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La voix des femmes en Languedoc

De
176 pages
Cet ouvrage apporte des explications à la force de caractère des femmes du Languedoc. Il s'ouvre sur une discussion avec deux femmes mûres du village de Belvèze-du-Razès. A partir de témoignages, elle examine ensuite l'influence de la Deuxième Guerre mondiale sur la France et en particulier sur les enfants de la région. Enfin, elle s'intéresse au travail de ces femmes en dehors de leur foyer. Le livre se termine par une comparaison entre les femmes connues des Pyrénées et celles du Languedoc.
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LA VOIX DES FEMMES EN LANGUEDOC © L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-13973-2
EAN : 9782296139732
Peta Tancred
LA VOIX DES FEMMES EN LANGUEDOC
Traduit de l’anglais (canadien) par
Jean Carminati et Peta Tancred
Avec la collaboration de Louise Gauthier
L’Harmattan OUVRAGES DE LA MÊME AUTEURE
Career Patterns in the Higher Civil Service. London: HMSO, Civil Service
Studies n° 2, 1976. Pp. 74.
“The Sociology of Public Bureaucracies”, Current Sociology, 24, 2: 1976.
Pp. 175.
(Avec Martin Kolinsky and Michalina Vaughan). Social Change in France.
London: Martin Robertson, 1980. Pp. 216.
Feminist Research: Prospect and Retrospect. CRIAW papers (Editor).
Montréal: McGill-Queen’s University Press, 1988. Pp. 303.
The Sexuality of Organization. (Co-editor and contributor with Jeff Hearn,
Gibson Burrell and Deborah Sheppard). London: Sage Publications,
1989. Pp. 205.
Gendering Organizational Analysis. (Co-editor with Albert Mills and
contributor). Newbury Park, California: Sage Publications, 1992. Pp.
309.
“Femmes et technologies, ” (Codirectrice avec Karen Messing). Recherches
féministes, 9, 1, printemps, 1996. p. 166.
(With Annmarie Adams). ‘Designing Women:’ Gender and the Architectural
Profession. Toronto: University of Toronto Press, 2000. Pp. 190.
(Avec Annmarie Adams). L’architecture au féminin : une profession à
redéfinir. Montréal : Éditions du remue-ménage, 2002. p. 218. À LA MÉMOIRE DE
DR. PAMELA CHRISTINE WILLIAMS
1962 - 1994 REMERCIEMENTS
Il y a plusieurs personnes et organismes qui ont collaboré à la
préparation de ce livre, et j’aimerais leur adresser mes remerciements.
D’abord, je veux exprimer ma grande reconnaissance aux deux femmes,
Yvette Briet et Andrée Carminati, qui ont passé beaucoup de temps à me
communiquer des souvenirs très vivants de leur enfance et de leur
eadolescence, dans un village du Languedoc au milieu du XX siècle. Le mari
d’Andrée, Jean Carminati, lors de la mort de sa femme en 2000, l’a
remplacée en me fournissant, avec toute sa bonne volonté, des explications
rigoureuses et détaillées sur les sujets qui me rendaient confuse. J’aimerais
remercier sincèrement ces trois personnes car, sans elles, j’aurais eu une
tâche extrêmement difficile, sinon impossible.
Je ne mentionnerai pas, individuellement, les noms des autres ami(e)s
de la région qui m’ont aidée, car la liste est trop longue ; mais ils constituent
une source précieuse d’information sur une gamme très vaste de sujets.
J’aimerais remercier particulièrement Thérèse et Auguste Comolera qui, en
prenant de nombreuses tasses de thé avec moi, n’ont jamais cessé de fouiller
dans leur connaissance approfondie de la région pour répondre à mes
questions et me faire de précieuses suggestions.
En plus, j’exprime mes remerciements à Jacqueline Donzeau qui m’a
nourrie et hébergée plusieurs fois quand j’étais « entre deux maisons » ou
quand je souffrais du décalage horaire. Son accueil était très généreux et sa
cuisine, exquise. Marie-Thérèse Moineau s’est intéressée énormément au
livre au fur et à mesure qu’il s’est développé, et elle m’a procuré l’occasion
d’en parler avec ses amies de la région. En outre, elle a souvent utilisé son
« ordinateur parlant » (avec un accent québécois, m’assure-t-elle !) pour
m’aider maintes fois quand mon propre équipement se trouvait au Canada.
