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Le bébé au coeur d'une relation parents-assistante maternelle

De
175 pages
Qui va s'occuper du tout jeune enfant quand les parents travaillent ? Le recours aux services d'assistantes maternelles représente aujourd'hui le mode d'accueil le plus utilisé. Cet ouvrage s'attache d'abord à décrypter les multiples fonctions de ces professionnelles et, sur cette base, dégage les compétences à acquérir ou à parfaire dans un souci de professionnalisation. Un livre qui s'adresse aux parents soucieux de mieux connaître les professionnels auxquels ils confieront leurs enfants...
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Le bébé au cœur d'une relation parents-assistante maternelle
Des paradoxes ... aux compétences professionnelles

Travail du Social Collection dirigée par Alain Vilbrod
La collection s'adresse aux différents professionnels de l'action sociale mais aussi aux chercheurs, aux enseignants et aux étudiants souhaitant disposer d'analyses pluralistes approfondies à l'heure où les interventions se démultiplient, où les pratiques se diversifient en écho aux recompositions du travail social. Qu'ils émanent de chercheurs ou de travailleurs sociaux relevant le défi de l'écriture, les ouvrages retenus sont rigoureux sans être abscons et bien informés sur les pratiques sans être j argonnants. Tous prennent clairement appui sur les sciences sociales et, dépassant les clivages entre les disciplines, se veulent être de précieux outils de réflexion pour une approche renouvelée de la question sociale et, corrélativement, pour des pratiques mieux adaptées aux enjeux contemporains. Déjà parus

Stéphane MARTIN, Le Brevet Professionnel Jeunesse et Sports. Analyse d'une politique ministérielle d'éducation populaire,2003. Alain VILBROB (dir.),L'identité incertaine des travailleurs sociaux, 2003. Mustapha POYRAZ, Espaces de proximité et animation
socioculturelle, 2003.

Sylvie CLEMENT, Vivre en caserne à l'aube du XXlème siècle.L 'exemple de la gendarmerie, 2003. Emmanuel JO VELIN (éd), le travail social face à l'interculturalité, 2002. Elisabeth VIDALENQ, Paradoxes et partenariat dans le travail social, 2002. J. AUTRET, Le monde des personnels de l'hôpital, 2002. Alberto GODENZI, Laura MELLINI, Jacqueline De PUY, VIH / sida, lien de sang, lien de cœur, 2001. Maryline BARILLET -LEPLEY, Sexualité et handicap: le paradoxe des modèles, 2001. Marie-Christine HÉLARI, Les éducateurs spécialisés entre l'individuel et le collectif, 2001. Gilles SERAPHIN, Agir sous contrainte, 2001.

Bénédicte

ALLOUCHERY

Le bébé au cœur d'une relation

parents-assistante maternelle
Des paradoxes... aux compétences professionnelles

L'Harmattan 5-7, rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L 'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

cg L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5705-7 EAN : 9782747557054

Remerciements,

Les deux années de formation au Centre Universitaire d'Enseignement et d'Éducation Permanente (C. UE.E.P.) à Lille (59) m'ont permis d'entamer ces travaux de recherche,. que les enseignants en soient ici remerciés. Je ne peux exprimer ma gratitude que collectivement à celles et ceux qui m'ont aidée, avec discrétion, dans ma tâche: tout particulièrement, E. Charlon et J.F. Klein, Directeur du service de la Protection Maternelle et Infantile au Conseil général du Pas-de-Calais, qui m'ont accompagnée dans ce travail. Je ne peux oublier les assistantes maternelles qui, durant toutes ces années passées à leurs côtés, m'ont nourrie de leur vécu ni celles qui se sont, très aimablement, prêtées aux interviews et questionnaires. Je remercie également les autres professionnelles enfance de m'avoir accordé leur concours. de la petite

A mes sœurs et à ma mère qui m'ont soutenue tout au long de ma démarche...

