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LACAN-L'INDEX

De
316 pages
Pour explorer la question de la famille, en 1938, Lacan, encore psychiatre, s’appuie sur sa propre clinique et, inspiré par le Freud de Totem et tabou, sur une bonne partie du vaste champ des sciences humaines : mythologie, anthropologie, ethnologie, sociologie… L’index révèle le caractère prémonitoire des Complexes familiaux. Cette étude s’avère le lieu du premier surgissement de nombreux éléments signifiants qui prendront une énorme importance théorico-clinique dans l’œuvre. L’auteur tente de fouiller les moindres recoins des Complexes familiaux pour montrer que déjà, chez Lacan d’avant Lacan, sommeillait et rêvait l’immense Lacan qu’il deviendra.
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Lacan

- L'index

Les complexes familiaux 1938

Du même auteur
Lacan - L'index. Encore. Séminaire XX (1972-1973), Paris, L'Harmattan, juin 2001.

~L'Hannattan,2002 ISBN: 2-7475-2871-5

Françoise

BÉTOURNÉ

Lacan

- L'index

Les

complexes
1938

familiaux

L'Harmattan 5-7, nle de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

illustration de couvertme : Léonard de Vinci: La Vierge aux rochers (détail). L'index de l'ange sous la main bénissante de la Vierge.

Aux deux amis qui marièrent l'amour et l'humour fou. Joël Dor et Jean-Paul Rondepierre. Ils étaient ma famille analytique.

M'ont aidée dans mes recherches à des titres divers, mais tous aussi importants pour moi, et que je n'ai pas manqué de signaler, au passage, dans mon livre, quand c'était nécessaire: Sonia Ben, Meriem, Marie-Christine Carlier, Michèle Carlier, Chloé, Nelly et Nicolas DiJcray, Prisci1lia Ganga, Jerry Hirsch et son assistante Debbie, Flore Nicaise, Pierre Roubertoux, Eric SandIarz, Amel Sari, JeanClaude Velu. Qu'ils me soient très proches ou plus lointains, ils ont manifesté un vif intérêt à notre collaboration de travail. Ces complices intellectuels m'ont apportés, chacun dans son domaine, leur savoir sans lequel je n'aurais pu mener cet ouvrage au terme où je le souhaitais. Je les en remercie chaleureusement.

« Hegel formule que l'individu qui ne lutte pas pour être reconnu hors du groupe familial n'atteint jamais à la personnalité avant la mort. » Jacques Lacan * Le but propre à la famille, son but Georg Wilhelm Friedrich Hegel
**

«

positif, est le singulier comme tel. »

*. Jacques Lacan, Les complexes familiaux dans la formation de l'individu. Essai d'analyse d'une fonction en psychologie (1938), Paris, Navarin, colI. « Bibliothèque des Analytica », 1984, p. 35 et dans Autres écrits, Paris, Seuil, coll. Champ freudien », 2001, p. 36. **. Georg Wilhelm Friedrich Hegel, La phénoménologie de l'esprit, (1807), trad. Jean Hyppolite, Paris, Aubier, coll.« Philosophie de l'esprit », 1941, tome II, p. 19 (souligné par moi).

Sommaire
Préface. .... ... .... .... ... ........ .... ... .... ....... .... .... .... ... .... ....... ... .. ... .... .
Il

Différents

Première partie index des Complexes

familiaux

Index tenninologique des Complexes familiaux aux éditions Navarin.. Index tenninologique des Complexes familiaux dans les Autres écrits.. Autres index des Complexesfamiliaux aux éditions Navarin et
dan sie s Autre s é cri t s .. .. .. . . .. . . ... . .. . . ... . .. . . .. . . .. . . .. . . .. . . .. . . .. . . .. . . .. . . .. . . .

33 129 205 205 205 205 206 207 208 215 215 216 216 217 225

Index des mots étrangers........................................................... Allemand ..........................................................
An La g I ai s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ti n . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Slave . Index des noms de personnalités ......... Index des noms mythiques, fantasmatiques ou religieux.................. Index des noms du registre géographique......................................
Index
In de x
In de x

des institutions
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des

...

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dates.
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. . . .. . . .. . .. . .. . .. . . .. . .. . .. . . . . .. . . .. . .. . .. . .. . .. . . .. . .. . .. . .. . .. . . .. .
ti 0 n s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Index des titres d'ouvrages, articles, revues...................................

Instruments

Deuxième partie de recherches complémentaires 243 291 293 293 294 297 297 307 311

Bateaux et formules majeures des Complexes familiaux aux éditions Navarin et dans les Autres écrits.................................. Repérage des évocations des Complexes familiaux
p ar J a c que s Lac an

. .. . .. . .. .. .. .. . .. . .. . .. . ... .. . .. . .. . .. . .. . .. . ... .. . .. . .. . .. .. . .. . .. . .

Indexation de saint Augustin dans l'œuvre de Lacan.........................
No te pré al ab le. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . saint -. . . .. . . . . .. . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .. . . . . . .. . . . . .. . . . . .. . . . . . .. . . . . Au g us tin

Bibliographie de Lacan suite à La famille....................................... 1. En guise de préalable: Henri Wallon, le fantôme
de 2.
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Doc
0

......................... .............. .............. ............. .......

...... ...... ...... ...... ..... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ...... ....

Préface
La famille est avancée, dans nos sociétés, comme étant le pilier sans lequel elles ne tiennent pas puisqu'elle résout, en son sein, la double problématique de la différence des sexes et des générations - « Familles! je vous aime» - autant que la colonne du temple qu'il faut décidément faire

vaciller pour que la forteresse surmoïque et ritualisée s'écroule et que
l'individu qui s'en est arraché, sauvé par sa fuite éperdue, puisse respirer plus librement: «Familles! je vous hais! foyer clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur 1 »... Je rebondis sur ce bonheur au visage trompeur ! Parfois, la famille comble de bonheur. À l'Opéra, cela se murmure avec grande douceur sur des harmonies grétryennes 2. Plus souvent, elle fait peur. Cela se lamente et se brame, avec des accents déchirants, lorsque surgissent les Capulets et les Montaigus ou toute autre lignée conflictuelle légendaire... Le cercle de famille, si chaleureux, peut s'avérer le prototype infernal du cercle vicieux qui rend fou. Autrement dit, la famille est le lieu troublant de l'ambivalence absolue - au sens hegelien,c'est-à-dire mortifère,du terme. D'où vient cette ambivalence? Elle est inhérente à l'amour qui est un sentiment, dans le meilleur des cas, partagé par les protagonistes de la maisonnée mais qui s'avère toujours, du point de vue psychanalytique, amour-haine. Elle est sans doute aussi intrinsèque à la famille elle-même et à une profondeur fatale qu'on se refuse d'imaginer, parce qu'elle colle, si je puis dire, à la peau du mot... Mais comment le dévoiler et le reconnaître sans trouble? On ne peut parler de l'inconscient des mots. Ce serait un déplacement abusif ou une image source de confusions graves. Mais on peut se référer à l' histoire des mots et penser qu'elle imprime l'inconscient de chacun, à son insu. Or, si l'on se penche sur l'anamnèse du mot famille en ouvrant
1. André Gide, Les nourritures terrestres (1897), Paris, Gallimard, colI. «Folio », n° 117, 1980, p. 69. 2. On se souvient, en effet, que dans Lucile - opéra-comique en un acte de AndréErnest-Modeste Grétry (1741-1813) composé sur un livret de Jean-François Marmontel (1723-1799) et joué pour la première fois le 5 janvier 1769 - on entend la déclaration suivante: «Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille? » Faute d'avoir eu accès au livret de cet opéra-comique, j'ai retrouvé cette remarque dans l'ouvrage rédigé sous la direction de Robert Carlier, Pierre Josserand, Jean-Louis Lalanne et Samuel S. de Sacy. Voir Dictionnaire des citations françaises et étrangères (1980), Paris, Larousse, coll. « Les dictionnaires pratiques du langage », 1990, p. 374.

