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La vie quotidienne au Burkina-Faso

De
219 pages
Ce livre s'intéresse à des aspects de la vie des Burkinabé. Il traite de la santé qui, après s'être améliorée dans les années 1980, subit depuis les effets désastreux de la pandémie du VHS. Il observe la situation de la femme, il recense tout ce qui participe à l'éducation et à la formation, il donne aussi des informations aux personnes qui séjournent au Burkina.
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La vie quotidienne au Burkina-Faso

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-05752-4 EAN : 9782296057524

Les Amitiés Franco-Burkinabè

La vie quotidienne

au Burkina-Faso

Préfacede Henri GUISSOU

L'Harmattan

Préface de Monsieur Henri Guissou
Voici donc le second livre publié par les «Amitiés Franco-Burkinabè ». Il porte sur la société burkinabè et comporte des conseils pertinents. Disons plutôt des indications précieuses pour rester dans le registre - tout de modestie - des auteurs; des indications précieuses donc, sur ce qu'il faut savoir pour profiter au mieux d'un séjour au Burkina-Faso. Des chapitres sur la santé, la condition de la femme, l'éducation les complètent. Comme pour le premier livre, il s'agit d'un ouvrage collectif, en ce qu'il est écrit par des auteurs très divers, ne se connaissant peut-être même pas tous entre eux. Et cependant l'ouvrage, d'une qualité certaine, a une unité de ton incroyable. Agréable, très facile à lire, ce livre en apprendra certainement beaucoup aux voyageurs éventuels, aux étrangers, et même aux Burkinabè - j'en témoigne - qui vivent ces réalités sans même y penser, tout naturellement. Ce livre n'est écrit ni par des afro-pessimistes, qui peindraient tout en noir, ni par des laudateurs malhonnêtes, ni même par des scientifiques prétentieux, sûrs de leurs a priori, mais par des «yeux» amis, honnêtes, soucieux de découvrir, de connaître, de comprendre. Les regards sont perçants, mais bienveillants. Le souci n'est pas de juger dès l'abord, mais d'observer. Je suis membre de cette association mais je ne pense cependant pas que cela ait pu altérer mon jugement au point de m'amener à écrire des faussetés. Cette unité de ton que j'ai relevée plus haut vient peut-être de l'appartenance des auteurs à cette structure. Mais elle tient, plus sûrement de la grande qualité des principaux animateurs de l'association. Je n'en dis pas plus; les intéressés s'en trouveraient sans doute gênés. Lisez plutôt ce livre. C'est le plus bel hommage que vous rendriez au travail des membres des « Amitiés Franco-Burkinabè » et à ses dirigeants.
Henri GUlSSOU

Henri Guissou, souvent qualifié respectueusement au Burkina du titre «le professeur », a enseigné l'histoire et la géographie puis a exercé la fonction de Directeur Général de l'enseignement. Par ailleurs, il a assuré longtemps des responsabilités au sein d'un parti politique burkinabè.

La vie quotidienne au Burkina-Faso

Avant-propos
Ce livre est le second ouvrage que les auteurs consacrent au BurkinaFaso. Il est indépendant du précédent et peut être lu indifféremment avant ou après le premier, «Traditions et modernité au Burkina-Faso» qui s'intéressait à l'évolution des sociétés burkinabè entre respect des traditions ancestrales et adaptation plus ou moins réussie à une modernité inéluctable. Les textes qui constituent ce livre ont été publiés au cours de ces treize dernières années dans le bulletin associatif des «Amitiés FrancoBurkinabè » : témoignages, points de vue, analyses, extraits de carnets de voyage, ils ont peu à peu contribué à faire mieux connaître et comprendre les populations du pays.

Photo prise à l'issue d'une réunion de commissions à la Maison de l'amitié à Ouaga en janvier 2007

Il a paru intéressant de les reprendre sous la forme de livres, pour un plus grand nombre de lecteurs. Les articles, qui dans le bulletin avaient souvent un caractère d'actualité, ont été regroupés dans des chapitres thématiques. Ils n'ont pas été actualisés, sauf si cela a paru indispensable à leur compréhension ou à leur intérêt, en revanche, ils ont été datés.

