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La Très Joyeuse, Plaisante et Récréative Histoire du gentil seigneur de Bayart

De
537 pages

Comment le seigneur de Bayart, père du bon chevalier sans paour et sans reproche, eut vouloir de sçavoir de ses enfans de quel estat ilz vouloient estre.

Au pays de Daulphiné que possède présentement le roy de France, et ont fait ses prédécesseurs, depuis sept ou huyt vingtz ans que ung Daulphin Ymbert, qui fut le derrenier, leur en fist don, y a plusieurs bonnes et grosses maisons de gentilzhommes, et dont il est sorty tant de vertueux et nobles chevaliers que le bruyt en court par toute la chrestienté ; en sorte que tout ainsi que l’escarlate passe en couleur toutes autres tainctures de draps, sans blasmer la noblesse d’autre région, les Daulphinois sont appellez par tous ceulx qui en ont congnoissance, l’escarlate des gentilzhommes de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la BiDliothèque nationale de France.
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Jacques de Mailles
La Très Joyeuse, Plaisante et Récréative Histoire du gentil seigneur de Bayart
EXTRAIT DU RÈGLEMENT
ART. 14. — Le Conseil désigne les ouvrages à publie r, et choisit les personnes les plus capables d’en préparer et d’en suivre la publication. Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commiss aire responsable, chargé d’en surveiller l’exécution. Le nom de l’éditeur sera placé à la tête de chaque volume. Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la S ociété sans l’autorisation du Conseil, et s’il n’est accompagné d’une déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter d’être publié.
* * *
Le Commissaire responsable soussigné déclare que l’édition deTRÈS JOYEUSE, LA PLAISANTE ET RÉCRÉATIVE HISTOIRE DU GENTIL SEIGNEUR DE BAYART, préparée parROMAN, M. lui a paru digne d’être publiée par laDE SOCIÉTÉ L’HISTOIRE DE FRANCE. Fait à Paris, le15octobre1878. SignéLUDOVIC LALANNE.
Certifié, Le Secrétaire de la Société de l’Histoire de France,
J. DESNOYERS.
PRÉFACE
1 2 Pierre Terrail , seigneur de Bayart , surnommé le chevalier sans peur et sans reproche, naquit au château de Bayart, dans la vallée du Graisivaudan, entre les années 3 1473 et 1475 , d’une famille assez ancienne, mais qui doit à lui seul sa véritable illustration. Entré comme page à la cour du duc de Savoie, grâce à la recommandation de son oncle Laurent Alleman, évêque de Grenoble, il passa ensuite à celle de Charles VIII. D’un courage à toute épreuve, d’une surprenante habileté à manœuvrer le cheval et à manier les armes, il ne tarda pas à figurer au pr emier rang parmi les chevaliers de l’entourage du roi, où l’on comptait cependant tant d’illustre noblesse et de vaillants capitaines. Il prit part à toutes les guerres d’Italie, combattit tour à tour les Espagnols, les Allemands, les Italiens, les Anglais, et préserva la France d’une invasion germanique par son illustre défense de Mézières. Il servit sous trois rois, et fut distingué de chacun d’eux ; mais, comme il était trop fier pour s’abaisser au m étier de courtisan, il vit ses plus belles actions rester sans récompense et c’est à peine si, après trente ans d’une vie héroïque, il put devenir lieutenant du gouverneur de la province de Dauphiné, chevalier de Saint-4 Michel et capitaine de cent hommes d’armes , bien faibles honneurs si on les compare aux services rendus. Enfin il fut mortellement frap pé dans la retraite de Biagrassa (30 avril 1524), en cherchant à sauver les débris de l’ armée de Bonnivet ; il était âgé de cinquante ans environ. Sa mort est une page d’histo ire admirable qu’on ne peut relire sans être attendri. L’héroïque simplicité de cette belle vie ne