//img.uscri.be/pth/028501e415700e3f004ce3e5f2c3e25cb35b5840
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 18,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le chaos et l'ordre

De
296 pages
Les écrits de Zirignon Grobli se présentent sous la forme de poèmes qui peuvent abuser le lecteur ; ce sont des pensées revêtues de l'habit de la poésie, des "aphorismes poétiques" dont le but est de réconcilier l'Humanité avec elle-même en créant les conditions du dépassement de la relation sadomasochiste dans laquelle elle se débat depuis l'aube de son histoire.. Le symbole de cette réconciliation est l'œuvre d'art vécue comme art-thérapie.
Voir plus Voir moins

Le Chaos et l'ordre
L'éclosion de l 'humain

@

L'Harmattan,

2003

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Italia s.r.I. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-5463-5

Zirignon GROBLI

Le Chaos et l'ordre
L'éclosion de l 'humain

du même auteur aux éditions 1'Harmattan

La libération de l'âme captive de la matière Tome 1 : L'Art-thérapie en Afrique Tome 2 : Philosophie et psychanalyse en Afrique

A mon épouse Marie-France la bonne mère de cet enfant symbolique

(En guise de préface)

Le Maître et l'esclave.
Un esclave affranchi n'est pas encore un homme libre. Il n'est "qu'un esclave affranchi", par un maître généreux ou calculateur. Ce qui différencie l'affranchi de l'homme libre c'est que l'affranchi n'est pas convaincu de sa liberté qui est octroyée, et qu'il continue de se comporter comme un esclave. En effet l'affranchi se trahit toujours par quelques signes. Il en est ainsi parce que, libéré des chaînes de la servitude sociale, l'affranchi n'en demeure pas moins esclave par sa mentalité. On est asservi à la faveur d'un malheureux accident de l'Histoire et on devient "esclave" par la force du déterminisme psychologique. Par quelles voies mystérieuses? Parce que le processus de réduction en esclavage ne s'accomplit que lorsque l'esclave a opéré l'intériorisation du maître. C'est en le laissant briser sa capacité de résister et de garder sa faculté d'assentiment que l'esclave laisse le maître pénétrer sa personnalité et prendre possession de son espace intérieur. L'esclave accompli perd le contrôle de sa vie intérieure au profit

7

du maître. C'est ainsi que l'esclave devient la chose du maître invisible: le pantin qu'il continue de manipuler hors scène. L'esclavage mène donc à l'aliénation c'est-à-dire au devenir-autre. Cela signifie que la fin de l'esclavage c'est de reproduire le maître ad vitam aeternam. C'est pourquoi l'esclavage bien mené aboutit à une sorte de libération de l'esclave de ses chaînes devenues inutiles. Ainsi l'affranchissement signe-t-il la mort de la personnalité de l'esclave et l'apothéose du maître. Tiron, l'esclave de Cicéron, offre l'exemple de l'esclave idéal. Gérant des biens de son maître et ami, rédacteur de ses œuvres, son mentor, en un mot le nègre de Cicéron, Tiron présente le cas typique du personnage ambigu de l'esclave affranchi qui n'osera jamais rompre ses chaînes imaginaires pour affirmer sa liberté en face d'un maître supposé qui se savait entièrement dépendant des qualités de son esclave supposé. En effet, l'acte décisif de la libération effective de l'esclave, c'est la révolte. L'esclave qui aspire à la liberté effective ne saurait faire l'économie de la révolte, fût-il dans le cas de l'affranchi, sous la forme du mot "Non". Le surgissement inattendu du mot "Non" de la bouche de l'affranchi aura pour effet cathartique de castrer définitivement le maître psychique et de lui faire perdre à jamais ses illusions de contrôle omnipotent sur celui qu'il avait fini de considérer comme sa propriété.

