Le catastrophisme grotesque

De
Publié par

L’entre-deux-guerres en Pologne est particulièrement fécond en œuvres reflétant l’anxiété devant l’avenir de notre civilisation, si bien qu’on a coutume de les désigner par le terme générique de catastrophisme. Ce qui unit les écrivains qui représentent cette tendance (B. Jasień,ski, A. Wat…) c’est une vision grotesque et paradoxale du devenir du monde. Elle s’inscrit dans le courant anti-utopique européen des années vingt et trente du XXe siècle. L’auteur de ce livre se propose de rapprocher les deux phénomènes littéraires en question et de jeter une lumière nouvelle sur la philosophie de l’histoire qu’ils expriment, tout en étudiant les liens visibles et souterrains entre les différentes formes de grotesque et la réalité politique, sociale et culturelle de l’époque.
Publié le : samedi 7 avril 2007
Lecture(s) : 198
EAN13 : 9782748193503
Nombre de pages : 167
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Le Catastrophisme grotesque
Stanisław Fiszer
Le Catastrophisme grotesque
La prose polonaise et l’anti-utopie européenne de l’entre-deux-guerres Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9350-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748193503 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9351-2 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748193510 (livre numérique)
Introduction
Introduction
L’anxiété devant l’avenir de notre civilisation est un sentiment particulièrement présent dans nombre d’œuvres publiées en Pologne durant l’entre-deux-guerres. On a coutume de les désigner par le terme générique decatastrophisme. Cette tendance domine 1 dans la poésie qualifiée de « seconde avant-garde » . L’un des critiques littéraires la définit comme : […] un phénomène intellectuel et artistique de la poésie polonaise au cours de la seconde décennie de l’entre-deux-guerres, qui consistait à élaborer […] des thèmes qui suggéraient et annonçaient l’approche 2 d’une inévitable catastrophe historique et morale. Quant aux autres genres littéraires où les tendances catastrophistes sont relativement fortes – outre l’essai philosophique qui est la forme la plus immédiate pour la réflexion sur les fins de l’homme et de l’humanité –
1. La « seconde avant-garde » succède à la « première avant-garde » qui, née à Cracovie au lendemain de la Grande Guerre, exalte trois M : Métropole – Masse – Machine, et qui est optimiste quant à l’avenir de notre civilisation. 2. La définition est de Kazimierz Wyka, nous citons d’après MIŁOSZ (Czesław),Histoire de la littérature polonaise, trad. franc. André Kozimor, Fayard,1986, p. 548.
9
Le catastrophisme grotesque
il s’agit du drame et du roman. Et c’est en particulier le roman que nous envisageons d’étudier dans cet essai. À la différence de la poésie, le catastrophisme dans la prose se manifeste dès la fin de la Première Guerre mondiale. Parmi les écrivains qu’on peut appeler catastrophistes il y a Stanisław Ignacy Witkiewicz, Bruno Jasieľski, Aleksander Wat ou encore Roman Jaworski, Antoni Słonimski. Ils ne forment aucune école littéraire. Ce qui les unit c’est une vision grotesque et paradoxale du monde. Ils ressemblent à plusieurs égards au courant anti-utopique européen e des années vingt et trente duXXsiècle, représenté, entre autres par KarelČapek, Aldous Huxley, Eugène Zamiatine. Tous ces écrivains continuent la tradition littéraire de la science-fiction et de l’utopie du e XIXsiècle, en lui faisant toutefois subir une volte-face idéologique : on assiste à la naissance d’une sorte d’anti-modernisme. Nous chercherons donc à rapprocher les deux phénomènes littéraires en question et à jeter une lumière nouvelle sur la philosophie de l’histoire qu’ils expriment. En même temps nous voudrions établir les liens entre les différentes formes de grotesque et la réalité politique, sociale et économique de l’époque. Pour comprendre les sources intellectuelles du catastrophisme polonais, il faut remonter au dernier e quart duXIXsiècle, qui se caractérise par la critique des sciences, la retraite du rationalisme et la crise de l’idée de progrès. Certains écrivains, en particulier Witkiewicz et Jaworski, sont marqués par la sensibilité décadente qui doit en partie son origine au pessimisme fondamentale d’Arthur Schopenhauer et d’Eduard von Hartmann. Pour le premier de ces philosophes, l’histoire n’est ni progrès ni perfectionnement, mais
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.