Le Corps-marché. La marchandisation de la vie humaine à l'ère de la bioéconomie

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Sang, tissus, cellules, ovules : le corps humain, mis sur le marché en pièces détachées, est devenu la source d'une nouvelle plus-value au sein de ce que l'on appelle désormais la bioéconomie. Sous l'impulsion de l'avancée des biotechnologies, la généralisation des techniques de conservation in vitro a en effet favorisé le développement d'un marché mondial des éléments du corps humain.


Ce livre passionnant éclaire les enjeux épistémologiques, politiques et éthiques de cette économie particulière. Ainsi montre-t-il que la récupération des tissus humains promulguée par l'industrie biomédicale et l'appel massif au don de tissus, d'ovules, de cellules ou d'échantillons d'ADN cachent une logique d'appropriation et de brevetage. De même fait-il apparaître que, du commerce des ovocytes à la production d'embryons surnuméraires, l'industrie de la procréation assistée repose sur une exploitation du corps féminin. Et inévitablement dans notre économie globalisée, le capital issu de la " valorisation " du corps parcellisé se nourrit des corps des plus démunis, avec la sous-traitance des essais cliniques vers les pays émergents, ou le tourisme médical. Ainsi, ce n'est plus la force de travail qui produit de la valeur, mais la vie en elle-même qui est réduite à sa pure productivité.


Un livre essentiel sur les implications méconnues de l'industrie biomédicale.



Céline Lafontaine est professeure agrégée de sociologie à l'université de Montréal. Elle a notamment publié L'Empire cybernétique. Des machines à penser à la pensée machine (Seuil, 2004, prix Jeune Sociologue) et La Société postmortelle (Seuil, 2008).



Publié le : vendredi 25 avril 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782021163001
Nombre de pages : 281
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L E C O R P S  M A R C H É
C É L I N E L A F O N TA I N E
LE CORPSMARCHÉ
La marchandisation de la vie humaine à l’ère de la bioéconomie
É D I T I O N S D U S E U I L e 25, bd RomainRolland, Paris XIV
Cet ouvrage est publié dans la collection « La Couleur des idées »
isbn9782021162998
© Éditions du Seuil, avril 2014
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Remerciements
Le projet de ce livre est né dans le cadre d’un long séjour à l’Institut d’études avancées de Nantes. Je remercie la direction et l’ensemble de mes collègues, plus particuliè rement Clarisse Herrenschmidt et Joseph Tonda qui, dans le cadre de nos longues discussions, ont grandement nourri ma réflexion. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à l’endroit de la professeure Melinda Cooper qui m’a généreusement donné accès au manuscrit de son dernier ouvrage écrit en collabo ration avec Catherine Waldby. Ce livre leur doit beaucoup. Que mon collègue et ami, le philosophe Jean Robillard, soit assuré de toute ma gratitude pour ses critiques et ses commen taires qui m’ont permis d’améliorer le texte final. Je veux aussi remercier très sincèrement mes assistants de recherche Didier Fayon et Amandine Vassaux. Outre sa participationà l’ensemble des étapes de cette recherche, Amandine a relu et corrigé le manuscrit en entier. Je lui en suis très reconnais sante. Finalement, mes pensées se tournent vers ma famille, d’abord mes parents, Jeannette Dufour et Albert Lafontaine, qui sont encore et toujours une source d’inspiration pour moi. Et bien sûr mon mari, Yan Breuleux, et ma fille, Marguerite, qui m’ont accompagnée dans cette longue aventure.
À Yan
Introduction
Pour exister il faut être une matière première : être, c’est « êtrematièrepremière » – telle est la thèse métaphysique fondamentale de l’industrialisme. 1 Günther Anders
Contrairement à l’adage populaire selon lequel « la vie n’a pas de prix », dorénavant, dans le monde globalisé du capita lisme triomphant, rien n’échappe au calcul marchand. Depuis longtemps déjà, les compagnies d’assurances et les décideurs publics disposent d’outils statistiques complexes leur permettant de chiffrer la valeur économique d’une vie individuelle. Créés selon des logiques comptables, les algorithmes servant à fixer le montant de la prime versée à la suite d’un décès varient selon 2 les causes et les circonstances de la mort . Audelà des débats d’économistes sur les indicateurs et les méthodes élaborées
1. Günther Anders,L’Obsolescence de l’homme, t. 2,Sur la destruction de la vie à l’époque de la troisième révolution industrielle, trad. fr. Chris tophe David, Paris, Fario, 2011, p. 33. 2. Luc Baumstark, MarieOdile Carrère, Lise Rochaix, « Mesurer la valeur de la vie humaine »,Les Tribunes de la santé, vol. 21, n° 4, p. 4155.
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pour mesurer ce prix, une chose toutefois est certaine : toutes les vies humaines n’ont pas la même valeur. Ainsi, les proches des victimes des attentats du 11 septembre 2001 ont reçudu gouvernement américain une somme de 2 millions de dollars en compensation financière pour la perte d’un être cher, tandis qu’en 2012 les victimes des tirs d’un soldat américain 1 sur des civils afghans ont obtenu pour leur part 50 000 dollars . Relevant de la géopolitique internationale, l’exemple est frappant, mais pourtant trop évident, voire presque banal, tant les inégalités de ce genre sont répandues. Ce livre ne traite pas de la valeur statistique de la vie humaine ni des enjeux relatifs à la comptabilisation écono mique des naissances et des décès. La question de la valeur financière attribuée à la vie y est centrale, mais son point de départ est tout autre. Il s’agit d’analyser et de comprendre comment « la vie en ellemême », c’estàdire l’ensemble des processus biologiques propres à l’existence corporelle, est désormais au cœur d’une nouvelle phase de la globali 2 sation capitaliste : la bioéconomie . Celleci peut se définir sommairement comme l’application des biotechnologies3 « à la production primaire, à la santé et à l’industrie » afin d’accroître la productivité économique. À la fois matière
1. Agence FrancePresse, « Tuerie en Afghanistan : des milliers de dollars donnés aux familles des victimes »,L’Express, 25 mars 2012 ; dis ponible sur LExpress.fr. 2. L’expression « la vie en ellemême » est en fait une traduction du concept «the life itself» couramment utilisé dans le domaine de l’anthropologie médicale et desscience studiespour désigner la tendancecontemporaine à penser le corps et l’individualité à partir des processus biologiques à l’échelle moléculaire. 3. OCDE,La Bioéconomie à l’horizon 2030. Quel programme d’action ?,2009, p. 19. Ce volumineux rapport de 366 pages fait suite à un projet lancé en grande pompe en 2006.
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