Le bien dans les choses

De
Publié par

Regardez les murs de la ville : ils regorgent d'écrits et d'images qui nous disent comment mieux vivre, comment être nous-mêmes, comment devenir moraux. Pour qui sait la regarder, la publicité est porteuse de la morale publique.
Publié le : mercredi 16 octobre 2013
Lecture(s) : 6
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782743626211
Nombre de pages : 160
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
:
Présentation
Regardez les murs de la ville : ils regorgent d’écrits et d’images qui nous disent comment mieux vivre, comment être nous-mêmes, comment devenir moraux. Pour qui sait la regarder, la publicité est porteuse de la morale publique. Si c’est le cas il faut revenir avec plus de soin sur ce qui relie espace public et publicité. Le premier a mobilisé l’attention des philosophes et des sociologues ; la seconde a attiré la foudre des moralistes. Et pourtant, la publicité exprime la morale à venir.
Pour le reconnaître, il faut opérer une véritable conversion du regard : la morale n’est pas renfermée dans le rapport que nous entretenons avec les hommes et les femmes qui nous entourent ; elle est aussi, et pour une grande part, dans le rapport que nous avons avec les choses.
Emnanuele Coccia est maître de conférences à l’EHESS. Il est l’auteur de La Vie sensible.
:

Titre original : IL BENE NELLE COSE

ÉDITIONS PAYOT & RIVAGES
106, boulevard Saint-Germain
75006 Paris
www.payotrivages.fr

© D. R.

