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Langues et cultures régionales de France

De
258 pages
Quels sont les rôles respectifs de l'Etat et des collectivités locales dans la promotion des langues de France ? Comment faire sans la Charte européenne des langues régionales ? Quelle est la situation ds médias (presse écrite, édition, audiovisuel) en langues régionales ? Quel rôle pour les associations dans a défense et la promotion des langues régionales ?
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LANGUES ET CULTURES
RÉGIONALES DE FRANCE
Dix ans après
Logiques Sociales
Collection dirigée par Bruno Péquignot

En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes,
même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques
Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non
finalisée et l'action sociale.
En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à
promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une
enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance
empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une
innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation
de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.

Dernières parutions

Mathieu MARQUET, Trajectoires sociales ascendantes de
deux jeunes issus de milieu populaire. Récits de vie, 2011.
Jean-Claude NDUNGUTSE, Rwanda. Les spectres du
Malthus : mythe ou réalité ?, 2011.
Lina BERNABOTTO, Ces choses non dites et qui font leur
chemin, 2011.
Bénédicte BERTHE, Le sentiment de culpabilité et les sciences
économiques : les promesses d’une nouvelle relation, Tome 2,
2011.
Bénédicte BERTHE, Le ences
humaines : la richesse d’une ancienne relation, Tome 1, 2011.
eAnne COVA, Féminismes et néo-malthusianismes sous la III
République: “La liberté de la maternité”, 2011.
H. LETHIERRY, Sauve qui peut la ville. Études lefebvriennes,
2011.
A. AJZENBERG, H. LETHIERRY, L. BAZINEK, Maintenant
Henri Lefebvre. Renaissance de la pensée critique, 2011.
Alexandru GUSSI, La Roumanie face à son passé communiste,
2011.
Cédric FRETIGNE, Exclusion, insertion et formation en
questions, 2011.

Christos Clairis, Denis Costaouec,
Jean-Baptiste Coyos, Béatrice Jeannot-Fourcaud
(Éditeurs)







LANGUES ET CULTURES
RÉGIONALES DE FRANCE
Dix ans après

Cadre légal, politiques, médias




Actes du Colloque
3 et 4 décembre 2009
Sorbonne - Université Paris Descartes

Organisé avec le soutien de la
Délégation générale à la langue française
et aux langues de France


























































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54806-0
EAN : 9782296548060
SOMMAIRE
Avant-propos 9

Séance inaugurale
Mot de bienvenue de Monsieur Arnaud DUCRUIX,
vice-président de l’université Paris Descartes 21
Mot de bienvenue de Madame Sylvette MAURY, doyenne
de la faculté des sciences humaines et sociales 23
Intervention de Monsieur Xavier NORTH, délégué général à la langue
française et aux langues de France : Langues et cultures régionales.
Dix ans après 25

Thème 1. Cadre constitutionnel, légal et réglementaire.
Limites et possibilités. Faire sans la Charte européenne
des langues régionales ou minoritaires ?
Contexte et problématique 35
Jean-Marie WOEHRLING : Origine historique, principes fondamentaux
et système juridique de la Charte européenne des langues régionales
ou minoritaires 37
Philip BLAIR : Ce qui manque sans la Charte européenne des langues
régionales ou minoritaires 67
Guy CARCASSONNE : Le nouvel article 75-1 de la Constitution 77
Véronique BERTILE : L’article 75-1 de la Constitution :
vers une (r)évolution du cadre juridique des langues régionales ? 85



7

Thème 2. Politiques : les langues « régionales » sont-elles l’affaire
des Régions ? Quelle est la place respective de l’État
et des collectivités territoriales ?
Contexte et problématique 101
Martine FAURE : Pourquoi une loi pour les langues régionales
de France ? 103
René RICARRERE : Langues de France : une loi pour les langues
régionales, facteur de développement, de progrès 113
Marc LE FUR : Langues régionales : d’une situation de non-droit
à la reconnaissance normative 123
Marie SALAÜN & Jacques VERNAUDON : « Les langues kanak sont,
avec le français, des langues d’enseignement et de culture en
Nouvelle-Calédonie. » Et après ? 129
Barbara LOYER : Les langues régionales sont-elles l’affaire
des Régions ? 151

