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Le débat sur "l'identité nationale"

De
180 pages
Le débat sur l'identité nationale qui a eu lieu en France fin 2009 et début 2010 a été symptomatique d'une méconnaissance criante des travaux sur l'identité. La récupération politique d'une question qui touche à de nombreux domaines n'a pas réellement permis de proposer des réponses sereines. Cet ouvrage revient sur ce débat. L'identité y est alors présentée comme une sorte de fantôme insaisissable et fugace, mais dont la présence se fait ressentir à travers des impressions, des comportements et des réactions émotionnelles.
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SOMMAIRE Avant-Propos 1. Un débat sur l‟identité nationale ? a. Ce que nous propose le ministère de l‟immigration, de l‟intégration, de l‟identité nationale et du développement solidaire b. Ce que nous propose le président de la république française Nicolas Sarkozy c. Être français : énigmes nationales et processus d‟identification 2. Identité(s) : du besoin de stabilité au fantôme a. Identités et Cultures b. Filtres identitaires, émotions et interactions c. Ces fantômes qui nous hantent 3. Vers un humanisme dépourvu d‟identitarisme a. Ego et agrippement au moi b. La diversité relationnelle comme base du vivant c. Repenser les relations humaines hors des jeux de pouvoir Épilogue Bibliographie p. 9 p. 17 p. 21 p. 45 p. 57 p. 71 p. 75 p. 87 p. 99 p. 113 p. 117 p. 129 p. 143 p. 159 p. 167

Avant-Propos Poser le problème de l‟identité, c‟est d‟abord poser le problème de la relation à l‟autre. Mais qui dit relation dit minimum deux personnes : il s‟agit donc de définir ce qui nous lie à l‟autre, ce qui nous définit vis-à-vis de l‟autre, et comment nous pouvons le vivre. Assez vite, dès l‟enfance, nous allons avoir tendance à nous définir en rapport avec les autres : nos parents, nos grands-parents et les membres de notre famille (étendue ou non), nos amis, nos voisins, nos camarades de classe et tous les membres de la société que nous rencontrerons au fur et à mesure : professeurs, médecins, conseillers en éducation, cuisiniers, surveillants, boulangers… une profusion de rôles, d‟identités s‟offre à nous. Mais c‟est bel et bien vis-à-vis de nos parents ou de nos tuteurs que va se développer notre personnalité : au contact de ces personnes, nous allons tisser des liens émotionnels, développer une langue, des codes sociaux et culturels propres, des références familiales et tout un arsenal de stratégie de communication qui nous permettra d‟évoluer et de nous développer jusqu‟à devenir un être humain adulte, responsable, pétri de codes et de conditionnements divers et variés. Souvent, nous ne sommes même pas conscients de l‟impact de ces différents conditionnements sur notre vie de tous les jours. Plus tard, nous jouerons à nouveau différents rôles : élève, étudiant, artisan, cadre, parent, ami, membre d‟une association quelconque, sportif, ouvrier, employé, client, fournisseur… les casquettes que nous sommes capables d‟adopter sont véritablement légion. Comme le précise Frédérique Lerbet-Séréni, c‟est bel et bien « par la relation entre deux sujets [que] s‟effectue la différenciation qui rend possible la construction d‟une personne dans son originalité »1, et c‟est précisément par cette évolution à travers les âges de la vie que se définira cette personnalité et cette originalité. Exister, être, c‟est d‟abord tisser des liens aux autres, approfondir des liens, trouver sa place dans une société et avoir le sentiment d‟être unique et singulier. Ce sentiment émerge parfois de façon assez forte, dans des moments où l‟on a l‟impression d‟être en pleine possession de ses moyens ; dans d‟autres cas, la singularité se ressent en groupe (lorsque se réunissent les supporters d‟un