Vie quotidienne au Burkina-Faso Ce livre s'intéresse à des aspects de la vie des Burkinabè. Il traite de la santé qui après s'être améliorée dans les années 1980, subit depuis les effets désastreux de la pandémie du VHS. Il observe la situation de la femme, qui n'est pas toujours et partout, celle que les Occidentaux imaginent. Il recense tout ce qui participe à l'éducation et à la formation, sans exclure - mais sans privilégier - l'école. Il donne enfin des informations et des conseils aux personnes qUI séjournent ou envisagent de séjourner au Burkina.

Les auteurs des textes sont des membres ou des sympathisants de l'association « Les Amitiés Franco-Burkinabè» (les AFB). Ses administrateurs sont indifféremment de l'une ou de l'autre nationalité. Ses adhérents français sont parfois des personnes connaissant déjà le BurkinaFaso, souvent des membres d'associations de type humanitaire, voire les associations elles-mêmes, mais aussi des gens ne connaissant pas l'Afrique, curieux et désireux de manifester leur sympathie à ses populations. L'objectif premier est de faire se rencontrer et se comprendre des Français et des Burkinabè. Rien ne vaut un séjour au Faso, accueilli, piloté, et quand cela est possible, hébergé par les familles des adhérents. Lorsqu'une connaissance suffisante du pays, des modes de vie et de pensée est acquise, des liens amicaux réels peuvent s'instaurer. La solidarité s'installe alors directement et utilement entre les personnes ou les familles et se développe durablement en dehors de l'association. Néanmoins, des actions humanitaires ou de développement sont menées sur place, maintenant à partir de la « Maison de l'amitié» ouverte à Ouagadougou.

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QUELQUES INSTANTANES

Quelques instantanés

Edito Octobre 2001 Je suis toujours étonné de constater combien les Burkinabè paraissent imperméables aux difficultés. Alors que je les vois immergés dans des situations qui pour un Français passeraient pour dramatiques, ils continuent à prétendre: «y' a pas d'problème ». Le climat, en particulier les périodes de grande sécheresse, une terre ingrate - faite de latérite recouverte, le plus souvent, d'une mince couche végétale - rendent difficile le labeur des populations, en grande majorité agricultrices, pour des récoltes étonnamment faibles et des revenus insignifiants au regard de ceux des «ménages» des pays industrialisés. Mais: « il n'y a pas de problème ». L'éducation, ou si on préfère la scolarisation, ne bénéficie encore qu'à une minorité d'enfants. A l'échel1e du revenu des parents, el1e revient trop cher. Les écoles sont absentes ou trop éloignées des petits villages. Les classes ont des effectifs pléthoriques... Mais: « il n'y a pas de problème ». La formation à des nouveaux métiers n'est pas ou est mal assurée, les établissements techniques et les centres d'apprentissage sont en nombre très limité et souvent mal équipés. Du côté de la santé: l'hygiène et l'accès aux soins s'étaient notablement améliorés. L'apparition et le développement galopant du SIDA reposent le problème des moyens et des budgets... Mais: « il n'y a pas de problème ». Derrière cette affirmation, traduction d'une acceptation de leur sort, on peut néanmoins apercevoir certaines Je sùis étonné de constater que ces épreuves quotidiennes - que je considèrerais comme insupportables si je devais les subir - ne soient pas, plus souvent, vécues comme des injustices.
détresses. ..

Ce qui dépend de Dieu et de la nature a toujours été accepté avec fatalité.
Mais ce qui choque est: - ce qui paraît immérité (les récentes expulsions et spoliations de Côte d'Ivoire) - ce qui est considéré comme des abus de la part des grandes puissances (ceux du G8) : imposition des cultures, fixation des prix des matières premières, inaccessibilité à la transformation des produits (qui est d'une grande valeur ajoutée et permettrait la création de nouveaux métiers), toutes mesures qui rendent le Faso très dépendant de cel1es-ci. - ce qui est imputable à certains nationaux: inefficacité, malversations et détournements. Ils sont de plus en plus dénoncés et évidemment en premier lieu, par les jeunes générations qui ont «fréquenté» (comme on dit) col1èges, lycées et université. Jean-Claude Bourguignon

