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Le buffle dans le labyrinthe

264 pages
Solange Thierry - Introduction - Hommage au Professeur Paul Lévy. Corneille Jest - "Le Tambour à deux voix" ou le monde à l'envers. Cérémonie de fin de deuil chez les Kuswar du Népal. Olivier Lacombe - La Bhagavad Gîtâ est-elle une Upanishad ? Anne-Marie Esnoul - Du relatif à l'absolu. Georges Condominas - La Guerre des Trois n'aura pas lieu. André Bareau - L'histoire de Devadatta selon l'Ekottara Agama. Raoul Curiel - Les " puits-cheminées " de Moenjo Daro. Rita H. Régnier - Une maquette de char processionnel du Tamilnadu (Inde du Sud) au Musée national des Arts asiatiques Guimet. Jean Boisselier - A propos d'une image insolite du Musée de Colombo. Solange Thierry - Un conte cambodgien, l'histoire du temple Attharas : à propos des thèmes du dragon en Asie du Sud-Est. Eveline Porée-Maspero - Hommes et animaux en pays khmer. Pierre Fabricius et Lan Sunnary - Un manuel de divination cambodgien. Mireille Benisti - Note d'iconographie khmère: un fronton du gopura de Prah Palilay. Richard Pottier - Bouddhisme et sorcellerie au Laos. Marc Reinhorn - Aperçu sur la versification laotienne. Amphay Dore - Histoire du compère Kha et du compère Lao. Le Thank Khoy - Le Trang Quynh. Madeleine Giteau - Note sur quelques porte-luminaires au Laos. Louis Frédéric - Quelques réflexions sur le Borobudur. Christian Pelras - Les voyages de Sawerigading au Monde des Morts et la représentation bugis de l'au-delà.
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Le buffle dans le labyrinthe I

COLLECTION EURASIE Cahiers de la Société des EtUdes euro-asiatiques

N° 1 NourritUres, sociétés et religions Commensalités N° 2 Le buffle dans le labyrinthe 1. Vecteurs du sacré en Asie du Sud et du Sud-Est N° 3 Le buffle dans le labyrinthe 2. Confluences euro-asiatiques

EURASIE
Cahiers de la Société des Etudes euro-asiatiques N°2

Le buffle dans le labyrinthe

I Vecteurs du sacré en Asie du Sud et du Sud-Est
Hommage à Paul LEVY

Ouvrage publié avec le concours de la Ville de Paris

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1345-5

INTRODUCTION

L'attention portée aux éléments fondamentaux du substrat euro-asiatique met en lumière l'importance de's échanges entre ses cultures. La simultanéité des travaux magistraux de Georges Dumézil, André Leroi-Gourhan et Paul Lévy a ouvert à cette spéléologie transculturelle les routes les plus sûres. Les sociétés agricoles implantées là - celles d'Asie, relevant encore des modes de vie traditionnels, comme celles d'Europe, en voie d'industrialisation et de mutation rapide - constituent, en effet, des « lieux de mémoire» privilégiés. Leur trame journalière, tissée au gré du vécu collectif, à partir du savoir paysan, de la sagacité des bergers et des marins, de la maîtrise des artisans, s'est maintenue en constante symbiose avec les grands textes mythiques qui ordonnent leur univers et perpétuent un héritage immémorial. Dans ce réservoir inépuisable abondent les fils conducteurs qui se font, à tout moment, messager: des constantes maintenues dans les arrangements sociaux; des systèmes de symboles reflétant respectivement des représentations du sacré; des voies d'appréhension du Temps et de l'Espace.

Faisant suite à la
autour de la première

«

commensalité » (Eurasie 1) organisée
mettant l'accent sur
«

de ces rubriques,

des pratiques sociales vivaces,

Le Buffle dans le Labyrinthe»
ayant trait aux symboli-

a retenu le second axe de recherche ques du sacré.

