une personne est quelqu'un qui a une dignité ».
C. Legardinier, Les trafics du sexe, Toulouse, Milan, 2002
«Il faut les mettre en face de cette question simple
puisque la prostitution est normale, seraient-ils heureux
d'être contraints de s 'y livrer et de voir leur mère, leur femme,
leur soeur, leur fille s 'y livrer elles aussi ?
Non ? La prostitution n'est bonne que pour les autres, ceux qu'on
ne connaît pas, les pauvres, le peuple de l'abîme ».
E. Coquart, P. Heut, Le livre noir de la prostitution, Paris, Alb n Michel, 2000
***
Il volume è tratto tratto dalla tesi di laurea specialistica dell'autrice intito-
lata "Le problème de la traite des êtres humains à des fins sexuelles.
L'approche abolitionniste dans le cas français" (Università di Bologna
« Alma Mater Studiorum », corso di laurea specialistica in « Cooperazione
internazionale, regolazione e tutela dei diritti e dei beni etno-culturali »,
2008-2009). Relatore : Gustavo Gozzi. Correlatrice : Valérie Sylvie Monnier.
Cet ouvrage n'a pas été rédigé par une auteure de langue maternelle fran-
çaise. Cependant, Laura Romagnoli a choisi de présenter son travail de
recherche en cette langue afin de le rendre disponible au lecteur franco-
phone (les transcriptions des interviews effectuées lors du travail d'enquê-
te ont été reproduites dans le mémoire de maîtrise de l'auteure, qui les
garde disponibles en cas de demande).
harmattan.italia@agora.it
www.editions-harmattan.fr
C. L'Harmattan Italia srl, 2010 Introduction
Tout le monde en est conscient, même si cela reste un sujet
tabou. Concernant la prostitution et la traite humaine à caractère
sexuel, l'opinion courante se forme à partir de préjugés, de
rumeurs ou de clichés, mais rarement on connaît à fond le sujet.
Tous, au moins une fois, ont parlé de "femmes de mauvaise vie",
de "putains" ou, ce qui est pire encore, ont déclaré : "elles l'ont
choisi", "c'est le plus vieux métier du monde", "c'est un travail
comme tant d'autres" ou, même, "c'est un emploi".
Dans une culture apparemment tolérante et libérale comme la
nôtre, l'évaluation de la femme, surtout en matière de sexualité,
est encore le fruit d'un jugement bigot et faussement moraliste,
fait d'acabits machistes. La prostituée est considérée générale-
ment comme une femme facile, luxurieuse, désinhibée et sale.
Pourquoi on n'analyse pas la réalité dramatique et l'univers
parallèle qui se cachent derrière les vicissitudes de ces femmes ?
Il faudrait en fait se référer aux cas de femmes, souvent mineu-
res d'âge, qui sont contraintes à la prostitution par la violence ou
qui se sont résignées à cette condition à cause de leur pauvreté et
du manque de perspectives alternatives.
Nombre de femmes sont recrutées dans les pays de l'Europe
orientale, de l'Afrique ou de l'Amérique latine. Elles partagent le
besoin d'échapper à la misère qui les entoure. Elles acceptent
avec naïveté ce qu'on leur propose et affrontent avec courage les
difficultés inhérentes à leur départ vers l'Europe occidentale.
Elles ignorent, souvent, la violence qu'elles vont y subir et l'état
d'esclavage qui leur sera imposé.
La prostitution présente de multiples visages. Elle évolue. Elle
s'adapte aux contraintes et aux contextes. Il est difficile de s'en
faire une idée précise, « mais l'imaginaire qu'elle véhicule est
encore celui d'un univers de volupté facile, de rébellion à l'ordre
et aux bonnes moeurs »'. Rares sont ceux qui s'interrogent sur la
nature réelle de la prostitution, car prédomine l'idée que la pro-
stitution est avant tout une question individuelle.
On est face à une situation que les législations de nombre d'é-
5 tats croyaient avoir surmontée. Pourtant, redynamisé par la traite
des êtres humains, l'esclavage demeure une réalité économique
et sociale vivante. Aujourd'hui encore, des êtres humains sont
"recrutés", déplacés et exploités.
Qu'est-ce que les gens perçoivent de ce phénomène? Pourquoi
y a-t-il des prostituées? Que font-elles? Quelle opinion a-t-on de
leur condition ? Toutes ces questions et bien d'autres ont été le
moteur de ce travail, dans lequel émerge mon ambition non seu-
lement de dissiper les stéréotypes, mais aussi de réagir par rap-
port à un problème qui demeure irrésolu.
Remerciements / Ringraziamenti
A chi ha reso possibile la mia ricerca a Parigi e la pubblicazione di questo libro,
un grazie non basta.
La mia profonda riconoscenza va al prof. Gustavo Gozzi e alla prof ssa Valérie
Sylvie Monnier, i cui stimoli e il cui sostegno non sono mai venuti a mancare.
