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Le corps comme lieu de métissages

De
403 pages
Le but principal de ces travaux est l'exploration d'une corporéité complexe qui situe l'individu au croisement de lui-même et du monde. Précisément, la question du métissage, abordée ici de manière multidisciplinaire fait place à un corps qui n'a pas seulement à faire avec l'étrangeté d'un autre, mais qui fait advenir de l'altérité dans le rapport que chaque être entretien avec sa propre singularité. Le corps apparaît ainsi métissé et métisseur.
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Sous la direction de Claude FINTZ

Le corps comme lieu de métissages

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

(Ç) L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-5839-8 EAN 9782747558396

Le corps ,comme lieu de . metlssages

(Littérature, biologie, arts, anthropologie)

Textes réunis et présentés par Claude Fintz

Actes du Colloque de décel1lbre 2002 Grenoble

Ouvrage réalisé avec le concours

-

de la Région Rhône-Alpes de la ville de Grenoble de l'Université Pierre Mendès France (Grenoble II)

Le présent ouvrage est le troisième d'une série relative à la question des imaginaires du corps. 1 - LES IMAGINAIRES
DU CORPS I

LES IMAGINAIRES DU CORPS, Collection Critiques littéraires, L'Harmattan (2000). TOME 1 : LITTERATURE i TOME 2 : ARTS, SOCIOLOGIE, ANTHROPOLOGIE Ce que l'homme possède de plus profond, c'est sa peau, déclarait en /I forme de boutade Paul Valéry. C'est de cette profondeur" paradoxale dont Les imaginaires du corps, réflexion collective menée sous la direction de Claude Fintz, tentent de décliner les différents aspects en analysant comment le corps peut être saisi, c'est-à-dire en ou, mieux encore, imaginé, en une dernier ressort /I imagé", multiplicité souvent contradictoire. En effet, quel rapport peut-il exister entre ces différents corps: corps mis en mots des poètes, corps sommés de devenir eux-mêmes, œuvre d'art des danseurs et des athlètes, corps souffrants et médicalisés que prennent en charge les travailleurs sociaux? Le corps dans son ambiguïté se présente comme un paradoxe irritant pour la pensée toujours en surplus de sens, ailleurs, autrement alors même qu'il est intimement vécu comme un. Là se situe pour chacun de nous le sens ultime, le point par où le questionnement sur l'humain s'enracine, questionnement que les bouleversements apportés par la technique et les nouvelles biologies rendent encore plus pressant. Paule Plouvier

2 - LES IMAGINAIRES
Du CORPS VIRTUEL...
LITTERATURE,

DU CORPS II
A LA REALITE DES CORPS, Collection L'HARMATTAN (2002).

Nouvelles
2 TOMES:

études anthropologiques

-

ARTS ET SOCIOLOGIE

Le corps que nous privilégions n'est pas celui des anatomistes et des médecins, mais celui que suscitent et rendent visible littérature et poésie, celui que défigurent et reconfigurent les arts, celui que les anthropologues font affleurer comme une Atlantide, celui que les sociologues interrogent dans les avatars émergents d'une nouvelle corporéité, celui que la danse conçoit comme un " entre-deux ", celui encore que la psychanalyse et l'éthique envisagent comme un espace imaginaire où se construit mon rapport à moi-même et à autrui. Nous cherchons avec les spécialistes de différentes disciplines à faire le point sur le statut du corps contemporain. Où est le corps,

éparpillé entre pratiques, utopies et fantasmes? Y a-t-il (encore) du corps, dès lors que l'on veut rendre compte des innombrables métamorphoses de la corporéité jusqu'à ses avatars les plus décorporéisés, voire glorieux? Du corps, notre référent le plus prochain et le plus lointain, n'est-il pas une forme vide / ouverte / virtuelle, une pure potentialité, une sorte de page blanche capable d'actualiser toutes les écritures sociales et imaginaires? Que signifie cette tentation, toute contemporaine, qui consiste à vouloir dissoudre, dématérialiser, virtualiser le corps? En un mot, la question est autant de savoir ce qu'est le corps que ce qu'il est en train de devenir. Claude Fintz 3 - LES IMAGINAIRES DU CORPS III

LE CORPS COMME LIEU DE METISSAGES, Collection Nouvelles Etudes Anthropologiques, L'Harmattan (2003). 1 Tome. Après avoir appréhendé le corps selon un continuum allant des différentes formes de la corporéité jusqu'à sa dimension virtuelle, nous tentons à présent d'en explorer l'apparente « épaisseur», c'est-à-dire la texture charnelle, temporelle, imaginaire et sociale, en analysant ce avec quoi le corps est croisé, tramé. L'idée de métissage, cette création perpétuelle, au confluent de l'imaginaire, de la culture et de la matière, mais aussi de la mémoire et de l'avenir, nous semble caractériser, de façon essentielle, l'idée de corps dans son devenir. Comment se fonde et se construit cette idée et, à travers elle, comment se transforment les liens sociaux? Texte, texture, tissu, trame, tissage, métier, métissage: mettons à l'épreuve la pertinence de cette métaphore, afin de circonscrire la complexité de l'idée de corps, à l'autonomie improbable. Perpétuellement asservi à la production d'un sens, jamais pur ni originel, toujours inféodé à quelque instance du réel, le corps paraît en effet tissé sur le métier des injonctions sociales et religieuses, voire artistiques. C'est pourquoi, nous nous intéressons ici à la totalité des contextes de recherches (biologie, sciences humaines, littérature, arts) où le corps peut être saisi comme le lieu d'un métissage ou d'une hybridation, producteur de mutations, et donc d'altérité (voire de difformité et de monstruosité). Peut-on sortir de cette aliénante logique binaire, qui génère hiérarchie et discrimination, et avancer vers l'imprévisible entre-deux des corps? Claude Fintz

SOMMAIRE
Claude Fintz : Introduction L'entre-deux des corps: de la poétique au politique, p.1324 C. Prigent : Prologue Corps de porc - L'artiste en tête de lard, p. 25-34

I - UNE CORPOREITE COMMUNAUTAIRE?
. Pascal Roland L'entre deux lieux des corps: le thème du métissage en danse contemporaine, p. 37-50 . Jean- Olivier Majastre Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes, p. 5160

. Abdelkader

Bezzazi

Corps et discours métissés l'oriental marocain, p. 61-74

dans la tradition

orale de

. Alain

Mons

Le corps échappé, la danse, la ville, le reste, p. 75-88 . Joaquim Dolz Du signe au corps, du corps au sens: lecture littéraire au secondaire, p. 89-102

II - LA CORPOREITE TRAVERSEE PAR LES SCIENCES

. Alexandre Wenger La médecine et le corps des femmes au XVIIIe siècle, p. 105-124

. Daniela Cerqui Vers une ontologie du cyborg, p. 125-142 . Marion Laval- Jeantet Culture de peaux d'artistes, p. 143-154 . Hugues Marchai Structure organique et structure de l'oeuvre: l'histoire récente d'un point dans la trame, p. 155-170 . Michela Marzano L'Art charnel d'Orlan - La «refiguration» au service d'une identité métissée et hybride, p. 171-184 . Estelle Artus Entre expérimentation artistique et expérience scientifique: la confusion des corps, p. 185-200
III - LA CORPOREITE METISSEE COMME UN TEXTE
. Alexis Nouss Le troisième corps du break dancer, p. 203-218 François Laplantine Le métissage, un paradigme en construction: Métissage, corps, chorégraphie et langage p. 219-242 . David Le Breton Marques corporelles et « primitivisme» : éléments d'un débat, p. 243-264 . Catherine Bouthors-Paillart Avatars fantasmatiques et textuels du corps métis dans les écrits de Marguerite Duras, p. 265-286 . Claude Fintz Le poème métis d'Octavio Paz: corps, Eros et histoire, p. 287-300 . Eve Gardien Apprentissage du corps handicapé: la part des autres, p. 301-20

.