quelconque club de foot, par exemple). Dans tous les cas de figure, c‟est un plaisir qu‟on ne boude pas, un délice que l‟on savoure lorsqu‟il s‟offre à nous. Pourtant, se sentir si unique ou si singulier est d‟abord un leurre ; on relie parfois singularité et liberté ou personnalité et originalité (« c‟est moi, je suis comme ça, on me prend tel que je suis et je n‟ai pas envie de changer »). En vérité, comme nous le verrons au cours de ce modeste ouvrage, se sentir appartenir à quelque chose d‟unique et de singulier est un processus qui repose avant tout sur un tour que nous joue notre conscience ; avant de parler d‟identité, c‟est d‟identification qu‟il faut parler. La tendance est en effet à la confusion de ces deux concepts. Et lorsque l‟on parle d‟identité, on pense bien souvent à quelque chose de fixe, d‟immuable et d‟infiniment stable. On parle ainsi d‟identité religieuse (se sentir appartenir pleinement à une communauté chrétienne, islamique, juive, etc.), d‟identité ethnique, d‟identité sociale, d‟identité culturelle et même, rendez-vous compte, d‟identité nationale. Pourtant, personne n‟a vu l‟identité. Personne ne l‟a palpée, personne ne l‟a touchée, personne ne l‟a goûtée. Personne ne sait ce qu‟est l‟identité, sinon ce vague sentiment d‟appartenir (et le mot n‟est pas trop fort) à un ensemble de codes, de pratiques et de façons de vivre ses relations et ses communications. Dans un sens, l‟identité rejoint la culture (que celle-ci soit collective ou individuelle), une culture là encore bien souvent bafouée au nom de concepts qui ont plus à voir avec des stéréotypes que des observations rationnelles. Il y a là encore les cultures nationales, supra-nationales (puisque Samuel Huntington nous parle de culture occidentale2), des sous-cultures (je pense aux cultures hip-hop ou aux cultures gothiques, par exemple), des contre-cultures. Tout un arsenal de mots plus ou moins absolus pour désigner des éléments plus ou moins vagues et qui ont plus à voir avec des sentiments personnels souvent difficilement justifiables qu‟avec des faits observables. Mais si nous allons si vite en besogne, c‟est parce que nous avons besoin d‟appartenir à quelque chose, à un ensemble de rituels, à un ensemble d‟éléments qui nous éclairent sur qui nous sommes, quelles sont nos racines et

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quel projet nous souhaitons adopter pour nous ou pour la société. Alors la culture, c‟est d‟abord quelque chose qui se définit mal et qui désigne finalement une sorte de fantasme, un idéal vers lequel il faudrait tendre. Pour certains, la culture occidentale se définit dans un idéal de démocratie, de modernité, de progrès technologique et d‟économie de marché évolutive. Pour d‟autres, la culture nationale se définit par rapport à un certain nombre de valeurs (fantasmées ou non), de symboles (supposés ou recréés), de signes territoriaux plus ou moins forts et partagés (folklore, fêtes, cuisine, etc.) mais surtout vis-à-vis d‟un idéal censé cimenter une communauté. Et puis il y a les cultures locales et son ensemble de symboles plus ou moins stéréotypisés. Prenons la culture bretonne par exemple : comment les habitants de la Bretagne vont-ils euxmêmes se définir ? Doit-on parler de la langue bretonne, d‟un patrimoine historique particulier, d‟activités de pêche et d‟agriculture, d‟une mythologie locale ancestrale, de cuisine, de musique ou de danse ? Chaque région de France tente de se définir dans une certaine mesure. Ce besoin de se raccrocher à une certaine culture et souvent évoqué dans un souci de protection d‟un patrimoine, de conservation d‟un trésor maintenu en vie pour le bien d‟une population désireuse d‟y retrouver ses petits. Mais partout en Europe, on chante la même chanson : une chanson qui célèbre le conservatisme sur l‟autel du libéralisme culturel et du droit des peuples à disposer d‟eux-mêmes, et la boucle récursive du folklore se retrouve gardée par des personnes qui, paradoxalement, parviennent à défendre leur culture à travers des concepts comme la liberté, la libéralisation et la préservation de richesses humaines, alors même que le mécanisme d‟une telle défense repose d‟abord sur des postures arc-boutées sur des valeurs de repli, de fermeture et de circularité réduite, ce qui signifie que le système de valeurs s‟effondre sur lui-même et s‟auto-alimente, sans jamais vouloir être corrompu par des valeurs extérieures qui pourraient pourrir ce système et faire perdre à la population son identité. Et la voilà, notre fameuse identité. L‟identité, c‟est d‟abord quelque chose qu‟on défend parce qu‟on a peur de la perdre, individuellement ou collectivement. Si le peuple suisse s‟exprime contre la construction de minarets, c‟est parce qu‟il a peur de perdre une identité nationale, culturelle et religieuse supposée. Et si dans la plupart des

