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Le Brésil à l'épreuve de la modernité

233 pages
Voici les contributions d'universitaires brésiliens qui ont souhaité mettre à profit l'Année culturelle du Brésil en France (2005). L'intérêt majeur de cet ouvrage est de rendre compte de ces perspectives nouvelles de transformation d'une des sociétés les plus dynamiques de la planète. Ces analyses concernent principalement les secteurs de l'éducation, la presse, les médias, la justice, la santé et la sécurité.
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LE BRÉSIL À L'ÉPREUVE DE LA MODERNITÉ

Discours, savoir et pouvoir

LES AUTEURS

Angela Maria de Oliveira ALMEIDA, professeur de psychologie à l'Institut de Psychologie de l'Université de Brasilia. Geraldo José de ALMEIDA, professeur de sociologie au département d'Histoire de l'Université Fédérale de Mato Grosso. Antônio Augusto G. BATISTA, professeur de sciences de l'éducation et Directeur du Centre d'Alphabétisation, Lecture et Ecriture (CEALE) de l'Université Fedérale de Minas Gerais. Patricia Brandao COUTO, doctorante en anthropologie à l'Université Fédérale Fluminense. Dilma Castelo Branco DINIZ, professeur de socio-linguistique à l'Université Fédérale de Minas Gerais. Ligia Maria Moreira DUMONT, professeur en science de l'information à l'Université Fedérale de Minas Gerais. Helcira LIMA, doctorante à l'Université Paris J3. Sonia Barbosa MAGALHAES est doctorante en sociologie à l'Université Fédérale de Para à Belém et à l'Université Paris 13 (CERAL). Paula Regina Pereira MARCELINO, doctorante en sociologie à l'Universidade Estadual de Campinas (UNICAMP). Kâtia Sento Sé MELLO, doctorante en anthropologie à l'Université Fédérale Fluminense de Nitéroi (Rio). Marco Antonio da Süva MELLO, professeur d'anthropologie, Directeur du département d'Anthropologie Culturelle à l'Universidade Federal do Rio de Janeiro et professeur du Programme de Post Graduation en Anthropologie à l'Universidade Federal Fluminense de Niteroi. Nilton MlLANEZ est doctorant en linguistique et langue portuguaise à l'UNESP Universidade Estadual Pau lista (Sao Paulo) Jitlio de Mesquita Fi/ho Maria de Lourdes Faria dos Santos PANIAGO, professeur de linguistique à l 'Universidade Federal de GoÙis. Mateus H.F. PEREIRA, professeur d 'histoire à l'Université de l'État de Minas Gerais. Fernando Rey PUENTE, professeur de philosophie à l'Université Fédérale de Minas Gerais. Roberto SAID, doctorant en Études Littéraires à l'Universidade Federal de Minas Gerais. Santuza Amorim da SILVA, professeur en sciences de l'éducation à l'Université d'État du Minas Gerais. Arno VOGEL, professeur d'anthropologie et Directeur du Centre des Sciences de l 'Homme à l'Universidade Estadual do Norte Fluminense (Rio). Pierre TEISSERENC est professeur de sociologie politique à l'Université Paris 13 et Directeur du CERAL (Centre de Recherche sur l'Action Locale).

Pierre TEISSERENC

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LE BRESIL A L'EPREUVE DE LA MODERNITÉ

Discours, savoir et pouvoir

L'Harmattan

cg L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03800-4 BAN: 9782296038004

Sommaire
Pierre Teisserenc Avant-propos: La modernisation à l'œuvre dans la société brésilienne

9

Première Partie

ÉCRIRE L'HISTOIRE,

PRODUIRE ET DIFFUSER LE SAVOIR

Dilma Castelo Branco Diniz Le discours latino-américain:

un conte de Monteiro Lobato

23

Mateus H. F. Pereira Fascicules et Encyclopédies dans les kiosques: le cas de l'Editora Abril (1968-1982) au Brésil
Roberto Said Histoire et pouvoir chez Jean-Luc Godard

29

39

Fernando Rey Puente L'Antiquité comme modèle de « lecture» de la force» dans la philosophie de Simone Weil Ligia Maria Moreira Dumont Lecture et cognition: proposition de recherche, révis ion de la littérature

49

63

Deuxième Partie

CONSTRUIRE LA MODERNITÉ, DISCUTER LE POUVOIR

Marco Antonio da S. Mello e Arno Vogel La Didactica Magna de la prospérité: réflexions sur la pédagogie du changement social dirigé Pierre Teisserenc Pour une sociologie de l'action locale Sonia Barbosa Magalhàes La participation de la paysannerie contre la politique de déplacement forcé sur un territoire affecté par la construction d'un barrage: une présentation des démarches théoriques