IV - CORPOREITE ET ALTERITE: LE METIS, LE MONSTRE . Nathalie
Delbard

Matthew Barney: l'esthétisation reconquête de l'être, p. 323-332

du monstre,

la

Paule Plouvier Les délices de la monstruosité dans les nouvelles de Mandiargues, p. 333-348 . Jacques Audinet Pureté et impureté du corps, p. 349-366 . Jean- Pierre Klein Le métissage symbolique: rencontre avec des E. T. , p. 367-386

.

.Patrick Baudry

De l'identité à la singularité même, p. ,38,7-406

ou le corps métissé par lui-

INTRODUCTION

L'ENTRE-DEUX DES CORPS: DE LA POETIQUE AU POLITIQUE

Le colloque qui s'est tenu à Grenoble II, en décembre 2002, intitulé «Le corps comme lieu de métissages », constituait la seconde phase exploratoire d'une géographie imaginaire du corps et de la corporéité. Dans le colloque de l'an 2000, nous avions abordé l'idée de corps dans une horizontalité toute symbolique, qui fait de la corporéité un continuum (de la matérialité à ses aspects virtuels). Dans les trois journées de décembre 2002, nous avons davantage exploré son «épaisseur» socio-historique, sa texture (charnelle, temporelle, verbale, imaginaire). A partir des représentations sociales et scientifiques du corps et de celles proposées par les œuvres (en l'occurrence: les arts plastiques, le conte, la danse, la littérature, la musique), nous avons tenté de mettre en lumière ce avec quoi le corps est constamment croisé.

Introduction

Quatre grands axes ont induit les thèmes des six demi-journées de cette rencontre. Nous avons en effet souhaité: 1 - soumettre l'idée de corps à l'épreuve de la métaphore textile du métissage, mais aussi à l'épreuve de l' œuvre, parce que le corps y est toujours «mêlé», textualisé, sémantisé ; 2 - réfléchir la corporéité dans son caractère hybride: corps monstrueux ou symbole de mutations et d'altérité, corps baroque, corps « cyborgisé » ; 3 - penser le corps stigmatisé ou considéré comme impur: corps mulâtre, corps « racisé ». 4 - ouvrir notre réflexion et articuler sciences humaines et les sciences du corps (en l'occurrence: la biologie). C'est par la problématique du métissage que nous avons voulu, dans cette seconde rencontre, éclairer ce qu'il en est de cette représentation, labile mais cardinale, que nous nommons « corps ». Nous savons qu'elle n'est jamais une idée transcendante, mais qu'elle est toujours indexée à quelque autre donnée, socio-anthropologique ou historique. (Du reste, c'est peut-être parce que le corps est toujours métis, que, par peur, certains le veulent toujours plus pur). Cherchant le corps, on ne rencontre jamais une représentation stable, aux contours fixes, mais sans cesse du texte, des textes qui s'interpénètrent et procèdent, suivant un mode créatif (y compris à même la peau), à des adaptations et des ré-élaborations imaginaires constantes. Juxtaposer l'idée de corps à celle de texte et de métissage est une manière de mettre à nu cette chimère notionnelle qu'est le corps, en déployant le rapport de ce dernier aux images et discours qui lui confèrent sa cohésion. Nous avons eu le projet de déplier ce qui, souvent à notre insu, y est tressé, entrelacé, imbriqué, noué, composé, et suivre, brin à brin, comment corps et pensée sont tramés l'un par l'autre.

14

Claude Fintz La dimension du corps comme texte était - et cela a toujours été notre option théorique, idéalement appréhendable dans une approche interdisciplinaire. Ainsi nous partons de l'hypothèse que le corps «pur» n'existe pas, qu'il n'y aurait que de la corporéité, ellemême «composée» comme une œuvre; et réciproquement, la construction du corps est révélatrice de la création sociale.
*

Comme le corps est une représentation composée / composite, il existe un rapport étroit entre corps et métissage. En quoi la corporéité est-elle métis? Si l'on a fait du métissage une idée consensuelle, il est d'abord le lieu d'une hantise - source possible, comme le rappelle Pierre André Taguieff, de dégénérescence, d'infécondité. Si l'on définit superficiellement le métis comme une entité produite par hybridation du même et de l'autre, le métissage est générateur de mutations, et d'altérité, voire de difformité et de monstruosité. Les difficultés du métissage, les mythes et les mythologies qu'il crée se retrouvent à propos de l'idée de corps, et en particulier dans l'évidence d'un «imaginaire» de la terreur ou de la contamination, dès lors qu'est transgressé le principe d'identité autour duquel s'articule l'idée occidentale de corps. Il y a, en effet, une pensée de l'exclusion, qui se façonne autour d'une représentation

close et non ouverte du
C'est pourquoi,

«

corps ».
au cours de nos débats,
«

nous

avons refusé de participer de cette

illusion lyrique (et

apolitique) du métissage» que déplore aussi Roger Toumson2. Nous n'avons pas davantage validé le point de vue inverse, qui se réfugie, par frilosité, dans une pensée de l'origine pour mieux fuir la confrontation avec
1

2

Nouvelle Revue d'ethnopsychiatrie, Métissages, 1991. in Mythologies du métissage, PUF, 1998.

15

Introduction

l'altérité et l'histoire. Du reste, la pensée du métissage symbolique des corps peut-elle s'inscrire ailleurs que

dans une « dynamique transformante» (J. Audinet), dans
une tension non résolue, dans une pensée qui refuse tout ce qui ramène le même au même, par volonté forcenée d'intégration, d'intégrité, voire d'intégrisme?
**

Le métissage est pour nous une « optique» que nous voulons prendre sur le corps pour observer la constellation dont il est le centre. La question du métissage est donc adjacente à l'analyse de la corporéité, au regard que nous portons sur le corps contemporain. Elle est dénonciation des asservissements et aliénations diverses qu'il subit, refus des refus de mixité, refus du refus de l'inédit et de l'inouÏ, de l'instable, de l'éphémère. La pensée du métissage, qui ne doit pas être confondue avec la notion d'hybridation, dégage les linéaments d'une poétique de la relation. La pensée du corps doit permettre d'avancer, avec toute la rigueur nécessaire, une pensée de l'entre-deux, de la relation, de la finesse, de la subtilité. La pensée du corps métis constitue en effet une occasion privilégiée de promouvoir une façon alternative de penser, de se mettre en rapport avec les autres et de mettre les sciences en réseau, autour d'une énigme qui autorise à scruter le point aveugle de chacune de nos disciplines. Force est cependant de constater combien il est difficile de penser à la fois le corps et cette pensée qui remet le corps au centre de la pensée, en se détachant des dichotomies de la pensée dualiste et ostracisante. Il paraît en effet impossible de penser le métissage, selon une tonalité mineure et un mode de résistance à la pensée duelle - et de rétablir une pensée du pouvoir, en établissant un périmètre de sécurité autour de ce paradigme en constitution.
16