suffira it pas à expliquer seule l’immense renommée dont le nom de Bayart est entouré depuis t rois cents ans ; elle est due aux qualités mêmes de l’homme, bien plus qu’aux événements auxquels il se trouva mêlé. Le courage, la libéralité, le désintéressement, l’i ndépendance, la loyauté sont des vertus estimées en tout pays, mais peut-être plus particulièrement dans le nôtre, et c’est parce que Bayart les possédait à un degré éminent, qu’il a dû d’être bien vite connu et apprécié et de devenir, à juste titre, le type le p lus populaire de l’honneur et de la chevalerie. Brantôme, qui, sans être son contemporain, avait connu plusieurs de ses compagnons d’armes, nous a laissé de lui un portrait pris sur le vif ; il nous le fera connaître en quelques lignes aussi bien et mieux peut-être que ne pourrait le faire une longue étude. Après avoir constaté que Bayart n’exerça jamais de grandes charges et eut peu de part aux largesses royales, il ajoute : « Aucuns ont dict qu’il n’avoit esté jamais ambitieux de telles charges et que de son naturel il aimoit mieux estre capitaine et soldat d’adventure et aller à toutes hurtes et adventures de la guerre ou il lui plairoit et s’enfoncer aux dangers, que d’estre contrainct par une si grande c harge et gêné en sa liberté à ne combatre et mener les mains quand il vouloit... Bien avoit-il cet heur qu’oncques général d’armée de son temps ne fit voyages, entreprinses ou conquestes qu’il ne fallust toujours r avoir M de Bayard avec lui, car sans lui la partie estoit manquée, et tousjours ses advis et conseils en guerre estoient suivis plus tost que les autres ; par ainsy l’honneur lui estoit très-grand, voire plus, si on le veut quasi bien prendre, pour ne commander pas une armée, mais pour commander au général, c’est à dire que le général se gouvernoit totalement par son advis... A ceux qui l’ont veu j’ ay ouy dire que c’estoit l’homme du monde qui disoit et rencontroit le mieux, toujours joyeux à la guerre, causoit avec ses compaignons de si bonne grâce qu’ils en oublioient toute fatigue, tout mal et tout danger. Il estoit de moyenne taille, mais très belle et for t droicte et fort dispote, bon homme de cheval, bon homme de pied. Que luy restoit-il ? Il estoit un peu bizarre et haut à la main
5 quand il falloit et alloit du sien . » Brantôme effleure à peine le portrait physique de Bayart, mais Symphorien Champier, son historien et son allié, nous le représente ains i : « Bayardus statura erat excelsa, colore candido, corpore macileto, oculis nigris vegetisque Blandus, hilaris, non elatus sed 6 modestus . » La plupart des portraits de Bayart sont apocryp hes ; trois seulement paraissent contemporains de leur modèle et présente nt un caractère suffisant d’authenticité ; ce sont : 1° le buste en marbre qu i orne son cénotaphe dans l’église de Saint-André à Grenoble, œuvre d’un rare mérite due au ciseau d’un sculpteur habile de l’école française ; 2° un dessin au crayon acquis il y a peu d’années à Paris par M.H. Gariel, bibliothécaire de Grenoble, et placé aujour d’hui dans la galerie de portraits dauphinois créée par ses soins dans le musée de cette ville ; 3° une peinture sur bois d’une exécution médiocre, mais paraissant ancienne, conservée au château d’Uriage, aujourd’hui propriété de M. le comte de Saint-Ferré ol, jadis possédé par la famille Alleman, étroitement alliée à celle de Terrail. Dans tous ces portraits, Bayart a le visage doux, imberbe et allongé ; ses cheveux, coupés carr ément sur le front, retombent de chaque côté jusqu’au-dessous des oreilles ; il porte au cou le collier de l’ordre de Saint-Michel. Le portrait du château d’Uriage est signé des initiales J.D.M. La vie de Bayart a été écrite par