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Langage et Interactions Sociales

De
200 pages
Cet ouvrage est le développement théorique du premier ouvrage de l'auteur Les Chinois de Paris et leurs jeux de face. Dans ce livre, la communication est assimilée à un jeu stratégique et les sujets communiquants à des acteurs sociaux, agents essentiels du jeu social.
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LANGAGE ET INTERACTIONS SOCIALES

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions

Jacques LAUTMAN, Bernard-Pierre LÉCUYER, Paul Lazarsfeld (1901-1976), 1998. Douglas HARPER, Les vagabonds du nord ouest américain, 1998. Monique SEGRE, L'école des Beaux-Arts 19ème, 20ème siècles, 1998. Camille MOREEL, Dialogues et démocratie, 1998. Claudine DARDY, Identités de papiers, 1998. Jacques GUILLOU, Les jeunes sans domicile fIXe et la rue, 1998. Gilbert CLAVEL, La société d'exclusion. Comprendre pour en sortir, 1998. Bruno LEFEBVRE, La transformation des cultures techniques, 1998. Camille MOREEL, 1880 à travers la presse, 1998. Myriame EL YAMANI, M édias etféminismes, 1998. Jean-Louis CORRIERAS, Les fondements cachés de la théorie économique, 1998. Laurence ELLENA, Sociologie et Littérature. La référence à l'oeuvre, 1998. Pascale ANCEL, Ludovic GAUSSOT, Alcool et Alcoolisme, 1998.

<9 L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6781-4

Li - Hua ZHENG

LANGAGE ET INTERACTIONS SOCIALES
La fonction stratégique du langage dans les jeux de face

Préface de LOllis-Jean Calvet

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc)-CANADA H2Y lK9

(PRE)FACE

*

De la même façon que les chercheurs américains réunis à partir de 1892 autour d'Albion Small pour créer le département d'anthropologie et de sociologie de la jeune Université de Chicago prenaient leur ville conuue un laboratoire, choisissant d'étudier en priorité les migrations dont elle était le but et l'intégration de ces migrants, Zheng Li-Hua a choisi de prendre en compte les pratiques linguistiques des Chinois de Paris pour élaborer sa réflexion. La comparaison s'arrête là, car nos sociologues partaient de rien, ou de peu de choses, et allaient construire ce que nous appelons al~ourd'hlli "l'école de Chicago", alors que Zheng Li-Hua a hérité d'un corpus théorique important. Mais, et c'est en celà que ce livre est exemplaire, il nous propose, à partir d'une enquête de terrain, à la fois un manuel d'initiation (la présentation de différentes théories) et des propositions de nature à faire avancer la théorie. Son terrain peut sembler limité: un grand restaurant chinois de Paris. Mais, voulant "dégager les normes qui sous-tendent les comportements communicationnels des Chinois", l'auteur se situe à la croisée de deux héritages: l'héritage théorique que je viens d'évoquer (Austin, Giles, Goffman, Gumperz, Kerbrat-Orecchioni...) et son propre héritage culturel, en particulier la notion de face. Le rôle de la culture chinoise de la face dans la théorisation est donc central dans ce travail. Notant et analysant des pratiques linguistiques, Zheng Li-Hua travaille en même temps sur des représentations et c'est dans le va-et-vient entre ces deux pôles que se construit la stratégie des jeux de face qu'il met en évidence dans les interactions. Cela le mène à proposer un "nouveau modèle de stratégies de communication": c'est ici que la notion chinoise de la face vient utilement préciser, compléter et parfois corriger la façon dont Goffman, Brown et Levinson abordaient la question. Gagner/donner de la face, protéger sa face/la face de l'autre, cette vision stratégique de la
* Bis repetita placent, je ne résiste pas à la tentatiœ de renouveler la plaisanterie dt\jà utilisée dans la (pré)face du premier livre de Zheng Li-Hua, Les Chinois de Paris et leurs jeux de face, Paris, l'Harmattan, 1995.