Lacan

- L'index. Les complexesfamiliaux historique de la langue française conçu par Alain

Rey - qui est certainement, pour moi, aussi précieux que l'était, pour Lacan, le Bloch et Von Wartburg 3 - on fait de surprenantesdécouvertes. On apprend d'abord que ce mot, qui semble si familier et qu'on croit faire partie de notre patrimoine linguistique depuis bien longtemps, est, de fait, un apport récent dans notre langue puisqu'il est un emprunt tardif - daté de 1337 - au latin classique familia; lequel est un dérivé de famulus qui signifie serviteur. Et Alain Rey de préciser: « La familia romaine est étymologiquement l'ensemble des famuli, esclaves attachés à la maison du maître, puis tous ceux qui vivent sous le même toit, maîtres et serviteurs, et sur qui règne l'autorité du pater familias, le chef de famille. Enfin,familia s'applique à la parenté et, en latin médiéval (VIlle siècle) désigne un ménage de serfs 4 ». Aussi bien, d'esclave à serviteur et à serf, d'entrée de jeu, la signification de la famille est lourdement chargée de dépendance, d'aliénation. Et cette connotation continue à circuler explicitement dans l'évolution du mot qui prit beaucoup de temps à s'imposer parce que mis, si je puis dire, en rivalité, avec des synonymes utilisés en ancien français: parenté, prarentage, lignée, mesnie - dérivé du latin mansio qui a donné maison. Famille est un terme qui, au Moyen-Âge puis au début de la Renaissance, superpose à sa valeur initiale oppressante deux autres formes de rapport de forces; d'abord la soumission ou la dépendance: la famille désigne « ceux qu'unit le lien de vassalité à un seigneur 5 », ensuite la domesticité. En effet, avant le XVIe

l'extraordinaire

Dictionnaire

siècle, la famille « désigne les personnes vivant sous le même toit et encore
souvent les domestiques seuls ». En sorte que l'idée de proche parent n'apparaît que fort tard, seulement en 1580. Alain Rey remarque: « ce n'est que récemment que ce mot évoque à la fois la parenté et la corésidence 6 ». Aussi bien, antérieurement à ce que la valeur de communauté - origine commune en 1611 - ou d'ensemble de personnes présentant des caractères
3. Je renvoie aux remarques que j'ai faites sur les appréciations de Lacan concernant ce dictionnaire dans «Index des titres d'ouvrages, articles, revues, poèmes, chansons », dans Lacan - L'index. Encore. Séminaire XX (1972-1973), Paris, L'Harmattan, 2001, à l'ouverture « Dictionnaire étymologique de la langue française », p. 144-145. Lacan a plusieurs fois évoqué ce dictionnaire, pour lui indispensable, et toujours en des termes élogieux. Voir par exemple, Encore, Livre XX (1972-1973), Paris, Seuil, coll. «Le champ freudien », 1975, séminaire du 20 février 1973, p. 69 : « Ce Bloch et Von Wartburg dont je fais mes délices» (souligné par moi). 4. Alain Rey (sous la direction de -), Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaire Le Robert, édition en petit format, 1998, ouverture « Famille », tome 2, p. 1394 (souligné par l'auteur). 5. Ibid. 6. Ibid.

12

Préface

communs - en 1658 -, de groupe donc d'une sorte d'unité harmonieuse et pacifique n'apparaisse et ne semble l'emporter, il est évident que le signifiant famille fut soumis à la tension, l'oppression, la dissension dont il garde les traces sournoises en ses profondeurs. Quiconque est pénétré par l'analyse, ne peut s'empêcher de supposer que le sujet parlant risque d'en être immensément affecté à son corps défendant. Cette lourde historicité du signifiant prend figure de destin et entre, selon moi, de manière quasiment obligée dans la série des arguments explicatifs possibles de la dualité douloureuse qui ne cesse de tirailler la famille. Donc, aujourd'hui, lafamille est à la fois, autant décriée que regrettée avec nostalgie, comme impuissante à continuer de défendre les principes qui la soutenaient autrefois - dans la morale bourgeoise et même plus largement d'un point de vue éthique - autantmalmenéecommelieu d'enfennement que mise en place de modèle sécurisant, autant décomplétée que recomplétée... On pourrait presque dire qu'elle est devenue l'archétype de ce grand corps morcelé que la théorie analytique lacanienne évoque comme étant l'image clef susceptible d'actualiser l'état initial qui, pour cause de prématuration, tourmente l' infans ballotté par les affres de l'indétermination de ses limites, du flou de ses appartenances, des abus de ses appropriations ou qui, pour cause de crispation à un stade très archaïque, impose au psychotique d'être hanté par des visions et des discours intérieurs telTorisants et d'être harcelé par des chuchotements persécutants ou de longs monologues d'« invisibles 7 » répercutés en échos insupportables. On le voit, traiter la question de la famille, c'est toujours l'appréhender sous le prisme d'un affect passionnel. C'est vrai, même lorsque le sujet, pudique, semble s'exprimer plus sourdement. Les plaintes bovariennes ou les soupirs tchekhoviens disent qu'on s'y consume à petit feu dévoré par l'ennui et désespéré par le goutte à goutte interminable de la monotomnie du temps... Exprimé sur ce ton mesuré, prétendument petit, c'est toujours du feu qui couve et menace d'embraser brusquement la forêt tourmentée de l'esprit! Et c'est toujours l'inéluctable mainmise mortifère qui accable... En 1938, lorsqu'il se met en peine de débusquer les anamorphoses de la famille, Lacan obéit-il à cette tendance? D'emblée, je réponds oui. Aussi étonnant qu'il puisse paraître à ceux qui restent imprégnés par l'idée reçue - qui le gênait et même le froissait beaucoup - plaquant sur Lacan une espèce de méfiance à l'égard de l'affect, le contenu de cette étude est saturé de sensibilité et de tragique, déjà tout simplement parce qu'il est étroitement dépendant de son expérience clinique 7. Voir Paul Sérieux et Joseph Capgras, Les folies raisonnantes. Le délire d'interprétation (1909), préface de Michel Collée, Marseille, Laffitte Reprints, 1982, p. 278.