© 2013, Éditions Payot & Rivages pour la présente traduction

ISBN : 978-2-7436-2621-1

Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales

À Massimo Scolaro
J’ai pu exposer les idées contenues dans ce livre sous une forme plus concise à plusieurs reprises : lors d’un séminaire au Centre de recherche sur les arts et la littérature de Paris (printemps 2012), lors d’une conférence proposée au Festival di Filosofia di Modena (été 2012), et pendant un cours tenu à l’EHESS (printemps 2013).
En plus des sources que je cite, je dois beaucoup aux conversations et aux dialogues noués dans le temps avec Raul Antelo, Esteban Buch, Flávia Cera, Michela Coccia, Iacopo Costa, Veronica Dari-Scolaro, Werner Hamacher, Julieta Hanono, Shinobu Iso, Bruno Karsenti, Marielle Macé, Elise Marrou, Antonio Montefusco, Alexandre Nodari, Ron Naiweld, Anselm Oelze, Martin Rueff, Carlo Severi, Gianluigi Simonetti, Antonio Somaini, Massimo Vallerani et Marta Zura Puntaroni.
Cinzia Arruzza, Daniele Balicco, Marcello Barison, Gianluca Briguglia, Elisa Brilli, Silvia Capodivacca, Matteo D’Alfonso, Emanuele Dattilo, Roberto Frega, Ilaria Gaspari, Francesca Lazzarin, Francesca Mambelli, Giuliano Milani, Giulia Oskian, Sylvain Piron, Michele Spanó et Caterina Zanfi ont lu, discuté et critiqué des versions préliminaires de ce livre. Je leur suis redevable de quelques améliorations.
Pour des raisons différentes Giorgio Agamben, Michelina Borsari, Lidia Breda et Barbara Carnevali sont à l’origine de ce livre. Je tiens à les remercier particulièrement.
C’est à Fabián Ludueña Romandini que je dois l’expérience du bien au-dehors et du bien près des choses.
Le dernier nom du Bien
Elles sont partout et nous les apercevons à peine. Nous ouvrons les yeux et l’espace compris entre notre corps et l’horizon offre une étendue infinie de marchandises. Elles remplissent les chambres, nos appartements en regorgent. Elles couvrent nos corps ; ce sont elles qui décident de nos silhouettes et elles encore qui font l’identité des hommes. Elles sont tout ce que nous mangeons. Elles sont ce que nous désirons le plus souvent. Elles sont ce à côté de quoi nous vivons. C’est grâce à elle que nous pouvons nous déplacer et nous habitons en elles ; quand nous communiquons, c’est encore à travers elles.
Les marchandises sont les habitants les plus visibles de nos villes : elles trônent à l’intérieur de ces petits temples pour passants pressés que sont les vitrines ; elles tapissent les murs les plus en vue des quartiers les plus fréquentés ; elles définissent les véritables limites de la civilisation. Il serait bien difficile d’en faire un inventaire exhaustif : la catégorie de marchandise embrasse l’origine, la vie et le destin de presque toutes les choses dont nous faisons l’expérience. Marchandise est le titre métaphysique le plus général et le plus diffus, le synonyme le plus banal de la catégorie d’objet : pour venir au monde en tant que chose, pour être une des choses du monde, il semble nécessaire d’être ou de pouvoir devenir une marchandise. On pourrait avancer avec une pointe d’ironie que l’In-der-Welt-Sein dont parlait Heidegger coïncide avec l’être-parmi-les-marchandises.
Et pourtant avant même de constituer une catégorie économique ou anthropologique, « marchandise » est un titre infamant. Notre vie se passe à produire, à acquérir, à vendre, à utiliser, à imaginer ou à désirer des marchandises, mais appliquer le terme de marchandise à quoi que ce soit reste une insulte plutôt qu’une description objective. Les raisons historiques et spirituelles de cette mauvaise foi tenace sont plutôt obscures. Mais il n’en demeure pas moins qu’en définissant communément les choses comme des marchandises, nous ne décrivons pas une de leurs qualités réelles, mais nous les transformons en intensités morales. Il ne s’agit pas seulement d’un des tics de l’homme commun, ni de la survivance essoufflée d’une idéologie du passé. À la différence de ce que l’on serait porté à croire, la notion et la réalité de marchandise a bien plus de rapports avec la morale qu’avec l’économie. Les marchandises, et c’est là l’hypothèse d’où part ce livre, offrent la figure extrême du Bien, le dernier nom que l’Occident a donné au Bien.
Cette thèse peut sembler paradoxale. Il s’agit, en revanche, d’un constat banal, un de ceux que chacun d’entre nous peut faire s’il commence à prendre au sérieux la forme du monde dans lequel nous vivons. Bien avant que les manuels de science économique, de sociologie ou d’anthropologie s’en emparent, ce sont les murs de nos villes qui nous parlent sans cesse de marchandises, ce sont eux qui produisent à leur sujet un discours fait d’images et de mots, ce sont eux encore qui nous expliquent jour après jour « ce qu’elles sont véritablement », ce à quoi elles servent, pourquoi nous devons en faire usage. Ce sont les murs qui nous entourent et non les pages de la science qui les étudient, qui les passent en revue, l’une après l’autre. Sur les murs de la ville, la marchandise apparaît toujours comme une intensité morale, mais en un sens qui se situe à l’inverse des discours communs. La marchandise est toujours la présence, le signe d’un bien suprême, comme la réalité de notre bonheur. Et si l’on considère l’insistance opiniâtre avec laquelle ce discours tapisse chaque centimètre de notre espace public, il y aurait quelque ingénuité à n’y percevoir que l’écho d’une hégémonie idéologique.
