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La vie associative des migrantes : quelles (re)connaissances ?

De
279 pages
La vie des associations créées par les migrants est indissociable de l'histoire migratoire elle-même. Elle se développe au fil du temps : dans de nombreux pays occidentaux, on assiste à un foisonnement des activités des associations de migrants comme on observe une intensification de la fréquentation de ces structures. Le présent ouvrage détaille les résultats d'un travail d'enquête portant sur les acteurs de la vie associative originaires notamment de Turquie, du Maghreb et d'Afrique noire, présents entre autres en Belgique, en France et au Canada.
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La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

«Compétences Interculturelles» est une collection destinée à présenter les travaux théoriques, empiriques et pratiques des chercheurs scientifiques et des acteurs sociaux qui ont pour but d'identifier, de modéliser et de valoriser les ressources et les compétences interculturelles des populations et des institutions confrontées à la multiplicité des référents socioculturels et aux contacts entre différentes cultures. Les compétences interculturelles se révèlent capitales, notamment dans le double effort d'intégration positive des personnes issues de migrations, qui doivent à tout le moins se positionner à la fois par rapport à la société d'accueil et par rapport aux milieux d'origine, eux-mêmes en constante transformation. Les travailleurs sociaux au sens large, les enseignants, d'autres intervenants, mais également les décideurs chargés des politiques d'accueil et d'intégration des migrants et des minorités culturelles sont concernés par ce type de compétences professionnelles pour mener, à destination de ces publics, des actions de développement social et pédagogique efficaces. Même si l'objectif de la présente collection est prioritairement de faire connaître les travaux de l'Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations (IRF AM) et de ses nombreux partenaires internationaux, cet espace d'expression est ouvert aux équipes pluridisciplinaires qui souhaitent contribuer à l'approfondissement des savoirs et des savoirfaire en matière de développement interculturel. Les publications en préparation couvrent divers domaines:

- L'intégration locale de la diversité musulmane en Europe et en Amérique - Les créateurs d'entreprise issus de l'immigration en Europe; - L'emploi, l'exploitation et les femmes issues de l'immigration en Europe;
- La créativité comme moyen d'éducation à la diversité et à la paix; - L'immigration et l'intégration sociale dans des zones semi-urbaines

du Nord;

en Belgique

et au Canada.

La collection bénéficie des apports d'un Comité scientifique international qui a pour rôle d'évaluer les ouvrages et les chapitres d'ouvrage proposés pour publication, ainsi que d'initier des thèmes nouveaux. Le Comité participe à l'orientation de la politique d'édition, de diffusion et de promotion de la collection. Les membres du Comité Scientifique International de la collection sont: Barras Christine, Université de Mons-Hainaut Bilge Sîrma, Université de Montréal Bolzman Claudio, Université de Genève BuItot Alain, Conseil de l'Education et de la Formation, Bruxelles Cohen-Emerique Margalit, Paris Coslin Pierre, Université de Paris V de Tapia Stéphane, Centre National de Recherche Scientifique, Strasbourg Dehalu Pierre, Haute Ecole Namuroise Catholique Etienne Caroline, Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix de Namur Franchi Vijé, Université de Lyon II Fortin Clément, Centre Local de Services Communautaires Les Eskers, Amos Gatugu Joseph, Institut de Recherche, Fonnation et Action sur les Migrations, Liège Germain Annick, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Gjeloshaj Kolë, Université Libre de Bruxelles Belly Denise, Institut National de Recherche Scientifique, Montréal Jacques Paul, Institut Wallon de Santé Mentale, Namur Kesteloot Christian, Université Catholique de Leuven Koukponou Charles, Association Paysanne d'Entraide, d'Information et de Formation, Bohicon Lahlou Mohamed, Université de Lyon II Liégeois Jean-Pierre, Université Paris V Louis Vincent, Université de Liège Manço Ural, Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles Ogay Tania, Université de Genève Raya Lozano Enrique, Université de Grenade Rigoni Isabelle, Université de Warwick Santelli Emmanuelle, Centre National de Recherche Scientifique, Lyon Tisserant Pascal, Université de Metz Villan Michel, Direction Générale de l'Action Sociale et de la Santé, Namur Vulbeau Alain, Université de Paris X Zemni Sami, Université de Gand Collection fondée « Compétences Interculturelles »

et dirigée par Altay A. Manço

J. Gatugu, S. Amoranitis et A. Manço (éds)

La vie associative des migrants. quelles (re)connaissances ?
Réponses européennes et canadiennes

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, IS 10124 Torino ITALIE

Des mêmes auteurs
M. POINSOT, Y. AHI-GRÜNDLER, P. COSLIN et A. MANÇO (éds) Les violences exercées sur les jeunes filles dans les familles d'origine étrangère et de culture musulmane: le développement des capacités de négociation interculturelle et de la prévention (Allemagne, Belgique et France), Paris, Agence pour le Développement des Relations Interculturelles (A.D.R.I.), 2002, 110 p. Traduit en allemand.