8

Le Non proféré par l'affranchi est l'arme symbolique qui va le confirmer dans le sentiment désormais indéfectible de sa dignité et de sa liberté reconquises. C'est cette "chiquenaude" dont parlait Karl Marx qui a fait défaut à l'affranchi Tiran: si vermoulu que soit un pouvoir, pour tomber, il a besoin d'une chiquenaude. Tiran est le type de l'esclave idéal qui s'est identifié de façon absolue à son maître. Il est plus exact de parler d'un Tiran-Cicéron. Toutes les créations de Cicéron, Tiran les a réalisées en se prenant pour Cicéron et celui-ci en a fait sa propriété en se prenant pour leur créateur Tiran. Il s'est produit une fusion entre l'esclave et le maître qui a rendu impossible leur séparation à l'heure de l'affranchissement. Si Tiran avait voulu prendre sa liberté, il est évident qu'il se serait retrouvé les mains nues, ses créations et titres de propriété étant au nom de Cicéron. Il n'aurait acquis que la liberté de mourir de faim dans la situation du "sans feu ni lieu". Comme ce sera plus tard le cas des américains noirs, affranchis après la Guerre de Sécession. C'est certainement ce drame que l'intelligence de Tiran a voulu éviter: raison pour laquelle, affranchi, il n'a pas voulu se séparer de son maître pour jouir de l'effectivité de sa liberté. Tiran était attaché à Cicéron comme à un autre lui-même. Il était la partie de lui-même socialement reconnue de lui-même. C'est donc l'angoisse d'aliénation qui a rivé l'esclave affranchi à son maître. Pour que Tiran fût réellement libéré, il eût

9

fallu que Cicéron lui consentît une part des richesses produites.. . La relation Cicéron- Tiron nous fait penser à la relation Europe-Afrique Noire. On peut considérer l'indépendance octroyée comme un affranchissement après une longue période de servitude. De Gaulle a "libéré" l'Afrique Noire parce qu'il savait qu'elle avait été suffisamment aliénée pour aspirer à la liberté authentique. C'était aussi une manière d'avorter ses velléités de révolte. Les expériences du Vietnam et de l'Algérie avaient édifié la France. Il ne fallait pas qu'elles se répètent en Afrique Noire. L'indépendance des territoires africains est donc le résultat d'un calcul politique savant. Son résultat a été non de libérer les négro-africains mais de resserrer autour de leur cou le nœud de la servitude. Cette relation de coopération avec nos "Etats libres" est une mystification qui masque la contrainte maîtreesclave. Tout comme la relation Cicéron- Tiron, la relation Europe-Afrique Noire a basculé dans l'aliénation. L'Africain a fait de l'Européen le support de son idéal et l'Européen de l'Africain sa chose. Telle est la relation d'aliénation qui lie l'Africain à l'Européen: une relation spéculaire inversée. Depuis des siècles que les Africains créent sous la pression du désir des Européens et que l'Europe engrange et capitalise, on se demande si partage il devait y avoir, ce qui reviendrait à chaque partenaire. Il est évident que le juste partage est impossible comme ce fut impossible

10

entre Cicéron et Tiron. Car, nous le savons, depuis Race et Histoire de Claude Lévi-Strauss, la solution "comptable" est illusoire et expose au ridicule celui qui l'entreprend. Et si l'Afrique et l'Europe s'entêtent à coopérer malgré les pulsions de haine-amour qui les déchirent c'est qu'une Nécessité mal comprise les y oblige. Nécessité à décrypter en termes de différence et complémentarité. "Les intérêts du maître et de l'esclave sont liés" a dit Jacques Lacan. Toutefois l'intérêt de l'esclave n'est pas la portion COl1grue comme l'imagine le maître. En effet, selon Mandela: "Ce qui est bon pour les Européens est aussi bon pour les Africains". Les contingences de l'Histoire ont momentanément placé l'Occident en position de supériorité. L'Occident domine aujourd'hui mais n'a pas toujours dominé et peut-être que le futur sera placé sous le signe de l'égalité des Nations. L'exploitation du Négro-africain, en tant qu'objet de jouissance et instrument de production, a duré des siècles. S'il connaît quelque répit c'est parce que les inventions des Sciences et Techniques, que son exploitation a générées, se sont substituées à lui. Le perfectionnement des Sciences et Techniques a rendu le Négro-africain inutile et encombrant pour le narcissisme triomphant de l'Occidental. Le Négroafricain n'a pas sa place dans "l'économie" du monde, entendons-nous dire souvent. Il peut disparaître sans que le cours du monde en soit affecté. Et pour se

