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Le contrôle des jeunes déviants

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268 pages
Les perceptions publiques de la jeunesse semblent se cristalliser autour de deux figures bien distinctes: d’un côté, une jeunesse ordinaire, dont on dit souvent qu’« il faut bien qu’elle se passe ». Elle est certes parfois turbulente, ou même politisée, mais ses désordres semblent transitoires et, du moins aux yeux d’une partie de la société, légitimes. De l’autre côté, une jeunesse menaçante, issue des classes populaires, qui met en échec les instances traditionnelles de socialisation et ne semble répondre qu’aux exigences de la rue, du quartier ou du gang. Si cette seconde figure n’est pas nouvelle, sa perception s’est sensiblement modifiée et le fossé s’est creusé entre les deux polarités. À la représentation des déviances comme des séquences prévisibles et presque inévitables de la vie des jeunes (hommes le plus souvent) d’origine populaire s’est substituée l’image de déviances ancrées, accompagnées de violences incontrôlées, menant de la petite délinquance à la grande criminalité, ou – ultime menace de notre époque – aux radicalisations les plus terrifiantes. Cet ouvrage met en lumière le fonctionnement des dispositifs de contrôle et les processus de typification qui contraignent en partie la jeunesse stigmatisée à ne pouvoir exister qu’à l’intérieur de cadres forgés pour elle. La multiplicité des territoires investigués, de la France au Brésil, en passant par le Québec et les États-Unis, permet de présenter une grande variété de cas et de dégager certaines tendances d’ensemble.
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Le contrôle des jeunes déviants
Sous la direction de Fabien Desage, Nicolas SalléeetDominique Duprez Postface de Laurent Mucchielli
Les Presses de l’Université de Montréal
le contrôle des jeunes déviants
Sous la direction de Fabien Desage, Nicolas Sallée et Dominique Duprez
le contrôle des jeunes déviants
Les Presses de l’Université de Montréal
Mise en pages : Yolande Martel
Catalogage avant publication de BibliotHèque et ArcHives nationales du Québec et BibliotHèque et ArcHives Canada
Vedette principale au titre Le contrôle des jeunes déviants (PUM) Textes présentés lors d’un colloque international tenu à Montréal les  et  septembre . Comprend des références bibliographiques.  ---- . Délinquance juvénile – Prévention – Congrès. . Jeunes délinquants – Rééducation – Congrès. I. Desage, Fabien. II. Sallée, Nicolas, - . III. Duprez, Dominique. IV. Collection : PUM. .  . --
e Dépôt légal :  trimestre  Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 
 ---- (papier)  ---- (PDF)  ---- (ePub)
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
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Remerciements
Cet ouvrage est issu d’un colloque organisé en septembre  à Montréal, dans le cadre du groupe de recherche SPACECONTROL, financé par l’Agence nationale de la recherche (France). Ce colloque, organisé par la Chaire d’études de la France contemporaine du CERIUM, a notam-ment bénéficié de l’implication et de la compétence d’Adrien Jouan. Nous tenons ici à l’en remercier chaleureusement. Les auteurs tiennent également à remercier Bessie Lecomte pour son professionnalisme et son dévouement dans la relecture des premières versions des textes.
