Le défi du développement en Côte d'Ivoire

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Cet ouvrage fait le bilan économique des 46 ans d'indépendance de la Côte d'Ivoire, marqués par des périodes de croissance et de récession, mais aussi par des crises politiques extrêmes dont le coup d'état du 24 décembre 1999, et la rébellion armée du 19 septembre 2002 qui ont eu des incidences graves sur l'activité économique. Si le défi du retour à la paix est la préoccupation du moment, l'autre défi est celui du développement, dans un monde plus que jamais ouvert, fait de compétition et tiré de plus en plus par l'Asie.
Publié le : jeudi 1 mai 2008
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EAN13 : 9782336263014
Nombre de pages : 296
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R emerciements
Je dédie cet ouvrage à ma chère épouse Koffi Fanta et à mon fils Koffi Daniel qui ont fait preuve de compréhension pendant les moments sacrifiés pour la recherche documentaire et la rédaction des chapitres. J’ai une pensée pour mon père Koffi Félix, très tôt disparu, à ma mère Affoué Madeleine, et ma grand-mère Akpo Adjoua seule vivante des grands-parents qui m’ont toujours apporté tout leur amour parental tout comme mes frères et sœurs Cécile, Charles, Michel, Sylvie, Claude, César, Félix, Alfred et feue Nicole qui m’ont toujours soutenu. Je n’oublie pas l’ensemble de la famille paternelle Sokobou et Cocoty à Tiébissou, en particulier l’oncle le Pr Bohoussou, le cousin Yao Albert, la famille maternelle Akpo à Brobo et à MBahiakro, en particulier l’oncle Koffi Marius. Je n’oublie pas le soutien moral et familial du doyen le ministre Alliali et du frère Yéboué Pascal. J’adresse une mention spéciale à tous ceux qui m’ont apporté de la documentation, des conseils, des avis, ou des commentaires, notamment comme lecteurs. Ce sont Assemian Alexandre, Kouassi Kouamé, Koffi NGuessan, Diaby Laciné, Tahi Fabrice, Diaby Moustapha, Doffou Nantinin, NDri Koffi, Koné Mamadou, Koffi Philippe, N’Gbala Kouassi, Ano Amoi, Yao Madeleine, Bernard Kpouessou, Goourey Alain, Agara, Ayoun N’Dah, Diomandé Kanvaly, Tiburce Koffi, le ministre Ginette Yoman, l’INS et la direction de la prévision. Je remercie infiniment les contributions du préfacier Abdoulaye Mar Dieye, représentant résident du PNUD à Abidjan, de Mamadou Dia, directeur des opérations de la Banque mondiale à Abidjan pour son témoignage et de Yao Koffi, représentant résident du Fonds monétaire international à Cotonou pour son postface. Ils ont bien voulu donner leurs impressions et contribuer ainsi à valoriser l’ouvrage. Je remercie tous les amis, condisciples, maîtres, professeurs et directeurs de l’école primaire à Sinfra, du collège à Bouaflé, du lycée à Bouaké, de l’Ensea Abidjan, (Yattien Amiguet) de l’ENSEA-CESD (Diop Lamine) à Paris, et de l’ISM à Paris (Jack Forget) ou à New York (St John’s University). Je n’oublie pas non plus tous mes patrons et supérieurs hiérarchiques qui m’ont appris le travail ou que j’ai eu à servir notamment les Premiers ministres Duncan, Diarra, Affi, et Banny ; les ministres du travail, de l’économie et des finances respectivement feu Vanié Bi Tra, qui a été mon premier patron et chef dans la vie active, et Niamien N’Goran, puis les ministres Kouamé Patrice, Atsain Achi, Oulaye Hubert, Aman Ayayé, Koulibaly Mamadou, N’Golo Coulibaly, Yves Yao 5

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Kouamé, Paul-Antoine Bohoun Bouabré et Diby Koffi Charles puis les ministres du plan : Oumar Diarra, Ahoua N’Doli, Tidiane Thiam et Britto Boniface. A ces personnalités s’ajoutent les directeurs de cabinet, secrétaires généraux, chefs de cabinet, conseillers, directeurs, collègues et collaborateurs à la primature dont Jean-Claude Brou, Miaka Oretto, Tchétché N’Guessan, Mme Sarassino, JeanClaude Kouassi, Komoin François, Hoba Albert, Kouassi Hortense, Mme Safiatou Bah N’Daw, Kouadio Eugène, Pape, au ministère du travail en particulier Thiam Faber, Konaté Bakary, feu N’Guessan Zoukoux, Konaté Fronce, Sanogo Pornon, Essigan, Assomou, Lath Edoukou, à la direction de l’emploi Kreman, Fossou mes sous-directeurs et tous les autres, au ministère de l’Economie et des Finances dont Guetat Noël, Ahoutou Emmanuel, ainsi qu’à mon premier directeur, Henri Gelas, aux membres des conseils d’administration du Bnetd, de la Bicici et de l’ex-Caa auxquels j’ai appartenu, aux équipes du programme d’ajustement du secteur des transports, du comité de supervision du DSRP, du Comité de négociation et de suivi des programmes économiques et financiers, et du comité de mobilisation des financements extérieurs. Au plan international je remercie tous mes chefs, représentants, collègues, collaborateurs et amis au BIT, notamment la directrice régionale, au Fnuap et au PNUD à Abidjan, New York, Genève, Dakar, Conakry et Antananarivo, ainsi que les nationaux et internationaux des projets que j’ai supervisés en Guinée et à Madagascar, à l’équipe Afristat à Bamako, pour m’avoir donné une ouverture et une expérience internationales. Je dis merci aux équipes du FMI, de la Banque mondiale, du PNUD, de la BAD, de l’UE et de la coopération bilatérale avec lesquels nous avons travaillé. Je remercie le Premier ministre Soro, qui en me confirmant dans son cabinet, me donne l’occasion de continuer à servir mon pays. Je n’oublie naturellement pas N’Guessan Gustave, celui-là même chargé de la communication sur l’ouvrage, le maquettiste Gnonplégou Aoussi Séraphin et le correcteur Diarassouba, le bibliothécaire Koffi Konan, et tous ceux qui de près ou de loin m’ont encouragé ou aidé dans la rédaction de cet ouvrage.