79

99

113

Patricia Brandào Couto Cupidité et conflit: une réflexion sur l'impact du tourisme dans la production de nouvelles identités sur le territoire de la municipalité d'Itacaré dans l'État de Bahia Katia Sento Sé Mello La fabrication d'un espace public sur des enjeux de sécurité dans la municipalité de Niter6i Paula Regina Pereira Marcelino Discours, savoir et pouvoir dans l'entreprise: domination et résistance face à la précarisation du travail chez Honda au Brésil

123

135

149

6

Troisième Partie

PAROLES DE SOI, DISCOURS DE L'AUTRE

Angela Maria de Oliveira Almeida e Geraldo José de Almeida Représentations et discours dans la construction de la réalité sociale

169

Jimena Garcia Menendez Hallucination en psychanalyse: de l'aliénation mentale à l'aliénation subjective. Le cas de Juana
Nilton Milanez C'est quoi ces vérités ?

179

187

Helcira Lima L'arène des pas perdus: une relecture de la cour d'assises brésilienne Maria de Lourdes Faria dos Santos Paniago Aimer sévèrement: pratiques discursives scolaires de subjectivation au Centre-Ouest du Brésil Santuza Amorim da Silva e Antônio Augusto G. Batista Les relations entre savoirs et pouvoir dans la constitution du processus de formation continue des professeurs

195

207

221

7

Pierre TEISSERENC]

Avant-propos La modernisation à l'œuvre dans la société brésilienne

Comme il est indiqué dans l'introduction, cet ouvrage rassemble l'essentiel des communications qui ont été faites à l'occasion d'un colloque pluridisciplinaire organisé à la Cité universitaire de Paris sous le titre «Discours, Savoir et Pouvoir: recherches et dialogues dans l'année du Brésil en France» le 30 mai 2005 à l'occasion de l'Année du Brésil. Ce colloque a été réalisé conjointement par le GEADA - Gmpo de Estudos d'Analise do Discurso de Araraquara - lié à l'UNESP - Universidade Estadual Paulista «Julio de Mesquita Filho », Araraquara, Sào Paulo, par Ie CERAL - Centre de recherche sur l'action locale - de l'Université Paris-xIII, par le département de Philosophie de l'Université de Fédérale de Minas Gerais et par le département des sciences sociales de l'UFF-Université Fédérale Fluminense de l'Etat de Rio de Janeiro. Engagées dans plusieurs types de coopération, ces universités françaises et brésiliennes ont souhaité mettre à profit l'année du Brésil en France pour confronter la diversité de leurs recherches dans des domaines qui concernent certaines des articulations entre les discours, les savoirs et le pouvoir. Dans notre esprit, il s'agissait de donner une autre dimension à cette année du Brésil en France que celles des manifestations culturelles de qualité qui ont caractérisé cet événement, en y intégrant des préoccupations d'ordre scientifique. Et même si la thématique choisie était vaste, nous souhaitions qu'elle réponde à un des enjeux de ce type de manifestation: proposer un état des lieux des recherches
1 Pierre TEISSERENC est professeur de sociologie politique et Directeur du Centre d'Etudes et Recherche sur l'Action Locale, mliversité Paris 13.

conjointes autour de ces questions sans prétendre à l'exhaustivité et sans adopter un parti pris de départ autre que celui de la confrontation permettant de comprendre mieux comment se construit la modernité dans le Brésil contemporaIn. La décision d'éditer les actes de ce colloque est née dans un second temps au regard de l'intérêt qu'ont représenté pour les participants l'ensemble des communications et les échanges auxquels celles-ci ont donné lieu. Qu'il y ait une hétérogénéité des approches, cela saute aux yeux du lecteur. Cette hétérogénéité est d'ordre disciplinaire puisque les communications concernent tout autant la sociologie, l'anthropologie, la sociolinguistique, la philosophie et les sciences de l'information et de la communication. Cette hétérogénéité concerne également la nature et la qualité des objets traités et des partis pris méthodologiques. En matière d'objets, il est significatif que soient appréhendées de grandes institutions nationales comme la justice ou l'école et de grandes entreprises dans les domaines aussi variés que la construction automobile ou l'édition en même temps que sont présentées des situations micro locales significatives des évolutions actuelles que connaît le Brésil. En matière de parti pris méthodologiques, il est important de souligner qu'à côté des méthodes d'enquête de terrain classiques de type sociologique ou anthropologique mises en œuvre par les contributeurs, plusieurs des contributeurs ont attaché de l'importance à la prise en compte des discours et de leur analyse. On peut s'interroger sur les raisons de cette importance accordée à l'analyse des discours: est-ce un effet de mode intellectuelle? Ou est-ce plutôt la conséquence d'un état des lieux de la situation brésilienne actuelle? Je laisse volontairement de côté l'idée d'effet de mode qui intervient forcément à des degrés divers pour m'attacher à rendre compte de la pertinence de ce choix dans le contexte brésilien actuel. Dans un ouvrage récent publié en 2003 à la suite d'un colloque qui cherchait à brosser un état des lieux de la situation politique et socio-économique du Brésil à l'occasion de l'élection de Luiz Igancio Lula da Silva comme Président de la République du Brésil2, il est une observation que partagent l'ensemble de ceux qui ont participé à ce colloque c'est que cette élection s'impose à une majorité d'observateurs comme «un signe indiscutable de la consolidation de la démocratie au Brésil. L'arrivée de la gauche au pouvoir ne suscite plus au sein des élites politiques, économiques ou militaires les craintes qu'elle inspirait auparavant »3.Les auteurs reconnaissent que l'alternance politique est aujourd'hui tout à fait acceptée par tous les secteurs de la société brésilienne et ils en veulent pour preuve 1'« apaisement du débat
2 PICARDJacky (sous la directionde),Le Brésil de Lula. Les défis d'un