INTRODUCTION

Assistante sociale de formation, j'ai été recrutée sur un poste d'animatrice-formatrice pour renforcer l'équipe de formation d'assistantes maternelles agréées à titre permanent et non permanent, déjà en place depuis 1994. Le formateur assure: - l'organisation et le suivi des assistantes maternelles sur un secteur géographique du département;

- l'animation des groupes; - suscite les réflexions des assistantes

maternelles; - leur formation dans les domaines du développement et de l'éducation de l'enfant, des relations avec les parents employeurs et les institutions chargées de l'accueil de la petite enfance;

du bilan de chaque module de formation et le bilan annuel des actions menées. Riche de cette nouvelle expérience et de questions, j'ai choisi de me professionnaliser dans l'ingénierie de l'éducation qui recouvre des champs qui me passionnent, D\otammentceux de la psychologie, de la psycho-pédagogie, de la pédagogie et de la sociologie. Je souhaitais améliorer mes connaissances en pédagogie, dans l'analyse des besoins en formation, dans les méthodes d'évaluation. Mon expérience professionnelle, les bilans de fin de formation, les constats de refus de renouvellement d'agrément après cette formation, m'ont interrogée quant à ma pratique et à la validité de cette formation obligatoire de

- la rédaction

soixante heures, telle qu'elle existe. Fais-je bien? Suis-je bien dans les doubles objectifs de mon institution? :

- Amélioration

des connaissances pour améliorer la qualité de l'accueil familial

- Valorisation professionnelle et personnelle. Ces questions m'ont incitée à proposer au chef du service formation, lui même, Directeur du service P.M.I., une réflexion sur le thème des compétences et de la professionnalisation des assistantes maternelles non permanentes. Mon cheminement dans cette formation m'a ainsi donné l'occasion de conduire de façon approfondie, une démarche d'analyse et de réflexion aussi rigoureuse que possible. Ma conviction est qu'une élaboration, au plan théorique, est indispensable à la redéfinition des pratiques professionnelles sur le terrain et des pratiques de formation auprès des assistantes maternelles, avec la finalité constante d'aider les enfants à grandir. Les matériaux utilisés sont ceux que j'ai pu engranger depuis quelques années de pratiques de formation et ceux recueillis dans le cadre de travaux de recherche. Les constats m'ont questionnée jusqu'à définir une problématique. Pour tenter d'y répondre j'ai émis des hypothèses qu'il fallait vérifier sur le terrain. Enfin, j'ai souhaité proposer des référentiels, à parfaire, qui sont des outils utilisables par les professionnels de la petite enfance. La réelle connaissance et mon implication dans le sujet, m'ont demandé un effort conscient de distanciation à chaque instant. En effet le chercheur est en situation de découvrir son environnement: il observe, écoute, questionne, essaie et recommence. Consciente de cette réalité, j'ai lu et relu en tentant d'ignorer mon expérience d'assistante sociale, de formatrice, impliquée dans l'institution départementale depuis dix neuf ans. Régulièrement j'ai confronté ce regard à celui de personnes extérieures au domaine médico-social. Ce fut de grand intérêt car cela m'a permis de vérifier l'essai de « neutralité ».
accueillent des enfants confiés par leurs parents * les assistantes non permanentes temps limité. Les assistantes maternelles permanentes accueillent" jour et nuit" mineurs. pendant un des enfants

8

Les limites sont celles du temps: - travailler et prendre du recul en simultané relève parfois de l'exploit. Cette recherche aurait mérité au moins une année de réflexion, de lecture et de conceptualisation; j'aurais souhaité entendre les parents sur leur choix d'une assistante maternelle et les compétences qu'ils demandent mais les travaux de F. Bloch et M. Buisson (1998) m'ont largement nourrie de l'opinion des parents. J'aurais aimé approfondir ce travail, si le temps me l'avait permis, par une étude sur les motivations en me référant aux travaux de P. Bourdieu «La reproduction sociale» et sur l'identité professionnelle et la reconnaissance, en me référant à C. Dubar. Je me suis régulièrement rapprochée des travaux de C. LevyLeboyer et G. G. Le Boterf, sur les compétences, des travaux de E.Charlon sur la profession et ceux de F. Bloch, M. Buisson et L. Mozère sur les professionnelles de la petite enfance. Une petite attention au lecteur: le statut des assistant(es) maternel(le)s s'adresse à la gent féminine et masculine. Au regard de la très faible représentation de ces derniers, je le noterai au féminin. L'interview d'un assistant maternel m'aurait permis de réfléchir autrement sur les compétences maternelles. Je n'en connais qu'un dans le Pas-de-Calais, il a un agrément permanent et accueille des
adolescents.

