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Le combat politique de la société civile en République Démocratique du Congo (1991-2001)

De
230 pages
A la faveur de la libéralisation politique survenue en 1990 en RDC, la société civile s'organise à partir de Kinshasa. Sa participation à la conférence nationale renforce l'opposition politique et influe sur les orientations du changement souhaitées par la population. Pris dans la tourmente du débat politique, certains acteurs de la société civile s'allient aux courants politiques au pouvoir et de l'opposition, entachant ainsi la crédibilité d'un mouvement apparu à son démarrage comme une alternative populaire.
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Le combat politique de la société civile Bertin SALUMU
en République Démocratique du Congo
A la faveur de la libéralisation politique survenue en 1990
en RDC, la société civile s’organise sous l’initiative de l’ONG
Solidarité Paysanne à partir de Kinshasa. Sa participation à Le combat la conférence nationale renforce l’opposition politique et
infue sur les orientations du changement souhaitées par la politique depopulation. Pendant ce temps, une efervescence associative
dans le pays. Pris dans la tourmente du débat politique,
certains acteurs de la société civile s’allient aux courants la société civile
politiques au pouvoir et de l’opposition, entachant ainsi la
crédibilité d’un mouvement apparu à son démarrage comme en République
une alternative populaire.
Démocratique
Licencié en politique économique et sociale de l’Université du Congo
Catholique de Louvain, gradué en pédagogie appliquée de l’ISP
de Bukavu, Bertin SALUMU enseigne en secondaire au Burundi (1991-2001)avant de s’engager socialement en 1982 dans l’ONG Solidarité
Paysanne puis, en 1991, dans la société civile pour le compte de
laquelle il exerce des fonctions dans des cabinets politiques. Son Chronique action à la Coordination de la CNPD lui coûte l’incarcération en 2001 par les services
de sécurité, puis l’exil en Belgique. Il rentre en RDC en 2006, s’engage en politique et d’une alternative populaire
exerce des fonctions au gouvernement et à la Présidence de la République.
Préface d’Albert Kisonga Mazakala
ISBN : 978-2-343-05084-3 9 782343 050843
24 €
Le combat politique de la société civile
Bertin SALUMU
en République Démocratique du Congo



Le combat politique de la société civile en
République Démocratique du Congo
(1991-2001)

Chronique d’une alternative populaire

































Bertin SALUMU







Le combat politique de la société
civile en République
Démocratique du Congo
(1991-2001)
Chronique d’une alternative populaire




Préface d’Albert Kisonga Mazakala














L’HARMATTAN



































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343- 05084-3
EAN : 9782343 050843
7