socialismedémocratique

à la périphérie du capitalisme, Karthala, Paris 2003, 340 p. 3 VIDAL Dominique, Sens du juste, légitimation et gouvernabilité dans le Brésil de Lula, in op. cit. p. 78. 10

politique» qui s'est traduit par la grande qualité de la transition entre l'équipe du Président Fernando Henrique Cardoso et celle du Président Luiz Ignacio Lula da Silva. Dans un tel contexte d'apaisement du débat politique et de renforcement de la démocratie, ce qui ressort de cet état des lieux c'est l'accélération des mutations en cours. Comme le souligne un des participants à ce colloque qui s'est attaché à rendre compte des changements intervenus dans la mise en œuvre des pactes territoriaux en Amazonie, «ce que nous constatons, c'est un enrichissement certain de la vie associative et politique... Même la rénovation des discours, si elle est partiellement un habillage nouveau des anciennes pratiques, représente un effort nouveau de justification et contraint à de nouvelles rhétoriques si ce n'est à de nouveaux raisonnements ». On peut voir en effet tous ces nouveaux changements comme un immense «processus d'apprentissage social» (Roling et Wakmakers, 1998)4. Au regard de cette situation et des choix stratégiques que le gouvernement de Luiz Ignacio Lula da Silva a été amené à faire pour tenter de répondre aux défis de son programme politique, il me semble que cet ouvrage apporte quelques éléments de réponse sur la manière dont est amenée à se positionner la classe intellectuelle au Brésil pour s'insérer de manière pertinente dans ce nouveau contexte et pour rendre compte (sinon participer à sa façon) de l'accélération des changements en cours qui participent à la modernisation de la société brésilienne sous toutes ces formes et dans tous les domaines d'activité. Essayons de décrypter quelques-unes des composantes de ce positionnement de la classe intellectuelle par rapport aux changements sociétaux que connaît le Brésil de l'ère Lula. La première partie: « Ecrire I 'histoire, produire et diffuser le savoir », donne le ton, au-delà de son caractère composite. L'écriture de l'histoire est effectivement au centre de plusieurs des communications. Mais ce qui est frappant c'est que ce qui nous est proposé n'est pas tant l'histoire des historiens que quelques-unes des leçons que l'on peut tirer de l'histoire vécue au quotidien. Et c'est à ce propos qu'intervient le lien, qui constitue une des idéesforces de cet ouvrage, entre la manière dont l'histoire s'écrit et nous est rapportée et le pouvoir ou la force. Il est frappant de constater à quel point cette écriture de I'histoire met en exergue l'ambiguïté de la modernité partagée entre sa soif de confort et de bien-être et la montée en puissance des idéologies de la violence et de l'extermination sous toutes leurs formes. C'est cette même ambiguïté qui caractérise également l'autre domaine qu'explore cette première partie: la production de l'écrit, l'accès aux connaissances et leur diffusion. Si l'on prend en considération les communications
4

ABALADEDJO Christophe, La notion de ''pacte territorial" à l'épreuve en Amazonie, in O.C., p.250.

