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Le défi alimentaire

De
210 pages
Entre 1950 et 2000, la production agricole mondiale a augmenté plus rapidement que la population planétaire. La quantité alimentaire moyenne disponible par habitants n'a jamais été aussi importante. Comment expliquer que la faim persiste et augmente depuis 40 ans ? La faim est le produit de mécanismes complexes, à l'image du monde d'aujourd'hui. Voici un décryptage géopolitique de la faim et des grands enjeux des prochaines décennies.
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L dfi alimentaire
Géopolitique et enjeux d’avenir
Entre 1950 et 2000, la producton agricole mondiale a augmenté
plus rapidement que la populaton planétaire. La quantté Le défi alimentaire moyenne disponible actuellement par habitant n’a
jamais été aussi importante dans l’histoire. L’humanité croule alimentairesous la nourriture. Alors comment expliquer que la faim persiste
et même augmente depuis 40 ans ? Comment expliquer que des
famines se produisent quand les greniers sont pleins ? Comment Géopolitique et enjeux d’avenir
expliquer que les trois-quarts des personnes soufrant de la faim
dans le monde sont des paysans producteurs ?
Loin des explicatons simplistes et monolithiques, la faim
est le produit de mécanismes complexes, à l’image du monde
d’aujourd’hui. Le décryptage géopolitque de la faim et des grands
enjeux des prochaines décennies est l’objet de ce livre.
Guilhem Soutou
Guilhem Souou , ingénieur agronome, a travaillé plusieurs
années pour des ONG de solidarité internatonale aux confns de
l’Afrique et de l’Asie, au plus proche des populatons paysannes. Il se
consacre depuis 2010 à l’étude des questons relatves aux systèmes
alimentaires durables.
Illustraton de couverture : «Image satellitaire de cultures (Kansas, Etats-Unis,
juin 2001) ©Nasa
ISBN : 978-2-336-29185-7
21 euros
tée
Guilhem Soutou
Le défi alim entaire Géopolitique et enjeux d’avenir




Le défi alimentaire





Guilhem Soutou





Le défi alimentaire


Géopolitique et enjeux d’avenir





















L’HARMATTAN



























© L'HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-29185-7
EAN : 9782336291857 Résumé de l’ouvrage
Entre 1950 et 2000, la production agricole mondiale a
augmenté plus rapidement que la population planétaire. La
quantité alimentaire moyenne disponible actuellement par
habitant n’a jamais été aussi importante dans l’histoire.
L’humanité croule sous la nourriture.

1Alors comment expliquer que la faim persiste et même
augmente depuis 40 ans ? Comment expliquer que des
famines se produisent quand les greniers sont pleins ?
Comment expliquer que les trois quarts des personnes
souffrant de la faim dans le monde sont des paysans
producteurs ? Loin des explications simplistes et
monolithiques, la faim est le produit de mécanismes
complexes, à l’image du monde d’aujourd’hui. Le décryptage
des processus et des grands enjeux liés à la faim est l’objet de
ce livre.

Les causes de la faim sont multiples et étroitement liées à
l’agriculture et à la pauvreté. Certaines concernent
directement nos politiques. Depuis 1950, la géopolitique
alimentaire est le théâtre d’enjeux puissants et de guerres
secrètes. Ces conflits silencieux qui opposaient en Afrique
subsaharienne des rapports de force démesurément inégaux se
traduisirent progressivement par l’imposition d’une
libéralisation agricole dévastatrice, ruinant des centaines de
millions de petits paysans. La crise alimentaire de 2008
rappela crûment la nuisance de cette politique économique
dérégulée sur les populations les plus pauvres. Elle mit
également en lumière de nouvelles menaces sur la sécurité
alimentaire : la production de biocarburant aussi bien que la
financiarisation de l’économie agricole ou la concentration
des filières agroalimentaires se sont conjuguées à la

1 Les mots définis dans le glossaire sont en italique à leur première
apparition dans le texte.
5 dérégulation pour enfoncer 115 millions de personnes sous le
seuil de pauvreté.