A. MANÇO et S. AMORANITIS (éds) Diversité, jeunesse et développement social. L'insertion des jeunes d'origine étrangère à l'aube du XXIè s., Bruxelles, Communauté Wallonie-Bruxelles, 2002, 79 p.

J. GATUGU,

A. MANÇO et S. AMORANITIS,

Valorisation et transfert des compétences:

l'intégration des migrants au service du co-développement. La population africaine de Wallonie, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, colI. «Logiques sociales », 2001, 165 p. A. MANÇO, Sociographie de la population turque et d'origine turque: 40 ans de présence en Belgique (1960-2000). Dynamiques, problèmes, perspectives, Bruxelles, Centre des Relations Européennes, Ed. Européennes, 2000, 230 p. Traduit en turc et en néerlandais.

S. FELD et A. MANÇO, L'intégration des jeunes d'origine étrangère dans une société en mutation. L'insertion scolaire, socioculturelle et professionnelle en Belgique francophone, Paris, Montréal, L'Harmattan, colI. « Logiques sociales », 2000, 218 p.
A. MANÇO et S. AMORANITIS (éds), Délégation Sociales, 1999, 128 p. Traduit en espagnol. par abandon, Mons, Ed. Les Politiques

A. MANÇO, Intégration et identités. Stratégies Bruxelles, Paris, De Boeck-Université,

et positions des jeunes issus de l'immigration, coll. « L'Homme/L'Etranger », 1999, 245 p.

A. MANÇO, Valeurs et projets des jeunes issus de l'immigration. L'exemple des Turcs en Belgique, Paris, Montréal, L'Harmattan, coll. « Logiques sociales », 1998, 158 p.
A. MANÇO et U. MANÇO (sous la direction de), Turcs de Belgique. Identités d'une minorité, Bruxelles, Info-Türk et C.E.S.R.I.M., 1992, 288 p. et trajectoires

A. MANÇO (en collaboration avec A.-M. THIRION, M.-H. DACOS-BURGUES et B. DELANGE), Pauvreté et scolarisation. L'exclusion socioscolaire au niveau de l'enseignement fondamental en Belgique francophone, Bruxelles, Ed. de la Fondation Roi Baudouin, 1992, 165 p.

cg L'Harmattan, 2004 ISBN: 2-7475-7053-3 EAN: 9782747570534

Dans la même collection
U. MANÇO (dir.), Entre reconnaissance et discrimination: et en Amérique du Nord, Paris, Turin, Budapest, interculturelles », 2004, 350 p. la présence L'Harmattan, de l'islam en Europe coll. « Compétences

A. MANÇO

(éd.), Turquie: vers de nouveaux horizons migratoires ?, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2004, 308 p.

M. VATZ LAAROUSSI et A. MANÇO (éds), Jeunesses, citoyennetés, violences. Réfugiés albanais en Belgique et au Québec, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, colI. « Compétences interculturelles », 2003, 312 p.
D. CRUTZEN et A. MANÇO (éds), Compétences linguistiques et sociocognitives des enfants de migrants. Turcs et Marocains en Belgique, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, coll. « Compétences interculturelles », 2003, 126 p.

A. MANÇO, Compétences interculturelles des jeunes issus de l'immigration. Perspectives théoriques et pratiques, Paris, Turin, Budapest, L'Harmattan, coll. «Compétences interculturelles », 2002, 182p.

Une initiative de

l'Institut de Recherche,

Formation et Action sur les Migrations

avec le soutien

du Ministère

des Affaires

sociales

de la Région

wallonne,

de la Direction

générale Emploi et Affaires Commission européenne,

sociales de la

de l'Ambassade du Canada à Bruxelles, de la Délégation générale du Québec à Bruxelles, du Fonds National de Recherche Scientifique Communauté française de Belgique, du Ministre-Président de la Direction de la Région de la

wallonne,

Générale des Affaires Sociales et de la Santé de la Région wallonne, de l'Education permanente de la Communauté française de Belgique.

du Service

Sommaire

Remerciements.
Présentation. J. Gatugu et A. Manço

13 15

Les

enjeux

29

Associations issues définition, typologie, Dynamiques citoyenneté:

de l'immigration en enjeux, problématiques.

Belgique: J. Gatugu

31

associatives, co-développement et le cas des liens France/Afrique. S. Yatera

67

D'un déficit de diversité... à la production de la diversité: l'expérience associative ethnique au Canada et au Nouveau-Brunswick. C. Belkhodja et N. Gallant Les pratiques associatives de sur et

79

9S

La vie associative des communautés issues l'immigration en Wallonie et à Bruxelles: enquête les relations avec les autorités politiques administratives. A. Manço «Elus d'origine étrangère» ressources pour la francophone? S. Lambert et vie associative: démocratie en

97

quelles Belgique 135

Il

J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

De «l'existence à la reconnaissance» des associations maghrébines en Belgique. A. Si M'Hammed L'associationnisme immigré: un cadre rapports constitutifs à travers le Montréal. S. Bilge Immigrants et vie associative Québec. M. Vatz Laaroussi dans les d'analyse des cas turc à

155

161 régions du 181

La

reconna~sance

poliUque

203

Participation des groupes ethniques minoritaires aux débats de société au Québec: entre évolution et statu quo. S. Arcand Le financement des associations ethniques par le programme du Multiculturalisme canadien. D. Helly La vie associative (re)connaissances en « Forum ». N. Charkaoui Politiques et en Communauté des migrants: quelles Flandre? L'exemple du

205

223

249 259

pratiques de l'éducation populaire française de Belgique. D. Courbe

Perspectives et recommandations. S. Amoranitis, J. Gatugu et A. Manço

265

Présentation Présentation

des auteurs. de l'IRFAM.