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P réface
Au moment où la Côte d’Ivoire s’investit dans une dynamique de sortie de crise, avec à ses côtés, la communauté des nations, l’ouvrage de Paul Koffi Koffi, “ Les défis du développement en Côte d’Ivoire ” s’annonce comme une lueur de plus, pour nous orienter tous, vers cette sortie de crise. L’originalité de l’ouvrage de Paul Koffi Koffi est qu’il sort des sentiers battus des écrits que nous trouvons souvent dans la littérature sur le développement de beaucoup de pays africains, mais qui s’ apparentent beaucoup plus à de la rhétorique ou à des professions de foi. En effet, on ne peut raisonnablement projeter le futur d’un pays sans analyser son passé, de façon empirique et approfondie, et sans examiner les déterminants de son évolution économique, sociale et politique. Sa formation de statisticien économiste, son ouverture sur le plan international, notamment son passage au Bureau international du travail (BIT) et au Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), son parcours professionnel, comme, entre autres, ses fonctions de conseiller technique à la primature, et en charge des dossiers d’analyse, de prévision et de reformes économiques, l’ont sans nul doute prédisposé à avoir un oeil lucide, avisé et prospectif sur l’évolution et l’avenir de son pays. Cet ouvrage montre bien la vision de Paul Koffi Koffi pour son pays pour les prochaines décennies. Cette vision est très pragmatique. Koffi affirme, et je suis d’avis avec lui, que la Côte d’Ivoire a expérimenté avec des succès mais aussi des échecs, des stratégies de développement. Mais face aux limites des unes et des autres, il faut mettre sur la table comme priorité une stratégie basée sur l’homme, sur ses talents, son savoir-faire qui crée de la richesse. Ce développement basé sur la promotion de l’homme a été négligé et sacrifié depuis plus de 20 ans, ce que les Asiatiques ont réussi à imprimer à leur société dont la Malaisie citée en exemple parce qu’ayant de nombreuses similitudes avec la Côte d’Ivoire. Ensuite, l’ouvrage met l’accent sur une Côte d’Ivoire qui reprend et accentue le développement de ses infrastructures, mais qui passe le cap d’une économie agricole de rente et de matières premières pour devenir une économie industrielle qui transforme, mais qui va plus loin en investissant dans les hautes technologies pour devenir la véritable puissance économique sous-régionale des espaces économiques UEMOA et CEDEAO, d’où une stratégie d’ouverture sur l’extérieur qui exploite les opportunités de la mondialisation et anticipe sur une ouverture équilibrée pour rendre moins dépendant l’économie. 7

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Koffi Koffi pense à juste titre d’ailleurs qu’une croissance d’au moins 7% et des investissements d’au moins 1/5 ou un 1/4 du PIB face à une forte démographie, qui permettront à ce pays de rebondir et redevenir la locomotive sous-régionale qu’elle fut. L’auteur prend soin de préciser que tout développement ne peut se faire sans paix, stabilité et sécurité ; c’est pourquoi, il soutient que la première stratégie est la promotion de la démocratie, d’un Etat de droit fort qui crée et fait respecter les règles du jeu économique, qui assure la bonne gouvernance, tout facteur qui installe la transparence et éloigne les crises. Aucune économie si puissante soit-elle, ne peut négliger pendant longtemps les règles d’un Etat de droit et vivre dans l’instabilité politique et a contrario, aucune démocratie si avancée soit- elle ne peut négliger l’économie et maintenir la population dans la pauvreté. Koffi Koffi présente le dernier axe de sa stratégie en mettant l’accent sur une ouverture équilibrée et judicieuse, sans exclusive en intégrant l’évolution du monde au cours des prochaines années avec la montée en puissance des pays d’Asie (Japon, Chine, Inde et ceux d’Asie du sud-est) et d’Amérique latine comme le Brésil dans un environnement mondialisé. L’ouvrage va plus loin et c’est là qu’il devient véritablement intéressant en présentant les résultats effectifs et les incidences budgétaires de la mise en œuvre de ces idées qui sont tout un programme économique pour une Côte d’Ivoire « nouvelle ». On ne peut que souhaiter pleins succès à l’ouvrage et surtout bonne continuation à Koffi Koffi, éminent statisticien économiste ivoirien mais aussi du continent en tant que membre coopté de l’observatoire africain de statistique et d’économie dit Afristat. Abdoulaye MAR DIEYE Ingénieur statisticien économiste Représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations unies en Côte d’Ivoire Coordonnateur résident du système des Nations unies, Abidjan, Côte d’Ivoire.