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Quelques instantanés

Une nature âpre

A vril1996 L'eau, c'est la vie...
Cette expression prend tout son sens et toute son importance au Burkina, pays d'Afrique de l'ouest, enclavé, sans aucun débouché sur la mer, et sans fleuve. Dès lors, le problème de l'eau est une réalité et constitue une des préoccupations majeures des braves populations des villes comme des campagnes. Partout, le besoin d'eau se pose, parfois avec acuité et cela est d'autant plus réel que cette année précisément, la nature n'a pas du tout été clémente pour le Burkinabè. Généralement, la saison des pluies qui commençait début juin pouvait durer jusqu'à fm octobre. Malheureusement, cette année elle a débuté en retard et s'est arrêtée plus tôt que prévu, engendrant de sérieuses perturbations pluviométriques et un déficit réel. En 1993-1994, la pluviométrie était bonne. Il est tombé au Burkina en moyenne 950 mm d'eau de pluie, alors que pour l'année 1994-1995 on en a recueilli seulement 433 mm, soit un déficit de 55 %. Ce manque à gagner pluviométrique n'est pas sans conséquences réelles sur la vie des Burkinabè :

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Quelques instantanés

pénurie d'eau et mauvaise campagne agricole (riz, mil, sorgho, haricot). Alors, c'est la spéculation sur ces différents produits, dès l'instant où le ciel refuse de déverser son eau sur la terre des hommes intègresl. A Ouagadougou la capitale, depuis début janvier, les coupures d'eau intempestives sont monnaie courante. Dans certains quartiers périphériques de la ville, les habitants peuvent rester deux à trois jours sans une goutte d'eau au robinet. Alors, ils font le pied de grue autour des quelques forages qui existent à travers la ville pour se ravitailler. Le cas échéant, il faut recourir à l'eau des puits ou des barrages, transportée dans des fûts et vendue à prix d'or, de cour en cour, avec tous les risques possibles qu'elle soit polluée. En campagne où il n'existe pas d'adduction d'eau et peu de forages, la situation n'est guère meilleure. L'eau potable est un luxe. Il faut parcourir des kilomètres et des kilomètres à la recherche d'eau boueuse dans des marigots épargnés jusquelà par l'évaporation et que se disputent chaque jour hommes et animaux. Si ailleurs la surabondance de l'eau cause des inondations et tue les gens, au Burkina c'est plutôt le revers de la médaille. C'est la raréfaction ou l'insuffisance de cette denrée, ô combien précieuse, qui menace l'existence de nombreux Burkinabè. A quatre ans du troisième millénaire, les Burkinabè courent toujours après la réalisation du mot d'ordre des Nations Unies: 25 litres d'eau par jour et par habitant d'ici l'an 2000. » En attendant, le plus grand souhait des Burkinabè est qu'il pleuve abondamment au cours de cette année 1996.
Pascal Goba

Témoignage Avril 1999 ...Pour bien comprendre l'importance de l'eau et le gaspillage que nous en faisons en France, il faut avoir appris à se laver avec quelques calebasses d'eau. Je retiendrai longtemps la remarque de notre ami burkinabè Mathieu qui est venu nous voir au printemps à Paris [...] Devant la fontaine de l'église Saint-Sulpice, Mathieu a dit: « Tu vois, cette fontaine avec toute cette eau, c'est un affront à l'Afrique »... Extrait d'un article de Michel Luiggi

(1)

Sens du nom du pays « Burkina Faso»

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Quelques instantanés

Témoignage Avri/2006 Alors que le froid sévit en France cette première quinzaine d'avril, le Burkina subit une chaleur exceptionnelle. Le déficit des pluies de l'année dernière se traduit par un niveau excessivement bas des retenues. Dans la majeure partie du pays (peut-être à l'exception des provinces de l'ouest), les récoltes ont été insuffisantes. A Ouaga, l'eau est rare et on procède à des coupures tournantes sur le réseau. De même pour l'électricité, le courant issu des centrales diesel seulement ne peut être distribué que quartier après quartier. La température atteint 44°C et ces conditions difficiles semblent amener une recrudescence inquiétante des décès, en particulier de personnes âgées. [... ]Nous sommes aux portes du Sahel...le soleil, haut dans le ciel, domine cette terre sèche, le vent brûlant balaye la poussière, la chaleur transpire d'elle-même et l'eau, l'eau est à quarante mètres sous terre... Les puits, creusés de leurs bras, remplis de leur sueur, la sècheresse les sirote. Les greniers bâtis en paille ou en banco sont magnifiques, mais presque vides. Entre les criquets et les sècheresses, les gens ont une vraie, une légitime raison de plonger dans le désespoir, pourtant, des gens me disent « ce n'est pas facile» « c'est comme ça» « ici c'est dur» mais leur regard est droit et il exprime la force. Leur regard ne fixe pas le sol, il fait face, il supporte. Dans leur pauvreté, dans leurs souffrances, ils « s'adaptent », ils font avec, ils n'ont pas le choix, mais ils ne font pas de leur vie une plainte... Extrait d'un article d'Anaël Caron

