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LE CORPS EN PSYCHOTHERAPIE DE RELAXATION

De
290 pages
La psychothérapie de relaxation, par rapport aux psychothérapies verbales utilise une méthodologie originale : la concentration mentale est centrée d'abord sur le corps et non pas sur les idées ; la parole du relaxateur est inductrice et révélatrice de symboles corporels ; le relaxateur touche son patient et ce toucher est lui aussi inducteur, créateur de sensations et de mots. Faire sentir son corps à un sujet et le mettre en mots est un véritable travail psychothérapique générateur de changements.
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LE CORPS EN PSYCHOTHÉRAPIE DE RELAXATION De la sensation à la pensée

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.

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Yves RANTY

LE CORPS EN PSYCHOTHÉRAPIE DE RELAXATION
De la sensation à la pensée

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37

10214 Torino
ITALIE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-1080-8

INTRODUCTION
Mais à l'instant même où la gorgée mêlée de miettes de gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désas tres inoffensifs...

(Marcel Proust, Du côté de chez Swann)

On peut mettre le corps en relaxation pour deux raisons, soit pour obtenir un effet momentané de repos, de détente et de plaisir, soit dans un but thérapeutique, pour entraîner un mieux être durable. Ce livre veut avoir comme objectif essentiel de montrer pourquoi et comment la relaxation est une thérapeutique et plus encore une authentique psychothérapie. Comme le rappelle Marcel Proust dans son roman "Du côté de chez Swann", le plaisir subit apporté par une sensation a une histoire qu'il faudra découvrir mais il va aussi modifier le fonctionnement psychique général par rapport aux vicissitudes de la vie, les rendant indifférentes. Voilà la prise de conscience d'une sensation émouvante qui aura permis à Proust de mieux maîtriser les stress de sa vie quotidienne. C'est bien un des premiers aspects de la relaxation, la n1aîtrise du stress à partir de la prise de conscience des tensions et des sensations. Le deuxième aspect, comme le disait encore Proust, c'est la découverte de l'histoire affective révélée par les tensions et les sensations, cette libération du langage du corps et de sa prise de conscience, le suivi de sa trajectoire qui va nous conduire de la sensation à la pensée.

Il paraît donc nécessaire de toujours rappeler que le corps n'est pas séparé de la psyché. Le corps est obligatoirement corps psychique. On devrait donc parler de corps psychique ou de psyché corporelle, quand on veut décrire la relaxation. D'ailleurs ce processus qui lie le corps à la psyché est appelé psychisation, terme donné rappelons-le par André Green. Freud avait déjà montré que le Moi était avant tout un Moi corporel, dérivé des sensations corporelles, principalement de celles qui naissaient à la surface du corps. Le Moi psychique ne pouvait bien se construire que si le Moi corporel était de bonne qualité. Les auteurs post-freudiens avec Bion, Mélanie I<Iein, Esther Bick, Didier Anzieu ont insisté sur la complexité de la formation de ce Moi corporel et de cette psyché corporelle. En décrivant les concepts de fonction contenante (Bion, Mélanie J<Iein), de peau psychique (Esther Bick), de Moi-peau et d'enveloppe psychique (Didier Anzieu), ces auteurs ont voulu montrer que la psyché psychique si l'on peut s'exprimer ainsi, faite des contenus psychiques, ne pouvait fonctionner pleinement que si les contenants n'étaient pas altérés. On connaît bien les contenus psychiques (fantasmes, imagos, représentations de choses et de mots, affects) sur lesquels travaille le psychanalyste, mais on connaît moins les contenants psychiques, représentés essentiellement par le corps de la mère et sa capacité à penser et qui sont l'objet du travail du relaxateur. Une autre raison primordiale de s'intéresser au corps en relaxation dans une perspective psychothérapique est de savoir que les sensations corporelles qui vont procurer chez le nourrisson, un plaisir, seront au point de départ de la création des désirs, puisque le désir actuel est la recherche du plaisir passé. Le désir est la pulsion, donc la pulsion s'enracine dans le corps pour créer de la psyché. On sait que la pulsion a une source, une poussée, un but, un objet. La source est somatique et enracinée dans un organe. Il n'est pas dans notre intention de dire que le corps réel n'existe pas; ce serait absurde. Le corps réel existe, bien évidemment, dans son anatomie, sa biologie, sa physiologie et sa plastique, mais ce corps n'est réel qu'en apparence car très tôt, au cours de l'évolution, une partie de son fonctionnement sera pris dans la relation à la mère d'abord, puis au père, à la fratrie et enfin à la société en général, car on ne peut être Soi que par rapport à l'Autre. Il faut savoir aussi que le corps, justen1ent à cause de sa plastique, de sa réalité est corps-objet mais il est aussi corps-sujet car porteur de l'histoire affective de l'individu.

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Donc, lorsque nous mettrons un corps en relaxation, nous mobiliserons toute l'histoire relationnelle de ce corps, et c'est ce qui fait l'intérêt de la relaxation. 11ais malgré tout cela, les patients et même les médecins ne comprennent pas bien pourquoi il faudrait consulter un psychothérapeute pour faire de la relaxation. Les uns et les autres ne con1prennent pas l'action psychothérapique de la relaxation. Depuis que l'homme existe, il a souvent éprouvé le besoin de mettre son corps en repos car en général un corps en repos est un esprit qui se calme. Il faut dire que le début de notre vie a commencé dans l'inactivité et que nous avons passé de longues heures en position allongée. Aussi, à l'âge adulte, ce besoin de se reposer de temps en temps, d'arrêter de bouger et de retrouver cette position allongée est un besoin quasi ontogénique. En outre, au cours de l'histoire et dans différentes cultures, l'arrêt de l'activité corporelle a souvent coïncidé avec la méditation. Donc pour certains sujets le repos du corps n'entraînera pas le calme de l'esprit mais au contraire, la réflexion et l'excitation de la psyché. Certains sujets ne pourront pas non plus rester trop longtemps allongés à cause de cette excitation psychique qui leur apportera des pensées insupportables. Il faudra leur pern1ettre de bouger ou alors il faudra les mobiliser. Le mouvement fera partie aussi de la cure de relaxation. On sait que certains religieux pour entrer en extase utilisent les mouvements, c'est le cas des derviches tourneurs et des soufistes, alors que d'autres comme les anciens hésychastes entraient en extase et s'unissaient avec Dieu, dans l'immobilité, par une concentration sur le nombril. C'est dire que pour entrer en communication avec soi-même on peut le faire soit par l'in1111obilitésoit par le n1ouven1ent. Déjà Aristote avait noté que le n10uvement était l'acte par lequel l' tre pouvait se réaliser. Il se réalise par la rencontre avec l'Autre. Par le mouvement on va à la rencontre de l'Autre. Il n'y a pas de réalisation de soi-même sans une rencontre avec l'Autre. Mais cette rencontre avec l'Autre peut se faire aussi à partir de l'immobilité. On peut donc se réaliser par l'immobilité ou/et par le mouvement. C'est ce que nous retrouvons dans la relaxation, cette possibilité d'aller à la rencontre de Soi grâce à l'Autre qui est le relaxateur. Mais beaucoup de patients se trouveront piégés en quelque sorte par cette n1ise du corps en relaxation car ils s'attendront d'emblée à éprouver