trois de ses cont emporains dont l’un était son serviteur, l’autre son allié ; le troisième, consei ller au parlement de Grenoble, l’avait intimement connu. Ces trois ouvrages, qui se complètent et se contrôlent mutuellement, sont également dignes de créance. Parlons d’abord d es deux derniers. Celui de Symphorien Champier, que l’on a cru jusqu’ici le pr emier en date, est intitulé :Les gestes, ensemble la vie du preulx chevalier Bayard, avec sa généalogie, comparaisons 7 aulx anciens preulx chevaliers,. Champier avait épousé Marguerite Terrail de etc. Bernin, cousine de Bayart, et cette alliance lui av ait permis de voir de près à plusieurs reprises le bon chevalier et de le recevoir même à sa table, comme il ne manque pas d’en tirer vanité. Mais il n’était pas homme de gue rre ; il était médecin érudit et écrivain disert, c’est dire que son histoire pèche par la pa uvreté des renseignements en ce qui concerne les exploits militaires de Bayart ; aussi, pour allonger son mince volume, n’a-t-il pas manqué, en exagérant encore les défauts de son époque, d’y joindre des comparaisons avec les héros de l’antiquité et les preux du moyen âge, la biographie des compagnons d’armes de son héros, des pièces de vers latins et français, autant de hors-d’œuvre inutiles, qui ne nous apprennent rien de no uveau. Là même où il raconte les hauts faits de Bayart, on sent qu’il parle seulement par ouï-dire et sa phrase emphatique et de mauvais goût est très-éloignée de la simplicité du vrai style historique. Aymar du Rivail (ou plutôt Aymar Rival), conseiller au parlement de Grenoble, a introduit dans son histoire des Allobroges un résumé très-exact et très-circonstancié de la 8 vie de Bayart . L’auteur, né vers 1490, mort en 1557, avait habit é l’Italie pendant plusieurs années, précisément au moment où Bayart y acquit le plus de gloire ; sans doute il l’y avait connu et avait été admis dans son intimité en qualité de compatriote, car nous le voyons, après son retour en Dauphiné, lorsq u’il eut été nommé conseiller au er parlement de Grenoble (1 septembre 1521), paraître comme témoin dans l’acte de 9 l’acquisition faite par Bayart des terres de Grignon et de Saint-Maximin et dans le contrat 10 de mariage de sa fille naturelle . Bien placé par ses relations et sa haute position dans la magistrature pour connaître l’histoire de son te mps, il doit faire autorité en ce qui concerne les faits contemporains, de plusieurs desquels il avait été témoin oculaire. C’est ainsi qu’il nous donne sur le séjour de Bayart en D auphiné (1521-1523) ; sur la destruction qu’il y fit d’une troupe de bandits qui , sous les ordres d’un chef nommé Mocton, désolait la province ; sur ses relations avec le connétable de Bourbon et sur la
isgrâce qui en fut la conséquence, des détails très -circonstanciés, évidemment véridiques, et que l’on chercherait vainement ailleurs. Aussi avons-nous souvent cité cet ouvrage qui s’arrête à l’année 1535. 11 L’histoire de Bayart par le Loyal serviteur, que no us rééditons aujourd’hui , est une lecture des plus attrayantes ; elle joint tout l’in térêt d’un roman de cape et d’épée à l’exactitude de l’histoire : il se dégage de ces pa ges pleines à la fois de finesse et de e naïveté, comme des meilleures œuvres littéraires du XVI siècle, un charme exquis ; on croit y sentir palpiter le cœur lui-même du bon che valier. Le style est simple, le récit attachant ; on n’y sent nulle part la recherche ni le travail, et l’historien a atteint sans peine, et pour ainsi dire en se jouant, le comble d e l’art qui consiste à nous faire vivre dans l’intimité de son héros, à nous le faire conna ître et aimer, plutôt qu’à suivre avec une précision académique le rigoureux