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La vie du rêve

De

Le livre de Scherner date de 1861. Il est tout ce qui nous reste d’une série de « Découvertes dans le domaine de l’âme » qui devait compter plusieurs ouvrages destinés à démontrer le sublime de l’âme. Au-delà de l’idée fondatrice du symbolisme, Scherner livre une étude phénoménologique admirable du rêve et de la vie onirique nocturne qui fait de cet ouvrage l’un des chefs-d’œuvre de la littérature sur le rêve. Il a aussi un autre intérêt historique, il fait partie des ouvrages les plus cités par Freud dans L’interprétation des rêves – cité et reconnu comme présentant des thèses concordantes avec les thèses freudiennes, à la différence des autres ouvrages cités, comme ceux de Wundt, Strümpel, Schubert, etc. Laissons la parole à Freud pour présenter l’ouvrage de Scherner : « Scherner n’est pas de ceux qui croient que dans le rêve l’esprit conserve toutes ses facultés. Il montre comment la puissance de centralisation, l’énergie spontanée du moi sont privées de leur force nerveuse dans le rêve, comment, à cause de cette décentralisation, la connaissance, la sensibilité, la volonté et la puissance de représentation sont modifiées, et comment ce qui demeure de forces spirituelles n’a point un caractère intellectuel, mais reste simple mécanisme. En revanche, l’imagination grandit, se libère de la raison et de tout contrôle et domine entièrement... » « Quelles que soient les différences qui séparent la conception de la symbolique du rêve apportée par Scherner de celle qui est présentée ici, il faut faire remarquer que c’est Scherner qui le premier a découvert la symbolique du rêve. Les recherches psychanalytiques ont mis tardivement en honneur son livre, qui date de 1861. »

Avec le soutien du CNL.


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La vie du rêve

 

Traduit par Marc Géraud

 

KARLALBERTSCHERNER

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation de l'ouvrage :Le livre de Scherner date de 1861. Il est tout ce qui nous reste d’une série de « Découvertes dans le domaine de l’âme » qui devait compter plusieurs ouvrages destinés à démontrer le sublime de l’âme. Au-delà de l’idée fondatrice du symbolisme, Scherner livre une étude phénoménologique admirable du rêve et de la vie onirique nocturne qui fait de cet ouvrage l’un des chefs-d’œuvre de la littérature sur le rêve. Il a aussi un autre intérêt historique, il fait partie des ouvrages les plus cités par Freud dans L’interprétation des rêves – cité et reconnu comme présentant des thèses concordantes avec les thèses freudiennes, à la différence des autres ouvrages cités, comme ceux de Wundt, Strümpel, Schubert, etc. Laissons la parole à Freud pour présenter l’ouvrage de Scherner : « Scherner n’est pas de ceux qui croient que dans le rêve l’esprit conserve toutes ses facultés. Il montre comment la puissance de centralisation, l’énergie spontanée du moi sont privées de leur force nerveuse dans le rêve, comment, à cause de cette décentralisation, la connaissance, la sensibilité, la volonté et la puissance de représentation sont modifiées, et comment ce qui demeure de forces spirituelles n’a point un caractère intellectuel, mais reste simple mécanisme. En revanche, l’imagination grandit, se libère de la raison et de tout contrôle et domine entièrement… » « Quelles que soient les différences qui séparent la conception de la symbolique du rêve apportée par Scherner de celle qui est présentée ici, il faut faire remarquer que c’est Scherner qui le premier a découvert la symbolique du rêve. Les recherches psychanalytiques ont mis tardivement en honneur son livre, qui date de 1861. »
 
Auteur :Karl Albert Scherner était professeur de philosophie à Breslau.