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un bien être comme on pourrait en avoir dans un club de vacances ou de gymnastique dans lesquels on place aussi les sujets en relaxation. C'est vrai que le terme de relaxation est ambigu et qu'il est utilisé par c~rtains professionnels en dehors du champ de la santé, pour des pratiques dont le but est mal défini mais qui sont souvent à des fins mercantiles. On pourrait dire alors qu'il y a deux sortes de relaxation, la relaxation loisir et la relaxation thérapeutique. Mais en ce qui concerne cette dernière, les thérapeutes doivent savoir que chaque fois que l'on met un corps en relaxation on va aussi mobiliser l'esprit. Il est donc dangereux de se mettre en situation de relaxateur quand on n'a pas une formation longue de psychothérapeute et quand on ne travaille pas dans le champ de la santé mentale. C'est à cause de cette ambiguïté que beaucoup de patients et de médecins se demandent ce qu'est exactement la relaxation. Si on ne s'en sert pas comme loisir et si on l'utilise comn1e thérapeutique, qu'apporte t-elle, et comment? Alors, qu'est-ce que la relaxation thérapeutique? On a déjà entrevu, au début de cette introduction, les bases profondes de la formation du psychisme et l'importance du corps. Le terme relaxation signifie à la fois détente et liberté. On dit d'un être qu'il est relaxé quand il est détendu ou libéré de prison. La relaxation, cet état de repos, de détente est donc libérateur. Et c'est vrai que souvent le corps est prisonnier de ses comportements, de ses somatisations, de ses désirs. La psyché emprisonne le corps et le corps emprisonne la psyché. La détente libère et la libération détend. Si les spécialistes de la psyché que sont les psychiatres, les psychanalystes, les psychologues, les psychomotriciens utilisent la relaxation dans leur activité thérapeutique c'est parce que le corps est corps psychique, et qu'il existe des liens entre les tensions musculaires et les tensions psychiques, entre le repos du corps et le repos de l'esprit ou au contraire l'excitation de l'esprit, entre la détente et la liberté et enfin d'une manière plus générale entre le fonctionnement somatique et le fonctionnement n1ental. Alors, qu'est-ce que la relaxation? Comme le dit fort justement Philippe Brenot (16) : «Le terme relaxation est aujourd'hui très largement utilisé par la langue populaire et les médias autour de l'idée de détente, et il n'est pas rare que chacun de nous puisse ainsi dire, "je vais me relaxer" ; relaxation est alors synonyme de "repos,

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relâchement, détente, liberté de mouvement, champ libre, évasion, prendre l'air...» En fait la relaxation est une thérapie qui va passer par une concentration mentale sur le corps pour entraîner une meilleure maîtrise et une meilleure connaissance de soi-même, en prenant conscience de ses tensions et de ses sensations. Cette relaxation thérapeutique sera toujours psychothérapique car le corps est corps psychique. On parle alors de psychothérapie de relaxation ou de relaxation psychothérapique. Cependant, on peut dire qu'elle sera plus ou moins psychothérapique selon que le thérapeute ou le patient va privilégier la n1aîtrise ou le langage du corps. Toutefois, l'important est de bien faire comprendre aux soignants et aux soignés que la relaxation n'est pas une simple cure de détente ou une banale thérapeutique d'appoint mais une psychothérapie authentique, difficile, longue et qui va demander aux futurs relaxateurs une formation rigoureuse qui malheureusement ne l'est pas toujours et qui devrait dans tous les cas, s'inscrire dans le champ de la santé mentale. Dans certains services hospitaliers, le personnel infirmier a pu être initié aux techniques de relaxation mais leurs interventions si elles sont par ailleurs momentanén1ent très utiles, ne peuvent pas s'inscrire dans ce que nous appelons une thérapie. Par contre, elles ont l'intérêt de sensibiliser à la fois les patients et les médecins des services concernés aux liens entre corps et psyché. Dans ces services en effet, un important travail d'information est à faire auprès des équipes médicales et paramédicales. Le personnel infirmier est en première ligne lorsqu'il est formé pour faire passer ces messages. L'idéal serait toutefois que ce personnel soit supervisé dans le service par un psychothérapeute spécialisé en relaxation. Du fait que la relaxation impose d'une part, un état de repos et d'autre part un état concentratif, on peut déjà voir se profiler deux difficultés: l'in1possibilité de rester allongé et l'in1possibilité de se concentrer. Il y en aura bien d'autres que nous verrons plus tard. Ce repos du corps, associé à la concentration de l'esprit, signe encore une fois l'ambiguïté de la relaxation. Elle n'est pas une cure de repos, une cure de sommeil, une cure de plaisir, une sieste; elle est une thérapie qui demande un travail, le travail de concentration n1entale sur les tensions et les sensations.