communication nous mène à l'affrontement, au jeu, au sport. Mais la différence entre le jeu (ou le sport) et la communication est qu'il y a dans le premier cas un résultat, une victoire eX bat Y) et donc une défaite (Y est battu par X) ou un match nul eX et Y ont le même score) alors que dans la communication, on peut toujours corriger à un autre niveau, celui de la face, ce résultat: "on peut n'être perdant qu'en apparence mais gagnant en réalité". De ce point de vue, j'ai le sentiment qu'une autre référence théorique est ici sans cesse souterraine, non dite mais omniprésente, tant elle est centrale dans la pensée chinoise concernant la stratégie. Je veux parler de Sunzi, ce général du VIe siècle avant l-C. et de son Art de la guerre, manuel fondamental dont Zheng Li-Hua pourrait un jour nous proposer une relecture. Ici, une anecdote. Il y a quelques années, lors d'une visite que William Labov avait faite au laboratoire de sociolinguistique que je dirigeais alors à la Sorbonne, j'avais demandé à quelques thésards, parmi lesquels Zheng Li-Hua, de présenter rapidement leurs travaux. Lorsque Zheng eut terminé sa présentation, Labov lui demanda s'il n'avait pas quelques problèmes déontologiques à observer ainsi à son insu le comportement du personnel d'un restaurant. Pas du tout, répondit Zheng, j'en ferai un livre que le patron pourra afficher à côté de la caisse, il montrera ainsi à tous les clients que l'on a écrit sur son établissement... Je me souviens que Labov s'était mis à rire et avait applaudi. Or, derrière le trait d'humour perçait quelque chose de plus profond: "en faisant un livre sur son restaurant, je donne de la face au patron" semblait dire Zheng. Je ne sais pas si le premier ouvrage est exposé dans le restaurant en question, mais j'en doute car Zheng Li-Hua a brouillé les cartes. Dans son premier livre comme dans celui-ci, il indique en effet qu'il a pratiqué pendant quatre ans une observation participante, ce qui est vrai, "dans un grand restaurant chinois appelé Chinaville et situé dans le 13ème arrondissement de Paris", ce qui est faux pour le nom comme pour l'emplacement. Connaissant l'exquise politesse toute chinoise de l'auteur, je ne doute pas qu'il veuille, ici encore, donner de la face à son ex-patron. Mais ilIa lui donne en l'oblitérant, en le faisant disparaître, ou du moins en faisant disparaître les indices permettant de l'identifier. Dans sa réponse à Labov, donc, il se donnait de la face, il en donne à son expatron en l'anonymisant, et ces deux objectifs, protéger sa face, protéger la face de l'autre, impliquent des comportements différents, situer le terrain d'enquête dans un cas, le cacher dans l'autre: les voies de la face sont impénétrables... Et ceci me mène à une dernière remarque. Le lecteur aura peut-être remarqué que, tout au long de cette préface, j'ai cité Zheng Li-Hua alors que, sur la couverture de ce livre, le nom de l'auteur apparaît sous la 6

forme Li-Hua Zheng. Or le prénom chinois (ici Li-Hua) vient toujours après le nom (Zheng), et passant de Zheng Li-Hua à Li-Hua Zheng, l'auteur s'est donc conformé à une autre habitude, la nôtre, il s'est en quelque sorte "dé-sinisé". Ceci ne constitue en aucun cas un lapsus: Zheng Li-Hua sait ce qu'il fait, et il le fait avec une raison précise. Je ne doute pas d'ailleurs que si, comme je l'espère, ce livre et le précédent sont publiés en Chine, l'ordre du nom et du prénom sera rétabli. Alors? Les Français qui ignorent le système chiIiois ont souvent des difficultés à identifier le nom (et le prénom) de leur interlocuteur, et il est probable que nous sommes ici devant une négociation de face typique. Mais à qui l'auteur veut-il donner de la face? A lui-même, en se pliant au système anthroponymique "à l'occidentale", ou aux lecteurs, en refusant à les dérouter, en leur permettant d'identifier son prénom et son nom? Je n'en sais rien, bien sûr. Mais ce point mineur est cependant caractéristique de la subtilité de cet ouvrage qui n'est en aucune façon le compte rendu d'un travail de terrain (on le trouve dans les Chinois de Paris et leurs jeux de face, chez le même éditeur) mais un livre théorique qui n'oublie jamais que tout se joue sur le terrain. Et ce va-et-vient entre l'enquête et la théorie me paraît être fondamental pour les sciences sociales en général et la linguistique en particulier. Il est une citation de Mao Tzedong que mes étudiants connaissent par coeur, tant je la leur ai répétée: méi you diào cluj jiù méi you fà yan qUGn (~1fi%J1!t, ~~{f~1H)l), dix caractères que l'on traduit généralement en français par "qui n'a pas fait d'enquête n'a pas droit à la parole". Mao était tout sauf linguiste, mais les linguistes devraient garder en tête cette phrase, émise bien sûr avec une toute autre intention. Zheng Li-Hua a fait une longue enquête. Il faut écouter sa parole.