Claude Fintz Les idées (mêlées) de corps et de métissage ne sont pas brevetables: c'est, en effet, à la communauté des chercheurs de négocier et d'instituer ensemble l'objet commun de leur recherche. Plus encore: le type de réflexion que nous menons devait, nous semble-t-il, induire de nouveaux rapports entre les chercheurs et entre ceux-ci et l'objet de leurs recherches. L'occasion était, en effet, précieuse, dans le contexte universitaire - qui, on le sait, a horreur de tout ce qui est « hybride» et mulâtre, et pour lequel, de surcroît,
le corps n'est jamais un objet légitime

-

de tenter,

à

contre-courant, de faire surgir, certes (comme toujours) des lignes de désaccords et de rupture, mais surtout des échos ou des résonances inédits d'un territoire disciplinaire à l'autre. Car c'est bien un colloque-métis que nous voulions réaliser! Si une trentaine d'orateurs étaient présents (et non des moindres), c'est, évidemment, non par une fâcheuse compromission, mais sans doute parce qu'ils contestent implicitement le carcan de cette mythologie inféconde, pourtant si répandue, de la pureté disciplinaire. Plus que jamais, un honnête homme (et de surcroît un « universitaire» !) paraît devoir être, comme

le déclarait Montaigne il y a déjà un demi-millénaire,
homme meslé ».
**

«

un

Quels ont été les apports de cette rencontre? La pensée du corps est une pensée métis, où une « énergie gérondive» peut se développer en pensée chorégraphique. La pensée de la corporéité établit des maillages, des mises en réseau, promeut une «pensée chorégraphique ». Le métissage est un lieu privilégié qui permet d'appréhender le corps dans son unicité éclatée, où peut se déployer sa paradoxale cohérence.

17

Introduction

Sans en écarter les variations métaphoriques, sans nous interdire de repérer les fondations imaginaires de l'idée de corps, si importantes pour notre propos, nous lui avons presque toujours donné ici le sens de « métissage» symbolique. Sans déroger aux méthodologies qui nous sont propres, nous sommes généralement parvenus à nous comprendre, et la richesse de nos échanges nous a fait avancer dans nos recherches et disciplines propres. C'est pourquoi nous avons le sentiment d'avoir contribué à approfondir une épistémé déjà largement engagée par certains philosophes (Morin, Deleuze), contestant la non-séparation des savoirs. Nous avons tenté de repenser l'idée de corps de façon non hégémonique, en tant que site de la mise en question des frontières, et d'inaugurer une pensée qui permette d'y « concerter» la double altérité du corps: celle dont il est lui-même porteur, en son enceinte « contaminable », et celle que nous situons à l'extérieur du cercle clos que la peau matérialise. Nous avons également accompagné ce déplacement de l'éthique, requis de nos jours par l'exacerbation de l'exclusion. Les relations étroites établies entre corps et esthétique font émerger l'hypothèse que l' œuvre constitue un «lien» imaginaire, dont les caractéristiques sont encore à définir. L'examen de ce qui trame la réalité imaginaire des corps nous amène, en effet, à contester la logique binaire sur laquelle est construite la représentation philosophique du corps en Occident, qui génère cloisonnements, hiérarchie et discrimination. Nous avons doucement avancé vers l'imprévisible « entre-deux lieux des corps» (Roland), à l'image du jeune patient de J. P. Klein qui recherche, par le mythe, une tierce voie à l'instabilité de sa filiation. C'est pourquoi, nous avons ouvert des pistes pour sortir de l'imaginaire de l'identité-racine (de l'idée d'un corps originel) et avancer vers celui de l'identité-relation
(d'une corporéité relationnelle)

-

voire

vers

une

18

Claude Fintz «poétique de la relation », selon l'expression du poète Edouard Glissant. Notre regard métis sur la corporéité en fabrication continue, qui est ainsi en rupture avec les modes de pensée dominants, a, en outre, été l'occasion d'effectuer un retour réflexif sur les disciplines que nous représentons (sciences humaines, sociales et médicales, arts et littérature). Il Y a, dans notre tentative de formulation d'un entre-deux des corps, l'espoir de voir surgir une poétique des corps, une image neuve du corps dans la rencontre de l'imaginaire et du réel, du texte et de la chair, dont l' œuvre est le carrefour. Ainsi, à partir de nos terrains respectifs, nous avons encore risqué quelques propositions en direction de « l'entre-appartenance» (P. Legendre) des corps, des œuvres et de la société, à la convergence desquels émerge

ce qu'il est possible de concevoir comme « l'imaginaire
du corps» : la quête d'une unicité plastique, infiniment décomposable, recomposable, unicité (dé)concertante et concertée. L'imaginaire des corps s'appréhende comme le lieu esthétique d'un entre-savoirs (G. Durand), d'une inter-diction disciplinaire. L'idée d'un corps métis met en évidence la fluence et la béance entre les savoirs et autorise à les reconstituer autour d'une « poétique» (au sens d'efficience imaginaire) du corps - celle-là même qui rend l' œuvre socialement opérante.
**

Le compte-rendu produit ci-après ne vise pas à restituer l'exhaustivité des propos tenus. Il laissera parler les voix - celles-là même qui ont été retenues dans ce recueil et qui, selon nous, ont apporté les contributions les plus nettes à notre interrogation. Nous avons, de façon liminaire, donné la parole à Alexis Nousse et François Laplantine qui ont, à travers de très éclairants exemples, relatifs à l'inscription métis du

19

Introduction

corps dans l'espace physique et culturel, donné le cadre d'une réflexion sur le métissage. Mais la forme de métissage la plus largement évoquée dans notre colloque, via la poésie, le bio-art, la biologie (B. Fantini, texte non communiqué), les biotechnologies, voire l'art transgénique, concerne le croisement du corps comme texte avec le «texte» du vivant, le «texte» biologique. Ainsi en est-il de l'explication que donne le XVIIIe siècle aux troubles que la lecture induit sur les femmes, et qui sollicite à la fois l'imaginaire et la physiologie (Wenger). Quant à l'époque contemporaine, où le corps est devenu un résidu que l'art recycle, l'artiste semble devenu (médiatiquement, du moins) un concurrent possible du scientifique (Artus). Par ailleurs, on voit, avec le Brésilien E. Kac, la poésie « s'ingénier» à retranscrire, dans l'ordre du vivant, des textes (MarchaI), dès lors soumis à la variation du vivant et exerçant une mutation sur le texte (humain / divin) originel. Inversement, on comprend combien sont toujours actives les images de l'organicité du texte et de l'œuvre. Les manipulations du vivant, auxquelles font écho les arts (Delbard, Laval-Jeantet), si elles se situent dans une zone interlope entre «expérimentation scientifique et expérience artistique», ne sont jamais « un renoncement au désir d'humanité» (Artus). Même la monstruosité, lorsqu'elle se mêle de manière indécidable à l'humain (Delbard), est acceptation d'une étrangeté à soi, au point que c'est le refus de cette altérité qui serait névrotique (Plouvier). Mais le corps se métisse également au corps social et à ses institutions, par le canal des habitus que l'accidenté médullaire (ou le mutilé) réapprend et reconstruit en les réadaptant à son nouveau schéma corporel (E. Gardien). Ainsi la corporéité relève d'un

champ sémantique ouvert. De même,

«

la gestion sociale

du parc humain» impose de plus en plus que soient incorporés à nos modes de fonctionnement corporels des

20

Claude Fintz impératifs,
«

liés à la nécessité

de rester en permanence

socio-compatibles

»: ainsi de l'obligation

sociale à

laquelle nous sommes tenus de nous transformer, en vue - non plus d'une réfection organique, mais d'une amélioration des performances humaines (D. Cerqui). Aussi se métisse-t-on pour demeurer dans la norme...

