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La trans-parentalité

De
196 pages
Depuis une trentaine d'années, la société occidentale voit se développer des formes familiales qui furent relativement rares durant la première moitié du XXe siècle : familles monoparentales, familles recomposées, couples parentaux non cohabitant et couples homosexuels. Ce livre est né du désir des auteurs de mieux comprendre ces familles et d'élargir leur champ de perception afin de les aider plus efficacement à surmonter les crises qu'elles traversent.
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LA TRANS-PARENT ALITÉ
La p.rychothérapie

à l'épreuve des nouvelles familles

@L.HARMATTAN. 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005

Paris

http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harrnattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06594-9 EAN : 9782296065949

Pierre Fossion, Mari-Carmen Siegi Hirsch

Rejas

LA TRANS-PARENTALITÉ
La prychothérapie

à l'épreuve des nouvelles familles

Priface de Boris Çyrulnik Postface de Pierre S egond

L'Harmattan

Ouvrages

des mêmes auteurs:

Siegi Hirsch, au cœur des théraPies, P. Fossion, M-C Rejas, 2001, Editions Erès, Ramonville Sainte-Agne

Garde ton masque,

J. Schouten, S. Hirsch, H. Blankstein, 1993, Editions Erès, Ramonville Sainte-Agne

A mes parents et à mon frère qui m'ont ancré dans le
monde solide A Lounia et Samuel qui m'accompagnent dans le monde

liquide
A Savina, f acob et Laurent qui m'ont facilité le passage d'un monde à l'autre A Hélène qui m'a permis de remporter la guerre de (( Trois )) P.F.

A Viridiana, ma ((fille ))par les liens du cœur, à Guillermo A Liberto
Mais aussi à falil, Sofiane et Erika Enfin, aux familles exilées et au courage dont ellesfont preuve dans leur quête de nouvelles racines

M-C.R.

A ma famille qui m'a permis de retrouver l'ombre que j'avais perdue.

S.H.

Remerciements
Nous tenons à remercier Boris Cyrulnik, Viridiana Garcia, Paul Linkowski, Laurence Niffle, Pierre Segond, Paul Smets, Frédérique Van Leuven et Willy Szafran pour leur travail de relecture de notre manuscrit

Préface Le problème du mot famille c'est qu'il ne désigne jamais la même manière de vivre entre proches.
Chez les Romains, tous ceux qui vivaient sous un même toit et se soumettaient à l'autorité d'un même chef appartenaient à la même famille: les serviteurs, les esclaves, la femme, le bébé, les femmes de sexe, les enfants naturels et le grand fùs adopté composaient une famille. La famille paysanne du Moyen Age occidental constituait une cellule du corps social et désignait des hommes, des femmes et leurs enfants. Déjà, à propos de cette époque, certains anthropologues mettent en exergue les familles verticales, les parents et les enfants, alors que d'autres attachent une plus grande importance aux familles horizontales, désignant ceux avec qui on fait alliance afin d'assurer la cohésion sociale. Au XIXe siècle industriel, l'appartement familial était le lieu de la sécurité, le havre de paix. L'extérieur, la rue, le monde du travail étaient faits de dangers et de violences. Les ouvriers dormaient par terre sur le chantier. C'est le corps qui faisait du social avec les muscles des hommes et le ventre des femmes.

Après la Seconde Guerre mondiale, il n'y avait ni caisse de retraite, ni sécurité sociale. Chaque partenaire du couple devait assurer sa part de l'entraide vitale et de la solidarité.
Et toutes ces formes incroyablement différentes d'associations sexuelles, affectives, éducatives et sociales prenaient le nom de familles. Il n'y a pas longtemps, on pensait que la famille représentait la plus petite unité sociale possible. Aujourd'hui on privilégie le récit et la représentation sociale et culturelle qui donnent forme

