La transmission de la clinique à l'université

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La journée d'étude des vingt ans du Centre de Psychologie Clinique a suscité l'envie de donner une forme écrite aux réflexions partagées entre étudiants, enseignants et professionnels en partant de l'expérience singulière d'un lieu de consultation, de formation et de recherche clinique. Une opportunité pour reformuler la question de l'éthique qui préside dans la transmission des savoirs et des expériences pratiques.
Publié le : mercredi 1 octobre 2008
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EAN13 : 9782296206700
Nombre de pages : 202
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LA TRANSMISSION

DE LA CLINIQUE

À L'UNIVERSITÉ

Sous la direction de Claude SA VINAUD et Philippe GROSBOIS

LA TRANSMISSION

DE LA CLINIQUE

À L'UNIVERSITÉ

Cahiers
N° SPÉCIAL:«

de l'IPSA

20 ans du C.P.C.»

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Illustration

de couverture:

Cairn de l'Ile de Pâques. (Photographie: Claude SA VINAUD).

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique j 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06400-3 EAN : 9782296064003

Tous nos remerciements:
à tous ceux qui ont participé à cette journée

-

d'études,

et aussi aux absents

qui ont compté dans la mise en

place de cette expérience originale du CP.C : Marie-Noëlle
OLLIVIER, Dominique
- et

BOISTEL,

Christiane LAFFOURCADE
"

à tous les étudiants qui ont donné vie à ce lieu de

formation ...

AUTEURS

BULOURDE Laurence Psychologue clinicienne au CESAME, D.E.A. de psychopathologie, coresponsable du C.P.C., responsable des stages de Master Clinique pathologique et chargée de cours à l'LP.S.A. COTTENCEAU Christian-Noël Psychologue clinicien au C.H.U. d'Angers, vacataire à l'LP.S.A. DELALEU Annick Psychologue clinicienne l'LP.S.A.

au CESAME,

psychanalyste,

vacataire à

De LOGIVIÈRE Jean-Marc Psychiatre, psychanalyste et psychodramiste

à Angers.

FARES Nabile Docteur en psychosociologie, maître de conférences comparée et francophone, psychanalyste.

en littérature

FOURCHER Gérard Psychologue clinicien en pédopsychiatrie à Cholet, docteur en philosophie, chargé de cours à l'LP.S.A.
GROSBOIS Philippe Psychologue clinicien, enseignant, coresponsable du C.P .C. assistant à l'I.P.S.A. et

LEGGIO Marie Psychologue clinicienne, secteur Hospitalier Nord Deux-Sèvres. L Y THANH Huê Psychiatre, psychanalyste, cours à l'I.P.S.A.

de psychiatrie

adulte,

Centre

docteur en psychanalyse

et chargée de

MARTIN-MATTERA Patrick Psychologue, psychanalyste, professeur de directeur de l'I.P.S.A, membre du CERIPSA. MARTIN-LA VAUD Virginie Psychologue clinicienne dans l'Éducation cours à l'I.P.S.A.

psychopathologie,

Nationale et chargée de

MOUCHÈS Alain Psychologue et éthologue, maître de conférences membre du CERIPSA, coresponsable du C.P.C. OLLIVIER Anna Psychologue clinicienne. ROBIN Michel Médecin, psychanalyste,

à l'I.P.S.A,

membre de l'E.P.C.O.

SA VINAUD Claude Psychologue clinicien, psychanalyste, professeur de psychologie clinique et psychopathologie à l'I.P.S.A., membre du CERIPSA, coresponsable du C.P.C. SHENTOUF Rachida Psychologue clinicienne. THOMAS Dominique Psychologue clinicienne, enseignante permanente, assistante l'I.P.S.A., coresponsable des stages de licence en psychologie.