A la lumière du passé, nous tournerons notre regard vers
l’avenir, vers l’équation alimentaire à l’horizon 2050. Une
augmentation substantielle de la production alimentaire
mondiale nécessiterait des investissements massifs dans les
pays les plus pauvres, ce qui implique une participation
importante de la communauté internationale. De plus, les
surfaces cultivables planétaires sont en voie de saturation,
rendant cette équation alimentaire difficilement solvable. Mais
ces espoirs et ces potentiels sont grevés par des phénomènes
écologiques de plus en plus préoccupants. Le réchauffement
climatique et la dégradation des écosystèmes par l’agriculture
contemporaine mettent à mal les acquis de la révolution
agricole moderne et requièrent une nouvelle révolution
agricole, agroécologique cette fois, pour tenter de rétablir
l’équilibre et assurer la durabilité de la production agricole. A
la recherche de la meilleure stratégie pour nourrir l’humanité
de demain, nous explorerons différentes voies vers la sécurité
alimentaire et la résorption de la faim. L’équation alimentaire
est complexe, mais sa résolution est une nécessité, l’échec
n’est pas une option.
Liste des illustrations
Figure 1: Indice global de la faim en 2011 ...................................... 19
Figure 2 : Evolution du nombre de personnes sous-alimentées dans
le monde (en millions) ........................................................... 22
Figure 3 : Evolution régionale des rendements céréaliers moyens
durant la révolution agricole moderne (en kg/ha) .................. 28
Figure 4 : Volumes alimentaires moyens produits par actif agricole
et par an (en tonne) et coûts de production (en USD/tonne)
pour 3 types d’exploitation céréalière .................................... 29
Figure 5 : Aperçu chronologique de l’évolution des politiques
agricoles ................................................................................. 38
Figure 6 : Evolution du prix de la tonne de blé sur le marché de
Chicago (en USD constant de 1998), et coûts de production
comparés de 3 types d’exploitation agricole (en USD/tonne) 42
Figure 7 : Evolution des taux d’indépendance alimentaire caloriques
régionaux (en %) .................................................................... 47
Figure 8 : Taux d’indépendance alimentaire des pays importateurs
(en %) .................................................................................... 48
Figure 9 : Evolutions de l’indice des prix des céréales de la FAO et
crises politiques ..................................................................... 53
Figure 10 : Evolution de la production, consommation et stocks
alimentaires mondiaux de céréales ........................................ 60
Figure 11 : Evolution de la production de biocarburants ................ 63
Figure 12 : Evolution comparée de l’indice FAO du prix des céréales
et du prix du pétrole brut ........................................................ 65
Figure 13 : Nombre de contrats à terme achetés à la bourse de
Chicago via des fonds indiciels (en milliers de contrats/j) ..... 69
Figure 14 : Consommation moyenne en viande par catégorie de pays
(en kg/hbt/an) ......................................................................... 72
Figure 15 : Evolution comparée des taux d’indépendance en céréales
de l’UE, Etats-Unis, Inde et Chine ......................................... 73
Figure 16 : Inégalité des sexes dans l’accès aux facteurs de
production agricole en 2010 .................................................. 80
Figure 17 : Evolution sur le long terme des inégalités dans le monde
(indice de Theil) ..................................................................... 82
Figure 18 : Budget des agences agroalimentaires de l’ONU en 2011
............................................................................................... 93
Figure 19 : Evolution comparée du volume d’aide alimentaire
mondiale et du cours des céréales .......................................... 98
7 Figure 20 : Evolution des volumes importés de blé par des pays non-
producteurs : un indicateur de changement d’habitudes
alimentaires (et de dépendance) ........................................... 100
Figure 21 : Evolution de la population mondiale .......................... 115
Figure 22 : En haut, rendements alimentaires régionaux (production
de calories alimentaires par ha cultivé). En bas, exemple du riz
et du blé en France et en Inde : moyenne lissée sur 5 ans de
l’accroissement annuel des rendements, et courbes de tendance
............................................................................................. 118
Figure 23 : Prix des aliments et investissements en irrigation et
drainage ............................................................................... 125
Figure 24 : Extension des surfaces cultivées et irriguées depuis 50
ans ........................................................................................ 127
Figure 25 : Couverture et occupation des terres (en % des terres
émergées) ............................................................................. 128
Figure 26 : Potentiels en surfaces cultivables par région (en Mha)129
Figure 27 : Evolution des demandes en surfaces cultivables (en
Mha). Pronostics minimums et maximums .......................... 135
Figure 28 : Projection de l’évolution de l’humidité moyenne du sol
(eau disponible pour les plantes) entre les périodes 1980-1999
et 2090-2099 (en %). Scénario GIEC A2 (+3,4°C) ............. 138
Figure 29 : Projection de l’évolution de la température de surface
entre les périodes 1980-1999 et 2090-2099 (en %). Scénario
GIEC A1B (+2.8°C) ............................................................ 138
Figure 30 : Projection de l’évolution de la productivité agricole en
2080 (en %) ......................................................................... 139
Figure 31 : L’Afrique, continent de tous les maux ........................ 140 32 : Evolution des rendements céréaliers et des surfaces