Il

présentées ici, trois observations s'imposent à leur propos. La première concerne la manière dont procèdent les mécanismes de métissage ou d'hybridation entre les écrits européens et les écrits latino-américains qui affectent autant les genres littéraires que les sources d'inspiration en raison des enjeux de légitimité des formes d'écriture que produit la mondialisation. Si de part et d'autre de l'océan, il est possible d'écrire un « conte de Maupassant» c'est au prix d'une sorte de mise en prison et d'une forme d'expression qui est en même temps une transgression. La seconde observation concerne les conditions de réception du texte qui renvoient à une analyse des pratiques de la lecture à partir d'un travail analytique qui fait appel à la fois à la sociologie de la connaissance, aux sciences de l'information et de la communication ainsi qu'aux sciences de l'éducation. Une fois de plus est prise en compte ici la diversité des paramètres qui permettent de comprendre pourquoi et à quelles conditions les processus de cognition donnent certains résultats et comment expliquer la manière dont l'information reçue par les divers canaux que réceptionne un individu se transforme ou non en une connaissance que ce même individu va pouvoir appliquer à différents domaines d'activité ou à l'approfondissement de divers centres d'intérêt. La troisième observation a trait aux conditions de diffusion des données, et en particulier à la vulgarisation des connaissances. Ces conditions relèvent à la fois d'une logique de marché qui n'est pas propre à ce secteur d'activité. Mais elles relèvent aussi de mécanismes pour le moins paradoxaux qui se manifestent particulier par la corrélation entre une situation de censure résultant de la dictature militaire que le pays a connu dans les années 70 et une accélération de la diffusion des connaissances. En même temps, force est de constater que le retour à un régime démocratique se traduit par de nouvelles formes de contradictions dès lors que le « tout marché» est en mesure de finir par s'imposer, en l'absence notamment de modes de régulation initiés par le pouvoir politique. Il reste que, libéré du joug de la dictature militaire et faisant l'expérience d'une alternance politique entre un gouvernement sociolibéral et un gouvernement socialiste, le chemin qui reste à parcourir s'annonce chaotique si l'on en juge par les quelques approches qui nous sont proposées ici. En même temps, cette première partie permet de planter le décor du positionnement du chercheur dans un tel contexte: fort des leçons d'une histoire mondiale qui témoigne de la permanence des enjeux de pouvoir et de la violence qu'il en résulte tant au niveau des idéologies que des mécanismes d'oppression générateurs de formes nouvelles de dépendance, le chercheur est invité à se situer en accompagnateur d'un processus global de libération qui travaille tout autant sur les mécanismes de production des données, de l'information et de la connaissance que sur les modalités de leur diffusion, de leur accessibilité et de 12

leur appropriation par les différentes catégories sociales qui composent la société brésilienne contemporaine. Il est significatif que pour parvenir à ce résultat, les collègues universitaires brésiliens ont été amenés à aller au-delà de ce qu'il est communément accepté dans la communauté universitaire européenne en matière d'interdisciplinarité. Il est probable que les audaces que nos collègues s'autorisent sur ce plan-là sont annonciatrices de contributions à venir particulièrement intéressantes et probablement fort pertinentes. La seconde partie intitulée «Construire la modernité, discuter le pouvoir» revêt d'emblée - comme son titre le laisse entendre - un ton plus polémique dans la mesure où elle nous plonge dans un débat d'une grande actualité autour des finalités de la modernité et des conditions de mise en œuvre de cette modernité. L'intérêt de cette partie réside dans la manière dont est appréhendée cette question de la modernité. Le ton est donné par le premier chapitre sous forme d'un conte qui met en cause les mécanismes de régulation par lesquels les puissances politiques et économiques dominantes imposent leur conception de la modernité et par le fait même les conditions d'accès à la prospérité. Il n'y a rien de bien nouveau dans le propos si ce n'est de nous rappeler que les mécanismes de domination dénoncés depuis plusieurs décennies sont toujours d'actualité pour rendre compte des transformations que connaît aujourd'hui le Brésil (onzième puissance économique mondiale, ne l'oublions pas) malgré (ou peut-être à cause) les changements internationaux et les avancées de la mondialisation. Outre cette fonction de rappel, l'originalité du propos est de situer les enjeux du côté des processus cognitifs à partir d'une analyse anthropologique des mécanismes de pouvoir. C'est ainsi que sont successivement présentées dans un esprit d'analyse réflexive les notions de développement, de projet, de planification, d'endogénéité, de globalité pour en arriver à une dénonciation de pratiques qui concourent à un « changement social dirigé ». Les alternatives proposées au lecteur par Marco Antonio da Silva Mello et Arno Vogel s'appuient sur trois facteurs dont la prise en compte permet de mieux comprendre la pertinence des chapitres qui suivent. Le premier facteur concerne l'intérêt accordé à la dimension locale des problèmes posés et de leur traitement. Même si les auteurs ne l'expriment pas de façon aussi explicite, les mécanismes de pouvoir dont ils rendent compte et qu'ils dénoncent ne les amènent pas à déplacer leurs critiques en direction des institutions sociales et politiques du pays, mais à rechercher les solutions au niveau local, notamment par une meilleure prise en compte des caractéristiques de la communauté. Le deuxième facteur est la non-prise en compte du politique de quelque façon que ce soit. Les auteurs démontrent comment les processus en cours s'appuient sur une représentation des sociétés locales et de leurs structures 13

