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Le Brésil à l’aube du troisième millénaire

153 pages

Cet ouvrage est un recueil de textes qui propose une mise en perspective des grandes tendances géographiques, économiques, politiques et sociales du Brésil à partir d'un bilan de la décennie quatre-vingt. Quel avenir pour le Plan Collor, la réforme agraire, la démocratisation ? De quelle façon envisager l'évolution des inégalités régionales, des grandes métropoles, des changements technologiques ? Pour répondre à ces questions, des chercheurs français et brésiliens ont mis en commun leurs réflexions qui reflètent l'état actuel des recherches et permettent de dresser une image du Brésil de l'an 2000. MD


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Couverture

Le Brésil à l’aube du troisième millénaire

Martine Droulers (dir.)
  • Éditeur : Éditions de l’IHEAL
  • Année d'édition : 1990
  • Date de mise en ligne : 31 mai 2016
  • Collection : Travaux et mémoires

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • Nombre de pages : 153
 
Référence électronique

DROULERS, Martine (dir.). Le Brésil à l’aube du troisième millénaire. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de l’IHEAL, 1990 (généré le 31 mai 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/iheal/2865>.

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© Éditions de l’IHEAL, 1990

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Cet ouvrage est un recueil de textes qui propose une mise en perspective des grandes tendances géographiques, économiques, politiques et sociales du Brésil à partir d'un bilan de la décennie quatre-vingt. Quel avenir pour le Plan Collor, la réforme agraire, la démocratisation ? De quelle façon envisager l'évolution des inégalités régionales, des grandes métropoles, des changements technologiques ? Pour répondre à ces questions, des chercheurs français et brésiliens ont mis en commun leurs réflexions qui reflètent l'état actuel des recherches et permettent de dresser une image du Brésil de l'an 2000. MD

Sommaire
  1. Avant-propos

    Jean Revel-Mouroz
  2. Crise et démocratisation le brésil en transition

    Martine Droulers
  3. Le défi économique

    1. Situation et perspectives macroéconomiques

      Jacques Adda
      1. I/ La réduction des transferts négatifs : une condition nécessaire
      2. II/ Une condition non suffisante
    2. Le Plan Brasil Novo a la recherche d’un troisième souffle

      Alain Zantman
      1. I L’économie brésilienne au seuil des années 80
      2. II La stabilisation et la lutte contre l’inflation : quelles alternatives ?
      3. III Le premier Plan Collor
      4. IV Le second Plan Collor
    3. Perspectives de l’écodéveloppement en Amazonie

      Ignacy Sachs
      1. Une stratégie de développement pour l’Amazonie
      2. Des centres d’écodéveloppement régional
      3. Vers une coopération internationale
  4. Le devenir des inégalités régionales

    1. La population du Brésil à la fin du xxe siècle

    1. Bernard Bret
      1. 1. Où en est la transition démographique du Brésil ?
      2. 2. Quels problèmes socio-économiques pose cette transition ?
      3. 3. Va-t-on vers une homogénéisation du territoire ou vers l’accentuation des différences régionales ?
      4. Conclusion
    2. Dynamiques territoriales et inégalités régionales

      Martine Droulers
      1. La dynamique du modèle de développement brésilien et ses implications spatiales
      2. L’hégémonie de la région de São Paulo se maintient avec des évolutions significatives
      3. Polarisation/déconcentration : le nouveau dynamisme de la région de São Paulo
      4. L’aggravation des inégalités socio-spatiales
  1. Espoirs et desillusions du monde rural

    1. Les petits producteurs entre tradition et modernité

      Pernette Grandjean
      1. Les conditions de formation du secteur moderne de la petite production
      2. Les essais de typologie de la petite production agricole
      3. Les caractères de la petite production modernisée
      4. Entre le paysan et l’entrepreneur : un certain mode de vie
    2. Quel avenir pour la réforme agraire au Brésil ?