13

Lacan - L'index. Les complexes familiaux

- alors de psychiatre. Lacan se mobilise pour pressentir et tenter d'épingler, à travers le vécu et le dire du patient, les fragmentations symptomatiques de sa personnalité, ses divisions. Sans prétendre à l'impossible, donc à en recoller les morceaux, du moins a-t-il pour visée d'atténuer la souffrance insupportable que ces déchirements provoquent. Conscient des difficultés et des échecs thérapeutiques, il ne renonce pas. Il est comme Freud, « plus soucieux du malade que de la maladie 8 » et il cherche à comprendre pour tenter, malgré tout, de guérir. Cette empathie, cet effort de compréhension donnent au texte des Complexes familiaux une de ses plus fortes qualités: l'épaisseur humaine. J'y insiste beaucoup parce que ni comprendre, ni guérir ne resteront des visées essentielles pour Lacan lorsqu'il aura tout à fait basculé dans la psychanalyse. La compréhension - trop liée au concept et à la signification - sera fermement rejetée au profit de l'entendre donc de la pure écoute du signifiant et de la signifiance et la guérison se relativisera pour prendre la place d'un en-plus, apprécié à sa juste valeur de tant mieux certes! mais de l'en-plus seulement d'une autre chose beaucoup plus importante, selon lui et métapsychologique : la naissance du sujet. Pour mesurer à sa juste importance, la place de l'affect dans Les complexes familiaux, il n'y a qu'à aller voir dans les «Index terminologiques» qui suivent, la fréquence d'apparition du mot sentiment. Évidemment, il a parfois le sens vieilli de jugement ou d'opinion, quelquefois aussi une connotation psychopathologique, mais il est surtout utilisé pour moduler toutes les nuances émotionnelles et sensibles qui ne manquent pas de surgir dans le contexte du cercle familial. Cela n'en fait cependant pas un écrit exceptionnel car, à y bien regarder et surtout à y bien écouter, on ressent cette sensibilité lacanienne dans nombre d'articles postérieurs aux Complexes familiaux et de séminaires. Seulement plus tard, elle sera souvent cachée derrière l'humour. Ici, elle éclate dans un grand jour de soleil scientifique certes! mais néanmoins au grand jour. D'ailleurs, là où l'on questionne le stade du miroir, où l'on évoque la définition freudienne de l' angoisse-signaI9, où l'on interpelle le triangle œdipien 10, où l'on traduit la pathétique observation augustinienne des
8. Jacques Lacan, Les complexes familiaux dans la formation de l'individu. Essai d'analyse d'une fonction en psychologie, Paris, Navarin, coll. «Bibliothèque des Analytica », 1984, p. 88 ; Autres écrits, Paris, Seuil, coll. «Champ freudien», 200 1, p. 69. 9. Voir infra, ouvertures «Freud Sigmund », dans «Index des citations» et « Angoisse », dans «Bateaux et formules majeures des Complexes familiaux aux éditions Navarin et dans les Autres écrits ». 10. Voir Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p. 63 ; Autres écrits, p. 54. Sans prétendre être exhaustive, je peux donner, outre

14

Préface

sur la jalousie du tout petit Il, où l'on parle allusivementdujeu le Fort Da qui théâtralisele manque et la frustrationcausés par l'alternance répétée de la présence et de l'absence maternelles - dont c'est, pour quatre évocations sur les cinq amenées,le stade du miroir n'étant déjà
Confessions du malaise: plus un concept neuf, la première apparition dans l'œuvre de Lacan, ce qui contribue beaucoup à donner aux Complexes familiaux une importance extrême -, où l'on effleure sans se laisser le temps d'en ressentir les effets apaisants le domaine exaltant des vibrations claudéliennes de la co-naissance, où l'on s'attarde, comme envouté, par les tyranniques rapports de force hegeliens, où l'on interroge la problématique de la transmission sur tous ses registres du plus incontrôlable donc du plus réel - le plan génétique et par extension celui des nécessités strictement vitales - au plus élaboré - valeurs culturelles, éthiques, symboliques... -, où l'on repère à tous les niveaux du psychisme humain la marque indélébile d'une indéfinissable nostalgie qui inspire une tendance, un appétit ou même une aspiration à la mort - trois expressions plus justes que l'instinct de mort qui est « contradictoire dans les termes 12» et risque d'entraîner sur le terrain d'une spéculation somatique -où s'ajoutent aux affres d'une détresse affective intime les harcèlements d'une torture métaphysique... donc où tout cela se conjuguent dans une espèce d'orchestration symphonique, comment pourrait-

il en être autrement? D'ailleurs un mot, un seul, eut peut-être suffi à forclore ou zapper cette envolée: celui qui fait le thème même de l'étude. Là

Les complexes familiaux quelques repères des lieux où on retrouve ensuite ce triangle œdipien. Voir 1°) évoqué sous une forme approximative dans «Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie» (29 mai 1950), dans Écrits, Paris, Seuil, colI. «Le champ freudien », 1966, p. 133 : « le triangle classique de la structure œdipienne» ; 2°) L' homme aux loups, séminaire inédit 1951-1952 (p. 12) ; 3°) Les formations de l'inconscient, Livre V (1957-1958), Paris, Seuil, coll. «Champ freudien », 1998, séminaires des 8 janvier 1958, p. 157 ; 8 juin 1958, p.463 ffamilial]. Voir aussi, infra, la note que je lui ai consacrée dans « Index terminologique des Complexes familiaux aux éditions Navarin ». Par ailleurs pour en avoir une meilleure connaissance, il faudrait s'appliquer à rechercher les références qui concernent ses proches: triangle préœdipien, triangle imaginaire, triangle symbolique, triangle PèreMère-Enfant-Phallus - quel que soit l'ordre dans lequel les protagonistes interviennent -, triangle à trois sommets... Il. Concernant Saint-Augustin, voir infra, ouverture «Confessions », dans « Index des titres d'ouvrages, articles, revues» et ouverture « Saint-Augustin: Les Confessions» dans « Index des citations ». 12. Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p.33 ; Autres écrits, p. 35.

15

Lacan

- L'index.

Les complexes

familiaux

où l'on aborde le complexe, il y a vibration de la corde la plus sensible de l'être, il y a implicationaffectivetotale et dramatiquedu sujet.
La famille que Lacan aborde est-elle association, groupe, caste, clan ou structure? En plus d'être enrobée d'affectivité et d'avoir pour mission essentielle la transmission, est-elle qualifiable de : naturelle, biologique, élémentaire, large, restreinte, clanique, conjugale - selon le qualificatif d'Émile Durkeim 13-, utérine ou masculine, maternelle, matriarcale ou

paternelle, patriarcale, agnatique - soit, précise Marcel Mauss, « la famille agnatique indivise 14 » ou « la famille indivise d'agnats 15 » - cognatique,
ancienne, moderne, religieuse, psychologique, analytique, sociale, culturelle, universelle? C'est ce que le lecteur qui se plonge dans Les complexes familiaux 16va être amené à découvrir. Dans quelle disposition d'esprit se trouve Lacan en 1938 ? D'une certaine façon, il est un novice en psychanalyse. Il a manifesté une première tentative d'approche encore balbutiante, en 1932, avec l'étude de son
cas Aimée

valeur théorico-clinique -, mais la seconde est beaucoup plus décisive. Il prétend, de son aveu même, être entré en psychanalyse lors de sa conférence de Marienbad en 1936 sur le stade du miroir 18. Il évoquera ce tournant
13. Voir Émile Durkheim, «La famille conjugale. Conclusion du cours sur la famille », dans Revue philosophique de la France et de l'étranger, tome XCI, Paris, Félix Alcan, janvier-février 1921, p. 1-14. On trouve le terme « famille conjugale », aux pages 2, 3, 4, 6 note 1 (amené par Marcel Mauss) et 6 note 2 (ibid.), 8, 12, 14. Voir infra, ouverture « Durkheim Émile: « La famille conjugale. Conclusion du cours sur la famille» dans « Index des citations ». 14. Marcel Mauss dans Émile Durkeim, ibid., p. 7 note 2 et 8 note 1. 15. Ibid., p. 6 note 2. 16. Il y a donc trois publications officielles de cette étude. La première se présente sous le titre: «La famille », comprenant l'introduction: «L'institution familiale» et le chapitre 1 : «Le complexe, facteur concret de la psychologie familiale» dans Encyclopédie française, 1938, tome VIII, pages 8.40-3 à 8.40-16 et le chapitre 2 : «Les complexes familiaux en pathologie », ibid., mars 1938, ton1e VIII, pages 8.42-1 à 8.42-8. J'ai déjà donné les deux autres références complètes, supra, page 14, note 8 sous le titre devenu d'usage: Les complexes familiaux dans la formation de l'individu. Essai d'analyse d'une fonction en psychologie. 17. Voir Jacques Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité (thèse de doctorat en médecine, Faculté de médecine de Paris, 1932), Paris, Seuil, coll. «Points », n° 115, 1980. 18. Voir Jacques Lacan, «Le stade du miroir. Théorie d'un moment structurant et génétique de la constitution de la réalité, conçu en relation avec l'expérience et la doctrine psychanalytique» (XIVe congrès psychanalytique international, Marienbad, 3 août 1936). Cette conférence est officiellement inédite, mais d'une part,