277 279

12

Remerciements

Le présent ouvrage reflète les travaux du colloque international «La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?» organisé le 20 février 2004 au Conseil Economique et Social de la Région wallonne à Liège. Cette manifestation de l'Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations n'aurait tout simplement pas pu être concrétisée sans l'implication majeure du Ministère des Affaires sociales de Ia Région wallonne. Nous souhaitons, par ces lignes, remercier très chaleureusement Monsieur le Ministre Thierry Detienne, ainsi que l'ensemble de son cabinet pour l'estimable soutien prodigué lors de la préparation de cet événement, mais également - et surtout - dans le cadre de la réalisation de la recherche présentée lors de cette manifestation. L'étude de la vie associative promue par les migrants alimente par bien des aspects la réflexion et les actions visant à Iutter contre les discriminations ethnoreligieuses en Europe. Aussi I'IRFAM a-t-il également bénéficié du soutien de la Direction générale Emploi et Affaires sociales de la Commission européenne. Cette aide a grandement contribué à renforcer la dimension transnationale de notre travail qui est essentielle à la pertinence de nos analyses: en plus des situations examinées en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre, le colloque a ainsi bénéficié des apports des invités oeuvrant en France, au grand-duché de Luxembourg et en Grèce. Nous sommes également redevables à l'Ambassade du Canada à Bruxelles, ainsi qu'à la Délégation générale du Québec située également dans la capitale belge, qui nous ont permis de convier à la journée d'étude et à cette publication plusieurs collègues éminents. Ces participants ont rendu possible une salutaire comparaison des situations entre divers pays européens et différentes provinces du Canada. La collaboration du Fonds National de Recherche Scientifique de la Communauté française de Belgique fut importante dans la préparation scientifique du colloque et du présent ouvrage. Un comité fut ainsi constitué

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J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

pour aider à l'exécution de cette tâche considérable. Pour nous, c'est un devoir, mais également un réel plaisir de remercier les membres invités de ce comité, Messieurs les Professeurs Michel Born et Pierre Verjans ce l'Université de Liège, ainsi que Messieurs les Professeurs Luc Van Campenhoudt et Ural Manço des Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles pour leur confiance et leur participation critique à l'organisation de ce colloque. La participation au colloque et à la rédaction de ses actes des membres ce diverses administrations publiques de la Belgique francophone, comme le Ministère de la Région wallonne, par exemple, a rendu possible le croisement des regards entre acteurs associatifs et responsables des départements administratifs chargés de les soutenir. Ainsi, nous souhaitons tout particulièrement mentionner la participation de Madame Françoise de Moffarts de la Direction Générale des Affaires Sociales et de la Santé de la Région wallonne et de Monsieur Charles-Yvon Gérard du Service de l'Education permanente de la Communauté française de Belgique. Madame Nikki Roubani du Réseau Européen des Femmes (Athènes), Monsieur Vincent Grignard de la Fédération Générale des Travailleurs de Belgique, Monsieur Fernand Antonioli de la Confédération des Syndicats Chrétiens, Monsieur Franco Barilozzi du Comité de Liaison et d'Association des Etrangers du G-D de Luxembourg, Monsieur Necati Çelik ce l'association SIMA et Monsieur Eric Sangara du Carrefour Interculturel Wallon furent parmi les représentants d'organisations non gouvernementales présents lors du colloque. Ils ont permis une réelle amplification du débat. Par ailleurs, de nombreuses associations créées par les immigrants de la région liégeoise étaient représentées lors de l'événement. Plusieurs l'ont même animé par la tenue de stands colorés; il n'est malheureusement pas possible de les mentionner nommément ici. Par ces modestes lignes, nous voulons les remercier et les encourager dans cet important travail de citoyenneté qu'elles réalisent tous les jours. Enfin, c'est avec plaisir que nous soulignons la contribution à la réalisation ce cet ouvrage ou du colloque international de Madame Sophie Tyou ce l'association Médiactions, ainsi que de Messieurs Grégory Cavyn, Julien Bolland et Etienne Dewandeler, étudiants à l'Université de Liège. Ils nous ont beaucoup soulagés, qu'ils en soient remerciés.