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T émoignage
J’ai connu Koffi Koffi dès mon arrivée à Abidjan pratiquement, quelques semaines avant le coup d’état de décembre 1999, alors qu’il occupait les fonctions de directeur de cabinet adjoint du ministre de l’économie et des finances et également de coordonnateur du programme économique et financier dans lequel la Banque mondiale était engagée. Après cet événement douloureux qui a vu la suspension de ce programme, Monsieur Koffi Koffi s’est retrouvé au cabinet du premier ministre Diarra comme conseiller économique poste qu’il a occupé jusqu’à ce jour, auprès des premiers ministres qui se sont succédé ; preuve de ses qualités techniques et humaines faites de compétence, d’humilité, de loyauté, de discrétion et de conscience professionnelle. Monsieur Koffi Koffi qui a eu la confiance de tous, a été désigné en juillet 2000 pour coordonner l’un de nos programmes majeurs en Côte d’Ivoire à savoir le programme d’ajustement du secteur des transports pendant un an et demi où il a permis de le débloquer et de faire créer l’Ageroute et le fonds d’entretien routier (FER). Dans le même temps, Monsieur Koffi Koffi poursuivait la coordination du programme économique et financier avec compétence. Il a surtout eu à piloter le processus de préparation du document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) et c’est là que j’ai pu apprécier toutes les qualités de cet homme. Il a, en effet organisé et supervisé les consultations nationales et régionales, l’enquête sur la pauvreté, les études, les discussions thématiques, et la rédaction du document de base, en un délai record et avec une qualité telle que la Côte d’Ivoire déjà éligible au mécanisme Ppte en 1998 pour lequel il y avait contribué, le pays était au seuil d’atteindre à nouveau le point de décision en octobre 2002 quand survint la crise de septembre 2002. Il faut préciser que Monsieur Koffi Koffi a contribué pleinement à la reprise de la coopération financière avec la communauté internationale, notamment les consultations avec l’Union européenne en 2001, la conclusion du programme de stabilisation avec le FMI en 2001 et la nouvelle facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPS) avec le FMI et la Banque mondiale en mars 2002. Koffi Koffi, c’est aussi un assoiffé du savoir. Avec les événements de septembre 2002, il décida de poursuivre les études et en se rendant à Paris et New York pour faire un executive MBA à l’International school of management et l’université St John. Il prépare actuellement un Ph.D of business administration. 9

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Depuis l’avènement du gouvernement de réconciliation, après son retour d’études en 2004, Koffi Koffi a la lourde responsabilité de superviser sous l’autorité du premier ministre, la conception en 2005 de ce que l’on a appelé le programme prioritaire comprenant le Ddr, le redéploiement de l’administration, l’identification, les élections et la reconstruction, appelé aujourd’hui programme de sortie de crise dans le cadre du gouvernement de transition. Monsieur Koffi Koffi est aussi l’homme qui a introduit le principe de recrutement des responsables de l’administration centrale notamment les directeurs des régies financières (trésor, douanes, impôts) par appel à candidature. Il a conçu le système et proposé au premier ministre Affi qui l’a avalisé. C’est d’ailleurs ce principe qui a été utilisé pour désigner les directeurs de l’Ageroute et du Fonds d’entretien routier (FER). Pour revenir à l’ouvrage, il faut mentionner l’immense effort de recherche et d’analyse effectué par Monsieur Koffi Koffi, qui fait honneur à sa génération et ouvre la voie à d’autres. En effet, il a démontré le parcours économique de ce pays avec une argumentation solide à l’appui en concluant que si ce pays a réussi pendant longtemps, c’est bien parce que la stratégie mise en œuvre au cours des 20 premières années a porté ses fruits. Mais cette forte croissance recelait en son sein ses propres faiblesses et contraintes. Très vite la détérioration des termes de l’échange et le renchérissement du pétrole ont plombé l’économie ivoirienne, sensible aux chocs extérieurs. Les institutions de Bretton Woods ont recommandé les programmes d’ajustement structurel qui ont très vite montré leur limite face à des déficits publics et extérieurs de plus en plus importants. Très rapidement, le service de la dette ne pouvait plus être assuré vers la fin des années 80 avec la crise économique qui a atteint son sommet en 1989 et 1990, et le franc CFA devenu très cher par rapport au franc français et au dollar. La dévaluation du franc CFA devenue nécessaire, interviendra en 1994. Cette décision et l’avènement de l’UEMOA ont été saisis pour insuffler une nouvelle dynamique à l’économie ivoirienne qui a retrouvé sa compétitivité, mais cela ne fut que de courte durée. En effet, la force de ce pays qui est le binôme café/cacao, est aussi sa faiblesse car quand les cours mondiaux grimpent, l’économie se porte mieux, mais quand les cours baissent, tout s’écroule ; comme ce fut le cas en 1999. Mais non seulement les cours mondiaux du café et du cacao ont chuté, mais un coup d’état survint en fin d’année. Encore une fois la fragilité de l’économe Ivoirienne obligea le pays à se tourner de nouveau vers le FMI et la Banque mondiale après l’avènement de la deuxième république. En septembre 2002, la Côte d’Ivoire est sur le point d’atteindre de nouveau le point de décision de l’allègement de la dette quand survint cette autre tentative de coup de force qui s’est très vite transformée en rébellion armée. Depuis lors, le pays vit une crise qui retarde son « nouveau décollage », et c’est la pauvreté qui s’enracine tout doucement. 10

