La violence des jeunes dans la ville de Lubumbashi

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Depuis le début des années 1990, un certain nombre de facteurs ont concouru à la détérioration de la situation politique, économique et sociale de la population congolaise en général et katangaise en particulier. Ce nouvel environnement social a eu des conséquences fâcheuses sur les enfants, puisqu'il a été aussi à l'origine de leur débrouillardise, des violences dont ils sont victimes ou auteurs. Cet ouvrage est le résultat d'un échange avec les enfants orphelins, des enfants de la rue, enfants-soldats, travailleurs... victimes et bourreaux.
Publié le : mardi 1 septembre 2015
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EAN13 : 9782336390215
Nombre de pages : 298
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Mémoires lieux de savoir
DonatienDibwediaMweMbu
La violence des jeunes dans la ville de Lubumbashi
Mémoire des victimes et des bourreaux
Préface de Bogumil Jewsiewicki
Archive congolaise
La violences des jeunes dans la ville de Lubumbashi
Mémoires lieux de savoirArchive congolaise
Collection fondée par Bogumil Jewsiewicki (Université Laval, QuébecCanada)
dirigée par Rosario Giordano (Università della CalabriaItalie) En attendant la renaissance de lindustrie du livre au Congo, la collection sefforce de contribuer à la meilleure connaissance de ces formes de savoirs que construisent les mémoires urbaines partagées à léchelle du pays. En République démocratique du Congo, comme dans lex-Zaïre, les savoirs pratiques, inlassable-ment remis à jour par une mémoire que la rumeur irrigue, guident les actions de la population et les décisions des acteurs politiques. Au cœur de la tourmente qui secoue le pays de fond en comble, cest la Mémoire qui suggère comment établir une relation signi-ficative entre lévénement qui vient de se produire et ceux que le souvenir rappelle à lattention des acteurs sociaux. La Mémoire (une temporalité, un espace et des lieux de mémoire quont en commun les mémoires urbaines) propose une continuité qui semble actuellement plus crédible que celle enseignée hier par lHistoire.
Donatien DIBWE dia MWEMBU La violences des jeunes dans la ville de Lubumbashi Mémoire des victimes et des bourreaux PRÉFACE DEBOGUMILJEWSIEWICKI
Couverture : Liz Bongo,Enfants de la rue. © L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03741-7 EAN : 9782343037417
REMERCIEMENTSJe voudrais ici remercier toutes les personnes morales et phy-siques qui ont contribué dune façon ou dune autre à lélabora-tion de cet ouvrage. Dabord, la Fondation Prince Claus pour avoir financé la cinquième édition de lexposition du Projet Mé-moires de Lubumbashi qui portait sur Violence et Mémoire de la violence. Cest grâce à ce fonds que nous avons pu organiser toutes les manifestationsad hoc, allant de la récolte des témoignages oraux, des artefacts au montage de lexposition, à lorganisation des conférences, des pièces de théâtres, etc. En outre, la Fondation Prince Claus a, en outre, permis au Projet Mémoires de Lubum-bashi de séquiper (en ordinateurs, caméras, rétroprojecteur, etc.) et de cefait d’êtreautonome.
Je pense ensuite à Bogumil Jewsiewicki, co-animateur du Projet Mémoires de Lubumbashi, mais aussi trait dunion entre la Fondation Prince Claus et le Projet Mémoires de Lubumbashi. Bogumil Jewsiewicki figure aussi parmi les personnes qui ont sacrifié leur temps précieux pour se consacrer à la lecture de ce travail, faire des suggestions et lui rendre la présente forme. À ces remerciements, jassocie les collègues Antoine Tshitungu Kongolo, Floribert Sakwa, James Jeffrey Hoover, Michel Nae-pels, Mwayila Tshiyembe, Noël Rachid Obotela, Pierre Kasongo Pauni et Rosario Giordano pour leurs remarques et suggestions pertinentes.
Mes sentiments de gratitude vont enfin aux enquêteurs et en-quêtrices. Je pense spécialement à celles et ceux qui ont récolté les témoignages oraux que nous avons sélectionnés pour cet ou-vrage. Il sagit dAngèle Osako Onowamba, Astrid Munyemba Lumanu, Claude Mwilambwe Mwende, Jacqueline Kabedi, Jacques Vallon Kabulo, Matthieu Kayembe et Olivier Kahola Tabu.