Il

La relaxation est donc une psychothérapie somatopsychique. Mais pour acquérir cette dimension psychothérapique, il est indispensable qu'elle s'inscrive à la fois, dans un cadre et dans un processus relationnel où le thérapeute sera attentif à ce qui se jouera entre lui et son patient. Celuici, dès le début de la cure, est donc installé dans un espace et un temps spécifiques. Si l'espace ne varie pas, le temps de cure, lui, est très variable. On peut parler pour chaque relaxant d'un temps personnel au réaménagement de l'histoire somatopsychique mais il faut savoir que ce temps du relaxant s'inscrit dans la situation transférentielle et qu'il est lié en partie à ce que j'appellerais le temps personnel du relaxateur. Si l'on voulait comparer le rôle du relaxateur à l'analyste, on pourrait dire que la neutralité bienveillante de l'analyste est remplacée par l'activité contrôlée du relaxateur et que l'attention flottante avec la communication d'inconscient à inconscient fait place à une attention vigilante et une communication de corps à corps (corps réel, corps érogène et corps symbolique). Donc, cette attitude différente du relaxateur par rapport à l'analyste, va interpeller le corps du patient, ce corps, sorte de boîte de Pandore où sont enfermés non seulement les maux et les mots mais aussi les biens maintenus enfouis et cachés par le fameux couvercle, métaphore du refoulement, de la répression et du clivage. En effet, le corps a ses fonctionnements somatiques, ses cycles biologiques, ses défenses immunitaires, sa biochimie, sa physiologie, ses neuromédiateurs mais tout cela est plus ou moins lié à ses souvenirs, ses rancunes, ses amours, ses haines, ses désirs, ses angoisses, ses fantasmes, ses rêves, ses images et ses mots spécifiques. Il est à la fois objet et sujet, réel et symbolique. Chaque fois qu'il y aura rencontre entre deux corps, il y aura obligatoirement au minimum, une quadruple rencontre. En outre, ce corps objet-sujet, réel et symbolique ne s'inscrit pas seulement dans une ontogenèse mais il s'inscrit aussi dans une phylogenèse marquée par l'évolution de la pensée: pensée animiste ~ pensée religieuse ~ pensée scientifique. Le cadre de la relaxation, les mots induits enveloppés de la voix, le toucher, vont faire du rapproché plus ou moins intuitif du relaxateur, un acte créatif. Les mots touchent et le toucher émeut. Mais n'oublions pas que ces mots et ce toucher n'atteignent pas seulement le corps imaginaire; ils atteignent aussi le corps biologique dans ses racines les plus profondes. C'est en ce sens-là que la relaxation n'est pas qu'une psychothérapie. Elle est une somato-psychothérapie ; c'est ce qui en fait toute son originalité, son importance et son efficacité. Même si nous ne comprenons pas toujours pourquoi et comment se font ces mécanismes,

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il faut bien admettre qu'ils se font. Nous reviendrons sur ces mécanismes purement physiologiques et biologiques de la relaxation. Freud, quand il en parlait faisait intervenir la méconnaissance scientifique de l'époque mais il évoquait aussi la part de mystère. En effet lorsque l'on arrive aux confms de la biologie et de la psyché, aux confins de la vie et de la mort, nous rencontrons à un moment donné inévitablement, le mystère. C'est le mystère qui probablement crée le chercheur. L'incarnation en tant que mystère a une très longue histoire, n'est-ce pas? Ce rapproché du corps objet-sujet relaxateur, réel et symbolique, vers le corps objet-sujet patient lui aussi réel et symbolique, cette espèce de passage à l'acte particulier va surprendre le patient et va ouvrir des espaces transférentiels multiples, des carrefours transférentiels qui vont marquer la spécificité de la relaxation. Contrairement à l'analyste, par son action, c'est le relaxateur qui suscite ces transferts comme nous le rappelle Jean Marvaud. Il va offrir au patient des possibilités transférentielles multiples à la fois soudaines et durables dans lesquelles il va pouvoir, suivant son histoire, s'introduire mais avec comme transfert de base, la plupart du temps, un transfert maternel. Le relaxateur, par ses mots qui touchent et son toucher qui émeut, est un "provocateur". Telle Pandore, cette grande curieuse de la mythologie grecque, le relaxateur, en ouvrant la fameuse boîte, va surprendre le patient, qui aura deux possibilités, d'une part de laisser sortir les secrets, d'autre part de refermer la boîte définitivement car n'oublions pas que le patient a toujours en sa possession, le double de la clef. C'est une des formes radicales de résistance assez fréquente en relaxation. Le rapproché soudain du relaxateur vers le patient, va faire émerger en général dans la fulgurance, deux types de transferts, un transfert que j'appellerais, le transfert magique et un autre qui est le transfert érotique. Ils sont à mon avis aux deux extrêmes de ce qui est impliqué en relaxation à savoir, le corps objet-sujet, réel et symbolique, porteur de la phylogenèse, des mythes, de l'ontogenèse, de la communication. Le transfert magique met en scène la projection de la toute puissance de la pensée infantile sur un idéal parental qui est représenté par un père ou une mère mythique; cette projection traduit la reviviscence d'une partie du mythe individuel, retrouver la dépendance originelle et être aimé d'un parent idéal et tout puissant. Le transfert magique serait en quelque sorte un coup de foudre incorporatif du bon