cultivées au Tchad ............................................................... 143
Figure 33 : Décalage des isohyètes 200 mm/an et 600 mm/an au
Tchad depuis 1950 ............................................................... 144
Figure 34 : Niveau régional de dégradation des terres .................. 146
Figure 35 : Cycle de la dégradation des sols en Afrique sahélienne
............................................................................................. 147
Figure 36 : Evolution du nombre de conflits et typologie des conflits
de haute intensité depuis 1945 ............................................. 158
Figure 37 : Projection de l’évolution du nombre de jours sans pluies
consécutifs entre les périodes 1980-1999 et 2090-2099 (en %).
Scénario GIEC A2 (+ 3,4°C) ............................................... 160
Figure 38 : Nombre de personnes affectées par des catastrophes
naturelles et courbe de tendance .......................................... 161
8 Figure 39 : Evolution potentielle de la production agricole dans le
monde et en ASS en fonction de chaque paramètre (ordres de
grandeurs aux dates mentionnées) ....................................... 167
Figure 40 : Imbrication des problématiques nutritionnelles .......... 179
Figure 41 : Quantité comparée d’engrais azotés reçue par les terres
arables dans 3 régions (kg/ha/an) ......................................... 183
Liste des abréviations
cal calories
g gramme
2ha hectare (= 10 000 m )
hbt habitant
j jour
kg kilogramme
m mètre
Mds$ milliards de dollars américains
Mha millions d’hectares
p personne
% pour cent oupourcentage
t tonne
ppm partie par milliard
Liste des acronymes
ACP Afrique Caraïbes Pacifique
AFSI Aquila Food Security Initiative
AIE Agence internationale de l’énergie
AMIS Système d’information sur les marchés agricoles
APD Aide publique au développement
APE accord de partenariat économique (de l’UE avec les ACP)
ASS Afrique subsaharienne
BM Banque mondiale
CAA Comité de l’aide alimentaire
CADTM Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde
CEDEAO Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest
CEE Communautomique européenne
CEMAC Communauté économique et monétaire de l’Afrique
centrale
CEPII Centre de recherche français dans le domaine de
l’économie internationale
CEPLG Communauté économique des pays des Grands Lacs
CILSS Comité permanent inter-états de lutte contre la sécheresse
10 dans le Sahel
CIRAD Centre de coopération internationale en recherche
agronomique pour le développement
CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le
développement
CRDI Centre de recherches pour le développement international
CSA Comité de la sécurité alimentaire mondiale (FAO)
DA Droit à l’alimentation
EADI European Association of Development research and
training Institute
EPI Earth policy institute
FAO Organisation (de l’ONU) pour l’alimentation et
l’agriculture
FAOSTAT FAO Statistical Databases
FCFA Franc de la Communauté financière africaine
FCGLG Food Crisis and the Global Land Grab
FIDA Fond international de développement agricole
FMI Fond monétaire international
GAEZ Global Agroecological Zoning
GAO United States Government Accountability Office
GATT General Agreement on Tariffs and Trade
GCRAI Groupe consultatif pour la recherche agricole
internationale
GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du
climat
GLASOLD Global Assessment of Human-Induced Soil Degradation
GTAP Global Trade Analysis Project
HCR Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés
HIIK Heidelberg Institute for International Conflict Research
HLPE High Level Panel of Experts (en sécurité alimentaire, pour
le CSA)
IAMM Institut agronomique méditerranéen de Montpellier
IATP Institute for Agriculture and Trade Policy
IEP Institut d’études politiques
IFPRI Institut international de recherche s-r les politiques
alimentaires
IFSP Initiative on Soaring Food Prices (de la FAO)
IGC International Grain Council
ILC International Land Coalition
INED Institut national d’études démographiques
11 INRA Institut national de recherche agronomique
INSEE Institut national de la statistique et des études économiques
IPPTE Initiative pays pauvres très endettés
MENA zone du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord
MOMAGRI Mouvement pour une organisation mondiale de
l’agriculture
NECSI New England Complex Systems Institute
OCDE Organisation de coopération et de développement
économique
OGM organisme génétiquement modifié
OMC Organisation mondiale du commerce
OMD Objectifs du millénaire pour le développement
OMS Organisation mondiale de la santé
ONG organisation non gouvernementale
ONU Organisation des Nations unies
OTAN Organisation du traité de l’Atlantique Nord
PAC politique agricole commune de l’UE
PAM Programme alimentaire mondial
PAS plan d’ajustement structurel
PED pays endéveloppement
PIB produit intérieur brut
PIDEC Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels
PMA pays les moins avancés (groupe de 48 PED)
PNB produit national brut
PNUD Programme des Nations unies pour le développement
RFI Radio France internationale
ROPPA Réseau des organisationspaysannes et des producteurs de
l’Afrique de l’Ouest
SAGE Center for Sustainability and the Global Environment
SCV semis direct sur couverture végétale
SIPH Société internationale de plantations d’hévéas
SIPRI Stockholm International Peace Research Institute
SOLAW étude sur l’état des ressources en terres et en eaux pour
l’agriculture (FAO)
SPS sanitaire et phytosanitaire (en références aux normes
commerciales)
TIPP taxe intérieure sur les produits pétroliers
UE Union européenne
UEMOA Union économique et monétaire ouest-africaine
12 UNEP Agence des Nations unies pour l’environnement
UNICEF Agence des Nations un l’enfance
USAID Agence des Etats-Unis pour le développement international
USD dollars américains
USDA département de l’Agriculture des Etats-Unis
USEIA département de l’Information énergétique des Etats-Unis
WISE World Inventory of Soil Emission Potentials

