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LE CORPS ET LE LANGAGE : PARCOURS ACCIDENTÉS

200 pages
Les parcours humains sont souvent entrecoupés de cahots. Les communications de cet ouvrage montrent que ces difficultés de parcours s'inscrivent dans le langage et laissent leur empreinte dans les corps. Lorsque le corps est directement en jeu et parfois même menacé, les parcours se font encore plus accidentés. L'individu s'émeut quand il se meut, et cette émotion est modulée par le type d'action motrice engagé.
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Le corps et le langage: parcours accidentés

Collection Dossiers Sciences Humaines et Sociales dirigée par Sophie Taponier
Cette collection est créée pour donner la parole aux étudiants, qui ont en général peu l'occasion de publier. Son ambition est de fournir un panorama de la recherche en Sciences Humaines et Sociales aujourd'hui, et l'idée de ce qu'elle sera demain. Les travaux publiés à partir d'enquêtes et de recherches de terrain sont l'expression de ce qui est en train d'émerger, en France et à l'étranger. Les éventuelles limites théoriques et descriptives des travaux d'étudiants ne signifient pas absence de qualité et d'originalité. Dossiers Sciences humaines et Sociales a pour but de combler l'isolement des étudiants pour favoriser une dynamique et un échange entre les recherches en cours. Les publications, réductions de maîtrise, DEA ou travaux intermédiaires de thèse, sont réunies autour d'un thème, soit par un enseignant qui anime le Dossier, soit à l'initiative d'un étudiant qui appelle à communication. Chaque fascicule thématique regroupe de deux à dix communications, présentées par l'animateur du Dossier dans une introduction de synthèse. Dernières parutions

P. PARLEBAS (coord.), Education, langage et sociétés. Approches plurielles, 1997. F. STANKIEWIECZ, Travail, compétences et adaptabilité, 1997. P. PARLEBAS (éd), Territoires et regards croisés, 1998. M. LORIOL (éd), Qu'est-ce que l'insertion?, 1999. A. Raulin (éd.), Quand Besançon se donne à lire, 1999.

Série Premières Recherches P. BEZES, L'action publique volontariste. Analyse des politiques de délocalisation. D. DESJEUX, M. JARVIN, S. TAPONIER (sous la direction de), Regards anthropologiques sur les bars de nuit, 1999.

@ L'Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8633-9

Collection

« dossier sciences humaines et sociales» dirigée par Sophie TAPONIER

FACULTÉ

DES SCIENCES

HUMAINES

ET SOCIALES

SORBONNE

Sous la coordination de Pierre PARLEBAS

Le corps et le langage: parcours accidentés

Actes de la Journée de l'École doctorale « Éducation, langage, société» (N ovembre 1999)
UNIVERSITÉ PARIS V

-

RENÉ

DESCARTES

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint -Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y 11<9

Présentation des auteurs
Gabriel LANGOUËT

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Pierre VILLARD
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Maurice GARDEN
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LOEFFEL
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Laurence
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Jean-Pierre <g>~,

WARNIER

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Shirley CARTER-THOMAS ~~, <:£ÙUf~ Christos CLAIRIS <g>wf~, <:£ÙUf~ Jean-Louis CHARTRAIN ~~, S~ dAY l'é<t~ Hélène MARTINEAU ~~, S~

Comité scientifique

Michel CAILLOT Michel CANDELIER Christos CLAIRIS Bernard COMBETTES Denis COSTAOUEC Jocelyne FERNANDEZ-VEST Jean-Claude FORQUIN Léon GANI Anne-Marie GUILLEMARD Claudine HERZLICH Monique HIRSCHHORN Jean HOUSSAYE Jean Le DÛ Alain LEGER Claude LELIEVRE Dominique MONJARDET Philippe ROBERT Jean-Yves ROCHEX

Sommaire
. Avant-propos, m c:fJalvuet fW/l/ c;g~
. Interventionde M. PierreVILLARD . Interventionde M. MauriceGARDEN
11