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objet idéalisé. Lévi-Strauss (52) en a parlé dans "L'Efficacité Symbolique" : «Le trouble psychopathologique dit-il, n'est accessible qu'au langage des symboles; il faudrait pour atteindre l'inconscient, parler aux malades par symboles et métaphores verbales; mais les actes peuvent être symboliques; parfois, ils sont de véritables rites qui traversent l'écran de la conscience sans rencontrer d'obstacles pour apporter directement leur message à l'inconscient>. Le transfert érotique, lui, met en scène, le corps de séduction, réel ou symb9lique ; c'est le corps de l'excitation pulsionnelle; il est mobilisé par le fantasme de séduction. Dans la relaxation, si le patient est interpellé par le relaxateur, le relaxateur lui aussi est interpellé par le patient par rapport à sa propre histoire somatopsychique. Par exemple, aura-t-il envie d'accomplir sa fonction maternelle ou de se laisser séduire? Cette séduction d'ailleurs, intéresse-t-elle le corps réel ou le corps symbolique? Ces carrefours transférentiels, spécifiques de la relaxation qui ont été ouverts par le relaxateur et empruntés par le patient sont des croisements de plusieurs voies, où l'on peut reconnaître souvent au cours d'une même séance, des chemins transférentiels dont l'ouverture se fait en éclair comme le transfert magique et le transfert érotique et des avenues transférentielles plus durables où dominent là encore, deux types de transfert, le transfert que j'appellerai dyadique et le transfert que j'appellerai œdipien. Je peux donner un exemple: il s'agit d'une patiente de 40 ans qui a subi une gastrectomie totale pour cancer de l'estomac. Au cours de la même séance de relaxation, je pose ma main sur son front puis plus tard sur la région de l'estomac et en fm de séance sur les quatre membres. Au moment de la verbalisation, elle me dit: «le toucher de la tête n1'a vidé la tête et toutes mes mauvaises pensées sont passées dans vos mains et j'ai senti ma tête très légère, vous m'avez libérée. Et puis après, vous avez osé toucher ma cicatrice; personne n'a le droit de la regarder ou de la toucher même pas mon n1ari, je fais tout pour l'oublier; pourtant vous allez peut-être vous moquer de moi mais votre toucher a fait quelque chose d'extraordinaire, vous m'avez redonné mon estomac; quand vous avez serré des deux côtés, j'ai très bien senti la poche de mon estomac; ne me demandez pas d'analyser tout cela, je veux surtout sentir mon estomac et l'analyse pourrait me le faire perdre; enfm quand vous avez touché les membres, j'ai été gênée car je ne supporte plus certains touchers, puis elle se met à pleurer; j'ai l'impression que je n'ai plus le droit d'être touchée car il n'y a plus rien

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d'attirant en moi, je vois bien le comportement de mon mari; votre toucher était érotique et j'ai pleuré car j'ai compris que je pouvais malgré tout, séduire». Il Y aurait donc au cours de la relaxation deux grands types de transfert, des transferts transitoires (magique et érotique) et des transferts permanents (dyadique et œdipien). Ces différents types de transferts vont être à la base de la création de fonctions thérapeutiques. J'en ai isolé sept: la fonction pare-excitante, la fonction contenante, la fonction narcissique, la fonction spéculaire, la fonction esthésique, la fonction imageante et enfin la fonction lexithymique. Ces fonctions sont très spécifiques de la psychothérapie de relaxation et elles correspondent à l'organisation du Moi corporel et de la psyché corporelle bien avant qu'apparaissent, les contenus psychiques. Quand le corps est mis en relaxation, elles se développent à partir de la concentration mentale sur les états du corps propre et de l'ouverture des carrefours transférentiels. Leur efficience thérapeutique passe d'abord par le processus introspectif. La relaxation est une psychothérapie introspective. C'est grâce à l'introspection que le Moi psychique va aller à la rencontre du Moi corporel. Et c'est par l'intermédiaire de ces ressentis uniques, que vont se faire en relaxation une grande partie des processus de changement. La psyché va d'abord à la rencontre du corps et ensuite le corps va enrichir la psyché. Ici, c'est l'expérience du ressenti qui tient lieu d'interprétation pour assurer le travail psychique. Le cadre de la relaxation, associé à l'activité disons "maternante" du relaxateur, fait qu'en général, un des transferts permanents au début est un transfert de type "maternel" ou devrait être de type "maternel". Il est lié à ce que j'ai appelé la relation dyadique du relaxateur. Dans cette fonction, l'objet relaxateur est l'objet de maternage. Cette fonction mobilise aussi bien chez le relaxateur que chez la relaxatrice, l'instinct maternel qui est en chacun de nous plus ou moins développé cependant. Donc, dès le début de la relaxation, vont se créer des interactions entre le relaxant et le relaxateur. D'un côté, chez le patient, le désir de retrouver un univers fusionnel, de l'autre, chez le relaxateur, le désir d'accon1plir sa maternitude. Cependant, ce transfert de type maternel va aussi mobiliser chez certains patients, des vécus de mère indifférente, n1ortifère, étouffante, phallique, castratrice, ou trop érotisante. Mais peu à peu, grâce au travail d'élaboration, il sera souhaitable comme dans toute cure, que le personnage maternel laisse place au personnage-tiers et qu'un

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autre type de transfert s'installe à savoir le transfert œdipien. C'est ce que j'ai appelé la relation triangulaire du relaxateur par opposition à la relation dyadique. C'est là, la grande difficulté de la relaxation par rapport aux psychothérapies verbales. Et pourtant, c'est ce passage qui va permettre au mieux de tirer profit de ce type de cure, en plus de l'introspection avec son travail sur le ressenti, de la verbalisation, des interventions et des interprétations du thérapeute pour parfaire le travail d'élaboration psychique, nécessaire dans toute psychothérapie.