jugées comme archaïques pour rendre compte de l'échec des programmes de développement et des résistances au changement de la part des communautés. Ils constatent à juste raison que si on en est arrivé là c'est notamment parce que les membres de la communauté ne sont jamais considérés comme des sujets politiques. En même temps, les mécanismes de régulation qui s'imposent tout naturellement et qui justifient en partie les jugements portés sur le caractère archaïque des structures locales sont les mécanismes du marché. Il est pourtant clair que la non prise en compte du politique intervient également au niveau de ces régulations qui constituent selon nous un des changements importants de ces dernières décennies: comment l'effacement des États-nations au cours de ces dernières années met progressivement en avant un système de relations complexe entre le niveau local et un ordre mondial et comment ce système complexe de relations génère de nouveaux mécanismes de régulation qui sont certes dominés par les enjeux du marché mais qui peuvent être contrebalancés par le poids des interventions politiques. C'est ce à que s'attache à explorer la question locale dont nous parlerons par la suite. Le troisième facteur nous renvoie à la question du pouvoir apprécié en termes de jeux d'acteurs et d'enjeu de compétences. À partir du moment où l'on reconnaît que l'alternative au «changement social dirigé» ne repose pas tant sur le changement des institutions mais plutôt sur les mécanismes endogènes de mobilisation des ressources propres à chaque communauté, un des problèmes centraux est celui de la gestion des conflits de compétences. Aux conflits de compétences techniques et de compétences sociales auxquels font référence Marco Mello et Arno Vogel nous ajouterons, pour rester en phase avec ce que nous venons d'évoquer, les compétences politiques. L'expérience acquise en la matière5 nous permet de dire que la solution à la gestion de tels conflits repose à la fois sur une reconnaissance des différents types d'expertise dans chacun des domaines considérés (si l'expertise technique n'a généralement pas besoin d'être reconnue il n'en va pas de même et pour l'expertise sociale et pour l'expertise politique), sur une adaptation des démarches et des méthodes d'intervention pour accompagner la dynamique de changement ainsi que sur l'expérimentation de situations d'apprentissage collectif qui sont l'occasion pour chaque catégorie d'acteurs et de groupes d'acteurs engagés de convenir ensemble des modalités de la conduite d'actions collectives. Le plaidoyer « Pour une sociologie de l'action locale» que je développe dans le chapitre qui suit prend ici tout son sens. Il témoigne de plusieurs choses. La première est la similarité des situations entre la France et le Brésil dès lors que l'on considère les transformations socio-économiques et sociopolitiques du point de vue des communautés locales. Certes mon propos aborde la question de
5 Nous pensons en particulier à l'ouvrage de CALLON M., LASCOUMES P. et BARTHE Y., sur les forums hybrides: Agir dans un monde incertain, op. cil. 14

l'action locale sous l'angle des mutations institutionnelles propres au contexte français et, du même coup, à l'histoire de la France. Mais le résultat est le même: cette histoire des mutations institutionnelles permet de comprendre comment on en est arrivé dans le contexte français d'aujourd'hui à cette situation particulière dans laquelle les décideurs locaux sont confrontés au double défi d'avoir à choisir le territoire de ce que j'appelle l'action locale (qui est aussi une action à caractère fortement communautaire comme j'ai eu l'occasion de le démontrer dans un de mes articles6 et de donner un sens et un contenu à cette action. Tel est bien un des aspects de la problématique que l'on rencontre aujourd'hui dans le contexte brésilien où les mutations en cours concernent également l'action locale à partir certes de territoires qui sont déjà définis mais qui sont amenés à développer des initiatives et à se doter des moyens en termes de ressources matérielles, institutionnelles et communautaires qui les rapprochent de nos propres pratiques de développement de territoire. La seconde remarque concerne la dimension politique de cette action locale. Je ne m'appesantirai pas ici sur cette question que je viens d'évoquer précédemment sinon pour rappeler comment ces actions ou initiatives de développement de territoire participent à la construction de politiques locales à part entière que nous avons tendance à appeler «actions publiques locales» pour les distinguer de manière formelle des politiques de l'État. La troisième remarque porte sur les enjeux de l'élaboration de ces actions et la complexité de leur pilotage qui contribuent à renouveler les pratiques de l'administration territoriale. Une fois de plus, si les contextes français et brésilien sont différents tant du point de vue de l'histoire que du point du système institutionnel, les enjeux sont de même nature. C'est ainsi qu'au risque d'exprimer les choses de manière lapidaire: l'action locale est une action complexe dont le pilotage nécessite la mise en œuvre de dispositifs « surmesure» propres à chaque contexte territorial et qui dépendent en particulier des choix institutionnels et politiques des acteurs locaux. Tel est l'enjeu auquel

renvoie la question de la « gouvernanceterritoriale» 7 à laquelle il est de plus en
plus fait référence lorsque l'on aborde les problèmes locaux sous cet angle et dans cette perspective. La complexité de l'action locale explique en particulier la pluridisciplinarité à laquelle son élaboration fait appel. Il s'agit à la fois de mieux comprendre les situations locales pour lesquelles des acteurs locaux sont prêts à se mobiliser et de partager cette compréhension de manière à aboutir à des accords pour agir ensemble. Un tel travail repose sur des échanges, de la concertation voire même de la participation entre les acteurs locaux concernés. Au Brésil
6