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Présentation
J. Gatugu et A. Manço

La vie associative et civile constitue un des piliers de la participation populaire et démocratique dans de très nombreux Etats. Par ailleurs, dans l'ensemble des pays occidentaux, on assiste à diverses formes de développement et de renouvellement des tissus associatifs. Ces institutions remplissent des rôles de plus en plus importants et jouissent de responsabilités nouvelles, même si les moyens ne suivent pas toujours. La Belgique est un cas illustrant bien ces divers développements. Ainsi, les travaux de recherche développés dans ce pays, et notamment par notre institut, montrent un déficit de participation sociale frappant les communautés immigrées et minoritaires quel que soit le type de participation envisagé (insertion économique, participation politique, expression culturelle, etc.). Il apparaît donc intéressant d'approcher la vie associative créée par les immigrants et leurs descendants pour favoriser leurs présence et expression dans les sociétés d'accueil et, éventuellement, d'investir, dans une visée opératoire, dans le soutien politique de ce tissu communautaire.

Une problématique

théorique et pratique ...

La vie associative peut en effet être considérée comme un élément des coulisses de la participation citoyenne. Aussi, elle pourrait contribuer au dosage savant entre l'expression, d'une part, de l'ethnicité qui produit un sens identitaire, et, d'autre part, de la citoyenneté qui, équilibrant la première tendance, génère une réelle participation à la société. Du reste, nombreuses sont les recherches, telles que celles proposées par notre équipe, qui montrent les rôles importants remplis par les associations 15

J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

d'immigrants pour des populations de primo-arrivants, notamment: services divers, solidarité concrète, soutien moral, transfert de connaissances et de compétences, ... etc.

Toutefois, la vie associative créée par les migrants est entravée notamment par des problèmes de communication entre d'une part les associations et d'autre part les administrations et pouvoirs divers des sociétés d'accueil. Ces mêmes problèmes grèvent également les moyens dont disposent ces organismes. Les réactions face à l'associationnisme des immigrants étant très différentes d'un pays à l'autre, voire d'une région à l'autre au sein de la Belgique, par exemple, une approche comparative s'impose à qui veut développer de nouvelles modalités de coopérations entre les pouvoirs du pays d'accueil et les organisations générées par les populations issues de l'immigration. Notre approche a ainsi pour ambition de confronter les résultats de recherches empiriques et de synthèses de travaux consacrés à la situation belge aux résultats de recherches menées en Europe ainsi qu'au Canada. Il s'agira, dans le cadre de notre propre contribution à ce dossier, de présenter les résultats de deux années de recherches réalisées à la demande du Ministère des Affaires sociales de la Région wallonne (partie fédérative francophone au sud de la Belgique) sur la question de l'associationnisme immigré et de ses contributions au développement d'identités collectives, au bénéfice de la cohésion et de la participation sociales. Cette approche conçoit également une dimension appliquée, à savoir le développement de pratiques et de recommandations politiques en faveur de l'épanouissement des associations créées par les immigrants et leurs descendants. Les travaux menés dans ce cadre comprennent une réflexion théorique sur les associations issues de l'immigration en Wallonie et à Bruxelles. Cette approche menée à partir de l'analyse de la littérature disponible permet une définition du phénomène, dresse une typologie des associations dans leur diversité phénoménologique et leurs dimensions historiques, en identifie les enjeux et problématiques politiques et concrètes majeurs. 16

J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

Cette initiative fut «impliquée» dans la mesure où elle s'est également enrichie de matériaux oraux et écrits (rapports d'activités, bulletins, courriers) récoltés auprès des responsables d'associations d'immigrés en Belgique francophone. Une synthèse fut proposée aux acteurs associatifs, administratifs et politiques lors de six rencontres-débat organisées en 2003 en Wallonie et à Bruxelles de façon à valider l'analyse de la question. La démarche a également permis de confronter les observations aux travaux des chercheurs d'autres régions (Bruxelles, Flandre, Luxembourg, Ile-de-France, Grèce, Québec, Nouveau-Brunswick) afin d'en alimenter l'aspect comparé et de tendre vers des propositions de politiques et de pratiques positives. La recherche a également bénéficié des apports d'une enquête auprès de 80 associations maghrébines, turques et africaines subsahariennes en Belgique francophone. Celle-ci, de nature confirmatoire, a permis de tracer le profil et les fonctions de ces organisations. Il s'agit également de mesurer l'ampleur et la nature des liens entre ces associations et les pouvoirs politiques locaux, régionaux, fédéraux belges et européens dans le cadre d'un nécessaire débat sur les apports à la citoyennisation de la vie associative promue par les migrants en provenance de pays tiers, dans un contexte européen assurément interculturel. Il s'agit encore d'interroger les rôles laissés par les pouvoirs et occupés par les groupements d'immigrants dans le' traitement des questions liées aux politiques d'accueil et d'intégration, d'interculturalité, ainsi que dans les dossiers concernant les pays d'origine des communautés immigrées considérées. Quels sont les rapports des associations d'immigrés aux divers pouvoirs: des rapports de consultation? de représentation? une participation aux décisions? des rapports d'assistance, de clientélisme, ... ?

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J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

Un colloque international

et un livre collectif...