Un grazie ai volontari e coordinatori delle associazioni parigine che mi hanno
accolto con il sorriso sulle labbra e che, con pazienza, mi hanno introdotto nella
loro realtà, condividendo difficoltà, pensieri e speranze.
Un ricordo va a Beatriz, per i suoi mille consigli e parole di conforto.
Vorrei ringraziare poi chi mi ha dato l'opportunité di svolgere il tirocinio presso
il Consorzio per i Servizi Sociali di Ravenna: soprattutto Laura, Monika e la dr.
Nicoletta Rutigliano, cosi come le ragazze che mi hanno aperto gli occhi su un
mondo prima sconosciuto: l'impegno che qui ho messo è nato conoscendole.
Un abbraccio che non ha bisogno di parole spetta alla mia famiglia (Maria Pia,
Renato e Giulia, i miei zii, mio cugino i miei nonni) che non mi ha mai lasciato
sola, con continui incentivi ad andare avanti e a migliorare.
Un grazie va al gruppo di alfabetizzazione di Fornace Zarattini, luogo di con-
fronto, di ascolto e aiuto reciproco (fra tutti i "colleghi" vorrei citare in partico-
lare Frà, Anto e Maria).
Grazie ad Adam per le sue lezioni di lingua francese.
Grazie a Sara, Francesca, Elena e Chiara senza i cui stimoli a rispondere al
bando, a passare la notte insonne, ad avere coraggio, non sarei mai partita.
Grazie ai miei compagni di corso che hanno reso gli ultimi tre anni indimentica-
bili, condividendo con me sogni, speranze e avventure... fra tanti, cito Elena, Frè,
Sara, Simo, Alle, Chiara, Davide, Simo F., Gen, Tina, Elisa, Ste .f, Giô, Junx (e un
grazie pure aile quasi compagne di corso Nico e Angela).
Un grazie a persone speciali corne Chiara, Simo, Frà, Cotty, Pisel, Linda, Jep,
Lia, Matteo.
Un grazie a tutti coloro che, amici veri, mi hanno accompagnato sin qui, inco-
raggiandomi con la loro vicinanza e rendendo la città di Parigi menu ostile.
Un grazie immenso a Sara per esser tornata a casa.
6 I. Le phénomène de la traite des êtres humains
au niveau mondial
1. L'esclavage dans la société contemporaine
Institution légale jusqu'au XIX° siècle, l'esclavage est « une
réalité économique, sociale et humaine » 3 de notre époque. La
condition juridique d'esclave a certes disparu des législations en
vigueur mais pour laisser place à une réalité de fait: on ne parle
plus d'esclave mais de victime d'esclavage sous toutes ses for-
mes. A quelles formes de pratiques esclavagistes correspond la
traite des êtres humains au XXI' siècle ?
Nous sommes confrontés à une épidémie du phénomène dont
aucun pays au monde n'est à l'abri ! Selon les estimations du rap-
port de l'ONU d'avril 2006 Traite des êtres humains : le flux du
monde', il y aurait 127 pays où le problème trouve son origine, 98
sont concernés par le transit et 137 par la destination. Les esti-
mations les plus récentes', parlent chaque année de 1,2 million de
personnes victimes de la traite des êtres humains, qui dans le
monde sont achetés, vendus, tenus en captivité, brutalisés et
exploités.
Définie comme une "forme moderne d'esclavage", la traite
implique, dans ses circuits invisibles, des millions de victimes:
femmes, hommes et enfants.
Cela semble paradoxal, ou encore plus anachronique, de parler
d'esclavage au XXI' siècle ou plus de cent millions d'esclaves
modernes à travers le monde, « pris au piège dans les mailles de
la plus basse des formes de l'exploitation humaine » 6 : « il s'agit
d'un processus dynamique, d'une succession d'actions dont la
finalité est l'exploitation de la personne humaine dans ses mani-
festations les plus extrêmes » 7 .
La traite des êtres humains, aujourd'hui, est-elle différente de
la traite négrière ? «Il n'y a pas de grandes différences. Autrefois
on capturait, aujourd'hui on "recrute" dans un même but : utili-
ser le corps et la force de travail d'une personne. [...] On peut
parler dans certains cas de continuité, dans d'autres de résurgen-
7 ce, mais pas de nouveauté. D'où la reprise du terme "traite" par
les organisations internationales »s.
L'exploitation des êtres humains ne se cantonne pas dans un
seul secteur, « ses formes sont multiples et les méthodes utilisées
par les réseaux évolutifs » 9. Elle se manifeste sous des formes
diverses`°: esclavage domestique, travail clandestin, servitude
pour dettes, travail des enfants, exploitation sexuelle des enfants
et des adultes, prostitution, prélèvement et trafic d'organes. « Le
côté obscur de la mondialisation »", comme on l'a défini, marque
le troisième millénaire, les esclaves ne sont pas seulement un
souvenir d'antan, mais une réalité tragique avec un énorme chif-
fre d'affaires. La mondialisation, les guerres, les conjonctures
économiques et politiques expliquent la permanence de l'escla-
vage, quand il ne s'agit pas de sa résurgence. À la différence de
la période de la traite négrière, la question n'est plus « a-t-il la
bonne couleur pour être un esclave ? » mais « est-il assez vulné-
rable pour être asservi ? » 12 .
