La violence des autres

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Nourri des oeuvres de René Girard et de Jean Hatzfeld, l'auteur entend mettre au jour les régularités susceptibles d'offrir une définition conceptuelle de la violence, dont les formes visibles varient avec les comportements humains, mais n'en obéissent pas moins à des règles universalisables, commandées par le paradigme mimétique.
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
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EAN13 : 9782296180437
Nombre de pages : 213
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La violence des autres

Crise et Anthropologie de la relation Collection dirigée par Marie-Louise Martinez
Une situation actuelle de crise diffuse, insidieuse ou paroxystique est observable dans différents champs et domaines de la culture (famille, éducation, médecine et thérapie, entreprise, médias, sport, art, droÎt, politique, religion, etc.). Elle est envisagée selon diverses perspectives (littérature, sciences humaines: psychologie, sociologie, anthropologie, philosophie, etc.) et bien souvent selon des approches interdisciplinaires, pluridisciplinaires et transdisciplinaires. Ces recherches et travaux donnent lieu à un véritable paradigme qui pourrait bien contribuer à définir un nouvel hUlllanisme. Il paraÎt utile de les rassembler, pour rendre plus perceptibles leur cohésion et leur convergence malgré les diversités ou grâce à elles. Cette collection se propose de publier en langue française des ouvrages (inédits ou traductions) dont les traits communs sont:
-

décrire, analyser et déconstruire la crise et la violence qui se dévoiler la relation et le lien dans ses perturbations comme ses

manifestent par des dysfonctionnements intrasubjectif, intersubjectif, institutionnel, civil,
-

ruptures: désir, mimétisme, indifférenciation, exclusion...,

une communication intersubjective, institutionnelle, civile, de respect de la personne et d'ouverture à 1'Altérité. Déjà parus

décrire et analyser afin de substituer à certainesrègles relationnelles

Théophile TOSSA VI, Les ONG du Bénin et le 5ystème d'aide internationale, 2006 Eric HAEUSSLER, Desfigures de la violence, 2005. Federica CASINI, Bibliographie des études girardiennes en France et en Italie, 2004. Olivier MAUREL, Essais sur le min1étis/ne, 2002. Bernard LASSABLIERE, Ils sont fous ces humains! Détritus, la bonne conscience d'Astérix, 2002. Marie-Louise MARTINEZ (00.) L'émergence de la personne, 2002. M.L. MARTINEZ, J. SEKNADJE-ASKENAZI, Violence et éducation, 2001. Jean-Paul MUGNIER, L'enfance nleurtrie de Louis-Ferdinand Céline, 2000. Francis JACQUES, Écrits anthropologiques, 2000.

Thomas R. Blier

La violence des autres

L'Harm.a ttan

@

L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1 @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03947-6 EAN : 9782296039476

«

Nous vous pardonnerons

un jour d'avoir tué

nos enfants. Mais nous ne vous pardonnerons jamais de nous avoir mis dans la situation de tuer les vôtres ».

Golda Meir

Fais-moi, ô Dieu, seulement deux faveurs Ecarte ta main qui pèse sur moi Et ne m'épouvante plus par ta terreur Job XIII, 19-21

Mot de l'auteur

Ce livre n'a pas populariser des justes. Notre inspiration

d'autres prétentions que de idées qui nous paraissent

provient

de l'œuvre
«

de René

Girard, l'auteur du célèbre

Bouc émissaire

».