Des épidémies menaçantes
Octobre 2005 Le paludisme (appelé: «malaria» dans les pays anglophones) tue un enfant toutes les 30 secondes en Afrique... On estime à 500 millions le nombre de cas cliniques survenant chaque année dans le monde, dont 80 % en Afrique sub-saharienne où on compterait 1 à 3 millions de décès. C'est, de beaucoup, la maladie parasitaire la plus fréquente et la plus meurtrière, en particulier dans cette partie du monde. Ces chiffres vont surprendre certains lecteurs qui pensaient que le SIDA y détenait les records de mortalité. Si la « maladie» - comme on l'appelle au Burkina - est une nouvelle catastrophe humaine, sociale et économique, elle vient s'ajouter aux désastres occasionnés par d'autres maux, préexistants, tels que le palu.

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Quelques instantanés

Avri12001 Au moment où nous mettons en page le bulletin, une importante épidémie de méningite sévit en Afrique. Le Burkina est un des pays les plus touchés. D'après l'OMS, il y aurait 1049 décès constatés dans le pays à la date du 6 avril. Les vaccins n'arrivaient pas en quantité suffisante et c'était un réel problème pour la population de se protéger. L'OMS annonce avoir mis 100.000 doses nouvelles à disposition... Octobre 2007 Méningite à méningocoque au Burkina en 2007 : Un recensement des cas déclarés entre le 1/01 et le 8/04/2007 indique 22.250 cas suspects dont 1.490 décès. Dans cette période, la campagne de vaccination a touché 2,7 millions d'habitants, dont un million à Ouaga. Témoignage Avril2002 Les hommes et les femmes d'ici sont quotidiennement confrontés aux dures réalités de la vie. Ils doivent faire face à nombre de fléaux et d'épidémies qui naissent par-ci par-là et menacent l'existence de leurs familles. Le progrès scientifique et l'implantation des services de santé avaient donné un espoir en faisant régresser ou disparaître de nos pays de nombreuses maladies dites endémiques qui faisaient le malheur de tous. (Ces maux semblent convenir aux hommes puisqu'en leur absence, les êtres humains inventent des armes sophistiquées pour se faire la guerre, s'entretuer et endeuiller des pays entiers... mais c'est un autre problème). La fin du 20e siècle vit l'apparition d'une nouvelle maladie baptisée SIDA... Jules Kafando

Pas de travail
Témoignage Novembre 1996 .. .le chômage une véritable plaie qui affecte la société burkinabè notamment dans la couche des bras valides, c'est-à-dire les jeunes. Mais à côté des jeunes diplômés sans emploi, sortis des universités ou des grandes écoles, qui arpentent à longueur de journées les locaux de l'Office National de la Promotion de l'Emploi (ONPE) ou les bureaux des différentes entreprises de la place, en quête du moindre boulot, ce sont des milliers et des milliers d'enfants qui quittent leur village pour la ville. On les reconnaît facilement par leur jeunesse, leur innocence et leur naïveté. Leur âge, en moyenne 12-17 ans; leur objectif: trouver du travail et faire fortune.