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Face à cette situation et en perspective à la sortie de crise, une crise qui perdure depuis 4 ans, Koffi Koffi propose une révision des stratégies selon une approche pragmatique qui mérite d’être exploitée par tous ceux qui aspirent au développement de ce pays, locomotive de la sous-région. Je souhaite un avenir radieux à Koffi Koffi et pleins succès à cet ouvrage qui restera comme une référence pour cerner les problèmes économiques de la Côte d’Ivoire en vue d’engager son «nouveau décollage». MAMADOU DIA Directeur des opérations pour la Banque mondiale à Abidjan

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A vant propos
Cet ouvrage a une histoire. Son histoire se confond avec ma vie professionnelle. Le principe d’écrire sur l’économie ivoirienne a été conçu pendant que j’étais étudiant à l’ENSAE-CESD, à Paris, où j’ai obtenu mon diplôme d’ingénieur statisticien économiste en 1983. Le CESD était alors dirigé par Lamine Diop. J’y étais admis au concours d’entrée en 1980, après mon diplôme d’ingénieur des travaux statistiques à l’Ensea en 1980 à Abidjan dirigée par Yattien-Amiguet. Les premières pages datent de cette période d’étudiant. En effet, j’ai toujours voulu écrire parce que j’ai été émerveillé et fasciné par les écrits monumentaux de Jacques Attali, et mon père instituteur, m’a apprisà lire déjà dès mon jeune âge. Rentré au pays, j’ai l’honneur de rencontrer feu le ministre Vanié Bi Tra grâce à son conseiller et directeur de l’emploi, Henri Gelas, expatrié et ingénieur statisticien économiste comme moi. Je suis engagé dans la fonction publique comme ingénieur en 1984, puis sous-directeur la même année et directeur de l’emploi un an plus tard en 1985. Je n’avais que 28 ans, ce qui me fit l’un des plus jeunes directeurs d’administration centrale à l’époque, en remplacement de Monsieur Henri Gelas en fin de contrat. J’ai continué à rassembler les éléments pour l’ouvrage que j’ai mis sous veilleuse, compte tenu de mes obligations professionnelles. En 1986, à la faveur de l’année internationale de la jeunesse de 1985, et pour service rendu en tant que président de la commission jeune et emploi, le ministre de la Jeunesse et des sports, Fologo me décore au grade de chevalier du mérite de la jeunesse et des sports. Le ministre du plan Oumar Diarra, me propose comme directeur de cabinet, mais le ministre du travail s’y opposera. Mais que fut mon bonheur quand le directeur de l’Ensea, Yattien Amiguet m’associa à l’organisation des cérémonies de l’inauguration de l’école dans ses nouveaux bâtiments et lorsque je fus chargé, en tant que secrétaire général de l’association des statisticiens et démographes de Côte d’Ivoire (1984-1989 avec Dao Bakary comme président) d’accompagner pendant son séjour ivoirien, Edmond Malinvaud, un monument mondial de la statistique et de l’économie. Le bureau international du travail (BIT) entre plusieurs missions en 1988 me fait une proposition comme conseiller technique principale (CTP) en Guinée pour piloter un programme de population et développement. Mes amis Pape Kane, Paraiso et feu Ebot m’encouragent et me soutiennent. Malgré l’opposition de mon patron, le ministre du travail qui m’appréciait énormément, le directeur général du BIT (Francis Blanchard) de passage à Abidjan est obligé d’insister auprès de 13