5

Cette nouvelle publication (Eurasie 2 et Eurasie 3 jumelées) comporte deux volets complémentaires, à savoir: Eurasie 2 : supports et vecteurs du sacré; - Eurasie 3 : faisceaux et confluences. L'ensemble présente une série d'études aptes à dégager, à partir de témoignages iconographiques ou architecturaux, à travers des rituels funéraires observés par des ethnologues et des orientalistes dont on trouvera ici le témoignage et souvent en rapport avec des cycles épico-mythiques - la richesse des corrélations entre monde des vivants et monde de l'audelà et des défunts. Les travaux de Paul Lévy attestent la présence du labyrinthe aux Nouvelles Hébrides (sous forme de dessins rituels), en Crète, en Egypte, en Birmanie septentrionale; ceux-ci se révèlent liés à des épreuves initiatiques, garantes de la conquête du pouvoir. Celle de Thésée, on le sait, s'accomplit sur Astérios, le Minotaure psychopompe. On sait par ailleurs l'importance des bovins pour les IndoEuropéens, concrétisée par exemple par les invocations à Mars, rapportées par Caton et Virgile, afin de garantir la vitalité des bœufs chez les Romains aussi bien que par la littérature védique attestant une vénération des bovidés qui se perpétue en Inde de nos jours. Les vestiges des palais crétois laissaient une large place à la figuration des jeux acrobatiques autour des cornes du taureau, auxquels fait écho l'engouement pour les fêtes de tauromachie dans l'Espagne et le Languedoc français du xx. siècle. Parallèlement, le buffle trouvé en place par les Aryens est associé à l'agriculture dans toute l'Asie du Sud et du Sud-Est; son élevage est considéré par les Toda de l'Inde méridionale comme l'acte sacré par excellence, avec préparation de produits laitiers dans le temple même. Or, le buffle, animal apte au sacrifice, assure la monture de Yama, Dieu de la Mort. Ainsi au Minotaure psychopompe, centre de l'épreuve initiatique dans le labyrinthe crétois, répond le statut du buffle, également conjoint au monde des Morts, en groupe asiatique. C'est assez dire le rôle dévolu aux défunts, au titre de dispensateurs d'énergie - les morts Sont les Forts, disent les Gaulois - au seuil du passage initiatique obscur et redouté, débouchant sur la condition d'adulte et l'accès à l'autorité. Ainsi de proche en proche des pôles de confluences s'affir. ment, témoignant d'un cheminenemt transcontinental d'ima.

6

ges fixées dans la matière, de rituels agraires, de complexes cérémoniels que seule une appréhension globale et pluridisciplinaire de l'ensemble du continent délivre de leur opacité. Plusieurs exemples sont analysés ici, relevant simultanément de données comparatives de l'histoire des religions, de la littérature orale, de l'iconographie. Nos prochaines publications ouvriront de nouvelles pistes, pour engager lettrés et chercheurs à pénétrer plus avant dans les fertiles gagnages de l'imaginaire euro-asiatiques. Le bureau.

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Solange THIERRY

PROFESSEUR

PAUL LEVY

Le titre du présent ouvrage n'a pas été choisi au hasard. Il évoque de vastes domaines de l'activité et du symbolisme des civilisations de l'Asie et il ouvre les voies d'un comparatisme éclairé. En ce sens il nous amène à notre maître et ami, le professeur Paul Lévy, ethnologue, historien des religions, préhistorien, exégète, linguiste, humaniste, grand magicien des carrefours de mots et d'idées. Tous ceux qui ont eu le privilège et le bonheur de suivre ses cours de la Ve section des Hautes Etudes à la Sorbonne, dans le vaste cadre des «Religions comparées de l'Asie du Sud-Est », se souviennent avec dilection des innombrables directions de recherche qu'il proposait, des fenêtres qu'il ouvrait sans cesse sur des horizons chargés de promesses. L'ethnographie locale se nourrissait de la science des religions, l'archéologie éclairait le rituel, tel village enfoui dans la jungle asiatique se rapprochait soudain de tel haut-lieu de la Grèce antique. Qu'un tambour de bronze de Dong-Son soit une marmite à l'envers sur laquelle on frappe pour inaugurer un temps sacralisé, que le moine indien Gavainpati qui ruminait lors des assemblées bouddhiques soit le prototype du bovidé sacriciel, qu'Ananda, le disciple préféré du Buddha, soit le PasseMuraille du concile de Rajagfha, cela paraissait tout naturel à Paul Lévy, et du même coup devenait lumineux pour ses auditeurs fascinés. Il n'est pas donné à tout professeur de transformer le domaine de l'érudition en un univers d'enchantement. Or c'est bien là ce qui caractérise avant tout l'ensei9