Partant du principe que la science proposée par le nouvel académicien (depuis mars 2005) est exacte mais pas toujours facile d'accès pour les lecteurs qui n'ont pas de connaissances étendues en anthropologie, nous avons opté pour la vulgarisation de sa pensée. En complément, nous sommes redevables tous les auteurs qui se nourrissent ou nourri l'œuvre de René Girard. de ont

Notre seconde source d'inspiration est l'œuvre de Jean Hatzfeld sur le génocide du Rwanda et l'ouvrage proposé ici n'est rien d'autre que la mise en perspective de la pensée de l'un (René Girard) par l'utilisation du travail de terrain de l'autre (Jean Hatzfeld). En somme, nous pourrions un «plagiat revendiqué explication de texte. dire que ce livre est », doublé d'une

L'auteur ne prétend pas exposer des idées originales, son unique souci est de faire la promotion de celles existantes au moyen d'exemples simples, tirés de notre expérience quotidienne ou de notre lecture assidue et attentive de l'environnement international. Les générations à venir, avec la nôtre, resteront marquées par les événements du Il septembre. Il nous semble qu'en dehors de ceux qui ont applaudi ces actes apocalyptiques, les autres sont en quête de sens sur le concept de «violence» et, notamment, son incroyable constance dans le pire. C'est de ce constat que pour nous lancer dans ambitieux et simple. nous sommes partis ce projet à la fois

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier tout particulièrement Jean Hatzfeld sans qui cet ouvrage n'aurait pas pu voir le jour. J'adresse également mes salutations respectueuses à la bande d'amis de toujours (Aymeric, David, Jérôme, Fabrice, Pascal, Vincent, Jean-Bernard, Charles-Antoine, Guillaume, Franck, Jean-Pierre, Matthieu, Yannick) . Enfin, une pensée particulière pour Emmanuel, Manie et Christèle dont l'aide m'a été très précieuse.

A Domitille et Paul, Mes deux trésors

SOMMAIRE
I n trod u c ti 0 n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L'unanimité La violence
compte.

violente........................... n'a pas d'objet précis en fin de s'assouvit sur des objets de

13 23 35 43
53 65 85 93 101 109 123 139 149 157 171 179 199

..................................................

La violence
sub

s ti tu ti 0 n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

La violence,
des Autre

c'est l'imitation c'est la

de la violence

s. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

La violence,

« déresponsabilisation

».........................

Petit rappel: la violence ne se conçoit jamais comme première........................ La violence est d'autant plus meurtrière qu'il n'y a pas de représailles possibles.. La violence est contagieuse et
fascinan te. .........................................

La violence, c'est le ressentiment,
envies, la jalousie.

les

....................... ... ....

La violence, ce n'est pas le religieux..... La voix des victimes se fait entendre... mais la violence continue.................... Etude de cas n° 1 : une autre vision de la guerre du Golfe II (Irak)........................ Etude de cas n °2 : désir et violence en relations internationales au prisme des rivalités sino-taiwanaises..................... Etude de cas n° 3 : désir et violence en relations internationales au prisme des rivalités sino-japonaises...................... Post scriptum: pour un dépassement de la vulgarisation..............................

Conclusion

... ...

... ... ...

.. ... .. .

Il

Introduction L'idée de rassembler en un petit ouvrage des éléments de vulgarisation sur la violence nous est venue de la lecture du livre singulier de

Jean Hatzfeld

«

Une saison de machettes

».

Ce livre est singulier dans la mesure où il rassemble les témoignages des bourreaux Hutus emprisonnés dans les prisons de Kigali depuis leur implication dans le génocide rwandais de 1994. Très rarement, finalement, les bourreaux sontils sollicités pour rendre compte de leurs motivations mortifères, de leur engouement pour la destruction alors que rien ne les y prédisposait. Leurs témoignages sont autant de pièces qui nous permettent, avec beaucoup d'autres empruntées à d'autres terrains, de tenter de saisir ce qu'est la violence, terme courant mais qu'enfin, nous semble t-il, les observateurs du monde n 'hésitent plus à employer après l'avoir si longtemps expulsé de leurs registres. Dans l'Antiquité, ce terme de violence n'avait pas lieu d'être. Les bourreaux n'étaient pas violents, ils re-créaient simplement par les sacrifices qu'ils mettaient en scène un ordre qui avait été perturbé. 13