Nous assistons ainsi à une

«

gestion géopolitique

de la vie humaine », et il n'est pas exclu, contrairement à une croyance partagée, que les œuvres contribuent à l'acceptation des mutations imposées, servant parfois même de caution scientifique à la marchandisation du vivant (M. Laval-Jeantet). L'œuvre (du corps) n'est donc, semble-t-il, elle aussi, jamais « pure ». Ce que « fait» collectivement le corps en termes de métissage symbolique nous est présenté à la fois par l'action poétique - celle de Paz est éloquente à ce propos dans sa tentative de réconciliation imaginaire (Fintz) - et par les actes collectifs de conter et de danser. La danse, en effet, rassemble et met en réseau les spectateurs, faisant ainsi naître l'idée d'une corporéité ouverte et communautaire. Une approche métis du corps fait donc le deuil d'un savoir globalisant et totalisant, et l'esthétique de sa recomposition est celle de la mosaïque. Le corps est chorégraphique, art du mouvement des imaginaires en lien avec le « corps» et la corporéité. Le corps dansant (qui choré-graphie l'espace) est totalement illisible, et sa trace est auratique (A. Mons). Quant à l'art du conteur, il consiste à « tessériser » les corps, à les souder entre eux dans une même enveloppe corporelle et imaginaire, dans une même texture sonore, à partir d'un texte charnellement proféré. Le conte crée un champ corporel autour du corps du conteur et de l'imaginaire du texte (K. Bezzazi). Le corps du diseur se donne comme support d'un partage: dans le temps même où ce corps-parole se collectivise et où le conteur entre en oubli de son propre corps, la

21

Introduction

tessérisation opère et le savoir se corporéise, se diffuse à travers les corps par les voies de l'imaginaire. L'illusion d'un imaginaire partagé du corps correspond, en effet, à la fois à l'acceptation du contrat implicite du « contage », à la dissolution des frontières corporelles et à la perméabilité de la corporéité imaginaire collective.

De sorte que si le « je » se dissout dans cette multiappartenance, inversement, de moi à moi il doit y avoir une épaisseur (non opaque) qui provient de mes

appartenances identitaires multiples

~

et qui me désigne

comme une instance hybride, voire monstrueuse. Cette révélation, les nouvelles de Mandiargues la distillent comme un poison suave. Il y a donc un effort constant à prod uire pour se reconnaître comme un métis symbolique - et à percevoir, à travers ce qui me paraît être « mon» identité, une inquiétante étrangeté. Cette multi-appartenance (voire ce multiculturalisme) est revendiquée à la fois par la danse contemporaine (Roland) et par ceux qui pratiquent le tatouage et le piercing. Mais les adeptes contemporains de l'esthétisation du corps tiennent des discours bien ambigus, selon David Le Breton: se référant, de façon totalement décontextualisée, aux rituels d'initiation traditionnels, ils travaillent en réalité à la liquidation de l'Autre dans l'autre - et donc de l'autre de soi. C'est pourquoi ces pratiques ne relèveraient pas du métissage, mais du bricolage. Car il y a, dans la corporéité, un écart salutaire de soi à soi que l'image du corps recèle et révèle, une image décalée de moi qui me rend à mon étrangeté (P. Plouvier, P. Baudry). Dire que le corps est le lieu de l'identité, voire de l'identique, est donc hautement discutable. En tout cas, mon identité n'est jamais étanche: aucun «cordon sanitaire» ne me sépare jamais de l'autre. Le corps est le lieu de l'ipséité, davantage que celui de l'identité.

Ainsi il y a également une
que magnifiquement met en

«

corporéité urbaine»,
lumière la danse

22

Claude Fintz

contemporaine (Mons) ou ces affiches placardées « sur les
murs de nos villes », où le désir se projette (J. O. Majastre). Ce que l'on appelle «corps» n'est plus le

support d'une

«

identité », comme en atteste la démarche

d'Orlan en quête d'un autre nom, d'un autre corps (M. Marzano). Mon corps n'est plus seulement ce qui en paraît, mais ce qui transparaît à travers lui: l'image d'un
«

corps qui s'échappe vers son énigme» (A. Mons).

En fait, à l'image de l'opération collective impliquée par le conte et la danse, précédemment évoquée, ne participe-t-on pas corporellement aux savoirs, en com-paraissant aux savoirs? De manière transparente, en effet, lors de l' oralisation d'un texte, on incorpore le texte: « par cœur, par dents, par souffle, par ventre» (Dolz-Ronveaux). On croque à belles dents le corps écrit, selon une modalité anthropologique relevant de l'imaginaire du cannibalisme et de la dévoration. La digestion symbolique du corps constitue une métaphore du travail de métabolisation imaginaire. Le corps est lié à la perte, à l'angoisse de la perte et les imaginaires multiples déployés à propos du corps sont les réponses apportées à cette angoisse. C'est ce que nous rappelle aussi l'écrivain et critique Christian Prigent, qui, dans notre Prologue, dresse le portrait de l'artiste en Corps de porc: ce « corps» n'est autre que celui, obèse et logorrhéique, de la langue. Mais si, comme dans celui de Novarina (cf. Dolz-Ronveaux), se dit, entre bave, bouche, bouffe et « bavasseries », l'imaginaire « gastronomique» et métabolique de la langue, Corps de porc exprime davantage la fondamentale in tranquillité de l'artiste. Quoi qu'il en soit, le corps, qui participe de tous les savoirs, permet, semble-t-il, de penser l'entreappartenance des savoirs - étant lui-même le lieu d'un non-savoir fondamental, voire un non-lieu du savoir. Ainsi défini, le corps, qui sépare le chercheur de l'univers, pousse ce dernier à une prise de position subjective (non subjectiviste) face aux savoirs. Il est un lieu