Thème 3. Presse et médias en langues régionales.
Contexte et problématique 173
Nicole GENDRY : Le Conseil supérieur de l’audiovisuel
et les langues régionales 175
Luc LAVENTURE : Langues régionales, langues de demain :
quel(s) rôle(s) pour les médias ? 187
Pere MANZANARES : Ràdio Arrels 203
Fañch BROUDIC : Presse et médias en langue bretonne : les enjeux 213

Table ronde. Le rôle des associations dans les politiques en faveur
des langues régionales. Contexte et problématique 227
Tangi LOUARN : Les associations, acteurs essentiels ou alibi ? 228
Sébastien CASTET : Euskal Konfederazioa 241
François SCHAFFNER : Langue régionale d’Alsace et des pays
mosellans : le rôle des associations 247
8
AVANT-PROPOS
En 1999, au moment où la signature de la Charte européenne
des langues régionales ou minoritaires faisait l’actualité, le
colloque « Langues et cultures régionales de France. État des
lieux, enseignement, politiques » avait permis rencontres et
débats entre linguistes, enseignants, acteurs de terrain,
journalistes et personnalités politiques sur la situation des
langues régionales de France. Cette manifestation fut de l’avis
général un lieu de débats dynamiques et fructueux. Les Actes,
publiés également aux éditions L’Harmattan, ont connu un beau
succès éditorial, preuve de l’intérêt persistant pour ces questions
dans notre pays.
Dix ans plus tard, il nous a semblé intéressant de reprendre
le débat sur certains thèmes, pour mesurer le chemin parcouru,
faire un nouvel état des lieux des questions non résolues, des
préoccupations émergentes et des débats en cours.
Tout en revenant sur certains points abordés lors du
précédent colloque, nous avons souhaité élargir la réflexion en
traitant des thématiques suivantes :

Le cadre légal
Les politiques nationales et régionales
La presse et les médias en langues régionales
Le rôle des associations

Ces thèmes correspondent aux grandes parties des présents
Actes. Chaque section débute par un exposé du contexte et des
questions qui se posent selon nous, cette brève introduction
reprenant en partie les termes de notre appel à communications ;
viennent ensuite les textes des contributeurs.


9

Comme lors du colloque de 1999, les organisateurs ont
sollicité directement les intervenants et ils assument leurs choix,
étant entendu que dans le cadre d’une rencontre limitée à deux
jours il n’était pas possible de donner la parole à un grand
nombre de personnes. Une précision doit être apportée toutefois
en ce qui concerne la participation des élus : nous avons
sollicité très tôt des députés, Martine Faure et Victorin Lurel,
tous deux membres du Parti socialiste, ainsi que Marc Le Fur,
élu UMP, sur la base de leurs activités et interventions bien
connues en faveur des langues régionales de France. René
Ricarrère, à l’époque élu PS au Conseil régional d’Aquitaine,
représentait cette collectivité territoriale très investie dans la
promotion des langues régionales. Nous avions souhaité la
participation de M. Max Brisson, président de l’Office public de
la langue basque et par ailleurs conseiller général UMP des
Pyrénées-Atlantiques.
M. Lurel, convoqué en urgence à l’Elysée, a été empêché au
dernier moment de venir présenter sa contribution et nous
n’avons pas pu obtenir son texte pour publication. M. Brisson
n’a pas souhaité participer à ce colloque, ni se faire représenter.
Enfin, pour des raisons imputables à l’organisation du colloque,
M. Le Fur n’a pas pu participer à nos travaux. Des situations
que nous regrettons, tant il est vrai que l’attitude à l’égard des
langues régionales ne recoupe pas, et de loin, le clivage gauche
droite. M. Le Fur a bien voulu nous donner un texte que nous
publions dans ce volume en complément des interventions de
Mme Faure et M. Ricarrère.

En ouverture du colloque, le délégué général à la langue
française et aux langues de France, Xavier NORTH, est intervenu
sur différents aspects de la question des langues régionales de
France, en présentant notamment les grandes lignes de la
politique de l’État français en la matière.
Reconnaissons à Xavier North, outre sa bonne connaissance
du sujet, sa capacité à dire clairement ce qui est en jeu. Qu’on
nous permette de comparer un extrait de son intervention et un
10
1autre, tiré d’un livre de Jean-Claude Milner . Xavier North
écrit :