gnement de Paul Lévy, et s'il fallait n'écrire qu'une seule phrase à son sujet, ce serait celle-là. Le rituel des douze mois de l'année dans le Laos traditionnel, analysé, perçu par lui sous tous ses aspects, se déroulait comme une longue fête de création, de remise en question de l'Ordre du monde, de remise en route de la succession des travaux et des jours. A l'écoute du maître, nous voyions le roi temporaire déambuler en guenilles dans les rues de Luang-Prabang, ou le vrai roi quitter son palais pour écouter la récitation du Vessantara Jâtaka, l'avant-dernière réincarriation du Bouddha, souverain devenu pour quelques jours le Prince Vessantara lui-même en exil dans la forêt. Et c'est tout juste si nous n'entendions pas le bourdonnement d'impatience des êtres humains à l'intérieur de la matrice originelle, et si nous n'assistions pas à leur émergence de la Courge Mère.

L'atterrissage

de Khun Borom sur « la petite rizière bien

plate» pour mater cette humanité turbulente et ingouvernable nous semblait à la fois historique et actuel. A maintes reprises dans son œuvre, Paul Lévy a parlé du sacrifice, et notamment de celui du buffle, en relation avec la prédiction du temps à Vientiane. Les associations d'idées qu'il suggère à propos du sacrifice en général sont toujours originales et fécondes. A partir du sacrifice védique qui procurait une vivification et pouvait engendrer l'immortalité pour le sacrifiant lui-même, il n'hésite pas à traiter le rituel de l'ordination bouddhique comme une mise à mort génératrice d'une

vie nouvelle, et à faire des moines bouddhiste des

«

victimes

pérennes ». Du buffle - asiatique Minotaure - au labyrinthe, il n'y a qu'un pas... ou presque! Et c'est le second thème favori de Paul Lévy, qui le parcourt depuis des années à travers les âges et les lieux - sans en sortir tout à fait comme il se doit, et nous à sa suite. Des cathédrales d'Occident aux constructions précaires en bambou dressées par les paysans de l'Arakan, la quête et l'initiation continuent... Puissent-elles continuer encore et encore. Le buffle comme le labyrinthe sont garants d'une vie nouvelle, sans cesse atteinte et sans cesse recréée, pour le bonheur des disciples, en hommage de gratitude et d'amitié à leur maître.

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Bibliographie
1937

du professeur

Paul Lévy

1938

1939

1940

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1968

1969

1970

1971

tique, II : Cam Pajau,

«

prêtresse », Bahnar Bojau, « magi-

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Corneille JEST

«

LE TAMBOUR À DEUX VOIX»

OU LE MONDE À L'ENVERS CÉRÉMONIE DE FIN DE DEUIL CHEZ LES KUSW AR DU NÉPAL

Une longue fréquentation des Kuswar, caste de bateliers établis le long des cours d'eau irriguant les vallées himalayennes de semi-altitude, nous a rendu familiers leurs ritUels et leurs croyances (Jest, 1977). Cette petite population, peu connue, jouait encore en 1967 un rôle important dans l'économie locale puisqu'elle assurait le passage des porteurs et des marchandises d'une rive à l'autre. Mais dès cette époque, son activité déclinait et la profession n'avait, semble-toil, des ponts ayant été construits, aucune chance de survie sur place. Cependant, ceux qui n'ont pas émigré forment encore là où ils se sont en partie convertis à l'agricultUre, une communauté cohérente, attachée à des traditions qui se rapportent essentiellement au culte des morts et à la vénération des ancêtres. Ils n'ont pas été attirés par l'hindouisme ambiant et si certaines de leurs cérémonies évoquent Durga, Devi, Siva (sous le nom de Mahadev), c'est de façon pourrait-on dire marginale. Ils ne disent pas grand chose d'une puissance suprême qu'ils nomment Mahadev, la « grande "divinité" » ; par contre, leur univers invisible est abondamment peuplé de pitr (âmes des morts) I à l'influence bonne ou mauvaise, en tous cas redoutée, de leurs serviteurs que sont les bote, divinités
1. Pitr. Il a été difficile de cerner la notion de pitr chez les Kuswar. L'âme 16

de rang inférieur

2

ainsi que diverses formes de génies,

esprits... susceptibles de s'incarner dans des hommes, qui acquièrent du fait de cette possession certains dons surnaturels. Autant les Kuswar apparaissent profondément croyants et respectueux de leurs coutumes religieuses, autant est difficile à cerner ce qu'ils se représentent du surnaturel et de la vie de l'au-delà. Celle-ci apparaît, nous le verrons plus loin,