enchaînement des faits. On ne trouve dans ce livre ni parallèles ambitieux, ni remplissage inutile, et l’auteur ne s’assujettit même pas à 12 tout raconter . On a depuis tenté bien des fois d’écrire la vie d e Bayart, mais les modernes sont toujours restés bien au-dessous du vieux chroniqueur qu’ils prétendaient 13 remplacer . L’auteur compatriote de Bayart, son compagnon d’arm es dans ses guerres delà les monts, peut-être son secrétaire, et certainement attaché à sa famille, l’avait intimement connu. Sa bonne foi est entière, et si on le voit s ’étendre parfois avec trop de complaisance sur les événements dont il fut témoin oculaire, il passe souvent sous silence ceux auxquels il n’assistait pas, ou du moi ns il les raconte brièvement et sans 14 insister . Il tenait certainement de Bayart lui-même le récit de ses premières années et les a résumées en quelques chapitres charmants. Dans la longue série des guerres qui suivent, il passe rapidement d’un sujet à un autre, racontant ce qu’il trouve de plus digne de remarque et ce qu’il croit de plus capable d’intéresser son lecteur ; une anecdote, le récit d’une aventure lui fournissent souvent la matière d’un chapitre, tandis qu’il omet des sièges, des batailles et consacre à peine quelques pages à l’histoire générale. L’intérêt du récit est tel que le lecteur n’est pas choqué de ce manque de proportions entre les diverses parties de l’ouvrage. J’ai eu l’occasion de constater plus d’une fois, au cours des recherches que j’ai dû faire pour préparer cette no uvelle édition, combien on doit peu suspecter la véracité du Loyal Serviteur : certains faits qui me paraissaient douteux se 15 sont trouvés confirmés par la découverte de documen ts nouveaux ; les personnages mis en scène par l’historien ne sont pas destinés à servir d’ornement à son récit et à le rendre plus dramatique ; tous, même les plus obscurs, ont existé et étaient bien en effet 16 là où il les place au moment où il nous les présente ; enfin, on ne s’aperçoit pas qu’il ait cherché à altérer la vérité pour complaire à quelqu e puissant personnage, comme l’ont fait tant de chroniqueurs de son temps. Nous devons maintenant aborder un problème qui a ét é plusieurs fois posé et n’est pas encore résolu ; quel est l’écrivain qui se cach e sous le pseudonyme de Loyal Serviteur ? Le P. Lelong a certainement recueilli une tradition ancienne lorsqu’il écrit : « L’auteur contemporain qui s’appelle le Loyal Serviteur, étai t son secrétaire. Il aurait pu se nommer, si l’on ne considère que son histoire qui est assez agréable et bien narrée, mais il paraît qu’il n’a pas osé le faire à cause qu’il parle avec liberté des grands de son 17 temps . » L’abbé Ladvocat, auteur d’unDictionnaire historiquea joui d’une grande qui vogue au siècle dernier, est plus explicite : « Symphorien Champier, dit-il, en a écrit la vie aussi bien que Jacques de Mailles, mais cette derni ère est plus curieuse et plus 18 intéressante . » M.A. de Terrebasse, auteur d’une estimable vie de Bayart qui a eu 19 plusieurs éditions se contente d’écrire dans son introduction : « Si l’on s’en rapporte à
une note d’une vieille écriture apposée sur le titre d’un exemplaire de l’édition originale de l’histoire de Bayart, le Loyal Serviteur serait un gentilhomme du Graisivaudan nommé Jacques de Mailles, qui aurait exercé plus tard la profession de notaire et reçu en cette qualité le contrat de mariage de la fille de Bayart avec le sire de Bocsozel le 24 août 1525, un an après la mort de Bayart. » Où se trouvait cet exemplaire si précieux ? M. de Terrebasse néglige de nous l’apprendre, et malgré m es recherches en France et à l’étranger, je n’ai pu le retrouver. Au reste j’ai tout lieu de penser