ABREVIATIONS ET SIGLES

- ABAKO : Association des - ANEP : Association nationale
Bakongo des entreprises publiques
- ANEZA : Association nationale - ABC : Association des
bâtisseurs chrétiens s du Zaïre
- ACAT : Association chrétienne - ANMDH : Amis de Nelson
pour l’abolition de la torture Mandela pour les droits de
l’homme - ACCZ : Association des
conducteurs de chariots du - ANR : Agence national des
Zaïre renseignements
- ACOZA : Association des - ANU RDC : Association des
conseillers d’orientation du Nations Unies en RDC
Zaïre - APA : Agence de presse
- ADAPES : Association associée
d’anciens élèves des pères de - APARD : Association pour une
Scheut presse audiovisuelle responsable
- ADECOM : Association de et démocratique
développement communautaire - APEF : Action pour la
Mokili Mwinda promotion de l’entreprenariat
- ADI-Kivu : Actions pour le féminin
développement intégré au Kivu - APIC : Association du personnel
- AFAC : Association des indigène de la colonie
fonctionnaires et agents de la - APIDE : Action pour la
colonie promotion des initiatives pour le
- AFDL : Alliance des forces développement endogène
démocratiques pour la libération - APRODEC : Association pour
du Congo la promotion et le
- AFECOZA : Association des développement communautaire
femmes commerçantes du Zaïre - ASADHO : Association
- AGEL : Association générale africaine des droits de l’homme
des étudiants de Lovanium - ASBL : Associations sans but
- AIP : Afrika initiative lucratif
programme - ASIAZ : Association des
- AIZA : Association des ingénieurs agronomes du Zaïre
ingénieurs civils du Zaïre - ASP : Alliance syndicale
- AMOCO : Association des paysanne
moralistes du Congo - ASSANEF : Association des
- ANAPEZA : Association anciens élèves des frères des
nationale des parents du Zaïre écoles chrétiennes
7 - ATERAZ : Association des - CEFOP : Centre d’étude et de
techniciens radiologues du Zaïre formation populaire
- AZADHO : Association zaïroise - CEIK : Comité d’échanges
Isère-Kivu des droits de l’homme
- AZANEP : Association zaïroise - CENADEP : Centre national
de neuropsychiatrie d’appui au développement et à
- AZAP : Agence Zaïre presse la participation populaire
- CEP : Centre d’encadrement - BAC : Bureau d’action d’éveil
culturel pour paysans de Katobwe
- BAJ : Bureau d’assistance - CEPETEDE : Centre de
juridique perfectionnement des techniques
de développement - BALUBAKAT : Baluba du
Katanga - CEPROFI : Centre d’écoute et
- BDC : Bureau diocésain de de promotion de la fille
développement communautaire - CEPROMAD : Centre de
promotion du management pour - BDD : Bureauent le développement
- BM : Banque mondiale - CEPROSOC : Centre pour la
promotion sociale et - CADI : Comité d’action pour le
communautaire développement intégral
- CEREIC : Conseil des églises de - CALCC : Conseil de l’apostolat
des laïcs catholiques du Congo réveil et des églises
indépendantes du Congo - CCAD : Comité de concertation
- CETA : Conférence des Églises des appuis de développement
de toute l'Afrique - CCN : Convention des cadres
pour la nouvelle voie - CFD : Comité femmes et
développement - CCPD : Campagne pour la
- CGSIC : Confédération générale culture de la paix et de la
démocratie des syndicats indépendants du
Congo - CDDH : Comité pour la
- CHR : Coopération hydraulique démocratie et les droits de
l’homme rurale
- CDF : Centre de développement - CIRC : Comité d’initiative pour
le renouvellement de la classe de la femme
politique - CDH : Centre des droits de
l’homme et des droits - CIRE : Coordination et
humanitaires initiatives pour étrangers
- CIRGL : Conférence - CDHM ! : Comité droits de
internationale sur la région des l’homme maintenant !
grands lacs - CDT : Confédération
démocratique du travail - CJPSC : Commission justice et
paix sauvegarde de la création - CECI-PADD : Centre canadien
d’études et de coopération
8- CNE : Commission nationale - CSC : Confédération syndicale
électorale du Congo