13 17

. Une dynamique novatrice, fW/l/ m rgJÙ2/tJœ; rgJ~23 . De la fatigue des infirmières au syndrome d'épuisement professionnel, fW/l/m 7JIlcvw c;g0/d0t 35 . Une prise de conscience historique dans la violence . La dynamique linguistique ~ fW/l/ cm; ~ . La question du fondement
r!:/(

sexuelle sur enfants. Le thème de la violence morale au début du XIxme siècle, fW/l/ c:fJ~ m CV~ 57
du breton, 73

la Troisième fW/l/

République,
~Ù2/tJœ;

de la morale laïque sous c;gaeJM...93 fW/l/cm; c;g~

. Culturematérielleet subjectivation,

m

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107

. L'organisation thématique et ses conséquences sur
la clarté d'un texte, fW/l/ cm;g~ ~Dynamique linguistique et description

.

cr;~..

121 139

grammaticale,

fW/l/ m.

~

~

. Apprentissages scientifiques et différences de
réussite entre apprenants: une question savoir? Le cas du volcanisme en CM2,
fW/l/

de rapport au

.

m

,

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c;g~
~

~

........

................... 151
173

La répression

policière de l'usage de stupéfiants,

cm; fW/l/ ~

9

Avant-propos
Gabriel LANGOUËT
Président de l'Ecole doctorale

Université René Descartes

-

Paris V

L'Ecole doctorale « Education, langages, sociétés» publie aujourd'hui son troisième ouvrage regroupant les communications de qualité présentées par des étudiants et des enseignants-chercheurs, lors de sa troisième] ournée. Comme à l'accoutumée, grâce au rôle attentif des responsables et des collègues de nos trois formations, à l'implication forte des membres du bureau de l'Ecole, au sérieux et à la compétence des communicants, au travail préparatoire des conseils scientifiques de nos trois départements, à la présence active de nos étudiants et de nos collègues de la Faculté, mais aussi à la participation non moins active de nombreux enseignants-chercheurs et chercheurs de notre Université, toutes disciplines confondues, à la présence effective et aux mots d'encouragement du président Villard et du recteur Garden, cette] ournée fut un succès: le nombre des participants (Plus de 200 au cours de la journée) et la richesse des débats en sont le témoignage. Mais je voudrais rendre un hommage tout particulier à notre collègue et ami Pierre Parlebas qui, depuis trois années, prend non seulement en charge la préparation de cette] ournée, mais en effectue toujours une synthèse rigoureuse et brillante à la fois, anime le comité de lecture chargé de conseiller nos jeunes communicants et contrôle attentivement les diverses phases de préparation de l'édition.

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Je ne reprendrai que très rapidement quelques données significatives concernant cette Ecole. En 1997-1998, nos trois formations ont inscrit 161 étudiants en vue de la préparation du diplôme d'études approfondies (DEA); 101 DEA ont été délivrés aux sessions de juin et septembre 1998, ce qui représente un taux de 63% de réussite. En 1998-1999, 68 étudiants se sont inscrits en première année de préparation à la thèse de Doctorat; actuellement, l'Ecole regroupe 340 étudiants dont la thèse est en cours; 51 thèses et une habilitation à diriger des recherches (HDR) ont été soutenues au cours de l'année universitaire dernière. Il m'est agréable de retracer le chemin parcouru depuis la création de l'Ecole, voilà maintenant six ans. Conformément aux objectifs que nous nous étions fixés, sans se substituer aux trois formations qu'elle regroupe, elle a sans doute contribué à les dynamiser en favorisant à la fois la mise en commun de moyens pédagogiques plus appropriés (notamment en créant des enseignements d'informatique et de langues, en liaison avec la recherche), des échanges intellectuels pluridisciplinaires, une aide à la publication des meilleurs travaux de nos jeunes chercheurs. Sans doute beaucoup reste-t-il à faire. Ne pourrions-nous envisager, par exemple, de développer des rencontres scientifiques ouvertes vers l'international? N'est-il pas temps, afin de favoriser les débouchés, de développer des échanges, des rencontres avec le monde professionnel, de l'édition, de la recherche, des grands organismes de formation, etc., rencontres susceptibles de favoriser l'insertion de nos jeunes? Ne pourrait-on réfléchir aux différentes façons d'aider encore davantage à la publication? Enfin, n'y a-t-il pas à trouver des moyens d'impliquer davantage nos étudiants quant à la construction de leur propre avenir ? 12