TEISSERENCPierre « La mobilisation des acteurs de développement», in Sociétés contem-

poraines, n° 18-19, décembre 1994, pp. 187-213. 7 Cf. en particulier LE GALES Patrick« Du gouvernement des villes à la gouvernance urbaine », in Revue française de science politique, 1995, n03, pp. 57-95. 15

comme en France, ce travail requiert l'intervention des sociologues au même titre que des sciences politiques, des économistes, des géographes et des anthropologues. Une chose est certaine: appréhendée territorialement, l'action publique locale n'est plus l'apanage des seuls spécialistes de la science politique. Les quatre autres communications de cette seconde partie de l'ouvrage illustrent de manière très significative les différentes questions que je viens de soulever à partir de quatre approches très distinctes. La première approche concerne la mobilisation de la paysannerie contre la politique de déplacement forcé sur le territoire d'un barrage dans le contexte amazonien. Outre les enjeux théoriques auxquels cet article renvoie - enjeux fort intéressants pour ce qui concerne notamment les questions de mouvement social et de réparation, mais qui débordent le cadre général de l'ouvrage -, la situation présentée et analysée se caractérise à la fois par un conflit social qui met en cause un territoire particulier et, sur ce territoire, un acteur collectif prééminent: la paysannerie. L'intérêt de cette situation est de montrer à la fois comment évolue le conflit, comment s'organise le mouvement social paysan permettant à cet acteur collectif de se manifester comme tel et d'être reconnu à ce titre en termes de légitimité et de compétences, de s'engager dans une négociation avec les pouvoirs publics et les pouvoirs économiques, avant de s'imposer finalement comme acteur à part entière sur un territoire donné qu'il

est invité à s'approprier comme le territoire de la communauté - j'entends ici
par acteur à part entière, l'acteur social, l'acteur économique et l'acteur

politique -. La présentation de cette situation permet de rendre compte de la
manière dont le conflit social généré par l'intervention volontariste conjointe de l'État fédéral et d'un acteur économique puissant crée les conditions favorables à l'émergence d'un acteur collectif - la paysannerie - qui s'impose comme nouvel acteur à part entière l'amenant, en tant qu'acteur de développement d'un territoire qui lui a été imposé, à organiser ce territoire tant du point de vue social, communautaire et économique que du point de vue politique. La seconde approche concerne l'analyse des mutations que connaît, du fait de son désenclavement, un territoire rural «périphérique» et riche en ressources naturelles susceptibles de satisfaire les besoins de nos contemporains en matière d'attentes touristiques. Le même scénario pourrait se dérouler dans d'autres contextes que le contexte brésilien. Mais l'intérêt de cet article est de nous faire pénétrer dans l'organisation de la communauté locale et de nous montrer comment les catégories sociales qualifiées d' « identitaires » se sont positionnées par rapport aux enjeux qu'ont représenté pour ce territoire, qui venait de connaître un déclin économique très grave dans le domaine agraire, le désenclavement grâce à la construction d'une route, l'afflux touristique qui en est résulté et, avec lui, l'apport de nouvelles populations venues tirées profit de cet afflux, tandis que les décideurs locaux s'entendaient pour classer ce territoire en aire de protection environnementale. Le lecteur est informé de 16

l'ampleur des mutations récentes que connaît cette communauté qui s'enrichit de nouveaux éléments venus de l'extérieur (acteurs d'autres territoires brésiliens mais aussi acteurs de la mondialisation) et il est en mesure d'apprécier la pertinence des stratégies mises en œuvre par chacune de ces catégories sociales «identitaires» et la manière dont chacune d'entre elles s'approprie les nouvelles rhétoriques discursives résultant notamment des nouveaux enjeux non seulement touristiques mais environnementaux. Il manque dans cette présentation, pour satisfaire nos attentes, les effets politiques. Mais l'auteur n'est aucunement responsable de cette carence. Les changements en question sont en effet trop récents pour qu'il soit possible d'en appréhender les effets sur le plan de l'évolution du système politique. La troisième approche est l'occasion de rendre compte d'un phénomène significatif de ce que sont les politiques locales de développement dans la mesure où il s'agit de la mise en œuvre au niveau d'un territoire donné, celui d'une grande ville située au coeur de l'agglomération de Rio de Janeiro, d'une politique publique qui pourrait être menée par le niveau fédéral ou le niveau de l'État (et qui l'est d'ailleurs en grande partie puisqu'il existe au Brésil un partage des compétences entre les trois niveaux d'interventions publiques en fonction de la nature des délits), d'une politique de gestion des conflits locaux, (politique que nous qualifierions chez nous de politique de sécurité). Cette présentation est l'occasion d'aborder plusieurs thèmes de réflexions qui permettent de mieux comprendre comment se structurent et s'organisent les territoires de l'action publique dans le contexte brésilien. Il apparaît tout d'abord la question fortement débattue du partage des compétences entre les divers niveaux municipaux, étatique et fédéral. On se rend compte que, au-delà des aspects purement formels et fonctionnels, il existe des différences d'intérêts entre les acteurs concernés qui pennettent de comprendre pourquoi les complémentarités attendues ne jouent pas. Il apparaît ensuite le débat sur la question constitutionnelle et le rôle spécifique de la constitution comme référentiel non seulement en matière de droit public mais également en matière de droit privé et de droit du travail. Il est significatif de ce point de vue qu'au regard de la fonction qu'assume la constitution, les agents professionnels locaux développent des stratégies qui leur permettent de tirer ensuite profit de la place qu'ils ont réussie à occuper. Cette communication apporte enfin un éclairage intéressant sur l'organisation du partenariat local dans le contexte brésilien. Face au développement de conflits sur les espaces publics locaux on peut s'étonner du faible poids des autorités locales qui ont tendance à laisser se développer des processus de régulation entre des communautés hétérogènes et les interventions des agents locaux ou nationaux. A contrario, on peut également s'étonner de la place prise par certains acteurs, comme l'acteur universitaire qui s'impose comme un partenaire à forte légitimité dans le champ de la recherche appliquée et de la légitimation de l'intervention publique. 17

