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Le choix éthique du sujet

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Ce livre rend compte d'une trajectoire de plus de dix ans de travail comme psychologue clinicien de terrain. Il met au travail les questions posées par la pratique du psychologue dans des lieux très divers du champ social.

Les questions adressées à la psychanalyse peuvent certainement aujourd'hui se présenter comme un résultat de savoir, de savoir-faire qui n'est pas sans la psychanalyse. Car si la psychanalyse se présente comme une pratique, issue de la découverte de Freud, d’où se dégage une théorie du sujet, elle comporte également une conceptualisation du champ social tout à fait inédite en ceci que le rapport à l'Autre est approché à partir du sujet, c’est-à-dire à partir de ce qu'il peut en dire de son rapport symptomatique à l'Autre.

Avec le soutien du CNL.


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Le choix éthique du sujet

 

Eduardo Scarone

 

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre :Ce livre rend compte d'une trajectoire de plus de dix ans de travail comme psychologue clinicien de terrain. Il met au travail les questions posées par la pratique du psychologue dans des lieux très divers du champ social. Les questions adressées à la psychanalyse peuvent certainement aujourd'hui se présenter comme un résultat de savoir, de savoir-faire qui n'est pas sans la psychanalyse. Car si la psychanalyse se présente comme une pratique, issue de la découverte de Freud, d’où se dégage une théorie du sujet, elle comporte également une conceptualisation du champ social tout à fait inédite en ceci que le rapport à l'Autre est approché à partir du sujet, c’est-à-dire à partir de ce qu'il peut en dire de son rapport symptomatique à l'Autre.

Auteur :Eduardo Scarone est né à Montévidéo (Uruguay) en 1958 et il y a vécu pendant vingt ans. Diplômé de psychologie clinique et psychopathologique de l'université de Toulouse-Le Mirail, il est intervenu comme psychologue clinicien dans diverses structures d’accueil des difficultés du sujet contemporain (toxicomanie, enfance inadaptée, adolescents, public défavorisé, milieu carcéral). Il est également formateur et exerce comme psychanalyste. Il est membre de l’Association de la Cause freudienne.

 

Table des matières

 

Avant-propos

Introduction

Une imprudence non-trompeuse

Un savoir sans connaissance

Pas-tout signifiant

Pris dans le lien social

Au-delà de la langue œdipienne

Malaise et lien social

i- Dedans

ii- Un acte clinique…

iii- …Dans le champ social

Le choix du symptôme

i- Le sujet débile

ii- Développement Critique

iii- Parole de l’enfant et droit de visite

iv- Méprise de l’enfant ou discours de la séparation

v- Pourquoi les jeunes font peur ?

vi- Le cas S.

vii- Partenaire toxique

viii- Argent et lien social

Clinique et institution

i- Monsieur P.

ii- Soigner, éduquer : sous transfert

iii- Évaluation

iv- Pratique sociale et institution, un psychanalyste dans la Cité

Bibliographie

 

Avertissement

 

Les textes qui composent chaque chapitre sont issus d’interventions effectuées entre 1988 et 1998 à l’intention de travailleurs sociaux (sessions de formation, colloques).

Avant-propos

 

Ce livre rend compte d’une trajectoire de plus de dix ans de travail comme psychologue clinicien, sur ce qu’il est convenu d’appeler le terrain. De cette trajectoire s’est petit à petit dégagé un intérêt, un prétexte à mettre au travail les questions posées par la pratique du psychologue dans des lieux très divers du champ social. Ces questions adressées à la psychanalyse peuvent certainement aujourd’hui se présenter comme un résultat de savoir, de savoir-faire qui n’est pas sans la psychanalyse. Car si la psychanalyse se présente comme une pratique, issue de la découverte de Freud, d’où se dégage une théorie du sujet, elle comporte également une conceptualisation du champ social tout à fait inédite en ceci que le rapport à l’Autre est approché à partir du sujet, c’est à dire à partir de ce qu’il peut en dire de son rapport symptomatique à l’Autre.