A l'image de cette investigation, le colloque international du 20février 2004 à Liège a réuni, pour débattre de ces questions, de nombreux invités d'horizons professionnels et géographiques très divers. Outre la dissémination des résultats de la recherche de l'IRFAM, un des objectifs majeurs du colloque fut de confronter nos observations aux chercheurs et acteurs d'autres régions, confronter nos travaux au point de vue des invités et témoins: élus, administratifs et cadres associatifs, professionnels de l'action sociale ou simple public. Il s'agissait d'énoncer des propositions de politiques positives, activer un réseau d'échanges international, contribuer au nécessaire débat citoyen sur la vie associative et ses enjeux. Les réflexions se sont articulées au départ de quatre dimensions relevant de la fonction des associations d'immigrants dans les politiques de participation et de citoyenneté, des actions, partenariats et fédérations qu'elles sont capables de générer, de la professionnalité des acteurs de l'associatif et, enfin, des politiques de financement et de soutien de ces associations. Le colloque, qui a réuni à Liège 130 personnes, a permis d'étayer les résultats de la recherche menée par l'IRFAM, en Belgique francophone, sur la vie associative des migrants et de leurs descendants, dans ses rapports aux pouvoirs. Le travail fait état des caractéristiques les plus importantes de cette dynamique. L'étude a ciblé les populations originaires de Turquie, du Maghreb et d'Afrique noire. Les résultats sont le fruit de l'analyse bibliographique et des diverses enquêtes et interviews. Les associations ciblées sont des entités d'initiative privée, créées et animées par les populations susmentionnées, poursuivant un objet social et proposant des activités en lien avec leurs communautés. On note parmi les constats qu'il est souvent reproché aux immigrants de n'avoir ni le sens de l'associatif, ni la maîtrise des exigences organisationnelles de cette dynamique. Le reproche apparaît, à bien des égards, abusif et ethnocentrique. La vie associative des migrants doit être envisagée dans ses indissociables liens à I'histoire migratoire des populations
18

1. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

considérées. On appréciera ainsi son développement, au fil du temps, au point qu'aujourd'hui, on assiste à un foisonnement des structures, des activités et de la fréquentation de ces associations. En raison, notamment, des enjeux fondamentaux qu'il poursuit (social, politique et professionnel), l'associatif apparaît en effet comme un facteur important de socialisation, un lieu de ressourcement identitaire, une œuvre de solidarité, ainsi qu'un lieu d'apprentissage des pratiques démocratiques et, enfin, une source d'occupations pour une catégorie de la population immigrée, en partie exclue du marché de l'emploi. Toutefois, l'associatif immigré reste d'ordinaire le parent pauvre de la société civile à cause de son manque considérable de ressources humaines, matérielles et financières, et en raison de l'absence de partenariats politiques et d'introduction dans des réseaux décisionnels. Malgré ces handicaps, il reste une des dimensions culturelles les plus importantes de l'immigration dont la société d'accueil peut tirer bénéfice pour s'enrichir et se diversifier. La contribution de l'IRFAM à ce débat a pour objet la description de la vie associative et communautaire promue par les immigrants et leurs descendants en Wallonie et à Bruxelles. Il s'agit d'appréhender cette vie sociale à travers ses rapports aux autorités politiques et administratives locales, régionales, communautaires et fédérales. Une brève analyse est également consacrée aux éventuelles relations de ces mêmes associations avec des pouvoirs supranationaux ou avec les pouvoirs de leur pays d'origine, ainsi que la presse en général. Ce travail exploratoire tente de produire des informations qui ne sont pas disponibles de manière systématique et qui ont trait à la vivacité de ce tissu communautaire immigré dans ses rapports de reconnaissance et de collaboration avec les responsables politiques et bureaucratiques du pays d'accueil. Ainsi, les associations créées par les immigrants et/ou leurs descendants sont-elles connues, reconnues et aidées par les autorités belges? Dans quelle mesure et en quelles matières? Par quelles autorités? Dans quelles régions ou sous-régions? Dans le cadre de quels partenariats et collaborations avec des pouvoirs publics et/ou d'autres associations privées? Avec quelle
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1. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

efficacité et quelles retombées pour les populations et administrations concernées? Quelles sont les relations de ces associations avec d'autres groupements privés, généraux ou locaux existant en Belgique? Quels sont ou peuvent être les rôles des associations promues par les migrants dans le développement social, la participation politique et l'intégration culturelle des communautés immigrées? Qui sont les acteurscadres des associations d'immigrants? De quel type de soutien auraient besoin les associations créées par les communautés immigrées, ainsi que les autorités publiques du pays d'accueil pour accroître la fréquence et la qualité de leur collaboration pour un beneifice commun, ... .?
~