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pays musulmans, la construction d‟églises est peu encouragée voire interdite, c‟est aussi en raison du même phénomène. On tient à son identité comme Harpagon à sa cassette ; il est hors de question de lâcher des bouts de ce qui nous fait tels que nous sommes, hors de question de faire des compromis lorsqu‟il s‟agit de se définir, hors de question d‟aller contre un processus psychologique somme toute plutôt habituel et qui nous permet de nous développer en tant qu‟être humain équilibré, entier et sain. L‟identité, qu‟elle soit personnelle ou collective, se construit en rapport à l‟autre. Et l‟autre, c‟est d‟abord celui qui a une identité différente et qui tente parfois de nous faire changer. Nous avons tous expérimenté ce genre de « choc des identités » au cours de relations amicales, amoureuses ou familiales diverses et variées ; on a l‟impression que l‟autre exige de nous que nous changions, que nous fassions des compromis ou que nous modifions tel ou tel comportement. Immédiatement, on se sent agressé, et la tentation du repli et de l‟auto-défense devient bien vivace : de quel droit se permet-on de nous juger ? Pourquoi changerions-nous ? Après tout, nous sommes tels que nous sommes, et il serait hors de question de changer notre façon d‟être, d‟exister, de vivre ! Ce genre de réaction est bien naturelle, puisqu‟elle est humaine ; il serait toutefois bon de ne pas rester prisonnier de ce genre d‟évaluation, puisque la situation est bien plus compliquée qu‟il n‟y parait. Et puis après tout, si on a l‟impression que l‟on nous demande de changer, il faudrait se demander si le comportement ou l‟habitude dont il est question est autant constitutif que cela de notre personnalité. D‟un autre point de vue, souvent, il est possible de prendre position pour tel ou tel aspect identitaire. Il est aisé de pointer du doigt l‟identité des autres : on la qualifie alors de communautarisme, puisque l‟on parle d‟un groupe qui souhaite conserver son identité au mépris de la nôtre, la seule identité viable, la seule identité équilibrée, celle dont les valeurs sont les plus acceptables, bien entendu. Lorsque le thème de l‟identité est récupéré sur des thématiques sociales et politiques, on entend souvent bien plus d‟âneries que l‟être humain parait capable d‟en créer au premier abord. C‟est parce que le thème de l‟identité, 12

jamais défini, est cependant bien récupéré par une multitude d‟organisations ou d‟associations qui prétendent ainsi défendre telle ou telle cause en brandissant l‟identité comme un étendard. Qu‟il s‟agisse des « pro-life » aux États-Unis d‟Amérique, des manifestations pour les sans-papiers ou des défilés de militants frontistes, chacun y va de sa propre ritournelle identitaire, que l‟on défend avant tout parce qu‟elle est bien évidemment meilleure que celle du voisin, ou en tout cas plus légitime et plus logique. Ceux qui se refusent à ce petit jeu des identités sont souvent stigmatisés comme des personnes frileuses qui refusent de s‟engager ou, pire encore, qui n‟ont pas le courage de leurs opinions, selon l‟expression consacrée et ô combien stupide. Et si l‟opinion courageuse, dans ce cas, c‟était de dire que l‟identité, cela n‟existe pas ? Et si finalement, les différents individus et groupes d‟individus poursuivaient une chimère qu‟ils ne parviennent jamais vraiment à définir ? Et si l‟identité, c‟était finalement la carotte de l‟âne, ce tubercule qu‟il ne mangera jamais mais qui finira toujours par le faire avancer ? Remettre l‟identité au goût du jour n‟est jamais innocent, et même si les chercheurs en sciences humaines et sociales s‟arrachent les cheveux depuis plus de vingt ans sur ce concept, ceux-ci n‟ont bien évidemment jamais été consultés pour appréhender un essai de définition au sujet de l‟identité. Puisque notre gouvernement actuel, en 2009, a décidé de lancer un grand débat sur l‟identité nationale, ce n‟est sans doute pas innocent. Nous sommes ici dans un acte politique, ce qui va donc bien audelà de l‟objectivation scientifique. Il est évident que le peuple français ne peut que mordre à cet hameçon un peu trop grossier. Il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre : en revanche, tous seraient d‟accord pour dire qu‟ils ne savent pas ce qu‟est l‟identité. L‟identité est avant tout une émotion, quelque chose que l‟on croit ressentir, quelque chose qui nous semble naturel et évident, mais au sujet duquel les mots manquent. Une fois n‟est pas coutume, je prends mon exemple : en tant qu‟individu disposant de plusieurs nationalités, je serais bien en peine de définir mon identité d‟un point de vue purement national. D‟un point de vue culturel, le problème se pose à nouveau également. Parlons alors de rôles identitaires, éventuellement. Je sais que parfois, mon rôle est de revêtir l‟identité d‟un professeur. 13