C’est Jacques Lacan qui nous a indiqué la manière d’extraire une nouvelle rigueur, qui intéresse tous les praticiens de ce champ social, y compris ceux qui s’y désignent comme « travailleurs sociaux », pour peu qu’il soient décidés à accueillir ce sujet, avec l’embarras que cela comporte. L’éthique de la psychanalyse autorise un abord du sujet sur ce qui le fait souffrir permettant alors à chaque praticien (quelle que soit sa formation) de tirer des enseignements, au-delà des pratiques d’écoute et de bavardage qui fleurissent à notre époque. Quelque chose de nouveau est en train de se dire, grâce au travail de Jacques-Alain Miller sur l’orientation lacanienne, dans les pratiques cliniques et sociales d’aujourd’hui, qui modifie ces pratiques et la manière dont on peut rendre compte du réel en jeu. Cet ouvrage en porte un peu la trace.

Il est également marqué dans ses références par l’histoire de la psychanalyse qui lui est contemporaine, et donc par le poids réel liée au fait d’être traversée par cette histoire. Aujourd’hui, il tente de contribuer à sa manière à la réflexion sur l’incidence de la psychanalyse dans la culture, et très précisément à la question des relations entre psychanalyse et institutions de soins (ou médico-sociales), étant donné que si la psychanalyse pure peut rendre compte de la manière dont un analyste est produit, il y a des pratiques dans les instituions et dans le social qui relèvent de l’application spécifique de la psychanalyse, qui ne peut être confondue avec aucune technique psychothérapique.

Introduction

 

« Un discours est toujours endormant,

sauf quand on ne le comprend pas – alors il réveille. »

J. Lacan,Le Séminaire*
LivreXXIV, L’insu-que-sait de l’une-bévue s’aile-à-mourre Ornicar n°17-18,p.15.

« […] mettre du sien. », ce sont les mots avec lesquels J. Lacan termine, en 1966, le texte d’ouverture de ses « Écrits ». Il désignait par là « une conséquence », attendue par lui, pour celui qui s’engage dans leur lecture. Une conséquence donc de la lecture de ce qui n’est pas « à lire », comme il se plaisait à le souligner à propos de ce même ouvrage. Tant il est vrai que seule la lecture effectuée pour rendre compte du « parcours » et du « style de travail » de Lacan peut produire quelques conséquences. Nécessité de structure de ce que l’on appelle un acte.

Les quelques réflexions présentées ici peuvent être entendues comme une forme particulière de cette conséquence produite fondamentalement par la lecture de Lacan, articulée à ce qui s’est dégagée de l’expérience analytique de celui qui écrit ces lignes : un travail décidé pour la psychanalyse et la transmission de son savoir, et faire le pari d’une énonciation singulière.

Le psychanalyste est convoqué souvent dans la Cité, dans les institutions dites sociales ou médico-sociales. Cette pratique particulière du psychanalyste soulève des questions qui méritent d’être abordées en ayant recours à certains autres, à la lecture et à la mise au travail qu’elle implique, et qui peut aider à s’autoriser quelques actes, et quelques conclusions, pour son propre compte.

La pratique professionnelle de chacun peut être modifiée à partir de ce choix éthique que représente la dimension propre du sujet dans l’abord au cas par cas, appelé clinique ; d’où le titre général. Encore faut-il s’expliquer sur ce qu’est ce sujet, que les pratiques « sociales » dans leur hétérogénéité ont adopté dans leur vocabulaire, comme un mot « à la mode » de plus. Il faut s’expliquer surtout sur le fait qu’il sera toujours question dans ces pages du sujet dans sa définition dégagé à partir de l’expérience analytique, et sur le pourquoi de considérer cette définition comme la plus opérante dans le travail clinique.

Cet ouvrage cherche donc à contribuer à la thèse qui affirme que chez chaque sujet il y a quelque chose d’irréductible au signifiant (symbolique), hétérogène à lui, qui est la base même de ce qu’on appelle en psychanalyse : le symptôme, mais qui constitue également le point essentiel, irreprésentable comme tel (réel, comme l’enseigne Lacan), qu’est le sujet comme nœud, et donc le point visé par la fin de chaque cure, dans sa conclusion. Ce point révèle que l’être du sujet se réduit à un minimum de jouissance constitutive, qui autorise le fondement de l’éthique de la psychanalyse, éthique du bien dire, et détermine son orientation clinique : un par un.