17 -

ce qui n'empêche pas à sa thèse de posséder une grande

16

Préface

décisif en 1966 : « La résistance dont nous parlons est dans l'imaginaire. Et
c'est à lui avoir, dès nos premiers pas dans la psychanalyse, dans le stade du miroir donné son statut, que nous avons pu ensuite donner correctement sa place au symbolisme 19 » ; il y reviendra sur un ton plaisant le 10 janvier 1968 : « Chacun sait que quand je suis entré dans la psychanalyse avec une balayette qui s'appelait le stade du miroir [...]j'ai pris le stade du miroir pour faire un portemanteau 20 ». Essayer de comprendre comment ce Lacan-là, neuf en psychanalyse, envisage la famille, est tout à fait intéressant. Intéressant pourquoi? Parce que ce lecteur va découvrir un Lacan d'avant Lacan autant au registre de la forme que du fond. En effet, dans Les complexes familiaux, Lacan n'a pas encore trouvé son véritable style, ni choisi d'adhérer complètement à
Freud

-

le titre de son étude l'indique,

lui qui évoque

l'analyse

d'une

fonction en psychologie - et exclusivement à la science analytique - qu'il appelle encore doctrine, ce qui est un indice explicite à le manifester car la psychanalyse n'est fort heureusement pas une doctrine; elle n'est emprunte ni de dogmatisme ni de religiosité. Plus tard, il parlera de théorie analytique.
Mais c'est le terme: discours analytique

-

surgi alors qu'il dissertait sur le

selon Joël Dor, dans sa Nouvelle bibliographie des travaux de Jacques Lacan, Thésaurus Lacan, vol. II, Paris, E.P .E.L., 1994, page 51, elle est indexée sous le titre: « The looking-glass-phase» dans l'International Journal of Psychoanalysis, 1937, tome 1, page 78 et d'autre part, selon Jacques Lacan lui-même, elle est intégrée dans le texte des Complexes familiaux dans la sous-partie consacrée au «Complexe d'intrusion ». Dans ses « Propos sur la causalité psychique» (journées psychiatriques de Bonneval, 28 septembre 1946), dans Écrits, op. cit., page 185, Lacan donne la référence exacte des pages de «La famille» qui correspondent au texte de cette intervention. Il précise: « Je ne donnai pas mon papier au compte rendu du congrès et vous pourrez en trouver l'essentiel en quelques lignes dans mon article sur la famille paru en 1938 dans l'Encyclopédie française, - tome de la vie mentale ». Et il ajoute dans cette même page 185 en note1: « Encyclopédie française, fondée par A. de Monzie, tome VilI, dirigé par Henri Wallon, Deuxième partie, Section A. La famille, spécialement les pages 8.40-6 à 8.40-11 ». Si l'on fait le transfert des indications données par Lacan concernant l'espace accordé au texte de la conférence de Marienbad dans l'Encyclopédie française, cela correspond aux pages 41 à 46 de l'édition Navarin et aux pages 40 à 43 des Autres écrits. 19. Jacques Lacan, «D'un syllabaire après-coup» (1966), dans Écrits, op. cit., p. 723. 20. Jacques Lacan, L'acte psychanalytique, Livre XV (1967-1968), sélninaire inédit du 10 janvier 1968 (p. 82).

17

Lacan - L'index. Les complexes familiaux transfert et Dora, en 1951, par le miracle d'une intuition fulgurante, dont il s'émerveillera beaucoupplus tard 21 -, qui lui semblera le mieux approprié. Sans la nécessité de multiplier les exemples une autre preuve significative peut être amenée. C'est l'usage du terme personnalité. Même, s'il utilise parfois le mot sujet, c'est dans un usage ordinaire. Lacan ne connaît pas encore son sujet puisqu'il n'a établi ni sa théorie du signifiant ni celle de son inconscient structuré comme un langage 22.Donc, en 1938, Lacan n'est pas en possession des notions qui lui permettront de s'exprimer en son nom propre et pourtant, dans un état de géniale adolescence théorique, il détient intuitivement quelques repères essentiels de son futur arsenal conceptuel, soit déjà une grille de lecture freudienne commençant d'être assimilée. Ainsi par exemple, parmi les évocations des « effets psychiques non dirigés par la conscience 23» autrement dit des effets de l'inconscient, il ne lève certes pas

encore les lapsus ou les mots d'esprit mais il parle cependant des « actes
manqués, rêves, symptômes 24», il n'introduit pas des trébuchements sur les signifiants mais il amène « l'apparent hasard des achoppements des fonctions 25 ». Par ailleurs, concernant les pathologies significatives, il marque, sur un ton nuancé par un sombre hegelianisme - il est, en effet, tout imprégné de La phénoménologie de l'esprit grâce à l'enseignement de 21. Voir Jacques Lacan,
«

Intervention sur le transfert»

(congrès des

psychanalystes de langue romane, 1951), dans Écrits, op. cit., p. 226. Il n'est pas vraiment rare que Lacan date rétrospectivement le premier surgissement d'un concept. En tout cas concernant le discours psychanalytique, si important à ses yeux, il est extrêmement précis. Voir « Du discours psychanalytique », (conférence à l'université de Milan, 12 mai 1972), dans Bulletin de l'Association freudienne, n° 10, décembre 1984, p. 9 : « [...] à l'avant-dernier paragraphe de mon Intervention sur le transfert, il est écrit: "Le cas de Dora paraît privilégié pour notre démonstration en ce que, s'agissant d'une hystérique, l'écran du moi y est assez transparent pour que nulle part, comme l'a dit Freud, ne soit plus bas le seuil entre l'inconscient et le conscient, ou pour mieux dire, entre le discours analytique et le mot du symptôme". Évidemment, c'est en 51, le discours analytique: j'ai évidemment mis du temps à lui donner sa place. Mais enfin, je n'écris jamais les mots au hasard, et le discours analytique, c'est tout de même, ce jour-là, n'est-ce pas, que je l'ai produit» (souligné par l'auteur). 22. Pour connaître les modes d'apparition de ce bateau dans l' œuvre de Lacan, voir Françoise Bétourné, ouverture « Inconscient », dans « Index des occurrences: destin, destinée, inconscient dans l'œuvre de Lacan », dans Logos 0 Anankè, n° 2/3, Inconscient et destin, 1999-2000, p. 408-409. 23. Voir Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p. 24 ; Autres écrits, p. 29. 24. Ibid. 25. Ibid., éditions Navarin, p. 92 ; Autres écrits, p. 71 (souligné par moi).