Mais il y a plus. Quand bien même il s’agirait d’un beau mensonge programmé par une élite contre le reste de la population pour la dominer ou l’opprimer, on ne saurait se soustraire à l’obligation de s’interroger sur cette étrange forme de bovarysme qui frappe les métropoles contemporaines. De fait, nos villes parlent toujours de marchandises quand elles parlent de bonheur. Nous sommes habitués à nous représenter la morale et l’économie comme deux réalités opposées et inconciliables : et pourtant elles coïncident quotidiennement dans le discours ininterrompu que les murs développent sous nos yeux.
Plutôt que de nier cette évidence ou de la reléguer parmi les nombreuses contradictions de notre civilisation, nous voudrions lui prêter ici toute l’attention qu’elle mérite. Ce livre part de l’hypothèse que si l’on veut comprendre ce que sont les marchandises, il faut interroger le lieu privilégié où elles deviennent connaissables pour ce qu’elles sont : les murs. C’est sur les murs de nos villes, en effet, que la publicité – la réclame des choses – apparaît avec la plus grande insistance. Ce n’est qu’en regardant les murs que nous parviendrons à résoudre le mystère des marchandises. Essayez un instant de suspendre le jugement, regardez autour de vous, regardez les murs de la ville. Vous découvrirez que la relation entre les marchandises et les murs n’a rien de fortuit et qu’elle est bien plus profonde que ce que l’on pouvait penser.
MURS
Admiror te paries non cecidisse ruinis
qui tot scriptorum taedia sustineas
Sur les murs de Pompéi [CIL IV, 2487]
1.
Les choses humaines les plus anciennes dont il nous reste un témoignage sont les pierres. C’est dans les pierres, en effet, que l’intelligence des hommes a quitté l’espace du dedans et de la conscience pour s’incarner dans le monde des choses. Usée, polie, travaillée, sculptée, la pierre est l’objet primordial, le véhicule le plus ancien de l’esprit humain, la première forme de la culture. C’est dans la pierre et avec la pierre que l’homme a construit ses premiers instruments, des choses qui servent à faire d’autres choses : les pierres ne sont pas seulement le premier support de la culture, elles offrent aussi l’archétype de toute technique1. Selon un paradoxe qui reste impensé, c’est précisément la relation à la matière la plus solide du cosmos et la plus éloignée de nous qui témoigne des plus grandes transformations de notre intelligence, qui enregistre de la manière la plus indélébile et irréparable son progrès et qui mesure le développement comme l’histoire de notre espèce. Il y a une minéralogie de l’esprit qui attend son étude.
Pour l’autoconscience des modernes, l’âge de la pierre représente une époque lointaine, si reculée même qu’elle n’exista peut-être jamais, et pourtant nous n’en sommes jamais vraiment sortis : c’est encore avec la pierre que nous donnons forme à l’espace et c’est grâce à la pierre que nous définissons notre existence sociale et politique. La ville reste encore aujourd’hui, une « chose de pierre » : un ensemble ordonné de murs, une collection de vies enfermées parmi les pierres. Et ce sont les murs encore – c’est-à-dire des rêves de pierre – qui déterminent l’ampleur de nos villes, qui définissent le tracé et la direction des rues, qui séparent l’espace privé de l’espace public.
Mais si la pierre est la « chose » politique par excellence et la matière première de toute notre existence sociale, ce n’est pas seulement parce qu’elle permet de diviser et de déterminer l’espace commun. Quand on fait du mur la forme élémentaire de tout espace politique, on pense à sa capacité à produire des enclaves, c’est-à-dire au fait que le mur incarne parfaitement le mécanisme d’exclusion et d’inclusion qui semble être l’acte fondateur de toute communauté politique. Et pourtant au moment même où il divise et donne forme à l’espace, chaque mur découvre des surfaces sur lesquelles cette communauté projette et dépose ses marques et dessine son propre portrait. Sans ces surfaces, aucune ville ne pourrait exister : tel est le premier espace concret où ce qui est commun se montre sous une forme sensible, tel est le premier lieu objectif du partage du sensible. Sur les murs vie spirituelle et vie matérielle deviennent inséparables : la pierre murale unit le symbole et la nature. C’est pourquoi une ville n’est jamais un simple archipel d’enclaves : elle est surtout un être de surfaces qui ne cesse de s’offrir au regard, de communiquer son image2, de parler d’elle-même.