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Quelques instantanés

Paradoxalement, l'enfer de la ville apparaît à leurs yeux comme un eldorado, un monde meilleur à découvrir et vivre. Un monde dont, hélas, ils ne connaîtront le vrai visage que lorsqu'il les aura véritablement conquis et transformés à sa guise, parfois en jeunes marginaux. Dans les grands centres urbains comme Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Koudougou, Ouahigouya, on les rencontre vendant de l'eau, des beignets ou des sandwichs. Mais ils sont encore plus nombreux, ceux qui tous les jours sont à la recherche d'un emploi comme domestique, serveur dans un débit de boissons ou dans des milieux plus sulfureux où sévissent le vol, la drogue, la prostitution. Extrait d'un article de Jean-Claude Louré

Des femmes courageuses
Témoignage A vril1998 .. .Nous avons pu découvrir les impératifs et les contraintes de la vie quotidienne: le problème de l'eau, l'équipement ménager, l'art culinaire, les produits locaux, la vie et les occupations des enfants. Autant dire pour nous, une initiation complète, un retour à la case "départ": vivre et faire vivre une maison sans avoir forcément un robinet ou un point d'eau à portée de main...Préparer le repas en partant des grains de mil (et sans mixer) ou d'un poulet sur pattes et galopant! Manier le pilon avec l'aisance d'un jongleur quand on arrive à peine à le décoller du fond du mortier... Moudre son grain entre deux pierres pour produire sa farine... Supporter la chaleur, la distance, le poids du bois, de l'eau: autant de paramètres et de contraintes qui ne font plus partie de notre vie.

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Quelques instantanés

L'endurance, la persévérance, les heures qui s'égrènent sans se bousculer, au rythme des tâches quotidiennes, l'élégance de la marche, le maintien et le port de tête hors-classe à l'école de la calebasse sur la tête et du bébé dans le dos, sans que cela entrave les gestes ordinaires... La solidarité dans les familles où il a fallu faire de la place aux orphelins du sida, ou recréer la cellule familiale avec les grands-mères rescapées du désastre. La participation et le partage des charges de la maisonnée, les études ou la vie professionnelle ne dispensant personne dans la répartition des tâches ménagères - avec ce va-et-vient incessant pour celles qui ont un métier, entre le mode de vie traditionnel et les charges du travail extérieur. Je voudrais dire à ces femmes burkinabè que nous avons rencontrées et découvertes, plus profondément en famille, plus furtivement en brousse ou dans les villages, sans pouvoir toutes les nommer, quelle impression forte elles nous ont laissée, quelles leçons elles nous ont naturellement données, nous invitant à un autre regard sur le quotidien et à beaucoup de modestie dans le confort et l'aisance de notre mode de vie occidental. Qu'elles en soient ici grandement et très amicalement remerciées et qu'elles soient sûres de notre profonde admiration. Extrait d'un article de Marie-France Luiggi

Témoignage Octobre 2001 ...nous retournons à la maison de« Tantie» bien fatigués. Tantie était la tante (là-bas on dit la tante mais on ne connaît pas le réel lien de parenté) de notre ami Abou qui nous baladait dans le sud du Burkina. Nous arrivons en fin de matinée et sommes invités pour manger le «tô » sauce arachide. Après le repas nous allons rejoindre les femmes qui font encore à manger, à l'ombre sous le grand arbre de la cour. Elles nous installent des nattes pour faire la sieste à côté d'elles, qui continuent à travailler. Notre sieste est rythmée par le son des femmes qui pilent le mil, les enfants qui jouent dans la cour, les chèvres et les ânes qui ne cessent de se faire remarquer, bref c'est un méli-mélo de bruits mais c'est ça la vie en Afrique. Tout le monde est mélangé, les enfants du quartier, les coqs en liberté qui errent dans les rues, les chèvres attachées à un piquet à côté d'une petite touffe d'herbe...
Laure, Hélène, Isabelle

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Quelques instantanés

Des enfants partout

Témoignage A vril1998 J'ai découvert un pays où il y a des enfants partout et d'abord dans le dos des jeunes femmes qui vendent au marché, qui circulent à vélomoteur dans les villes, à pied sur les routes, qui pilent sous l'arbre du village... De tout petits bébés serrés contre le dos de leurs mères, longues, minces, gracieuses; ne faisant qu'un avec elles, tétant à la demande, bébés comblés. L'osmose de ce couple est évidente, saisissante l'aisance des mères à les saisir, à les faire passer du dos au sein. Petits bébés sans couches: "un bébé, ça va tout nu, les fesses à l'air!" dit Jules d'un ton d'évidence. Des enfants qui accourent, et, dans les endroits où passent les touristes demandent :"un petit cadeau", sans grande conviction, curieux plutôt et qui restent quand on a détourné la conversation, et accompagnent, joueurs, gais, suscitant la sympathie, contents de parler. Ils étaient dix tout autour: le petit Oumarou a glissé dans la mienne sa main minuscule, jusqu'à l'entrée de la mosquée, où un adulte, d'un mot les a fait s'envoler. La vivacité des enfants m'a souvent frappée, leur bonne