2. Évolution des définitions et du droit international
2.1. Le droit international universel
Au cours des siècles, il y a eu de nombreuses définitions de la
traite et aujourd'hui encore les décisions, les rapports, les organi-
sations, etc. continuent à modifier de plus en plus les contours du
phénomène. Si l'incertitude de la délimitation précise des fron-
tières sémantiques provient de la nature du phénomène, en lui-
même dynamique, capable de prendre différentes formes dans
différents contextes nationaux et, souvent, de se fondre dans
d'autres questions d'intérêt social, tels que la prostitution et l'im-
migration clandestine, je peux dire suite à mes recherches, que
l'infinie variété des définitions de la traite des êtres humains,
avec ses nombreuses nuances, peut être considérée à la fois
comme cause et conséquence de l'incertitude et de la confusion
au sujet de ce phénomène.
Dans les pays de langue latine, une part de la confusion vient
des termes utilisés lors des traductions. En anglais, il existe deux
8 termes bien distincts pour désigner d'un côté la traite des êtres
(smug-humains (trafficking) et de l'autre, le trafic de migrants
correspond précisément au fait qu'une person-gling). Smuggling
ne facilite l'entrée illégale d'une tierce personne sur le territoire'.
Tout d'abord il faut dire qu'à cet égard, le terme "trafic inter-
national de personnes", reprenant toutes les formes d'activités
criminelles, fondées sur le transfert illégal de personnes d'un
pays à l'autre, comprend deux types de conduite criminelle :
la traite des êtres humains, visant à exploiter la population -
qu'ils couvrent, en anglais trafficking of human beings ;
- le trafic illicite, contrebande ou l'introduction clandestine
de migrants, connue sous le nom de smuggling of migrants.
L'esclavage a été la première violation des droits de l'homme
et atteinte à la dignité humaine qui ait fortement préoccupé la
communauté internationale.
La lutte des états contre l'esclavage a débuté par les guerres
menées entre empires coloniaux, principalement entre la France
et l'Angleterre. En 1814, ces deux états envisagent la suppression
de la traite des noirs (Traité de Paris) et en 1815, par la
six autres puissances se joi-Déclaration du Congrès de Vienne,
gnent à cette intention. Les années 1831, 1833 et 1845 marque-
ront la lutte contre la traite par les Traités franco-britanniques :
bien que ces actes ne condamnent pas formellement l'esclavage,
ils représentent cependant la première réprobation universelle de
cette atteinte à la dignité de la personne.
La lutte contre la traite se traduit par un droit de visite des vais-
seaux maritimes suspects battant pavillon des états signataires du
traité. En 1862, le Traité de Washington confère à l'Angleterre —
seule véritable grande puissance maritime de l'Europe — et aux
États-Unis, un droit de visite réciproque.
En fin de XIX' siècle, l'Acte général de la Conférence de Berlin
de 1890, de 1855 et l'Acte général de la conférence de Bruxelles
envisagent la suppression de l'esclavage mais ce n'est qu'en
Traité de Saint-Germain-en-Laye, que l'abolition 1919, avec le
de l'esclavage sous toutes ses formes est réellement décidée et
signée.
9 Par la suite, la Société des Nations (SdN) puis l'Organisation
des Nations unies (ONU), prennent le relais des états européens
dans cette lutte internationale contre l'esclavage. Afin d'être plus
efficace, le droit international a abordé cette question sous trois
angles différents: l'esclavage dans sa conception initiale, le tra-
vail forcé et la traite des femmes.
La Convention internationale relative à l'abolition de l'escla-
vage du 25 septembre 1926 14, renouvelle approximativement les
termes de l'Acte de Bruxelles en ajoutant à son préambule le tra-
vail forcé parmi les différentes formes de l'esclavage. L'accord
de 1926 est le premier instrument international à définir l'escla-
vage comme « l'état ou la condition d'un individu sur lequel
s'exercent les attributs du droit de propriété ou certains d'entre
eux » (art. 1 § 1). Contrairement aux définitions nationales rédui-
sant l'esclavage à des périodes précises de l'histoire, cette défini-
tion est intemporelle. « Elle permet d'appréhender l'esclavage
sous toutes ses formes en exprimant clairement la négation de
l'humain et l'aliénation de liberté »` 5 .
La sous section 2 de l'article premier, définit la traite des escla-
ves comme comprenant « tout acte de capture, d'acquisition ou
de cession d'un individu en vue de le réduire en esclavage; tout
acte de cession par vente ou échange d'un esclave acquis en vue
d'être vendu ou échangé, ainsi que, en général, tout acte de com-
merce ou de transport d'esclaves ». Avant l'adoption de la
Convention de 1926, une liste établie par la Commission tempo-
raire de l'esclavage en 1924, énumérait différentes formes d'es-
clavages existants.