En ce qui a trait au processus de recherche, j’aimerais remercier
Sylvie Sagnes tout particulièrement pour ses thèses qui m’ont initiée aux
écrits sur « la société à maison », et pour l’illumination qui en a suivi. De
plus, elle m’a suggéré plusieurs ressources pour la recherche, une aide
essentielle pour une chercheuse étrangère. Nicky Le Feuvre du Groupe
Simone-SAGESSE de l’université de Toulouse-Le Mirail m’a aidée en appuyant ma nomination comme professeure invitée, en m’accueillant et en
me faisant connaître l’université. Pendant mes multiples visites à Toulouse,
elle fut toujours disponible, me suggérant des boulevards de recherche ou
(plus tard) me conseillant au sujet des maisons d’édition dans la région. Son
intérêt constant m’a été précieux.
Le Groupement Audois de Recherche et d’Animation Ethnographique
(GARAE) mérite toute ma reconnaissance, d’abord pour sa salle de lecture
splendide à Carcassonne, et ensuite pour l’intérêt et l’aide indéfectibles de
son personnel. Le GARAE constitue une ressource précieuse pour n’importe
quelle recherche sur l’Aude. Aussi importantes étaient les archives du
département de l’Aude, qui se situent dans le quartier nord de Carcassonne et
dont la salle de lecture est embellie par une large fenêtre qui donne sur le
beau paysage de ce département. Leurs professionnels ont répondu sans
relâche à mes questions, et rendu le temps que je passais aux archives très
joyeux et d’une valeur inestimable.
Sur un sujet un peu différent, je dois reconnaître l’aide spéciale du
maire, M. Jean Labadie, et de M. Gilbert Rivère, le responsable de la
bibliothèque, tous deux de La Digne-d’Amont ; ils m’ont permis de travailler
à temps partiel à la bibliothèque du village en 2004, quand mon espace
habituel de travail n’était pas disponible.
Au Canada, je dois remercier d’abord mes lectrices minutieuses,
Margaret Gillett et Andrée Lévesque, qui ont lu presque tous les chapitres
aussitôt qu’ils étaient prêts, et qui, avec beaucoup d’enthousiasme, m’ont
donné des commentaires très pertinents sur chaque brouillon. Elles m’ont
encouragée pendant des périodes difficiles et je leur serai toujours
reconnaissante pour leur aide. Mon compagnon, feu Guy Paquette, a toujours
été un appui solide pour mon travail sur le livre, même si celui-ci a duré
plusieurs années ; son intérêt pour les livres en général, mais en particulier
pour les ouvrages historiques constituait une base utile pour nos échanges,
sans parler de son rôle important comme « dictionnaire ambulant ». Feu
Cyril Osborne et Rita Osborne, mon oncle et ma tante, ont lu plusieurs
chapitres avec beaucoup de patience ; ils m’ont persuadée que j’étais en train
de devenir compréhensible.
Denise Lemieux fut la première collègue à lire le livre au complet en
anglais et son enthousiasme pour le manuscrit m’a beaucoup encouragée.
Elle m’a aidée aussi en suggérant, implicitement, une approche plus souple à
la « société à maison »qu’on pourrait envisager comme plus ou moins
présente dans des sociétés différentes. Finalement, je la remercie de ses
talents en langue française qu’elle a appliqués à certaines phrases au point
final du texte (mais pas celle-ci !) Susan Mann a entrepris la tâche difficile
d’améliorer le premier chapitre du livre (toujours le chapitre le plus
10difficile), et elle reconnaîtra mes remerciements dans ses maintes
suggestions que j’ai adoptées.
Louise Koo de l’Ecole d’architecture de McGill, a préparé les
graphiques et les tableaux pour le livre, en les rendant aussi intéressants que
possible. Blossom Shaffer m’a accordé énormément d’aide pour la mise au
point finale du manuscrit sur ordinateur. Malgré les difficultés techniques
posées par l’histoire de deux ordinateurs et de trois programmes différents,
elle est toujours demeurée souriante et n’a jamais abandonné la partie. Je lui
dois mes remerciements les plus profonds. J’aimerais aussi exprimer ma
gratitude envers feu Elaine Nardocchio, qui m’a encouragée à passer du
temps à Toulouse et, de cette façon, dans le Languedoc voisin.
D’autres ami(e)s et collègues ont mis leurs talents à contribution.