comme

«

inversée

»

par rapport à la nôtre, comme aux anti-

podes si l'on ose dire. Nos premières observations (1967) sur les rituels de mort de cette communauté népalaise se sont enrichies au cours des années. Mais c'est en octobre 1983, profitant de l'amitié d'un officiant et de ses explications, que nous sommes entrés plus avant dans la cérémonie annuelle de fin de deuil (en sept.oct.), distincte de la commémoration des ancêtres (voir Annexe 1). Nous en donnons ici le protocole, avec ce que nous avons pu recueillir d'interprétation, parce qu'elle nous a paru particulière et caractéristique de l'ethnie considérée. Les Kuswar exécutent une série de démarches particulières pour clore la période de deuil où les a fait entrer le décès d'un proche; elles mettent fin à l'état d'impureté, jUfho, lié à la mort d'un membre de la famille '. Le village de Chaitali où nous avons séjourné est situé sur une terrasse dominant la rivière Sunkosi de 100 m environ. Les maisons, une vingtaine, se devinent à peine dans une sorte de verger où poussent sorgho, amarante, papayers et goyaviers. Un pont suspendu ayant été construit à l'emplacement du bac supprimé, les passeurs Kuswar ont perdu leur gagnepain; certains sont allés en Inde ou au Bhoutan, d'autres sont devenus porteurs dans la vallée de Kathmandu. Selon la tradition Kuswar, les ancêtres, bateliers, sont venus « du Sud », remontant les cours d'eau himalayens et se sont établis sur leurs rives pour assurer, avec leurs embarcations, une communication entre les différentes vallées. Etablis dans des zones habitées déjà occupées par des groupes humains d'origines très différentes: castes indo-népalaises, ethnies de lan-

du mort erre er peur hanrer le domaine du vivanr jusqu'au momenr où la cérémonie de fin de deuil esr prariquée er à la suite de laquelle elle s'éloigne définitivemenr. Or la venue de plusieurs pitr lors de ce même rituel semble inrerdire la croyance précédenre. 2. Bote, terme donr je n'ai pas réussi à définir l'origine. 3. Jutho, ce tetme désigne l'état d'impureté des sutvivanrs aptès un décès. Voit V. Bouillier, Naître Renonçant, pp. 134-165.

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gues tibéto-birmanes (Tamang, Magar, Gurung, Hayu), les Kuswar ont cependant gardé des traditions qui leur sont propres. C'est leur conception de la mort qui, d'après eux, les différencie le plus nettement des autres populations. D'où le travail que nous lui avons consacré. La cérémonie de référence a été suivie dans la famille de Sarkiman, précieux informateur, résidant près de Chaitali, venant de perdre un oncle paternel. Lui-même gagne sa vie comme cultivateur, faisant occasionnellement du portage. Les pitr, âmes des morts, reviennent auprès des vivants dans l'année qui suit le décès, le dixième jour de la quinzaine claire du mois de Kartik, qui correspond aussi au dasai, fête de la déesse Durga d'Asoj marquant le commencement de l'année civile et religieuse. C'est à ce moment que l'on doit exécuter, durant trois jours, les rituels qui renverront les pitr satisfaits dans l'au-delà.

Les préparatifS
Astami

du rituel
j

(Se jour de la qUlOzalOe claire

de Kartik)

C'est par un messager ou à l'occasion d'un déplacement que la famille en deuil a fait savoir à la communauté que la cérémonie dédiée au pjrr aura lieu au moment du dasai. Parents et alliés se rendront à Chaitali sachant ce que la tradition exige qu'ils apportent à la famille du disparu: les femmes un pot de bière, les hommes du tabac pour pipe à eau. Nauami (ge jour de cette quinzaine)

La famille du mort fait un certain nombre de préparatifs: nettoyage de la maison et de la cour, fabrication de la bière de riz et d'éleusine, coupe de feuilles de bananier pour la confection des récipients.