« Aussi est-il loisible aujourd’hui d'affirmer positivement ce
qui n'est autorisé que par défaut (= qui n'est pas interdit) : le
cadre législatif actuel autorise des marges de manœuvre, qui
par ignorance ne sont pas toujours exploitées. A titre
d'exemple : les actes officiels des collectivités locales, et
notamment les actes d’état civil, peuvent être publiés en langue
régionale (ou autre) du moment qu’ils le sont aussi en français :
rien ne s’oppose à l’usage public d'autres langues que le
français, mais en traduction. »

Si l’on comprend bien, le régime des langues régionales est
donc celui de la permission (= qui n'est pas interdit), des
interstices du droit. Or la différence entre permission et droit est
d’importance, comme le note Milner :

« Les détenteurs de pouvoir, quant à eux, connaissent très bien
la différence entre un droit et une permission. […] Un droit, au
sens strict, donne accès à l’exercice d’un pouvoir, aux dépens
d’un autre pouvoir. Une permission ne diminue pas le pouvoir
de celui qui l’accorde ; elle n’augmente pas le pouvoir de celui
qui l’obtient. Elle lui rend la vie plus facile, ce qui n’est pas
rien. »

On ne saurait mieux résumer ce qui fait le cœur de la
politique actuelle de l’État français en matière de langues
régionales : permettre ce que l’on ne peut décemment interdire
et faciliter la vie (mais à qui ? aux locuteurs ? aux défenseurs de
ces langues ? aux avocats de l’État français devant les
juridictions internationales ?).

Traitant plus particulièrement du cadre légal et de la récente
modification de la Constitution, Xavier North attire l’attention
sur le fait que seules les langues régionales sont visées par
l’article 75-1. Ce qui exclut les autres langues de France (au
sens que donne la DGLFLF à ce terme), et qu’on le veuille ou
non, ces langues, qu’il s’agisse du berbère, de l’arménien
occidental ou encore du romani, sont une réalité bien vivante

1 Jean-Claude Milner, 2009, L’Arrogance du présent. Regards sur une
décennie : 1965-1975, Grasset, p. 233.
11
dans un pays de forte immigration et au long passé colonial
comme la France ; leur exclusion du « patrimoine de la
France » est donc un message politique. Le délégué général
note aussi, en écho à un autre thème de notre colloque, que le
Parlement renvoie la gestion des langues régionales aux
Régions, en insérant cet article 75-1 dans le titre XII de la
Constitution, traitant précisément des compétences des
collectivités territoriales. Pour autant, il ne saurait être question
d’officialiser la territorialité de ces langues et d’envisager des
droits nouveaux découlant de cette territorialité.