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PREMIÈRE

PARTIE

LE DÉBUT

DE

LA CURE

I Chez l'enfant
L'enfant par rapport à l'adulte présente des difficultés spécifiques car le déroulement de la relaxation chez lui, va être différent pour deux raisons essentielles: - d'abord, parce que la relation à l'enfant va être d'emblée une relation de familiarité par rapport à ce qui se passe avec l'adulte. En effet, on tutoie l'enfant dès la première rencontre et l'enfant va parfois lui aussi très vite tutoyer son thérapeute. - ensuite, parce que nous avons en face de nous un être qui n'a pas terminé son évolution psychique et qui est en pleine mutation psychologique. Ce dynamisme évolutif en marche, va donner une coloration toute particulière à la relaxation de l'enfant par rapport à celle de l'adulte chez qui, à l'inverse, c'est l'aspect contre-évolutif et régressif qui va dominer. Ce développement psychique en marche, permet de dire qu'il y a en effet deux sortes d'enfants en relaxation: des enfants de 5 à 10 ans qui sont dans la période dite de latence et que l'on voit le plus souvent dans les CMPP car les difficultés apparaissent au moment des apprentissages scolaires, ensuite des enfants de plus de 10 ans qui sortent de cette phase pour entrer dans la période dite pubertaire, de préadolescence. 1- L'enfant en période de latence Cet enfant a momentanément "étouffé" sa vie pulsionnelle. Les pulsions sont sublimées dans l'activité intellectuelle et déplacées dans l'activité musculaire. Cette dérivation pulsionnelle très nouvelle et très évolutive va donner un style comportemental à l'enfant et un vécu corporel original. A cet âge, il va s'occuper de "choses sérieuses" (envie d'apprendre, de connaître, de savoir) et il va en général en même temps avoir envie de s'intéresser aux activités sportives. C'est-à-dire que, lorsqu'on demandera à cet enfant de s'étendre sur le divan, on pourra être confronté à des difficultés majeures liées à une contradiction entre par exemple son désir d'être actif et la passivité imposée par la relaxation, ou son désir de connaître, de savoir et le monde cénesthésique que nous voulons lui faire percevoir. Il y a une certaine opposition entre le cognitif et l'affectif.

Il faudra à un certain moment que le thérapeute sorte de cette ambiguïté en essayant de trouver un compromis entre ces contradictions. Certains, comme Wintrebert (86), ont proposé un type de relaxation où le corps est en mouvement ou comme Bergès (12) qui met les enfants en groupes permettant la rencontre avec d'autres, utilisant l'aspect imitatif et compétitif important à cet âge. Mais, de toute façon, il faut effectiven1ent, beaucoup plus que chez l'adulte, mobiliser le corps de l'enfant. Le thérapeute devra être plus actif que passif. Parfois l'enfant ne veut pas du tout s'étendre et refuse la relaxation: une enfant de 7 ans nous disait : (~e n'ai pas envie de faire de la relaxation; je n'aime pas être détendue; j'aime remuer; ça m'agace; après la relaxation, je suis plus énervée» . Il Y avait pour elle, une impossibilité d'être passive mais surtout, au-delà de cette impossibilité, un refus d'accepter des règles imposées par un adulte et un désir de devenir totalement autonome. Elle nous disait : (~e suis grande; après tout c'est moi qui décide; si je n'ai pas envie de faire de la relaxation, c'est mon droit». D'autres enfants, au contraire, vont essayer de manipuler le thérapeute d'une manière moins directe. En arrivant dans la salle, ils demandent à jouer ou à dessiner. Ils vont retarder le n10n1ent imposé de passivité et de régression. Ce sont des enfants qui ont beaucoup de mal à abandonner ce surinvestissement de l'action ou qui vont l'utiliser comme provocation, comme opposition, comme résistance. Cette attitude interroge le contre-transfert du thérapeute. Doit-il laisser par exemple jouer ou dessiner l'enfant en sachant qu'à travers le jeu ou le dessin, il va exprimer une histoire mobilisée par les séances de relaxation, ou au contraire le thérapeute doit-il interpréter ce comportement? De toute façon, il est souhaitable que l'enfant n'échappe pas à la cure lorsque l'indication a été bien posée; donc nous pensons qu'il faille effectiven1ent interpréter ces attitudes n1ais seulen1ent dans le cas où elles persistent. C'est ce qui peut se passer chez l'enfant qui est sur le divan et qui bouge. L'enfant en relaxation bouge beaucoup plus que l'adulte. Il ne se "tient pas tranquille" à cause de cet hyperinvestissement de l'action. Notre rôle de thérapeute n'est pas d'imposer cette tranquillité mais il n'est pas non plus de se faire le complice de l'agitation pendant la séance. Nous devons savoir que l'enfant a besoin d'une certaine action mais que parfois cette action au cours de la séance est une résistance et qu'il est souhaitable là encore de la dépasser.

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Un enfant tiqueur de 6 ans nous dit, après une séance de relaxation où il avait été très agité: <0 n'aime pas du tout faire ces séances; je n'ai pas e l'habitude de m'allonger la journée; je n'ai pas envie de dormir; je préfère marcher ou jouer». Cette attitude se reproduisant à toutes les séances, nous lui expliquons à nouveau quel est exactement le but de la relaxation pour lui, que ce n'est ni un sommeil, ni un repos mais un traitement qui va lui permettre de mieux maîtriser ses réactions musculaires, en l'occurrence ses tics et que ce n'est pas la marche ou le jeu qui vont lui permettre ce résultat. Nous lui disons également que nous avons compris qu'il aimait décider tout seul comme s'il voulait être déjà en position de grande personne et que ne pas se sentir bien en relaxation, ça correspondait à dire: <0 n'ai e pas besoin de vous, je suis assez grand pour savoir ce que j'ai à faire ». Après cette intervention qui a dû être renouvelée deux ou trois fois à peu près dans les mêmes termes, cet enfant nous a dit: « Maintenant, j'aime mieux la relaxation, j'ai bien ça à l'esprit ». Une autre enfant instable de 6 ans et petite hystérique nous dit, à plusieurs reprises, à la suite d'une n10bilisation et après avoir beaucoup bougé: «Arrête de me toucher, tu me fais des guili-guili». Nous interrompons la séance et nous lui disons: <0 ne te fais pas des guilie guili ; je ne suis pas ici pour te faire des guili-guili ; c'est toi qui éprouves à partir de ton bras que je bouge ou de ta jambe que je bouge pour constater s'ils sont bien détendus et souples, des sensations qui te gênent ou qui te donnent envie de rire ». Après cette intervention, cette petite fille est devenue de plus en plus caln1e et je n'ai plus du tout entendu parler des guili-guili. Donc nous venons de voir que la relaxation de l'enfant dans la période de latence posait des difficultés en raison de l'hyperinvestissement de l'action mais elle en pose aussi en raison de l'hyperinvestissement de la connaissance. Cette sublimation des pulsions dans la vie intellectuelle et scolaire va donner souvent en relaxation un vécu corporel original et spécifique à l'enfant que l'on ne retrouve jamais chez l'adulte sauf chez quelques psychotiques. C'est ce que nous avons appelé "le corps de la planche anatomique". Pour l'obtenir, il faut commencer la séance par un protocole particulier sans induction en demandant simplen1ent à l'enfant de se concentrer sur son corps et de dire ce qu'il ressent. Nous avons souvent entendu: <0e sens mes os, n1es veines, n10n sang, n1a chair, n10n cœur, mes muscles, mes boyaux, mes ongles, n1es cheveux, etc. ». Le dessin sera également une reproduction anaton1ique. Le corps n'est pas