Louis-Jean Calvet

7

INTRODUCTION GENERALE

*

Selon A.E. Scheflen, "la communication peut, en somme, être définie comme le système de comportement intégré qui calibre, régularise, entretient et, par là. rend possibles les relations entre les hommes" (dans WINKIN, 1981 :157). Cette définition insiste, comme on peut le voir, sur l'aspect comportemental de la communication et sa fonction sur les relations sociales, ce qui a été pendant longtemps négligé par la linguistique traditionnelle qui a restreint la communication à un type particulier de relation intersubjectiveentraîné par la communication qu'est la transmission de messages et qui a privilégié les études sur les différentes formes de la langue considérée comme instrument de la communication, c'est-à-dire comme un code de l'infonl1ation en écartant à la fois, sous prétexte d'une description valide et rigoureuse, et les sujets communiquant et les effets de communication. Depuis l'émergence des notions d'interaction et d'énonciation dans. le champ de la linguistique. cette discipline a connu de véritables bouleversements qui peuvent être qualifiés à la fois de créatifs et de déroutants. Créatifs. parce que des idées jaillissent et se renouvellent; déroutants. parce que ces idées se dispersent de façon turbulente, ainsi que le fait remarquer François-Geiger: "Il y a autant d'écoles sociolinguistiques que de sociolinguistes, d'écoles pragmatiques que de pragmaticiens" (1990 : 23). Mais tous semblent concourir à la recherche d'une appréhension plus précise et plus réaliste de ce qu'est véritablement la communication et un déplacement général de perspective se fait connaître: à partir de l'étude des relations s'établissant entre les différentes unités constitutives du message échangé, on passe à l'étude des relations s'établissant entre les différents partenaires de l'échange. Engagé .dans ce nouveau concept de la communication, j'entends me concentrer, dans cette étude, sur la gestion des relations entre des agents sociaux qui agissent les uns sur les autres, telle qu'elle s'effectue

* Je remercie profoodéJnent Moosieur le professeur Louis-jean CalVel diriger mes travaux de redJ.erdIe pendant des années lors de moo ~our en la gentillesse de préfacer mes deux ouvrages, celui-ci ainsi que le premier de Paris et leurs jeux de face (1995). J'adresse également mes smtiments cootributioo de Madame MidIèle Pancaldi au point de vue du français.

d'avoir bien voulu France el d'avoir eu intitulé les Chinois de gratitude pour la

dans et par la communication. Les stratégies utilisées pour réaliser cette gestion constitueront l'objet principal de ma description. Le choix de cet objet d'analyse entraîne sur ma démarche quelques conséquences: 1) Je partirai des activités du sujet parlant, activités orientées et finalisées. La communication sera pour moi un acte destiné à modifier la réalité sociale ou, plus précisément, à modifier les relations interpersonnelles du locuteur avec son interlocuteur. "Parler, c'est cormnuniquer, et communiquer, c'est inter-agir" (KERBRAT-ORECCHIONI, 1990: 12); 2) Je partirai du locuteur comme agent social rationnel sachant manifester ses intentions à partir des moyens disponibles et en fonction de la situation; 3) Je partirai des fonctions du langage considéré comme un ensemble de ressources stratégiques fournissant à l'agent social les possibilités d'agir. En fixant comme objet de description "les stratégies de communication", je ne prétends pas étudier des stratégies de communication universelles, ce qui me semblerait d'ailleurs illusoire, étant donné que "la communication --tant dans ses aspects verbaux que non-verbaux -- n'a de sens qu'au sein des sociétés, des ethnies, des cultures où elle est produite et utilisée, chacun ayant la sienne en propre" (ARGENTIN, 1989 : 32). Je me limiterai donc aux stratégies de communication des Chinois puisqu'elles correspondent à ma propre culture au sein de laquelle j'ai grandi et où j'ai connu le plus d'expériences directes, celle enfin à propos de laquelle je me sens plus en sécurité pour élaborer des affirmations. La prise en considération de cette dimension culturelle m'amène à un deuxième objectif, lié étroitement au premier et non moins essentiel pour moi: explorer, à travers la description de stratégies de communication, certains principes généraux selon lesquels les Chinois organisent leurs expériences au quotidien, et tout particulièrement celles concernant leur environnelllent social. Autrement dit, je voudrais dégager les normes qui sous-tendent les comportements communicationnels des Chinois, normes qui leur sont en partie préexistantes mais qui, en même temps, sont en permanence réactualisées par leur pratique quotidienne et qui assurent un certain ordre social dans les interactions. Comme le nombre de normes qui régissent et peuvent régir les comportements des acteurs sociaux est sans limite, je me vois dans l'obligation d'en effectuer un choix qui sera pertinent pour moi et pour ma recherche. Ainsi, parmi d'innombrables valeurs culturelles chinoises, j'ai choisi celles exprimées par la notion de "face", en ce qu'elle apparaît comme une véritable contrainte ancrée dans la culture chinoise et en ce qu'elle constitue la charpente organisatrice des conduites des Chinois dans leurs relations interpersonnelles 10