que M. de Terrebasse n’avait pas eu entre les mains le volume dont il parle, mais qu’il en avait pris l’indication dans le catalogue alphabétique de l’ancien fonds de la Bibliothèque Mazarine. Il avai t signalé en effet, il y a bien des années, à M. Ludovic Lalanne, duquel je tiens ce re nseignement, l’existence de la mention suivante répétée deux fois dans ce catalogu e aux articlesBayard etMailles : « Histoire du chevalier Bayard, par Jacques de Mailles. Paris, in-, parchemin.Cette » indication, déjà fort précieuse, est confirmée et complétée dans le catalogue méthodique, demeuré inconnu à M. de Terrebasse ; on y lit sous le numéro 17515 A :« L’Histoire récréative du chevalier Bayard, par Jacques de Mailles, gentilhomme. Paris, 1514,in-4°, parchemin.La date de 1514 est certainement une faute de co  » pie ; Bayart mourut en 1524 seulement, et il est improbable qu’on ait songé de son vivant à écrire son histoire, surtout en 1514, où il n’avait pas accompli ses hau ts faits les plus éclatants. Le volume ayant disparu de la bibliothèque, il subsistera tou jours une grande incertitude relativement à sa date véritable, toutefois je pense qu’au lieu de 1514 c’est 1524 qu’il faut lire. S’agit-il d’une histoire de Bayart demeurée jusqu’à présent inconnue aux bibliographes et différente de celle qui porte le nom du Loyal Se rviteur ? Je ne le crois pas : le rédacteur du catalogue n’a certainement pas reproduit intégralement le titre du livre qu’il avait sous les yeux, et suivant son habitude il s’e st contenté d’en donner un extrait sommaire : mais, on le remarquera, les mots saillants :Histoire récréativese retrouvent à la fois sur le catalogue et sur le titre de l’édition de 1527. Cette édition de 1527 est-elle la première et la se ule ancienne ? La date de 1524 donnée par le catalogue de la Mazarine est-elle une erreur ? Le nom de Jacques de Mailles qui se lit dans ce catalogue est-il dû à qu elque annotation manuscrite ? Doit-on penser au contraire qu’il a existé del’Histoire de Bayartpremière édition de 1524 une aujourd’hui perdue, sur le titre de laquelle se trouvait le nom de l’auteur ? Autant que l’on peut se prononcer sur une question aussi délicate, je crois qu’il a dû y avoir en 1524 une première édition del’Histoire de Bayartportant le nom de l’auteur retranché dans l’édition suivante. En effet le rédacteur du catalogue de la Bibliothèq ue Mazarine n’eût pas fait deux articles distincts aux nomsBayardetMaillessi ce dernier lui eût été fourni seulement par une annotation manuscrite, et il n’aurait pas fait suivre le nom de Jacques de Mailles de la mention degentilhommeincomplète, il devait y avoir (mention gentilhomme dauphinois),s’il ne l’avait pas lue imprimée sur le titre de l’ouvrage. Il est évident du reste pour qui a lu lesGestes de Bayardpar Champier etl’Histoire de Bayartpar le Loyal Serviteur, que l’un de ces deux ouvrages a servi de modèle à l’autre. Or il me paraît infiniment plus probable que l’imit ateur soit celui qui raconte des événements auxquels il n’assista pas, et non le tém oin oculaire narrant simplement ce qu’il a vu : s’il y a eu un plagiat, c’est Champier que je n’hésiterais pas à en croire l’auteur. La première édition desGestes de Bayard par Champier étant de 1525, il y a donc eu une édition de l’Histoire du Loyal Serviteur imprimée antérieurement, c’est-à-dire en 1524, année même de la mort de Bayart. Nous somm es ainsi nécessairement