4. Le calendrier religieux esr basé sur le cycle lunaire. Tous les trois ans, on intercale un mois lunaire supplémentaire pour rétablir la correspondance avec le calendrier solaire. Presque toUtes les fetes religieuses sont fixées d'après le calendrier lunaire et de ce fait peuvent varier d'un mois par rapport au calendrier solaire. 18

Premier

jour du rituel de fin de deuil
claire de Kartik: Tika)
5

(10e jour de la quinzaine

Le tambour «à deux voix ». Parents et alliés arrivent dans la journée, certains venus de lointains villages, Lubughat, Patswar à une journée de marche; on prend place le long du mur à l'intérieur de la salle de séjour, en respectant âge et rang. Les femmes de la maison s'affairent, on offre de la bière aux arrivants. Des hommes remettent en état les deux tambours sacrés, cJhol ; ils réajustent les lanières en peau qui donnent la bonne tension aux membranes, en les calant avec des coins de bois, ils refont des baguettes à battre les tambours. A la tombée de la nuit quatre groupes d'hommes partent en direction des quatre points cardinaux portant dans un plat de feuilles des offrandes de riz en flocons et de bananes; il s'agit d'appeler l'âme du mort et celles d'autres défunts, les pitr, qui peuvent errer dans le village. Parents et alliés sont maintenant réunis dans la maison. La nuit est tombée et les deux tambours font entendre leur
«

voix », un rythme assez lent accompagne le premier chant,

entonné par le groupe en procession; lorsqu'il arrive à proximité de la demeure du défunt, on psalmodie:
«

Le mort tel un frelon, bangera, arrive en Enfer

se pose sur une feuille. Depuis les temps anciens les instruments de musIque (jouent) Cymbales et tambour à deux peaux mada16. Le mort est poursuivi d'un côté par un envoyé du Roi des Enfers, Jemaraj 7 de l'autre par un second envoyé du Roi des Enfers. Ame du défunt, vole! Du sommet de l'arbre ramaguha 8 le défunt est tombé et en est mort.
5. !ika, marque que l'on applique sur le front, signe de bon augure; pâte faite d'un mélange de vermillon et de grains de riz. Ce mot désigne aussi le dixième jour de la quinzaine claire de Kartik, jour où l'on applique cette marque sur le front. 6. Cymbales jhyali et tambour à deux peaux madill, insrruments de musique joués pour rythmer chants et danses profanes. Ils sont utilisés à titre de divertissement joyeux, dans les cérémonies du mariage. 7. jemariij, pour les Kuswar, c'est à la fois un envoyé du roi des Enfers et une sorte de fantôme qui vient auprès du mourant essayant de l'entraîner dans l'au-delà. En nep. Yama-riij, dieu de la mort et du royaume des Ombres. 8. L'arbre ramaguha est représenté racines en l'air sur le dessin fait sur le mur de la maison. Ce serait le Myristica kinghyi, identification non vérifiée et en outre, les Kuswar ne l'ont jamais vu. 19

Si l'on

n'est

pas

fort,

on ne peut
»
10,

franchir

les sept mers 9...

«La fleur babari a bonne odeur

la fleur godavari a bonne odeur, la fleur makamali a bonne odeur, la fleur titurchangi a bonne odeur, Venez sentir la bonne odeur! Après avoir quitté votre demeure couverte de chaume, Venez dans la maison couverte de tuiles; Montez la pente des sept montagnes, Descendez la pente des sept montagnes, Marchez en vous aidant du bâton. Ne jouez pas de la flûte en bois épineux Jouez de la flûte de bambou. Laissez de côté le tambour en cuivre, qhoi, Jouez du qhoi en bois Avec un turban en étoffe long de dix coudées et une ceinture, jamani, de vingt coudées

Venez, habillés de neuf. »
Tous les assistants ont pénétré dans la maison. L'officiant prend la « peinture» blanche (du kaolin) et com11 sur le mur faisant face à la mence un grand dessin, jiuti porte d'entrée de la maison. Il se sert d'une feuille de bhorla comme récipient et fait couler la peinture de haut en bas en

traçant les «lignes» verticales, dharko

12.

Sur toute la hau-

teur du mur, il reproduit la maison du défunt en traits verticaux et horizontaux, formant ainsi un cadre dans lequel il représente: l'arbre pipai, l'arbre bhar, l'arbre ramaguha avec ses racmes tournées vers le haut, le soleil et la lune, une série de pièces de monnaie, paIsa, des pipes à eau, chiiim,
9. C'est certain'ement une évocation fort brève du voyage du défunt vers le royaume de Yama-râj... Pour les Hindous «le défunt est censé voyager vers le royaume de Yama-râj, le dieu de la mort... Les hommes doivent emprunter une route semée d'obstacles, très escarpés (il faut escalader des milliers de collines)... ", V. Bouillier, 1979, pp. 144-145. 10. Pour l'identification des plantes utilisées dans les rituels, voir Annexe 2. 11. Jiuti, Turner die., p. 316 b. «a drawing of Siva and Parvati on the wall of a room and worshiped by women to ensure happy married life. It is also made on the wall of the kitchen in which the bride and bridegroom sleep after the bride's going to her husband's house; jiuti lekhnu to make the drawing... ». 12. Dharko, Turner dic., p. 325 a, «st ripe, mark, line".