quotidiennes. Y.T.LIN, chercheur chinois, affirme en effet, lorsqu'il parle de la face chinoise: "Nous touchons là à l'aspect le plus subtil et le plus mystérieux de la psychologie sociale des Chinois. Bien qu'abstraite et insaisissable, elle est la règle supérieure et la plus raffinée. Elle constitue le principe de toute interaction sociale des Chinois" (LIN, 1990 : 183). Il est difficile de donner un sens exact à la notion de "face", étant donné qu'elle est imprégnée des valeurs culturelles implicites. On peut la définir approximativement comme une représentation des valeurs positives qu'un agent social réclame à travers son interaction avec autrui. Il est à souligner que la "face", en tant qu'ensemble de normes culturelles, fonctionne, selon moi, à la fois comme causes et comme objectifs des comportements, c'est-à-dire à la fois en tant que "parce que" et en tant que "en vue de". Selon la définition de Schutz, "'l'en vue de' se réfère au futur et coïncide avec l'objet ou le but à atteindre et où l'action elle-même n'est qu'un moyen. Le 'parce-que' se réfère au passé et peut être défini comme la cause ou la raison de l'action" (1987 : 252). Si l'on admet que les comportements communicationnels sont réagis par des normes culturelles et que chaque culture possède ses propres normes, il n'est pas déraisonnable de supposer que ces comportements puissent fonctionner comme expression de normes culturelles et comme indices qualitatifs des relations sociales. Ainsi, P.Brown et S.C.Levinson soulignent que la découverte des principes de l'usage langagier peut coïncider largement avec celle des principes selon lesquels les relations sociales sont construites (BROWN, LEVINSON, 1987 : 55). UEco affirme ainsi que les phénomènes culturels doivent être vus comme phénomènes de communication et que les phénomènes de la culture peuvent devenir objets de communication, c'est-à-dire comme des signifiés que les hommes se communiquent entre eux. Pour lui, on peut mieux comprendre une culture si l'on l'envisage sous l'aspect de la communication (1972 : 28-29). Je touche là à mon troisième objectif qui peut paraître secondaire mais qui n'est pas sans intérêt: étudier la culture chinoise ou plus exactement la communauté chinoise à Paris telle qu'elle se manifeste à travers ses comportements langagiers, de même qu'on pourrait étudier cette culture dans la perspective de ses structures économiques, politiques ou sociales ou bien de ses croyances religieuses, ou encore de son écologie, etc. Cette étude est le résultat d'une enquête par la méthode de l'observation participante que j'ai effectuée entre 1989 et 1993 dans un grand restaurant chinois, appelé Chinaville et situé dans le l3ème arrondissement de Paris. Cette méthode d'observation participante s'appuie sur des critères théoriques et pratiques. S'il est admis en général 11

que l'objet d'étude des sciences sociales est le comportement humain, avec ses fonnes, son organisation et ses résultats, il y a des divergences d'opinion quant à la méthodologie. Certains avancent que le comportement humain doit être étudié suivant les mêmes méthodes que les sciences naturelles, par une observation objective et une analyse quantitative. D'autres, partant du fait que le champ d'observation propre aux sciences sociales, contrairement à celui propre aux sciences naturelles, a "une signification spécifique et une structure pertinente pour les êtres humains vivant, agissant et pensant à l'intérieur de lui" (SCHUTZ, 1987 : 79), défendent le point de vue suivant lequel "les sciences sociales doivent traiter de la conduite humaine et de son interprétation par le sens commun dans la réalité sociale" (ibid. : 42). L'observation participante constitue, d'après moi, l'une des meilleures méthodes, sinon la plus adéquate, pour évaluer une situation à partir du point de vue de l'un des participants, étant donné que, lui-même faisant partie intégrante du système de communication dans lequel il joue un rôle double, l'observateur participant (ou le participant observateur) considère ses propres motivations comme imbriquées avec celles de ses partenaires. Il partage avec eux les mêmes espoirs et les mêmes craintes et se comporte suivant les mêmes critères de pertinence. Il lui est donc possible de vérifier le sens qu'il attribue à l'action de l'autre. Cette méthode d'observation participante entraîne deux conséquences principales sur cette étude: d'abord, impliqué entièrement dans la vie du restaurant, je suis devenu à la fois un chercheur et un objet de recherche; de même, le corpus est constitué de petits détails concernant les interactions telles qu'on peut les observer dans la vie de tous les jours, étant donné que "c'est dans les rencontres les plus quotidiennes que se livrent les enjeux sociaux les plus riches d'enseignement" (WINKIN, 1981 : 94). Enfin, je présente ici un aperçu général de mon travail. Cet ouvrage contient cinq chapitres: le premier sera une analyse de la situation sociolinguistique de la communauté chinoise de Paris; le deuxième est consacré à la discussion du contenu de la communication en insistant sur son aspect social; le troisième représentera une tentative d'analyse sémiologique du langage en tant qu'ensemble de ressources stratégiques; dans le quatrième, je tenterai un essai de typologie des stratégies de communication utilisées, servant en quelque sorte d'introduction au chapitre 5 qui étudiera la façon dont s'appliquent les principes énoncés dans les parties précédentes. Tout au long de l'analyse des stratégies communicatives, j'essayerai de dégager des particularités chinoises issues de leurs valeurs culturel1es tout en les mettant en contraste avec la culture occidentale. 12