à

SOMMAIRE
Introduction L'expérience du Centre de Psychologie Clinique (P. MARTIN-MATTERA) Le Centre de Psychologie Clinique de l'IPSA (P. GROSBOIS, P. MARTIN-MATTERA, L. BULOURDE, A. MOUCHÈS, C. SAVINAUD) Première partie: Les outils de la transmission Enseigne m'en... Ou l'histoire d'un tutorat... (A. DELALEU) Flash sur les fonctions du tuteur (C. N. COTTENCEAU) Le tutorat des étudiants tel que nous le concevons (D. THOMAS) Les psychodrames analytiques et la thérapie individuelle (J. M. De LOGIVIÈRE) Deuxième partie: Une collaboration dans la pratique entre enseignants et étudiants Les entours du C.P.C. Ou pour une militance autrement... (L. BULOURDE) p. Il p. 15

p. 25

p. 37 p. 39

p. 43

p. 53

p. 57

p. 65

p. 67

À propos d'une itinerrance transhumaine (C. SAVINAUD) Vingt ans du C.P.C. : entre la plainte et quelques solutions (A. MOUCHÈS) Témoignage d'une ancienne étudiante stagiaire au C.P.C. (M. LEGGIO) L'expérience d'un lien entre théorie et pratique (A. OLLIVIER) Troisième partie: L'apport extra-universitaire Table ronde: les groupes d'analyse de la pratique, de lecture de textes et la supervision (Participants: M. ROBIN, R. SHENTOUF, V. MARTIN-LA VAUDDiscutant: J. M. De LOGIVIÈRE) Savoir, formation et activité de pensée (N. FARES)
Actualité des psychologues en pédopsychiatrie vicissitudes et prospective (G. FOURCHER) :

p. 81 p. 89

p. 97 p. 103

p. 109

p. 111

p. 121

p. 127

Qu'est-ce que transmettre? (H. LY THANH) Transmettre la psychanalyse à l'université? (P. MARTIN-MATTERA) Postface C. SAVINAUD Annexes : Annexe I - Treize propositions pour une transmission de la clinique psychanalytique dans la formation des psychologues à l'université (c. SAVINAUD) Annexe II - Projet de Master Recherche en Psychopathologie et Pratiques psychothérapiques

p. 153

p. 165 p. 173 p. 179

p. 181 p. 185

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INTRODUCTION

La journée d'étude des vingt ans du C.P.C. a suscité l'envie de donner une fonne écrite aux réflexions partagées entre étudiants, enseignants et professionnels en partant de notre expérience singulière d'un lieu de consultation, de fonnation et de recherche en clinique, rattaché à l'l.P.S.A. au sein de l'Université Catholique de l'Ouest. L'enseignement de la psychologie clinique dans le contexte universitaire a pris son essor il y a 50 ans, dans les leçons inaugurales de Daniel Lagache et Favez-Boutonnier à la Sorbonne, avec l'apport principal de la doctrine psychanalytique dans le champ de la psychologie. Longtemps, cet apport s'est revendiqué d'une extériorité en opposant savoir académique et vérité du Sujet. À travers la mise en place de dispositifs de fonnation, de réflexion et de pratique articulés à l'enseignement, le Centre de Psychologie Clinique s'est donné pour tâche de rendre possible la confrontation à l'expérience de cette hétérogénéité. Savoir et Vérité pouvaient être inconciliables dans une perspective doctrinale, mais devaient nécessairement converger dans la fonnation de futurs psychologues cliniciens. C'est à Patrick Martin, un de ses fondateurs, que revient la tâche de présenter le Centre de Psychologie Clinique dans ses origines comme volonté de création d'un lieu d'expérimentation universitaire de l'Éthique du clinicien. Puis, c'est l'équipe d'encadrement actuelle qui présentera à la fois l'historique et le bilan de son fonctionnement, en reprenant

les questions soulevées par ce lieu de confrontation entre fonnation des psychologues et pratiques des psychothérapies. L'expérience accumulée et l'actualité des débats sur cette convergence nous obligent, avec le recul, à refonnuler la question de l'éthique qui préside à notre implication dans la transmission des savoirs et des expériences pratiques.

Cette refonnulation passe par un triple questionnement:

.