PREMIER THÈME : LE CADRE LÉGAL

Une fois encore, l’actualité s’est invitée à nos travaux, sous
la forme d’un article 75-1 ajouté au texte de la Constitution
française par le Parlement réuni en Congrès en juillet 2008.
C’est notamment pour mesurer la portée réelle de cet article qui
dispose que « les langues régionales appartiennent au
patrimoine de la France » que nous avons conçu ce thème
consacré au cadre légal. Au même moment, tous les acteurs
attendaient aussi la décision du gouvernement quant au projet
de loi sur les langues régionales qui avait été annoncé pour
l’année 2009, notamment par l’ancienne ministre de la Culture
et de la Communication, Christine Albanel. On a appris depuis,
comme le laissaient présager de nombreux indices, que le
gouvernement Fillon avait finalement renoncé à proposer un tel
texte, s’il eut un jour l’intention d’œuvrer dans ce sens.
Toutefois, le 7 décembre 2010, une proposition de loi a été
enregistrée à la présidence de l'Assemblée nationale. Elle a été
déposée par le député Armand Jung, président actuel du groupe
d'études sur les langues régionales de l'Assemblée nationale.
Elle n'a pas été signée par le député Marc Le Fur, ni d'autres
députés de droite.
Si la modification de la Constitution est donc le fait nouveau
de la période, on ne peut correctement évaluer les possibilités
qu’elle ouvre sans revenir sur la philosophie et les effets
concrets d’un texte majeur, la Charte européenne des langues
régionales ou minoritaires, qui est au centre des débats depuis
12
des années maintenant puisque la France l’a signée en 1999
mais toujours pas ratifiée.
Jean-Marie WOEHRLING, juriste expert auprès du Conseil de
l’Europe, a participé à la rédaction de la Charte européenne des
langues régionales ou minoritaires, en particulier à sa première
version. Dans sa contribution, il expose les principes
fondamentaux de la charte et ses origines puis propose une
analyse approfondie des sections essentielles que sont la
partie II, qui définit les principes communs à tous les États et à
toutes les langues, et la partie III relative aux mesures concrètes
auxquelles chaque État signataire peut s’engager. Enfin, Jean-
Marie Woehrling remet en cause l’incompatibilité supposée
entre la Constitution française et la Charte européenne des
langues régionales ou minoritaires.
Dans son article, Philip BLAIR, ancien directeur des
institutions démocratiques auprès du Conseil de l’Europe,
présente les conséquences de l’application de la charte dans
quelques-uns des pays l’ayant ratifiée et souligne parallèlement
les incidences qu’entraîne pour un pays membre la non-
adhésion à cette convention.
Guy CARCASSONNE, professeur de droit constitutionnel à
l’université Paris Ouest Nanterre-La Défense, a rédigé en 1998
le rapport au Premier ministre intitulé Étude sur la compatibilité
entre la Charte européenne des langues régionales ou
minoritaires et la Constitution. Il concluait à l’époque que « la
Charte européenne des langues régionales ou minoritaires n’est
pas, en elle-même, incompatible avec la Constitution, étant
entendu, d’une part, que l’objet de la Charte est de protéger des
langues et non, nécessairement, de conférer des droits
imprescriptibles à leurs locuteurs, et, d’autre part, que ces
langues appartiennent au patrimoine culturel indivis de la
France ». Sa contribution, dans le présent ouvrage, est centrée
sur le nouvel article 75-1 de la Constitution, dont il précise
l’origine et les nombreuses implications. Il évoque ainsi la
portée de cette nouvelle disposition au regard de la possibilité
d’une ratification par la France de cette charte européenne.
Véronique BERTILE, maître de conférences à l’université
Montesquieu-Bordeaux 3, est spécialiste des droits linguistiques
et du droit constitutionnel comparé. Ses travaux portent en
13
particulier sur les langues régionales ou minoritaires vis-à-vis
de la Constitution, en France, en Espagne et en Italie (sa thèse
de doctorat traitant de ce thème lui a valu le prix Koenigswarter
de l’Académie des sciences morales et politiques pour l’année
2009). Son article vient en complément de celui de Guy
Carcassone : il traite également de l’article 75-1, sous un
éclairage qui convoque les notions de tolérance et permissivité
constitutionnelle.

DEUXIÈME THÈME : LES POLITIQUES

Dans la continuité de la réflexion sur le cadre légal, nous
devons nous interroger sur les problèmes de compétences en
matière de défense et promotion des langues régionales, et
notamment sur la répartition des rôles entre les différents
niveaux institutionnels, État et collectivités territoriales.
Pour débattre de ces questions, des élus ont accepté de
répondre à notre sollicitation. Cette partie s’enrichit également
des contributions de trois universitaires dont les points de vue
permettent de mieux comprendre les enjeux des politiques
publiques en faveur des langues régionales de France.
Martine FAURE est députée de la Gironde et présidait au
moment du colloque le groupe d’études parlementaire sur les
langues régionales. Antérieurement à la tenue du colloque, elle
avait réuni ce groupe d'études avec pour objectif d’obtenir du
ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, un engagement
précis à propos de la loi sur les langues régionales promise pour
2009 par le gouvernement Fillon. Sa contribution fait le point
sur le rôle et les travaux de ce groupe d’études, mais rappelle
aussi la nécessité d’une telle loi.
René RICARRERE était jusqu’au dernier scrutin conseiller
régional d’Aquitaine, délégué aux langues et cultures
régionales. Il représentait à ce colloque Alain Rousset, président
du Conseil régional d’Aquitaine et, par ailleurs, président de
l’Association des Régions de France. Président de la
commission des langues régionales à l’Association des Régions
de France, René Ricarrère a présenté fin 2008 le document
contenant les objectifs et les méthodes de développement et
d'enseignement des langues régionales en France. Ce texte,
14
adopté par les présidents de Régions, propose entre autres
mesures la « création d’une instance de concertation
permanente entre l’État et les Régions dédiée à l’élaboration
d’une politique publique en faveur des langues régionales ». Il
présente également la méthode employée par la Région
Aquitaine pour promouvoir les langues régionales sur son
territoire et note la mobilisation croissante des Régions de
France sur cette question.
Marc LE FUR est député et conseiller général des Côtes
d’Armor, vice-président de l’Assemblée nationale. Il rappelle
son action et celle de quelques élus en faveur de la
reconnaissance des langues régionales par la Constitution. Il
note aussi qu’une telle reconnaissance n’est pas suffisante et
insiste sur la nécessité d’une loi spécifique. Avec des collègues
UMP, il a préparé une proposition de loi dont il présente ici les
grandes lignes.
Marie SALAÜN, maître de conférences en sciences de
l'éducation à l’université Paris Descartes et Jacques
VERNAUDON, maître de conférences en sciences du langage à
l’université de Nouvelle-Calédonie, analysent le lien entre
reconnaissance de l’identité kanak et enseignement des langues
kanak. Dans cette optique, ils présentent la situation
sociolinguistique en Nouvelle-Calédonie et exposent les
fondements et les enjeux des différentes politiques linguistiques
mises en œuvre successivement. Ils montrent la complexité de
l’application de ces politiques, singulièrement dans le domaine
de l’enseignement.
Barbara LOYER est professeur de géopolitique à l’université
Paris 8, Vincennes-Saint-Denis. Elle est membre de l’Institut
français de géopolitique et du comité de rédaction de la revue
Hérodote. Ses recherches portent notamment sur la géopolitique
des minorités nationales. Dans son article Barbara Loyer
explore la complexité des rapports entre langues et territoires.
Elle se penche notamment sur la situation du breton et du
basque. La perspective géopolitique qu’elle adopte et la
comparaison avec la situation du catalan en Espagne l’amènent
à débattre des conditions de la transmission naturelle d’une
langue, à distinguer entre bilinguisme individuel et bilinguisme
politique et à évaluer les politiques de promotion des langues
15
minoritaires à la lumière des projets politiques qui les sous-
tendent.