à une entente entre proches et qui composent une famille. Aujourd'hui, les innovations techniques, l'évolution des droits de l'homme, les nouveaux récits culturels amènent, une fois de plus, à penser la famille avec de nouveaux mots et de nouvelles images. Mais le bouleversement des représentations de la famille enchante une moitié de la population tout en angoissant l'autre moitié. Tout changement dans la famille, vécu comme un quasi-blasphème à l'époque napoléonienne, prend aujourd'hui la signification d'une aventure individuelle, d'un épanouissement social, d'un respect de la personne. Quand la famille est à repenser, certains stéréotypes, certaines locutions deviennent des maltraitances théoriques. C'est le thème de la réflexion que nous proposent Pierre Fossion le psychiatre, Mari-Carmen Rejas la philosophe et Siegi Hirsch le thérapeute familial. Ils nous expliquent que, il y a quelques décennies, le divorce était un non-respect de la Loi, une presque délinquance et devait forcément entraîner des troubles chez les enfants. Dans la pensée paresseuse qui se déroule d'elle-même, comme un réflexe, il était immoral qu'une transgression n'entraîne pas de troubles! Pour des raisons supposées naturelles, une femme ne pouvait même pas vivre seule, nous disait-on à cette époque. Alors, vous pensez bien qu'une famille monoparentale constituait une monstruosité dont il fallait que les conséquences soient terrifiantes. Cette stigmatisation naturaliste servait à renforcer le préjugé social qui entravait l'épanouissement des femmes. Et les couples homosexuels qui veulent adopter des enfants! Vous vous rendez compte? Ils bouleversent l'ordre de la Nature qui est voulu par Dieu. Leurs enfants deviendront psychotiques ou débiles puisqu'il n'y aura plus de Père pour inviter à la symbolisation; ils deviendront pervers ou homosexuels puisqu'ils n'auront plus le choix entre deux modèles identitaires.

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Le problème c'est que, en organisant des observations longitudinales avec des enfants élevés par des parents divorcés ou homosexuels, on constate qu'ils manifestent exactement les mêmes troubles psychologiques ou les mêmes bons développements que la population générale! Ni plus, ni moins! Les théories maltraitantes semblent donc avoir pour fonction de légitimer l'ancien pouvoir et de disqualifier tout changement. Il est impossible de ne pas évoluer tant les innovations technologiques modernes et les nouvelles conceptions culturelles ont changé nos manières d'être humains. Les auteurs nous expliquent que la modernité peut être solide ou liquide. Par le mot solide, ils veulent désigner tout ce qui renforce l'identité et, par le mot liquide, ils soulignent les processus de communication, l'entre-deux, le relationnel. Alors que notre culture est plutôt S.A.F.E (Système Affectif Flexible Elargi, cf. infra), les recherches récentes mettent en exergue l'importance de l'attachement au cours des interactions précoces, le pouvoir structurant de la filiation et l'influence des nouveaux récits attribuant à l'autonomie une vak..lr fondamentale, alors que, pour beaucoup de cultures, elle reste une transgression honteuse. Nous sommes pétris par un environnement écologique, affectif et verbal qui organise les familles et attribue des valeurs. Pendant des siècles, les enfants occidentaux n'étaient pas élevés par leurs parents naturels. C'est le groupe de femmes, d'hommes et d'enfants aînés qui surveillaient les petits enfants. Quand une femme était fatiguée par l'accouchement, on attendait les relevailles, qui pouvaient durer plusieurs semaines, pendant que d'autres s'occupaient du nourrisson. Quand la mère retournait aux champs, le bébé correctement langé était accroché à un clou sur une porte pour le mettre à l'abri des animaux. Le mot Père désignait des statuts sociaux, affectifs, éducatifs et légaux étonnamment différents selon les cultures. Jusqu'à la Première Guerre mondiale les femmes mouraient si