Chapitre 1

LA SITUATION SOCIOLINGUISTIQUE DE LA COMMUNAUTE CHINOISE DE PARIS

1.

INTRODUCTION

Les Chinois de Paris disposent le plus souvent de plusieurs langues, qu'ils maîtrisent plus ou moins parfaitement. La variété de leurs compétences linguistiques constitue pour eux une ressource importante dans leur vie professionnelle. Ceux qui parlent plusieurs langues ontplus de chances de trouver un emploi ou d'améliorer leur position dans l'entreprise où ils travaillent. Par exemple, dans les petites annonces proposant une embauche, on exige souvent du candidat la maîtrise de plusieurs langues. Notre objectif ici n'est pas d'analyser cet aspect pratique des ressources linguistiques, mais de nous interroger plutôt sur l'effet de ces ressources sur la vie sociale des Chinois de Paris, ainsi que sur la relation entre la coexistence des variétés linguistiques et leurs fonctions sociales. Le restaurant où j'effectue des enquêtes emploie plus de 70 Chinois parmi lesquels on trouve des réfugiés politiques venus de l'Asie du Sud-est, des émigrés économiques venus de Hongkong et de Chine populaire et des étudiants chinois venus également de Chine populaire. Bien que nourris tous par la culture chinoise en termes généraux, ces personnes sont historiquement assez différentes les unes des autres. Une des caractéristiques de l'établissement, c'est la richesse du répertoire linguistique du personnel. On peut y entendre au moins 10 langues mises en usage avec des fréquences différentes pour la communication interne du restaurant: le mandarin, le cantonnais, le teochiul, le wenzhou, le
1

C'est la transcripticn qu'utilisent les "JfJljli À " (en [M] chtlo zhoü rén: perscnnes originaires de la régicn de dIaozhou) de Paris pour désigner leur propre langue, transcripticn basée sur la prcncneiaticn du terme en cette langue même. lei, dans cette note, "en [M]" veut clire "en mandarin". Tout au lcng de l'ouvrage, j'utiliserai les abréviaticns pour désigner les langues. Notcns: F=français, M=mandarin, C=cantamais, T=teod1iu.

qingtian, le shanghaï, le jianxi 2, le français, le vietnamien, le khmer. On observe que le fait de parler trois ou quatre langues est assez courant parmi les employés et que la maîtrise de plusieurs langues constitue même "un signe distinctif majeur" (HASSOUN, 1988 : 138) de certains sous-groupes (des réfugiés politiques, par exemple). La composition du répertoire linguistique, dont le noyau est constitué par la langue maternelle à laquelle s'ajoutent d'autres connaissances linguistiques mais plus rudimentaires, varie selon les individus en fonction de leur position sociale, de leur zone d'habitation aussi bien dans le pays de départ qu'à Paris et de leurs circuits de migration3. Le cas de ce restaurant est représentatif de la situation de l'ensemble de la communauté chinoise de Paris. Dans ce chapitre, nous allons d'abord décrire la situation sociolinguistique générale de la communauté chinoise de Paris en examinant les liens existant entre la coexistence des langues et leurs fonctions sociales pour passer ensuite à un cas particulier, celui des réfugiés politiques afin de mieux saisir la constitution et l'évolution de leur répertoire linguistique conditionnées l'une et l'autre par les contextes socio-culturels. Une analyse de la situation sociolinguistique me semble importante, car, à en croire M.Heller, un comportement communicationnel ne peut être compris que lorsqu'il est situé dans le contexte de l'économie linguistique de la communauté et du répertoire linguistique individuel de l'acteur (HELLER, 1988: 2).

2.

LA SITUATION

SOCIOLINGUISTIQUE

GENERALE

Comme nous venons de le souligner, ce qui caractérise le restaurant, c'est une situation de multilinguisme. On peut y entendre une dizaine de langues mises en usage avec des fréquences différentes pour la communication interne de l'établissement. Je vais tenter d'examiner la relation entre la coexistence des variétés linguistiques et leurs fonctions sociales en m'appuyant sur la théorie de la diglossie ayant pour fondateurs principaux C.Fergl1son (1959) et J.A.Fislunan (1967).