Il

donner bonne conscience dans leur entreprise diabolique d'élimination de l'homme négro-africain, les racistes avancent que ce ne sera pas la première fois qu'un échantillon inadapté de l'Humanité sera anéanti par le plus adapté. Après donc les avoir "instrumentalisés", on peut abandonner à leur sort les Négros-africains réifiés, en riant de leur sous-humanité. Mais la meilleure attitude à adopter envers ces "sous-développés" c'est encore de jouer avec eux au jeu économique de la "Loi de l'offre et la demande" : on prêtera des sommes faramineuses à ces nations qui cherchent à se développer (dans l'espoir de reconquérir leur place dans l'Humanité) et en même temps on mettra tout en œuvre pour que l'argent prêté soit dilapidé par les "rois nègres" et leurs conseillers techniques expatriés. Aucune richesse n'étant générée, les pays emprunteurs seront de plus en plus étranglés sous le poids de leurs dettes auprès des bailleurs de fonds. Ainsi les pays candidats au développement s'installent-ils dans la spirale infernale des prêts impossibles à rembourser. Jeu diabolique dont la finalité évidente est la réduction en esclavage des peuples supposés libérés des liens de la servitude. Le stratagème est connu. C'est le même qu'utilisaient les planteurs du Sud des Etats-Unis qui faisaient miroiter aux yeux de leurs esclaves l'espoir d'une liberté impossible parce que condition à leur rachat monétaire. Nul n'ignore la pratique bien connue des maîtres qui consiste à subtiliser les économies des esclaves et à anéantir leur espoir de libération.

12

"Les intérêts du maître et de l'esclave sont liés" disait Jacques Lacan. A cela nous voulons ajouter: "par la Loi". Ce qui signifie que le déni de la Loi dans les rapports maître-esclave n'est pas seulement préjudiciable à l'esclave, il l'est également au maître. Ainsi donc l'intérêt bien compris de l'Occident et de l'Afrique Noire postule-t-il la médiation de la Loi intériorisée, en lieu et place de la toute-puissance du désir. Nous voudrions proclamer haut et fort notre conviction, à savoir que, contrairement à la conception dominante qui assimile la politique à la "lutte pour la vie" du monde animal (par des hommes non accomplis, faute d'avoir intériorisé la Loi, fondement de l'humanité), nous pensons que la morale est coextensive à la politique, parce que la politique est l'affaire des hommes qui, par définition, sont structurés par des règles de vie en société. . . Telle semble en effet la voie indiquée pour sortir l'Humanité des conflits destructeurs où elle se consume, conflits qui sont les conséquences de la "culpabilité paranoïde", cette forme de culpabilité archaïque liée au vécu d'être coupable qu'éprouve l'être fixé au stade sadique-anal de transgresser la Loi (à laquelle tout être humain est soumis) en se laissant aller à ses pulsions de jouissance et de domination. Ce que le philosophe nazi (Heidegger) conceptualise en termes de "culpabilité fondamentale" ou culpabilité

13

d'être au monde n'est en vérité que le détournement "métaphysique" de l'angoisse paranoïde liée aux crimes nazis sous-tendus par le désir de toute-puissance. Sur le versant français, la notion de "double frénésie" à laquelle Bergson fait appel pour expliquer les cycles tragiques de la guerre et de la paix en Europe n'est qu'une tentative pour le penseur de dédouaner l'Europe de la responsabilité des guerres fratricides, conséquences de la non-maîtrise des pulsions de mort. Le problème de la guerre est le problème crucial de l'humanité que nul n'a le droit d'escamoter. C'est pourquoi il faut dénoncer sans ambages l'attitude mystificatrice de l'Occident qui se targue d'avoir résolu ce problème chez lui, pour la seule raison qu'il a la capacité de déplacer ses pulsions de mort sur les autres parties du monde. Dieu merci! A la faveur des enseignements de la psychanalyse, nous avons aujourd'hui l'opportunité et les moyens psycho-intellectuels de cesser de ruser avec la Loi (comme nous le faisons avec le gendarme). Car la connaissance que nous avons de l'inconscient nous enseigne que nous sommes comptables de nos actes et subissons la rigueur de la Loi même si nous n'agissons pas dans la pleine conscience de notre responsabilité d'être humain. Après donc l'introduction de la psychanalyse il n'est plus permis à l'homme contemporain de se comporter comme l'homme primitif qui avait l'excuse du non-savoir. Toute transgression aujourd'hui relève du "délit d'initié".

14

Il est grand temps, en ce début du troisième millénaire, que les Autorités dirigeantes du monde en finissent avec l'attitude d'ambivalence qu'elles entretiennent avec la Loi qui préside aux relations aussi bien individuelles que collectives. Qu'ils se convainquent enfin de son caractère absolu et qu'ils se disent que les conflits qui déchirent l'Humanité et les cortèges de malheurs qui en résultent ne sont peut être que les signes de castration en liaison avec "l'Oubli" de la Loi. Ainsi donc la folie qui frappe la Communauté humaine s'explique-t-elle par le fait que, sous l'apparence de la foi qu'elle affiche à travers la profusion des religions et des sectes, elle cache un Vide ravageur et une angoisse de mort consécutifs à la "forclusion du Nom-du-père".