TROISIÈME THÈME : PRESSE ET MÉDIAS
EN LANGUES RÉGIONALES

Il s’agissait de dresser un état des lieux, fut-il restreint, de la
situation des médias en langues régionales, qu’il s’agisse de la
presse écrite, de l’audiovisuel ou de l’édition. Les questions
touchent bien entendu à l’audience de ces médias, à leurs
moyens matériels, aux problèmes qu’ils rencontrent. Les
différentes contributions présentées dressent un tableau, sélectif
bien entendu, du traitement réservé aux langues régionales dans
les médias.
Nicole GENDRY est responsable de la langue française et de
la francophonie au sein du Conseil supérieur de l’audiovisuel
(CSA). Le CSA est l’autorité administrative indépendante qui
garantit en France l'exercice de la liberté de communication
audiovisuelle dans les conditions définies par la loi du 30
septembre 1986. A titre d’exemple, dans son bilan de septembre
2009 concernant la société France 3, le CSA note pour les
langues de métropole « une baisse des émissions en langue
régionale. Le nombre d’heures diffusées en 2008 a encore
diminué de 10 % par rapport à 2007, la baisse concernant
presque toutes les régions. En deux années, le nombre d’heures
de diffusion d’émissions en langue régionale sur France 3 a
diminué de façon importante ». Nicole Gendry expose et
commente la place qui est accordée aux langues régionales par
deux des trois sociétés de service public que sont Radio France
et France 3 – la troisième étant Réseau France Outremer ; ces
sociétés sont tenues de respecter un cahier des charges fixé par
le gouvernement et dont l’un des articles porte sur les langues
régionales. Elle dresse également un recensement très utile des
radios privées ou associatives qui émettent en langues
régionales (totalement ou en partie) sur le territoire.
Luc LAVENTURE est directeur des Antennes TV de Réseau
France Outremer depuis 1997 et de France Ô depuis sa création
en 2004. Son article est l’occasion, non seulement, de mesurer
la diversité des situations sociolinguistiques des langues
16
régionales d’outre-mer, qui entrent dans des schémas
diglossiques très divers, mais également de voir comment un
média qui se donne, entre autres, pour objectif « de répondre au
besoin de reconnaissance identitaire des ultramarins », peut
faire écho à cette diversité tout en valorisant la continuité
territoriale. En outre, Luc Laventure montre que les
départements, territoires et collectivités d'outre-mer reflètent, à
travers les langues qui y sont pratiquées, le visage pluriel de la
France et qu’à ce titre, elles représentent également, dans un
contexte de mondialisation, notre ouverture au monde, notre
participation à la richesse culturelle et linguistique mondiale.
Pere MANZANARES est président de Ràdio Arrels, radio
associative de Perpignan. Pédagogue et militant de la langue
catalane en Catalogne nord, il a fondé en 1976 l’association La
Bressola qui gère les écoles à pédagogie immersive en catalan
et il a créé en 1981 l’association culturelle Arrels et la radio du
même nom. Cette radio émet exclusivement en catalan et c’est
sur cette particularité que Pere Manzanares s’exprime dans son
intervention. Il présente les difficultés rencontrées et les
solutions expérimentées pour tenir cette gageure et montre
qu’une telle entreprise peut connaître le succès, en contribuant à
la promotion de l’identité et de la langue catalanes.
David GROSCLAUDE, élu conseiller régional d’Aquitaine
lors du dernier scrutin, intervenait en qualité de directeur de
publication en occitan et président national de l’Institut d’études
occitanes. Il est un des organisateurs de la manifestation du 24
octobre 2009 qui a réuni à Carcassonne plus 20 000 personnes
réclamant une loi en faveur de l’occitan. Il dirige l’entreprise
Vistedit qui publie depuis 1995 un hebdomadaire d'information
entièrement en occitan, La Setmana, et deux revues pour
enfants, Plumalhon et Papagai. Vistedit édite aussi des livres
pour enfants. M. Grosclaude n’a malheureusement pas donné de
texte pour la publication de ces actes.
Fañch BROUDIC est responsable d’édition en breton (Brud
Nevez) et ancien journaliste de France 3 Bretagne. A ce titre, il a
assuré pendant 38 ans des émissions en langue bretonne, mais
aussi en français, à la radio, puis à la télévision régionale. Il a
ainsi été responsable des émissions en langue bretonne sur
France 3 Ouest jusqu'en décembre 2007. Il a consacré sa thèse
17
de doctorat à l'étude de l'évolution de la pratique sociale du
breton, de la fin de l'Ancien Régime à nos jours. Il est
également membre du Centre de recherche bretonne et celtique
de l’université de Brest. A travers différents indicateurs, Fañch
Broudic dresse ici le bilan de l’utilisation du breton dans les
domaines de l’édition, de la presse et des médias. Des données
d’ordre sociolinguistique viennent étayer son propos.