Toute position subjective, quelle qu’elle soit, ne peut être conçue que comme un choix dont le sujet peut répondre, à condition, bien entendu, qu’on lui laisse prendre la parole, voire qu’on la lui donne, tâche que seul le psychanalyste affiche dans sa fonction et dans son intention même. La définition du sujet est, d’emblée ici, nouée à celle du symptôme, et faire du symptôme du sujet un choix, permet justement de l’envisager comme une réponse qui se présente d’entrée comme éthique, produite en référence à une cause que l’on ne sait pas rejoindre, que l’on ne peut pas dire, mais qui n’est pas moins là, agissante, active et que le sujet prend à son compte. D’où la connexion entre choix et responsabilité. La psychanalyse invite tout sujet à prendre en compte la responsabilité qui lui revient dans le choix auquel il est impliqué.

UNEIMPRUDENCENON-TROMPEUSE

Autant dire que nous partons, comme Freud, de ce qu’il a découvert comme sujet du désir dans l’inconscient. Non seulement il ne s’appartient pas à lui même dans ce qu’il peut considérer comme « Moi », mais, il échappe d’emblée aussi à toute tentative de le réduire à l’individu naturel biologique, ou psychologique. C’est dire que les tentatives du discours scientifique pour l’attraper, ne réussissent qu’une objectivation qui ne peut que laisser toujours quelque chose dehors. Freud invente une nouvelle discipline parce que les conséquences produites par la découverte de l’inconscient ne pouvaient être abordées par les appareils conceptuels des sciences existantes, et notamment la rigueur propre d’une discipline basée sur la subjectivité.

Au fond, Lacan avoue dans ses « Écrits » que c’est cette référence au sujet, avec son fondement dans l’extériorité du langage, qui constitue pour lui, « la seule imprudence qui ne nous ait jamais trompé : celle de nous fier à rien qu’à cette expérience du sujet qui est la matière unique du travail analytique ».

Car de Freud à Lacan, ce qui se précise en premier c’est le sujet, comme produit de l’association libre, dans l’analyse, à savoir « le sujet représenté par un signifiant, pour un autre signifiant », selon la formule de Lacan. Cette définition tient compte, dès les années cinquante, des apports de la linguistique dans l’enseignement de Saussure et de l’apport structuraliste, notamment de Lévi-Strauss.

Il faut partir de ce moment inaugural pour la psychanalyse, prenant au sérieux le sujet de la parole. Lacan révèle dans la théorie freudienne du sujet une théorie de la représentation, pour montrer que l’acte de parole divise. Le sujet dans le langage n’est que représenté, et ce que rate toute représentation c’est le réel de ce dont elle n’est que le tenant lieu.

Ce sujet éminemment signifiant est issu d’une accentuation du sens dans la pratique de la psychanalyse qui, au champ du langage, inscrit la fonction de la parole. Lacan parle d’abord du stade du miroir pour déterminer le moment où le sujet assume une image qui lui servira à se reconnaître (stade fondamentalement imaginaire donc), et qui a pour fonction de rassembler ce qui jusque là se présente comme un corps morcelé. Ceci pour souligner comment pour Lacan, l’unité du corps, sa totalité, voire le corps lui même, relèvent d’un registre imaginaire. Mais cette image révèle déjà chez Lacan la fonction qu’elle va occuper. Puisque ce que l’on appelle communément « le corps » se présente chez l’homme comme séparé de toute donnée naturelle et instinctive. Pour que l’organisme puisse être appelé corps, être représenté par le signifiant « corps », et qu’il puisse, en plus être attribué à cet ensemble d’identifications et de déterminations que constitue le sujet, il faut supposer quelque chose de fondamentalement différent de ce qui est directement donnée par la nature, qui, elle, ne nécessite pas d’une construction a posteriori pour permettre à l’organisme de fonctionner. L’image que le sujet assume, de lui même, celle qu’il s’attribue dans le miroir, est pour Lacan la matrice de la fonction du « Je », support donc d’un registre purement symbolique. L’image du corps a pour Lacan la propriété d’instaurer dans l’être un rapport particulier du sujet avec son organisme. Tout ce qui pourrait être conceptualisé en termes de développement biologique ou de maturation instinctuelle va être, du coup, « troublé » par l’intervention du signifiant, « représentation » disait Freud. Pour savoir quoi faire de l’organisme, l’être humain doit passer par sa représentation. Pour cette représentation, il ne dispose que d’un seul moyen : le défilé des signifiants, avec son corollaire : l’impression de ne pas réussir à tout dire avec des mots.