ramenés à cette date de 1524 que nous proposons de lire au lieu de celle de 1514 sur le catalogue de la Bibliothèque Mazarine. Tous les bibliophiles savent du reste que la disparition totale et sans cause apparente d’une édition dont l’existence est absolument certaine, n’est pas un fait aussi rare qu’on pourrait le croire. Plusieurs livres bien connus on t été ainsi détruits sans laisser d’autre trace qu’une simple mention dans un bibliographe ou dans un catalogue ; d’autres 20 existent seulement à l’état d’exemplaires uniques . Nous pouvons donc affirmer qu’une ancienne traditio n désigne Jacques de Mailles comme l’auteur anonyme de l’Histoire de Bayart :est en outre permis de conjecturer il que l’édition de 1527, considérée jusqu’ici comme la première, a été précédée trois ans auparavant par une édition portant le nom de l’auteur, de ce même Jacques de Mailles. Mais il n’est pas suffisant de connaître le nom de Jacques de Mailles, il importe de retrouver des traces certaines de ce personnage et de sa famille, de savoir s’il a été contemporain de Bayart, attaché à sa personne, en un mot s’il a pu écrire l’ouvrage qui lui est attribué. Dans cette recherche j’ai été plus heureux que je n e l’espérais tout d’abord ; j’ai rencontré en effet le nom de Jacques de Mailles dan s la montre de la compagnie de Bayart faite à Cassano en 1523. Deux ans plus tard, c’est-à-dire un an environ après la mort de Bayart, le même Jacques de Mailles, qui avait quitté les champs de bataille pour le cabinet de tabellion, nous apparaît rédigeant le contrat de mariage de Jeanne Terrail, fille naturelle du bon chevalier, avec François de Bocsozel, sr du Châtelart, en présence 21 et avec l’assentiment des frères du capitaine défunt . Il est donc acquis désormais que Jacques de Mailles a existé, a été attaché à la personne de Bayart et, après sa mort, a été l’homme d’affaires de sa famille. Dès lors, les affirmations du P. Lelong et de l’abbé Ladvocat, aussi bien que les mentions des catalogue s de la Bibliothèque Mazarine, paraissent non-seulement possibles, mais vraisembla bles. Personne n’ignore en effet que jusqu’au siècle dernier les capitaines ne se faisaient aucun scrupule de faire inscrire à l’effectif de leur compagnie leurs secrétaires et même leurs valets pour les faire participer à la distribution de la solde. Il est permis de supposer que Jacques de Mailles resta attaché à la famille de Bayart et que ce fut à l’instigation des frères et de la fille du chevalier sans peur et sans reproche qu’il entreprit de composer l’histoire de leur illustre 22 parent . J’ai pu me procurer des renseignements assez nombre ux sur la famille de Mailles et retrouver le nom de plusieurs de ses membres. Cette famille avait donné son nom à une maison forte située dans le mandement de Morestel ; elle était ancienne, puisque nous trouvons un Richard de Mailles(de Malles etde Malliis) dès 1219. Plusieurs de ses membres versèrent leur sang sur les champs de batai lle, d’autres furent châtelains et e baillis delphinaux. Au XV siècle, ils étaient tombés dans l’indigence et che rchaient e néanmoins à se faire maintenir dans leur noblesse. Au XVI siècle ils embrassèrent le protestantisme et la famille s’éteignit en la perso nne de Claude de Mailles, maintenu 23 dans la noblesse en 1581 . L’édition de 1527 de l’Histoire de Bayart est, ainsi que je l’ai dit, d’une extrême rareté et elle n’a jamais été exactement reproduite. Théodore Godefroy en a donné au e 1 commencement du XVII siècle une réimpression, expurgée et habillée à la modern e, dans laquelle il a supprimé de nombreux passages, e t ajouté quelques notes d’un médiocre intérêt. Elle a servi de guide et de modèl e à toutes celles qui l’ont suivie ; la première en date est due à Louis Videl, qui l’a aug mentée des commentaires du 2 président Expilly et de quelques notes de sa façon . Les commentaires ont une certaine valeur : on y trouve imprimée pour la première fois la belle lettre de Bayart à l’évêque de