20

des oiseaux, symbolisés par leurs pattes, un éléphant et un cheval. Enfin, au centre, encadrée, une image du mort. Pour dessiner les différents motifs, le peintre se sert d'un chiffon enduit de terre blanche: de la paume de sa main ou d'un morceau de bambou. Le chant suivant, Jiuti lekhneko git, rythmé au tambour, accompagne le travail du dessinateur :
«

De ce côté

que dessines-tu ? Je dessine les biens du pitr Laissons de côté le tambour en CUIvre, jouons du tambour en bois; laissons de côté la flûte en bois épineux, jouons de la flûte de bambou. Tous les pitr arrivent par le chemin de la grève, nous les attendons assis sur l'aire de repos, l, L'oiseau Kokole a mangé du maïs Parmi les pitr le défunt ne sent plus rien, il faut lier ses membres sur les bambous de la civière, mais il ne souffre pas. » Le pitr s'exprime
«

par l'intermédiaire

des chanteurs:

Venant de loin

approchons-nous de la cour de la maIson, de la cour de la maison, passons le seuil de la porte; du seuil de la porte, foulons le sol de la maison; du sol de la maison, dirigeons-nous vers la poutre-échelle; de la poutre-échelle, passons au premier étage; du premier étage, passons à la pièce où l'on séjourne; de la pièce où l'on séjourne, atteignons la poutre faîtière; de la poutre faîtière, atteignons le ciel... » Et pendant trois nuits dans la maison l'espace par le dessin mural sera considéré comme sacré.

délimité

13. Kokola. D'après les Kuswar, ce serair un migrateur qui passe l'été au Tibet et l'hiver dans les basses vallées himalayennes.
21

Le dessin ne sera complété que dans le courant de la deuxième journée: on peut y ajouter des éléments décoratifs, des points de couleur rouge; on peint aussi un éléphant et un cheval sur les battants de la porte (il faut nourrir avec du riz le cheval chaque soir). On suspend à une cordelette tendue devant le dessin les habits du mort, confectionnés pour cette circonstance: pantalon, chemise et coiffure en tOile, copi, ainsi qu'une bande de coton qui sert de ceinture; on accroche aussi des touffes de basilic babari. On étend une natte, gunduri 14, posée à l'envers (dans la vie courante ce serait de mauvais augure), sur laquelle on dépose la nourriture et l'eau pour le pitr. Au son des deux tambours, les hommes tOurnent doucement dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, répétant les séquences du chant. L'âme du défunt, le pitr, devrait prendre possession d'une personne présente et parler, mais ce ne sera pas le cas ce soir. 15 Au moment de l'offrande des aliments, pilJcJa aux pitr, on chante: «De chaque côté de la rivière Indraini sur une feuille de bhorla le riz marsi 16 offrande aux pitr partagez le entre vous. La bouillie de maïs venez en manger il faut venir assister à la cérémonie de fin de deuil mangez des bananes et du riz en flocons.

Le pont de Kote à Balephi

17

a été emporté par le courant quel homme est mort? on n'en sait rien mais un homme est mort. 18 Le long bateau du bac de Dolalghat
14. Gunduri, natte en paille de riz tressé (0,80 x l,50 ln) sur laquelle on s'assied ou se couche. Il y a \.ln envers et un endroit et dans la vie courante, on fait toujours très attention de la poser du bon côté; la poser à l'envers serait de mauvais augure. 15. Piq4a, pour les hindouistes: offrande sous forme de boulettes de riz offertes aux ancêtres durant les cérémonies funéraires. Turner dic. p. 380 b, «bail of rice offered in Ùiiddha to pirr ». 16. Marsi, nom d'\.Ine bonne variété de riz cultivée en grande quantité dans la vallée de Kathmandu, Turner die, p. 505 b. 17. La localité de Balephi est située à deux jours de rnatche en amont de Chai. tali sur la Sun Kosi. C'étàit \.Ine étàpe irnportante sur là tOute des échanges de sel er de grain avec le Tibet. 18. Dolalghar, bac icnportànt S\.lr la S\.In Kosi er Je village KtIswar. 22