La situation belge ainsi décrite a été comparée à celle des associations de migrants dans divers pays et notamment au grandduché de Luxembourg qui connaît une forte immigration liée à son industrialisation depuis plus d'un siècle. Franco Barilozzi du Comité de Liaison et d'Association des Etrangers de Luxembourg a ainsi dressé un tableau synthétique de la situation dans son pays: on a noté que la forte structuration et la grande densité de la vie associative migrante dans cette région sont surtout générées par les populations immigrées originaires du sud de l'Europe. Nikki Roubani, du Réseau Européen des Femmes basé à Athènes, a quant à elle insisté sur la récence du phénomène de l'immigration en Grèce et à Chypre. Toutefois, des groupements associatifs d'immigrants émergent dans les deux cas, soutenus notamment par les associations de défense des Droits de l'Homme. N. Roubani a insisté sur la nécessité de transférer, vers les pays du sud de l'Europe, les expériences en matière d'accueil et d'intégration des immigrants au nord de l'Union. De fait, comme le souligna également Necati Çelik de l'association d'insertion socioprofessionnelle SIMA basé à Verviers (Belgique), la présence, dans les pays industrialisés du nord de l'Europe, depuis au moins quatre ou cinq décennies, d'importantes populations ouvrières immigrées, permet d'apprécier le rôle des associations créées par les familles immigrées dans les phases d'installation et d'intégration que celles-ci ont connues dans leur pays d'adoption. N. Çelik illustre 20

J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

son propos par l'exemple de l'immigration plus particulièrement en Belgique.

turque en Europe et

L'immigration turque en Europe date ainsi des années 60 ; elle a d'abord concerné l'Allemagne puis, dès 1964, la Belgique. Massivement rurale et peu qualifiée, elle est très dispersée et désorganisée jusqu'à la fin des années 60. Les premiers qui s'organisent dans cette communauté sont quelques étudiants et intellectuels présents, notamment, en Allemagne. Deux tendances sont présentes: la gauche révolutionnaire et la droite nationaliste/traditionaliste, relais directs des mouvements qui s'affrontent en Turquie, suite notamment au coup d'état militaire de 60 et au départ des mouvements estudiantins de 1968. Parallèlement, l'Etat turc, à travers ses représentations à l'étranger, tente de constituer des organisations populaires rassemblées, notamment, autour des mosquées. Très rapidement, les associations promues par la population immigrée turque se développent et se diversifient en Europe et en Belgique en dizaines de factions allant de la gauche marxiste-léniniste à la droite nationaliste. On observe ainsi des affrontements; des militants et des leaders arrivent de Turquie, notamment comme demandeurs d'asile. Des travailleurs immigrés sont véritablement soumis à « l'impôt révolutionnaire, patriotique ou islamiste» par divers groupements. Selon Çelik, l'ambiance politique turque est importée en Europe par une communauté qui sort affaiblie de la crise de l'emploi de la fin des années 70 et montre des signes de repli culturel. Enfin, le dernier coup d'Etat militaire du 12 septembre 1980 achève d'accentuer la polarisation de la vie associative des immigrés turcs: des mouvements puissants mobilisent des dizaines de milliers de personnes et constituent une constellation de structures locales fédérées au niveau européen. Toutefois, durant les années 90, on assiste à l'essoufflement de tous ces mouvements politiques (mis à part certains mouvements religieux): la communauté retrouve une certaine sérénité et commence notamment à orienter ses réflexions et actions vers des problématiques liées à son insertion et à son avenir dans son pays d'installation.
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J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

On observe aussi l'émergence d'associations locales rassemblant les familles selon leur origine régionale; celles-ci se fédèrent également à l'échelle du continent européen. Des fédérations professionnelles d'immigrants turcs apparaissent également. Le lien religieux se maintient dans l'expression identitaire des familles issues de l'immigration et la vie associative foisonnante permet de développer localement un contrôle social. On constate que cette vie associative rime avec des expressions de solidarité au sein du groupe et vis-à-vis des parents et des proches restés en Turquie. Toutefois, elle ne constitue pas encore une réponse totalement efficace face à des problématiques comme l'échec scolaire important parmi les jeunes, la question du chômage, la difficile ouverture à la mixité culturelle, linguistique, ... etc. En conséquence, les questions qui restent ouvertes pour les associations turques en Belgique et plus largement en Europe sont, d'après Necati Çelik: quelles collaborations entreprendre avec les institutions et associations du pays d'installation? Vers quels équilibres culturels et identitaires tendre en terre d'accueil? A travers quelles actions sur les réalités quotidiennes des familles? Quels liens avec le pays d'origine, ... ? Il est hautement intéressant d'approcher ce témoignage de la contribution d'Amidou Si M'Hammed du Centre Bruxellois d'Action Interculturelle qui a, pour sa part, retracé 1'historique du mouvement associatif marocain dans la capitale belge exactement 40 ans après la signature des accords de coopération en matière de main-d' œuvre entre la Belgique et le Maroc.
L'apport de Samba Yatera du Groupe de Recherche et de Réalisations pour le Développement Rural, situé à Paris, a concerné les résultats d'une initiative qui accompagne depuis une trentaine d'années les migrants installés en France et originaires de l'Afrique de l'Ouest, plus particulièrement le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Nombreux sont ainsi les immigrés et les associations d'immigrés qui sont à la recherche d'une coopération fructueuse avec les institutions de leur pays d'origine. L'objectif de S. Yatera (1997) fut précisément de montrer l'évolution des dynamiques associatives des populations issues du bassin du fleuve Sénégal et installées en France, ainsi que leur grand rôle