UNSAVOIRSANSCONNAISSANCE

Lacan resitue son « retour à Freud », et le sens de ce que Freud a découvert, au niveau même du signifiant. C’est par le signifiant, avec son pouvoir symbolique, que la psychanalyse rend compte de son champ privilégié : symptômes, inhibition, angoisse, formations de l’inconscient, et aussi des effets produits par l’expérience de la cure. « L’inconscient, dit alors Lacan, est structuré comme un langage. »

« […] les mots peuvent eux-mêmes subir les lésions symboliques, accomplir les actes imaginaires dont le patient est le sujet. »

J. Lacan,Écrits,p. 301

« Dès l’origine on a méconnu le rôle constituant du signifiant dans le statut que Freud fixait à l’inconscient d’emblée et sous les modes formels les plus précis.

Ceci pour une double raison, dont la moins aperçue naturellement est que cette formalisation ne suffisait pas à elle seule à faire reconnaître l’instance du signifiant, car elle était, à la parution de laTramdeutung,très en avance sur les formalisations de la linguistique auxquelles on pourrait sans doute démontrer qu’elle a, par son seul pesant de vérité, frayé la voie.

La seconde raison n’est après tout que l’envers de la première, car si les psychanalystes furent exclusivement fascinés par les significations relevées dans l’inconscient, c’est qu’elles tiraient leur attrait le plus secret de la dialectique qui semblait leur être immanente. »

J. Lacan,Écrits,p. 513

L’inconscient, considéré donc comme une doublure de la parole du sujet, est constitué, structuré par le signifiant, comme un langage ; la parole prononcé et l’inconscient ont une communauté de constitution. Le sujet est produit de l’enchaînement, et de la combinatoire, de ces signifiants, « choisis » tout au long de son histoire. C’est pourquoi, effet du langage, le sujet ne se confond pas avec un élément du langage.

Si l’instinct, chez l’animal, peut être considéré par Lacan parmi les modes de connaissance, l’inconscient, tel que Freud l’a découvert, est plutôt de l’ordre d’un savoir « qui ne comporte pas la moindre connaissance », comme le prouve le fait que le sujet, que Freud considère pourtant comme déterminé par ce savoir inconscient, n’en connaît « ni le sens, ni le texte, ni en quelle langue il est écrit » (J. Lacan, Écrits, p. 803).

La logique signifiante exige que ce qui est considéré chez l’animal comme instinct, soit, chez l’homme du côté de ce que la psychanalyse appelle : la pulsion, que Freud nomme Trieb, et qui conceptualise la relation spécifique du sujet à son organisme. En conséquence, la difficulté de l’être humain avec son organisme, détermine qu’aucun objet du monde ne peut venir satisfaire ce qui chez l’animal s’appelle le besoin. Chez le « parlêtre » (être parlant) comme le nomme Lacan, le besoin est dénaturé. Freud l’appelle : le désir, toujours en quête d’autre chose, et qui doit passer par l’articulation signifiante de la demande, sans s’y réduire. La demande n’épuise jamais ce qu’il en est du désir, par essence insatisfait, à l’inverse du besoin naturel. C’est ce désir que Lacan considère comme articulé d’emblée dans un discours éthique, permettant au sujet de s’orienter dans ce que la nature manque de lui fournir comme connaissance sur la manière de faire avec son organisme.

Freud attrape cette caractéristique pulsionnelle à travers sa manifestation dans des zones privilégiées du corps, constituées en « zones érogènes ». Il s’agit en effet d’un fonctionnement particulier de l’organisme chez l’être humain où, au lieu de la satisfaction naturelle, directe, d’un besoin, Freud remarque un trajet d’aller retour tournant autour d’un objet qui serait sensé satisfaire mais qui est indifférent (celui-là ou un autre). Prenant appuie sur l’anatomie, les Trieb, partielles, liées à différents objets (oral, anal, regard, voix), s’affranchissent de l’anatomie pour se satisfaire par la voie de la demande à l’Autre, c’est à dire, tout aussi partiellement, laissant du coup la place à un désir, toujours insatisfait, qui donne la base de la construction subjective, signifiante, définissant des coordonnées singulières pour chaque sujet.

Le déploiement donné par Lacan de cette question est contenu dans le schéma L qui oppose l’axe imaginaire du miroir à celui du sens produit par l’articulation signifiante.