Préface
Ce livre a débuté par la nécessité de réfléchir en profondeur
sur l’activité de mon employeur, une organisation non
gouvernementale (ONG) de solidarité internationale.
L’objectif était de comprendre et de maîtriser l’ensemble des
phénomènes causant la faim pour ensuite mieux définir les
solutions appropriées et cibler nos projets, selon l’adage :
« Penser global, agir local ». La faim est une forme de
malnutrition parmi d’autres (dont les carences, l’obésité, etc.).
Dans cet ouvrage, nous ne traiterons que de la faim, c’est-à-
2dire de l’insuffisance alimentaire quantitative .

Dans cet ouvrage, je m’attache plus particulièrement à
répondre à deux questions. La première interroge la
géopolitique alimentaire : quelles sont les responsabilités des
politiques économiques agricoles et alimentaires
internationales dans le phénomène de la faim ? Cette
responsabilité, nous le verrons, est immense. Cette question
nous amène à des solutions pratiques et très accessibles à la
communauté internationale. La seconde question concerne les
enjeux d’avenir : les ressources terrestres sont-elles suffisantes
pour nourrir l’humanité de demain ? Cette projection est
fondamentale pour identifier dès maintenant les futurs enjeux,
anticiper les problèmes et développer en amont des solutions.
Cette question aboutira donc à des propositions de politiques
alimentaires durables.