La guerre des sexes

Toute la vie de couple se passe pour l'homme à payer des compensations. Le mal radical réside dans la différence des sexes et le désir de chaque sexe de s'imposer à l'autre. Toutes les guerres sont les métaphores de la guerre des sexes.

17

C'est par la violence sexuelle et la domestication des femmes que le père primitif s'est affranchi de l'emprise réifiante de la Grande Mère des origines.

La jouissance pour l'homme c'est de soumettre la femme d'en faire l'instrument de réalisation de tous ses désirs et réciproquement C'est donc pour la jouissance que l'homme et la femme sont engagés dans la lutte sans merci dont les guerres sont les métaphores.

18

Les paroles des ancêtres qui nous sont parvenues et que confirme le savoir analytique nous apprennent que le « pouvoir des femmes» précède celui des hommes et que celui-ci est réactionnaire à celui-là.

Même vaincue dans la guerre des sexes la femme n'est pas pour autant anéantie et nul homme sincère n'ignore que la femme oppose une résistance castratrice à son seigneur et maître prétendu.

19

Ce fut la révolte victorieuse de l'homme-fétiche instruit par les exactions répétées de la Grande Mère qui produisit le résultat de Ie trans-former en homme tout-puissant. C'est ainsi que le rapport de domination s'inversa et qu'au règne des mères toutes-puissantes succéda celui des pères tout-puissants.

20

Le viol originaire et la domination masculine furent les conséquences de la révolte des hommes contre la tyrannie des femmes à l'aube de l'Histoire humaine. En effet la Grande Mère auréolée par la mystique de l'enfantement parthénogénétique était identifiée à la Déesse-Mère maîtresse toute-puissante de la Nature et de l'Humanité. La domestication de la Mère fut le résultat de sa « castration».

21

La femme demande à l'homme les raisons fondatrices de sa supériorité supposée et l'homme répond qu'il peut pisser debout et qu'il a la force physique.

La différence authentique est nécessairement qualitative et les hommes pour prouver aux femmes la supériorité du pénis devraient les convaincre que c'est la raison et non la ruse et la violence qui motivent leurs conduites.

22

L' « Ordre nouveau» du patriarcat s'est contenté de se substituer à la tyrannie de la Grande Mère qui avait consommé son temps. On le voit: ce n'est pas le « bond qualitatif» mais la simple alternance qui régit l'Histoire de l'Humanité.

A l'origine de la vie sociale il y a la haine de l'homme de la Grande Mère des origines furieuse d'avoir été violée et contrainte à l'esclavage sexuel.

23

L'esclavage des femmes est pire que celui des hommes parce qu'il est aliéné en amour supposé lier la femme domestiquée et son seigneur et maître.

La femme-objet représente le summum de l'aliénation de la personne en tant qu'objet de pure jouissance. La femme-objet est la représentante idéalisée des femmes domestiquées.

24

A l'origine le mariage fut une contrainte institutionnalisée par les hommes vainqueurs dans la « guerre des sexes ». La femme mariée fut une esclave domestique.

La condition de l'esclave et celle de la femme mariée furent identiques car ils furent assimilés à des choses-humaines instruments de jouissance et re-production.

25

Le père primitif devait être un personnage sadique le système symbolique n'ayant pas encore fait son apparition pour médiatiser ses relations avec la femme domestiquée.

Pour le père primitif le pénis fut à n'en pas douter un engin de guerre destiné à sadiser et à réduire la femme en esclavage sexuel.

26

Pour la femme phallique entrer dans le couple c'est « se faire avoir» et tomber en esclavage domestique. C'est pourquoi au fond d'elle-même elle abhorre le mariage.

C'est l'homme vainqueur de la guerre des sexes qui a inculqué à la femme vaincue le préjugé selon lequel elle serait dominée parce qu'elle est castrée semant ainsi la confusion source d'aliénation entre l'imaginaire et la réalité.

27

La Grande Mère des origines que la mère phallique représente de nos jours fut l'animal-humain monstre dévorant des temps primordiaux qui régnait sans partage sur l'Humanité primitive.

28

Les descendantes de la Grande Mère

La femme phallique est cette femme morte au désir et à la demande dont le comportement est basé sur la satisfaction immédiate de ses besoins sexuels. Comportement qui évoque celui de la Grande mère: la Chasseresse des hommes rebelle aux liens d'attachement.

29