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J. Gatugu, S. Amoranitis, A. Manço (éds), La vie associative des migrants: quelles (re)connaissances ?

dans le développement de leurs régions d'origine. Cette activité associative joue également un rôle appréciable dans l'intégration des familles immigrées dans le pays d'accueil. En effet, dès leur arrivée en France au début des années 60, les migrants originaires de ce bassin ont su mobiliser leurs identités collectives tant pour répondre à leurs propres problèmes d'insertion que pour contribuer à rencontrer les besoins de leur village d'origine à travers, notamment, des caisses de solidarité. Les mesures administratives et politiques prises en 1981, autorisant les ressortissants étrangers à constituer des associations, ont permis aux caisses de solidarité et aux collectifs de migrants de se structurer de manière officielle en associations de développement: la seule région parisienne en compte actuellement plus de 400. Ce vaste mouvement associatif, d'abord construit sur des bases communautaires villageoises, s'élargira sur des bases intervillageoises, voire se développera en fédérations, définissant des objectifs de développement de plus grande envergure. Au milieu des années 90, le mouvement se complexifiera et se diversifiera, face à une évolution des problématiques de l'immigration. On assistera progressivement à une segmentation des modes d'organisation et de leur objet. A côté des migrants organisés sur la base des appartenances villageoises, on observera également l'émergence de structures fédératives, d'organisations regroupant migrants et non-migrants, d'associations de femmes, de jeunes, de professionnels, etc. Selon Yatera, il faut noter que l'essor du mouvement associatif correspond à la production de nouvelles formes de solidarité et offre aux individus et aux groupes un cadre opératoire leur permettant de prendre des initiatives socio-économiques, culturelles et politiques. Les associations jouent ainsi plusieurs missions essentielles qui visent, d'une part, des actions de développement ou de solidarité avec le pays d'origine et, d'autre part, une meilleure insertion des communautés migrantes en France. La reconnaissance du mouvement associatif comme partenaire dans les relations multidimensionnelles entre
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associations, pouvoirs publics et ONG s'impose voie d'avancement.

ainsi comme une

Dans ce cadre, il importe d'analyser, d'après S. Yatera, les contraintes et les interactions en cours afin de comprendre les stratégies et les logiques des acteurs en présence. Rappelons que malgré les contributions considérables des associations de migrants pour le développement et l'insertion, celles-ci rencontrent encore nombre de difficultés pour être reconnues comme partenaires par les pouvoirs publics... Sur ce terrain, une source de changement possible serait, selon Sylvie Lambert de Lille, la plus grande présence sur la scène politique des personnes issues de l'immigration. Elle a ainsi étudié l'émergence à Bruxelles d'une classe d'hommes et de femmes politiques originaires du Maghreb et de la Turquie dans leurs rapports aux associations promues par leurs communautés respectives. Une équipe flamande composée de Naima Charkaoui et Philippe Degelin du Forum van Etnisch-Culturele Minderheden et de Fransien De Jaegher du Point d'appui pour la vie associative (Socius) a permis d'évaluer la situation des associations de migrants en Flandre, les revendications et les possibilités de dialogue. . . Cette contribution montre de quelle façon les associations de migrants présentent leurs revendications auprès du gouvernement régional flamand et comment se tisse le dialogue entre le gouvernement et ces associations. Dans cette analyse sociopolitique, les liens aux autres niveaux de pouvoirs (local, fédéral, européen) sont également présentés: ces rapports sont-ils les mêmes qu'avec les associations flamandes non ethniques? Existe-t-il des difficultés particulières? Quelles sont les modalités proposées pour dépasser ces obstacles, ... etc. Une des modalités envisagées est précisément le nouveau décret régional flamand qui statue sur la reconnaissance, les fonctions et la position des associations des minorités ethnoculturelles. La présentation nous offre l'opportunité d'une analyse sociojuridique de ce texte, très différent des dispositions connues dans la partie francophone de la Belgique. La contribution permet de contextualiser l'importance et la diversité du mouvement associatif 24

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multi-ethnique Pays- Bas.