En 1949 le Conseil économique et social de l'Organisation des
Nations unies, a constitué un Comité spécial de l'esclavage,
lequel a conclu: « il n'y a pas lieu d'abandonner ou de modifier
la définition de l'esclavage que donne l'article premier de la
Convention internationale de 1926 relative à l'esclavage »16. «Le
Comité a toutefois fait observer que la définition de l'esclavage
qui figurait dans la Convention, n'englobait pas tout l'éventail
des pratiques analogues à l'esclavage et qu'il y avait d'autres for-
mes de servitude tout aussi odieuses qu'il fallait interdire » 17. Il a
donc recommandé qu'une convention supplémentaire soit élabo-
10 rée de façon à tenir compte des pratiques analogues à l'esclava-
ge, dont bon nombre avaient été signalées par la Société des
Nations pendant l'élaboration de la précédente Convention. A la
demande du Conseil économique et social de l'Organisation des
Nations unies, une nouvelle convention a été élaborée.
La Convention supplémentaire du 7 septembre 1956, relative à
l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institu-
tions et pratiques analogues à l'esclavage (la Convention supplé-
mentaire), entrée en vigueur le 30 avril 1957, « est allée plus
loin que la Convention de 1926, et son champ d'application est
plus large » 19. Elle obligeait les états parties à abolir, en plus de
l'esclavage, les institutions et pratiques suivantes, désignées glo-
balement sous l'expression "condition servile'"°: la servitude
pour dettes', le servage', toute institution en vertu de laquelle
une femme est cédée à un tiers", les services exigés d'un enfant
d'une manière qui lui est nuisible'. Elle ne mentionne pas,
contrairement à la précédente, le travail forcé.
Bien qu'il y ait eu par la suite des appels tendant à redéfinir
l'esclavage dans le contexte du monde contemporain, la défini-
tion de l'esclavage issue à la fois de la Convention de 1926 et de
la Convention supplémentaire de 1956, est restée inchangée.
L'Organisation des Nations unies a plusieurs fois reformulé cette
définition", « mais dans le contexte juridique international, elle
26 . n'a pas beaucoup changé depuis 1926 »
« La Charte internationale des droits de l'homme" est venue
apporter un soutien juridique important aux interdictions énon-
cées dans la Convention relative à l'esclavage et la Convention
supplémentaire" »". Parallèlement à la lutte contre l'esclavage et
les pratiques analogues à l'esclavage, une action continue contre
la traite des femmes s'est développée. Toutefois, ce n'est qu'en
1974 que le Groupe de travail sur les formes contemporaines
d'esclavage a reconnu explicitement la traite des femmes comme
une forme contemporaine d'esclavage".
L'histoire du droit international relatif à la traite des femmes
remonte à 1904, date à laquelle fut adopté le premier instrument
juridique international contraignant. L'Arrangement internatio-
nal avait pour objectif d'assurer une protection efficace contre le trafic criminel connu sous le nom de "traite des blanches". La
motivation première a été la chasteté des femmes blanches qu'il
fallait sauvegarder, mais l'Arrangement s'est révélé inefficace
dans son but de protection des victimes.
Une longue série d'instruments juridiques, cette fois-ci, concer-
nant la répression de la traite des blanches, a débuté par la lutte
contre les proxénètes. En 1910, une première Convention inter-
nationale, ratifiée par 13 pays, déclare : « doit être aussi puni qui-
conque, pour satisfaire les passions d'autrui a, par fraude ou à
l'aide de violences, menaces, abus d'autorité ou tout autre moyen
de contrainte, embauché, entraîné ou détourné une femme ou fille
majeure en vue de la débauche, alors même que les divers actes
qui sont les éléments constitutifs de l'infraction auraient été
accomplis dans des pays différents », elle réprimait le proxéné-
tisme, devenant ainsi l'élément central de la traite.
En 1921 les parties signataires de la Convention pour la répres-
sion de la traite des femmes majeures et des enfants, s'enga-
geaient à poursuivre les individus se livrant à la traite des enfants,
à prévoir la délivrance d'autorisations aux agences de placement
et à protéger les femmes et les enfants immigrants ou émigrants.
En 1933 une Convention internationale est de nouveau adoptée
afin de supprimer la traite des femmes majeures : établit, en son
article premier, le devoir d'interdire, de prévenir et de punir la
traite des femmes, indépendamment de la question du consente-
ment. Cet instrument porte expressément sur la traite internatio-
nale des femmes majeures consentantes, mais ne s'applique
qu'aux situations impliquant un trafic d'un pays vers un autre. Il
est donc concevable qu'un état tolère le problème au niveau
national, le condamne et cherche à le prévenir au niveau interna-
tional.
Une condamnation de principe de l'esclavage et de la traite, se
trouve dans la plupart des grands textes internationaux sur les
droits de l'homme adoptés à l'échelon aussi bien universel que
régional. L'article 4 de la Déclaration universelle des droits de
l'homme énonce clairement que « nul ne sera tenu en esclavage
ni en servitude ; l'esclavage et la traite des esclaves sont inter-
dits sous toutes leurs formes ».