Sur la pierre, l’homme a aussi appris à dessiner, à représenter la réalité, à partager avec autrui ses fantasmes et ses rêves. Les murs ne se limitent pas à définir dans l’espace les confins des lieux : ils en sont la mémoire et la conscience. Ils représentent aujourd’hui encore l’espace public par excellence, la surface sur laquelle la ville et l’individu ont enregistré et conservé leur propre savoir, les normes de leur existence, leurs jugements.
C’est sur l’espace d’un mur – vertical, solide, public, universellement visible – que le Pouvoir a commencé à brandir sa Parole et son Droit ; la loi a commencé à se publier sur les murs. C’est sur ce même espace que, pendant des siècles, on a enregistré les mesures, les prix, les règlements commerciaux3.
C’est sur les murs que le temps, solaire et astronomique, est devenu mesurable, et c’est encore sur les murs que, depuis toujours, se sont conservés la mémoire du temps vécu, les noms des morts, leurs derniers mots. La même « chose » qui assurait à la ville (antique ou moderne) sa forme et sa réalité, a toujours été utilisée pour enregistrer son histoire, pour glorifier ses héros, pour célébrer le rosaire des noms du pouvoir et représenter la guirlande de visages des empereurs, des gouverneurs, des rois et des dieux.
Mais la pierre des murs ne fut pas dépositaire des seules écritures et images officielles, grandiloquentes et pleines d’autorité : elle n’a cessé de recevoir les humeurs des peuples, les opinions des individus, les graffitis de protestation, d’acclamation, de rébellion, puis les chants et les louanges. Les graffitis de Pompéi en sont la preuve. Lombroso les avait qualifiés de « véritables tatouages des murailles »4. Mais ce n’est pas moins vrai des toilettes publiques dans l’Europe tout entière5 ou des chambres d’adolescents avec leurs fresques d’images et de mots à la gloire de nouveaux héros. C’est sur les murs que Mai-68 a consigné ses messages les plus durables, et sur les murs encore que Banksy, Blu, Alexandre Farto et les autres street artists composent leurs œuvres.
Les murs n’ont jamais cessé d’être, en effet, un espace de projection et de production fantasmagorique. C’est sur les murs intérieurs de ses églises que la civilisation chrétienne a conservé ses rêves, ses utopies et ses cauchemars : les fresques des cathédrales ont permis au panthéon chrétien d’occuper l’espace public. Et cette affabulation murale n’était pas une prérogative de l’espace religieux. Dans les palais nobiliaires, dans les cours anciennes, dans les demeures des princes modernes, les murs ont accueilli la mythologie du passé et l’autocélébration du pouvoir. Et n’est-il pas vrai que nous-mêmes nous continuons de projeter sur les murs nos rêves les plus secrets ? Ce n’est plus dans les églises, mais dans les cinémas, dans les salles obscures où chacun d’entre nous s’abandonne à ses rêves les yeux grands ouverts. Si parmi toutes les choses le mur est la « chose politique » par excellence, c’est parce qu’il nous apprend que la ville n’est pas seulement un espace de vie commune mais aussi et surtout un espace de projection imaginaire partagé. Ce n’est donc pas seulement pour se protéger que la ville a besoin de murs : elle en a besoin pour parler d’elle, de sa propre histoire, de son bonheur. Dans la matière même qui la constitue, la ville se fait conscience d’elle-même : elle réfléchit sur les conditions de sa propre production humaine et objective. Elle s’arrache au monde des faits, et se fait simultanément pensée sensible d’elle-même. Or c’est le mur qui autorise cette coïncidence. Tout se passe comme si, grâce aux murs, chaque ville avait deux corps : un corps « minéral » qui occupe l’espace et lui donne forme, et un espace sémiotique et symbolique qui ne peut exister qu’à même la peau du premier et relève d’une consistance presque onirique.
Ces deux corps se superposent. Ils ne coïncident jamais.6 Et ce deuxième corps est comme un immense organe collectif de pierre, capable de multiplier l’expérience à l’infini, de transformer la ville en un kaléidoscope d’images, de sensations, de signes, mais aussi de tenir le registre de tout ce qui se pense et de tout ce qui se dit 7: il amplifie nos sens, il en constitue une sorte d’extension prosthétique. Grâce aux murs, une ville devient un organe du sens interne qui produit et emmagasine des sensations et des pensées communes8.