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"senti" mais "décrit". Il vit le relaxateur comme un autre maître d'école qui lui apprend non pas à être bien dans son corps mais à connaître les différents organes de son corps. On peut se demander si, pendant cette période de latence, l'enfant, du fait du déplacement de ses pulsions, ne passe pas par une période que l'on pourrait appeler "opératoire" pour reprendre un terme proposé par l'École de Paris, à propos de la pensée opératoire des sujets présentant une personnalité psychoson1atique. Ce qualificatif d'opératoire signifie que ces sujets s'attachent essentiellement à la matérialité avec un imaginaire pauvre, ce qui donne un discours très stéréotypé. Cette discussion est importante, car s'agit-il simplement d'une étape évolutive, ou au contraire sommes-nous en présence d'enfants, futurs psychosomatiques ou psychotiques? Cependant, chez un enfant de 8 ans et demi qui présentait d'une manière typique cette description du vécu corporel en "planche d'anatomie", la relation avec nous passant par le toucher a fait évoluer le vécu corporel de l'opératoire, au symbolique. A la pren1ière séance il nous dit: «je vois mes boyaux, mon cœur, mes os, je vois mon sang, mon cou, mes pieds, mes genoux, ma tête, mes dents, ma langue, mes joues, mes jambes, mon dos, mes bras, mes mains, mes doigts, mes orteils, mon ventre, mes épaules, ma bouche, mes cuisses, mes oreilles, mon front, mes lèvres, ma mâchoire, ma cheville, mon menton, mes coudes, ma tête, mes talons, mes ongles, mes cheveux, mes sourcils, mes fesses». Toutes les autres séances se déroulant d'une manière aussi stéréotypée, nous décidons d'intervenir. Nous lui touchons le bras droit et nous lui demandons ce qu'il a ressenti. Il répond: «Mon bras est lourd comme si quelqu'un le touchait. Nous lui demandons: «Qui le touche?» Il dit: « Un homme que je ne connais pas; j'ai eu peur qu'il m'emmène et qu'il me prenne dans sa n1aison pour que ma mère paye une rançon ». A une autre séance, il poursuit: « On me tord le bras; c'est une torture car ma n1ère ne veut pas payer la rançon ». A une autre séance, il vit corporellement sa fragilité: « Mes bras sont souples, minces, je ressens ma chair; le sang circule toujours mais elle est molle, fragile; c'est une chair qui adhérait comme des vagues ». A la quaranteneuvième séance, il disait: <0e sens mes bras forts et puissants; ce n'est pas toujours agréable car on se demande si on va tenir». A la soixantedeuxième séance, fin de la cure, il disait: «]e me sens fort et puissant dans tout mon corps ». Nous avons noté également une autre différence entre la cure de l'enfant et la cure de l'adulte et une difficulté particulière, en début de cure et qui

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peut se poursuivre plus tard. C'est d'une part, la présence des parents et d'autre part, surtout pour les garçons, l'importance du sport. Les parents ne comprennent pas très bien souvent le but et le sens de la relaxation. Donc, non seulement il faut l'expliquer à l'enfant mais aussi il faut le dire aux parents et les voir de temps en temps pour qu'ils ne se sentent pas exclus de cette relation privilégiée qui s'instaure. L'importance du sport chez l'enfant va également poser une difficulté dans le déroulement de la relaxation au sujet, surtout de son investissement. Un enfant nous disait: «Depuis quelques temps, je me sens beaucoup mieux, surtout depuis que je fais du judo». Ces enfants en effet ne veulent retenir de leur relaxation que son aspect physique et physiologique. Ils sont en cela aidés souvent par leur entourage, par les médias et par ce qui est véhiculé par la socioculture actuelle. Nous venons donc de voir les particularités du vécu corporel de l'enfant en relaxation entre 5 ans et 10ans pendant la période de latence. 2 - L'enfant préadolescent Au-delà de 10 ans et jusqu'à l'adolescence, l'enfant va être soumis à une nouvelle poussée pulsionnelle lui faisant revivre les étapes antérieures de son évolution, à savoir les phases orales, anales et œdipiennes. Nous savons que c'est l'importance des fixations qui va donner une coloration particulière à la personnalité du sujet. Mais à cette période se situe égalen1ent ce que Freud appelait le stade génital, c'est-à-dire que la pulsion sexuelle, qui jusqu'alors était essentiellement auto-érotique, va maintenant découvrir, l'Autre, l'objet sexualisé. Le Moi doit donc lutter contre les anciens investissements, contre les objets d'amour parentaux afin de sortir de la dépendance. Au cours de cette période et de celle de l'adolescence, comme le dit Freud, l'individu humain se trouve devant une grande tâche qui consiste à se détacher des parents. Or, cette reviviscence de l'organisation pulsionnelle antérieure et le travail d'élaboration du stade génital vont donner, là encore, à la relaxation, des caractères spécifiques. Si chez l'enfant de la période de latence, l'importance de l'investissement de l'action empêchait l'enfant d'être passif en relaxation, chez le préadolescent, c'est son désir de devenir autonome, indépendant qui va faire obstacle à la passivité qu'impose la relaxation. Certains font opposition directe en refusant une telle thérapeutique, d'autres manifestent leur opposition indirecten1ent en verbalisant par exemple en fin de séance: «Tout va bien; c'est tout; je

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n'ai rien d'autre à dire». Ou encore en ne ressentant que des phénomènes corporels désagréables pendant longtemps pour en général abandonner au bout de quelques semaines. Un garçon de 12 ans, en crise avec son milieu parental voulant devenir très indépendant, disait «La relaxation, c'est absurde, c'est complètement débile ». Pris en psychothérapie verbale, il sera beaucoup plus à l'aise et sera très intéressé par cette autorisation de pouvoir s'exprimer librement. Un garçon de 13 ans, particulièrement indépendant, nous disait: « Je ne suis pas un enfant; je n'ai pas besoin de m'étendre sur un divan dans la journée; j'ai autre chose à faire ».