Intervention de M. Pierre VILLARD
Président de l'Université René Descartes
-

Paris V

Madame et Messieurs les Vice-présidents, Doyens et Directeurs, Chers Collègues, Messieurs,

Messieurs les Mesdames et

Il est toujours très agréable de se retrouver dans la prestigieuse salle des Thèses de l'Université de Paris, où se présentent les candidats au titre universitaire le plus élevé. C'est sur les thèses et les travaux de recherche que vit l'Université. C'est donc une très heureuse idée d'avoir voulu siéger dans ce lieu, symbole de la recherche française et internationale, et d'avoir ainsi maintenu une tradition de haute culture, grâce à la bienveillance du Recteur. Les écoles doctorales ont été créées sans qu'on ait pris soin de les défmir, de sorte que chacun a entendu l'expression« école doctorale », comme il le souhaitait. On est en droit d'espérer, comme le rappellera peut-être M. Maurice Garden en fm de matinée, que, dans un délai relativement bref, une définition précise en sera donnée, en même temps que sera réorganisé le troisième cycle. Une source de renouvellement La diversité est une tradition dans l'enseignement supérieur: c'est une bonne tradition. Il serait pernicieux de traiter de façon homogène ce qui est différent par nature. Un programme qui touche trois grandes orientations des sciences humaines, soit l'éducation, le langage et

13

la société, est un champ plus ouvert et plus riche que le champ de la sociologie strictosensu. Chaque année, vous avez maintenant coutume de faÏie le point de l'évolution de la recherche en Sciences humaines. A cette occasion, chacun peut prendre conscience des grands problèmes exposés par nos Collègues qui comptent parmi les meilleurs spécialistes de la discipline. Au cours de ces réunions, la possibilité est offerte aux plus jeunes, qui vont devenÏi des maîtres, d'avoÏi un contact dÏiect avec un public cultivé, averti, spécialiste de chacun des thèmes traités dans cette Journée. A l'enrichissement dû à la pluridisciplinarité s'ajoutent ainsi ces contacts aussi indispensables que fructueux entre jeunes et anciens. Je ne saurais trop remercier les collègues Gabriel Langouët et Pierre Parle bas, ainsi que tous ceux qui ont participé aux échanges, non seulement d'avoÏi organisé cette journée en Sorbonne, mais aussi d'avoÏi pu laisser une trace écrite des précédentes réunions dans les volumes qui ont été publiés et dont je viens de recevoÏi le dernier paru. Il aurait été regrettable que les discussions orales dont je soulignais l'importance, se résument par des mises au point par trop volatiles. AvoÏi réussi à publier ces travaux chez un éditeur reconnu, montre à la fois votre préoccupation de donner une permanence à vos travaux et le précieux concours apporté par certains éditeurs à la recherche. A côté du contrat d'établissement que nous allons achever, en principe, avant la fin de cette année civile, nous avons également élaboré le contrat-recherche qui est l'acte le plus important pour notre renommée internationale. L'un ne peut se concevoÏi sans l'autre, mais c'est pourtant la première fois que les deux contrats seront signés en même temps. Ce parallélisme, même tardif, est 14