à rame courte il a tangué, plante la rame (pour le stabiliser). »
Puis on appelle l'âme du mort, pitr bolaune, avec ce chant :
«

De chaque côté du mort les deux revenants, Jemaraj,

l'escortant, venez, aspirés: par le souffle des ailes d'oiseau; Les aiguilles de pin et les feuilles de bhorla, il s'agit d'assembler les feuilles de bhorla pour confection-

ner des récipients. »
2e

jour du rituel claire de Kartik)

(11 e jour de la quinzaine

Au petit matin, alors que le chant s'achève, les deux membres de la famille qui conduisent le deuil descendent à la rivière, prennent un bain rituel, puis l'officiant leur rase le crâne et la barbe. En effet, depuis le jour du décès où on leur avait coupé les cheveux, les parents mâles ne se sont pas rasés. Ils portent en outre un vêtement, toujours le même, confectionné en coton blanc et sans manches. Ils ramassent une graminée kas (Saccharum spontaneum) qui servira à confectionner l'autel des pitr de la lignée. A la mi-journée, pendant que deux Anciens préparent cet autel, tout le monde est réuni devant la maison du mort. La

divinité bote doit prendre possession de son « support », un
jeune d'une vingtaine d'années dont les jambes et la figure sont enduites de kaolin; il tient un sabre muni d'une clochette dans la main droite, des branchettes de basilic dans la main gauche. Le bote en transes se met à danser, imité par quatre jeunes gens (ceux qui ont appelé le pier la veille). Ils se rendent près de l'autel qui est disposé sous un arbre à proximité du chemin, dans l'enceinte du village, mais à quelque distance des habitations. L'officiant a dressé, et aligné, quatorze galets de rivière, déposé un peu de vermillon sur chacun d'eux, entre les tas, de petites bottes d'herbe; un fil de coton relie tous ces éléments. Vers cinq heures du soir, Sarkiman, neveu du mort, et Kansa, en tenue de deuil, quittent la maison, se rendent à l'autel, précédés d'un porteur de sabre, des deux tambours, du bote et des danseurs. Deux séries d'offrandes, pil)cJ.a, seront données aux pitr, 23

riz en grain, riz en flocons, piments, viande, bananes et bière de millet. Par trois fois, on fait une offrande en direction des quatre points cardinaux. On danse ensuite autour de l'autel.
«

On chante à nouveau le chant d'offrande piq.cJa dine. Sur

le chemin du retour, les femmes ont déposé des branches de pin enflammées, pour guider les pitr et le bote vers la maison du mort; la procession y revient. Sept jeunes gens, le corps décoré de bandes de kaolin, tenant des branches de basilic, chantent un chant consacré aux fleurs, phul ka git : 19 «Dans la rizière de l'ascète sadhu l'eau ne sait pas par où s'écouler; nous tenons dans nos mains des branches de babari, la fleur de babari a bonne odeur, la fleur de makamali a bonne odeur, la fleur de titurchangi a bonne odeur, la fleur de godavari a bonne odeur, Venez, pitr, venez! Dans la rizière du sadhu, l'eau ne sait par quel endroit s'écouler. Un collier de diamants, des perles qui brillent; Un insecte mange les patates douces, Un insecte attaque le bananier sauvage; U ne mesure de riz en flocons enveloppé dans un tissu: on emporte cette nourriture lorsque l'on plante le riz Jouez, tambours et cymbales, L'eau courante est froide, J ai perdu un anneau, Le bout de la cigarette est Impur. A l'ombre de l'arbre, écoute, petite Maya Le Newar fait des nattes Auparavant on a chanté maintenant on se tait! Venez, pitr, venez! » C'est en principe
«

lorsqu'on

chante

sans interruption

le

chant des fleurs» que le pitr se pose sur le basilic, babari ;

la plante se met alors à trembler puis la personne qui tient le basilic est possédée par le pitr. De retour près de la maison, on trouve une foule plus
19. Sâdhu, les Kuswar lui donnent le sens d'ascète-renonçant.