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celui-ci pour me libérer. A Conakry, j’ai tout l’appui de NZékio, le représentant résident du PNUD et du Dr Neves, le Directeur du Fnuap, puis de Mme Zinsou, son remplaçant. Je tisse de solides amitiés dans ce pays, notamment avec Kamano, directeur national puis ministre du plan, Sidibé et Barry, mes homologues, etc. J’ai aussi continué de faire des coupures de journaux que je recevais du pays et de réunir la documentation. J’ai repris la rédaction à Madagascar entre 1995 et 1997 où je suis affecté toujours avec le BIT et le Fonds des Nations unies pour les activités de population (FNUAP), comme CTP du programme de population et développement. A Madagascar, j’en garde aussi un bon souvenir avec de fortes amitiés telles Zoumana Sako du PNUD, Essan du Fnuap, Eyraud, Tchalyck et NKanagu du BIT, Raviarhisoa Chantal, Zaza, etc. Un vrai manuscrit sortira en 1996 sous le titre « Crise et avenir », mais il restera dans mes tiroirs. Comme Dieu sait faire les choses, Yao Koffi nommé administrateur au FMI et Kouassi Kouamé, alors directeur de la prévision m’ont fait l’honneur de me recommander au ministre de l’économie et des finances, Niamien N’Goran. Celui-ci au départ me pressentait comme directeur général du plan pour succéder à feu Kouadio Yao, l’ex-DG, mais le ministre verra le département du plan échoir à un autre collègue pendant que nous étions en train de négocier mon retour début 1996 après les élections d’octobre 1995. Pendant ce temps mon ancien Directeur de l’Ensea, Yattien Amiguet me recommandait pour diriger l’INS devenu société d’Etat, qui était aussi sous la tutelle du plan. Lorsqu’une autre opportunité s’est présentée, le ministre Niamien m’a fait à nouveau appel. Suite à l’accord entre le gouvernement et le BIT, j’ai rejoint quelques mois après en juillet 1997 Abidjan. J’ai accepté de perdre un poste motivant de CTP en position internationale pour une situation nationale. C’est aussi cela les choix de la vie, de la conviction. J’ai même sacrifié mon poste de conseiller régional du BIT et celui de conseil régional du FNUAP qui s’étaient présentés à moi en 1997. J’ai préféré entrer au pays comme conseiller technique du ministre de l’économie et des finances avec en charge le suivi du programme économique et financier parce que le pays avait besoin de moi en ce moment là. Ce qui pour moi était un grand challenge et une marque de confiance. Heureusement, tout s’est bien passé, l’expérience a été concluante, la Côte d’Ivoire a négocié, conclu un nouveau programme 1998-2001 et a atteint le point de décision de l’allègement de la dette en mars 1998 avec le point d’achèvement envisagé pour avril 2001. J’avais également en charge, la réorganisation du ministère de l’Economie et des Finances et nous avons introduit le concept de gestion par objectif; avec la mise en place d’un mécanisme de suivi et de coordination des activités, d’élaboration de programme de travail, de rapports périodiques de la part des structures et des conseillers. J’avais aussi la charge du suivi de la mobilisation des ressources extérieures. J’ai donc été promu directeur de cabinet adjoint après accord conclu avec le FMI 14

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et la Banque mondiale en 1998. J’ai pu apprécier l’amitié de Pierre Vandenboogard, de Pierre Ewinzyck et plus tard d’Innocent Diogo représentants résidents du FMI, ainsi que de celle de Charles Coste, conseiller au ministère de l’Economie et des Finances. J’ai été annoncé comme directeur de cabinet début 1999 par mes supérieurs, mais il fallait que je supervisasse le programme économique, d’où la nécessité pour moi de rester comme directeur adjoint de cabinet. Le ministre Tidiane Thiam, nommé nouveau ministre du plan, me pressentit à la direction de son cabinet ou à la direction de l’INS mais, il verra le refus poli de son collègue de l’économie et des finances. Pour parler du premier ministre Duncan, il faut noter que lui-même présidait les séances de suivi du programme économique et financier à son cabinet et « ses crayons » étaient devenus célèbres. En effet, il nous convoquait dans son bureau et avec lui, où chacun se servait d’un crayon pour travailler ensemble sur les dossiers. A la rencontre suivante, il nous rappelle exactement là où nous nous sommes arrêtés la dernière fois. A l’occasion du coup d’état de décembre 1999, une nouvelle équipe s’installe au ministère de l’Economie et des Finances scindé en deux départements ministériels différents. Face à une situation devenue incertaine, pour moi et pour le directeur de cabinet Guetat Noël qui avait remplacé Aman Ayayé, nommé ministre délégué chargé du budget avant le coup d’état, le premier ministre Seydou Diarra, sur proposition de son directeur de cabinet Yves Yao Kouamé, m’engage comme son conseiller économique, c'est-à-dire le plus proche collaborateur, chargé des questions économiques. Le BIT est saisi par le gouvernement pour que je continue à le servir, mais cette fois-ci à la primature. Le premier ministre Diarra me confie plus tard la gestion du programme d’ajustement du secteur des transports et la coordination du document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP). Je profite de la transition pour rédiger de nouveaux chapitres et réajuster le premier manuscrit. Le gouverneur Banny de la BCEAO me sollicita comme conseiller à son cabinet, mais le projet ne vit pas le jour, étant donné mes nombreuses responsabilités à la primature. Vint le gouvernement de la « refondation » en octobre 2000. A la faveur d’un voyage effectué en août 2000 à Madagascar, en compagnie de M. Affi N’Guessan, ministre de l’Industrie et du Tourisme sous la transition, nous faisons connaissance et nous en gardions chacun un bon souvenir. Nommé premier ministre, le premier ministre Diarra me recommande auprès d’Affi qui lui-même me sollicitait dès son arrivée. Je ne peux retourner au BIT où était en jeu un poste de conseiller régional. Le premier ministre Affi me maintient luiaussi, comme son conseiller économique. Il me confirme à la coordination du programme d’ajustement des transports, à la coordination du programme économique et financier et à la supervision du processus DSRP. Il me confie dès sa nomination également la préparation et la coordination de l’atelier du 15