 

Table des matières

La vie du rêve

Table des matières

Note liminaire

Introduction aux découvertes en général

Introduction à la vie du rêve

PREMIÈRESECTIONLa vie du rêve selon sa manifestation universelle

1) La nature souple du rêve

2) Le règne du monde du rêve

3) Le courant de la vie en rêve

4) Reflets de la nature dans le rêve

5) Les joutes du rêve

6) La faculté reproductrice du rêve

7) L’originalité de la peinture onirique

8) Les époques du rêve

DEUXIÈMESECTIONLa vie du rêve selon son organisation intérieure

1) La métamorphose de la vie consciente en rêve

2) La périphérie étroite de la sphère du rêve

3) La matière vitale dans la sphère du rêve

4) La décentralisation du mouvement de la vie en rêve

5) La faculté de connaître dans l’état de décentralisation

6) L’effet de la décentralisation sur le sentiment

7) Le déclin de la volonté par la décentralisation

8) La vie représentative à la suite de la décentralisation et de la limitation étroite de la sphère onirique

9) Resurgissement de la raison dans la sphère du rêve sous une forme plastique

10) L’imagination dans la sphère onirique

11) Le mode de représentation symbolique de l’imagination onirique dans sa forme générale

12) La vitalisation de la présentation symbolique par l’action de l’imagination

13) La formation symbolique fondamentale dans le cas des stimuli corporels

14) La formation symbolique fondamentale pour les stimuli spirituels

15) Genèse de la croyance suscitée par les images du rêve

16) Cause de l’oubli rapide des images du rêve

TROISIÈMESECTIONLa vie du rêve selon la richesse de ses formes régulières de constitution en espèce et en genre

1) Observation et traitement des formations oniriques

2) Concept et subdivision des formations oniriques

3) Premier groupe principal (espèce) : les rêves de structure

4) Deuxième groupe principal : les rêves associatifs

5) Troisième groupe principal : les rêves marqués

6) Quatrième groupe principal : les rêves de stimuli nerveux

7) Cinquième groupe principal : les rêves sensoriels

8) Sixième groupe principal : les rêves d’humeur

9) Septième groupe principal : les rêves d’affect

10) Huitième groupe principal : les rêves de l’imagination

12) Dixième groupe principal : les rêves d’action ou de volonté

13) Onzième groupe principal : les rêves prémonitoires

 

Note liminaire

 

Le livre de Scherner date de 1861. Il est tout ce qui nous reste d’une série de « Découvertes dans le domaine de l’âme » qui devait compter plusieurs ouvrages. Destiné à démontrer le sublime de l’âme, il a pour nous un autre intérêt. Il fait en effet partie des ouvrages les plus cités par Freud dans L’interprétation des rêves – cité et reconnu comme présentant des thèses concordantes avec les thèses freudiennes, à la différence des autres ouvrages cités, comme ceux de Wundt, Strümpel, Schubert, etc.

Si Freud reconnaît que le livre de Scherner livre « une description très profondément sentie, très poétique et très vivante », il déclare dans un autre passage que « le livre de Scherner est écrit dans un pompeux galimatias, son enthousiasme excessif exaspère ceux qu’il ne séduit pas ; son analyse présente des difficultés telles que nous préférons nous servir de l’exposé plus clair et plus court que donne le philosophe Volkelt de la doctrine de Scherner. De ce brouillamini mystique, de cet ondoiement somptueux et éclatant, jaillit parfois une apparence de sens pleine de suggestions, mais les voies du philosophe n’en deviennent pas plus claires pour cela. Ainsi s’expriment sur le compte de Scherner ses propres disciples ». Le lecteur jugera.