23

In trod uction

d'interrogation qui échappe aux cloisonnements disciplinaires, à l'illusion d'un corps monolithique des savoirs (lequels se délitent au contact du corps, en tant qu'image collective en devenir). L'idée de corps sert aussi à inverser les vertiges totalitaires de l'Un, perpétuellement prêts à resurgir, à

fluidifier « la glu de la pensée totalitaire », à résister au
fantasme de la soudure en un Corps-Un (qui répond, par ailleurs, à l'angoisse de la séparation) - et au rêve de l'Un, du modèle pur et originel, qui alimente l'imaginaire des fascismes (P. Baudry). Car le corps est toujours dé-concertant, mise en tensions de convergences et de divergences. Il apparaît en définitive comme le lieu de la non-représentation, comme un espace abstrait, rythmique et vibratoire, un lieu de mise en résonance des savoirs, un espace de fascination, aux imaginaires multiples et contradictoires, simultanément activés. En définitive, le débat que nous avons mené sur le corps comme lieu de métissages fait du carrefour des imaginaires qu'est le corps un lieu politique. Si le corps métis est éminemment politique, l'idée de corps est métis et politique - et l'imaginaire du corps est une expression « poétique» du politique, au point que ses mutations et transformations sont des faits socio-politiquement instituants. C'est pourquoi nous songeons à approcher, dans une prochaine rencontre, le lieu de l'entre-deux des corps et de la société que constitue l' œuvre, en examinant « l' œuvre» du corps, c'est-à-dire l'efficience, intra operam, de la figure du corps, dans sa relation avec l'efficience sociale de l' œuvre. Le lecteur intéressé pourra suivre l'évolution de ce projet et de notre réflexion à partir de notre chronique trimestrielle lettre_corps@yahoofr.

24

PROLOGUE

CORPS DE PORCI
L'ARTISTE EN TETE DE LARD

Moi en rêverie, je salue, j'honore par dévotion la statue assise en mon ruminé de la Truie qui trône en onction de glaire et de jus d'étron pour célébrer la Chair. Je sais qu'elle préfère merde à eau de rose et même viande d'homme quand elle a grand faim. Je sens que c'est pis presque, ou beaucoup mieux, que la horde des hyènes quand elle fait son nid sur le grand lit blanc qu'a
1 travail en cours, extrait paraître chez P.O.L de Grand-mère Quéquette, roman à

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de porc

reconstitué la nuit qui revient dans mon cervelas. Mon Dieu, tous ces seins! La croupe, ô Gatt ! Sainte-Vierge, ce garde-manger de vastité porcelanée ! 0, cet effet tirebollchonné ! Ah, croquer ça ! Baffrer ! Bouffer du cul, goinfrer tétines, déguster vulve! Lucullus l'a dit, à moins qu'Apicius : c'est mets de consul à l'heure d'Orgie. Quelle partie de moi conserverai-je pure dans ces aventures? Interdis moi, Bouche, immondes menus et mets non pies, biftecks d'animal voué au Mal et mensongeries en parler tordu! Interdis moi, Sein: nulles fouteries en trou de puëlle, garce ou garnemoche ! Interdis moi, Main: ni peignée ni crime ni caillasseries ni brutalités ni assassineries même en rêvassé! Ah qu'on dévore le foie du porc qui bande en moi à mort! Qu'on l'enchaîne au Caucase! Que le feu de Dieu qu'embrase mes instincts me brûle la tête dans la vie pratique! Que je mange moi dans ma peau de porc! Que je voie plus rien! Que pendant ce temps le monde tourne sans moi! Qu'Aurore ou une autre, Yetrenn louz ou Gast ou la Bentadenn, ou toutes, ou Circé la fille d'Hélios en île d'Aea (c'est près de Ceuta), quand serai près d'elle en Lubricité après des voyages, pour un an au moins et j'espère plus, qu'elle me change en ça, que je nargue Charybde et Sylla et le cochonné généralisé dit vie d'humanité: je signe des deux pattes car je sais que c'est jamais qu'en moi-même qu'elle me changera. 0, viens, doux sommeil en état de bête et lâchons nos morves, gaz, oublis et pertes en indifférence à fond dans l'amorphe et qu'on suce ses os dans le sein d'Hypnos ! Sois, dit le poète en fœtus en mojl ou graine d'Haschatân, l'Adversaire total, inconscient itou à fond comme cochon. J'ai goûté à tout, homme, femme, poisson, cheval, grenouille, pou, éponge et protozoaire. Et je sais que l'homme de tous est de loin le moins heureux. Que l'homme cesse en toi. Fonds-toi en la Terre avec comme question paître ou paître pas, pas naître ou ne pas être ou

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Christian Prigent en avoir l'air, être ou faire semblant d'arriver à être emmi les mectons avec leurs mectonnes et sois qu'un tuyau où le monde passe comme un décapant désemmerdifiant de toutes les hontes et prévisions de difficultés. Habite ta souille dans mépris à bloc de toute autre engeance. Sois panse, sans rien qui pense. Que la bête en toi bouche à fond le trou des intelligences. Laisse glander le porc que t'es en ton for intérieurement. Encule-moi, Ô, bête, mieux que balayette! Entre à mort en moi! Que plus rien de moi ne s'offre au dehors! Ensevelissez les mots dans mon ventre! Que j'aie pas de main pour vivre par Œuvres! Que je lève jamais la hure vers le Ciel! Que je cuise rien, fabrique ni moulin ni cabane en bois ni du racontar en forme d'histoires! Que je divise pas la horde des hommes en qui-a-beaucoup et qui-rien-du-tout ! Que je bouffe pas que du gélifié ou pasteurisé sous vide en frigo, ni pratique belote, ni joue du crayon pour petits calculs ou ratiocinés de vues sur des trucs, ni salope parois avec des barbouilles, ni plante des cailloux taillés en images sur les paysages, ni ne m'interdise les cochoncetés avec la parenté! Que rien par mon fait ne produise plus qu'émanations ou explosions! Que je sois coffre, fort, fermé, inutile, muet, imbécile, voué à jamais à Désœuvrement et inaccessible à feux de Colère comme à crampes de Peur! Que tout moi regimbe à penser à être! Que je sois qu'un groin, même pas un grain! Une boule en pochon d'impensé cochon! Qu'aime moi en moi comme autour de moi merde plus que fleurs tendues vers des cieux où on n'est jamais mais qui font pleurer par acidités! Que je pionce aux pieds d'Antoine comme le signe de ce qu'il serait, était ou sera! Salut à moi porc! Dors! Ah, dors! Dors plutôt que vis! Fais peinard ton lard sans philosophie! Gis, cerveau de nuit! Cuis! Zéro progression en phylogenèse et pas davantage en ontogenèse! Stase en bœuf stupide ou âme placide avant ten ta tion de virer larron ou de faire carrière en destinations! Et que te saisisse oubli de toutes choses, que