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consensus national de décembre 2000 à février 2001 pour traduire le projet de « la refondation » en programme opérationnel. Les négociations que nous menons avec nos amis des finances débouchent en juin 2001, sur un staff monitored program de 6 mois conclu avec le FMI dans le cadre d’un budget cash dit budget sécurisé. Plus tard, à fin 2001, après la mise en place de l’Ageroute, du FER et de la Sonatt, je demandais à être déchargé du programme des transports pour me concentrer sur le DSRP, un autre challenge. J’organise et je participe à toutes les principales missions économiques du premier ministre Affi (Bruxelles, Paris, Washington, New York, Londres, Philadelphie etc) pour négocier les financements et rétablir les relations économiques et financières internationales, de même que pour rencontrer ou motiver les investisseurs étrangers. C’est le premier ministre Affi qui accepta notre initiative d’appel à candidature pour la désignation des directeurs des régies financières en vue d’améliorer la bonne gouvernance des finances publiques en 2001. J’ai mené cette opération avec Ginette Yoman, alors conseiller technique chargée de la bonne gouvernance. Le premier ministre Affi me confia la mise en place d’une structure de coordination du programme économique et financier qui impliquera davantage la primature. Cette structure sous tutelle de la primature et pilotée par le ministère de l’économie et les finances verra le jour en 2002. Elle était animée par une équipe comprenant Oussou Kouassy, Kouassi Kouamé, Assemien Alexandre et moi-même. En mars 2002, un nouveau programme économique et financier est conclu avec le FMI et la Banque mondiale, le DSRP-intérimaire est aussi bouclé. Le premier ministre Affi me propose avec d’autres collègues à la décoration dans l’ordre national pour le travail accompli. Que fut mon bonheur quand je fus chargé d’accompagner Jacques Attali (mon modèle) de passage à Abidjan, à la primature. Je suspends pendant ces moments d’intense activité, la rédaction de mon ouvrage et voilà que la crise éclate en septembre 2002, alors que nous venions d’achever la rédaction du DSRP-final soit 6 mois après le DSRP-intérimaire, assisté de Malan Jean-Paul et Diaby Lanciné, ce qui est un record. Le 19 septembre 2002 était la date que nous avions retenue pour la rencontre avec les partenaires au développement en vue de l’approbation du DSRP-final, qui devrait nous rouvrir la porte de l’allègement de la dette, après la première opportunité de mars 1998. Mais cette réunion capitale n’aura pas lieu puisque dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, le pays subit une attaque de rebelles. C’est le lieu de remercier en particulier le PNUD, l’UE, le Canada, le FMI, la Banque mondiale et tous les autres pour leurs contributions à la préparation du DSRP. Ayant constaté que l’approche du point de décision ou du point d’achèvement de l’allègement de la dette a été encore une fois un facteur de crise comme en 1999, j’ai donc décidé d’aller me former plutôt que d’assister impuissant aux palabres ivoiriennes. D’abord, j’essuie le refus du premier ministre Affi qui m’a16

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vait adopté. Il finit par accepter et je pars pour un an à Paris (International school of management) et à New York (Université St John) en décembre 2002, soit 3 mois après la crise, pour des études de Master of business administration (Mba) exécutive c'est-à-dire pour décideurs. L’ISM et St John’s University ont un programme commun de business administration. Aujourd’hui, je prépare un Ph.D en Business administration dans ce cadre. Je pense que je ne regrette pas ce choix, car 4 ans plus tard, le pays est encore en crise. Je voudrais rendre hommage à deux personnes incontournables de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis Bédié, à Gbagbo sur les programmes économiques ; il s’agit de Kouassi Kouamé et Assemian Alexandre. Ce sont de « vrais patriotes » qui ont sillonné tous les couloirs des institutions internationales pour défendre les intérêts de la Côte d’Ivoire, l’un d’abord, en tant que directeur de la prévision, puis directeur général du budget et le second comme directeur général du plan. Je mets à profit ce séjour d’un an à l’étranger pour avancer sur le manuscrit. Fort de l’expérience accumulée au ministère du travail, au ministère de l’Economie et des Finances, à la primature et à l’international. Cet ouvrage est donc le fruit de ma propre expérience, mais une expérience partagée avec d’autres. De retour en janvier 2004, je retrouve un nouveau, mais ancien patron à savoir le premier ministre Diarra revenu aux affaires, avec l’avènement du gouvernement de réconciliation. Celui-ci me garantit mon retour de formation et me nomme conseiller spécial. Je suis chargé de la conception et la rédaction du programme prioritaire en 2005, sous l’autorité de Yves Yao Kouamé, secrétaire général avec d’autres collègues dont Pr Tuo Bakary, Dé Isaac, Alain Donwahi, Bamba Cheick Daniel, Ba Ibrahima, Sansan Kambilé, N’Goran Gérard, Eric Koffi, Benjamin Gnogan, Sedalo, Asseman etc. Le travail sera approuvé en conseil des ministres en mai 2005. Je continue malgré les lourdes charges de préparer mon ouvrage avec accélération car très sollicité par les uns et les autres, qui me demandent d’écrire et surtout de publier mon expérience acquise sous forme d’ouvrage. C’est le lieu d’indiquer que cet ouvrage est aussi fait au nom de tous les amis, la génération des «quadra» qui auraient pu le faire avec moi ou à ma place, tous ceux avec qui nous avons travaillé sur tous les sujets présentés dans l’ouvrage. J’ai fini par conclure qu’il vaut mieux sortir un ouvrage et faire connaître publiquement ses idées, plutôt de les garder pour des discussions de salon. En octobre 2005, mon ouvrage est très avancé. Et le gouverneur Banny est nommé en décembre 2005 comme premier ministre. Le gouverneur me reconduira à mon poste de conseiller spécial chargé des questions macro-économiques liées à la réduction de la pauvreté. En février 2006, je consulte un ami et frère NGuessan Gustave, communicateur pour me trouver un éditeur. En mai 2006, je rassemble les manuscrits que je lui remets en juin 2006 pour consulter des éditeurs. Entre temps, j’ai donne copie à des amis pour lecture et observations. Je les remercie 17