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PREMIERE

PARTIE

A - UN PEU D'HISTOIRE POUR SITUER L'OBJET: DE LA NOURRICE... JUSQU'À
QUELLE

À LA GARDIENNE... MATERNEllE

l'AsSISTANTE

PROFESSIONNALISATION

?
AGRÉÉE...

B - DE

L'ASSISTANTE

MATERNELLE

À LA PROFESSIONNELLE: QUElLE(S) COMPÉTENCE(S)

?

C - MÉTHODOLOGIE

A -

UN PEU D'HISTOIRE POUR SITUER L'OBJET: DE LA NOURRICE... À LA GARDIENNE.. . JUSQU'À L'AsSISTANTE MATERNELLE QUELLE PROFESSIONNAlISATION ?

I

- HISTORIQUE

a / Histoire du métier Comment faire garder bébé, qui va s'en occuper quand le couple travaille? C'est une question que tous les parents de la fin du 20e siècle connaissent bien. A d'autres siècles, des parents ont aussi confié leurs enfants pour des raisons inhérentes à leur époque. De la nourrice, en passant par la gardienne...à l'assistante maternelle, quel chemin parcouru! Etre nourrice, l'un des plus vieux métiers du monde. On les appelait «nounice» car elles nounissaient l'enfant de leur lait. Cette
fonction <<J1oUITicière» l'enfant a changé de sens avec l'évolution morale, de sociale et matérielle du regard sur le statut de la femme et de l'enfant.

à l'Antiquité. Les femmes de patriciens, mères, ne voulaient pas abîmer leur corps par l'allaitement maternel. Cela ne faisait pas partie des bonnes convenances de la haute société de l'époque. Elles ne pouvaient pas paraître dans les salons, avoir une vie mondaine, alors qu'elles allaitaient leur propre enfant. Des esclaves étaient choisies pour nourrir les enfants des familles princières et les femmes de cette société pouvaient en louer une dans une sorte de marché aux esclaves, où elles se tenaient au pied d'une colonne appelée « la colonne lactaire ». - Au Moyen-âge,les nounices sont très bien organiséespuisqu'il existe toute une structure de l' «industrie nounicière» comme on le disait à l'époque. Elles exerçaient de deux façons: Les nourrices à la campagne ou à emporter, et les nourrices à domicile ou sur lieu:

- Remontons

- les premières

restaient chez elles, à la campagne et recevaient des enfants de la ville et surtout de Paris. On les appelait les «nourrices au loin» ou «nourrices de campagne». 13

secondes venaient se placer dans les familles bourgeoises: «les nourrices sur lieu ». Les assistantes maternelles se rapprocheraient des nourrices au loin. Un édit du Roi Jean fixe en 1350 le salaire des nourrices à 150 sols pour les nourrices à domicile et au double pour les nourrices à emporter. Il existait deux bureaux, l'un plaçait les domestiques, l'autre les nourrices: ce dernier était tenu par des femmes appelées «recommanderesses». Elles touchaient une commission de deux sols pour une mise en relation. Des « meneurs» allaient chercher les nourrices de la campagne qui désiraient se placer à la ville. Les parents venaient choisir les nourrices dans la «salle de location» au grand bureau créé sous LOUIS XV (1729 approximativement). es cerL tificats de «bonne vie et mœurs» sont à présent, délivrés par les maires. - Au 18esiècle, sur 21 000 enfants naissant à Paris, 19 000 étaient envoyés à la campagne, 1 000 enfants restaient dans une famille bourgeoise avec une nourrice logée à domicile, et 1 000 enfants étaient allaités par leur mère. - Au 1ge siècle, les femmes commencent à travailler en usine. Elles vont envoyer leurs enfants à la campagne en nourrice. Ainsi la mise en nourrice concernera toutes les couches sociales. Il y a une forte demande de nourrices. Finalement, celles qui vont nourrir seront celles qui ne peuvent faire autrement pour des données économiques: elles décident d'être nourrices car elles étaient rémunérées. «Faire commerce de ses mamelles» devient un moyen d'existence à peu près sûr pour une foule de jeunes mères qui deviennent nourrices. En 1821, la profession de «meneur» sera difficilement supprimée, mais elles continueront «au noir» car c'est une activité lucrative. Il va donc se développer des petits bureaux privés où nourrices et parents seront à l'abri de la surveillance de l'administration qui a lieu au grand bureau. Ce dernier périclitera au regard de la concurrence de ces petits bureaux. La demande de nourrices au 1ge siècle sera énorme, et ces petits bureaux vont se spécialiser: les uns pour les nourrices sur «lieu» et les autres pour les nourrices «à la campagne». A cette époque, médecins et hygiénistes commencent à s'inquiéter de la mortalité infantile énorme et les parents, qui pensaient que l'air de la campagne était bon pour leurs enfants, vont commencer à réfléchir et à prendre une nourrice à 14