TABLE RONDE : LE RÔLE DES ASSOCIATIONS

Le cadre associatif constitue depuis plus d’un siècle et demi
l’un des piliers fondamentaux de la sauvegarde du patrimoine
linguistique et culturel en France. Si l’on peut dater de façon
quasi-certaine la naissance de la première association
promouvant une langue régionale de France (l’Académie du
Félibrige, pour la langue d’oc), il est plus difficile de recenser
aujourd’hui les nombreuses associations dont l’objet est la
promotion d’une langue régionale. Dans le cadre restreint de ce
colloque, nous avons fait appel à quatre associations
particulièrement représentatives pour quatre langues de
l’Hexagone : l’alsacien, le basque, le breton et l’occitan ou
langue d’oc.
Robert ROUSSET est membre de l’Académie du Félibrige,
fondée par Frédéric Mistral et six autres poètes provençaux le
21 mai 1854. Elle défend la langue d'oc et tout ce qui a trait à
l’histoire et à la culture spécifique des pays d’Oc. En tant que
majoral du Félibrige, Robert Rousset a retracé l’historique de
l’Académie ainsi que ses missions actuelles. Il ne nous a pas
donné de texte à publier.
Tangi LOUARN intervient dans cet ouvrage à double titre.
D’une part, en tant que président de Kevre Breizh, association
créée en octobre 2009 pour coordonner les associations et
structures culturelles de Bretagne. D’autre part, comme
représentant du Bureau européen pour les langues moins
répandues pour la France. Dans la première partie de son article,
Tangi Louarn, faisant le point sur le rôle des associations en
Bretagne, fournit une perspective transposable à d’autres
langues régionales. Dans une seconde partie, il présente le rôle
18
et les missions du Bureau européen des langues moins
répandues.
Dans son article, Sébastien CASTET, secrétaire d’Euskal
Konfederazioa qui regroupe la quasi-totalité des associations
travaillant en faveur de la langue et de la culture basques en
France, s’intéresse à la situation de la langue basque en Pays
basque nord. A partir des objectifs que s’assigne l’association, il
décrit les actions de mobilisation qui sont menées sur le terrain
afin de promouvoir la langue et la culture basques et de
contribuer à leur reconnaissance institutionnelle.
François SCHAFFNER est président de Culture et Bilinguisme
d’Alsace et de Moselle, association qui a pour but la promotion
de la langue régionale sous ses deux formes (les dialectes
alémanique et francique, elsässerdeutsch et plattdeutsch) et leur
expression écrite qui est l'allemand standard, le hochdeutsch. À
partir de données socio-historiques particulièrement pertinentes
dans le contexte alsacien et mosellan, François Schaffner
démontre l’importance d’une démarche de valorisation des
langues qui y sont pratiquées et le rôle essentiel des associations
en ce domaine.