Les outils de la transmission

Tutorat, encadrement des stages par des professionnels sur le terrain nous interrogent sur le lien entre transfert de savoir et savoir du transfert. Les trois témoignages qui se succèdent dans ce chapitre font appel à des expériences diverses: - Celle d'Annick Delaleu concerne la pratique de tutorat de groupe, qu'elle a instituée en direction des étudiants du Master Psychopathologie ayant choisi ce type d'encadrement de leur expérience préprofessionnelle. - Celle de Christian-Noël Cottenceau qui a été désigné comme tuteur des stagiaires du C.P.C. et qui s'acquitte de cette charge délicate puisqu'il sert de référent «externe» à l'implication des étudiants dans le partage de l'expérience clinique avec leurs professeurs devenus « partenaires de travail ». - Celle de Jean-Marc De Logivière, menée depuis longtemps dans le cadre du tutorat avec l'outil psycho dramatique, et qui nous parle de cette collaboration entreprise à son cabinet de consultation avec les étudiants de psychologie et d'autres professionnels pour la mise en place de thérapies bi ou trifocales alliant psychanalyse, psychodrame individuel et de groupe et soins institutionnels.

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Une collaboration dans la pratique entre enseignants et étudiants, dans le cadre de l'accueil de la souffrance psychique dépasse la dialectique maître-élève et invite à la subversion du rapport pédagogique. Trois textes évoquent ce souci de l'institution du soin au C.P.C. : - Laurence Bulourde en relève les principes fondamentaux; - Claude Savinaud interroge leurs limites d'application; - Alain Mouchès fait part du partage de son expérience avec les Thérapies cognitivo-comportementales dont il est un référent au C.P.C., et qu'il met en œuvre avec des stagiaires; - enfIn, les textes d'anciens stagiaires du C.P.C., Marie Leggio et Anna Ollivier, donneront un aperçu du compagnonnage possible entre générations de cliniciens. L'apport extra-universitaire intégré dépasse le cadre de la délivrance du diplôme et la validation du titre professionnel. À travers les formes de supervision, quelle neutralité pour garantir une démarche personnelle et s'approprier sa propre identité de psychologue clinicien? La contribution de représentants de groupes, existant dans le cadre du C.P.C. sans en dépendre, à une table ronde qui eut lieu lors de la journée anniversaire des vingt ans du C.P.C., (groupes d'analyse de la pratique, de lecture de texte et de supervision), montre la diversité des élaborations du travail de clinicien après le diplôme, en optant pour garder une référence «symbolique» à l'université. Garantie d'une indépendance ou d'une liberté par rapport aux dogmes, ou stratégie de contournement d'un Réel qui ne peut se traduire dans un Savoir établi ? Michel Robin, Rachida Shentouf, Virginie Martin-Lavaud en débattent avec l'éclairage de Jean-Marc De Logivière, pressenti pour en déplacer les enjeux groupaux. Nabile Fares fait valoir un point de vue anthropologique de la position psychanalytique sur ces questions.

.

.

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Gérard Fourcher fait un recensement des variations actuelles de la place du psychologue dans le cadre de la pédopsychiatrie, exemplaire à plus d'un titre de la difficulté à conserver une orientation de la clinique du Sujet dans les mutations de la « nouvelle» politique de santé publique. Enfin, Huê Ly Thanh nous fait part de la «plasticité» requise pour le clinicien face aux évolutions d'une psychopathologie qui engage la singularité du regard du thérapeute parce que toujours plus à la limite de l'analysable. Et Patrick Martin-Mattera conclura cet ouvrage en réouvrant le débat sur les liens toujours paradoxaux entre Psychanalyse et Université.

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L'EXPÉRIENCE DU CENTRE DE PSYCHOLOGIE CLINIQUE
Patrick MARTIN-MATTERA
*

Le Centre de Psychologie Clinique est depuis sa création en 1986, «expérimental », au sens où il n'y a guère de structures équivalentes en France. Seul, sans doute le Centre Georges Devereux, à Paris 8, fondé en 1993 par Tobie Nathan et aujourd'hui dirigé par Lucien Hounkpatin, peut lui être comparél. Le C.P.C. en tant que tel est né le 25 septembre 1986, mais sa préhistoire remonte à l'année universitaire 1984-85. Le 6 novembre 1986, un bureau chargé de la concrétisation du C.P .C. est élu, composé de Dominique Boistel, Philippe Grosbois, Christiane Laffourcade, Patrick Martin, Marie-Noëlle Ollivier et Dominique Thomas: on peut considérer que ce bureau représente l'équipe fondatrice du C.P.C. L'expérience originale du C.P.C. contribue certainement à expliquer mon intérêt pour le champ de la création, intérêt qui n'est pas seulement théorique: la réflexion sur la création apporte à la pratique psychanalytique des données importantes, elle permet aussi parfois de s'autoriser à fonder, et cet acte de fondation, aussi modeste soit-il, conforte néanmoins les idées que l'on peut avoir au plan théorique, et en quelque sorte les légitime. De plus, la possibilité
* Psychologue, psychanalyste, professeur de psychopathologie, directeur de l'I.P.S.A., chercheur au CERIPSA. I Ce qui a été fait par Tobie NATHAN lui-même, in Nous ne sommes pas seuls au monde, Paris, Éd. du Seuil/Éd. Les Empêcheurs de penser en rond, 2001, p. 91.