- les

domicile. Les nourrices à la campagne accueilleront les enfants de familles ouvrières (elles seront séparées de leurs enfants pendant plusieurs semaines), et les enfants abandonnés de l'assistance publique très nombreux à l'époque. Elles sont pauvres et vont se charger de plusieurs enfants; elles les nourriront donc de lait animal à la bouillie et introduiront le biberon. - Au 20e siècle, malgré les découvertes de la stérilisation par Pasteur (fin 1ge siècle), la mortalité restera élevée durant la première moitié du 20e siècle. La nourrice qui vient s'installer dans les familles bourgeoises voit son apogée, elle ne fait qu'allaiter. Le père de famille vient la choisir au bureau. Il s'intéresse aux filles-mères, décriées sur le plan de la moralité. Celle-ci est maintenant recherchée car libre de sa personne, elle n'est pas influencée par son mari. D'autres critères étaient pris en considération:

- la couleur des cheveux: les brunes étaient préférées pour leur tempérament vif, les rousses devaient être bannies et les blondes étaient perçues comme lymphatiques mais parfois choisies.
- la corpulence des femmes et la forme de leurs seins, avaient leur importance: les femmes fortes étaient évitées, et on préférait les seins en forme de poire et pendants, pour que l'enfant prenne mieux le lait. la qualité du lait était choisie en fonction de l'observation du développement de son propre enfant. Le médecin inspecteur goûtait le lait à la petite cuillère, et il se rendait, par des visites à leur domicile, pour lutter contre «les mauvaises nourrices». Dès son arrivée dans la famille, la maîtresse de maison habille la nourrice dans un costume distinctif de la profession de nourrice, en robe longue, une longue cape et un bonnet à ruban. Elle est bien nourrie, suralimentée pour grossir (du bon bourgogne c'est des couleurs pour l'enfant). De plus, elle doit garder un caractère gai, c'est pourquoi la maîtresse de maison lui fait des cadeaux. Au cours du 1gesiècle se met en place une sorte de (<révolutionenfantine». La famille devenue un lieu d'affection, commence à s'organiser autour de l'enfant dès son premier âge. De nouvelles techniques d'élevage, grâce aù savoir constitué par les scientifiques, dont notamment des psychanalystes comme Spitz, Freud, voient le jour. 15