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jeunes et les hommes disparaissaient en si grand nombre au travail ou à la guerre qu'un enfant sur deux n'était pas élevé par ses parents biologiques. Aujourd'hui les femmes ne vont plus aux champs, ni à l'usine, ni à la mine, ni même à la maison où elles ne travaillent plus que douze heures par semaine (contre cinq heures pour les hommes). Elles vont dans le secteur tertiaire où le salariat, la technologie et l'école leur donnent une plus grande autonomie. Dans ce nouveau contexte, certaines théories cherchent à sauver les meubles: une fausse biologie parle encore J'instinct maternel ce qui est pittoresque quand on sait que les zoologues n'emploient plus cette expression jugée non pertinente chez les animaux! Une certaine psychanalyse cherche à sauver le Père dans un contexte social où le développement de l'Etat dilue la fonction paternelle. Les théories désuètes prennent un effet de restauration narcissique pour ces pères effacés dont la culture change encore une fois la fonction. Nous aurions du mal à donner sens à un monde sans théorie. Mais la théorie que nous élaborons parle du théoricien bien plus que du monde qu'elle prétend rendre compréhensible. Il faut donc changer de théorie puisque nous avons inventé un monde en changement. La famille n'est pas seule à façonner nos enfants. Nous avons sous-estimé le pouvoir structurant des enfants entre eux, de l'école, du quartier, des voisins, des stéréotypes et des préjugés. Cette nouvelle manière d'élaborer le développement humain conduit à des réponses totalement contre-intuitives. Dans une culture où le développement de la personne est devenu une valeur en soi, l'individu s'épanouit quand tout va bien; mais, en cas de chaos traumatique, il devient plus vulnérable puisque les progrès techniques ont rendu moins nécessaire la protection affective et verbale du groupe.

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Les changements de métier, de régions, de pères et parfois même de mères vont façonner des enfants différents qui auront acquis de nouvelles valeurs. Ils vont donc inventer une nouvelle culture qui va enchanter certains théoriciens et en crisper d'autres. Tout ce bouillonnement nous invite à penser différemment la psychologie. Quand la société est solide, nous disent les auteurs, la réponse psychothérapeutique aux pathologies de l'identité est très bien fournie par la psychanalyse. Mais quand une société devient liquide, instable, amoureuse du changement et des transactions momentanées, aucun être humain ne peut se constituer comme sujet sans passer par l'appartenance. Je ne peux devenir moi-même que si les autres autour de moi ont structuré mon milieu. Si vous acceptez cette idée, cela implique que vous acceptiez aussi que, dans ce cas, ce ne sont plus les personnes qui sont malades mentales mais les relations qu'elles établissent entre elles. Alors, encore une fois, il faudra tout repenser, ce qui est bien agréable quand Pierre, Mari-Carmen et Siegi nous invitent à penser avec eux.

Boris Cyrulnik

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Introduction
Depuis une trentaine d'années, la société occidentale voit se développer des formes familiales qui furent relativement rares durant la première moitié du xxe siècle: familles monoparentales, familles recomposées, couples parentaux non cohabitant et couples parentaux homosexuels. Notre pratique clinique nous amenant à les rencontrer fréquemment, ce livre est né de notre désir de mieux les comprendre et d'élargir notre champ de perception afIn de les aider plus effIcacement à surmonter les crises qu'elles traversent. Confrontés à ces nouvelles confIgurations familiales, de nombreux psychothérapeutes s'enferrent dans des propos alarmistes, n'hésitant pas à prédire un effondrement de la société occidentale sous l'effet de la régression de la famille nucléaire. A ce propos, Élisabeth Badinter nous rappelle très justement que les stéréotypes de jadis, pudiquement appelés nos repères, nous enfermaient mais nous rassuraient. Aujourd'hui, leur éclatement en trouble plus d'un. Bien des hommes y voient la raison de la chute de leur empire et le font payer aux femmes qui, par réaction, sont parfois tentées de répliquer par l'instauration d'un nouvel ordre moral supposant le rétablissement des frontières. C'est le piège où ne pas tomber sous peine d'y perdre notre liberté, ce qu'E. Badinter appelle faire fausse route (12). Demeurer dans la prétention d'un savoir acquis qui répondrait à tout, n'est-ce pas abandonner toute réflexion en accentuant un arbitraire qui ne peut que falsifIer le regard que nous portons sur l'autre, sur nous-mêmes (149) ? Ce livre est donc également né de notre volonté de nous opposer aux discours catastrophiques et conservateurs de ces gardiens d'une idéologie réactionnaire qui se permettent de dire qu'une mère ne peut pas élever seule ses enfants, comme les dames patronnesses disaient au XIXe siècle que, si les femmes travaillaient, la différence des sexes disparaîtrait (146). Or, la