2 Le wenzhou désigne ici la langue parlée par les persrnnes de Wenmou, le qingtian, langue parlée par celles venues de Qingtian. TIest de même pour le shanghaï et le jianxi. 3 Pour Wle descripticn plus détaillée de l'aCClwlUlaticn des cœnaissances linguistiques des Chinois de Paris (surtout des réfugiés politiques), voir J.P.HassoWl 1988 et L.H. Zheng 1994.

14

2.1. 2.1.a.-

La théorie de la diglossie

La définition de la diglossie de Ferguson L'attention de Ferguson a été attirée sur le fait que, souvent, les locuteurs utilisent une variété linguistique plutôt qu'une autre dans une certaine circonstance bien déterminée. Il attribue à ce phénomène le terme de "diglossie" qu'il définit comme la situation "where two varieties of a language exist side by side throughout thecommunity, with each having a definite role to play" (Ferguson, cité par FASOLD, 1984 : 34). Dans la terminologie de Ferguson, cette situation est à distinguer à la fois de celle où une langue standard et un dialect régional s'utilisent d'une façon alternative et de celle où "two distinct. .. 13l1guagesare used... throughout a speech community each with a clearly defined role" (ibid.) Notons plusieurs points importants dans cette définition: a) Il s'agit de la coexistence de deux variétés linguistiques, qualifiées resPectivement par Ferguson de H (angl. high, "variété haute") et de L (angl. low, variété basse)~ b) Ces deux variétés appartiennent nécessairement à une même langue, ce qui implique une certaine relation entre les deux variétés qui, bien que différentes, ne devraient pas être considérées comme deux langues séparées~ c) Ces deux variétés sont suffisamment distinctes pour qu'on puisse ne pas les considérer seulement comme des styles ou des registres différents~ d) Chaque variété a une fonction distincte suivant les situations d'élocution. La théorie de diglossie de Fishman Dans un article publié en 1967, J.A.Fishman reprend et étend le concept de diglossie tel que l'avait posé précédemment Ferguson. Pour lui, la diglossie se distingue clairement du bilinguisme. Le bilinguisme se réfère à la capacité d'un individu à utiliser plus d'une variété linguistique alors que la diglossie renvoie à l'usage de plusieurs langues ou variétés suivant les différentes situations de communication auxquelles est exposé le locuteur dans une société donnée. Fishman apporte deux modifications fondamentales à la conception de Ferguson. D'abord, il considère qu'il peut y avoir plus de deux codes en présence~ d'autre part, il rejette la restriction de parenté ou de différence nécessaire entre les variétés et il englobe, dans sa définition de la diglossie la coexistence pOssible de tous types de codes dans leurs variations possibles (allant des subtiles différents styles d'une même langue aux langues totalement séparées). Ce n'est que lorsqu'il existe une 2.1.b.

.

-

15

différence fonctionnelle entre les deux codes que s'impose une diglossie. Dans l'acception du terme de diglossie par Fishman, le terme luimême n'est plus approprié. Mais comme il s'agit d'un terme historique, les linguistes continuent à l'utiliser en négligeant la signification originale du préfixe ("di" = deux). Il en est de même pour le terme "bilinguisme", car on peut se trouver en présence de plus de deux langues, ce qui correspond en réalité au plurilinguisme. Fishman trouve d'ailleurs que le degré du bilinguisme individuel constitue un facteur important pour une typologie des sociétés. Il trace quatre types de relations possibles entre le bilinguisme et la diglossie (FISHMAN, 1971 : 89).

DIGLOSSIE BILINGUISME +

+

1. Diglossie et bilinguisme

2. Bilinguisme sans diglossie

3. Diglossie sans

bilinguisme

4. Ni diglossie ni bilinguisme

Figure 1 Relations entre bilinguisme et diglossie

Le case 1 désigne une communauté linguistique caractérisée à la fois par le bilinguisme et la diglossie où chaque locuteur connaît les
variétés high et low et où ces variétés assument des fonctions distinctes.

Le case 2 renvoie à une communauté dans laquelle existe un grand nombre d'individus bilingues qui ne restreignent pas une variété à une série de circonstances et une autre à une autre série. Chaque variété peut s'utiliser pour presque toutes les fonctions. Le case 3 se réfère à une communauté où existent deux groupes distinctes, l'un n'utilise que la variété high et l'autre que la variété low. 16

Une telle communauté diglossique sans bilinguisme ne peut être considéroo comme une communauté linguistique, étant donné que les deux groupes ne possèdent pas de langue commune pour la communication. Le case 4 n'est que logiquement possible. Etant donné que Fislunan étend la diglossie à l'existence de différents styles, il est difficile de trouver une communauté sans diglossie ni bilinguisme.