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II Chez l'adolescent
Le corps de l'adolescent va subir plusieurs évolutions, liées à la reviviscence de la poussée pulsionnelle. La transformation pubertaire réelle va le "propulser" dans un choix identificatoire qui peut correspondre ou non, à ses choix objectaux antérieurs et profonds. D'où, parfois, un décalage et une lutte entre l'homosexualité et l'hétérosexualité. Il est également confronté à des pulsions agressives qui découlent la plupart du temps de ses frustrations sexuelles et il devra en apprendre la maîtrise. Il tentera de temps à autre des engagements sublimatoires de ses pulsions interdites ou inacceptables soit dans le sport, soit dans une idéologie. Le relaxateur va donc "ramener au corps", un sujet qui parfois, a envie de le fuir, de l'éviter dans un comportement phobique pour ne pas être confronté à des angoisses résultant de la lutte entre autonomie et dépendance, auto-érotisme et honte, homosexualité et hétérosexualité, amour et haine. La relaxation permettra d'adapter, en ménageant aussi des espaces de paroles, l'adolescent à la confrontation avec "son vécu corporel en crise" dans une relation nouvelle avec un autre adulte différent de ses parents et s'inscrivant dans une dimension thérapeutique. On pourrait penser que le mot "relaxation", comn1e nous le savons, qui signifie à la fois détente et mise en liberté, puisse entraîner l'adhésion totale de l'adolescent. Or, la mise en liberté du sujet en relaxation ne peut être que différée. D'emblée, l'adolescent va être soumis à des contraintes qu'il aura souvent du mal à accepter. Il n'aura plus la liberté totale du regard, la liberté du mouvement, la liberté de la parole, la liberté de penser à n'importe quoi, puisqu'il va devoir se concentrer sur des sensations, voire des formulations; il n'aura même plus la liberté de venir voir son thérapeute quand il le voudra ou la liberté de s'installer tout à fait comme il veut. Le "relaxant adolescent" n'est donc pas libre. Il est soumis à une méthodologie qui a ses règles. Il va être en quelque sorte, "sous surveillance". Comme nous l'avons déjà dit, il ne faut surtout pas confondre le "relaxant" et le "relaxé". Le "relaxé" est libre, il a terminé sa cure mais le relaxant est sous contrainte, il est en cure. La liberté ne viendra que plus tard, par surcroît, un peu comme une récompense d'un travail bien accompli. Or, l'adolescent n'admet pas le plaisir différé. Il veut tout, tout de suite. Conm1e le dit Philippe ]eamn1et (43) : « Mais

attendre, apparaît à l'adolescent conm1e le contraire de l'action et ne fait que renforcer son vécu de passivité. A cette passivité, l'adolescent est tenté d'opposer le recours à l'agir qui lui offre une possibilité de maîtrise et d'emprise ». Pour gagner la libération, l'état de "relaxé" et accéder ainsi à une autonomie, l'adolescent "relaxant" doit accepter une dépendance obligée. C'est de la possibilité pour cet adolescent d'accepter à nouveau de passer dans ce nouvel espace de dépendance qui n'est plus l'espace parental, que la cure de relaxation permettra les élaborations nécessaires à son évolution psychique. Les contraintes méthodologiques de la relaxation vont mobiliser les conflits essentiels de l'individu. Elles peuvent être d'ailleurs un véritable révélateur d'une problématique jusqu'alors refoulée. Certains sujets ne pourront jamais dépasser leur problématique et il faudra modifier l'espace de relaxation en le transformant par exemple en espace de parole. D'autres adolescents auront beaucoup de mal à faire les séances à la maison car se "concentrer seul" sera vécu par eux comme une contrainte insurmontable mais aussi, comme un plaisir auto-érotique qu'ils ne s'autorisent pas. La concentration seul à la maison, va mobiliser le corps de l'adolescent dans ses rapports entre le choix auto-érotique et le choix objectal, ou encore entre le plaisir de la sensualité et le refus de ce plaisir. Certains adolescents auront également des difficultés à se concentrer car ils ont toujours eu des troubles de l'attention, même enfant, à l'école. La relaxation représente pour eux une contrainte surmoïque, l'équivalent d'un travail in1posé par une loi. Nous savons que chacun de nous a son "spectre de tolérance à la contrainte" qui est plus ou moins étendu, avec une distribution très variable pour chaque individu, des différents types de contraintes. Il va donc falloir aménager au cours de la relaxation, l'espace des contraintes, en fonction de ce que vit l'adolescent. Un premier aménagement est représenté par le contrat. Un contrat, d'après le "Robert", est une convention par laquelle une ou plusieurs personnes s'obligent envers une ou plusieurs autres, à donner, à faire ou à ne pas faire quelque chose. Il sera essentiel de bien formuler les termes du contrat avec l'adolescent en crise. Le deuxième aménagement est représenté par la verbalisation. L'adolescent sait qu'il pourra exprimer ses difficultés, qu'il devra tout dire de ce qu'il refuse, de ce qu'il sent, de ce qu'il vit ou ne vit pas, de ce qu'il éprouve ou n'éprouve pas.