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je n'ai nulle ombre en aucun miroir et que je ne puisse plus me reconnaître! Que ma destinée soit celle de l'huître surtout pas perlière ou de l'escargot qui cause qu'en bave! Tais-toi! Total coi! Tais-toi partout! Tu sus le faire dans ton couffin. Tu sais djà le faire à l'école. Tu mouftes rien aux cabinets. Pense à faire pareil bientôt en amphi. Boude au séminaire. Fais la gueule en coin au conseil de classe. Pas un mot, juré, en session plénière. Ouvre pas le bec parmi les bavards en cellule de base comme en assemblée finale générale. Sile;n,ce radical au raout en bande en salle polyvalente. Rase murs bouche cousue au son d'harmonium en salle du Royaume. Camembert à fond au pince-fesses de noce, bal de l'Amicale, surpatte ou surboum, gueuleton des bizuths et pot des anciens, vin d'honneur du Club et test de boudin au banquet républicain. Et beaucoup plus tard, si tu tiens encore assez long en berges, ferme-la à la teuf. Motus! Plus un mot! Sois rien que coulis reclus en obtus dans du corps de bois et retiens bagout et bavasseries. Locuste, cuis pour moi un poison propre à tuer 300 cochons de vie d'homme qui cause en clampin en moi et pas qu'une tisane qui fait qu'on foire mou! Mais j'entends la voix du porc dans ma tête. Il dit: calme le nerf, exclame moins en ode, exalte pas caboche. Médite mon destin: j'ai péché par Consommation de bouffe, et vautrage de moi-même en viande, ignorance des buts, fins, commencements, débuts, entrefaites, et semis partout de gorets sans noms bâtards de mes œuvres de concupiscence. Vois ma Punition et foi d'animal perds pas les pédales. Et Grand-mère ajoute: ouais ouais le poète à la graisse de rien, cuve un peu ton vin ou flotte d'Hippocrène. Si c'est pour finir tripoux ou lardon grillé barbecue façon Montségur en Consolation, ou même simplement ermite percheron en isolation dans turne de poussière sous les araignées à grogner du son que personne n'entend, ça fait réfléchir. Arrête ton délire et de

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Christian Prigent retomber en état cochon: faudrait pas pousser beaucoup pour xa marche, vu instincts, tendances, prédispositions et programme de gènes. Allez crache bonbon et rentre à la maison: le fricot attend. Oublie fantaisie de virer caillou, merde ou crotte de rien parmi la matière. Quand sera clamsé, c'est toujours trop tôt, t'auras tout le temps pour méditer ça : la matière s'emmerde, rien d'autre à en dire.

HOLOCAUSTE

Au loin c'est fumées, partout et très noires, et qui puent beaucoup sur les alentours. Ça flambe là-bas, on dirait. Et là-bas en vrai ça veut dire partout ou c'est l'horizon ou le firmament, c'est-à-dire du rond de circonférence qu'est en fait nulle part et du toit posé entre tout et rien à moins que l'inverse. Je vois bien quand même qu'on brûle pas que pneus ni pétroles fusés par distraction des trente-six dessous de la Terre Mère: y a pas ça chez nous, granit est passé et métamorphique sur carbonifère. Ça pue autrement: ça grille de la bête. Les camions qui passent et qui vont vers là où j'ai dit que fut le site du partout, très loin et tout près ici et ailleurs et en général überall, on voit sous leurs bâches et entre ridelles pointer de la corne, pendouiller sabots. Le vent de vitesse dans les pétarades de la mécanique laisse fouetter des queues sur ambiance de trouille en poupe des charrois infernalement et ça sent pourri. Grand-mère se signe devant le convoi avec marmonné que c'est une pitié. C'est pitance de Peste, elle me confie, rata Choléra, souper du démon. Tout fait ventre au diantre, qui va en wagons vers sa destinée vouée au bûcher. Le sel c'est la poudre de chaux à brûler: elle met des pâleurs et grisailleries de ciné d'avant dans ce qui resta des couleurs de vie. Et le jus qui coule c'est viande qui fond à cause des chaleurs. Bouche ton nez pot' coz : c'est merde de matière de mort de la

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chair qui graisse garde-boue, jantes et pissenlits, donner quoi demain à Jeannot Lapin.

je vais

Mais c'est qui, Grand-mère, qui va au fourneau en tas en camion et qui cocotte tant? C'est tout, dit Grandmère, de la basse-cour et du personnel promis au boucher ou qui égayait de bêêêêh et de meuhhh nos fades journées parmi les parlotes. Nous on les mangeait, les bêtes souvenirs de nos vies d'avant. On buvait leur sang, c'est elles qui trinquent comme les enfants quand le père boit. Et pour préserver nos ronds de gazon à cause des picnics, on leur a donné elles-mêmes à manger en concassé. C'est pour nos péchés qu'On les a jugées: vois flammes en décharge de pneus et poubelles, et boîtes de conserve, et frigos rouillés, et choses promises à désaffection parmi dégueulis de pailles et chiffons et sachets plastic, les confire en cendre et âmes de crachin et chairs en essence de suc de puant. Mais on perdra rien, nouzautes, pour attendre non plus dans sous-peu. C'est ta Grand-mère qui te le dit et pas seulement le Saint-Esprit. On les a mangés, ça nous mangera. Qui mange Mal devient le mal qu'il mangea. Ça va nous tomber, la pluie d'amertume, flic floc sur le nez, et la terre entière sera putréfiée. Et rouge lueur troublera nos yeux, ardeurs de fourneau en toute caboche, ulcères pousseront, sueur de sang sourdra par nos trous de peau, tous soutiens de vie tomberont ensemble et Anxiété par dessus marché poignera nos cœurs. Puis le nez pincé, les tempes en concave, la peau toile émeri, la bouche en rictus avec du baveux et l'œil enfoncé à coups de marteau au fond de son trou et la viande qui coule fondue en elle-même. Et sur tas de parents agonisants des tas pareils d'enfants râlants. Et sur maints bûchers l'humanité entière exaspérée par elle-même précipitée et adieu les potes. D'ailleurs ça nous pleut djà dsus ces poisons. C'est comme le caca du cul du Bon Dieu et pas de pépin pour

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Christian Prigent parer l'ondée. On va déguster, après leur bidoche, aux pauvres bestiaux, aussi leurs souffrances. Pense à mignonnes vaches, à douce Blanchette, à sympa Noiraude. On leur a bouffé leurs petits bébés mis en blanchiment en caveau, des jours, sous zéro loupiote. On a substitué à leur picotin paille & foin la fleur de farine des crocs des clébards et par perversion et économie du tourteau farci à la pâte d'os de leurs propres veaux. On leur a donné à boire de la flotte tirée à la pompe de leur parentèle par expression de ce qui restait après conversion des viandes en pet-food, graisses et gélatines pour lipochimie et ersatz de riz. C'est tout ça qui crame là-bas en furie. C'est pas que barbaque: c'est fagot de Mal in extenso que goinfre la flamme et nous pour bientôt en Armaguedon. T'entends pas le glas, déjà, ding dingue don? Rappelle-toi Cochon qui nous a rien fait: nour.ri à la pluche sur-vitaminée d'où handicap d'obésité et difficultés sur le plan moteur. Rappelle-toi minets clenchés en cageot comme dans un piano mais la queue dehors pour qu'on tire dessus: ça variait musique selon le siamois ou le de-gouttière avant qu'ils finissent, vu les pénuries, leur vie comme civet, grimés en lapin par décollation. Rappelle-toi Mouton qu'avait la tremblote et ça clopinait sec en genre traviole dans sa cotte en laine de futur pour toi slip ou pull-over, et on rigolait. Rappelle-toi Poulette avec de la gourme pas prévue aux listes en goutte bout du bec et nulle âme bonne pour tendre mouchoir. Rappelle-toi le bœuf en crise de frissons de fébrilité entre tête et queue et danse de saint Gui et sa moelle molle avec des aigreurs dans le pot-au-feu. Rappelle-toi la Rousse qu'avait des secousses à faire la grande folle sur planches de pâtis avec plumes aux fesses de pennes de pique-bœuf et le pis en strass de paillette mica à cause du stress dans ses estomacs, on a ri mais jaune: bientôt rira noir qui vivra encore. C'est eux et cousins et toute la tribu et ses descendances qu'on mène en voiture en demeure dernière pour se faire rôtir jusqu'à