18

Préface

son maître Kojève 26-, son adhésion à la distinction freudienne entre les névroses elles-mêmes: hystérie, obsession, phobie et au repérage des différences - déjà observées de façon très insistante sous une loupe structurale 27 -, entre les trois affections psychogènes: les névroses

psychoses

-

« qui divisent,

introvertis sent ou invertissent

la personnalité
«

28 » -,

les

-

dont la nature est prisonnière d'un

déterminisme

endogène 29», dont l'essence se cristallise par une sorte d'arrêt dans le Moi et la réalité 30, une « stagnation 31 » ou une « dérivation de la 32 » sublimation - et les perversions. Ces différenciations et ces repérages acquis n'empêchent évidemment pas qu'un énorme travail reste à faire dans l'élucidation de la spécificité de chacune de ces dispositions psychiques et des causes qui les déterminent. Par ailleurs, Freud apporte à Lacan une théorie convainquante de la famille basée sur la différence des sexes et plus précisément « fondée sur une dissymétrie [...] dans la situation des deux sexes par rapport à l' Œdipe 33». Concernant ce qui lui est propre, Lacan engrange: . premièrement ses trois registres réel, imaginaire et symbolique

- comme le prouve la présence de ces trois signifiants dans les « Index

terminologiques » que je propose ci-après; d'ailleurs, même si c'est en 1953 que l'évidence de leur importance sera tout à fait éclatante avec la conférence du 8 juillet dont ils constituent le titre 34,ces trois plans sont déjà évoqués à différentes reprises dès la thèse de 1932, ils y sont même réunis en un seul mouvement dans une page 35-,

26. Lacan assista plusieurs années au séminaire d'Alexandre Kojève - soit de 1934 à 1937 - sur La phénoménologie de l'esprit (1807, trade Jean Hyppolite, Paris, Aubier, colI. «Philosophie de l'esprit », 1941, 2 tomes). Kojève, qui avait inauguré ce séminaire en 1933, l'acheva juste avant la guerre, en 1939. La phénoménologie de l'esprit n'était donc pas encore traduite en français. 27. Il suffit d'aller voir infra, dans les deux « Index terminologiques » l'importance que prend l'ouverture « Structure », pour s'en convaincre. 28. Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p.77 ; Autres écrits, p. 62. 29. Ibid., éditions Navarin, p. 85 ; Autres écrits, p. 67. 30. Voir ibid., éditions Navarin, p. 77 ; Autres écrits, p. 61-62. 31. Ibid., éditions Navarin, p. 85 ; Autres écrits, p. 67. 32. Ibid., éditions Navarin, p. 87 ; Autres écrits, p. 68. 33. Ibid., éditions Navarin, p. 52 ; Autres écrits, p. 47. 34. Voir Jacques Lacan, « Le Symbolique, l'Imaginaire et le Réel» (conférence à la Société française de psychanalyse, 8 juillet 1953), dans Bulletin de l'Association freudienne, n° 1, 1982, p.4-13. 35. Voir Jacques Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, op. cit., coll. «Points », p. 253.

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Lacan

- L'index. Les complexes familiaux

. deuxièmement, tel que je l'ai déjà immanquablement dit, sa notion de stade du miroir 36 ; donc il dispose d'une phase majeure de développement qui, comme le lieu même de l'identification possède les clefs d'une ébauche de procès de la subjectivation via l'édification du Moi et de l'idéal du Moi et la tentative d'unification d'une sorte de pré-Je - qui deviendra un véritable Je, neuf ans plus tard, à la conférence de Zürich 37-, . troisièmement l'imago de la mère antécédence de l'Autre maternelle et l'imago du Père non pas vraiment intuition du Nom-du-Père - on est encore trop loin de la prise de conscience de l'importance du signifiant et de sa théorisation - mais du moins représentation inconsciente endossant l'effectivité et l'efficacité des caractères nonnativants de la fonction paternelle, . enfin quatrièmement un regard aimant sur l'enfant qu'il observe finement comme étant plus sensible aux intentions qu'à l'objectivité d'un dire ou d'un fait, comme étant la victime de la mésentente de ses parents, que la plaie soit franche de par son aveu brutal ou que le lancinant malaise reste sourd de par le secret - toujours forcément mal gardé parce que se dévoilant de façon déguisée dans des déplacements pernicieux -, dont elle est entourée 38. Lacan est possesseur d'un de ses immenses concepts déjà évoqué plus avant: le triangle œdipien 39.Certes, ce triangle ne détient pas encore le sens décisif qu'il prendra lorsque Lacan aura compris que l'incidence de la loi phallique l'oblige à considérer que le trio Mère -7 Enfant -7 Père est un quaternaire puisqu'il n'est rien sans un quart élément: le désir, imaginarisé par le P hal/us qui circule entre les protagonistes; mais cette trinité est nommée, donc elle existe, prête à être questionnée pour donner peu à peu théoriquement et cliniquement le meilleur d'elle-même. Aussi bien, Lacan donne la preuve d'une disponibilité d'esprit à considérer la psychologie - et même la psychanalyse - de l'enfant comme ayant une place essentielle dans la clinique. S'il est un chemin évident, découpé à la française, dans l'œuvre, c'est celui qui démarre à la thèse de 1932, traverse Les complexe familiaux et se perd dans la clairière du séminaire sur Les psychoses 40, on peut
36. Pour l'indexation exhaustive de ce concept majeur, voir Françoise Bétourné, «Index raisonné de l'occurrence: stade du miroir dans l' œuvre de Jacques Lacan », dans Che vuoi ?, n° 18, L'Harmattan, à paraître 2002. 37. Voir Jacques Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je, telle qu'elle nous est révélée dans l'expérience psychanalytique» (XVIe congrès international de psychanalyse, Zurich, 17 juillet 1949), dans Écrits, op. cit., p. 93-100. 38. Voir Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p. 108 ; Autres écrits, p. 82. 39. Voir supra, p. 14 note 10. 40. Voir Jacques Lacan, Les psychoses, Livre III (1955-1956), Paris, Seuil, coll. «Le champ freudien », 1975.

20

Préface

légitimement lancer une autre aérienne passerelle. Elle conduit tout droit des Complexes familiaux à une superbe trilogie, celle des séminaires couvrant les années 1956-1959, soit d'abord le séminaire sur La relation d'objet 41 où Lacan reprend, à sa façon, avec autant de finesse affective et d'intelligence chaleureuse que Freud, l'analyse du Petit Hans 42, à ceci près que, pour vaincre les sortilèges maléfiques du terrible cheval minotauresque, il Yentre comme Thésée dans le labyrinthe et tente de déplier le fils de ses réseaux donc d'en faire l'élucidation structurale; ensuite celui sur Les formations de l'inconscient où Lacan met en scène la dramaturgie des relations immensément compliquées - aimantes, métaphoriques, normativantes comme dénormativantes - qui bouleversent les personnages de l'histoire œdipienne embarqués dans un navire auquel le Phallus apporte le souffle qui gonfle le triangle de sa voile pour l'entraîner plus ou moins dérivant sur l'océan passionnel de la vie 43 ; enfin celui sur Le désir et son interprétation où à côté d'une magnifique lecture de l'Hamlet shakespearien, Lacan reprend son stade du miroir et en déroule le film au ralenti pour tenter de saisir au vol l'instant magique qui réunit le seul couple possiblement

comblé de sa théorie, à savoir « le couple imaginairedu stade du miroir 44»
éprouvant, pour un bref instant, un sentiment fort, lumineux, unique. L'affect spéculaire 45,donnant le sentiment de l'Autre, fait autant disparaître la menace de la solitude et de la déréliction que celle, peut-être pire encore, du double surgi à l'identique, figé en clone. L'Autre, parce qu'il est hétéros, rend
41. Voir Jacques Lacan, La relation d'objet, Livre IV (1956-1957), Paris, Seuil, coll. « Champ freudien », 1994. Pour l'indexation détaillée de ce séminaire, voir Françoise Bétourné, 1°) «La relation d'objet. Premiers index du séminaire IV de Jacques Lacan », dans Esquisses psychanalytiques, n° 21, Clinique des phobies, septembre 1994, p. 153-223 ; 2°) « La relation d'objet. Index terminologique du séminaire IV de Jacques Lacan », dans Esquisses psychanalytiques, n° 22, Psychanalyse latino-américaine, mai 1995, p. 133-339. 42. Voir Sigmund Freud, Analyse der Phobie eines fünfjahrigen Knaben (1909), G.W., tome VII, p. 243-377 ; S.E., tome X, p. 1-147 ; trade M. Bonaparte et R.M. Lœwenstein, « Analyse d'une phobie chez un petit garçon de cinq ans (Le petit Hans) », dans Cinq psychanalyses, Paris, P.U .F., colI. «Bibliothèque de psychanalyse », 1954, p. 93-198. 43. Sur ce point, voir Jacques Lacan, Les formations de l'inconscient, op. cit., tout entier et plus particulièrement les séminaires des 8 janvier 1958, p. 143159; 15 janvier 1958, p. 161-178 ; 22 janvier 1958, p. 179-196 ; 29 janvier 1958, p. 197-212. 44. Jacques Lacan, «D'une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose» (décembre 1957-janvier 1958), dans Écrits, op. cit., p. 552. 45. Voir Jacques Lacan, Le désir et son interprétation, Livre VI (1958-1959), séminaire inédit du Il février 1959 (tome 1, p. 356).