Laissons la parole à Freud pour présenter l’ouvrage de Scherner : « Scherner n’est pas de ceux qui croient que dans le rêve l’esprit conserve toutes ses facultés. Il montre comment la puissance de centralisation, l’énergie spontanée du moi sont privées de leur force nerveuse dans le rêve, comment, à cause de cette décentralisation, la connaissance, la sensibilité, la volonté et la puissance de représentation sont modifiées, et comment ce qui demeure de forces spirituelles n’a point un caractère intellectuel, mais reste simple mécanisme. En revanche, l’imagination grandit, se libère de la raison et de tout contrôle et domine entièrement. Elle tire, il est vrai, ses matériaux de la mémoire de la veille, mais l’édifice qu’elle construit est entièrement différent de la production de la vie éveillée, elle ne reproduit pas seulement, elle crée. Ses particularités se reflètent dans le rêve. Elle a une prédilection pour tout ce qui est démesuré, excessif, monstrueux. Libérée des catégories de la pensée, elle est plus souple, plus habile, plus changeante ; elle sent très finement les menues nuances de notre vie affective aussi bien que nos passions violentes, et elle donne aussitôt aux faits de notre vie intérieure une forme extérieure plastique. Elle ne dispose pas, dans le rêve, de la langue des concepts ; il faut qu’elle montre plastiquement ce qu’elle veut dire ; et comme le concept ne peut l’affaiblir, elle peint avec toute l’abondance, la force et la grandeur de ce langage plastique. C’est pourquoi, en dépit de sa clarté, sa langue est diffuse, lourde, maladroite. La confusion est encore accrue par le fait qu’elle répugne à exprimer un objet par sa propre image. Elle choisit bien plutôt une image étrangère, capable d’exprimer l’aspect de l’objet auquel elle tient. C’est l’activité symbolique de l’imagination… Il faut remarquer de plus que l’imagination du rêve ne décrit pas les objets d’une manière complète, mais en esquisse seulement la silhouette, d’une manière très libre. De là vient qu’elle paraît inspirée. Elle ne se contente pas d’ailleurs de présenter des objets, une contrainte intérieure oblige le moi du rêve à s’y mêler plus ou moins, donc à agir. Par exemple un rêve causé par un stimulus visuel nous fait voir des pièces d’or sur la route : le rêveur les ramasse, et, content, les emporte.

Scherner croit que le matériel dont se sert l’activité artistique du rêve est fourni surtout par les stimuli somatiques organiques, si obscurs pendant le jour. Ainsi en ce qui concerne les sources et les causes du rêve, la théorie par trop fantastique de Scherner et la théorie peut-être un peu trop simpliste de Wundt et des autres physiologistes, ordinairement aux Antipodes, se recouvrent complètement. Mais, d’après la théorie physiologique, la réaction mentale aux stimuli somatiques internes est épuisée quand elle a provoqué des représentations adéquates, qui, par association, en ont évoqué quelques autres ; là prend fin la recherche des processus psychiques. D’après Scherner, au contraire, les stimuli somatiques ne fournissent à l’esprit que des éléments qu’il utilise selon les projets de son imagination. La formation du rêve commence, selon Scherner, là où, pour d’autres, elle s’achève.

On ne peut trouver bien utile ce que l’imagination du rêve fait des stimuli somatiques. Elle joue avec eux un jeu agaçant, représente les organes d’où les stimuli du rêve proviennent par des formes symboliques. Scherner croit même que notre imagination a dans le rêve une figure de prédilection pour représenter l’organisme entier : ce serait la maison. Heureusement pour ses représentations, elle ne s’en tient pas à cela ; elle peut au contraire représenter par des séries de maisons un seul organe, par exemple de longues rues figureront une excitation intestinale. D’autres fois, des parties de maisons représenteront réellement des parties du corps. Ainsi, dans un rêve de migraine, le plafond d’une chambre (que l’on voit couvert d’ignobles araignées pareilles à des crapauds) représentera la tête.

D’autres objets de la maison peuvent être employés pour symboliser tel ou tel organe. […] Il est à noter qu’à la fin de ces rêves à stimulus organique l’imagination se démasque en quelque sorte en montrant clairement l’organe excité ou sa fonction. Ainsi le rêve « à stimulus dentaire » s’achève ordinairement par le fait que le rêveur s’arrache une dent.