      Christian Gros
      1. Réforme agraire et Nova República : l’échec du projet réformiste
      2. La réforme agraire et les élections présidentielles de 1989
      3. Quel avenir pour la Réforme Agraire ?
      4. Un projet social-démocrate ?
  2. Les perspectives de l'urbain

    1. L'institutionnalisation du pouvoir local

      De la constitution fédérale aux lois organiques municipales

      Tania Fischer
      1. Les apports de la nouvelle Constitution
      2. Les limites de l’autonomie municipale dans la nouvelle constitution
    1. Réflexions sur les villes

      Hélène Rivière d’Arc
      1. Pour finir
    2. Les tendances de la gestion urbaine

      Pascale Metzger
      1. Bilan
      2. Perspectives
  1. Travail et société en mutation

    1. Télévision et modes de vie : spécificités et futur du modèle brésilien

      Philippe Henriot
      1. Télévision et éducation : l’émergence du secteur privé
      2. Nation, culture et télévision
      3. La logique des exportations de programmes TV
      4. Une télévision populaire ?
      5. Les limites du parc de téléviseurs
      6. Une télévision nationale ?
      7. Les exportations brésiliennes de programmes TV : un symbole ?
      8. Fiction télévisuelle et fiction sur la TV
    2. Travail, syndicalisme et reconversion industrielle

      Nadya Araujo Castro et Antonio Sergio Guimarães
      1. 1. Paramètres généraux de la reconversion industrielle
      2. 2. Syndicalisme et reconversion industrielle au Brésil

Avant-propos

Jean Revel-Mouroz

Le 23 février 1990 le CREDAL a organisé une table ronde sur le thème « Le Brésil à l’aube du troisième millénaire, bilan, tendances et perspectives » qui rassemblait des économistes (Jacques Adda, Ignacy Sachs) des sociologues (Nadya Castro, Christian Gros, Antonio Sergio Guimarães, Tania Franco, Daniel Pécaut), des géographes (Bernard Bret, Martine Droulers, Pernette Grandjean, Hélène Rivière d’Arc) ainsi que des spécialistes des sciences administratives (Tania Fischer) et de la communication (Philippe Henriot).

Les participants entendaient poursuivre une réflexion sur les mutations de la société brésilienne à un moment où l’élection du Président Fernando Collor de Mello produisait un électrochoc sur l’opinion publique, qu’amplifiaient quelques semaines plus tard les premières mesures de son gouvernement (dévaluation, gel des comptes bancaires, licenciements de fonctionnaires...).

L’objectif était de participer à un vaste débat scientifique qui se développait au Brésil même dans un champ plus politique où l’intelligentsia nationale et le Congrès national confrontaient leurs analyses et propositions pour sortir de la crise économique, politique et sociale. Déjà en avril 1989 un colloque franco-brésilien coordonné par Daniel Pécaut avait suscité une réflexion comparative sur les divers aspects de « crise et de modernisation » (en France et au Brésil) : « qui ont conduit dans les dernières années à des mutations dans les formes de représentation sociale ou politique, dans les modes de régulation socio-économique, dans la structuration des acteurs sociaux »1. Les questions de la citoyenneté, des transformations de l’espace politique et de la problématique démocratique y avaient été plus particulièrement abordées.

La table ronde du CREDAL, tenue presqu’une année plus tard, a permis de faire le point sur l’évolution de la situation politique, mais aussi de reconsidérer les perspectives économiques, démographiques, de développement régional, de transformation du milieu rural et urbain. A son échelle - modeste - il se veut un écho de ce : « moment intense de réévaluation de la perception que la société brésilienne a d’elle-même »2.

Le présent ouvrage ne reprend pas la totalité des communications faites lors de cette réunion et inclut un texte plus récent qui intègre les premières perspectives de changement issues du Plan Collor (Zantman). Il est aussi le produit scientifique d’une coopération franco-brésilienne menée dans le cadre d’un accord CAPES-COFECUB unissant l’IHEAL aux Universités fédérales de Pernambouc et de Bahia. Toutes les questions fondamentales n’ont pas été traitées, mais toutes sont présentes en arrière-plan de nos interrogations, en particulier celles du processus de démocratisation et de la crise de l’Etat.