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réduction totale des morceaux et je te le dis et en vérité tout ça c'est pas beau. J'écoute Grand-mère, je re-crains à mort. Je crains qu'on me gave, à cause de lenteurs limite volontaires à sortir d'enfance et d'obstination en format minable question centimètres, d'hormones de croissance trouvées à Prisu avec du venin dedans de bêtes morte. Je crains, je l'ai lu en douce en dico d'épouvantement scientifiquement, de finir pour ça poupée ramollo ou marotte chiffon sur un matelas top avec des poulies et que croqueville ma main sur du rien, et que peu à peu ma couenne vire au bleu ou au violet moche, et que mon parfum fasse fuir même le chien, et que ma paupière jamais plus ne ferme malgré les collyres pour que je voie moi en délabrement sans digression, et qu'on prenne mes fesses pour tartine de miel sans succès notable contre les peluches de peau en jus d'pus, et que chaque jour de plus en plus vite soit un jour de moins. Je ne confie rien de ça à Grand-mère: je sais qu'elle dira que j'exagère ou que je noircis en anticipé sur du 'core pas sûr, voire des fantaisies de futurologie. Qui vivra verra, Grand-mère sans doute pas. Mais moi qu'ai du champ, ou frère ou copain classe 45 et des environs, ça nous pend sûrement pas loin sur après. Et question menus et gastronomie, si plus droit à rien en vision de loin de tout qui fut bon par où ça passa, du gros pain pourrit et du grain se moud dans les officines d'intranquillité. Car on va manger quoi bientôt désormais jusqu'à dorénavant? Du serpent piteux? Du sautillé de kangourou? Du merlan d'autruche? De la matelote de p.elotes de chat? De la gamète de bouc en confiote ? Des boulettes de rats au sperme de chameau greffé sur le dos? Des séquences de gras de génome en croûte? Du sang de navet bio, cher, avec la terre? Du clone club de bouillon kub en packs? Du cyberlipide en cône à lécher ou collé en patch? Emulsions de nouilles d'hyperprotéines en gel intensif?

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Christian Prigent Du sac de cadavré d'humanidé lyophilisé? Des petites pilules d'os recomposé? Du code barre en barres? Des sucrettes de générique? Du numérisé de surnuméraire en intraveineuses? Des gélules d'enzymes de chenille à la vanille? Du sel de nitrate en crottes en cachous ou en berlingots? Du cactus d'élevage? Du label d'épis de barbe de zootie suivie en fichier par la Faculté? Des galettes de truc en tout sauf de blé? Des crêpes de farine de chien? Des crêpes de ça le matin? Des crêpes à midi de sucre de clebs? Des crêpes de tapioca de caca d' cabot au goûter avec du sirop pur reconstitué au chlore d'H20? Des crêpes de poudre d'extrait de quéquette de bête à l'eau de Javel pour le petit souper érotisé dans le salon particulier avec des yeux d'hareng pasteurisé dedans pour tartiner les décolletés? Ou du pain de merde de même farine en miches ou couronnes, ou bretzel ou pogne, ficelle ou baguette mais toujours en merde? Ou même que le pain comme à Ezéchielle promit Yahvé on nous le pâtisse de l'étron qui sort de nos propres corps et qu'on s'autobouffe par économie ? Voilà des questions mais nul ne répond, le Ciel obstine sourd et Grand-mère pareil et je reste seul avec comme amis l'avant qui me fuit, l'ici qui me cuit et l'endemain qui sent fort le roussi.

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I - UNE CORPOREITE COMMUNAUTAIRE?

Pascal ROLAND

Présentation Maître de Conférences de l'Université de Rouen, P. Roland travaille sur l'imaginaire chorégraphique contemporain depuis 1990, d'abord dans le cadre du CEAQ - G.R.A.C.E. (Groupe de Recherche sur l'Anthropologie du Corps et ses Enjeux) Paris V, puis simultanément avec le CETAPS (Centre d'Etude des Transformations des Activités Physiques et Sportives) dont un des axes de recherche majeurs est la socio-anthropologie de la corporéité, notamment dans ses expressions esthétiques. Résumé Le corps dansant contemporain se revendique comme le résultat d'une hybridation culturelle, le terme de métissage semble être le carrefour de tous les discours le concernant. Pour autant, il est nécessaire d'en présenter les diverses images pour en comprendre les justifications profondes. Les différents niveaux de l'exposition chorégraphique supportent l'expression de ce motif: tout d'abord, dans la spatialisation de la représentation, où les différents éléments
scénographiques sont importés d'autres arts pour créer un
«

théâtre

total», qui rend vain les tentatives de classification intimant une unique origine; ensuite, dans les importations et réutilisations de pratiques dansées provenant d'autres bassins culturels, dont rend compte notamment le multiculturalisme des cours de danse; enfin, par les danseurs eux mêmes, source des propositions chorégraphiques imprégnées de leurs univers culturels divers, par leur langue maternelle invitée et leur corporéité conviée. L'interrogation de l'Autre dans la composition d'un Soi singulier multiple, dans sa corporéité même, inverse les injonctions de la modernité de pureté pour valoriser le mélange comme porteur de sa propre vérité. Le métissage devient dès lors origine de toute dynamique sociale.

L'entre

deux lieux des corps

L'ENTRE DEUX LIEUX DES CORPS
LE THEME DU METISSAGE EN DANSE CONTEMPORAINE

Le questionnement de la localisation corporelle et de sa construction sur le mode relationnel fait apparaître une modulation d'un mythème labyrinthique, perceptible dans les images diffusées par la danse contemporaine, celle du métissage. En effet, la prépondérance de l'image du lieu et celle de la limite qu'elle suscite soulève une interrogation sur les adaptations ponctuelles entre les éléments apportés du lieu de provenance et ceux de l'endroit d'accueil. S'il est vrai que le thème du métissage est un leitmotiv lancinant de tous les discours sur la danse contemporaine et que l'on identifie notamment par l'emploi d'un pluriel pour la définir - "les danses d'aujourd'hui" qui sont "faites de multiples métissages" et qui "sont le reflet de l'état du monde" ; ou bien encore par le vocable "Nouvelle Danse" qui est celle "du métissage, de l'hybridation des cultures, des modes et des tendances"2, il est nécessaire de présenter les diverses images à l'origine de la perception de ce motif pour en comprendre les justifications profondes.
1

cf infra (bibliographie), Vincent, Verdi, Adolphe, 1993, p.
Febvre, 1987, p. 9.