L’imagination du rêve peut symboliser la substance contenue dans l’organe au lieu de s’attacher à la forme de l’organe excitant. Ainsi une excitation des intestins nous fera promener dans des rues malpropres, une excitation de la vessie, près d’eaux écumantes. Il se peut aussi que le stimulus lui-même, la nature de l’excitation qu’il produit, l’objet qu’il convoite soient représentés symboliquement ou que le moi du rêve entre en relations concrètes avec le symbole de son propre état, par exemple, quand, lors de stimuli douloureux, nous croyons lutter désespérément avec des chiens enragés ou des taureaux furieux, ou quand, dans un rêve érotique, la rêveuse se croit poursuivie par un homme nu. Si l’on fait abstraction de tout ce qui est variété de réalisation, l’activité imaginative symbolique apparaît comme la force centrale de tous les rêves […].

Il n’apparaît pas que, pour Scherner, l’imagination symbolique remplisse dans le rêve une fonction utile. L’esprit qui rêve joue avec les stimuli qui le frappent. On pourrait supposer qu’il joue mal. On pourrait aussi nous demander pourquoi nous nous occupons de la théorie de Scherner alors que ses caractères de laisser-aller et d’arbitraire sont tellement choquants. Il convient toutefois de la défendre. Cette doctrine est fondée sur les impressions d’un homme qui observait ses rêves avec beaucoup d’attention et qui paraît avoir été personnellement bien doué pour rechercher des phénomènes psychiques obscurs. De plus, elle traite d’un sujet que les hommes considèrent depuis des siècles comme énigmatique, mais riche de contenu. La science reconnaît elle-même qu’elle n’a tenté de l’élucider qu’en s’opposant à l’opinion populaire et en refusant au rêve tout contenu et toute signification. Il semble enfin, à vrai dire, que les explications du rêve échappent difficilement au fantastique. Il y a aussi un fantastique des cellules cérébrales. Le passage d’un observateur modéré et exact comme Binz, décrivant comment l’aurore du réveil apparaît sur les amas cellulaires endormis du cortex, n’est guère moins fantastique et invraisemblable que les essais d’explication de Scherner. J’espère pouvoir montrer qu’il y a derrière ces derniers quelque chose de réel qui, il est vrai, n’a encore été reconnu que confusément et n’a pas le caractère de généralité auquel doit pouvoir prétendre une théorie du rêve. En tout cas, la théorie de Scherner, par son contraste avec la théorie médicale, nous montre entre quels extrêmes l’explication de la vie du rêve oscille encore de nos jours. »

Une partie de l’intérêt du texte de Scherner découle de cette appréciation de Freud. Scherner fait partie des prémisses, des entours du freudisme, il est, modestement, une propédeutique du freudisme. Scherner peut être placé parmi les auteurs, rares en son temps, qui trouvent un sens au rêve. Ce sens n’est certes pas encore le sens freudien : il consiste souvent à retrouver l’instigateur du rêve, stimulus ou événement diurne. C’est que le rêve use du symbolisme. Citons ici encore une fois Freud : « Quelles que soient les différences qui séparent la conception de la symbolique du rêve apportée par Scherner de celle qui est présentée ici, il faut faire remarquer que c’est Scherner qui le premier a découvert la symbolique du rêve. Les recherches psychanalytiques ont mis tardivement en honneur son livre, qui date de 1861. »

Au-delà de l’idée fondatrice du symbolisme, Scherner livre une étude phénoménologique admirable du rêve et de la vie onirique nocturne qui fait de cet ouvrage l’un des chefs-d’œuvre de la littérature sur le rêve, et une œuvre littéraire en soi fascinante.

Marc Géraud

Introduction aux découvertes en général

 

Je veux faire des recherches et des découvertes sur l’âme, autant que je le puis, et je l’ose ! Car la beauté de sa forme me charme, et plus encore ce qui est caché derrière elle ; et ce qui est caché en général me charme, et fait naître en moi un désir indicible.