Annmarie Adams, très créative dans ce domaine, m’a aidée avec le titre du
livre et des chapitres. En plus, elle a ajouté de la vivacité au résumé, une
contribution importante. Pour le chapitre V en particulier, Myron Frankman
et Mary McKinnon du département d’économie de McGill et Pierre Boulle
du département d’histoire m’ont fourni des références et des informations.
Durant les nombreuses journées où je pensais que je ne pourrais pas
compléter ce livre, de nombreux ami(e)s m’ont soutenue de leur intérêt et de
leur enthousiasme ; malheureusement, je ne peux les nommer tous sans
dépasser l’espace disponible pour ces remerciements.
J’aimerais exprimer ma profonde gratitude à mon agent, Peter
Saunders, surtout parce que ma volonté d’écrire un livre compréhensible par
monsieur et madame Tout le monde ne coïncidait pas avec sa nouvelle
carrière d’agent pour les livres scientifiques. Cette distance entre nos deux
perspectives ne l’a pas éloigné, et il est toujours resté disponible pour me
conseiller ou m’encourager sur un chemin qui est devenu plus long que nous
ne l’avions anticipé.
Ce livre est dédié à ma nièce, feu Pamela Christine Williams, 1962-
1994, avec qui j’aurais aimé parler du début, du milieu et de la fin de ce
projet. Nous avions développé une amitié très spéciale qui me manque
toujours, sans parler des intérêts que nous partagions pour la belle France, sa
langue, sa cuisine et surtout son peuple. J’espère qu’elle aurait approuvé
mon effort pour faire le portrait d’une partie de ce pays, si cher à nous deux,
et celui de ses femmes rurales.
Peta Tancred,
Montréal, Québec
Montclar, France
11CHAPITRE 1
C'EST OÙ, ICI ?
Ce sont les femmes du Languedoc qui m'ont donné l'idée de ce livre.
En arrivant dans cette région pour la première fois, en 1995, nous avons
rencontré – mon compagnon Guy et moi – plusieurs personnes appartenant à
notre groupe de randonneurs. Immédiatement, j'ai remarqué, chez les
femmes, une force de caractère que je trouvais extraordinaire. Mon
expérience de sociologue de presque trente ans m'a mise en contact avec un
éventail très large de femmes exerçant une profession et possédant un niveau
de qualification très élevé. Cependant, ces femmes du Languedoc semblaient
posséder une force d'âme et un courage qui, à la fois, m'attiraient et
m'intriguaient.
J'ai remarqué, chez ces femmes, une indépendance significative, des
opinions assurées alliées à une capacité d'accepter celles des autres après
réflexion, une force en affrontant des situations difficiles qui touchaient à la
mort ou à d'autres traumatismes, une façon de se tenir « debout et grandes »,
relevant de cet enracinement dans la région et, par-dessus tout, un refus
d'être dominées par les hommes, quelles que soient les coutumes de la
société environnante.
Évidemment, j'ai posé des questions, à ce sujet, à plusieurs personnes
que nous avons rencontrées pendant les quinze années passées dans le
Languedoc. Existe-t-il des écrits à ce sujet ? Il semble que non. Est-ce que
d'autres personnes reconnaissent cette force par le biais de la tradition orale ?
Oui, il existe une histoire « verbale » mais rien d'écrit. Par contre, on m'a dit
avec conviction que c'étaient les femmes des Pyrénées qu'on reconnaissait
généralement comme possédant une force de caractère exceptionnelle, les
femmes du Languedoc n'étant pas à la hauteur de leurs sœurs pyrénéennes.
Néanmoins, ma question restait en suspens. La tradition orale à ce sujet
devait signifier quelque chose. J'étais résolue à chercher une explication.
Il existe une raison supplémentaire à l’élaboration de ce livre
expliquant ma façon de l'écrire. Quand j'ai publié d'autres œuvres, je n'étais pas étonnée, mais quand même déçue, de découvrir que les livres qui
pouvaient être bien accueillis dans le monde universitaire n'étaient pas
déchiffrables pour le commun des lecteurs ou lectrices. J'ai décidé que je
ferais des efforts énormes afin de rendre ce livre compréhensible par
Monsieur ou Madame Tout le monde manifestant un intérêt pour ce sujet.
Bref, dans ce livre, je tiens à communiquer avec une gamme de
lecteurs bien plus variée que dans le cas d'un livre savant, surtout au sujet
des femmes, mais aussi au sujet du Languedoc.
Pour cette raison, j'ai ajouté ma voix à celles des femmes de la région.