21

Lacan - L'index. Les complexes familiaux

l'Un possible. Tout aussi imaginaire, donc probablement illusoire, que soit ce sentiment, qu'importe! Il repousse aux oubliettes le «mal d'être deux 46 » de toutes les sortes de couples dit psychologiques en actualisant, ici et maintenant, le « Bien d'être deux ». Ce Bien, c'est l'adéquation entre demande, désir, réponse, c'est le plein, c'est le Bonheur. Au court moment de l'affect spéculaire non manquant, ce qui compte, ce qui est décisif, c'est l'éprouvé, non la réflexion sur cet éprouvé ni le recul, ni la soi-disant lucidité dont les deux protagonistes, totalement bouleversés, sont d'ailleurs l'un et l'autre incapables. L'injans comme la mère, chacun réconcilié avec lui-même parce que, aimé sans partage de l'autre, garderont de cet amour-là, pour toujours, un souvenir indélébile, heureux, solaire... une - au moins une! - certitude calme. Si mythe il y a - puisque pour la psychanalyse, ils disent tous vrai -, le mythe de l'affect spéculaire se fait l'envers du mythe de Narcisse. Il permet sans encombre la traversée du miroir: apportant l'Autre il délivre de l'image mortifère: la sienne. La vie vivante et désirante tranforme la fausse unité heureusement perdue de soi-même en unité trouvée puisqu'Elle m'aime... Et ce sentiment est, bien évidemment, ressenti aussi fortement par la petite fille que par le petit garçon. Cet amour ne connaît pas la différence des sexes. C'est ce qui le rend possible et assure sa complétude; l'inconscient y rencontre son content. Voilà l'extraordinaire potentielle richesse de fond perceptible dans Les complexesfami/iaux et que l'opportunité de trente ans d'enseignement dans le cadre du Séminaire, à partir des années cinquante-deux et jusqu'à la mort de Lacan, en 1981, va voir s'épanouir comme une superbe fleur de nénuphar. Du point de vue formel, Lacan possède déjà la richesse culturelle d'un vocabulaire puisé dans tous les horizons des sciences humaines et ce qui fera sa véritable originalité lorsqu'HIa mettra au service d'une stimulation de l'ouverture de l'inconscient, à savoir une grande capacité d'inventivité capable d'exprimer les nuances de son dire. Mais cette inspiration, cette sorte de pulsion de créativité, n'est pas encore l'expression d'un parti pris clinique donc ne se traduit pas par un jeu systématique sur les mots; elle est plutôt la marque d'une désinvolture impertinente et subversive. La recherche sémantique que j'ai faite des mots rares et dont les résultats sont apportés en notes dans 1'« Index terminologique aux éditions Navarin» - les mêmes signifiants étant indicés par une étoile dans celui des Autres écrits pour prévenir de leur existence et donner l'opportunité, à celui qui le désire, d' Y aller voir - est très instructive sur ce point. Elle révèle que Lacan utilise
46. Jacques Lacan, «Motifs du crime paranoïaque: le crime des sœurs Papin» (décembre 1933), dans « Premiers écrits sur la paranoïa », dans De la Psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, op. cil., coll. «Le champ freudien », 1975, p. 397.

22

Préface

nombre de termes non répertoriés ni dans le Robert ni dans le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey. Alors, bien sûr, ces signifiants n'y sont pas relevés lorsqu'ils ont un usage trop spécifiques et appartiennent à un langage élitiste: anthropologie, philosophie, physiologie, médecine, psychologie, psychanalyse, auquel cas on les trouve notifiés dans des dictionnaires spécialisés. Mais d'autres mots sont partout absents ou bien parce que ce sont des dérivés inusités, vieillis et perdus dans l'oubli, ou bien parce que ce sont de pures créations plus ou moins éloignées de signifiants connus et alors même, parfois, qu'un terme en usage aurait pu être choisi à la place d'une nouveauté fantaisiste. Ce procédé est vraiment remarquable dans la mesure où la visée explicitement scientifique des Complexes familiaux pennettrait au lecteur de s'attendre à davantage de respect vis-à-vis de l'usage orthodoxe de la langue. On a donc déjà, dans cette étude, la révélation d'un style baroque qui s'affirmera peu à peu. Il faut bien l'avouer, Lacan n'est pas sérieux - au sens où il refuse le principe d'une méthode à laquelle les philosophes se plient pour organiser leurs idées et leurs discours, de règles que les poètes appliquent pour mesurer les désordres de l'inspiration à l'aune de la prosodie, de lois auxquelles les scientifiques se soumettent pour confronter leurs hypothèses au réel, d'une rigueur dont les universitaires rêvent. Plutôt il ne prend pas les mots au sérieux. Ou mieux... car ce n'est pas encore tout à fait cela! Il a un goût prononcé pour le déraisonnable et il ne craint pas de se coltiner à la « boiterie du cerveau 47 ». Il ne faut jamais oublier que c'est le langage psychotique, le délire que Lacan, comme psychiatre, a commencé par écouter. Or, il est tout à fait d'accord avec Paul Sérieux et Joseph Capgras - envers qui il éprouve une énorme admiration en raison de leurs travaux sur les folies raisonnantes et le délire d'interprétation où ils donnent la preuve qu'on peut être psychiatre et savoir

vraiment écouter un patient -, pour penser que: « II n'est pas de signe
symbolique plus important que les mots pour ces sujets; la parole et l'écriture sont une des sources intarissables du "délire d' extrospection" 48 ». Avec sujet, le mot clef est lancé! Et pourtant nous ne sommes qu'en 1909 !
47. Paul Sérieux et Joseph Capgras, Les folies raisonnantes. Le délire d'interprétation, op. cil., p. 340. 48. Ibid., p. 32. Dans sa thèse de 1932, Lacan évoque la première partie de cette citation. Voir De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, op. cil., coll. « Points », p. 120, note 1. La référence qu'il donne pointant les pages 32 jusqu'à 37 concerne évidemment la première édition (Paris, Félix Alcan,
1909). N'importe comment, il n'a pas épinglé la citation seule. Je suppose

il est quasiment impossible d'avoir accès à cette première édition pour le vérifier - qu'il voulut mettre en valeur tout le passage sur « Les interprétations exo gènes».