Or l’âme est encore cachée ; car malgré les millénaires que la philosophie lui a consacrés il n’a pas été possible d’asseoir fermement l’idée que l’âme est une essence indépendante, encore moins qu’elle est une essence grandiose, dépassant de loin en plénitude, en splendeur et en grandeur d’organisation toutes les autres choses du cosmos, si bien qu’une incertitude complète règne à propos de l’âme. Le désespoir total qui déchire l’humanité de nos jours en est la conséquence naturelle. Un aussi triste état dans le domaine de la science de l’âme ne fait naturellement que renforcer ceux qui s’intéressent plus à l’ingénieux édifice du corps qu’à l’âme, qui mettent hardiment le cerveau à la place de l’âme et font du tissu matériel du corps la source de l’âme. Si rabaissant que cela puisse être pour l’homme face à lui-même et pour son prestige dans le cosmos, on ne peut pourtant pas leur en vouloir, car la science et sa doctrine sont libres et doivent le rester ; et aussi longtemps que la philosophie elle-même n’aura pas hissé l’âme au-dessus d’un néant incertain, toute opinion à son sujet, même la plus grossière, sera libre. Mais il est d’autant plus du devoir de la philosophie d’aborder l’âme de manière neuve et, en rassemblant toutes les forces de l’esprit, de chercher à l’explorer de manière aussi pénétrante que possible, en renonçant à toute coquetterie, et en employant uniquement ce qui conduit à un résultat réel. Et il me semble que tant que la philosophie n’aura pas accompli la reconnaissance de l’âme, son honneur face au monde sera en jeu, car c’est elle qui a reçu les dignités suprêmes de l’esprit dans le monde humain, qui doit donc déployer les plus grands efforts spirituels pour l’humanité, et satisfaire ses intérêts les plus précieux. Prendre soin de la simple liberté du développement humain, comme auparavant, cela n’est plus l’affaire de la philosophie depuis que l’État, la législation et la presse libre assument cette charge ; mais sonder l’essence de l’esprit humain, dont est garante toute la liberté gagnée de l’État, cela, le roi le plus élevé n’en est pas capable, ni une quelconque assemblée parlementaire du peuple dans l’État, ni la prudence toujours courageuse de la presse : c’est la philosophie qui en est capable, car il s’agit là de son champ d’action, et elle y parviendra avec son acuité et sa profondeur, si seulement elle le veut avec le plus grand sérieux.

Mais comment faut-il explorer l’âme afin qu’elle soit découverte ? Je crois en effet qu’il ne s’agit en réalité que de sa révélation ou de sa découverte, et non de son existence, car elle a produit comme témoins devant le foisonnement commun de la matière du globe terrestre, et d’une manière qui commande le respect, des valeurs extrêmement élevées de l’ordre de la culture, de la science, de l’art, de la religion, de l’État, de faits historiques à la moralité librement consentie ; quoique d’un autre côté, une science fondamentale de l’âme doive d’abord poser la question de son existence, puis celle de son essence.