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tout particulièrement comme tous ceux qui m’ont aidé de près ou de loin, notamment pour les conseils ou pour la documentation. Je saisis l’occasion pour remercier encore une fois Mar Dieye, Mamadou Dia et Yao Koffi avec qui j’ai travaillé au nom de la Côte d’Ivoire, pour des contributions respectives, la préface, le témoignage et le postface. En juillet 2006, l’Harmattan accepte d’éditer l’ouvrage. En définitive, je voudrais dire que la crise a été le vrai stimulant pour achever l’ouvrage, car cette crise constitue un réel frein au développement du pays qui est un défi pour notre génération, quels que soient les justificatifs ou les raisons qui ont pu être donnés ou trouvés. Mes voyages et mes séjours à travers le monde m’amènent à conclure que depuis le coup d’état de 1999 à ce jour, la Côte d’Ivoire a perdu l’équivalent de 15 ans de son développement ou accumulé autant d’années de retard par rapport à ce qui aurait pu être sa marche normale. Apparemment les acteurs politiques et les belligérants n’en ont pas conscience. Pendant ce temps, tous les pays voisins essaient d’en tirer profit. Ils ont atteint leur point d’achèvement pour l’allègement de la dette publique accompagné de tirages financiers importants. Le monde n’a jamais connu autant de forte croissance depuis ces 20 dernières années que maintenant. La Côte d’Ivoire ne peut en tirer profit car elle est en crise, d’où la nécessité d’ouvrir les yeux aussi sur le développement qui constituera le prochain défi de l’après crise. Les belligérants eux se frottent les mains, le système de « ni paix, ni guerre » est reconduit à l’identique et chacun continue de maintenir ses positions et protéger ses privilèges. Il faut que le débat d’idées germe, que le débat sur le développement ait lieu, plutôt que le débat sur les individus, sur les images, à savoir les bons contre les méchants, les patriotes contre les rebelles, les Ivoiritaires contre les étrangers, etc. Aujourd’hui, l'école est à genoux. Elle fabrique des diplômés sans avenir, faute de cycles réguliers et d’emplois stables. Les concours d’entrée dans les écoles prestigieuses jadis fierté du pays dans la sous-région font l’objet de manipulation préparant ainsi, l’émergence d’une administration et d’une génération de cadres mal formés et incompétents. Les infrastructures sont dans un état de délabrement avancé même dans la zone gouvernementale non touchée par le conflit. Parcourez les rues d’Abidjan, la ville croule sous le poids des ordures, les entreprises ferment et les travailleurs sont mis au chômage, les jeunes diplômés, nos fils, frères et sœurs sont à la maison avec leurs parchemins, les habitations sont remplies de déplacés stressés et les gens meurent souvent pour peu, faute de soins dans les hôpitaux. Les impôts rentrent difficilement et l’Etat accumule des arriérés. L’insécurité prend de l’ampleur avec un racket bien organisé dont sont victimes les usagers de la circulation routière ou des services publics. De l’autre côté du rideau de fer, dans la zone occupée, c’est une économie parallèle qui s’est installée et prospère, avec l’exploitation des richesses et des matières premières. Tout y 18