Daniel Pécaut a souligné que la « transition » a pris une forme conservatrice avec la mise en place d’un système de négociation et de conciliation traditionnel (toutefois plus large que ce qui était prévu au départ), que le gouvernement Sarney était revenu à des modes de gestion et manipulation politique de type classique et que la scène politique a eu un fonctionnement complètement isolé des enjeux formulés dans les mobilisations sociales. La crise est liée à deux évènements précis où l’ensemble du personnel politique associé au pouvoir a échoué : le Plan Cruzado et son échec, et la conception de la Constitution. « N’était-ce pas une gageure en 1987 et 1988, alors que le pouvoir connaissait déjà une usure, que de mobiliser l’opinion publique autour d’un enjeu institutionnel, la Constituante, comme si cela allait avoir un impact sur la vie des gens ? »3

A la veille de l’élection présidentielle de 1990, Helio Jaguaribe écrivait : « La crise de l’Etat, celle du système politique et des partis, sont en partie liées à ce dualisme de notre société. Après avoir construit, des années 40 aux années 70, l’Etat le plus moderne du tiers monde, le Brésil est entré dans une phase où son système de gouvernement s’est dégradé de façon vertigineuse. L’Etat brésilien est aujourd’hui insolvable, incompétent et corrompu. Il se révèle incapable d’innover en matière de politiques plus complexes comme l’ont bien montré les échecs successifs des plans  "Cruzado", "Bresser" et "Verão" »4.

La question des conditions nécessaires pour que le Brésil puisse conforter son statut de nouveau pays industriel est omniprésente ; pour Julio Mourão : « aujourd’hui le Brésil a déjà une économie capitaliste construite sur les modèles occidentaux...une série d’indicateurs démontre l’accès de la population a des biens modernes, ce qui montre qu’il existe déjà une consommation de masse relative... aujourd’hui nous avons une industrie qui est en condition d’être compétitive dans l’économie mondiale... Nous ne sommes plus un pays avec les caractéristiques du Tiers Monde ; nous avons besoin d’achever notre intégration au Premier Monde »5. Ce volontarisme, presque une profession de foi, réfute le scénario de la résignation et de la stagnation, au bénéfice d’un scénario d’espoir, où, après un ajustement économique en 90 et 91 la reprise serait au rendez-vous de 1992.

Pourtant le cadre international n’est pas des plus favorables ; le Brésil, l’Amérique latine en général ne semblent guère faire partie des priorités mondiales. Pour le président de la BID il est clair que « dans un monde où il y aura beaucoup plus de partenaires que dans le passé...la situation de l’Amérique latine va être celle d’une concurrence toujours plus forte. Ce qui importe alors c’est la capacité de compétition de la région, sa capacité à augmenter son efficacité avec le changement technologique. Le Monde sera beaucoup plus difficile dans les années à venir pour cette zone »6.

Le Brésil doit répondre au défi de la compétitivité sans compter sur la solidarité internationale  ni sur des solutions externes du type de celles que peut encore escompter le Mexique en raison de sa place dans la géopolitique nord-américaine.

Le Brésil doit accepter cinq défis :

  1. le défi technologique : création d’un nouveau réseau d’entreprises et nécessité d’une politique industrielle ;

  2. le défi politique : construire une jeune démocratie avec un système de medias déresponsabilisant ;

  3. le défi social ;

  4. le défi écologique : nécessité d’un éco-développement (en particulier en Amazonie) ;

  5. le défi économique : inflation et réduction de la dette7.