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Donatien Dibwe dia Mwembu
PRÉFACECet ouvrage clôture le Projet « Mémoires de Lubumbashi », il est autant l’œuvrede son auteur, co-animateur dudit projet, que laboutissement dun travail déquipe dont les membres sont, à divers titres, concernés par la violence quotidienne. Non seule-ment pour les victimes dont ils ont recueilli les témoignages, mais aussi pour chacun deux, la violence fait partie de la vie. Avec raison, Donatien Dibwe insiste dans lintroduction sur cette présence « quotidienne » de la violence, sur le fait que les vic-times de la violence lexercent, à leur tour, sur les autres. À côté de largent, mais la monétarisation des rapports interpersonnels nest-elle pas déjà une forme de violence, la violence subvertit les rapports sociaux en République démocratique du Congo. Aucune mesure objective ne permet dévaluer dans la durée les changements dintensité de la violence ordinaire, celle que les membres dune société exercent les uns sur les autres. Depuis lépoque précoloniale, diverses institutions politiques et sociales en encadraient lusage « légitime » pour contraindre leurs membres à se soumettre aux normes et à observer la place leur e prescrite dans la hiérarchie. À partir du milieu du XIX siècle, les grands bouleversements politiques et sociaux - entrainés particu-lièrement par des expansions commerciales et politiques tant dans la zone swahilie que dans la zone luso-africaine, puis loc-cupation coloniale - ont généralisé le recours à de la violence exercée hors normes établies. Pour la plupart des individus, la question nétait plus comment se comporter pour ne pas en être victime, mais plutôt comment accéder à son usage contre dautres, où, à défaut de cette option, dans quel cadre la subir. Font ce choix les premiers convertis des missions chrétiennes, de même que ceux et celles qui se réfugient alors là où le pouvoir colonial commence à être effectif. Progressivement, le pouvoir colonial impose ses normes et institutions lui permettant de sap-procher du monopole de lexercice de la violence envers les
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groupes et de la violence extrême envers des individus. La violence quotidienne nest pas moins présente dans le do-maine des relations interpersonnelles tout autant entre les coloni-sés quentre les colonisateurs et les colonisés. Cependant, la nou-velle hiérarchie organisée autour du critère de « race » - alors définie par le colonisateur - interdit aux colonisés tout exercice de la violence, y compris la violence symbolique, à légard des colonisateurs. Probablement, pour la première fois dans lhis-toire, apparaît une catégorie socio-politique dindividus placés à labri de la violence de ceux qui nen font pas partie. Certes, la puissance des chefs les protégeait de la violence dun sujet, ce-pendant les chefs avaient des parents et des ancêtres, ils ne pou-vaient donc pas entièrement échapper à la violence symbolique, celle de la sorcellerie, par exemple. Par contre, les blancs ne par-tageant avec les colonisés ni parents ni ancêtres en étaient exemp-tés. Nous nen avons aucune preuve empirique, probablement nous ne laurons jamais, mais il est permis de supposer que le caractère construitartefactuel - de la violence entre les indivi-dus partageant lappartenance à un groupe, commence alors à se manifester au niveau des consciences individuelles. On pourrait postuler que très progressivement des personnes comprennent la nature politique de la violence, intègrent le fait que son exercice sert à établir et à maintenir les rapports de dépendance et dex-ploitation. Sans aucun doute, pour la vaste majorité, le recours à lexercice de la violence constitue lattribut de la position sociale que ce soit entre les colonisés ou de la part des colonisateurs à leur égard. Je crois que le christianisme, particulièrement sa pra-tique par les églises protestantes, contribue à modifier la percep-tion de la légitimité de la violence. Jinsiste sur le protestantisme puisque la lecture directe de lAncien testament qui présente un Dieu prompt à exercer la violence, mais aussi demandeur de la violence de loffrande, me semble peser sur lévolution des re-présentations sociales.
Le changement le plus important du point de vue de lexercice de la violence quotidienne est probablement venu de la progressive généralisation de la structuration des rapports
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interpersonnels par largent permettant le contrôle daccès à la zone dexistence « moderne ». La particularité du Congo belge, plus visible dans certaines régions du pays que dans dautres, vient du fait que le travail salarié constitue alors la principale source légitime daccès à ce moyen de contrôle social. À lépoque coloniale, la capacité dexercer un travail salarié est rattachée à une catégorie légale spécifique, à savoir « homme adulte valide ». Lorganisation des cultures obligatoires, surtout du coton et du café, étend une sorte de quasi salariat sur les hommes vivant dans les zones rurales. Lexercice de la violence quotidienne au moyen de la régulation daccès au marché des biens, accès à des services de santé, à la scolarisation, etc. devient non seulement individualisé mais aussi gendré et structuré selon la génération. La violence de la période des Rébellions na rien pu contre ce legs socio-politique de la modernité coloniale. La légitimité de la Seconde République reposait sur laffirmation du succès contre les rebelles de la violence de degrés supérieur exercée sous légide de Mobutu, homme seul, réincarnation du fondateur de lordre politique moderneLéopold II. La privatisation de la vio-lence et sa monopolisation par des hommes adultes saccentuent sous la Seconde République même si la base socio-économique de ce processus sérode. Sa destruction spectaculaire par les pil-lages urbains du début des années 1990 est prolongée par les ma-nipulations politiques des nettoyages ethniques se traduisant sur-tout par des exclusions daccès au travail salarié et à lentrepre-nariat. Au cours des années 1990, le monopole de la violence ordi-naire disparaît de facto, tous et chacun peuvent à un moment donné en être victime ou auteur. Il nest pas nécessaire dêtre in-vesti de lautorité légitimant lusage de la violence, il suffit den saisir loutil : fusil, machette, accusation de sorcellerie... La face la plus visible de ce processus est évidemment constituée par lentrée des jeunes, voire des enfants, dans divers groupes armés. Je crois néanmoins important dattirer lattention du lecteur sur le fait que même si le fusil sert à exercer la violence, largent est intimement lié au fusil. Le tableau du peintre Bwalia reproduit dans ce livre en est une illustration. Je crois pouvoir affirmer que
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