-

car

23

Lacan

- L'index. Les complexes familiaux

Et curieusement ce n'est pas Lacan qui parle! Mais cette assertion ne vaut pas seulement pour le délirant. S'agissant de l'être parlant elle s'applique à tous et en toutes circonstances. D'où qu'ils viennent, les mots - même chargés de scientificité lorsqu'on est au registre théorique -, ne sont jamais de simples petits débris sonnant plus ou moins le vide du vocabulaire ordinaire ou des barbarismes ou des néologismes écorcheurs d'oreilles aussi mal entendantes que bien pensantes; ce sont, toujours, quelque part, des mots d'esprit - c'est-à-dire des mots non de l'esprit mais des révélations de l'inconscient. Cela seul leur donne du poids - aussi peu de sens que beaucoup de poids! -, celui de produire un effet d'une poésie particulièrement émouvante: l'effet sujet. Cette instrumentation très spéciale du langage, révèlera, lorsque Lacan s'en servira systématiquement, qu'on est dans un ailleurs, un au-delà de ce qu'il est souvent convenu de considérer comme important et qui sera, pour lui, embué d'une vapeur de dérision. Dans
Les complexes familiaux, Lacan est déjà quelque peu

-

et sera plus tard tout

à fait - un jongleur de mots, mais il n'ose pas encore jouer des siens comme de formations de l'inconscient. L'évocation du magnifique calembour claudélien de l'Art poétique: « co-naissance 49 » en est, selon moi, le signe éclatant. Lacan s'efface derrière le poète en qui il peut reconnaître un semblable puisqu'il pose: « Cet être est ce que nous appelons un mot. Je le profère et l'entends. Je le reçois et le rends; je suis l'instrument et l'oreille; en lui, sonore, je me perçois moi-même 50». Mais il va falloir attendre un peu de temps pour que, comme par enchantement, Lacan se mette à transformer la science des rêves freudienne en science des signifiants... J'ai qualifié plus haut d'immense concept le triangle œdipien 51. J'y reviens parce que non seulement il est très important pour les raisons de fond que j'ai évoquées malheureusement trop rapidement - ce n'est pas ici le lieu de s'y attarder pour lui accorder la place qu'il mériterait - à propos de sa valeur affectivo-formatrice comme un ternaire finalement quaternaire puisque valant pour Trois + Un, mais il l'est aussi par ses incidences formelles. À écouter le terme, il est tout de même extraordinaire d'entendre, dès 1938, un signifiant n1,athématique faire image sous la plume de Lacan. Certes, il n'est pas le seul à utiliser la métaphore du triangle pour évoquer les relations entre trois objets ou trois personnes. Comme le signale Alain Rey, Balzac l'a fait en 1834 et il est devenu habituel de s'en servir en psychologie comme en
49. Voir infra, ouverture « Claudel Paul: "Traité de la co-naissance au monde et de soi-même" », dans « Index des citations ». 50. Voir Paul Claudel, «Traité de la connaissance au monde et de soi-mêlne », dans Art poétique (1907), préface et annotation de Gilbert Gadoffre, Paris, Gallimard, coll. «Poésie », 1984, p. 101-102 (souligné par l'auteur). 51. Voir supra, p. 20.

24

Préface

psychanalyse 52. Mais chez Lacan, cette utilisation a une résonnance - ici prémonitoire - vraiment particulière si l'on songe, d'une part, à l'importance majeure que prendront les mathèmes dans son œuvre et, d'autre part, à l'évidence peu à peu établie que pour le parlêtre existe un double langage dont aucune des deux originesne l'emporte sur l'autre: « Il y a deux horizons du signifiant [...] il yale maternel, qui est aussi le matériel, et puis il y a [...] le mathématique 53 ». La présence du triangle œdipien dans Les complexes familiaux donne trace qu'en 1938, Lacan savait déjà tout cela... à son insu. Mais trève d'emportements styllistico-Iyriques ! Ce travail permet à Lacan de parler finalement moins de lafamille que des complexes familiaux, donc de basculer sur le versant qui est le sien: la clinique, et de se donner, grâce à l'amplitude de ce concept freudien -la révélation du complexe d' Œdipe surtout étant, pour Lacan, une des preuves, s'il en est besoin, du génie de Freud 54 - les moyens d'un diagnostic différentiel puisque ces complexes - les plus importants étant, pour Lacan, dans le procès de la subjectivation et à un degré équivalent: le complexe de sevrage, d'intrusion et d'Œdipe - constituent laforme d'une psychose et la source d'une névrose 55. * * * Pour s'apercevoir que Lacan amène la famille au registre structurel du psychisme et l'introduit dans le champ de la clinique psychopathologique de la vie quotidienne comme plus largement de la vie tout court, le lecteur devra se plonger dans cette lecture et y mettre de la bonne volonté car il s'avère qu'il risque d'avoir un peu de mal. Telle qu'elle est formellement proposée, aux éditions Navarin comme dans les Autres écrits, la publication des Complexesfamiliaux ne peut pas l'aider à pénétrer facilement dans la forêt de ce texte. Mais ce parti pris éditorial s'est fait sans l'accord de Lacan, puisque cette étude est sortie sous ces deux formes après sa mort -l'une en 1984, l'autre en 2001 - donc sans qu'il ait pu donner son avis.

52. Voir Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, op. cit., ouverture « Triangle », tome 3, p. 3912. 53. Jacques Lacan, Le savoir du psychanalyste, (1971-1972), entretien inédit de Sainte-Anne du 4 Inai 1972 (p. 89). 54. Voir Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p.73 ; Autres écrits, p. 61. 55. Voir ibid., éditions Navarin, p. 77 ; Autres écrits, p. 62.

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Lacan

- L'index. Les complexes familiaux

Si, comme je l'ai introduit plus avant, la famille en elle-même est susceptible d'être imagée par un corps morcelé 56,pour filer la métaphore, je peux dire que le texte des Complexes familiaux est au contraire un corps momifié, un visage maquillé ou masqué, une maison dont le ravalement gomme l'irrégularité vivante de la pierre sous la couche mortifère de ciment, un tableau subversif émouvant effacé derrière le vernis tricheur d'un portrait banal ou d'une nature morte conventionnelle... Je n'ai pas d'image-catastophe assez forte pour faire sentir à quel point, telle qu'elle est proposée la publication des Complexes familiaux trahit les intentions pédagogiques de
Lacan, car

-

une fois ne deviendra

pas coutume

-

dans la présentation

initiale de son étude sa volonté de clarté et ses efforts de transmission étaient patents. Lacan, répondant à la demande de Henri Wallon - ce travail est le fruit
d'une commande

-

avait écrit deux textes et plus précisément

deux chapitres

publiés dans deux numéros de l'Encyclopédie française de 1938 57. Et il estimait que cette division était le reflet d'une conviction intime. On peut en être sûr, car, bien longtemps après - rien moins que trente-cinq années -, le 14 octobre 1972, Lacan justifie cette publication en deux étapes et deux lieux différents comme l'actualisation paradoxale et presqu'allégorique, d'une notion, pour lui, en 1938, non encore suffisamment précise de l'ambivalence amour-haine - celle-là même avec laquelle j'ai inauguré cette préface parce qu'elle est étroitement corrélée à la famille - et qui existe - il en aura plus tard la certitude - du seul fait qu'on s'adresse à l'autre. Autrement dit, ce dédoublement, dans la réalité, d'un clivage symbolique non perçu, métaphorise, pour lui, la distinction radicale entre le semblable purement imaginaire qui ne renvoie que l'image de lui-même identique à soi - d'où l'agressivité qu'il suscite - et le semblable muté en l'autre symbolique

-

qui pourrait certainement

s'écrire

l'Autre,

si l'on se transportait

quinze

ans plus tard - donnant de soi une image idéalisée et même un au-delà de cette image à travers la demande qu'on lui adresse:
«

[...] cela datait d'une époque où la confusion pouvait se faire

facilement dans l'aire de l'agressivité [...] ce qui n'était pas entendu, c'est ce collapsus *, c'est cette confusion entre ce qui était à proprement parlé analyse du transfert, c'est-à-dire ne pas oublier la face de haine de tout amour n'est-ce pas, et distinguer cela de ce qui en quelque sorte est résolu dès les premiers temps du fait qu'on s'adresse à l'autre [...] Le sens de, et c'est à cela que je m'attarde, de ce que j'ai essayé de cliver, c'est ce qu'il se trouve que j'ai trouvé bon de publier, parce qu'il y a bien autre chose enfin comme vous savez (...) mais j'avais peut-être plusieurs raisons de ne pas le 56. Voir supra, p. 13. 57 . Voir supra, p. 16, note 16.