La quatrième approche concerne à la fois l'histoire de l'implantation d'une activité industrielle de production automobile sur un territoire présenté comme pauvre et disposant d'une situation géographique intéressante, implanttation industrielle qui a notamment pour effet de développer un réseau local de sous-traitance et les conflits sociaux que génère la stratégie des managers de l'entreprise; stratégie qui consiste à tirer profit des différences de statut entre ouvriers de l'usine-mère qui bénéficient de statuts des salariés de la métallurgie et ouvriers des usines sous-traitantes qui bénéficient de statuts beaucoup moins avantageux. À la différence de la situation précédente, les transformations qui apparaissent et les conflits qui en résultent sont présentés du seul point de vue du monde du travail dans une perspective de sociologie du travail et de la sociologie du monde industriel. Il est probable que les jeux d'alliances entre catégories d'ouvriers dont les intérêts ne sont pas convergents s'expliquent en partie par les rapprochements et les solidarités qui existent très certainement au niveau de la communauté locale. La troisième partie de cet ouvrage intitulé « Paroles de soi, discours de l'autre» nous conduit à changer de décor pour appréhender la question des liens entre le savoir et le pouvoir à partir notamment des pratiques institutionnelles et des évolutions récentes que connaissent certaines institutions-phares comme l'institution judiciaire, l'institution médicale et l'institution éducative. En abordant cette troisième partie, nous quittons l'ancrage local dans lequel étaient présentées les analyses de la partie précédente pour aborder des problématiques à caractère plus général. L'intérêt de cette partie est de nous permettre de comprendre la manière dont se transforme aujourd'hui la société brésilienne dans un contexte, rappelons-le, de réhabilitation de la démocratie et de recherche de nouvelles formes de régulations sociales adaptées à ce nouveau contexte. Dans l'esprit général de ce livre, les auteurs prolongent la réflexion sur la construction du discours appliqué aux champs de la psychiatrie, de la médecine, de la justice et de l'éducation ainsi que sur les liens entre ce travail de construction des discours et les mécanismes de pouvoir dans l'esprit notamment des travaux de Michel Foucault qui servent de fil conducteur aux six exposés de cette partie. Derrière cette thématique générale émerge un débat qui concerne de différentes manières l'ensemble des sujets abordés, c'est la question de la vérité exprimée à travers certains enjeux de la construction du discours, les liens que cette question de la vérité entretient avec le développement de la science, l'importance qu'elle revêt au sein des procédures judiciaires et les relations complexes qu'elle entretient également avec le système religieux. Cette question de la vérité est fortement corrélée à celle des représentations qui constituent à mon sens un second fil conducteur de ces exposés. Tous les changements dont il est question dans cette troisième partie s'appuient en 18