de fonder un centre comme le C.P.C. a catalysé mon intérêt pour la problématique de la création et lui a fourni une assise à la fois concrète, théorique et pratique qui m'a conduit très vite à me consacrer essentiellement à cette question. Dans les textes où je présente, puis commente la fondation et le fonctionnement du C.P.C., textes dont je vous lirai des extraits, je me réfère assez spontanément à une idée générale de la création que je serai amené plus tard à développer et approfondir dans les écrits que j'ai consacrés à cette question. Le C.P.C. est en soi une tentative de création, en tout cas d'innovation, pour une approche de l'enseignement universitaire de la psychologie qui ne soit plus totalement excentrée de la pratique et où les étudiants en fin de cursus puissent commencer à exercer, comme sur leurs autres lieux de stages, encadrés par des praticiens confirmés, mais aussi par des chercheurs (c'est ce qui fait sans doute la différence avec les autres lieux de stage). Ce qui animait le petit groupe de cliniciens qui participa à la fondation du centre avec moi était de créer un lieu où la clinique du sujet (en l'occurrence celui de l'inconscient) pourrait être centrale et où en plus, se rencontreraient dans un esprit d'ouverture et de dialogue des praticiens d'obédiences différentes qui, habituellement, se tournent le dos ou se critiquent abruptement. La dynamique de l'Institut de Psychologie et de Sciences Sociales Appliquées permettait une telle rencontre et un tel projet car, par delà les divergences théoriques et pratiques qui pouvaient exister, les personnes en présence, ayant travaillé ensemble plusieurs années, parvenaient à se respecter y compris au plan professionnel. L'expérience du C.P.C. put ainsi voir le jour et se perpétuer, puisqu'elle se poursuit encore aujourd'hui. J'écrivis quelques articles de présentation dans des revues à «grande audience »2 comme le Journal des psychologues ou Psychologues et psychologies (la revue du SNP). Dans cette dernière revue3, je notai ceci :

2 « Grande audience» relative à la population des psychologues, bien entendu. 3 Patrick MARTIN,« Le Centre de Psychologie Clinique d'Angers », in Psychologues et Psychologies, n° 100, 1991.

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«Le Centre de Psychologie Clinique de l'IPSA (Institut de Psychologie et de Sciences Sociales Appliquées) de l'Université Catholique de l'Ouest à Angers, a ouvert ses portes au cours de l'année 1986. Seul centre universitaire de ce type en France, il réunit différents professionnels ou futurs professionnels de la psychologie dans un triple objectif de formation, de recherche et de consultations. Ainsi, étudiants en psychologie (Maîtrise et DESS), psychologues cliniciens de la région et enseignants-chercheurs peuvent se retrouver en un lieu organisé par des psychologues pour des psychologues ».
Je situai ainsi les trois principaux objectifs du Centre4 : «La recherche d'abord, car le Centre est universitaire. Cette fonction nous semble essentielle en ce sens que, d'une part, le Centre est expérimental, donc est recherche en lui-même et que, d'autre part, il nous paraît aujourd'hui nécessaire de favoriser les publications originales dans le domaine de la psychologie clinique. Des multiples rencontres entre praticiens d'obédiences différentes pourront surgir de nombreux articles et de nombreuses communications tant sur le plan général de la clinique que sur le point particulier de l'expérience que nous tentons depuis un an. La formation est un autre de nos objectifs qui reste étroitement lié à la recherche. En effet, outre la gestion des stages de Maîtrise et D.E.S.S. (trois années de stage à mi-temps), le Centre s'offre aux étudiants comme un lieu où eux-mêmes peuvent proposer leurs idées de formation: soit comme formateurs s'ils en ont les compétences, soit comme demandeurs. Ils effectuent souvent les premiers entretiens et, selon leurs compétences répondent ou non eux-mêmes aux différentes demandes qui sont adressées au Centre. Des réunions de régulation et de contrôle ont lieu une fois par semaine, durant lesquelles les projets sont exposés et discutés, le dispatching effectué, les activités commentées et critiquées. L'avantage réside dans le fait que les étudiants sont confrontés aux exigences d'une réalité (organisation matérielle, financière, respect