Cette réflexion s’est appuyée sur mon expérience d’agronome
de terrain dans les pays du Sud, sur l’exploitation de bases de
données et sur une recherche bibliographique approfondie.
Des travaux de chercheurs aux analyses d’ONG ou
d’institutions publiques, cette revue documentaire a tâché

2 Sous le seuil des 1 800 kcal/j/p en moyenne la faim se fait sentir. On parle
également de sous-alimentation. Ces seuils sont fonction de l’âge, du sexe,
du poids, de l’activité physique de chacun.
15 d’être la plus complète possible. Lors de cette recherche je fus
surpris par l’éparpillement des données. Il m’a donc fallu
rassembler des informations clairsemées, les comparer, les
peser, les analyser et enfin les assembler pour obtenir une
explication claire et cohérente des phénomènes liés à la faim.
C’est ce travail de compilation qui est exposé ici. Ce livre n’a
donc pas vocation à défendre sur un ton péremptoire un point
de vue militant, mais plutôt à poser humblement des questions
et à exposer un ensemble d’analyses et de réflexions parmi les
plus crédibles, portées par des personnes ou des organisations
parmi les plus fiables, dans un souci de compréhension
objective des causes de la faim.

Les sujets, notamment économiques, sont souvent
controversés. Ils sont l’objet de débats passionnés. L’idéologie
et la raison s’y côtoient sans que les frontières y soient
clairement visibles. J’aurais pu choisir d’exposer l’ensemble
des points de vue mais l’objectif n’est pas de retracer
l’historique des débats sur les causes géopolitiques de la faim.
Il est d’identifier les mécanismes faisant l’objet d’un
consensus dans la communauté professionnelle travaillant sur
la question. Ce travail a donc nécessité une comparaison et
une confrontation aux données de terrain puis une sélection
des analyses. Et malgré la sincérité de l’effort d’objectivité, ce
travail a inévitablement laissé une place importante à la
sensibilité. Ce parti pris est la part de subjectivité de
l’ouvrage. Elle est l’expression de la confrontation des
données universitaires, scientifiques et statistiques avec mon
expérience d’agronome de terrain. Plusieurs illustrations
concrètes tirées de ces années passées en milieu rural pauvre,
en Afrique et en Asie jalonneront l’ouvrage.

Les analyses ont été sélectionnées en fonction de la solidité de
leurs bases argumentaires, de leurs adéquations avec les
données disponibles, du consensus dont elles font l’objet et de
la notoriété de leurs auteurs. Cette exigence explique les très
nombreuses références bibliographiques qui émaillent le texte.
Elles permettront aux curieux d’approfondir à loisir l’étude
d’un phénomène. En fin d’ouvrage, j’ai pris la liberté de
16 suggérer aux lecteurs les sources qui m’ont semblées les plus
intéressantes.

Une lecture à plusieurs niveaux est possible : les données
essentielles à la compréhension du propos sont en gras tandis
que les illustrations, citations ou les compléments
d’information sont disposées dans les zones grisées.

Dans le corps du texte, nous mentionnerons des groupes de
pays par des appellations chargées de sens comme « pays
développés » ou « pays riches », ainsi que « pays en voie de
développement » (PED), groupe comprenant les « pays les
moins avancés » (PMA) et les « pays émergents ». Ces
groupes correspondent à une appellation officielle de
l’Organisation des Nations unies (ONU). Il ne faudra donc y
voir ni un jugement de valeur ni une quelconque souscription
à une vision déterministe et univoque de l’histoire, mais
simplement une commodité.

Bien sûr, de nombreux ouvrages traitant de la faim existent.
Ils sont souvent plus techniques, moins accessibles et abordent
3généralement un domaine spécifique. Si vous souhaitez
acquérir une vision plus détaillée de la problématique de la
faim, alors je vous conseille de lire également ces derniers et
de puiser dans la bibliographie. Le présent ouvrage a
davantage vocation à proposer une vision d’ensemble, à
synthétiser les réflexions actuelles pour des lecteurs non
spécialistes. J’espère que mon travail leur aura été utile.