12 Les Nations unies ont, à leur tour, en 1949, élaboré la
Convention pour la répression de la traite des personnes et de
l'exploitation de la prostitution d'autrui unifiant de cette façon
les trois premières conventions. L'article ler impose aux états de
« punir toute personne qui, pour satisfaire les passions d'autrui,
embauche, entraîne ou détourne en vue de la prostitution une
autre personne, même consentante ». C'est la première conven-
tion internationale relative à l'exploitation sexuelle qui ne se
limite pas aux femmes ou aux enfants en utilisant les termes neu-
tres de toute personne et êtres humains. Par conséquent ce texte
protège indistinctement les hommes et les femmes.
La Convention de 1949 constitue la base juridique sur laquelle
repose aujourd'hui la protection internationale contre la traite des
êtres humains ; cependant, elle ne définit pas la notion de "traite"
mais aborde seulement la prostitution.
Enfin, la Convention sur l'élimination de toutes les formes de
discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) de 1979' impo-
se aux états parties, à l'article 6, l'obligation à « prendre toutes
les mesures appropriées, incluant la législation, pour éliminer
toutes les formes de traite des femmes et l'exploitation des fem-
mes par la prostitution » et l'article 8 du Pacte international rela-
tif aux Droits civils et politiques de 1966 interdit l'esclavage, la
traite des esclaves, sous toutes leurs formes.
La Commission des droits de l'homme des Nations unies, en
1988, dans une résolution reprenant les activités d'un groupe de
travail créé en 1975 et rebaptisé Groupe de travail des formes
contemporaines d'esclavage, a donné un contenu précis à cette
notion en distinguant l'exploitation économique, l'exploitation
sexuelle et les autres formes d'exploitation".
Plusieurs rapports et plusieurs résolutions et programmes d'ac-
tion ont été adoptés à ce sujet dans le cadre de l'ONU. Il convient
notamment de mentionner que :
- les résolutions annuelles sur la lutte contre la traite des femmes et des
jeunes filles ont été adoptées par l'Assemblée générale des Nations
unies ;
- le Programme d'action de Vienne, adopté par la Conférence mondia-
le sur les droits de l'homme (Vienne, 14-25 juin 1993), et la
13 Déclaration sur l'élimination de la violence contre les femmes adoptée
par l'Assemblée générale en décembre 1993, ont déclaré que les états
membres étaient alarmés par le fait que les femmes pouvaient obtenir
l'égalité juridique, sociale, politique et économique dans la société,
d'une manière limitée, notamment par la violence continue et endé-
mique qui s'exerce contre elles ;
- le Programme d'action adopté par la Conférence internationale sur la
population et le développement (Le Caire, 5-13 septembre 1994) et le adopté à la IVe Conférence mondiale sur les fem-
mes (Beijing, 4-15 septembre 1995), ont établi une série de principes de
base en matière d'égalité entre les femmes et les hommes. Le
Programme d'action de Beijing a notamment invité les gouvernements
des pays d'origine, de transit et de destination et les organisations régio-
nales et internationales, à lutter contre les conditions de base qui encou-
ragent la traite en prenant des mesures dans le domaine de la justice
pénale et civile, en assurant la coopération entre tous les services de
répression et en prévoyant des ressources pour la rééducation des victi-
mes et pour des programmes d'éducation et de formation préventives ;
- le Rapport sur la traite des femmes et la prostitution forcée a été sou-
mis à la Commission des droits de l'homme de l'ONU par le
Rapporteur spécial de l'ONU sur la violence contre les femmes, ses
causes et ses conséquences (document E/CN.4/1997/47).
2.2. Le Protocole additionnel de la Convention contre
la criminalité transnationale organisée
L'Assemblée générale des Nations unies à l'occasion de la
Conférence de Palerme du 12 au 15 décembre 2000, a élaboré la
Convention contre la criminalité transnationale organisée avec
trois protocoles additionnels suivants: Protocole contre le trafic
illicite de migrants par terre, air et mer sur la traite des migrants,
Protocole visant à prévenir; réprimer et punir la traite des per-
33 sonnes, en particulier des femmes et des enfants sur la traite des
personnes et Protocole contre la fabrication et le trafic illicites
d'armes à feu, de leurs pièces, éléments et munitions.