Le contrôleformeles jeunesses
Fabien Desage et Nicolas Sallée
Depuis une vingtaine d’années, dans de nombreux pays occidentaux, 1 certaines des fractions les plus « désaffiliées » de la jeunesse tendent à prendre le visage, dans les médias dominants comme dans l’espace politique, de nouvelles « classes dangereuses » (Chevalier, ). Sur fond d’une problématisation conjointe du thème de « l’insécurité » et de celui 2 de « l’intégration » des minorités racisées , se dessinent les contours – discursifs et symboliques – de figures stéréotypées : pour ne nous référer qu’aux trois principaux pays traités dans cet ouvrage, nous pourrions dire qu’à la figure québécoise du jeune Haïtien membre des gangs de rue semble faire écho la figure française du jeune Maghrébin délinquant des cités et celle, brésilienne, du jeune noir criminel des favelas. Plusieurs stéréotypes qui ne se recoupent pas totalement, mais renvoient à des groupes dont la déviance semble étroitement associée à l’âge et à une typification raciale/ethnique. Au point qu’en France, l’expression idio-matique « les jeunes », dans le contexte des quartiers périphériques des grandes villes, fonctionne désormais comme un raccourci (ou un
. Nous empruntons ce terme aux travaux de Robert Castel (), qui tient compte non seulement de l’insuffisance des conditions matérielles, productrice « d’ex-clusion », mais également des processus de fragilisation des liens sociaux, dans des contextes de mise en cause des politiques sociales et des formes de solidarité et de citoyenneté qui leur sont associées. . Le terme « racisation » est ici entendu comme le processus social générique qui contribue à faire exister la catégorie de « race », et plus largement à naturaliser les proprié-tés d’un groupe social en fonction de ses caractéristiques biologiques et/ou culturelles présumées. Nous l’utilisons donc dans un sens assez proche de celui d’ethnicisation, choisi par exemple par Saïda Houadfi dans cet ouvrage, et historiquement plus utilisé en France, quoique de plus en plus critiqué (Fassin, , p. ).
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euphémisme) de « jeunes hommes d’origine africaine aux comporte-ments publics déviants ». Si la « jeunesse n’est qu’un mot », pour reprendre les propos célèbres de Pierre Bourdieu en , soulignant par là l’hétérogénéité constitutive de ce groupe et les limites de toute lecture générationnelle du monde social, ses perceptions publiques semblent se cristalliser autour de deux figures bien distinctes : d’un côté, celle d’une jeunesse ordinaire, certes parfois turbulente, inquiétante (et inquiète), ou parfois même politisée (comme l’était la jeunesse québécoise duPrintemps érable, en ), mais une jeunesse dont les désordres sont perçus comme transitoires et, aux yeux d’une partie au moins de la société, comme légitimes. Une jeunesse dont on dit parfois d’ailleurs, non sans condescendance, qu’« il faut qu’elle se passe » ; ce qui, d’un point de vue biologique, ne manque jamais d’arriver. De l’autre côté, la figure d’une jeunesse menaçante, inscrite dans l’espace des classes populaires précarisées, mettant durablement en échec les instances traditionnelles de socialisation pour ne répondre – si l’on en croit de nombreuses interprétations politiques et médiatiques – qu’aux exigences normatives de la rue, du quartier ou du gang (Mucchielli, ). Une jeunesse emportée dans la spirale de la violence et de la délinquance, une jeunesse anxiogène (Bonelli, ). Si cette seconde figure n’est pas nouvelle, comme en témoigne le traitement médiatique, en France, dans les années , du phénomène des « blou-sons noirs » (Bantigny, ), sa perception s’est sensiblement modifiée 3 et le fossé semble s’être creusé entre les deux polarités esquisséessupra. À la représentation des déviances comme séquence prévisible et presque inévitable de la vie des jeunes (hommes le plus souvent) d’origine popu-laire – fracture dès lors relative et temporaire dans des trajectoires structurées par des devenirs professionnels et familiaux relativement stables et prévisibles – s’est substituée l’image de déviances ancrées, accompagnées de formes de violence incontrôlées, menant de la « petite délinquance » à la grande criminalité, ou, ultime menace de notre 4 époque, aux « radicalisations » les plus terrifiantes .
. Pour un tableau sociologique plus nuancé sur la violence des jeunes et ses évo-lutions, voir les travaux de Véronique Le Goaziou et Laurent Mucchielli (). . Ainsi furent interprétées, récemment, les trajectoires des frères Kouachi, auteurs présumés, en France, des attentas dits de Charlie Hebdo, ou avant eux de M. Merah. Voir É. Cazi, J. Follorou, M. Suc et É. Vincent, « La fratrie Kouachi, de la petite délinquance au Djihad »,Lemonde.fr,  janvier .