Enfin, puisque la dédicace est de coutume, je dédie ce livre à
mon fils, à qui j’aimerais ne jamais dire « c’était mieux
avant ».

3 Je pense notamment aux ouvrages de M. Mazoyer, M. Griffon, M. Petit,
Y. Collin et aux rapports d’institutions internationales. Introduction
La faim (autrement appelée sous-alimentation) est une
constante de l’histoire de l’homme : les famines ont ponctué le
développement de toutes les civilisations, ont parfois suscité
leurs effondrements et elles menaçaient encore l’Europe
eindustrielle jusqu’à la fin du XIX siècle. Si le Vieux
Continent, à force de progrès, a su s’extirper de l’histoire
ordinaire, tel n’est pas le cas de bien des régions du monde.
4Figure 1: Indice global de la faim en 2011

Les disparités alimentaires du globe, mesurées en kilocalories
(kcal) par jour et par personne, vont du simple au double : alors
qu’un Français consomme environ 3 650 kcal/j/p, un Congolais ou
un Afghan en consomment 1 550, pour des besoins estimés entre
2 100 et 2 400 kcal/j/p en moyenne. Selon l’Organisation pour
l’alimentation et l’agriculture (FAO), une moyenne de 3 000
kcal/j/p permettrait de nourrir convenablement une population
dans son ensemble, en intégrant les disparités internes d’accès à la
nourriture.


D’après la FAO, 925 millions de personnes, soit 16 % de la
5population mondiale, ont faim au quotidien .

4 Carte d’après données de l’Institut international de recherche sur les
politiques alimentaires (IFPRI), 2011. L’indice global de la faim est un
indice d’insécurité alimentaire chronique agrégeant trois indicateurs : la
prévalence de la sous-alimentation, celle de sous-alimentation infantile et la
mortalité infantile. Carte d’après les données IFPRI, 2011.
19
En plus de ce milliard de sous-alimentés, un autre milliard de
personnes souffrent de carences diverses (en vitamines, en
minéraux, en protéines, etc.) qui les fragilisent et les rendent plus
vulnérables aux maladies. Cette faim « invisible » s’explique en
bonne partie par les mêmes phénomènes que la sous-alimentation
et n’en est jamais éloignée. Elle ne sera pas traitée dans cet
ouvrage mais participe du même processus que la faim.


La plupart des personnes sous-alimentées vivent dans les
PED. 40 % d’entre elles sont concentrées en Chine et en Inde.
L’essentiel des sous-alimentés se trouvent donc en Asie mais
c’est en Afrique subsaharienne (ASS) que leur proportion est
la plus élevée, avec en moyenne 30 % de sous-alimentés dans
la population, contre 15 % en Asie. Et tandis que la situation
asiatique s’améliore rapidement depuis les années 70, celle de
l’ASS semble stagner. Nous porterons donc une attention
particulière à ce sous-continent.

En Afrique, le nombre d’enfants dénutris a augmenté de 25 %
entre 1990 et 2010. Source : Organisation mondiale de la santé
(OMS), 2011.


L’insécurité alimentaire est considérée par l’ONU comme la
première cause de mortalité non naturelle. Selon Jean Ziegler,
rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des
droits de l’homme de l’ONU de 2000 à mars 2008, la
mortalité due à l’insécurité alimentaire représentait 58 % de la
mortalité non naturelle mondiale totale en 2006 : « Dans le
monde, environ 62 millions de personnes, toutes causes de
décès confondues, meurent chaque année. En 2006, plus de 36
millions sont mortes de faim ou de maladies dues aux
6carences en micronutriments. » Il est vrai que les estimations
7varient entre 9 millions et 36 millions de morts par an selon

5 FAO, 2010. Les méthodes d’estimations de la FAO sont sujettes à débat.
Si les chiffres sont parfois contestés, l’évolution des chiffres semble
pertinente dans la mesure où la même méthode a été appliquée chaque
année.
6 Ziegler, 2005.
7 Selon la FAO, et l’OMS. OMS, 2000.
20