Andrée Carminati et Yvette Briet en font partie. Très aimablement, elles
m'ont accordé leur aide dans ma recherche pour mieux connaître cette région
edans la période du milieu du XX siècle, c'est-à-dire de 1930 à 1960. Mais le
titre de ce livre fait aussi référence à ma voix. En effet, j'insère des
expériences personnelles qui relèvent de près de ces 15 années passées en
Languedoc, espérant que cette connaissance quotidienne servira à éclairer les
énoncés plus généraux, pris dans des sources soi-disant savantes. Bref, cet
échange entre les sources savantes et les expériences personnelles est
délibéré ; c'est ma façon de dire : « Oui, je sais ce que ça veut dire parce que
je l'ai vécu ». De cette façon, ce livre devient un voyage d'exploration du
Languedoc, en essayant de comprendre la force et le courage de ses femmes.
En plus, j'espère que le livre jouera un rôle en réduisant la négligence
significative de la place des femmes dans les régions rurales de France.
Même si une littérature existe à ce sujet, elle donne une image très atténuée
de la vie des femmes dans la France rurale.
Comment sommes-nous arrivés « ici » ?
Comment se fait-il que nous ayons passé chaque année de longues
périodes dans le Languedoc ? En janvier 1995, j'étais en mi-année
sabbatique, rattachée au Groupe Simone-SAGESSE à l'université de
Toulouse-Le Mirail. Cependant, la ville de Toulouse se situe dans le Midi-
Pyrénées (Graphique I.1), une région voisine du Languedoc, mais dont elle
ne fait pas du tout partie. En plus, les congés sabbatiques ne durent pas près
de quinze ans, malheureusement ! Une explication pour notre séjour
prolongé dans cette région est nécessaire.
La réponse à cette question est, premièrement, le problème éternel de
logement et, deuxièmement, notre attachement profond à cette région.
Commençons par le problème du logement. Dès que j’ai su que j'allais être
rattachée au groupe d'études féministes à l'université de Toulouse-Le Mirail,
j'ai fait une recherche approfondie dans toutes les publications pertinentes
pour trouver un logement à notre goût. Cependant, la situation à Toulouse ne
ressemblait pas à celle de Paris ou d'Aix-en-Provence, où j'avais déjà
14effectué des recherches auparavant ; trouver un logement pour une courte
durée à Toulouse paraissait un mythe.
J'avais réussi à trouver une annonce dans une revue canadienne
universitaire qui offrait une maison de ferme, rénovée, qui n'était pas loin de
Toulouse. J'avais alors téléphoné à la propriétaire qui m'avait assuré que la
maison se situait à une heure de « la ville rose », comme on appelle
Toulouse. Au moment de cette première conversation, j'avais toujours en tête
des visites fréquentes à l'université et je considérais que deux heures de
conduite chaque jour, surtout par l'autoroute, me fatigueraient
excessivement. J'avais continué à chercher un logement ailleurs.
eGraphique I.1 La France et ses régions au XX siècle
Source : Grand atlas de la France, 1969, p. 80.
15A l'automne 1994, Guy et moi nous étions rendus à Toulouse afin d'essayer
de solutionner ce problème, et nous avions profité de cette occasion pour
visiter l'université. Bien que j'eusse tenu pour acquis que j'allais travailler à
l'université quotidiennement, ou au moins quelques jours par semaine, cette
idée n'avait pas de fondement. Les membres du Groupe Simone-SAGESSE
eétaient très accueillants, mais les universités françaises vers la fin du XX
siècle possédaient à peine suffisamment d'espace pour leur propre personnel
pour se permettre d’en offrir aux professeurs invités. Ni un bureau – ni
même une chaise – ne me serait réservé pour mon utilisation personnelle.
Cette découverte fut importante car elle impliquait que je serais obligée de
travailler à la maison ; les visites à l'université pour communiquer avec mes
collègues auraient lieu de temps à autre, comme c'était le cas pour beaucoup
d'autres visiteurs.
