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Le chercheur, le diplomate et la révolution tunisienne

De
282 pages
Cet ouvrage relate l'expérience du directeur de l'Institut de recherche sur le Maghreb contemporain à Tunis (IRMC). Plusieurs aspects s'enchevêtrent dans ce témoignage : la société tunisienne sous Ben Ali puis les mutations de la révolution tunisienne, la radioscopie d'un Institut français à l'étranger, la confrontation du chercheur et du diplomate. Le livre nous convie au coeur du dispositif français de coopération. Il en relate les pressions institutionnelles et politiques. L'auteur accumule des observations sur la diplomatie française, et de fines analyses sur la part cachée d'affect et d'informalité existentielle qui irrigue la cuisine scientifique et la coopération internationale.
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Le chercheur, le diplomate et la révolution tunisienne Mémoîres d’un dîrecteur d’Instîtut Françaîs en Tunîsîe (2008-2013)
DiwenéDitions
Collection « Socio-anthropologie des mondes méditerranéens » Le but de cette collection, fondée et dirigée par Pierre-Noël Denieuil, est de valoriser et de diffuser les travaux de cher-cheurs en sciences humaines et sociales, portant sur les territoires méditerranéens : Maghreb, Proche-Orient, rives nord et sud-est de la Méditerranée.
La dimension socio-anthropologique est le garant d’une at-tention portée aux populations, à leurs usages, à leurs systèmes de valeurs et au lien social qui structurent un projet de société. Cette perspective peut judicieusement se superpo-ser avec des approches historique, juridique, politologique et économique des mondes concernés.
Sur les bases géographiques et disciplinaires ci-dessus décrites, la collection abrite des thématiques aussi variées et complémentaires que : monde rural et agricole ; dynamiques urbaines ; entrepreneuriat et accès à l’emploi ; développe-ment social, sociabilités et solidarités ; politiques publiques et espaces privés ; réformes et réformisme ; socio-anthropologie du droit ; sociologies de la santé ; recompositions de la famille.
Ces travaux peuvent être monographiques (axés sur un pays en particulier) ou plus précisément comparatifs (approches croisées sur les sociétés, analyse des inter-dépendances entre les deux rives). L’édition tunisienne de cet ouvrage est parue en aout 2016 à Tunis sous l’égide de Diwen Editions.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10585-7 EAN : 9782343105857
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Le chercheur, le diplomate et la révolution tunisienne
Pierre-Noël DENIEUILLe chercheur, le diplomate et la révolution tunisienne Mémoires d’un directeur d’Institut français en Tunisie (2008-2013)
INTRODUCTION
Ce livre se situe entre l’essai, les mémoires, le témoi-gnage historique, et la production scientifique. Il rend compte de mon expérience de direction, de coopération et de diplomatie, de 2008 à 2013, à l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC). Créé à Tunis en 1992, l’IRMC est un Institut français de recherche à l’étranger (IFRE), un centre pluridisciplinaire en sciences humaines et sociales, à vocation régionale, placé sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE, Paris), et depuis 2000, du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR) et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) dont il constitue une unité mixte de recherche (UMIFRE, USR 3077).Cette évocation que j’ai souhaitée très personnalisée, s’appuie sur deux données. La première tient à la différence fondamentale existant dans le paysage de la coopération française, entre un Institut français de recherche à l’étranger (IFRE) et un Institut d’action culturelle et de coopération (IFT). Ces deux implantations françaises sont dotées d’une autonomie financière et ont des directions séparées. La voca-tion scientifique et internationale de l’IFRE lui confère une indépendance idéologique sous couvert de neutralité poli-tique. La seconde donnée, conjoncturelle, tient à la révolu-tion tunisienne et aux bouleversements sociaux et politiques
survenus depuis janvier 2011, ainsi qu’aux changements opérés en matière de liberté d’expression. Ma démarche est de raconter, de donner à voir la com-plexité de la fonction de directeur et de ses jeux entremê-lés, tissés autour de la vie scientifique de l’institution et de ses réseaux, de sa confrontation à la diplomatie culturelle, et aussi de la mutation de société provoquée par la Révolution. Par delà mon implication de chercheur et d’individu, et par delà l’action de l’Institut et son rayon-nement scientifique sur le périmètre Maghreb-Europe, je m’attacherai à décrire ce que fut la rencontre des sociétés et des cultures dont je fus l’un des médiateurs. Les rela-tions franco-tunisiennes retiendront plus particulièrement mon attention. D’une part eu égard à mon inclusion et à mon cheminement dans un espace de coopération, d’autre part en référence à la fonction transversale dont je fus in-vesti en tant que Français empreint d’empathie personnelle et professionnelle pour le pays d’accueil. J’aborderai plus loin la métaphore du « pont » pour caractériser à la fois ce qui relie et ce qui sépare au cours de cette traversée inter-culturelle. Je n’ai pas eu le loisir de tenir un journal de bord au quotidien. Tout en m’appuyant si nécessaire sur des notes et sur des fragments consignés au fil des jours, ou sur les messages de mes boîtes mails, j’ai souhaité redescendre dans ma mémoire. Mais pour qui et pourquoi ai-je voulu écrire ce livre ? Un peu pour moi certes, pour mieux me détacher. Mais tout autant pour ces présences multiples qui m’habitent : ce peut être mes parents ou enfants, amis intimes, collègues, étudiants, anciens collaborateurs ou partenaires, mais aussi des milieux : ceux des diplomates, d’autres universitaires, des gens d’ailleurs, des passants inconnus. Je voudrais contribuer à informer sur le rôle des affects et de la décision ordinaire dans la direction d’un lieu de travail et dans la coopération internationale. Il con-
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vient de montrer l’envers du décor, ce qui se cache der-rière l’organisation et en deçà de l’ordonnance solennelle, la cuisine du pouvoir et ses bricolages au quotidien. Tout cela est bien sûr occulté dans les rapports officiels. Je sou-haiterais démystifier l’agir directorial, en révéler la face personnelle et un humanisme dont on nous fait croire 1 qu’ils ne sont pas l’essentiel.
La Tunisie, un choix professionnel et scientifique Ma première rencontre avec la Tunisie date de 1987 lors d’un colloque sur l’économie souterraine à Sfax, au-quel m’avait convié Moncef Bouchrara, alors ingénieur-conseil en bâtiment, promoteur intellectuel de la dyna-mique économique sfaxienne. Il préconisait l’idée forte que le développement endogène et rampant de la grande ville du Sud tunisien, mais aussi de toute communauté urbaine ou régionale, constitue un important facteur d’innovation sociale, industrielle et technologique. A ce titre, l’ethnologue Robert Jaulin m’avait encouragé à aborder ce qu’il nommait « l’ethno-industrialisation », que j’ai définie plus tard comme le processus par lequel les pratiques et les valeurs sociales et culturelles d’une com-munauté d’individus orientent ses projets économiques, 2 techniques et industriels . S’en suivirent de 1988 à 1991 trois années de recherche auprès des entrepreneurs de
1  De nombreux collègues, amis et personnalités diverses m’ont encouragé à publier ce livre, et m’ont livré leurs observations personnelles. Je souhaite les remercier collectivement, ils se reconnaîtront sous l’anonymat de ma très amicale reconnaissance. 2  Pierre-Noël Denieuil,Les entrepreneurs du développement. Essai sur l’ethno-industrialisation tunisienne : la dynamique de Sfax, postface de Riadh Zghal (« Sfax, mythe et réalismes », 24 p.), L’Harmattan, Paris, 1992 ; etCultures et sociétés, itinéraires d’un sociologue, L’Harmattan, Paris, 2008.
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