Dans d‟autres moments, c‟est le déguisement de responsable pédagogique que je dois enfiler pour correspondre à ce que l‟on attend de moi. Certains jours encore, je deviens conférencier, chercheur, membre d‟une troupe de théâtre ou encore musicien. Je ne sais pas si ces différents éléments constituent mon identité ou me définissent tel que je suis. Je l‟espère, mais finalement, je n‟en sais rien. Et au fond, peu importe : les autres pourront toujours me définir de la manière qu‟ils le souhaitent, rien ne m‟empêchera de changer, d‟évoluer et de modifier mes repères identitaires. Et c‟est pareil pour tout le monde. L‟identité, ce n‟est pas simplement un drapeau que l‟on brandit quand cela nous arrange. Avant d‟utiliser le concept même d‟identité, réfléchissons sur ce qu‟est l‟identité. Qu‟est-ce que cela veut dire pour nous, comment nous ressentons ce concept ; savons-nous même le définir ? Il y a peu de chance pour que la définition d‟une identité passe par autre chose que des idées mal dégrossies, des stéréotypes, des poncifs, des idées reçues ou des codes et comportements idéalisés. C‟est ce que ce livre va tenter de découvrir, en passant par le débat sur l‟identité nationale initié par le gouvernement français en automne 2009, puis en explorant les avancées des sciences humaines sur ce sujet, pour finalement proposer de mettre de côté ce concept pour aller vers une autre définition de la singularité ou des codes d‟appartenance. Car contrairement à ce que l‟on pourrait penser, adopter et pétrifier l‟identité pourrait fort bien en faire l‟ennemi le plus farouche d‟un humanisme pragmatique, intégratif et holiste, loin des chimères et des idéalismes, mais également loin du fantôme de l‟identité que l‟on agite bien souvent politiquement, et dont les chaînes tintent encore de façon bien désagréable de nos jours. Une identité, qu‟elle soit religieuse, ethnique, culturelle, nationale, communautaire, régionale, citadine, familiale ou associative, c‟est d‟abord un menhir que l‟on souhaite indéboulonnable et auquel on s‟accroche dans un élan de foi aveugle, afin de lutter contre le vide intersidéral que peuvent parfois laisser certaines questions existentielles ou simplement essentielles du quotidien. Non, nous ne sommes pas que des identités, des phénomènes d‟identification ou des repères identitaires. Et non, ce n‟est pas en nous rapprochant de ce genre de conditionnements que notre

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libération (dans une définition spinoziste 3 du terme) se fera de façon plus sereine et plus naturelle. L‟homme et la femme modernes doivent apprendre à se libérer de ce genre de chaîne, sous peine de devenir les esclaves de codes et de symboles que l‟on manipulera pour eux et à travers eux. Il est facile d‟imiter des comportements, c‟est même sur ce principe qu‟est basé notre développement psychologique, voire physiologique 4 . Mais s‟affranchir de ces réflexes, voilà probablement une entreprise peu évidente mais résolument humaine qui demande sans doute autre chose que des débats stériles et volontairement électoralistes, tels que ceux-ci peuvent être organisés par tel État ou telle organisation ou association. Définir quelque chose qui, par essence, ne peut être défini, c‟est comme vouloir réifier des éléments aussi vastes et riches que la littérature, la poésie, l‟art pictural, la sculpture ou la musique. Définir ce que sont ces éléments dans un ordre absolu est impossible et peu souhaitable ; il en va de même pour l‟identité, et à plus forte raison pour l‟identité nationale. Il n‟est pas question de refuser un débat, mais surtout d‟en souligner la vacuité et le caractère infondé.