169. 2 Cf infra (bibliographie),

Pascal Roland Aussi ce propos sera-t-il essentiellement descriptif et s'appuiera sur des matériaux issus d'observation de spectacles et d'entretiens de danseurs afin de saisir, dans un même mouvement, les images exposées et les représentations mobilisatrices de l'action chorégraphique et de la signification esthétique. De même est-il nécessaire de préciser que la notion de métissage est ici comprise et utilisée dans un réinvestissement métaphorique: il s'agit de l'image du mélange. La pertinence de cette notion n'est donc pas discutée sur sa polysémie, ses ambiguïtés voire sa vacuité3, mais pour les logiques justificatrices, ou pour reprendre les termes de G. Durand, les principes d'explication, qu'entraînent son maniement et son emblématisation. Ce thème du métissage s'exprime sur différents plans de la représentation chorégraphique. Le premier perceptible est celui des emprunts effectués aux différentes formes artistiques existantes, dont la danse est le résultat plus ou moins savant. Les exemples des chorégraphes revendiquant l'expression d'un "théâtre total" peuvent être mentionnés, mais au-delà de l'expression paroxystique de ce mixte, il est possible de constater, sous une forme plus ou moins euphémisée, chez de nombreux autres chorégraphes, les détournements réalisés. Nous pouvons, par exemple, découvrir des relations avec la vidéo chez S. Buirge, dans sa pièce "Des Sites" avec la collaboration du réalisateur Don Foresta, le cinéma chez E.Lock dans "Infante" ou bien chez A.T. de Keersmaeker dans "Bartok / Aantekeningen" ou encore dans une pièce plus ancienne de L.Childs "Dance". De même P. Decouflé manipule-t-il avec dextérité ce jeu avec l'image vidéographique dans sa pièce "Shazam" par la mise en abyme des corps dansants avec leur projection simultanée. La juxtaposition des images matérialisées valorise le
3

cf infra (bibliographie),

Gruzinski, 1999, p. 34-37.

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L'entre deux lieux des corps

fragment comme _ élément signifiant et nous invite à
comprendre les logiques mises en œuvre dans cette manière de prendre en compte le mélange. Nous y reviendrons. Les liens avec la littérature sont également étroits, que ce soit comme directement inspiratrice du propos (Savannah Bay de M. Duras pour "Des Sites"), ou bien comme "support sonore" (et bien évidemment du propos), fonction qu'accomplissent les poèmes de E. Sitwell dans "Façade" de R. Chopinot ou le texte d'E. Bove dans "Meublé Sommairement" de D. Bagouet. Dans cette dernière pièce, le récit sert de point d'ancrage momentané, fixant une finalité hypothétique mais présente, et laissant au mouvement l'éventualité de digressions pour mieux y revenir. L'image de la divagation est ici prégnante et suggère la transformation façonnée par le mélange, généré par les rencontres éphémères dans ces lieux incertains. Une autre logique est ici mobilisée, celle du creux, que nous approfondirons ul térieurement. Les attaches avec l'univers des plasticiens sont récurrentes dans l'univers de la danse et la collaboration de C. Boltanski avec D. Bagouet pour "Le Saut de l'Ange" n'en est qu'une émergence spécifique. Il s'agit en fait d'un brassage multi-artistique, dont S. Banes relève une modalité particulière lorsqu'elle écrit, à propos de la pièce "Folktales" de R. Lemon, que "la forme hétérogène et le fond multiculturel de Folktales témoignent d'une conception ambiguë des traditions créolisées qui donnèrent forme à l'Amérique,,4. Il est toujours possible d'objecter que l'appartenance de ce chorégraphe à ce qu'on entend généralement en Europe comme" danse contemporaine" est lointaine. Mais le fond du propos de S. Banes recouvre également les pratiques existantes dans "la nouvelle
4

Cf infra (bibliographie),

Banes, 1987, p. 51-52.

40

Pascal Roland danse" européenne, et fait émerger les résonances profondes des imaginaires occidentaux dans la recherche d'un syncrétisme culturel, dont le terme de créolisation rend compte. La fusion dans et par le métissage construit une entité globale autre qui vit de sa propre dynamique. Les multiples assimilations s'effectuent d'une pratique artistique à une autre, mais donc également des expressions artistiques d'un univers culturel à un autre. Ce phénomène est appréciable de diverses manières. Les importations et réutilisations de pratiques chorégraphiques provenant d'autres bassins culturels en sont le premier exemple. Déjà les initiateurs de la danse moderne avaient abordé cet aspect, comme Ruth SaintDenis et Ted Shawn dans leur enseignement avec le réinvestissement exotique des danses antiques égyptiennes ou plus pertinemment des danses amérindiennes. De même les sources germaniques de la danse contemporaine en sont-elles un exemple. Ainsi "Laban amène le danseur à pluraliser la tradition, à saisir ce qui, dans chaque esthétique de danse (celle des Indiens d'Amérique, des Chinois, des danses nationales, sociales, ou religieuses - celle des derviches), peut donner matière à expérience,,5. Laban est suivi dans ses recommandations par les danseurs contemporains, puisque "Cécile Proust danse flamenca, danse du ventre, danse Katakh, danse contemporain; elle est dans son époque, et du Poitou-Charentes quant aux origines. Tout

est là, tout est dit

».6

et synthétise de cette manière

fulgurante l'expression du motif du métissage. Car si J-P. Thomas semble suggérer la fragmentation des styles, ceux-ci s'intègrent dans une même corporéité, pour laquelle il ne faut pas sousestimer l'action des traces laissées dans le passage d'un style de danse à l'autre - empreintes restantes des
5

6

cf infra (bibliographie), Launay, 1992, p. 72. Cf infra (bibliographie), Thomas, 1992, p.141. 41

L'entre deux lieux des

corps

modelages successifs7. Mais il est aussi nécessaire de remarquer que l'apport de "l'étranger" devient le ferment de l'existence culturelle de notre monde occidental. De la danse africaine, à la danse indienne, en passant par le flamenco ou les danses traditionnelles, la formation des danseurs s'imprègne de ces univers culturels autres en les assimilant dans leurs créations ultérieures. Cela est d'autant plus fort que les filiations humaines y incitent: les origines parentales de K. Saporta, par exemple, vont subir un réinvestissement chorégraphique dans ses pièces "Les Taureaux de Chimène" et "La fiancée aux yeux de bois". Les pratiques de danse de loisirs - même si des corrélations quantitatives n'ont pu être établies entre pratiques de loisirs et fréquentation des spectacles8 - sont également significatives du poly-culturalisme métissé qui irrigue la perception et la compréhension de la danse contemporaine. Les programmes des différentes salles de danse renommées pour la forme contemporaine offrent un échantillon élargi de styles de provenances géographiques et esthétiques diverses. Mais si "la quête de cette gestuelle d'inspiration africaine, répétitive et rituelle, devient l'illustration de cette pluralité qui entend aboutir à l'unité,,9, ainsi que les autres styles investis, c'est bien dans leur traduction occidentale qu'ils sont opératoires. En fait, les cultures étrangères réinterprétées agissent comme un masque, en
7 8

Ce phénomène se retrouve chez A., dont le parcours suit. Cf infra (bibliographie), Guy, 1991, "les voies classiques de la

création académique [puis celles] plus ouvertes [de] l'université, mélange d'improvisation et d'écriture, puis [par l'intermédiaire] d'une compagnie professionnelle se référant à Cunningham [et] à [s]e~ propres solos, mélange de ce passé, puis à la rencontre des Etats-Unis traditionnels contemporains à travers Bella Levitsky et surtout à travers celle qui touche le rlus [s]on âme de création, Ann Halprin".p. 67-68. Cf infra (bibliographie), Lefèvre, 1987, p. 230. 42