Le complexe fraternel

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Le nouveau livre de René Kaës illustre avec ampleur et précision l'existence et la nature du complexe fraternel. A partir d'une clinique extrêmement riche et avec le recours constant aux références culturelles, l'auteur détaille la spécificité de son organisation et de sa fonction : un nouvel opus de ce minutieux géographe de l'inconscient qui nous fait découvrir un continent peu exploré de la psyché.

Publié le : mercredi 16 avril 2008
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EAN13 : 9782100535194
Nombre de pages : 256
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Chapitre 1
LA SPÉCIFICITÉ DU COMPLEXE FRATERNEL
ONGTEMPS, le complexe fraternel a ététenudansla pensée psycha-L 1 nalytique pour un conceptnégligeable,secondaire ouaccessoirIle . ya lieudese demanderpourquoi etde comprendre commentlarelative mise à lécartde cette problématiques’estinstallée, depuisFreud et aprèsFreud, en dépitdesveloppementsdécisifsque lesobservations t ide M. Kleinsurlenvie, la jalousie etlavidité lui ontapporté, etles él n dtravauxde Lacansurle complexe de lintrus. st u ée e s i r 1.Sil arrive que ce concept soitincidemment référencé dansla clinique, il ne faitpas o ut partie, en Francetoutaumoins, desconceptsadmisparlesdictionnaireset vocabulaires qui authentifientlintérêtetl’usage d’unterme psychanalytique. Complexe fraternel on a e n nestmentionné dansaucun des troisprincipauxouvragesde définition desconcepts de la psychanalysni dane : sleVocabulaire de la psychanalyseLaplanche ede J. t ocopi t J.-B. Pontalis(1967), ni dansL’Apport freudien. Éléments pour une encyclopédie de la ho psychanalyse(sousla dir. de P. Kaufmann, 1993) ni dansleDictionnaire international – Ladpe la psychanalyse (sousla dir. dA. de Mijolla,2002), Pluscurieusement, nousnen trouvonspas trace non plusdansleDictionnaire des thérapies familiales(sousla dir. nod u de J. Miermont, 1987). Il estmentionné à larticle « Complexe familial »rédigé par D J.-P. CaillotdansleVocabulaire de psychanalyse groupale et familiale(1998).
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LE COMPLEXE FRATERNEL
TouteslesanalysesproposéesparFreud, Adler, Klein ouLacanse situentpar rapportaucomplexe dŒdipe dontlastructuretriangulaire peut sereprésenter selon la figure 1.
Père
Ego
Mère
Figure 1. Le triangle œdipien.
LE COMPLEXE FRATERNEL DANS LA PENSÉE PSYCHANALYTIQUE
Freud et la question du fraternel
Bien qu’ellesoitsitante, la pensée de Freudsurla question du fraternel occupeune place importante dans son œuvre. Ellese développe selontroisaxesprincipaux, avec desriodesdurantlesquellesprédo-mine plutôt un ordre de préoccupation, mais sansque jamaislorientation principale ne fléchisse. Cette orientation dominante estcelle quis’attache dabord, et très tôt, àrendre compte deseffetsdes relationsentre frèreset sœurs surleurorganisation psychiqueultérieure. Laseconde orientation a pour thème lerôle joué parlesliensfraternelsdansla formation desliens sociaux.Totem et tabouinaugure cetteréflexion féconde, etlargement spéculative. Latroisième concerne la notion de complexe fraternel, dont la dénomination nesemble pas utilisée parlui avant1922.
Les effets des relations entre frères et sœurs sur leur organisation psychique ultérieure s1895, Freud estattentif auxconséquencespsychopathologiques des relations sexuellesentre frèreset sœurs, il enrepère leseffetsdans lescuresbien longtempsencore aprèsqu’il aremisen causesathéorie de laséduction précoce : lasœurestlaséductrice de lHomme auxloups. Il observe avec précision etnote commentlavenue aumonde d’unrival constitueune menace pourlasuprématie de laîné,suscite en lui des
t i él n d st u ée e s i r o ut on a e n
LA SPÉCIFICITÉ DU COMPLEXE FRATERNEL
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sentimentsde jalousie, dhostilité etde hainevis-à-visde lintrus(e), maisaussi devifs ressentimentscontre la mère à proposdesfrèreset sœursqu’elle lui a imposés. « Toutme faitcroire, écritFreud dans une lettre à Fliess(3octobre 1897), à proposde la mortdeson frère Julius, que la naissance d’un frère d’un an plusjeune que moi avait suscité en moi de méchants souhaits, unevéritable jalousie enfantine, etquesa mort[survenue quelquesmois plus tard] avaitlaissé en moi le germe d’unremords. » MaisFreud note aussi, avec lobservation dupetitHans(1909), dautreseffetsde larrivée d’un petitfrère : elle permetà lenfantde construireun certain nombre dethéories sexuellesinfantilesquirépondentàson désirdinvestigation etàsa curiositésexuelle, etlincite « àuntravail mental » qu’entretient la pulsion desavoirchezlenfant« détrôné ». Freud asouligné la chute narcissique etlimpact traumatique qu’en-traîne lavenue aumonde d’un petitfrère oud’une petitesœur. Lenfant nestplusle centre dumonde, il estenvahi parla jalousie etparla haine pourcetintrusqui le chasse de la position qu’il estime avoirdanslamour desparents. La naissance d’un autre enfantpeutêtre considérée commeunvéri-tabletraumatisme pourle narcissisme primaire lorsque laîné estobligé derenonceràsesfantasmesdomnipotence infantile. Maisilseraiterroné de concentrerla jalousie etlarivalité fraternellesurlaîné, elle peutêtre observée chez toutjeune enfant:
« Le jeune enfantnaime pasnécessairement sesfrèreset sœurs, et généralementil ne lesaime pasdu tout. Il estincontestable qu’ilvoiten eux desconcurrents, etlonsaitque cette attitudese maintient sansinterruption 1 pendantde longuesannées, jusqu’à la puberté etmême au»-delà .
Il précise plusloin :
« Ontrouveraitdifficilement une nursery sansconflits violentsentre seshabitants. Les raisonsde cesconflits sont: le désirde chacun de monopoliseràson profitlamourdesparents, la possession desobjetset de lespace disponible »,
etil conclutpar une citation acide :
ocopi t « Cest, je crois, Bernard Shawqui la dit:s’il est un être qu’une jeune ho anglaise haïsse plusquesa mère cestcertainement sasœuraînée. »(ibid., p211.) – La p nod u D 1. Freud, 1915-1917, G.-W. XI,208-209; trad. fr. O.C.F., XIV,210.
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