satisfaisant. Réjouissons-nous que les grandes options que nous avons présentées dans l'ensemble des disciplines aient été retenues par le Ministère. Après les conversations que nous avons menées avec les services ministériels, nous espérons recevoir, à bref délai, l'ébauche d'une première rédaction. Il s'agit d'un ensemble, toutes disciplines confondues (dans cette procédure, on ne peut pas dissocier une discipline d'une autre), et, dans cet ensemble, nous avons voulu donner un relief particulier à notre volet « recherche ». La ] ournée de l'Ecole doctorale qui se déroule ici est un moment symbolique du travail que nous avons conduit depuis un an et demi pour préparer ce contrat-recherche: la déf111ition de la politique de l'Université qu'il deviendra quasiment impossible de modifier au cours des quatre années futures. Une vue générale de toutes les disciplines Si donc nous souhaitons, en cours de contrat, atteindre d'autres buts, il nous faut les indiquer dès maintenant. Dans les précédents contrats, il y avait la possibilité, au bout de deux ans, d'apporter des modifications sérieuses ou des innovations à ce qui avait été initialement prévu. Tel n'est plus le cas actuellement. Il est donc extrêmement important de présenter une vue générale de toutes les disciplines de manière que nous puissions progresser dans le domaine mouvant de la recherche pendant ces quatre années. Je sais que la recherche est un idéal et que, pour essayer de l'atteindre, il faut disposer de conditions de travail aussi satisfaisantes que possible. Les aspects intellectuels et scientifiques ne sont pas les seuls à être définis dans le contrat-recherche: apparaissent aussi des aspects plus 15

matériels qui, évidemment, restent liés au contrat d'établissement. Je veux espérer que, dans le cadre du groupe des sciences humaines, et plus précisément de la Faculté, vos conditions de travail seront plus favorables pour les années prochaines. La réorganisation de l'Institut de Psychologie doit assurer, bientôt, un meilleur équilibre de l'ensemble des sciences humaines. Organisée sur plusieurs sites proches les uns des autres, votre Faculté aura plus de souplesse, plus de surface et un accès plus aisé à la documentation dans les années à venir. J'avais espéré que la réorganisation que nous avions projetée au début de mon mandat interviendrait plus tôt. Cela, malheureusement, n'a pas été possible. Mais je crois que, dès la rentrée prochaine, vous devriez travailler dans de moins mauvaises conditions. La recherche, nous en faisons tous de façon individuelle ou, de plus en plus souvent, de façon collective. Sans doute avons-nous été trop modestes dans certaines disciplines de l'Université et n'avons-nous pas fait savoir suffisamment tôt, malgré la qualité de nos spécialistes et de nos étudiants, que nous étions dans des conditions déplorables de travail. Cette période, je crois, se terminera l'année prochaine, sans que nous soyons pour cela dans le luxe. Nous achevons une année de transition. Et cette « Journée de l'Ecole doctorale 1998 » était bien le moment de faire le point sur votre recherche en sciences humaines, dans le cadre d'un échange, en toute liberté, entre les professeurs et nos meilleurs étudiants de Doctorat.

* **

16

Intervention de M. Maurice GARDEN
Directeur général de la Recherche et de la Technologie

Je suis heureux d'être une nouvelle fois témoin des activités essentielles d'une école doctorale de l'Université René Descartes et de me trouver dans ce lieu qui représente le milieu d'origine de mes activités en sciences humaines et sociales, même si aujourd'hui je suis amené à m'occuper de l'ensemble de la recherche des universités. Je voudrais d'abord me réjouir de l'existence de séances comme celle d'aujourd'hui où se concrétise matériellement et humainement ce que doit être une école doctorale, c'est-à-dire un ensemble organisé où enseignants, chercheurs et jeunes doctorants communiquent leurs savoirs. Et je suis particulièrement heureux que cette journée donne la parole à des jeunes qui sont en cours de réalisation de leur thèse. Une harmonisation européenne des cursus

M. Langouët a parlé des réformes. Il n'existe pas beaucoup de réformes proprement dites, au sens où l'on changerait complètement de dispositifs, où l'on supprimerait des choses que l'on remplacerait par d'autres. Ce n'est pas de cela dont il est vraiment question mais plutôt d'une accentuation de ce qui a déjà été commencé il y a quelques années, que l'on voudrait rendre plus visible, plus marqué dans le dispositif de la formation à la recherche. Résumons en quelques mots les raisons de ce changement d'orientation que l'on voudrait faire passer dans l'ensemble des universités. Premièrement, notre ministre 17