en Flandre, assez comparable

à la situation des

Le colloque du 20 février portant sur la vie associative des migrants a bénéficié de la présence d'une importante délégation canadienne qui a permis d'analyser dans le détail les enjeux, les pratiques et les politiques de reconnaissance des mouvements associatifs promus par les immigrés et leurs descendants dans ce vaste pays-fédération traversé, à l'instar de la Belgique, par de multiples lignes de partage politique et de tensions tant régionales que linguistiques. Premier intervenant issu de la délégation du Canada, Chedly Belkhodja, de l'Université de Moncton au NouveauBrunswick, a proposé un aperçu général des enjeux entourant l'immigration et la citoyenneté dans le contexte de l'expérience politique canadienne. Depuis quelques années, le Canada définit ainsi un nouveau cadre d'intervention en matière d'immigration favorisant une meilleure intégration des nouveaux arrivants dans une société de plus en plus diversifiée, comportant notamment des expressions associatives ethnicisées. Belkhodja remarque, entre autres, l'émergence d'un discours de la diversité culturelle qui s'inscrit dans les nouvelles dynamiques transnationales. Il faut cependant constater que lIe nouveau visage de la diversité canadienne ne se distribue pas de la même façon à travers tout le pays. D'une part, il est important de distinguer les caractéristiques de l'immigration dans de nombreuses régions semi-urbaines ou rurales très décentrées par rapport aux métropoles que sont Vancouver, Toronto et Montréal. Une situation particulière se pose notamment lorsque l'on envisage l'arrivée d'immigrants dans l'espace des minorités francophones, par exemple, dans le cas de l'Acadie. D'autre part, il est utile d'analyser un discours populiste de droite en opposition au thème de la diversité culturelle. Michèle Vatz Laaroussi de l'Université de Sherbrooke, représentante du Réseau Interculturel des Familles de l'Estrie, a permis d'illustrer l'analyse de son collègue à partir d'expériences associatives et de plusieurs recherches menées dans les régions du Québec où est implantée une politique de régionalisation de 25

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l'immigration. Elle présente une description des espaces associatifs investis et créés par des immigrantes et immigrants aux profils socio-économiques, juridiques et culturels très différenciés. Vatz Laaroussi s'intéresse en particulier à l'impact du contexte régional (zones d'immigration faible et récente, milieux parfois dévitalisés, éloignement de la métropole montréalaise) et à l'influence du type d'immigration (réfugiés, immigrants indépendants et investisseurs, jeunes familles, francophones et allophones) pour identifier les caractéristiques d'une vie associative ou de son absence. Ainsi, dans les régions peu concernées par une immigration massive, on parlera d'associations multi-ethniques plus que monoethniques, d'organismes d'accueil plus que d'intégration, d'implication individualisée plus que communautaire,... etc. Cependant, dans ce même contexte, nous pourrons différencier trois types d'investissement associatif de la part des immigrants: l'investissement utilitaire, l'investissement identitaire, l'investissement a-spatial. La communication de M. Vatz Laaroussi développe les principales composantes de ces trois types d'investissement et discute de leurs effets sur les dynamiques des familles migrantes. Slrma Bilge de l'Université de Montréal propose, à son tour, un regard sur l'émergence et le maintien des structures associatives dans le milieu immigré turc de la métropole québécoise. Pour S. Bilge, l' ethnicité n'est pas seulement une catégorie sociale mais aussi un processus continu qui s'actualise avec les positions changeantes des groupes et des individus à l'intérieur d'une société. Ces changements s'observent avec acuité dans les manières dont une population immigrée s'organise au sein de la société d'établissement. S'appuyant sur une enquête de terrain effectuée dans le milieu immigré turc à Montréal et qui analyse les mécanismes et les facteurs de communalisations ethniques dans cette population, la présentation porte précisément sur les facteurs sociaux et politiques qui sous-tendent l'émergence d'une structure associative dans ce milieu. Bilge propose une analyse sociologique de l'évolution de la scène associative dans le groupe immigré turc
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à Montréal; elle la met en lien avec divers contextes relationnels identifiés comme consubstantiels à la construction et au maintien de l' ethnicité immigrée. Sébastien Arcand, chercheur post-doctoral à la Columbia University de New York, se penche, quant à lui, sur la participation des associations ethniques en commissions parlementaires au Québec. De fait, la participation politique des minorités soulève des questions quant aux modes d'appartenance ethnique ainsi qu'à la possibilité de voir une conscience collective minoritaire prendre forme, révélant ainsi la construction d'appartenances dépassant les frontières ethniques inhérentes à chaque groupe. De plus, il y a lieu de se demander si les discours des associations de groupes ethniques minoritaires sont porteurs de changement social. L'article proposé par Arcand, qui fait appel à une sociologie politique et à une sociologie des relations ethniques, a ainsi pour objectif d'analyser la participation des associations de groupes ethniques minoritaires en commissions parlementaires au Québec entre 1974 et 2000. L'auteur identifie les thématiques des commissions les plus prisées par ces associations tout en analysant le contenu de certains mémoires déposés par ces groupes. Enfin, Denise ReIly, de l'Institut National de Recherche Scientifique à Montréal, est l'auteur d'une recherche originale toujours en cours sur le financement des associations ethniques par le Gouvernement fédéral canadien dont elle présente les résultats provisoires. En effet, il est souvent dit que le Programme du multiculturalisme adopté au Canada en 1971 visait à soutenir la reproduction culturelle de groupes mono-ethniques durant les années 1970 et à lutter contre la discrimination subie par la nouvelle immigration durant les années 1980 pour devenir un soutien à l'affermissement d'une citoyenneté canadienne, responsable, participative et plurielle durant les années 1990. Si la teneur des objectifs décrits dans les documents officiels du Programme permet de faire le constat d'une telle évolution, une modalité d'application du programme, le soutien financier accordé à des organismes, reste un domaine inexploré. Aussi D. ReIly a-telle examiné le financement accordé aux associations ethniques de
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