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© Tallandier Éditions, 2005 18, rue Dauphine 75006 Paris
www.centrenationaldulivre.fr
EAN : 979-1-02101-726-9
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
À Gérard et Nicole Hubert En témoignage d’affection.
« Là, à l’entrée de l’océan Indien, Bonaparte était privé des moyens de faire un second avatar, ou incarnation sur terre. » Walter SCOTT.
« La présence de Bonaparte avait changé cette île de promission en un roc pestiféré. » CHATEAUBRIAND.
« Si Sainte-Hélène rappelle de mauvais souvenirs chez les Français, ceux qu’elle évoque chez nous, Britanniques, sont poignants. » Lord ROSEBERY
AVANT-PROPOS
L’exil de l’ex-Empereur se serait-il déroulé dans un autre lieu que Sainte-Hélène, même lointain, les dernières années de la vie de Napoléon en auraient sûrement été différentes, et sa légende plus difficile à édifier. Certes, le microcosme d’un autre Longwood, constitué des mêmes gens, aurait engendré les mêmes petitesses ; et ailleurs, un autre Hudson Lowe aurait peut-être manifesté autant de rigueur bornée. Mais Sainte-Hélène y ajouta la terrible impression d’enfermement, de mise à l’écart du monde, dans un paysage, sous un climat et parmi une société, débilitants pour le corps et désespérants pour l’esprit. Car la dernière partie de l’existence de l’ex-Empereur ne se limite pas à sa maison de Longwood dont il est bientôt le seul à ne pas vouloir sortir, retranché dans une lutte permanente pour affirmer son statut et pour contester son état face à ses geôliers anglais. Ses compagnons vivent en relation permanente avec l’extérieur et les visiteurs – de passage ou non – ne sont pas rares à franchir l’enceinte du parc, sévèrement gardée. Dans son intérieur, Napoléon gère tant bien que mal sa petite cour en dictant pour la postérité l’histoire recomposée de sa carrière et de son règne, mais il ne peut ignorer les quelques milliers de personnes qui l’entourent. D’ailleurs il ne le veut pas : son tempérament ne le conduit pas à se réfugier seulement dans la réprobation. Or cette petite société est d’un particularisme et d’une médiocrité affligeants. Seul Gilbert Martineau, conservateur des Domaines français de Sainte-Hélène, qui vécut près de quarante ans sur l’île, était capable de nous faire connaître et comprendre cette histoire exceptionnelle. Cette île minuscule, assez inhospitalière mais habitée, petite escale de l’Atlantique Sud, fut pendant plus de cinq ans transformée en une forteresse, à grand renfort de navires de la Royal Navy et de soldats de Sa Majesté, obligeant les autochtones, surnommés lesYamstocks(mangeurs de yam), leurs esclaves noirs et leurs mains-d’œuvre chinoises, à devenir eux-mêmes, bon gré mal gré, des presque prisonniers et des aides-gardiens. L’auteur ne s’intéresse pas à la chronologie (il existe de bons ouvrages sur le sujet), il veut nous faire ressentir ce que personne d’autre que lui ne pouvait nous décrire de l’intérieur : la longue monotonie des jours sur le plateau humide de Longwood et l’existence cloîtrée des indigènes dont tous les actes sont maintenant conditionnés peu ou prou par ce prisonnier « dont l’ombre cornue se profile derrière les persiennes ». Dans les maisons du bourg de Jamestown, les cottages des vallées, les camps de soldats, la résidence du gouverneur, sur les navires de surveillance ou sur les barques de pêcheurs, tout tourne autour de Napoléon. En décidant de retenir prisonnier le général Buonaparte, hors-la-loi jamais reconnu comme souverain, l’oligarchie anglaise – pour
reprendre les mots de Napoléon – a associé à son emprisonnement une île et toute sa population native ou d’occasion. Rarement dans un épisode tragique de l’histoire il y eut autant de seconds rôles (à quelques rares exceptions) dénués d’intelligence ou de générosité, autant de figurants contraints et passifs, dans un lieu si peu accueillant, autour d’un homme aussi exceptionnel. Le contraste est saisissant. C’est cette réalité jamais racontée, et relatée ici avec une verve et des connaissances uniques, que Gilbert Martineau fait revivre : « Gulliver aux mains des Lilliputiens. » Sa double culture française et britannique, sa formation d’officier de marine, sa finesse littéraire, sa sensibilité et son sens de l’humour se sont conjugués pour dépeindre les conditions de mise à mort de Napoléon, certes physiquement malade et mal soigné, mais surtout moralement miné par un environnement matériel détestable et un entourage déprimant. Avant sa disparition, Gilbert Martineau avait confié ce manuscrit inédit à des mains amies comme une sorte de testament historique. Sa publication, grâce à l’aimable autorisation de son fils Michel Dancoisne-Martineau, actuel conservateur des Domaines français de Sainte-Hélène, apporte une riche contribution aux études héléniennes. À titre d’hommage, cet ouvrage reprend le titre de la première œuvre de Gilbert Martineau parue en 1966. Bien évidemment, le contenu du présent livre, très différent, est le fruit des années d’expérience et de réflexion de l’auteur sur son sujet de prédilection.
Jacques JOURQUIN.
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