24

dense, le chant d'appel du pitr est à nouveau entonné; la divinité esprit du bote se manifeste, le possédé aboie comme un chien, lape de la bière dans une écuelle, est invité à choisir entre plusieurs offrandes: potiron, bière, orties, poisson et viande. Vers huit heures du soir, le chant rituel est repris dans la maison par tous les assistants. Les membres de la famille sortent avec le bote portant le sabre, une femme (la mère de Subba) tient une branche de babari. L'âme du mort prend alors possession de cette femme qui au bout d'une heure de danse, de mouvements d'épaules et de tremblements se précipite dans la maison, s'assied sur la natte au pied du dessin mural et commence à parler d'une voix aiguë, à peine audible. Sarkiman s'assied près d'elle pendant que tous les assistants les entourent pour écouter le pitr qui s'exprime par la bouche de cette femm~ et )dont Sarki/ man «traduit» les propos. Ce soir-là, quatre âmes ont parlé par l'intermédiaire d'un pitr, porte-parole: la femme de Kansa, morte, il y a quatre ans, le fils de cette femme, mort en bas âge, le père et l'oncle paternel de Sarkiman, morts dans l'année. Le père de Sarkiman a réclamé des vêtements car, dit-il, il possède ceux de son frère cadet suspendus dans la maison (près des dessins), puis il a exigé qu'on fasse don de vêtements aux membres de la famille. Il a ordonné de distribuer de la bière en quantité à toutes les personnes présentes. La femme possédée a alors oint avec de l'huile mélangée à du bahan le front des membres de la famille, puis ceux-ci ont mis des vêtements neufs: l'onction met fin à l'impureté. Les chanteurs ont alors entonné:
«

La moitié du champ en moutarde
20

la moitié du champ en maïs Cymbales et tambours, jouez!

Bhimsen Thapa de Palanchock

Venez, venez. » Et l'on reprend le «chant des fleurs »... Peu avant l'aube, on entonne le chant qui sera le leitmotiv du lendemain et accompagnera la préparation des perches. «Allons chercher le mât tordu dans un sens le mât est tordu dans l'autre sens
20. Palanchock est un sanctuaire important dédié à la divinité Bagvati Miii (Devi) situé"au nord de Chaitali. 25

il faut que le mât soit bien droit. Pour confectionner le cheval (de la divinité bote) il faut couper du bois mais le bois d'amala rendra le cheval fou 21... » 3e jour du rituel (12e jour de la quinzaine

claire

de Kartik)

Une heure sépare à peine la fin du chant de la deuxième nuit des préparatifs pour la troisième journée. A nouveau, un chant rituel devant le mur peint dans la maison, puis les jeunes partent en procession vers le bas de la vallée. Pendant ce temps, trois vieux s'installent sous un arbre et confectionnent des récipients, khala, avec des feuilles de Bauhinia, épointent à l'aide d'un couteau l'extrémité d'une feuille pour l'enfiler dans une autre. Ces récipients sont de forme ronde, on y placera des éclats de pin. Pas un mot n'est prononcé, on se passe une cigarette ou la pipe à eau que l'on fume à tour de rôle. Le soleil perce entre de gros nuages. De loin parvient le son des deux dhol accompagnant ceux qui ont pour tâche de couper les perches. «Allons chercher le mât, il est tordu dans un sens, ou dans l'autre sens, il faut que le mât soit bien droit; pour confectionner le cheval (de la divinité bote) il faut couper du bois

mais le bois d'amala rendra le cheval fou.

»

(Ceci est un avertissement pour les hommes qui s'en vont couper les mâts du lingo 22 destinés à servir de support à l'habitation du pitr : il ne faut pas utiliser l'amala, sinon un homme mourra...) Les tambours rythment la marche, puis jouent au moment où l'on coupe les arbres. En fin de matinée, les hommes reviennent portant des troncs ébranchés de Shorea salo De temps à autre le groupe s'arrête pour attendre les hommes en deuil et les tambours, qui s'entendent de loin.
21. On raconte à Chaitali qu'un jour de cérémonie de fin de deuil, un homme enfourcha un cheval fait avec du bois d'amala, partit du village en direction de la rivière et ne revint jamais. . 22. Les Kuswar utilisent le terme de lingo pour désigner la construction pyramidale qui soutient la maison du pirro Turner die., p. 556 b, « a long bamboo, one of rhe four bamboos used in the construction of a swing ». 26