- CNONGD : Comité national des - CSLC : Confédération des
syndicats libres du Congo ONGD
- CNPD : Campagne nationale - DFF : Département femme et
pour la paix durable en RDC famille
- CNR : Conférence Nationale - DIA : Agence catholique
pour la reconstruction documentation et informations
- CNS : Conférence Nationale africaines
souveraine - DIRAF : Développement,
- COCSOC : Conseil consultatif information, recherche, action
femmes de la société civile
- CODIAF : Collectif de diffusion - DJFC : Dynamique de la
d’information et d’appui aux jeunesse féminine du Congo
femmes - ECC : Eglise du Christ au
Congo - COJESKI : Collectif des
organisations des jeunes - ECIZ-2000 : Education civique
solidaires du Congo-Kinshasa au Zaïre en 2000
- COMICO : Communauté - ECZ : Eglise du Christ au Zaïre
islamique du Congo - ELIMU : « Instruction » en
- COMIZA : Communauté swahili
islamique au Zaïre - EZE : Agence protestante
- CONADHI : Conseil national allemande de coopération pour
des droits de l’homme en islam le développement
- CONAFED : Comité national - FAR : Forces armées du
femme et développement Rwanda
- CONAKAT : Confédération des - FCDD : Femmes catholiques
associations tribales du Katanga pour le développement et la
- CONAMAFET : Confédération démocratie
des mandataires, agents et - FCN : Front commun des
fonctionnaires de l’Etat nationalistes
- CONEMA : Comité national - FDD : Forum pour la démocratie
élections maintenant et le développement
- CONOCO : Coordination - FDD-M3 : FDD-Mouvement
èmenationale des ONG du Congo pour la 3 République
- COPEMECO : Coopérative des - FDH : Frères des hommes
petites et moyennes entreprises - FDU : Forces démocratiques
du Congo unies
- CRID : Centre des relations - FEC : Fédération des entreprises
internationales pour le du Congo
développement - FEDHO Femmes et enfants pour
- CRONGD : Comité régional des les droits de l’homme
ONGD
9- FERCOOP : Fédérations des - IRED : Innovations et réseaux
coopératives paysannes pour le développement
- FESODEBU : Femmes - ISDR : Institut supérieur de
développement rural solidaires pour le
développement du Bushi - ISGA : Institut supérieur de
- FGTK : Fédération générale des gestion des affaires
travailleurs du Kongo - ISP : Institut Supérieur
Pédagogique - FMI : Fonds monétaire
international - ISTA : Institut supérieur des
- FODEX : Forum pour la dette sciences appliquées
extérieure - ISTM : Institut supérieur des
- FOLECO : Fédération des ONG techniques médicales
laïques à vocation économique - JED : Journalistes en danger
du Congo - JEM : Jeunesse espoir du monde
- FOMULAC : Fondation - LDH : Ligue des droits de
médicale de l’université de l’homme
Louvain au Congo - LE : Ligue des électeurs
- FPC : Forces politiques du - LICE : Ligue de
conclave conscientisation des électeurs
- FPN : Forces politiques - LINELIT : Ligue nationale pour
nouvelles les élections libres et
- GEAD : Groupe d’étude et transparentes
d’appui pour le développement - MAPI : Mama Africa for peace
- GECAMINES : Générale des initiative
carrières et des mines - MF : Maison de la femme
- GLAD : Glaive anti désastre - MLC : Mouvement pour la
- GTER : Groupe technique libération du Congo
d’encadrement régional - MNC : Mouvement national
- GTZ : congolais
- HCR : Haut conseil de la - MPR : Mouvement populaire de
République la révolution
- HCR-PT : Haut conseil de la - MSR : Mouvement social pour
République-Parlement de le renouveau
transition - MUZAS : Mutuelle zaïroise de
- HZB : Haki za binadamu : santé
« Droits de l’homme » en - NCM : Nouvelle chambre des
swahili métiers
- IFES : International foundation - OCDH : Observatoire congolais
of election system des droits de l’homme
- INADES : Institut africain pour - OFCD : Organisation des
le développement économique et femmes cadres pour le
social développement
10- OFIS : Organisation des forces - RAFID : Réseau d’activités
indépendantes féminines d’Idiofa pour le
- OGT : Observatoire gestion développement