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1. Un débat sur l’identité nationale ? « Il ne peut y avoir autoréférence sans une certaine présence de l’altérité dans l’identité et sans une certaine confusion paradoxale entre identité et altérité » Jean-Pierre Meunier5. Définir une identité nationale ne se fait pas en un claquement de doigts ; d‟un point de vue purement méthodologique, le ministre de l‟immigration et de l‟identité nationale (nous reviendrons ultérieurement sur l‟existence même d‟un tel ministère) Eric Besson a raison de dire qu‟il faut lancer un grand débat sur un concept aussi vaste. Mais lorsque nous explorons le point de vue de Jean-Pierre Meunier, qui s‟est lui-même beaucoup inspiré des travaux de René Girard et d‟Edgar Morin, entre autres, force est de constater que la tâche va être plutôt difficile. Meunier parle en effet de présence de l‟altérité de l‟identité et de confusion paradoxale entre identité et altérité ; cela pourrait donc signifier que si l‟identité nationale doit être définie, elle doit d‟abord s‟expliciter en rapport avec certaines altérités, c‟est-à-dire d‟autres identités ! Le casse-tête commence : en rapport à quelle autre identité, l‟identité nationale de la France peut-elle être définie ? Doit-on se tourner vers les identités allemandes ou anglaises ? Mais dans ce cas, comment définir par exemple l‟identité allemande ? Est-ce le fédéralisme, la choucroute et les salopettes vertes ? Est-ce le mur de Berlin, les héritages de la république de Weimar et le romantisme de Goethe ? Ou bien doit-on encore définir l‟Allemagne par rapport à Francfort, place financière internationale, à l‟impression d‟écologie qui s‟en dégage ou à ses clubs de football ? Difficile de définir l‟identité nationale française vis-à-vis de tout cela. Peut-être peut-on avoir plus de chance vis-à-vis du Royaume-Uni : c‟est quoi, l‟identité britannique ? La reine mère, les bus rouges et les taxis londoniens ? Le modèle multiculturel, les Cornouailles et Shakespeare, ou bien encore le rôti à la menthe, les transports privatisés ou Big Ben, ou encore une certaine idée du libéralisme économique ? Encore une fois, qu‟il s‟agisse de

stéréotypes, de folklore, d‟Histoire ou de positionnement dans le monde politique et économique moderne, difficile de définir l‟identité d‟une nation. C‟est pourtant la mission que nous a attribuée Eric Besson. Et puisque nous sommes de bons citoyens, il serait plutôt malvenu de faillir à cette mission et de ne pas tenter d‟apporter une modeste contribution à cet ambitieux et impossible débat. Tentons peut-être une autre définition proposée par Carmel Camilleri : « l‟opération identitaire est une dynamique d‟aménagement permanent des différences, y compris des contraires, en une formation qui nous donne le sentiment de n‟être pas contradictoire 6. Pour Camilleri, l‟identité permet l‟élaboration de sens dans une structure évolutive, mais toujours en négociation permanente avec l‟environnement. En d‟autres termes, il est essentiel de se réconcilier avec le fait que l‟identité soit quelque chose de profondément écologique, qui se redéfinit sans arrêt en rapport avec nos semblables, notre milieu d‟évolution et les différents contextes sociaux auxquels nous sommes confrontés. C‟est bien pour cela que nous changeons constamment et que nous ne restons jamais les mêmes (fort heureusement d‟ailleurs ; personne n‟est resté le ou la même depuis ses cinq ans, sauf pathologie grave). Qui plus est, pour Camilleri, l‟individu, au cours de son évolution, se réfère également à une image qu‟il a de luimême ou désire avoir de lui-même : c‟est ce qu‟il appelle la « fonction identitaire ». En d‟autres termes, l‟identité est tributaire d‟une certaine image que l‟on a de soi ou que l‟on souhaite obtenir de soi. C‟est pour cela que certains adolescents ou jeunes adultes font le pari de rejoindre des gangs ; c‟est également pour cela que nos supporters de clubs de foot peuvent parfois s‟engager dans des actes dont la finesse physique et mentale reste à préciser. Mais Camilleri n‟en reste pas là ; pour lui, « quel que soit le contexte social, l‟individu est toujours soumis à une pression d‟effectuation identitaire selon la structure des attentes d‟autrui, du moins de

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