Immédiatement, j’avais commencé à envisager la maison de ferme, à
une heure de Toulouse, d'une façon différente ; je téléphonai à la propriétaire
mais, hélas, la maison était déjà louée pour la période requise. Au mois de
novembre, angoissée au sujet du logement à trouver pour le mois de janvier,
tout d'un coup, l'idée me vint de téléphoner à la propriétaire de la maison de
ferme, une fois de plus, au cas où ses locataires auraient annulé. Guy était
d'accord et, plus tard, il en avait même revendiqué l'idée ! J'appelai, trouvant
que mon plan était bon. Les locataires avaient annulé et la propriétaire de la
maison de ferme, qui partait en Europe deux jours plus tard cherchait
désespérément d'autres locataires. Quelques minutes plus tard, nous avions
conclu le marché ; des photos nous furent envoyées renforçant l'importance
intuitivement accordée à ce logement. « Chez-nous », pour cette période
sabbatique, allait être dans une maison de ferme, rénovée et splendide, qui
donnait sur le paysage vallonné du Razès.
Cette courte location, cependant, n'impliquait pas nécessairement un
long séjour dans la région. S'il fut plus long, cela s'explique par le fait que,
n'étant pas loin de la retraite, Guy et moi avions commencé à considérer où
nous aimerions passer dans l’avenir nos hivers. Profiterions-nous de
l'opportunité d'entreprendre un « tour de France », en trouvant un logement
dans des régions différentes chaque année ? Ou aimerions-nous revenir dans
cette région que nous avions trouvée si belle et si accueillante pendant
plusieurs hivers de suite ?
La deuxième possibilité m'attirait beaucoup. L'idée de faire la
connaissance en profondeur des gens que nous venions de rencontrer me
semblait une façon agréable de connaître la région – et ça prendrait du
temps. Il se pourrait que le voyage soit plus « psychologique » que dans la
première option, mais les richesses du Languedoc sont si nombreuses qu'il
semblait qu'on ne pourrait jamais en épuiser les explorations géographiques.
D'un autre côté, l'opportunité et le temps nécessaires pour approfondir les
16amitiés et développer des réseaux poseraient un défi – mais un défi d’un
grand intérêt pour nous deux. Finalement, nous avions décidé de transformer
le voyage mental et physique en une nouvelle forme de voyage ; nous avons
pris racine dans le Languedoc pour un temps aussi long que possible, chaque
année.
Je devrais ajouter que nos connaissances dans la région nous avaient
beaucoup encouragés. À l'occasion d'une « collation » en 1995 chez nous,
pour leur dire au revoir, les quelque vingt-cinq randonneurs présents nous
fêtaient en chantant une chanson improvisée qui nous assurait que, si jamais
nous voulions revenir dans la région, nous serions accueillis dans les
maisons de toutes les personnes présentes. Je n'ai jamais oublié cette
promesse. La combinaison d'une région très belle de la France et d’un
contact très amical avec les gens que nous avions rencontrés renforçait notre
décision d'explorer encore plus le Languedoc. C'est ainsi que le « chez-
nous » en France nécessita une navette entre Montréal (Canada) et le
Languedoc pendant au moins les dix années subséquentes, et peut-être
encore plus dans l’avenir.
Situer « ici »
Avant de procéder, il faut situer certains endroits en France de façon
plus détaillée, même si nous avons déjà mentionné la position du Languedoc
parmi les régions françaises. Selon le graphique I. 1, la région côtière du
Languedoc donne sur le golfe du Lion, et elle s'étend jusqu'aux Pyrénées-
Orientales, la partie la plus au sud de la France. Elle s'étend vers le nord, en
passant par sa capitale, Montpellier, jusqu'aux départements du Gard et de la
Lozère (Graphique I. 2). Officiellement, cette région s'appelle Languedoc-
Roussillon, mais la première moitié de ce terme porte un poids historique si
lourd qu'on l'emploie souvent seul, comme on l’expliquera sous peu. Le
terme Roussillon s'est ajouté afin d'inclure la terre la plus au sud de la région
eoù la langue, jusqu'au XVII siècle, était le catalan ; ainsi, historiquement, il
n'y avait pas de communauté de langue avec le Languedoc.
La question devient encore plus complexe quand on note que cette
description du Languedoc, contemporain et régional, ne constitue pas sa
seule définition. Le Languedoc est aussi un terme historique pour la province
de la France dont le nom relève de la langue d'oc (par opposition à la langue
d'oïl), la différenciation entre les deux se basant sur le mot qui signifie
« oui »dans les deux régions. Pendant la période médiévale, les régions des
langues d'oc sont celles où l'on parlait des variantes de cette langue, incluant
tout le sud de la France au bas d'une ligne qui passait juste au nord de
Bordeaux, par le sud de l'Auvergne et à travers le Rhône, au-dessus de la
Provence (Graphique I. 1). Pendant la même période, la couronne de France
17