2.2. La situation au restaurant
Je vais essayer d'appliquer la théorie de Fishman au cas du restaurant en me posant la question liA quel case peut correspondre la communauté chinoise?" Il semble qu'elle peut être classée comme une communauté à la fois bilingue et diglossique (case 1), à condition qu'on y voie un bilinguisme particulier et une diglossie particulière. Un bilinguisme particulier Partons d'abord d'un bilan des répertoires linguistiques au sein des différents groupes composant le personnel du restaurant: 2.2.a.

Groupes Africains Cambodgiens Vietnamiens Teochiu Cantonnais Hongkong Wenzhouville4 Qingtian Etudiants

Répertoires linguistiques français, malingua français, khmer français, vietnamien français, mandarin, cantonnais, teochiu, vietnamien, khmer français, mandarin, cantonnais, teochiu, vietnamien, kllmer français, mandarin, cantonnais français, mandarin, wenzhou français, mandarin, wenzhou, qingtian français, mandarin et langue maternelle de chacun

Répertoires

Figure 2 linguistiques des différents groupes du restaurant

4 On parle souvent des "fM,.1.ri "(en [M] Weil zhou ren: persames originaires de Wenmou). A En réalité, ils ne viennent pas tous de la ville de Wenmou. Pour plus de clarté, j'utilise "le groupe des Wenmou" pour désigner l'ensemble et "le groupe de Wenmouville" pour désigner celL" qui viennent de la ville de Wenmou proprement dite.

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Plusieurs remarques s'imposent: a) Dans les relations intra-groupes (des Teochiu, par exemple), il s'agit d'un bilinguisme parliel. Tous ne possèdent pas d'une façon complète le répertoire linguistique propre à ce groupe et tous ne le possèdent selon un même niveau. Beaucoup de Chinois réfugiés politiques (surtout les cuisiniers) ne parlent pas français. La place de celui-ci dans le répertoire linguistique de ce groupe peut se justifier par deux faits: d'abord, une partie d'entre eux parient plus ou moins bien cette langue; par ailleurs, si beaucoup de cuisiniers ne peuvent pas l'utiliser même dans une conversation élémentaire, cela ne veut pas dire qu'ils n'aient aucune notion de français. On peut constater qu'à l'aide de gestes et de quelques mots français, on peut très bien communiquer un message simple et que le peu de français à leur disposition peut également servir à la gestion des relations sociales. Par exemple, entre deux Teochiu, dire "Bonjour" en français n'a pas la même signification que de le dire en teochiu. b) Du point de vue de la relation inter-groupe, c'est-à-dire entre les différents groupes chinois, on peut constater un bilinguisme partagé, mais de degrés différents selon les groupes: tous partagent le français et le mandarin (deux langues); les Teochiu et les Cantonnais partagent français, mandarin, cantonnais, teochiu, vietnamien et khmer (langue cambodgienne), soit six langues au total, et ensemble, ils partagent français, mandarin et cantonnais (trois langues) avec le groupe de Hongkong; les WenzhouviIle et les Qingtian partagent français, mandarin et wenzhou (trois langues). c) Du point de vue de la relation interethnique (entre les différentes minorités par rapport à la majorité française), il s'agit d'un bilinguisme la fois accumulé et partagé: partagé entre des minorités qui étaient déjà en contact dans le passé, c'est-à-dire entre les Cambodgiens ou les Vietnamiens d'une part et les Chinois réfugiés politiques d'autre part (les Teochiu et les Cantonnais); accumulé entre les groupes historiquement distincts comme entre les Africains et les différents groupes chinois, les Cambodgiens ou les Vietnamiens et les autres groupes chinois excepté le groupe des réfugiés politiques, puisqu'à part le français, unique vecteur de communication, chacun n'apprend ni ne parie la (les) langue(s) de l'autre, sauf quelques mots pour la plaisanterie. 2.2.b. Une diglossie particulière Rappelons d'abord qu'au coeur du .concept de la diglossie, on sait

