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Le corps des africaines décrit par des romancières africaines

De
224 pages

A travers un corpus varié, représentatif de divers espaces de l'histoire et de la géographie littéraires africaines, l'auteur aborde le destin romanesque de l'objet étudié : le corps féminin.

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Ajouté le : 01 avril 2012
Lecture(s) : 25
EAN13 : 9782296487925
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Le corps des Africaines décrit par des romancières africaines
Collection « Femmes africaines » Dirigée par Irma Julienne Angue Medoux, Ariane Djossou et Aïssata Soumana Kindo Pendant longtemps, la femme africaine a été cantonnée dans ses rôles d’épouse, de mère, de sœur et de gardienne de la cellule familiale. Ces fonctions, pourtant essentielles, ont abouti à sa servitude sociale, intellectuelle et politique. Malgré un processus d’émergence et d’émancipation amorcé depuis les années 1980, la femme africaine se trouve toujours exclue des milieux où s’élabore la pensée et se décide le devenir du monde. La présente collection cherche à combler ce retard en rassemblant les travaux des intellectuelles africaines de tous bords. Recherchant l’émergence d’une « voix intellectuelle » spécifiquement féminine, elle privilégiera les analyses originales en sciences humaines (la philosophie, la sociologie, la psychologie, le droit, l’économie, l’art et la littérature) aussi bien que les témoignages de vie les plus significatifs offerts par les femmes africaines afin d’offrir à la femme africaine une place dans le dialogue interculturel international. Il ne s’agit pas d’un manifeste féministe de plus, mais cette collection entend témoigner de la façon dont les Africaines, par leurs réflexions, leurs témoignages et leurs productions critiques, participent à l’épanouissement intellectuel du continent africain et à l’enrichissement de la culture mondiale. Elle est donc ouverte à tous les intellectuels du monde, femmes ou hommes. Déjà paru
Irma Julienne ANGUE MEDOUX, Ariane DJOSSOU, Aissata SOUMANA KINDO,Plaidoyer pour l’égalité des femmes. La parité du jugement, 2011.
Bernard EKOME OSSOUMA Le corps des Africaines décrit par des romancières africaines
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96700-7 EAN : 9782296967007
À mon défunt père Ossouma Matthieu et à mon épouse dont la contribution m’a été si précieuse
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Rendre compte des circonstances du surgissement et éclairer les significations sous-jacentes du corps de la femme dans les œuvres romanesques d’auteurs féminins d’Afrique noire franco-phone est l’ambition de la présente réflexion. Par le corps de la femme dans le discours romanesque féminin, nous entendons le corps des personnages féminins décrits et qui existe uniquement dans la prose des écrivaines d’Afrique noire d’expression française. C’est donc «le corps romanesque » de la femme que nous nous sommes chargés d’analyser. Ainsi adoptons-nous la défi-nition si méritoire de Roger Kempf. Il définit ce corps comme « des êtres de chair qui ne préexistent aucunement au livre. Ni emprunté ni transcrit, mais écrit (…), le corps romanesque n’est 1 rien de moins que le corps du personnage de roman… » L’analyse du corps romanesque féminin nous amène à axer la présente étude sur des éléments du corps qui émergent dans le corpus. Le lexique relatif au corps féminin sera donc déterminant pour mener à bien notre analyse, de situer cette analyse dans le champ littéraire féminin parce que depuis trois décennies la littérature féminine en Afrique noire d’expression française connaît une émergence et est marquée par une éclosion incontestable depuis les années 1980. Cette éclosion implique qu’il s’agit encore d’un domaine inexploré. Cependant, depuis quelques années, des thèses lui ont été consacrées. Le C.L.E.F, éditeur de la revueNotre librairie, vient de publier deux numéros 2 sous le titre : “Nouvelles écritures féminines”. En effet, dèsLe revenant, un des premiers romans publiés par des femmes en Afrique noire d’expression française jusqu’aux dernières publications romanesques, le corps de la femme est perçu comme un objet de préoccupation. Il est considéré comme le sujet d’une thématique nouvelle. Du reste, dans les numéros de
1 R.Kempf:Sur le corps romanesque: Seuil;1968; p.5. 2 Notre Librairie; « Nouvelles écritures féminines », n° 117, avril-juin 1994, n°118, juillet-septembre 1994. 9
la revueNotre librairienous nous référons, les trois auxquels articles traitant du corps féminin sont regroupés sous la rubrique Nouveaux thèmes”. Le corps féminin est au centre des romans d’auteurs féminins et ne cesse donc d’acquérir de l’importance. Il n’est plus l’apanage d’un Sembène Ousmane, d’un Mongo Béti, ni d’un Tahar Ben Jelloun, si nous jetons un regard sur la littérature maghrébine. De ce fait, nous pouvons affirmer avec Luce Irigaray que: « Cette démarche implique que le corps féminin ne reste pas objet du discours des hommes ni de leurs divers arts mais (il devient) un enjeu d’une subjectivité féminine s’éprouvant et s’identifiant elle-même; Une telle recherche tend à proposer aux femmes une morphologie appropriée à leur corps. Elle vise aussi à inviter le sujet 3 masculin à se redéfinir lui-même (… ») Dans cet espace littéraire, la femme récupère son corps comme sujet littéraire. Avec les romancières, ce corps de femme est perçu de l’intérieur. Le sujet est vécu. Car les écrivaines vivent et traduisent l’angoisse et l’émotion de façon intériorisée. C’est un nouveau regard, un regard féminin sur le corps féminin que nous tentons de cerner. Car ce nouveau regard est censé être porteur de germes innovateurs dans la littérature africaine.Nous voulons donc cerner en quoi le thème du corps de la femme perçu par la femme écrivaine est novateur pour une meilleure connaissance de la littérature africaine à l’heure où le débat sur le féminisme semble intéresser nombre de critiques littéraires. En effet, dans leurs ouvrages, ces écrivaines dé-noncent de façon violente et crue les pratiques criminogènes exercées sur les femmes au nom, le plus souvent, des traditions. L’intensité de ce discours sur le corps de la femme ne nous laisse pas indifférent. Une autre raison qui a milité pour le choix de ce sujet est l’ambition de rendre hommage à ce corps de femme martyrisé mais qui se caractérise par un certain héroïsme. La femme en 3  L. Irigaray,Je. Tu. Nous.Pour une culture de la différence, Paris, Grasset, 1990, p. 8. 10