est une rationalisation a posteriori des observateurs qui comprennent, avec le recul, qu'effectivement l'acte de sacrifice ne peut être que le fait d'un bourreau. Petit aparté. Nous ne mésestimons pas la terreur que la figure du bourreau, ou de l'exécuteur sacré pour sortir d'un registre strictement pénal, suscitait dans les communautés antiques ou médiévales. Nous voulons seulement signifier qu'il était celui qui prenait sur lui la violence du groupe (le « sang» de la victime). A ce titre, il purifiait la communauté qui le percevait comme effrayant, redoutable mais utile. Il avait donc toute sa place, rien n'était gratuit. à nous moutons. L'auteur de la mise en scène, lui, ne se considère pour sa part nullement comme un bourreau, il est au mieux un exécuteur de la volonté de Dieu, au pire un salarié du maintien de l'ordre, un gendarme des temps anciens. Les victimes
de violence.

D'ailleurs,

l'appellation

de « bourreau»

Revenons-en

non plus n'étaient
D'une part parce

pas « victimes»
qu'elles n'avaient

pas voix au chapitre, la parole leur étant métaphoriquement ou physiquement - retirée. D'autre part parce qu'elles étaient coupables et méritaient donc leur punition.

14

Soit elles étaient coupables de fait, soit elles le devenaient en accomplissant a posteriori les actes répréhensibles pour lesquels elles étaient préalablement accusées. Inutile de renvoyer ici notamment aux us des royautés africaines anciennes qui préparaient les futures victimes des sacrifices en leur faisant réaliser les actes odieux (inceste, meurtre...) qui légitimeraient ensuite leur exécution pour ces mêmes actes. Ici, même la victime ne peut se dire innocente puisqu'elle a bel et bien agit dans le sens qui lui est reproché. Elle mérite donc la mort, l'exécution, qui ne sera en rien violente. Elle sera juste légitime.... La tragédie grecque, bien qu'il n'y a pas violence. elle aussi, de victimes, nous donc montre pas de

L'Iphigénie d'Euripide doit être sacrifiée sur l'autel de la raison d'Etat. Son sacrifice est censé redonner du courage aux soldats grecs pour faire la guerre aux Troyens. Son père, le roi Agamemnon, est contre l'idée, mais il concède que l'égorgement de sa fille, tout compte fait, soulagerait la cité triomphante! Dans un premier temps, Iphigénie conteste

cette « Realpolitik ». Ensuite, elle acquiesce soumet à la « volonté du peuple ».
Elle devient communauté,

et se

consentante, pour le bien de la elle n'est donc pas une victime! 15

Comme les

«

victimes non victimes
Iphigénie monte

»

du pouvoir
les

aztèque religieux, mains libres... .

à l'autel

René Girard nous a enseigné dans « Des choses cachées depuis la fondation du monde » que la
violence devient explicite, réelle, illégitime, lorsque la voix de la victime se laisse enfin entendre.

Le philosophe

- anthropologue

de Stanford

lie

ce retournement des choses à la cruciflXion du Christ, relayée dans son exactitude morbide par les écrits des évangélistes. Il démontre ainsi qu'avant la cruciflXion, les victimes n'en étaient pas vraiment puisqu'elles étaient finalement coupables. Dans ces conditions, pourquoi pleurer leurs malheurs? Œdipe n'avait-il pas mérité la mort, lui qui avait tué Laios son père et couché avec sa mère Jocaste? Qui décemment pourrait regretter les actes de barbarie (on ne parle évidemment pas de violence) commis à son encontre? Est-ce qu'un juste châtiment peut être considéré comme barbare? Pour ceux qui seraient encore dans le doute, il suffit de leur rappeler qu'Œdipe, l'infâme, a également apporté la peste à Thèbes. Alors s'il 16