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Quelques instantanés

éducation toujours, la qualité du français qu'ils parlent et donc la compétence de leurs maîtres et leur propre désir d'apprendre bien souvent aussi. Surtout quand on sait qu'il y a au minimum 75 élèves par classe et jusqu'à 120 comme dans la classe de Chantal à Dori. Des enfants biens élevés! En quinze jours au Burkina, au milieu d'eux, pas un geste, pas un mot, pas un regard qui heurte ou blesse: le paradis des adultes et des professeurs. Extrait d'un article de Blandine Gillette

Un pays dynamique et attachant
Décembre 2007
En dépit de sa pauvreté, le Burkina étonne par son dynamisme. Des manifestations d'importance et de qualité s'y déroulent. Sur le plan culturel, le festival panafricain du cinéma alterne avec le salon international de l'artisanat. Une semaine nationale de la culture a été instituée. Le pays s'est équipé des infrastructures nécessaires en construisant de grands et beaux centres appropriés aux expositions et aux conférences. Ouaga est maintenant doté d'un musée ethnologique digne de ce nom. Sur le plan sportif, des stades ont été construits. La CAN! s'est déroulée à Ouaga en 1998, l'équipe nationale, les « étalons », a obtenu un résultat plus qu'honorable. Le tour cycliste du Burkina est inscrit parmi les manifestations internationales. Folklorique à ses débuts (manque de matériels et d'équipements performants, modestie des moyens d'hébergement et de restauration) la course attire maintenant des équipes chevronnées. De nombreuses visites de chefs d'Etats et de décideurs internationaux animent les rues de Ouaga (et compliquent, un peu, la circulation des particuliers). De grandes conférences africaines et internationales se tiennent dans de vastes salles de conférence. Le nombre d'ONG et d'associations qui œuvrent pour et/ou au Burkina est étonnant: le Burkina est sympathique à aider. Ses populations sont pacifiques, tolérantes, accueillantes et reconnaissantes. Le dynamisme de l'état signalé en début d'article se retrouve dans - ce que l'on peut appelerles collectivités locales: villages (et maintenant communes rurales depuis leur institution en 2006), quartiers, associations et groupements divers. Assurément, petit à petit, les populations se prennent en main pour améliorer leur cadre de vie et leurs revenus. Les témoins sont d'accord pour admettre que les femmes sont des moteurs importants de ces regroupements et de ces actions.

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Coupe d'Afrique des Nations (football).

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Quelques instantanés

Tout ceci est bien connu et on insiste souvent sur le caractère affable des Burkinabè. Mais ce serait commettre une erreur que de les considérer comme des benêts parce qu'ils se confondent en remerciements quand on leur apporte quelques bricoles: il est convenable (fait culturel) de toujours montrer de la reconnaissance. Les Burkinabè ont leur caractère et leur pouvoir de jugement: ils en font preuve quand ils l'estiment nécessaire. De grandes manifestations passées pour marquer des désaccords ou exprimer des revendications, le courage dont ont fait preuve leurs soldats (y compris sous l'uniforme français) en ont été des signes. Ils ont leurs défauts, par exemple une lenteur capable de décourager ceux qui veulent les aider (surtout quand ils ne sont pas enthousiastes pour être aidés de cette façon). Ils sont confrontés à toutes sortes de difficultés, incomparables en nombre et intensité à nos difficultés de peuples riches. Alors même s'ils répètent « y a pas de problème» (il est convenable de le dire), on n'est pas forcé de les croire. C'est comme cela que je les aime, c'est comme cela que - je l'espère vous les découvrirez dans nos livres, puis sur place, chez eux. Les stratèges parlent d' « acteurs du Nord» et de « partenaires du Sud ». Pour moi, le Sud a des visages et des sourires, ceux de mes amis et de leur famille: ils ont de vieux parents à soigner et des enfants à nourrir et à scolariser. .. Je souhaite que pour les Français qui séjourneront pour la première fois au Burkina, le « Sud» impersonnel prendra aussi des visages familiers. Jean-Claude Bourguignon

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LA SANTE