4 Patrick MARTIN, « Fonnation, infonnation, recherche et consultation: le Centre de Psychologie Clinique d'Angers », in Journal des Psychologues, na 62, 1988.

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de la légalité, etc.) qui souvent ne s'impose pas clairement à eux sur leurs lieux de stages habituels. Les consultations sont à notre avis la plus dynamisante et aussi la plus délicate de nos perspectives. Depuis longtemps, l'IPSA intervient sans difficulté dans de nombreux milieux professionnels pour effectuer surtout des actions de formation continue. Mais avec le terme de consultation surgit le spectre de la concurrence et de la nouveauté. Que l'université se préoccupe de la pratique à laquelle elle forme pourtant ses étudiants peut sembler encore surprenant. C'est pourtant ainsi que nous concevons une partie de l'avenir de la psychologie en France car la séparation professionnels-universitaires est actuellement le principal obstacle au développement de notre discipline. Les activités de consultation que nous proposons sont nombreuses et recouvrent tout le champ

des pratiques classiques de la psychologie

clinique (au sens

large): psychanalyse, thérapies comportementales, relaxations, etc. De ce fait, les étudiants, sous le 'contrôle' de praticiens qualifiés, sont amenés à recevoir eux-mêmes une clientèle diversifiée ».

Il est évident, aujourd'hui, que l'on peut considérer le e.p.e. comme une réussite en ce qui concerne la «formation », c'est-à-dire le pédagogique; et pour ce qui touche aux consultations, l'aspect de la recherche dont nous attendions beaucoup n'est plus traité directement par le centre. Ce dernier aspect est aujourd'hui pris en charge dans les structures beaucoup plus adaptées des laboratoires et des écoles doctorales. Le développement de la recherche à l'IPSA, qui a été très important ces dix dernières années (nous avions du retard à rattraper) s'est effectué de façon beaucoup moins hasardeuse que ce qui aurait été le cas si nous avions compté sur le seul e.p .e. pour ce faire. Néanmoins, comme institution expérimentale que je décrivais comme instable5 et pluricéphale6, en raison premièrement du fait
5 J'écrivais ceci, in Psychologues et Psychologies: {(Ainsi, la formation au c.P.c. n'est pas une formation universitaire classique, elle n'est pas non plus formation à la psychothérapie (le c.P.c. exige des étudiants et des professionnels qui s'engagent dans des psychothérapies, une formation personnelle adéquate), elle est plutôt confrontation à la mise en place et au maintien d'une institution difficile, mouvante, instable. Le c.P.c. est ce qu'en font d'abord les étudiants

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que les étudiants en sont en quelque sorte les piliers et qu'ils sont seulement de passage à l'université, et deuxièmement du fait que le C.P.C. a toujours été dirigé par au moins deux personnes aux idées différentes, néanmoins donc, le C.P.C. a certainement joué un grand rôle dans la dynamique intra-institutionnelle de développement de la recherche, car en lui-même il était une recherche appliquée, motivante, dans laquelle nous investissions beaucoup d'énergie. Cet «enthousiasme» du début s'est bien sûr modéré au fil du temps, et c'est heureux, car il a libéré ainsi d'autres énergies à investir dans d'autres types de travail plus