transparence - RCD : Rassemblement
- ONATRA : Office national de congolais pour la démocratie
transport - RDC : République
- ONG : Organisation non démocratique du Congo
gouvernementale - REC : Réseau Europe Congo
- ONGD : ONG de - RECIC : Réseau d’éducation
développement civique du Congo
- ONGDH : ONG de défense des - REDHUC : Réseau des droits
droits de l’homme humains au Congo
- ONM : Ordre national des - REFED : Réseaux femmes et
médecins développement
- ONU : Organisation des nations - RENADHOC : Réseau national
unies des ONGDH du Congo
- OTUC : Organisation des - REPRODHOC : Réseau
travailleurs unifiés du Congo provincial des ONGDH du
- OZRT : Office zaïrois de radio Congo
et télévision - RODHECIC : Réseau des
- PAIF : Promotion et appui aux organisations de défense des
initiatives féminines droits de l’homme et
d’éducation civique - PALU : Parti lumumbiste unifié
- RTKM Radio télévision Kin - PDSC : Parti démocrate et social
chrétien Malebo
- PIEF : Programme inter régional - SERACOB : Service de
renforcement des appuis aux d’échanges et de formation
communautés de base en - PIL : Promotion des initiatives
locales Afrique centrale
- PLD : Pain pour les déshérités - SHD : Solidarité humanitaire et
développement - PNUD : Programme des nations
- SIMA-Kivu : Soutien aux unies pour le développement
initiatives et mouvements actifs - PPRD : Parti du peuple pour la
du Kivu reconstruction et le
- SNPP : Syndicat national des développement
professionnels de la presse - PREFED : Programme régional
de formation et d’échanges pour - SOCICO : Société civile du
Congo le développement
- SOCICOR : SOCICO originelle - PRIZALI : Prix zaïrois du livre
- SOCIJEC : Société civile de la - PROFER : Promotion de la
femme rurale jeunesse congolaise
- RAF : Réseau actions femmes
11- SOCILIPEC : Société civile - UJPF : Union des journalistes de
ligue des peuples, cultures et la presse francophone
traditions - ULOMAR : Union des
locataires des maisons et des - SOCIMOP : Société civile
modérée et progressiste abonnés à la REGIDESO
- SOCIZA : Société civile du - UNAF : Union nationale des
Zaïre femmes
- UNELMA : Union des anciens - SOFAD : Solidarité des femmes
activistes pour la défense des élèves des frères maristes
droits de l’homme - UNERGA : Union des Rega
- SOTRABO : Secrétariat des - UNICEF : United nations
ONG pour la traction bovine children’s fund
- SOZAP : Société congolaise de - UNIMO : Union mongo
physique - UNTC : Union nationale des
- SYDEM : Syndicat d’initiatives travailleurs du Congo
de Mwenga - UNTZA : Union nationale des
- SYECO : Syndicat des travailleurs du Zaïre
enseignants du Congo - UPC : Université protestante au
- SYNAFET : Syndicat national Congo
des agents et fonctionnaires de - UPEC : Unité de production
l’Etat pour l’éducation civique
- SYNCASS : Syndicat national - URD : Union des républicains
des cadres et agents des services démocrates
de santé - USOR : Union sacrée de
- TDH : Terres des Hommes l’opposition radicale
- UCOFEM : Union congolaise - USORAS : Union sacrée de
des femmes des médias l’opposition radicale, alliés et
- UDPS : Union pour la société civile
démocratie et le progrès social - USPE : Union des spécialistes et
- UFAC : Union des femmes professionnels des élections
acquises au changement - UTC : Union des travailleurs du
- UFAD : Union des forces Congo
congolaises pour le respect - UWAKI : Umoja wa wanawake
intégral des accords de Lusaka wakulima wa Kivu (Swahili :
et la tenue du dialogue inter union des femmes paysannes du
Congolais Kivu)
- UFERI : Union des fédéralistes - UWALU : Umoja wa wamama
et républicains indépendants wa Lubero (Swahili : union des
- UFOS : Union des forces femmes de Lubero)
sociales - VAS : Volontaires autochtones
- UGEC : Union générale des solidaires
étudiants congolais - VSMES : Volontaires du service
médical, éducatif et social
12- VSV : Voix des sans voix
- WOPA : Women as partners of
peace in Africa
1315