particulier sur une transformation des représentations, que celles-ci soient exprimées par les discours des principaux acteurs ou par leurs engagements dans la société et les actes qui accompagnent de tels engagements. Le premier exposé nous rappelle à bon escient combien le discours et les représentations qu'il contribue à générer participent activement à la construction sociale de la réalité. Ce rappel permet de dresser le cadre à partir duquel les cinq autres exposés tirent une partie de leur intérêt et de leur pertinence dans la mesure où ils s'efforcent de nous présenter les processus de changements que connaissent certaines situations significatives de la société brésilienne en mettant en avant les stratégies des acteurs, mais aussi les rhétoriques utilisées et les dispositifs produits à cet effet. Cette grille de lecture permet de mieux comprendre l'objet du second exposé qui concerne le travail sur I'hallucination, celle-ci étant présentée comme une forme de représentation de l'histoire vécue; et c'est précisément parce qu'il y a représentation que le travail analytique devient possible et efficace en tant que travail de transformation de soi qui correspond en même temps à la recherche de la vérité de son histoire personnelle. La construction du discours scientifique et la recherche de la vérité structurent le troisième exposé qui concerne le développement de certaines pratiques médicales et qui met remarquablement bien en évidence combien la pertinence de ce discours scientifique, qui réussit à s'imposer comme un discours de vérité, s'explique en grande partie par l'existence de mécanismes de domination qui contribuent à forger un mode de construction de la réalité sociale partagée par le plus grand nombre et qui intègre la reconnaissance du discours de la connaissance et la croyance en l'efficacité des pratiques qui en résulte; et cela à partir d'une approche de la société qui se situe à mi-chemin entre Pierre Bourdieu et Michel Foucault. Dans les deux exposés qui suivent, ce qui frappe l'interprète de l'évolution de la société brésilienne c'est la façon dont cette question de la vérité et les liens qu'elle entretient avec les représentations interfèrent avec la prégnance d'une représentation religieuse du monde social. Cette prégnance est manifeste dans l'histoire des individus; mais elle est encore plus manifeste dans l'histoire des institutions et notamment dans l'évolution des pratiques qui ont cours au sein de ces institutions. À cet égard, les pratiques relatées au sein des deux institutions-phares que sont l'école et la justice témoignent de la manière dont cette représentation religieuse du monde permet de comprendre les stratégies mises en œuvre et les rhétoriques développées aujourd'hui par des acteurs aussi différents que les avocats et les juges dans leur volonté d'influencer les jurés des cours d'assises ou les enseignants pour répondre aux exigences de leurs mISSIons. Les deux derniers exposés qui concernent l'institution scolaire reprennent à leur compte l'analyse des effets des discours et des pratiques que 19

développent les différents acteurs en termes de relations de pouvoir à partir d'une grille de lecture qui emprunte à Michel Foucault et à Pierre Bourdieu l'essentiel des concepts mis en œuvre. Michel Foucault est sollicité pour rendre compte des mécanismes de subjectivation qui permettent à l'école d'inculquer ses normes et ses valeurs à l'enfant tandis que Pierre Bourdieu est utilisé pour expliciter les relations de pouvoir et les relations au savoir qui caractérisent la formation continue des enseignants et, en particulier, le rapport ambivalent que les futurs enseignants entretiennent avec le discours savant des sciences de l'éducation. Ce rapport ambivalent contribue à entretenir le fossé existant entre les experts en pédagogie et les universitaires d'une part et les futurs enseignants de l'autre. Cette perspective d'analyse permet au lecteur européen de comprendre que, au-delà des spécificités qui caractérisent certaines problématiques brésiliennes en termes de mutation de la société, sa modernisation obéit à des mécanismes que l'on retrouve de manière presque identique dans nos sociétés européennes.

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Première Partie

ÉCRIRE L'HISTOIRE,

PRODUIRE ET DIFFUSER

LE SAVOIR

Dilma Castelo Branco DINIZ8

Le discours latino-américain: un conte de Monteiro Lobato

« Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de mouton assimilé. » Paul Valéry

Dans un de ses essais intitulé «0 entre-Iugar do discurso latino americano» (L'entre-lieu du discours latino-américain), le critique et romancier brésilien Silviano Santiago affirme que l'écrivain latino-américain jette sur la littérature le même regard malin et audacieux que nous rencontrons chez Roland Barthes dans sa lecture-écriture de Sarrasine de Balzac publiée sous le titre de S/Z (Santiago, 1978, p.2I). Cette définition de «l'entre-lieu» de Silviano Santiago coïncide d'une certaine manière avec les idées de Homi K. Bhabha qui ouvre le chemin à la conceptualisation d'une culture internationale basée non sur l'exotisme du multiculturalisme ou sur la diversité des cultures, mais sur l'inscription et l'articulation de l'hybridation de la culture. Selon Bhabha, «c'est l'inter (l'entre-lieu) qui porte le fardeau du signifié de la culture» (Bhabha, 1998, p. 69). Dans S/Z, Roland Barthes nous propose d'abord une division des divers textes littéraires en deux catégories, les textes lisibles et les textes scriptibles, en considérant que l'évaluation qu'on fait d'un texte aujourd'hui «ne peut être liée qu'à une pratique et cette pratique est celle de l'écriture» (Barthes, 1970, p.I 0). Il explique que le texte lisible est celui qui peut être lu mais non écrit, non réécrit. Et il appelle classique tout texte lisible. Par contre, les textes scriptibles présentent un modèle de production (et non de représentation) qui invite le
8 Dilma Castelo Branco DINIZ est professeur de socio-linguistique à l'Université Fédérale de Minas Gerais.