La définition de traite des personnes, figurant dans le deuxième
protocole mentionné, est certainement aujourd'hui l'un des plus
fiables, puisqu'il englobe différents types d'exploitation et toutes
les victimes potentielles. L'article 3 a adopté la définition suivan-
te de la traite des êtres humains :
14 « a) L'expression "traite des personnes" désigne le recrutement, le
transport, le transfert, l'hébergement ou l'accueil de personnes, par le
menace de recours ou le recours à la force ou à d'autres formes de
contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie", abus d'autorité ou
d'une situation de vulnérabilité, ou par l'offre ou l'acceptation de
paiements ou d'avantages pour obtenir le consentement d'une person-
ne ayant autorité sur une autre aux fins d'exploitation". L'exploitation
comprend, au minimum, l'exploitation de la prostitution d'autrui ou
d'autres formes d'exploitation sexuelle, le travail ou les services for-
cés, l'esclavage ou les pratiques analogues à 1 'esclavage, le servitude
ou le prélèvement d'organes ;
b) Le consentement d'une victime de la traite des personnes à l'ex-
ploitation envisagée, telle qu'énoncée à l'aliéna a) du présent article,
est indifférent lorsque l'un des moyens énoncés [dans la définition] a
été utilisé ;
Le recrutement, le transport, le transfert, l'hébergement ou l'accueil c)
d'un enfant aux fins d'exploitation sont considérés comme une traite
des personnes même s 'ils ne font appel à aucun des moyens énoncés à
l'alinéa a) du présent article ;
d) Le terme enfant désigne toute personne âgée de moins de 18 ans »."
L'article 3 du Protocole de Palerme met fin à des années de
conflit sur la définition du phénomène, et donc aux interventions
sur les différents points de vue tels que la migration, la prostitu-
tion, la délinquance, etc.
La définition se compose de deux éléments. Le premier élé-
ment est le processus de soumission. 11 se décrit par les actions de
recrutement, de transport, de transfert, d'hébergement et par les
moyens utilisés à ces fins (menace, violence, fausses promesses,
etc.). Le deuxième élément est l'atteinte du but recherché, autre-
ment dit le travail ou les pratiques analogues à l'esclavage, la ser-
vitude ou le prélèvement d'organes. « L'élément central est le but
recherché : exploiter une personne dans des conditions esclava-
gistes. C'est ce qui différencie la traite des autres processus
migratoires »".
La Convention entra en vigueur le 29 septembre 2003 et le
Protocole sur la traite des personnes le 25 décembre de la même
année. En mai 2006, huit membres de l'UE n'avaient toujours pas
ratifié cet instrument juridique : l'Allemagne, la Finlande, la
Grèce, la Hongrie, l'Italie, l'Irlande, le Luxemburg et la
15 République tchèque. À ce jour, 80 états ont ratifié le Protocole,
contribuant ainsi à l'alignement et à concentrer leurs efforts dans
les actions de lutte contre la traite : « Le Traité, dans sa globali-
té, a deux buts principaux. Le premier consiste à éliminer des dif-
férences entre les systèmes légaux nationaux qui ont jusque-là
fait obstacle à une assistance mutuelle et cordonnée. Le second
consiste à mettre en place une répression commune contre le
crime organisé »".
Le ne s'applique Protocole contre le trafic illicite de migrants
qu'aux infractions de nature transnationale dans lesquelles un
groupe criminel organisé est impliqué". Cette restriction le dis-
tingue de la Convention pour la répression de la traite des êtres
humains qui, contrairement à ce qui était prévu dans autres
instruments internationaux antérieurs, ne précise pas que l'in-
fraction doit être de nature transnationale.
Si au niveau juridique il a été jugé approprié d'établir une nette
ligne de démarcation que distinguent les phénomènes, le niveau
empirique montre progressivement une étroite corrélation entre
les migrations, le trafic et l'immigration clandestine. D'un point
de vue strictement conceptuel, de nombreux praticiens ont défini
la traite et l'immigration clandestine comme une maladie du phé-
nomène migratoire.
Si la "migration" doit être comprise comme le mouvement
volontaire et légal (ce qui est fait avec de la documentation)
d'une personne de son pays d'origine vers un pays tiers, avec le
terme "traite" s'entend la circulation illégale d'une personne,
coercitive ou induite par la fraude, de son pays d'origine vers un
pays tiers, en vue d'en exploiter son corps. L' "immigration clan-
destine" est, au contraire, le mouvement volontaire mais par des
moyens illégaux d'une personne de son pays d'origine vers un
autre pays.
Les deux mouvements sont des cas de migration irrégulière, qui
ont souvent des caractéristiques communes:
- des facteurs d'attraction pour tous ceux qui décident de migrer pour
améliorer leurs conditions de vie et celles des familles auxquelles ils
appartiennent ;
- la vulnérabilité psychologique qui marque les victimes de ces phéno-
16 mènes, qui arrivent dans un pays étranger avec de faux documents,
sans connaître la langue, avec le seul espoir d'un avenir meilleur.
Les phénomènes considérés ont tendance à se chevaucher, étant
donné que le bon chemin de migration a souvent abouti à des
résultats d'illégalité et d'exploitation, ou le contraire.
Toutefois, le traitement juridique pour les deux phénomènes est
de nature différente : le crime de la traite des êtres humains pré-
voit normalement des peines beaucoup plus sévères que ceux de
la facilitation de l'immigration clandestine. En plus, si l'immi-
gration clandestine a un caractère international, qui prévoit des
voyages d'un pays à l'autre, le phénomène de la traite peut éga-
lement se produire au sein d'un même pays (le trafic intra régio-
nal). Outre les Conventions internationales, des plans d'action
concrets sont mis en place par les institutions régionales, notam-
ment européennes.