Voyons donc tout d’abord comment on ne doit pas procéder pour explorer l’âme, lorsque l’on veut parvenir à un résultat décisif. On ne peut obtenir de résultat si l’on veut se servir uniquement de la spéculation pure, car le pur mouvement de la raison, sans égard pour ce qui est observé (donc au mépris de la réceptivité de la faculté de connaître, qui s’articule nécessairement à l’objet de la connaissance), ne reste toujours et éternellement qu’un mouvement subjectif unilatéral de l’esprit, qui – pour sublime que se sente alors le sujet qui philosophe, pour ingénieuse, rigoureuse et fine que soit la méditation dans le procès de son développement – ne fait pourtant qu’énoncer ce que s’est plu à songer la méditation qui s’avance librement, c’est-à-dire qui ne se soucie pas de l’objet psychique réel, et précisément ce que la base librement choisie du système et ses conséquences permettaient d’admettre de l’âme ; et non ce que l’objet psychique lui-même commandait de dire à ce sujet, et livrait à l’examen tranchant, pénétrant et exhaustif de la subjectivité de l’esprit. C’est pourquoi toutes les approches antérieures de l’âme par la spéculation sont arbitrairement changeantes et insuffisantes, ou tout bonnement nulles, et contredisent totalement le sentiment humain naturel ; toutefois, la négation de l’âme qu’elles énoncent ne prouve pas que l’âme elle-même n’est pas, mais que la spéculation libre seule n’est pas en état de la saisir. Car l’âme est en soi chose pleine, elle doit donc en même temps être saisie par la réceptivité de l’esprit, qui est déterminée pour la plénitude de l’objet. De toute façon, la spéculation libre, quand bien même elle livrerait des résultats fiables, ne serait jamais en état de créer une science de l’âme suffisante, car elle est, par nature, universelle et générale ; or l’âme humaine est toujours organisée de la manière la plus fine, la plus délicate et la plus spéciale qui soit, de sorte qu’une subtilité extrême de la recherche et une souplesse suprêmement flexible et docile sont nécessaires pour pouvoir la saisir dans sa nature et dans son organisation spirituelles. L’essence immédiate et subtile de l’âme passe à travers toutes les larges mailles de la spéculation générale. Les organes capteurs doivent lui être appliqués de manière convenable, sinon elle restera, après comme avant, inconnue dans son essence réelle. De plus, dans la manière dont la spéculation avance dans le développement de son contenu (du fait que, faute de tout appui et de toute régulation du côté de l’objet, elle doit principalement s’appuyer sur l’exactitude de la forme du développement, et donc insister sur la construction plus que sur le contenu), il ne se trouve aucune invite à la conviction humaine, fille de la nature vigoureuse, car elle ne cherche que le cœur de la connaissance et non ses auxiliaires – encore moins ceux qui sont investis d’une valeur supérieure à ce cœur – et ce cœur du contenu remporte immédiatement la conviction ; il n’est besoin pour ce faire d’aucun appui artificiel. Mais la spéculation est tout indiquée – et c’est son droit incontestable dans la science de l’âme – lorsqu’il s’agit de procéder à l’appréhension suprême, dans l’idée globale, du contenu de connaissance réel déjà trouvé dans ses détails, ainsi que de tous les aperçus et de toutes les régulations suprêmes qui y sont liés. Aussi doit-elle intervenir après, et non avant, la recherche réelle ; alors, la superfluité meurtrière de la construction ne lui sera pas nécessaire, elle conservera, par la création d’idées pénétrantes, globalisantes et unificatrices, la liberté et le sens auguste du mouvement de la raison, et, par la quintessence pure et le contenu de ses idées, elle exercera sur l’humanité une influence bien plus grande qu’aujourd’hui. En outre, la spéculation mise en œuvre, c’est-à-dire qui s’attache à l’objet de la connaissance, en tant qu’elle est le moment indispensable qui donne constamment ses ailes à la recherche réelle, est un levier indispensable dans toutes les questions profondes relatives à l’âme ; et il me semble que c’est, pour la spéculation philosophique, une affaire très honorable que de collaborer avec la recherche réelle dans les questions touchant à l’âme lorsqu’il s’agit des questions capitales les plus décisives, de celles qui doivent absolument être résolues, comme la question portant sur la localisation de la frontière entre le cerveau et l’âme et ses activités, et bien d’autres encore. Enfin, inversement, il est trop évident pour qu’il soit indispensable d’en parler qu’un empirisme superficiel ne saurait permettre d’explorer l’âme, puisque le problème le plus essentiel le dépasse de beaucoup. Tournons-nous donc vers le mode réel de la recherche.