DEDICACE

En mémoire de

RAPHAËL SULUBU (1948-1997)
et de
KINENWA RUHIRIRI (1936-1992)

Pour tout le bien et tant d’espoir que de votre vivant vous avez répandu
autour de vous à ceux qui dans l’adversité ont résolu de réfléchir de
s’organiser d’agir dans la paix solidaires pour assumer leur destin dans la
dignité






























15 REMERCIEMENTS

La rédaction du présent ouvrage m’offre une occasion de rendre
hommage à tous ceux qui, dans leurs actions sociales et politiques, croient
utile et légitime, pour tous les êtres humains, de réfléchir, d’agir et de
résister pour disposer de leur droit de se forger un bien-être dans la dignité.
Ma reconnaissance s’adresse aux camarades de l’ONGD Solidarité
Paysanne, cette lanterne d’engagement social et de volonté qui, dans les
ténèbres d’une dictature, a contribué, à sa manière, à rendre le « monde
bon » dans des villages du Congo profond. Je ressens le même sentiment
envers les différents acteurs sociaux qui, à partir d’avril 1991 au Centre
Bondeko de Kinshasa, ont lancé le mouvement d’une société civile organisée
et agissante dans notre pays.
J’adresse aussi mes remerciements à tous ceux qui m’ont soutenu et
encouragé pour venir à bout de cette initiative, notamment Emmanuel Nashi,
Raymond Assumani Budagwa et le Professeur Isidore Ndaywel. Leurs
observations ont été d’un grand apport dans la réalisation du présent
ouvrage.
Enfin, ma gratitude particulière s’adresse à Pierre Lumbi, pour avoir
été un guide tolérant dans mon engagement social et politique. Une
collaboration qui dure plus de trente ans à partir de Solidarité Paysanne, en
passant par le mouvement de la société civile jusqu’à ce jour dans la
politique. J’ai connu avec lui des moments exaltants lorsque nos actions
opéraient des avancées dans des causes que nous défendons. J’ai aussi passé
avec lui des épisodes pénibles, lorsque nos optons ne s’accordaient pas avec
celles des autres.
Autant de facettes d’une longue tranche d’une vie qui a valu la peine
d’être vécue.