Face à ces défis, une orientation majeure du Président Collor reste la diversification des relations politiques et économiques du Brésil, comme en témoignent ses déplacements en Europe et au Japon. « Je crois que l’unification communautaire prévue pour 1992 ne comportera pas un profil d’exclusion ; quant à nous, ainsi que je l’ai dit à plusieurs gouvernants européens au cours de mon périple de Président élu, nous nous efforcerons d’exploiter toutes les potentialités que la nouvelle dynamique de la communauté pourra apporter en termes de commerce, de capitaux et de technologie »8.

Le futur du Brésil et de l’Amérique latine dépendent fortement de leur insertion internationale, et la question de l’intégration dans des formes nouvelles (conçue pour améliorer la capacité de compétition), face au propositions du Président Bush pour l’Amérique latine, est plus que jamais à l’ordre du jour, comme en témoigne la récente réunion du groupe de Rio en octobre 1990 : « Si l’Amérique latine pouvait réaliser véritablement une intégration de l’Argentine et du Brésil, le futur de son insertion internationale dans le monde serait complétement différent »9.

Notes

1 cf. Programme du colloque franco-brésilien en sciences sociales organisé par le CNRS et le CNPQ sur le thème « Crises et modernisation » .avril 1990.

2cf. Julio Mourão. « Precisamos completar nossa integração com o primeiro mundo », dans As Perspectivas do Brasil e o Novo Governo. Forum Nacional. Coordination João Paulo dos Reis Velloso. São Paulo, Nobel,1990 p . 146.

3 Daniel Pécaut., Exposé à la Table Ronde du 23 février. 1990.

4 Helio Jaguaribe, « Sortir de la crise, les conditions de la réussite » dans: Géopolitique, Revue de l’Institut international de Géopolitique, hiver 1989-1990 p.48.

5cf. note 2.

6cf. Enrique Iglesias « A crise da America latina no contexto das transformações economicas mundiais » dans As Perspectivas do Brasil e o Novo Governo, Forum Nacional. Coordination João Paulo dos Reis Velloso, São Paulo, Nobel, 1990.

7 cf. l’exposé de Jacques Marcovitch au séminaire du GRESAL sur les pôles et îlots de modernisation au Brésil. Grenoble 6/2/90.

8 cf. Discours du Président Fernando Collor lors de la cérémonie de passation des pouvoirs au Congrès National à Brasilia, 15 mars 1990. « Fernando Collor : Un nouveau Brésil », Brésil Passionnément, Ambassade du Brésil à Paris. Juin 1990.

9 cf. note 6.

Auteur
Jean Revel-Mouroz

CREDAL

Crise et démocratisation le brésil en transition

Martine Droulers

En ce début des années quatre-vingt-dix avec l’installation d’un nouveau gouvernement, les prises de position, les « forums » et les mises en garde se multiplient au Brésil pour envisager les projets et les réformes à mettre en place afin que le pays reprenne le chemin de la croissance économique et qu’il trouve celui de la justice sociale. L’incertitude générale est grande et accrédite les scénarios-catastrophes. Le Brésil est toujours écartelé entre son projet de Grande Puissance, sa tentation du populisme nationaliste et des propositions socialement plus progressistes.

La décennie quatre-vingts est souvent présentée comme la « décennie perdue » à cause de l’approfondissement de la crise économique, du poids de la dette, de l’arrêt des investissements et de la détérioration des conditions de vie de la majorité de la population. Elle a pourtant apporté son lot de changements positifs. De nombreux verrous institutionnels, instaurés durant l’époque la plus sombre de la dictature militaire, se sont débloqués. En effet, « l’ouverture » politique que les militaires accordent en 1979 et qui coïncide avec l’essoufflement d’un modèle économique centralisé et dirigiste, inaugure la transition démocratique. Le multipartisme est remis à l’honneur et les élections se multiplient, celles de 1982 (gouverneurs, conseillers municipaux), celles de 1985 (maires des grandes villes) et celles de 1986 (députés). Elles marquent toutes le retour des élites exilées depuis 1964 et incitent au renouvellement de la vie politique. Une nouvelle Constitution a en effet été adoptée, en 1988, par une assemblée élue démocratiquement ; enfin, les élections présidentielles de 1989 ont permis la désignation d’un président par le suffrage universel. En ce sens, on peut dire que la crise économique a été une chance pour la démocratie.