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que les différentes variétés linguistiques ont des fonctions distinctes. Le problème, c'est de savoir de quelles fonctions il s'agit. Ferguson, Fishman, ainsi que beaucoup d'autres chercheurs insistent sur la séparation des situations. Ils s'accordent pour dire que la variété high est utilisée dans les situations formelles et la variété low, dans les situations informelles et privées. Les variétés high sont utilisées pour les sermons, pour les discours officiels et administratifs, dans l'enseignement, et elles sont associées à la vie urbaine plutôt que rurale. Les variétés low sont utilisées pour s'adresser aux membres de la famille et aux amis, ainsi qu'aux personnes de statut inférieur. Elles sont également associées aux identités rurales (FASOLD, 1984 : 52). Si l'on retient comme pertinent le critère de la situation dans la séparation des fonctions, il est difficile de considérer la communauté chinoise de Paris comme diglossique car, d'après mes observations, les Chinois utilisent français, mandarin, cantonnais, teochiu, etc., tant dans des situations plutôt formelles (avec les clients, à la réunion du personnel, etc.) que dans des situations pllitôt informelles (entre les amis, entre les collègues, etc.). Mais la nondistinction des situations ne signifie pas la non-distinction des fonctions. Prenons comme exemple le groupe des Teochiu dont le répertoire linguistique est composé de français, mandarin, cantonnais, teochiu, vietnamien et khmer. Ils communiquent quotidiennement entre eux en teochiu, leur langue maternelle. Le teochiu a pour fonction de marquer l'intimité des relations interpersonnelles, alors que les autres langues, français, mandarin et cantonnais, normalement utilisées pour la communication avec les autres groupes, ont pour fonction de marquer, si elles sont utilisées à l'intérieur du groupe, une distance dans les relations interpersonnelles. De là, on pourrait établir d'importances déductions. On pourrait définir la diglossie non pas à partir de la séparation des fonctions situationnelles, mais de celle des fonctions relationnelles. Dans ce cas, il conviendrait d'apporter une modification aux définitions des variétés high et low, traditionnellement basées sur le critère de prestige. Selon Ferguson à qui l'on doit l'origine des définitions, high est une variété supérieure, hautement codifiée, importante et respectée, alors que lowest une variété inférieure, à ce point que son existence est déniée (FASOLD, 1984 : 36). Je préfère voir en low une variété normalement utilisée par les membres d'une communauté dans leurs conversations ordinaires intra-groupes, variété ressentie comme associée à un "nous", liée plutôt à la solidarité, à l'intimité et à l'engagement personnel et en high une variété utilisée plutôt pour la communication avec les membres des autres groupes, variété ressentie comme associée à un "eux", liée plutôt à l'autorité, à la formalité et au détachement personnel. Cette idée

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de la séparation des fonctions relationnelles s'inspire d'une théorie de la marque de C. Scotton qui peut se résumer comme suit: les membres d'une communauté se forment une théorie naturelle de la marque. Ainsi, certains choix de code dans un certain contexte sont sentis comme une réalisation non-marquée d'une série de droits et d'obligations implicites entre les participants alors que les autres choix sont sentis comme plus ou moins marqués, étant l'indice de droits et d'obligations non-attendus dans le présent contexte (SCOTTON, 1988: 152). Appliquée à notre cas, la variété lowest une variété non-marquée dans un contexte intra-groupe, alors que high, utilisée dans le même contexte, sera une variété marquée étant donné qu'elle est liée au contexte intergroupe. A partir de cette nouvelle définition des variétés high et low, il m'est possible de décrire la situation de diglossie présente dans ce restaurant. Je voudrais d'abord introduire la notion de "communauté diglossique" que Fasold définit comme "une unité sociale qui partage les mêmes variétés H et L" (1984 : 44). Selon cette notion, on peut établir des communautés diglossiques de degrés différents dans le cas du restaurant, d'ailleurs représentatif du cas général de Paris. Un trait typique de situation plurilingue, très perceptible dans ce cadre, c'est que différentes communautés diglossiquesse partagent une(les) même(s) variété(s) high mais se distinguent en leur(s) variété(s) low. De plus, comme on va le voir, une communauté diglossique est décomposable en sous-communautés diglossiques selon la répartition des variétés high et low utilisées. Ces deux caractéristiques sont illustrées dans la figure 3. A partir de la figure 3, on peut tirer plusieurs remarques: a) Il s'agit d'abord d'une diglossie superposée. Dans le contexte français, le français sert d'instrument de communication entre les différentes communautés diglossiques, tant en situations formelles qu'en situations informelles, vu que c'est le seul véhicule possible. Les communautés diglossiques se distinguent par leur usage d'une ou de plusieurs variété(s) low. L'ensemble des Chinois forme une communauté diglossique (groupe 1), car ils partagent, à part le français, variété high, le mandarin comme variété low dans la conversation courante entre, par exemple un étudiant et un Cantonnais, un Teochiu et un Wenzhou. Mais on remarque tout de suite que tous les Chinois n'utilisent pas le mandarin dans sa fonction low. Une subdivision s'impose: les Teochiu, les Cantonnais et les Hongkongais communiquent quotidiennement en cantonnais et peuvent former une communauté diglossique ayant le français et le mandarin comme variété high et le cantonnais comme

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