À la lumière de tout cela, on peut mieux percevoir que les insti-
tutions étatiques, les organisations intergouvernementales, les
organisations non gouvernementales (ONG) et les chercheurs
avaient différentes perceptions de ce qu'impliquait la traite : ces
divergences sont un obstacle majeur à la compréhension de la
complexité du problème. L'absence de définition de la traite a
rendu plus difficile l'analyse du phénomène et le développement
uniforme de la prévention et de la politique répressive des états".
Le fait que diverses institutions aient utilisé des termes des-
criptifs divers a également contribué et contribue encore à la
confusion (traite des êtres humains, trafic de personnes, etc.).
La politique européenne : une préoccupation croissante 2.3.
En Europe, la première définition remonte à la terminologie de
l'Accord de Schengen du 19 juin la Convention d'application de
1990', que vise à supprimer progressivement les contrôles aux
frontières communes et à instaurer un régime de libre circulation
pour tous les ressortissants des états signataires, des autres états
de la Communauté ou de pays tiers", fixant le smuggling comme
« facilitation de l'immigration clandestine »".
C'est seulement avec la création de l'Union européenne par le
17 Traité de Maastricht de 1993 44, que la coopération entre les états
membres, à l'égard de la justice et des affaires intérieures, sont
mises en mouvement complet. Cependant lors de l'élaboration du
Traité sur l'Union européenne (TUE), il n'y avait pas encore de
sensibilité particulière à la question de la traite : contrairement au
trafic illicite de stupéfiants, la traite ne comparait pas parmi les
fouies de criminalité organisée, explicitement visés par le TUE.
En juin 1996, s'est tenue à Vienne la I — Conférence européen-
ne sur la traite des femmes organisée par la Commission, ras-
semblant des acteurs de tous les horizons (universités, ONG, ser-
vices de police et d'immigration, gouvernements, parlements)".
En août de la même année, s'est tenu le premier Congrès mon-
dial contre l'exploitation sexuelle des enfants à Stockholm dont
le deuxième a eu lieu à Yokohama, Japon, en décembre 2001.
L'intensification de la prise de position dans les états membres
a également conduit à un sérieux changement de perspective.
Tout d'abord, en avril 1997, s'est tenue à La Haye la Conférence
ministérielle sur la coopération dans la lutte contre la traite des
êtres humains et contre la traite des femmes aux fins d'exploita-
tion sexuelle. Deuxièmement, les états membres ont décidé de
constitutionnaliser la question de la traite.
Le Traité d'Amsterdam, signé le 20 novembre 1997 et entré en
vigueur en 1999, promeut l'objectif d'offrir aux citoyens un
niveau élevé de protection dans un espace de liberté, de sécurité
et de justice. Dans ce cadre est prévu le développement d'une
action commune dans le domaine de la coopération policière et
judiciaire en matière pénale. Dans le champ de l'harmonisation
des législations, toutefois, le trafic ne figure pas parmi les sec-
teurs prioritaires, à la différence du terrorisme et du trafic de dro-
gue (art. 69) 46 .
Avec ce traité, la législation européenne en matière de justice et
d'affaires intérieures, connaît un nouveau progrès important : le
Traité accorde une attention particulière à la traite des êtres
humains, en particulier à celle des enfants puisque la matière est
citée expressément dans l'article 291. Cette disposition stipule,
en effet, que l'objectif de l'Union, « est atteint par la prévention
de la criminalité organisée ou autre, et par la lutte contre ce phé-
18 nomène, notamment contre le terrorisme, la traite d'êtres
humains et les crimes contre les enfants, le trafic de drogue et
d'armes, la corruption et la fraude». Enfin, la Commission euro-
péenne dispose dorénavant d'un droit d'initiative dans le domai-
ne de la coopération policière et judiciaire pénale, droit dont elle
ne disposait pas sous l'empire du Traité de Maastricht.
Il faut aussi rappeler ici la création d'Europol (Européen poli-
ce office)°', aujourd'hui agence de police criminelle intergouver-
nementale de l'Union européenne opérationnelle depuis le 1er
juillet 1999 et siégeant à La Haye. Son objectif est d'améliorer
l'efficacité des services compétents des états membres et de leur
coopération dans un nombre croissant de domaines comme la pré-
vention et la lutte contre le terrorisme, le trafic illicite de drogues,
la traite des êtres humains, les réseaux d'immigration clandestine,
le trafic illicite de matières nucléaires et radioactives, le trafic illi-
cite de véhicules à moteur, la lutte contre la contrefaçon et le recy-
clage des produits d'activités criminelles internationales.
Europol facilite l'échange d'informations entre les états mem-
bres, il rassemble et analyse les données et renseignements, il
communique aux services compétents des états membres les
informations les concernant et les informe immédiatement des
liens constatés entre des faits délictueux ; il facilite donc les
enquêtes dans les états membres.