C’est pourquoi les inscriptions murales de toutes les époques offrent une forme de tatouage spirituel, le premier signe à travers lequel une époque inscrit sa présence et la réfléchit. Elles sont la première incarnation sensible, et à coup sûr la plus durable, de ce que la philosophie politique moderne a appelé l’espace public9. Et les images, les visages, les mots qui constituent cet ordre symbolique spatialisé expriment et représentent l’éthos collectif de la Ville, ce que Hegel aurait appelé Sittlichkeit, sa moralité concrète. C’est au sein de cet espace que chaque citoyen apprenait les savoirs politiques partagés, les règles publiques, les valeurs civiques universellement reconnues, l’axiologie des villes. C’est dans cet espace que se formait le regard moral et politique commun. En somme, le bien de tous devient sur les murs une chose visible, une réalité sensible et plus encore, un ensemble d’images et de mots qui s’offre à un partage non seulement spirituel mais bel et bien matériel. C’est pourquoi les murs n’ont pas cessé d’être importants. C’est pourquoi, si nous voulons vraiment comprendre qui nous sommes, nous devons apprendre à lire les murs. C’est sur ses murs que l’historien doit chercher, à chaque fois, le visage d’une civilisation. En effet, l’esprit d’une civilisation existe d’abord de manière épigraphique : il se dépose sur les pierres de manière plus immédiate et plus durable qu’il ne le fait dans les consciences.
La science des écritures déposées sur les murs, l’épigraphie, nous apprend que par le passé les communications assurées à même la pierre sur cette espèce de page publique en plein air concernaient avant tout trois sphères : la sphère politique – celle de l’État, de ses hommes, de leur carrière, sphère au sein de laquelle la Ville se glorifiait elle-même en glorifiant ses héros et son histoire ; la sphère religieuse, avec la représentation et la célébration des dieux et des demi-dieux ; la sphère funéraire attachée aux cultes des morts. Cette littérature et cette iconographie monumentales possédaient des caractéristiques rhétoriques spécifiques : son langage avait une nature formulaire répétitive, il était bref, son ductus pour l’essentiel était fait de phrases nominales ; son message était stylisé, et la situation représentée était fortement typée. C’est grâce à l’épigraphie que nous savons aussi que les empereurs et les gouvernants ont toujours conçu cet espace comme le medium d’une stratégie globale de communication, qui permettait à l’État lui-même de se penser autrement et aux citoyens de concevoir, de connaître et de voir la « chose publique ».10
1Cf. André Leroi-Gourhan, L’Homme et la matière, Albin Michel, Paris, 1943 et Id. L’Art pariétal : langage de la préhistoire, Jérôme Millon, Grenoble, 1992.
2Kevin Lynch, The Image of the City, MIT Press, Cambridge, Mass. 1960
3Cet usage n’a pas complètement disparu : les prix, les mesures, les règlements commerciaux étaient inscrits sur les murs jusqu’à une époque prémoderne (le Dôme de Modène en porte encore les traces). C’est encore sur les murs, et de surcroît sur des murs en pierre d’ardoise qu’on affiche les prix dans les locaux publics. Sur les enseignes, cf. l’analyse classique d’E. Fournier, J. Cousin, Histoire des enseignes de Paris, E. Dentu, Paris, 1884. Pour les enseignes lumineuses modernes, cf. Philippe Artières, Les enseignes lumineuses. Des écritures urbaines au XXe siècle, Bayard, Paris, 2010.
4« Le muraglie sono le carte dei pazzi; i graffiti di Pompei sono veri tatuaggi delle muraglie », Lombroso, compte-rendu de Les tatouages. Etudes anthropologiques et médico-légales di Lacassagne, Paris 1881, in Archivio di psichiatria II 1881.
5Cf. l’œuvre géniale et solitaire d’Allen Walker Read, Lexical Evidence from Epigraphy in Western North America. A Glossarial Study of the Low Elements in the English Vocabulary, Paris, 1935 (publication privée). Sur Pompéi, cf. l’anthologie de Vincent Hunink, Glücklich ist dieser Ort! 1000 Graffiti aus Pompeji, Lat./Dt, Reclam, Stuttgart, 2011. Les inscriptions de Pompéi exprimaient elles aussi une certaine autoréflexivité du support comme l’atteste la citation placée en exergue.
6Nous en faisons l’expérience la plus banale avec les panneaux de signalisation routière dès lors qu’à travers eux, toute ville se dédouble en un corps réel et en son image sémiotique. D’un certain point de vue, toutes les villes sont des espaces surréels, des corps qui, à la lettre, ne peuvent pas coïncider avec eux-mêmes. C’est ce qu’avait compris Aragon quand il faisait de la ville, de ses aspects les plus matériels et de ceux qui sont liés à sa construction même, le terreau culturel de la mythologie moderne.
7Selon B. Carnevali, l’espace public, du reste, peut être compris comme un organe sensoriel partagé et collectif, un sensorium societatis. Cf. Barbara Carnevali, Le apparenze sociali. Una filosofia del prestigio, Il Mulino, Bologne, 2012.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Le Voyage d'Octavio

de editions-rivages

45 tours

de editions-rivages

Mary

de editions-rivages

suivant