Le processus de démocratisation est donc véritablement enclenché. Néanmoins, cela ne veut pas dire que les archaïsmes ne perdurent pas et les résultats des élections générales de l990, qui marquent le retour dans leurs fiefs des vieux caciques, sont là pour le rappeler. Tout processus de transition a son lot de pesanteur et d’inertie. A l’image de la modernisation brésilienne qui a été inégalitaire et incomplète (modernisation conservatrice), les processus de changements socio-politiques sont loin d’être linéaires, et la démocratisation est encore inégale et partielle. Si la crise, en érodant certains pouvoirs anciens et en laminant les couches sociales les plus parasites, a constitué un facteur favorable à l’initiation du processus de démocratisation et à la réorganisation de l’appareil de production, son approfondissement fait aujourd’hui courir le risque d’une sédimentation des clivages sociaux et d’une accentuation des fractures entre un Brésil pauvre et un Brésil riche. Le chemin du nouveau pacte social est semé d’embuches, la démocratie sociale est loin d’être installée dans l’appareil d’État.

Les observateurs brésiliens et particulièrement ceux qui se risquent aux études prospectives, font remarquer que le Brésil dispose de toutes les conditions pour entrer dans le vingt-et-unième siècle comme une grande puissance moderne, démocratique et plus égalitaire. Mais il est urgent de mettre sur pied des solutions appropriées, car avec la menace d’un chaos économique se profile celle d’un chaos politique et le pays court un risque très sérieux d’ingouvernabilité. Ces mêmes observateurs mettent en garde contre un possible effondrement, bien entendu catastrophique, des systèmes sociaux et culturels (Helio Jaguaribe et alii, 1989).

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Les travaux présentés ici contiennent des éléments de réflexion sur ces processus de changement à l’œuvre, sur ces évolutions contradictoires et non concomitantes d’un avenir dont les indicateurs socio-économiques sont inquiétants. Les chercheurs, à partir de leur spécialité, se sont efforcés de répondre à cet exercice de mise en perspective selon cinq grandes problématiques. Celles-ci constituent les cinq parties de cet ouvrage.

Le défi économique : les politiques d’ajustement macroéconomiques qui se sont succédé dans les années quatre-vingt n’ont pas enrayé les éléments de la crise de l’économie brésilienne et la recherche d’une voie de développement durable est plus que jamais à l’ordre du jour (Adda, Zantman, Sachs).

Le devenir des inégalités régionales : l’étude des grandes tendances de l’organisation territoriale et des projections démographiques souligne l’aggravation des inégalités sociales et spatiales (Bret, Droulers).

Les espoirs et désillusions du monde rural : les thèmes mobilisateurs que sont la petite production agricole et la réforme agraire ne sont plus portés par des forces sociales et politiques suffisamment organisées (Gros, Grandjean).

Les perspectives de l’urbain : les grandes villes doivent faire face aux défis de la croissance urbaine, de la réforme municipale et des différentes voies de la gestion plus ou moins participatives (Fischer, Rivière d’Arc, Metzger).

Travail et société en mutation : l’évolution du monde du travail et la diffusion de la télévision sont, dans des domaines différents, des éléments caractéristiques du profond changement que subit la société brésilienne (Castro & Guimarães, Henriot).