17PREFACE

Depuis une vingtaine d’années, on peut suivre l’itinéraire d’un acteur,
Bertin Salumu, qui gagne en envergure au sein du mouvement associatif
congolais, d’abord tourné vers l’organisation du monde paysan, puis dans la
structuration de la société civile au niveau national. C’est sous l’ombre de
Pierre Lumbi, le fondateur de Solidarité Paysanne, qu’il fait ses premières
armes dans la plaine de la Ruzizi. Ensemble, ils essaieront, avec un succès
mitigé, d’instaurer la culture attelée. Si convertir les paysans à des méthodes
culturales en rupture avec la tradition a été une tâche difficile, voire
impossible, en revanche Bertin Salumu et ses compagnons peuvent
légitimement s’enorgueillir d’avoir réussi par exemple des projets de captage
et d’adduction d’eau potable, mettant ainsi la population à l’abri de certaines
maladies chroniques d’origine hydrique sévissant dans la région.
Le mouvement associatif a été, dans un système politique à parti
unique, un refuge pour l’expression de certaines revendications. Le régime
Mobutu, aguerri par une longue présence aux affaires, ne s’était pas trompé
lorsqu’il avait commencé à manifester sa nervosité face à l’activisme de la
société civile, étant donné les accointances du mouvement associatif avec
des ONG étrangères. En fait, c’est faire justice que de reconnaître le rôle
déterminant de la société civile dans le fléchissement de ce régime. Aussi,
dès le début de la démocratisation, à un moment où le mouvement avait
gagné en importance et cherchait à se structurer, on verra Bertin Salumu
dans un rôle central, assumant d’importantes responsabilités à Kinshasa,
dont celles de Conseiller au ministère des relations extérieures et de
Coordonnateur national de la CNDP. C’était au moment où, dans le
cafouillage de « la démocratisation », le mouvement social cherchait à
prendre ses marques.
Le livre de Bertin Salumu se lit comme un récit, un témoignage qui
rappelle au lecteur les épisodes aujourd’hui oubliés d’un combat qui ne fut
pas toujours récompensé en retour. Du reste, à travers son témoignage, truffé
de références comme toute œuvre universitaire, Bertin Salumu fait œuvre
d’historien, en exhumant parfois des profondeurs de l’oubli des faits qui
auraient été perdus pour la mémoire collective. C’est ainsi que les péripéties
du mouvement associatif, vues à travers la Conférence Nationale, sont
contées avec un souci d’objectivité et de détails qui redonnent vie à des
événements qui avaient marqué une fracture de l’histoire congolaise.
Par ailleurs, Bertin Salumu est un des auteurs congolais qui non
seulement rend compte des événements vécus avec sincérité, mais surtout
soutient chaleureusement le combat de la femme congolaise, en témoignant
avec une conviction militante de la forte participation des associations
19féminines au mouvement de la société civile non sans rappeler, au passage,
le cas atypique d’une femme politique comme Thérèse Pakasa qui fit défiler
sur le Boulevard du 30 juin une manifestation des femmes de l’opposition à
un moment où la dictature était à son zénith. Pour rappel, ces femmes
avaient été brutalisées et soumises à toutes sortes de traitements dégradants
sur ordre personnel du dictateur.
Une autre caractéristique de l’œuvre de Bertin Salumu est son
honnêteté intellectuelle. A chaque page, on remarque le souci de louer le
mérite des autres et, à contrario, de minimiser sa propre contribution, par
excès de modestie.
Le bilan de la société civile congolaise, comme alternative à une
classe politique incompétente et corrompue, est certes mitigé, en termes de
résultat quant à l’émergence de nouvelles élites à conscience historique forte.
En effet, on a remarqué que maints acteurs de ce mouvement ont fait moins,
si non pire, lorsqu’il leur était donné d’accéder aux hautes responsabilités de
gestion de l’Etat. Il serait hasardeux de citer des noms mais il est clair que
des ministres ou PDG issus de la société civile n’ont pas fait la différence
pour ce qui est de leur intégrité et de l’esprit de responsabilité une fois
arrivés aux affaires. De ce point de vue donc, la réussite n’a pas été au
rendez-vous. Par contre, le rôle de la société civile dans la dénonciation des
violations des droits de la personne humaine a été et demeure irremplaçable.
Sans le combat mené par des organisations spécialisées de la société civile,
l’état des droits et libertés au Congo aurait été encore plus dramatique.
Dans ce cadre, il faut saluer le rôle personnel de Bertin Salumu qui
s’était engagé corps et âme dans ce combat, non sans y avoir laissé des
plumes. Il dut passer des pénibles moments dans les geôles du régime et, à
un moment, il y eut des raisons fondées qui avaient fait craindre pour sa vie.
Heureusement pour lui que, grâce à certaines complicités, il put s’enfuir à
l’étranger. Cette digression me paraît nécessaire pour avoir l’éclairage
indispensable à la meilleure compréhension de l’œuvre de l’auteur.
De son exil belge, Bertin Salumu a continué à s’investir dans la lutte
pour l’émergence d’une société civile « socialement engagée ». C’est à ce
titre qu’il convient de saluer la réussite du colloque tenu à Louvain-la-Neuve
en novembre 2004 dont il a été le coordonnateur, en collaboration avec le
Chanoine François Houtart, une personnalité d’envergure mondiale dans les
luttes pour les causes des damnés de la terre. Au cours de cette rencontre,
une lecture objective et audacieuse fut menée sur la crise congolaise.
L’autre mérite de l’œuvre de Bertin Salumu est cette dénonciation
sans complaisance de ses propres sociétaires quant à leurs pratiques
antidémocratiques et l’hypocrisie dont ils font montre, au point de gérer les
20organisations qu’ils dirigent comme des biens privés et de s’en servir
uniquement comme tremplin pour soutenir leur propre ascension sociale.
Après avoir marqué un engagement sur le terrain des événements
pendant plus de vingt ans et fait des études de politique économique et
sociale de développement et gestion des projets à l’Université catholique de
Louvain, qu’il a terminé avec grande distinction, Bertin Salumu vient
s’ajouter à la liste, qui ne fait que s’allonger, de ces Congolais qui entendent
restituer à leurs contemporains et léguer à la postérité des événements
auxquels ils ont été mêlés. Dans le cas sous examen, le témoignage de
l’auteur est d’autant plus captivant qu’il fut le secrétaire de cabinet du
Président de la Conférence Nationale souveraine. A ce titre, il eut accès à
certaines informations sensibles inaccessibles même à des spécialistes
comme des journalistes, dont je fus. D’où le grand intérêt, je l’espère, que de
larges secteurs de l’intelligentsia congolaise réserveront à son livre.
Les auteurs comme Bertin Salumu comblent une lacune évidente et,
ne serait-ce que pour cela, ils méritent nos encouragements.

Albert Kisonga Mazakala
21