et son équipe souhaitent réaliser une harmonisation européenne des cursus. Il s'agit de quelque chose de compliqué qui a été présenté dans la presse et des communiqués divers. Le ministre lui-même, ici à la Sorbonne, en mai 1998, a signé un accord avec les ministres anglais, allemand et italien sur ce processus d'harmonisation des diplômes européens. Depuis, l'ensemble des pays de la communauté européenne ont signé également cet accord qui prévoit d'aller progressivement vers une harmonisation. Cet objectif a plus ou moins été présenté dans une partie du rapport Attali sous la formule «3; 5 ou 8 ». Une des causes de cette transformation c'est vraiment cette harmonisation, et en particulier ce que l'on appelle le « 3-5-8 », qui est plutôt le « 3 ; 5 ou 8 ». Ce qui veut dire qu'à la fm de l'année de licence, les étudiants choisissent soit une voie courte, en deux ans, qui correspond à la maîtrise et au DESS d'aujourd'hui, soit une voie longue de 5 ans qui correspond à la maîtrise, au DEA et aux trois années du cycle doctoral. Les étudiants commenceraient à exprimer leur choix à la fin de la licence. Bien évidemment, il existerait des passerelles en cours de route, pendant la maîtrise, l'année de DEA ou de DESS. On ne peut pas penser que tous les étudiants seraient capables à la fin de leur troisième année d'enseignement de choisir entre une voie de recherche et une voie professionnalisante. Mais ces possibilités de réorientation supposent que, dans les programmes, on accentue l'initiation à la recherche. C'est un processus long qui dépend du politique. Ainsi, les changements récents de gouvernement, par exemple en Allemagne et en Italie, font que deux des négociateurs de cet accord d'harmonisation ne sont plus aujourd'hui ministres de leur pays respectif.

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A l'intérieur de cette harmonisation générale, je m'occupe du cursus-recherche d'une durée de 4 ans, qui correspond à l'année de DEA et aux trois années de doctorat. Ce cursus continuera à être sanctionné, à la fin de la première année, par un examen qui s'appelle aujourd'hui le Diplôme d'Etudes Approfondies, examen nécessaire pour, d'une part, les attributions d'allocations de recherche et, d'autre part, pour le passage à la période terminale de ces études doctorales, c'est-à-dire à la thèse proprement dite. L'ensemble de ce que je dis là n'est pas une nouveauté. Les textes fondateurs des écoles doctorales et ceux redéfinissant le DEA datent de 1992. C'est donc une remise à jour d'un dispositif qui avait déjà été mis en place il y a quelques années. Ce dispositif a plus ou moins bien fonctionné, là aussi à cause des aléas politiques, des changements de ministère et des orientations prises par les responsables de la recherche universitaire. Qu'est-ce qu'une école doctorale?

Aujourd'hui, il existe environ 220 écoles doctorales enregistrées dans les contrats d'établissements supérieurs. Environ 70% des thèses soutenues cette année ont été préparées au sein d'écoles doctorales. Le mouvement a largement pris. Simplement, on n'est pas sans savoir qu'il existe des écoles «de papier» et des écoles qui fonctionnent, des écoles théoriques et des écoles réelles. Notre idée est qu'il faut continuer à développer le système des écoles doctorales afin que, de plus en plus, la quasitotalité des thèses soient préparées ou soutenues en leur sem. Qu'est ce qu'une école doctorale? Elles ont été créées vers les années 91 et 92 et se défmissaient comme un 19

regroupement de DEA, c'est-à-dire de première année de cycle doctoral, en fonction de proximités locales et/ ou disciplinaires. La variante que l'on propose aujourd'hui consiste à rassembler non seulement des DEA mais aussi des équipes de recherche ou des laboratoires dans lesquels les doctorants préparent leur thèse, encadrés par des professeurs-chercheurs. Faire partie de l'école doctorale nécessite l'appartenance à des laboratoires, y compris et surtout dans les sciences humaines et sociales. Le laboratoire assure la qualité et le niveau de la recherche dans la mesure où, d'une part, les thèses préparées en son sein se situent dans une problématique générale de recherche de la discipline, problématique qui est validée par une communauté de chercheurs et d'enseignants et, d'autre part, parce que l'étudiant pourra y trouver un soutien théorique, méthodologique et bibliographique. Répétons que les 4 ans de cycle doctoral commencent par l'année de DEA, laquelle doit former à la discipline et immerger l'étudiant dans un laboratoire, et se terminent par la réalisation de la thèse. Le DEA doit être pensé comme le commencement d'un long cheminement de formation doctorale et non pas comme un examen final. Il Y a des diplômes spécialisés à Bac plus 5 comme le DESS qui sont des diplômes professionnalisants alors que le cycle doctoral conduit à des études plus longues et à la préparation d'une thèse. A l'époque de la création des écoles doctorales, en 1992, on était dans l'idée que la France ne disposait pas suffisamment de docteurs pour les besoins de la société et de l'économie françaises. Après 6 ans d'existence de ces écoles doctorales, l'Université française produit chaque année environ 11000 thèses, dont 3000 sont soutenues par des étrangers, alors que l'emploi scientifique dans les universités et dans les grands organismes de recherche est 20