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Préface publier dans le même corps; c'est peut-être que moi-même je n'avais pas encore assez distingué des deux registres... Ces fameux articles sur la famille dans l'Encyclopédie française, il se trouve que je ne les ai pas repris, ce n'est pas sans raisons, c'est que je voulais que cela se tienne comme cela pas trop mal, et à l'expérience, il se trouvait que justement cela ne clivait pas assez cette distinction vraiment radicale 58. »

Donc Lacan voulait deux textes... Il n'yen a qu'un. Et dans les Autres écrits l'unification artificielle des deux volets est encore plus violemment accentuée puisqu'on a préféré coincer le début du deuxième chapitre, pour trois malheureuses petites lignes, dans le bas de la page 61 - ce qui ajoute une faute de goût à une elTeur de fond -, plutôt que de marquer visiblement un changement de chapitre - comme chez Navarin - en laissant un blanc et en tournant la page. Lacan avait émaillé son étude de titres, de sous-titres et d'intertitres qui en montraient clairement le découpage. Ils ont disparus. Il avait choisi une alternance de caractères: plus gros pour ce qui constituait l'essentiel du fil de sa pensée, plus petits, comme actualisant des sortes de mises entre parenthèses, pour ce qui en proposait l'illustration. Sous prétexte de restituer « la continuité du texte 59 » - Pourquoi restituer? D'où vient qu'elle était perdue? -, ils ont disparus. Il avait apporté une bibliographie, précise et fouillée, très révélatrice de ses différentes sources d'informations. Elle a disparue 60.
58. Jacques Lacan, « Jacques Lacan à l'École belge de psychanalyse» (14 octobre 1972), dans Quarto, n° 5, 1982, p. 19-20 (souligné par moi). *. Collapsus: terme du vocabulaire médical que Lacan utilise Inétaphoriquement. On trouve dans le Dictionnaire des termes techniques de médecine de Marcel Garnier et Valery Delamare (Paris, Maloine S.A. éditeur, 20e édition, 1980), ouverture «Collapsus », p. 270 la définition suivante: « 1° "Chute rapide des forces, par suite de laquelle les mouvements deviennent pénibles, la parole faible, le pouls dépressible ; c'est une sorte d'intermédiaire entre la syncope et l'adynamie **" (Dechambre). Aujourd'hui pris souvent dans le sens de collapsus cardiaque. - 2° Affaissement d'un organe» (note ajoutée par moi). **. Adynamie : à savoir un épuisement neuromusculaire qui caractérise certaines maladies dont des formes de pyrexies ; laquelle pyrexie est le nom générique de toutes les maladies fébriles (note ajoutée par moi). 59. Jacques-Alain Miller dans Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p. 7. 60. C'est pour suppléer à ce manque, que je reproduis ce document après quelques pages de remarques préalables infra, dans une sorte d'annexe à cet ouvrage titrée: «Bibliographie de Lacan suite à La fanÛlle ». Cette Bibliographie est déjà amenée par Elisabeth Roudinesco dans son ouvrage Jacques Lacan. Esquisse d'une vie, histoire d'un système de pensée, Paris, Fayard, 1993, p. 686-687 mais elle

27

Lacan - L'index. Les complexes familiaux

De plus, une étrangeté laisse perplexe. Jacques- Alain Miller prévient dans

la préface de cette édition: « Ce texte n'a pas été inclus dans les Écrits à
l'initiative de l'éditeur, en raison de sa longueur 61 ». Étrangement, ce qui était vrai pour les Écrits en 1966, ne l'est plus pour les Autres écrits en 2001. Pourquoi préférer y introduire Les complexes familiaux plutôt que de continuer à rééditer l'ouvrage chez Navarin? Qu'est-ce qui fait que l'éditeur a changé d'avis? C'est parfaitement son droit, mais encore faudrait-il justifier ce changement de cap. À défaut d'arguments donnés pour réponses, je laisse le questionnement ouvert. Ce sont cependant ces deux publications: celle des éditions Navarin et des Autres écrits dont j'apporte l'indexation dans mon ouvrage car elles sont seules facilement accessibles. En effet, il devient dérisoire de proposer un travail de recherche concernant la version de l'Encyclopédie française. Elle est maintenant devenue un objet si rare qu'il faut entamer un véritable parcours du combattant pour avoir la chance de mettre la main dessus et de la consulter à la Bibliothèque Sainte-Geneviève ou dans d'autres lieux privilégiés, si chers aux chercheurs. Or, ces index sont bien évidemment fait pour aider le plus grand nombre de lecteurs intéressés par l'œuvre de Lacan à se retrouver dans cette étude. Mais, finalement, pourquoi proposer deux indexations terminologiques ? Pourquoi dédoubler les informations et ne pas se contenter de s'attacher simplement à la publication la plus récente? Simplement par commodité pour tous, pour les anciens lecteurs comme pour les nouveaux. Les anciens lecteurs de Lacan - et j'en fais partie! -, sont attachés à
l'édition Navarin

écrits, parce que les caractères sont plus gros - qu'ils connaissent depuis longtemps. Ils ont fleuri les pages de leur exemplaire de repères subjectifs. L'instrument que je propose leur permet de repérer rapidement des notions
qu'ils pensent, à juste titre, infailliblement y trouver ou

-

dont la lecture est plus commode que celle des Autres

-

la mémoire

les

trahissant parfois - de remettre très vite en cause une fausse certitude-écran et d'engager leurs recherches ailleurs dans l'œuvre.

est mélée à d'autres « Annexes », sans que le détail de leur pagination, n'en soit donné dans le sommaire; aussi bien, elle peut échapper au lecteur. Par commodité, il me semble donc très important de lui donner toute sa place, bien en évidence, dans cet ouvrage entièrement consacré à « La famille». La proposer une fois de plus au chercheur, ne sera pas, selon moi, une fois de trop; lui faciliter un maximum la tâche étant mon seul but. 61. Jacques-Alain Miller dans Jacques Lacan, Les complexes familiaux, op. cit., éditions Navarin, p. 7.

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Préface

Les nouveaux lecteurs de Lacan, qui n'ont ni souvenir, ni nostalgie au regard de l'édition Navarin, qu'ils ne possèdent peut-être même pas, trouveront un index terminologique à leur adresse concernant sa publication récente dans les Autres écrits. Simplement, s'il en a la curiosité, ce jeune lecteur devra, concernant les signifiants indicés d'un petit astérisque-phare aller voir la note qu'il signale comme étant accrochée au même signifiant dans la première indexation et dont il m'a semblé inutile de répéter le contenu dans la seconde. Je ne pense pas que ce jeu de piste représente pour lui une difficulté majeure. Les circonstances éditoriales fi' ont donc obligée à remettre les choses sous l'aile de la valeur Deux - je préfère y voir, pour une fois, une connotation de complémentarité, d'ensemble, de couple... plutôt que de clivage ou de dualité - qui présidait initialement à ces Complexes familiaux... En psychanalyse, le retour est possiblement une forme de sourire. Celui de l'inconscient. Paris, printemps 2002

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Première partie

Différents index des Complexes familiaux