-

Quelques observations relatives à cet historique nous pennettront de chercher un lien entre la nourrice d'hier et l'assistante maternelle d'aujourd'hui. Une improbable filiation les rattache aux nourrices allaitantes, mais ce survol historique montre bien qu'il existe un parallèle discutable. La première observation que l'on peut faire, c'est l'absence de travaux relatifs à celles que l'on appelle aujourd'hui assistantes maternelles ou nourrices. Si l'on veut émettre une hypothèse, celle-ci serait liée au développement de l'allaitement artificiel qui pennettait que soient délégués à une nourrice, qui n'était plus allaitante, le soin et l'élevage du jeune enfant. Ne peut-on penser qu'avec le développement de l'allaitement artificiel, la «coutume» de placer les jeunes enfants se soit maintenue sous une fonne renouvelée, celle que nous connaissons aujourd'hui, à ceci près que des placements à plein temps ont persisté, selon les régions et les moments, jusqu'à une époque relativement récente. La seconde observation que l'on peut tirer de cet historique est le fait que les pouvoirs publics ont, de longue date, voulu exercer un contrôle hygiénique, médical et moral, sur cette activité. Des entretiens avec des assistantes maternelles agréées montreraient sans doute la récurrence de ces thématiques. La troisième observation que l'on peut risquer de faire est un parallèle hiérarchique: les deux modes de garde existaient déjà. On voit également par la création de bureau une sorte d'agrément sur un profil quelque peu différent de maintenant. Ce processus a été long à s'affirmer, et il faudra attendre l'ordonnance du 2 novembre 1945 créant le service de P.M.I. (Protection Maternelle Infantile), pour voir organiser la surveillance des placements nourriciers. L'enfant devenu l'objet de soins médicaux et de recherche sur son développement, acquière une nouvelle place dans la société. La fonction évoluera donc vers une fonction de garde et de soins. L'une des préoccupations de l'époque étant la diminution du taux de mortalité infantile. Les nourrices devront garder la maison propre, l'enfant propre et le nourrir. Elles s'appelleront «gardiennes»,tenne encore usité dans certaines institutions, alors que la loi de 1977 instituera un statut professionnel et apparaîtra le tenne d' «assistante maternelle» , c'est à dire qui a pour «fonction» «d'assisteD>les parents dans leurs tâches éducatives
auprès de leur enfant.

16

La loi de 1992 viendra renforcer celle de 1977 en insistant sur la fonction d'accueil et en rendant obligatoire une formation. L'évolution de la fonction se fera en même temps que les recherches médicales et psychologiques sur le développement de l'enfant et notamment sur la relation affective, que «seule une mère» peut établir avec son enfant. Les travaux de R.A. Spitz (psychanalyste autrichien, après la deuxième guerre mondiale) ont montré que l'enfant séparé de sa mère souffrait de carence affective totale ou d'hospitalisme. Que ce soient des personnalités comme celles de M. Soulé, de G. Appel, ou de M. David, tous ont stigmatisé l'accueil collectif, potentiellement producteur de carences affectives irréversibles. Certes les conditions d'accueil y étaient, dans l'ensemble, effectivement déplorables, les soins aux enfants dispensés de manière froide et impersonnelle, l'éveil de l'enfant une notion inconnue parce que pas encore diffusée dans ce milieu social. Mais ce qu'il importe ici de montrer c'est la manière dont les travaux de Spitz opèrent un amalgame entre soins collectifs et carence de soins maternels qui va bloquer les velléités de réformer ces institutions et produire, corrélativement ce que nous avons appelé «un sentiment d'incompétence» et une absence de légitimité professionnelle pour les personnes de crèches prises dans une double injonction: essayer de se subsister à la mère, alors que c'est impossible. Dès lors est valorisée à contrario toute garde de type maternel. R.A. Spitz le disait déjà: mieux vaut un substitut maternel qu'une institution. L'accueil nourricier est du même coup paré de vertus qui lui avaient été longtemps déniées. Cette suspicion qui s'attache à l'accueil collectif va s'étendre, des établissements de l'Assistance Publique accueillant, ce qu'on appelle alors, des «cas sociaux», aux crèches qui accueillent, selon la définition réglementaire, «durant le travail de leur mères, des enfants en bonne santé». Un certain nombre d'études seront effectuées dès les années 1950 pour étudier les performances des enfants (Aubry, 1951), «le langage des enfants d'une crèche de jour» (Aubry, 1959) ou comparer les différents modes de garde entre eux pour détecter d'éventuels retards des enfants accueillis en collectivité ce qui validerait la présupposé carençant des institutions (Soulé, Noël, Lauzanne, 1979, Soulé, 1981). Le caractère univoque et parfois idéologique (le travail des femmes est potentiellement dangereux pour 17