psychothérapie ne doit pas être morale, elle doit être éthique. Elle ne doit pas dire ce qu'est le bien et ce qu'est le mal mais, au contraire, réfléchir aux notions mêmes de bien et de mal (146) car le retour à l'ordre moral n'est pas loin lorsque l'individu devient l'exutoire des impasses collectives. Ce phénomène n'est pas nouveau et ne concerne pas que la société occidentale car, à chaque époque et en tous lieux, il

existe une hystérésis 1 entre les normes et les pratiques familiales.
Cette hystérésis est d'autant plus prononcée que les transformations subies par la société sont rapides, empêchant ainsi la reproduction des anciennes structures familiales (77). Par exemple, de nos jours, au sein de certains groupes aborigènes d'Australie et du fait de l'influence galopante du mode de vie occidental, un quart des mariages sont irréguliers, c'est-à-dire qu'ils prennent la forme d'unions interdites par la tradition. A chaque époque, cette hystérésis alimente le discours d'idéologues conservateurs agitant le spectre de la dissolution familiale. Ainsi, cette menace fut-elle brandie à maintes repr1ses : Durant la Troisième République, époque où se formalisa l'explication de la délinquance par la dissociation familiale. Déjà à cette époque, Frédéric Le Play ~~ plaint de ce que les hommes faits n'inculquent plus avec vigilance aux jeunes générations la dignité des manières et le respect de la loi morale. Le Play décrit également la famille nucléaire comme une décadence des deux autres formes familiales dont elle dérive, la famille patriarcale et la famille souche (101). Ce mythe de la grande famille patriarcale nourrit, dès le XIXe siècle, un imaginaire collectif prétendant trouver
1 L'hystérésis est un terme emprunté à la physique que Pierre Bourdieu utilise pour désigner le décalage entre un habitus formé à un moment du passé et les conditions présentes. L' habitus, quant à lui, désigne la structure mentale par laquelle les individus appréhendent le monde environnant. 18

dans les modèles du passé l'image d'un temps harmonieux révolu. Or, il est maintenant clairement établi que le groupe domestique ancien fut fort instable du fait d'une importante mortalité, de remariages nombreux ainsi que d'une grande mobilité géographique. En effet, à cette époque, les hommes migraient pour trouver du travail et, de ce fait, confiaient la socialisation des enfants aux femmes et aux vieillards (156). Durant les années 1920, importante époque d'émancipation des femmes notamment traduite en littérature par La Garçonne de Victor Margueritte. Durant les années 1940, sous le régime devise était Travail, Famille, Patrie. Durant les années 1950, après la parution Simone de Beauvoir. Durant les féministes. années 1960, par crainte de Vichy dont la

du Deuxième Sexe de

des

mouvements

Et, plus récemment, homosexuel (105).

en réaction

au P ACS

et au manage

L'aspect résistant et catastrophique de la fm de les nouvelles configurations par leurs pourfendeurs à mêmes connues dans leur comme universalisables.

récurrent de cette perception la famille tient sans doute à ce que conjugales et parentales sont jugées l'aune des valeurs qu'ils ont euxpropre famille et qu'ils considèrent

Cependant, la perspective historique révèle aisément que la famille nucléaire, reposant sur le mariage indissoluble, le travail salarié du père ainsi que sur le travail ménager et éducatif de la mère n'est pas la référence universelle que certains prétendent. En effet, soumise à un triple relativisme, temporel, social et

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