Ces sessions de travail ont été précédées d’une séance
inaugurale au cours de laquelle Arnaud DUCRUIX, vice-
président du conseil d’administration de l’université Paris
Descartes, et Sylvette MAURY, doyenne de la Faculté des
sciences humaines et sociales, ont accueilli les congressistes.

Nous exprimons notre gratitude aux institutions qui ont
permis la tenue de ce colloque : l’université Paris Descartes, la
Délégation générale à la langue française et aux langues de
France, le rectorat de Paris.
Nous adressons un chaleureux merci à tous les participants –
intervenants et membres du public – pour avoir contribué à faire
de ces deux jours de colloque un moment d’échanges fructueux
et sympathiques.
Enfin, toute notre reconnaissance va aux étudiantes et
étudiants de la faculté qui ont aimablement assuré l’accueil des
participants durant ces deux jours.


Les organisateurs
19
MOT DE BIENVENUE
DE MONSIEUR ARNAUD DUCRUIX,
VICE-PRÉSIDENT DE L’UNIVERSITÉ
PARIS DESCARTES

Mesdames, messieurs, chers collègues,

Merci tout d'abord à Denis Costaouec de son invitation à
cette ouverture du colloque sur « Langues et cultures régionales
de France, 10 ans après ». Le président Axel Kahn aurait
beaucoup aimé être parmi vous mais d'autres obligations, en
cette période de négociations de plan quadriennal, l'ont retenu
en d'autres lieux.
J'ai conclu du titre, sans trop d'efforts, que le précédent
colloque avait eu lieu en 1999, année où, précisément, le
président Jacques Chirac refuse de modifier la Constitution
pour permettre l'adoption par la France de la Charte européenne
des langues régionales ou minoritaires. Le chef de l'État
s'appuie sur l'avis du Conseil constitutionnel, qui souligne que
le préambule de la charte est incompatible avec l'article 2 de la
Constitution, disposant que « la langue de la République est le
français ». Un désaccord sans surprise entre Jacques Chirac et
son Premier ministre Lionel Jospin, dans la période de
cohabitation que connaît la France. Mais Jean-Pierre
Chevènement, ministre de l’Intérieur, approuve la décision du
chef de l'État. Son parti, le Mouvement des citoyens (MDC),
avait suscité une pétition contre la ratification de la charte.
M. Chevènement estime que vouloir donner un statut aux
langues régionales reviendrait « à balkaniser la France ».
Adoptée par le Conseil de l'Europe, la charte vise à protéger et à
21
promouvoir ces langues en tant qu'aspect menacé du patrimoine
culturel européen.
De fait, la France fait partie des pays d'Europe qui ont signé,
mais pas ratifié la charte.
Aujourd'hui, donc 10 ans après, vous allez reprendre votre
ouvrage avec une analyse du cadre légal, des politiques et des
médias avec des élus, des hommes politiques engagés dans la
défense des langues régionales, et je tiens à remercier M. North,
délégué au ministère de la Culture de sa participation. Notre
ministère de tutelle, l'Éducation nationale, joue également, je
suppose, un rôle opérationnel. Les juristes auront à cœur de
faire le lien entre le droit et les langues régionales, sans la
charte, et des représentants des associations présenteront le rôle
important qu'ils jouent dans cette défense.
L'université Paris Descartes est bien sûr impliquée à travers
ses laboratoires dans l'étude des langues, dans le sens générique
du terme mais aussi, et de façon plus récente, dans le cadre du
nouveau PRES « Sorbonne Paris Cité » qui regroupe trois
universités fondatrices, Paris 3, Paris 5 et Paris 7 ainsi que
plusieurs grands établissements dont l'Institut national des
langues et civilisations orientales (INALCO) en coopération
avec la grande bibliothèque BULAC. L'université entend bien
développer un grand pôle autours des langues.
Le positionnement des langues régionales a été souligné
dans un rapport récent de l'Unesco où j'ai noté en me promenant
1sur leur site web que 56 langues étaient menacées en France
dont 26 en France métropolitaine, parmi lesquelles l'auvergnat,
le basque, le breton, le corse etc.
Je vous souhaite Mesdames, messieurs, chers collègues, au
nom de l'université Paris Descartes des débats ouverts et
fructueux durant ces deux jours de colloque.