vous plaît, Monsieur Œdipe, n'attendez pas de nous le moindre geste de compassion à votre égard! Un peu de respect tout de même..... Nous sommes entièrement d'accord avec les théories de René Girard. Il sera extrêmement difficile au lecteur de trouver un seul exemple dans la mythologie d'une victime -innocentequi aurait été exécutée par erreur1. Les bourreaux ont toujours raison dans la mythologie. Dionysos n'est pas le Diable incarné, Zeus non plus, pourtant leurs actes ne sont pas des plus pacifiques, n'est ce pas? Certes, Antigone pourrait représenter un exemple à la marge, elle a porté la voix de la victime, son frère Polynice dont elle ensevelit le corps malgré les ordres du roi Créon, afin de défendre les lois du devoir moral ou religieux contre la fausse justice de la raison d'Etat. Certes oui, mais Antigone défend ici un mort, paix à son âme ! Lorsque René Girard nous dit que le retournement des choses remonte à la crucifIXion, il ne faut surtout pas penser que
1 Nous nous contentons ici d'aborder des questions qui mériteraient naturellement de plus amples développements. Peut-être devrionsnous être plus mesurés pour ce qui relève de la tragédie. Sophocle, par exemple, avait une telle compréhension des mécanismes sacrificiels qu'il n'était pas loin de compatir avec la victime. René Girard nous dit notamment que l'inspiration tragique pourrait bien être inséparable d'un certain soupçon quant à la genèse véritable de certains thèmes mythologiques. 17

l'auteur

du

«

Bouc

émissaire»
qui nous

nous

entraîne

sur un terrain

prosélyte

égarerait.

Nous pensons d'ailleurs que la philosophie de l'auteur humanise le religieux et s'éloigne de la pensée spirituelle classique qui accorde à des puissances célestes la création de toute chose. Nous n'irons pas jusqu'à dire que le philosophe se cache derrière la volonté de créer une
«

science de l'homme»

pour occulter le fond de

sa pensée qui serait que, finalement, l'homme est créateur de tous les Dieux. Mais nous allons le penser très fort.... Selon nous, il faut retenir de sa pensée que les Evangiles doivent être lus comme des éléments de compréhension de ce monde, donc comme des outils de l'immanence. Amis athées, corporation laquelle appartient l'auteur désespérante à de cet ouvrage, remplacez donc les termes « diable », « démon », Belzébuth par « violence » et vous cesserez de ne voir dans les Ecrits, tels des Voltaire de la

démesure,

que

des

bondieuseries

«

pas

crédibles» (mon œil qu'il sait marcher sur l'eau...) pour entrevoir une révélation (osons le terme, tant pis...) sur les comportements humains tels qu'ils sont universalisables. Lisez le texte comme si vous étiez des Roquentin ou des étudiants en science, laissez Dieu de côté! 18

Revenons-en

à la violence.

Nous avons voulu rédiger

ce court ouvrage car nous étions stupéfaits de la méconnaissance des sujets devant ses mécanismes, pourtant récurrents. Sujets aussi bien politiques que scientifiques ou religieux. La violence, ses modes opératoires ne doivent pas être réservés aux seuls spécialistes de la question, aux professionnels des relations humaines. Tout le monde a le droit d'avoir entre les mains des outils de compréhension simples de ce qu'est le phénomène de violence. Et pourtant cette compréhension « violence» demeure taboue. de l'idée de

A I'heure où la vulgarisation est partout, où tout le monde veut ou se choisit des experts ou des « coaches», pourquoi la violence dans sa dimension explicative est-elle expulsée? Pourquoi l'émission « C dans l'air », diffusée sur la cinquième chaîne quotidiennement, n'a t-elle

jamais intitulé une seule de ses émissions:
violence, c'est quoi
»

«

La

?

Entendons-nous bien. Nous ne disons pas que la violence est taboue. Les enfants aujourd'hui sont régulièrement sollicités, même dans les maternelles, pour dessiner ce qu'est la violence et pour lui dire « non», ou « merde» pour les plus audacieux des instituteurs. 19

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