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Un troisièn1e aménagement sera apporté par la din1ension relationnelle et transférentielle de la cure où à chaque obstacle, le thérapeute pourra intervenir soit par des interventions simples, soit par des interprétations. Il s'agira là de replacer la contrainte dans la relation avec le thérapeute et de montrer qu'elle représente le retour d'une contrainte ancienne vécue dans l'enfance et retrouvée dans le hic et nunc à l'occasion de l'installation du transfert. Ces contraintes pourront être réduites par une souplesse d'adaptation du relaxateur, en acceptant bien entendu que l'adolescent, par exemple, conserve les yeux ouverts pendant la séance, bouge, parle, mais en essayant toujours de réfléchir sur le sens de ces comportements. Un quatrième aménagement est favorisé par la mise en œuvre de nouvelles dispositions techniques: induction tactile plus importante ou moins importante; induction verbale plus suggestive ou moins suggestive; séance plus ou moins courte, etc. L'espace de contrainte de relaxation peut être l'équivalent d'un espace éducatif. Le thérapeute doit montrer à l'adolescent qu'il ne peut pas se comporter comme l'âne de Buridan qui, placé entre deux sacs d'avoine identiques, est mort de faim car il n'avait pas plus de raison d'aller à droite qu'à gauche. Si l'adolescent veut devenir libre dans son corps, dans ses choix, il doit savoir qu'il ne peut faire l'économie de la contrainte. L'éducation de la contrainte que peut réaliser la relaxation et son élaboration, doit le conduire à une meilleure liberté. Platon disait: «L'action libre est celle qui se détermine en fonction du désir raisonnable». L'espace de plaisir de la relaxation peut aussi, à certains égards, être pour l'adolescent un espace de contrainte. Philippe Jeammet (43) nous dit: «...les parents deviennent vecteurs d'une sensorialité excessive qui touche et blesse les adolescents comme si disparaissait un espace libre, aconflictuel et asensoriel entre les parents et les adolescents. Toute cette corporalité projetée ainsi sur le corps des parents est ressentie comme blessante et potentiellement persécutoire parce qu'en fait chargée à la fois d'une sexualisation et d'une expression, d'une influence exces~ive des parents qui envahirait tout l'espace de l'adolescent, et ce, de façon directement proportionnelle au défaut d'autonomie de l'adolescent et à son attente à l'égard des parents ».

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Or, c'est en quelque sorte, la découverte de cet espace de relaxation de plaisir qui va entraîner l'adolescent à des modifications de son comportement. Plaisir d'une nouvelle autonomie, plaisir d'une meilleure maîtrise, plaisir de la découverte des sensations corporelles, plaisir de la relation à l'Autre. Tous ces plaisirs vécus en relaxation avec le thérapeute ne pourront être que l'aboutissement d'un long cheminement au cours duquel se sera élaboré, déjà, l'espace de contrainte. Le transfert et le contre-transfert au cours de la cure seront les leviers de la découverte de ces plaisirs. Lorsque l'adolescent va pouvoir à travers son vécu corporel, et sa relation au thérapeute, se dégager de ses enclaves narcissiques primaires et de sa position œdipienne, il va accéder à la fois au plaisir de lui-même (narcissisme secondaire) et au plaisir de la rencontre de l'Autre (choix objectaI sexué). Nous assisterons souvent au cours des cures de relaxation de l'adolescent à ces remaniements. Le relaxateur, par son rôle de miroir va lui permettre de se reconnaître le droit de devenir lui-même "un sujet autonome désirant". Une jeune fille de quinze ans, dévalorisée par son père, tant sur le plan intellectuel que physique, va progressivement au cours des premiers mois de la cure de relaxation, devenir elle-même. Elle dira: « Depuis que je vous vois, je me sens bien dans ma peau; je n'ai plus envie de mourir et de me suicider; je suis heureuse; j'ai confiance en moi et je suis amoureuse; j'ai trouvé un

copain ». Un autre garçon de quinze ans dira: « Je me sens totalement
maître, maintenant, de mon corps; j'occupe, en plus, tout l'espace mis à ma disposition; j'ai l'in1pression de devenir très important; je sens que j'aimerais être directeur ou cadre supérieur ou faire de l'enseignen1ent; je me sens de plus en plus apaisé comme s'il n'y avait plus de tracas dans ma tête et plus d'images négatives qui viennent à l'esprit; je pense de plus en plus à mon avenir professionnel et je commence à ain1er une £ille».

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III Chez l'adulte
Le sujet en relaxation va éprouver souvent un certain nombre de difficultés, comme, l'abandon à la détente, l'abandon au regard du relaxateur, l'abandon à l'immobilité, l'abandon au toucher, une excitation psychique insupportable avec l'apparition d'angoisses, de pensées pénibles, douloureuses, ainsi que des images inacceptables. Les difficultés majeures sont exprimées en général à la première séance dès l'induction à la fermeture des yeux mais elles se poursuivent lors de l'induction au calme. La fermeture des yeux et la recherche du calme, demandées par un thérapeute, constituent pour certains une réalisation impossible. Soumission, passivité, régression, tous termes signifiant crainte de revivre une problématique de castration, angoisse de castration chez l'homme ou complexe de castration chez la femme. Les interventions, voire les interprétations, ne pourront pas faire dépasser cette crainte chez certains patients, qui abandonneront très vite. D'autres auront beaucoup de difficultés à se détendre, à abandonner leurs défenses musculaires. Ces sujets très tendus présentent la plupart du temps des névroses de caractère et de comportement où l'agressivité est au premier plan. Ils ont besoin de cette" cuirasse caractérielle tonique" pour contenir une pulsion de destruction. Ceux qui abandonneront seront justement les patients qui auront, à tout prix, besoin de garder cette maîtrise, au risque d'aller plus mal ou de faire plus mal. D'autres sujets, surtout des femmes, présentent des tensions des membres inférieurs qu'il est impossible de mobiliser. Une jeune fille, très angoissée et très agressive, ne voulait absolument pas que nous la mobilisions; quelques interventions n'ont pas réussi à réaliser ce dépassement. Elle a abandonné, sans explication. Certains patients auront beaucoup de mal à rester immobiles, surtout les sujets qui présentent une névrose de comportement et qui ont besoin de leur motricité pour assurer au mieux une décharge de l'excitation psychique qui ne peut pas s'élaborer mentalement par carence de l'imaginaire. Donc, les abandons en début de cure sont liés surtout à ces trois situations: fermeture des yeux, calme, immobilité. Il se profile aussi derrière ces impossibilités, en plus de ce que nous venons de dire, assez