1 (http ://www.unesco.org/culture/ich/index.php ?pg=00206)

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MOT DE BIENVENUE
DE MADAME SYLVETTE MAURY,
DOYENNE DE LA FACULTÉ
DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES
UNIVERSITÉ PARIS DESCARTES
C’est un plaisir pour moi d’être présente à la séance
inaugurale de cette rencontre consacrée aux langues et cultures
régionales de France. Cette initiative des linguistes de Paris
Descartes montre une nouvelle fois la vigueur, le dynamisme de
cette discipline au sein de la Faculté des sciences humaines et
sociales - Sorbonne. Malgré les tempêtes institutionnelles que
nous subissons, en cette période de réforme, nous savons garder
nos points fixes : la qualité de nos enseignements et celle de nos
recherches qui se manifestent notamment dans ces moments
privilégiés que sont les colloques.
Le sujet que vous abordez, les langues minoritaires, s’inscrit
dans une tradition forte à Paris Descartes, la tradition d’André
Martinet – dont nous avons d’ailleurs célébré le centenaire de la
naissance l’an passé, dans cette même salle et dans les
magnifiques grands salons de la Sorbonne. C’est donc sous
l’angle de la description des langues telles qu’elles
fonctionnent, sur le terrain, que vous avez coutume, vous
linguistes de Paris Descartes, d’aborder cette question.
Aujourd’hui, dix ans après la première rencontre de 1999, le
colloque que vous organisez est largement ouvert sur la société,
avec des contributions programmées d’institutions politiques,
médiatiques et d’associations.
La dimension de la culture régionale, qui est également
évoquée dans le titre de ce colloque, et celle de l’identité
régionale seront peut-être au centre de certaines de vos
discussions, ce qui me permet d’évoquer ici le débat sur
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l’identité nationale auquel nous convient nos gouvernants, débat
à forts enjeux politiques qui court le risque de se voir limité à
une opposition entre identité nationale et immigration. Il me
semble qu’une mise en valeur de la dimension régionale de
cette identité nationale, thème que vous aborderez peut-être,
permettrait d’éviter certains écueils. Ainsi ce colloque pourra-t-
il contribuer à dégager un angle d’attaque concret des questions
de culture et d’identité qui pourrait avoir des retombées dans les
débats auxquels certains d’entre vous, notamment les
représentants du monde politique, ne manqueront pas d’être
conviés.

Il me reste à féliciter les organisateurs de cette manifestation
et à vous souhaiter un bon travail dans ce lieu magnifique,
chargé d’histoire.

Je vous remercie.
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LANGUES ET CULTURES RÉGIONALES
DIX ANS APRÈS
Xavier NORTH
Délégué général à la langue française
et aux langues de France

Puisque vous avez bien voulu m’inviter à m’adresser à vous,
en ma qualité de délégué général à la langue française, mais
aussi aux « langues de France », je voudrais – si vous le
permettez (puisque aussi bien, il me revient ex officio d’animer
la politique linguistique de l’État) – vous proposer quelques
remarques sur l’action des pouvoirs publics en faveur des
langues régionales, et d’entrée de jeu vous rappeler quelques
évidences, dans la mesure où elles ne sont pas sans incidences
sur les politiques gouvernementales, qu’elles déterminent ou
surdéterminent pour partie.
La première est une donnée de fait, de caractère historique.
En France, depuis toujours, d’autres langues que le français sont
parlées sur le territoire national, dans l’Hexagone et outre-mer.
Loin de la fiction qui a longtemps prévalu d’un pays à langue
unique, c'est évidemment une image riche et bigarrée,
largement méconnue, qu’offre le paysage linguistique de notre
pays. Il ne faut pas se lasser de le répéter : la France a le
patrimoine linguistique le plus riche d’Europe. Autrement dit, la
France ne se trouve pas du tout dans la même situation
linguistique que ses voisins, la Grande-Bretagne (où ne sont
historiquement parlées que deux ou trois langues, outre
l’anglais), ou même l’Espagne, où seuls ont pu acquérir un
véritable statut de « co-officialité », en dehors du castillan, le
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