Auteur
Martine Droulers

CREDAL

Le défi économique

Situation et perspectives macroéconomiques

Jacques Adda

Le chaos économique et social qui règne actuellement au Brésil offre un contraste singulier avec les projections plus ou moins fantasmatiques qui sont régulièrement faites sur l’avenir de ce pays. Sans remettre en cause l’hypothèse d’un dynamisme spécifique de cette économie - dont les ressorts, au-delà de l’attrait incontestable qu’exercent ses ressources naturelles et son marché intérieur sur les investisseurs étrangers, restent à élucider –il importe d’identifier avec précision les facteurs de blocage de l’accumulation au cours de la décennie écoulée si l’on veut évaluer les possibilités d’une reprise de la croissance dans les années 90. La thèse soutenue ici est que les transferts nets de ressources vers l’extérieur (transferts négatifs) subis depuis 1983 par le Brésil constituent l’origine principale des déséquilibres massifs qui affectent son économie et entravent sa croissance. Toutefois si la réduction de ces transferts conditionne la reprise de l’investissement, elle ne suffit pas à elle seule à poser les bases d’une croissance durable et équilibrée.

I/ La réduction des transferts négatifs : une condition nécessaire

A/ La nature perverse de l’excédent commercial

On ne reviendra pas ici sur l’analyse des plans de stabilisation hétérodoxes (plan Cruzado, plan Bresser, plan Verão) et les raisons de leurs échecs1. Disons simplement que pour l’essentiel, ces plans ont buté sur l’impossibilité de contenir les aspirations sociales et salariales de la majeure partie de la population tout en honorant les engagements externes du pays.

Le respect de ces engagements suppose en effet de maintenir l’absorption interne, et notamment la consommation privée et publique, à un niveau anormalement bas. Ceci n’est compatible qu’avec un partage salaires/profits très défavorable aux salariés. Les accélérations inflationnistes de 1980 (50 % à 100 %) et de 1983-84 (100 % à 200 %) avaient ramené les salaires à un niveau compatible avec l’obtention d’un excédent commercial de l’ordre de 12 milliards de dollars, permettant de payer les intérêts de la dette (10 milliards par an environ) et de reconstituter progressivement les réserves de change dans un contexte de suspension des financements extérieurs nets.

L’accélération inflationniste est dans ce contexte le processus qui permet la formation d’une épargne forcée, dont la contrepartie -l’excédent commercial - est transférée à l’extérieur au titre du paiement des intérêts de la dette, finançant ainsi les transferts négatifs de ressources. Compte tenu du système d’indexation existant, l’inertie inflationniste - la stabilisation du taux d’inflation à un niveau élevé - est ce qui assure le maintien d’une année sur l’autre du partage salaires/profits ainsi obtenu.

L’excédent commercial - le troisième au monde après la RFA et le Japon, comme aiment à le rappeler les banquiers - est donc tout sauf une bonne performance économique. Il est l’expression d’un déséquilibre profond de l’économie dont l’origine est la nécessité de transférer entre 3 et 5 % du PIB chaque année vers l’extérieur.

On peut illustrer ce point en considérant l’année 1988, caractérisée par un bond spectaculaire des exportations, un excédent record des échanges commerciaux et une accélération sans précédent de l’inflation. Après le retour à la normale des exportations au premier semestre de 1987 (ajustement du taux de change en avril et juin et fin du stockage spéculatif qui avait marqué les derniers mois de blocage des prix en 1986), l’envolée des exportations en 1988 n’est pas dissociable de l’accélération continue de l’inflation consécutive à l’échec du plan Bresser.

Avec une ponction de près d’un quart du pouvoir d’achat du salaire minimum, la demande intérieure s’effondre, l’industrie entre en récession et la production non écoulée sur le marché intérieur cherche des débouchés sur les marchés étrangers. Cette quête est certes facilitée en 1988-1989 par la forte reprise du commerce mondial (+10 %) mais celle-ci n’explique qu’un tiers du boom des exportations. La réorientation des ventes vers l’exportation, rendue possible par le niveau avantageux du taux de change réel effectif, se traduit par d’importants gains de parts de marché. En l’absence de reprise de l’investissement les importations restent au même niveau, permettant le gonflement de l’excédent commercial.

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