(donc des passagers de l'université) et les professionnels et enseignants qui y participent. C'est ce caractère d'institution instable qui assure le mieux laformation des étudiants, obligés alors d'inventer des solutions, des améliorations, de gérer les demandes au quotidien, de faire en sorte que le centre survive à ses crises, à la routine, aux réactions paifois négatives que son originalité ne manque pas de susciter, etc. Cette gestion étudiante est facilitée néanmoins par le travail de deux responsables (enseignants à l'IPSA) et d'un Bureau du Centre, composé de professionnels, d'enseignants et d'étudiants, chargé de maintenir le cap scientifique et éthique du c.P.c. » 6 Voir Patrick MARTIN, « Pratiques institutionnelles et université », in Pratiques Institutionnelles et Théorie des Psychoses, Paris, Éd. L'HannaUan, 1995: « L'instabilité est d'autre part, pour nous, reliée à une autre caractéristique qui nous semble fondamentale pour créer un espace où les possibles ne soient pas comptabilisés et anéantis: il s'agit de ce que nous appelons la pluricéphalité, terme que nous pouvons rapprocher de celui de polyphonie. En bref, la pluricéphalité repose sur l'idée que plusieurs directions valent mieux qu'une seule. Le Centre de Psychologie Clinique est en effet, depuis son ouverture, placé sous la responsabilité d'au moins deux personnes, dont les objectift et la conception même du projet-Centre sont différents. Sans doute n'est-ce pas là une incompatibilité, mais un décalage de points de vue, un double regard qui produit dans l'entre-deux un espace multidimensionnel où la prise de décision bénéficie d'une imprécision qui, loin d'être préjudiciable, s'avère pertinente et productive. Seules les décisions soutenues par un ensemble significatif, et pour le collectif et pour les personnes elles-mêmes, sont en fait appliquées. Ceci va, à notre avis, plus loin qu'un fonctionnement purement démocratique, rien n'est délégué une fois pour toutes à une personne représentant un groupe, nulle majorité et nulle minorité ne s'affrontent et pourtant des voix dissemblables se font entendre. Une décision n'est prise et appliquée qu'après avoir d'abord été entérinée par un groupe (à ce moment il y a bien en effet une majorité qui se dégage) et ensuite soumise à l'inertie qu'engendre la pluricéphalité, inertie du contrôle et pratique de l'oubli peut-être, mais surtout mise à 'l'épreuve de la réalité'. »

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universitaire. Cependant, ce travail universitaire a indéniablement bénéficié de l'approche plus aléatoire de l'expérience du C.P.C. À la fin d'un article7 qui reprenait une communication faite au colloque Pratiques institutionnelles et théorie des psychoses, que j'avais coordonné en octobre 1993, en collaboration avec une équipe du C.P.C. et les cliniques dites de «psychothérapie institutionnelle », colloque dans lequel je tentai une analyse du fonctionnement du centre, je terminai sur une réflexion à propos du processus psychotique et du rapport qu'il entretient avec la création: «Il est trop facile de rejeter catégoriquement les personnes psychotiques dans un statut de malades, d'affirmer que le délire n'est pas à comprendre et d'attendre l'effet des neuroleptiques pour, parfois, commencer à écouter, si d'un autre côté l'on ne tient pas compte de ce que représente socialement ce sursaut du psychisme qu'est le processus psychotique. Nous voulons dire par là que ceux qui font l'expérience hallucinatoire et délirante sont allés auparavant, juste avant, au cœur même de ce à partir de quoi toute création se réalise. Nous disons que c'est à partir de ce moment de rencontre du réel, que le matériau de la réalité est donné comme brut. Et ceci implique que, même si l'on considère que le psychotique a involontairement reculé devant cet impossible qui surgit autour de lui et en lui, et auquel il répond par collage de représentations, on ne peut ignorer le caractère fondamentalement novateur du moment de la rencontre. Les façons d'en tenir compte sont diverses, la psychothérapie institutionnelle est l'une d'entre elles et non la moindre. Créer implique de détruire avant. Détruire la réalité dans son ensemble conduit à la psychose, détruire la réalité quotidienne conduit à la marginalité, détruire la réalité esthétique conduit à la création artistique, détruire une construction scientifique conduit à introduire des conceptions novatrices ou révolutionnaires, et ce dans le meilleur des cas, car l'échec de ces tentatives conduit à la mort. Ce qui est intéressant avec le processus de la psychose réside le plus souvent non pas dans le délire, qui est une construction plus ou moins solide, mais dans le moment où la réalité se dissout, parce que c'est alors que les possibles sont
7 Il s'agit de l'article de la note précédente.

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