Pour remplir ces fonctions, chaque état membre crée ou dési-
gne une unité nationale qui est le seul organe de liaison entre
Europol et les services nationaux compétents. Elle envoie auprès
d'Europol au moins un officier de liaison, chargé de représenter
ses intérêts au sein d'Europol". Comme le soulignait M. Gille
Leclair (directeur adjoint d'Europol) au cours de son audition le
21 juin 2001 devant l'Assemblée nationale, « le Traité
d'Amsterdam a permis deux innovations. Il s'agit, tout d'abord,
du droit pour Europol de demander aux états d'engager des
enquêtes dans tous les domaines avec une obligation pour ces
derniers de s'expliquer s'ils ne le font pas. Cette faculté constitue
une avancée importante même si l'Office ne dispose toujours pas
d'un pouvoir coercitif et si son action reste de caractère intergou-
vernemental et respecte la souveraineté des états. La seconde
19 innovation tient dans la mise en place d'équipes communes d'en-
Convention d'assis-quête qui résultent de la négociation de la
tance judiciaire de mai 2000. Elle permettra aux états de tra-
vailler sur le territoire d'un autre état membre dans le cadre de
leurs propres procédures pénales. Ainsi, un policier allemand
pourra procéder à des actes dans le cadre de sa procédure en
France, certes sous couvert de la police française, mais il agira
officiellement et sans commission rogatoire internationale, ce qui
constitue une avancée »".
C'est le Conseil européen extraordinaire de Tampere du 15-16
octobre 1999, qui a formé la plus forte impulsion à l'harmonisa-
tion des lois pénales contre la traite à fins d'exploitation. Dans
ses conclusions, le Conseil européen est déterminé à combattre à
sa source l'immigration clandestine, notamment en luttant contre
ceux qui se livrent à la traite des êtres humains et l'exploitation
économique des migrants.
Suite à cette harmonisation, le Conseil européen de Tampere a
répondu à une grande production normative. Il s'agit de la mise
en oeuvre de définitions, incriminations et sanctions communes,
« sur un nombre limité de secteurs revêtant une importance par-
ticulière, tels que la criminalité financière (blanchiment d'argent,
corruption, contrefaçon de l'euro), le trafic de drogue, la traite
des êtres humains, notamment l'exploitation des femmes, l'ex-
ploitation sexuelle des enfants, la criminalité utilisant les techno-
logies avancées et la criminalité au détriment de l'environne-
ment »". Deuxièmement le Council a également intensifié la
coopération dans la lutte contre la criminalité : jugeant nécessai-
re de disposer de "meilleurs moyens", le Conseil européen s'est
prononcé en faveur de la mise en place d'équipes d'enquête
conjointes et a demandé que soit créée une "structure commune"
des services de police nationaux. Europol est désormais habilité
à demander aux états membres d'engager, de mener ou de coor-
donner des enquêtes.
Cependant, le bilan critique du plan d'action de Tampere, dans
les dernières années, a mis en lumière les difficultés de mise en
oeuvre particulièrement pour ce qui est de la reconnaissance
mutuelle des décisions de justice et l'harmonisation des sanctions
20 pénales". Dans un Rapport adopté le 16 novembre 2006 sur la
lutte contre la traite des êtres humains, les députés du Parlement
européen estiment que les principales mesures prises par l'Union
européenne dans la lutte contre le trafic d'êtres humains ne sont
pas suffisantes.
L'étape de Tampere s'est également traduite par la création, en
octobre 2000, de la Task force des chefs de police destinée à amé-
liorer la coopération opérationnelle entre les services de police et
par la mise en place du Collège européen de police (CEPOL),
afin d'entraîner la prochaine génération de policiers et autres per-
sonnels de police à travailler et opérer dans un contexte européen.
Le CEPOL est une agence de l'Union européenne depuis 2005 52 .
Le 11 décembre 2000, le règlement (CE) n. 2725/2000 du
Conseil, établit le système EURODAC pour la comparaison des
empreintes digitales aux fins de l'application efficace de la
Convention de Dublin de 1990, par rapport à la déteiinination de
l'état responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée
dans un état membre. Le but de la réglementation, à laquelle ne
participe pas le Danemark, est de créer une unité centrale auprès
la Commission européenne, responsable de la gestion d'une base
de données informatiques liées aux bases de données similaires
dans les états membres.
Il est utile entre autre rappeler que le Parlement européen, le 19
mai 2000, a approuvé à l'unanimité une résolution qui recom-
mande aux états membres de renforcer la coopération dans la pré-
vention, la répression et la lutte contre la traite des êtres humains,
y compris par la création d'une ponctuelle figure du crime.
Une des idées nées à Tampere, mais à laquelle le Conseil de
l'Union européenne a donné substance seulement en février
2002, est celle de la création de l'Unité de coopération judiciaire
Eurojust", afin de renforcer la lutte contre les formes graves de
criminalité transfrontalière organisée. Composé de 27 membres
entre procureurs, magistrats, ou officiers de police détachés par
chaque état membre, Eurojust constitue un outil efficace pour
améliorer le fonctionnement de la coopération judiciaire, puis-
qu'il a pour mission de faciliter la coopération entre les autorités
nationales chargées de poursuites, d'améliorer la coordination
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