fixé, de manière optimiste, à 3000 postes par an. Faisons un peu d'arithmétique: si l'on recrute quelqu'un à trente ans pour 35 ans d'exercice, cela revient à multiplier 3000 recrutements par an par 35, ce qui donne un résultat de 105 000 personnes. C'est nettement plus que le nombre d'enseignants et d'enseignants-chercheurs qui sont aujourd'hui dans les universités. Les politiques de recrutement ne vont pas beaucoup changer en restant sur la base de 3000 à 3500 postes à pourvoir chaque année. Certes, certaines générations de professeurs-chercheurs sont prêtes à partir en retraite et il faudra les remplacer, mais, somme toute, plus de la moitié des jeunes thésards ne seront pas des enseignants-chercheurs des universités ou des chercheurs des établissements publics tels que le CNRS. Près des 2/3 doivent savoir, dès le début de leur engagement dans la préparation d'une thèse, que leur avenir professionnel se trouve dans l'ensemble du secteur économique et social et pas seulement dans le secteur public protégé de l'enseignement supérieur. Préparer un avenir professionnel

Les écoles doctorales ont un objectif majeur: celui de tenir ce discours, non pas pour décourager les étudiants, mais pour les préparer aux éventuels débouchés extérieurs à l'enseignement et à la recherche. Il vous faut donc étudier le marché économique et social, l'offre des entreprises et des secteurs d'activité pour savoir quel employeur est prêt à recruter un individu qui a fait 8 ou 9 ans d'études et qu'on n'avait pas trop l'habitude d'employer dans ces secteurs. La France est un pays de dualité scolaire, avec son double système des grandes Ecoles et de l'Université. L'entreprise, dans sa majorité, allait chercher ses cadres 21

dans les grandes Ecoles au niveau des ingénieurs. Tant que les directeurs, les PDG et les directeurs des ressources humaines ne seront pas issus du monde universitaire, ils n'auront aucune raison de comprendre que le fait de recruter des doctorants à côté des ingénieurs peut être un « plus» en matière d'innovation ou de compétences. Cela nécessite un travail énorme de la part des universitaires professeurs et étudiants - de prendre des contacts avec le monde économique et social afin de promouvoir les capacités de nos jeunes docteurs et de montrer qu'ils sont aussi de « bons produits ». Hier, j'étais dans la prestigieuse Université scientifique de Strasbourg. Une étudiante, qui avait à l'origine une formation d'ingénieur, est venue me dire que de préparer une thèse de chimie lui apportait beaucoup par rapport à sa formation antérieure. On aimerait entendre cela plus souvent dans le monde économique et social, et nous devons y contribuer en mettant en œuvre toutes les conditions nécessaires. Il ne faut pas cantonner les jeunes doctorants à leur laboratoire et à leur champ disciplinaire. Il faut que les étudiants pensent à leur avenir et qu'ils trouvent ailleurs que dans leur laboratoire, c'est-à-dire dans une structure fédérale telle que les écoles doctorales, les moyens de se préparer à cet avenir professionnel. Il faudrait, par exemple, que les écoles doctorales assurent un suivi de leurs docteurs, créent un annuaire et une amicale des anciens élèves. C'est cet esprit qui doit caractériser les écoles doctorales, et c'est le message je voulais vous transmettre aujourd'hui.

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