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passe, casse de la BCEAO, bois, diamant, coton, cacao, canne à sucre etc. Pendant ce temps, la communauté internationale reste dans sa logique des réunions, sommets et résolutions. Pendant combien de temps cela va-t-il durer et surtout à quand la fin pour que l’on puisse se consacrer au «défi du développement»? Les leaders, les formations politiques et les acteurs de la crise en sont-ils conscients ? Ils ont une responsabilité devant l’histoire. Ils doivent absolument s’entendre et tout faire, en laissant l’orgueil et les principes idéologiques de côté, afin que la paix revienne pour que nous puisions nous consacrer au développement, à notre avenir, à l’avenir de nos enfants, de nos frères et sœurs. L’ouvrage se veut donc positif ; il regarde le passé, mais anticipe la sortie de crise pour se projeter sur l’avenir de ce pays où il faisait bon vivre malgré tout, et où il fera à nouveau bon vivre quand il se réveillera. Je voudrais saisir l’occasion pour noter que mes amis, connaissances ou personnalités suivantes Ehouan Bertin, Imboua Bogui, Brandré Joseph, Bousson Joseph, Pierre Domecq, Don Mello, NZi N’Guessan, Guillaume Gnanmien, Adingra Robert, Ezoua, Koidou, Koua oi Koua, Thierry Kouamé, Bamba Aboubacar, Blé Rachelle, Enoh Ephrem, Flindé Albert, Meleu Mathieu, N’Guessan Séguy, Somam, Ekpo, N’Dri Kouadio, Kouadio Hugues, Tanoh, Kessé Feh, Kabran, Gnamien Konan, Konan Payne, Lanciné Bakary, Yao Sahi, Beugré Yao Claude, Diagou Jean, Ehui Marthe, Nantinin Touré, Guy Bengue, Billon Jean Louis, Gbetibouo, Yves Fofana, Luc Koffi, Kouassi Delphin, Aman Kadjo, Adou, Doumbia Tiémoko, Hoba Albert, Albert Fondop, les ministres Achi Patrick, Ahoussou Jeannot, Banzio Dagobert, Allah Rémi, Appia Kabran, Eric Kplohourou, etc et les aînés Zady Kessé, Diack Diawar, Koumoué Koffi, Apetey Kouassi, Yed Esaï, feu Angora Kakou m’ont beaucoup encouragé sans le savoir dans cette œuvre, à travers les différents échanges que j’ai eus avec eux, à un moment ou à un autre. Toute l’étape de préparation du DSRP a été une occasion de bien comprendre les défis de l’économie du pays, tout comme les différentes fonctions occupées en Côte d’Ivoire et à l’international. Paul Koffi KOFFI

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I ntroduction
Après l’indépendance obtenue en 1960, la Côte d’Ivoire a connu des années de prospérité, ou dites de « vaches grasses » et qualifiées de « miracle » au cours des deux premières décennies 60 et 70. Par la suite, le pays a connu des années de recul ou dites de « vaches maigres » de 1981 jusqu’à 1993. Puis, après la dévaluation du FCFA en janvier 1994, avec le programme de « l’éléphant d’Afrique », le pays a connu une période de retour à la croissance entre 1994 et 1999, qui a été interrompue par le coup d’état du 24 décembre 1999, le premier dans le pays d’Houphouët Boigny disparu en décembre 1993 et qui avait fait de la paix « la seconde religion » des Ivoiriens. Le pouvoir kaki a donc succédé au pouvoir civil et a ouvert la voie à la deuxième république dès l’an 2000, sous la refondation aux forceps. Mais depuis le 19 septembre 2002, le pays est de nouveau en crise. En effet, une nouvelle tentative de coup de force qui s’est transformée en une rébellion armée, coupe très vite la Côte d’Ivoire en deux. Dans la perspective et l’espoir d’une paix et d’une stabilité retrouvées, le pays est à la recherche d’un second souffle, d’un « autre miracle », d’un développement durable et irréversible. En effet, si le retour de la paix est l’un des défis majeurs pour les Ivoiriens, l’autre défi non moins important est celui du développement, dans un monde plus que jamais ouvert, dominé par une « économie mondialisée » dont le centre se déplace à grande vitesse de l’Occident vers l’Orient, de l’Amérique vers l’Asie. Ce défi pour les Ivoiriens est devenu plus que d’actualité avec la crise socio-politique et économique qui a accentué la pauvreté. Que faire ? C’est pourquoi, nous nous sommes attelés à produire cet ouvrage basé sur notre propre expérience dans l’administration publique ivoirienne, dans des organisations internationales et au niveau du terroir villageois. La période couverte par l’ouvrage part de 1960 à 2006, pour se projeter dans le futur sur les 15 voire 20 prochaines années. Il s’agit pour nous d’apporter notre contribution à la compréhension des phénomènes économiques et sociaux essentiels vécus par la Côte d’Ivoire, des performances des politiques économiques et sociales et des stratégies mises en œuvre par les différents gouvernements, mais aussi d’éclairer les lecteurs sur le futur, sur notre vision, sur les solutions possibles, les stratégies alternatives faites de pragmatisme pour répondre au défi du développement. Notre démarche est basée sur l’analyse, la réflexion, celle qui précède l’action et qui cherche à comprendre les événements, à ouvrir le passé et puis le présent pour 21

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cerner la complexité, les situations, les crises et les succès, les forces et les faiblesses, les atouts et les contraintes, en définitive, cette réflexion qui fait avancer et progresser vers la prise en charge du défi. Ensuite, la réflexion s’oriente vers les enjeux du futur, notamment se forger une vision, la plus pragmatique, avec des objectifs et des stratégies précis, mais aussi avec des actions pratiques qui entraînent des changements, qui font avancer et apportent de la valeur ajoutée en explorant d’autres expériences accompagnées de succès à travers le monde comme celle de la Malaisie ici comparée à la Côte d’Ivoire. L’ouvrage est divisé en trois grandes parties. La première partie se rapporte à la période qui part de 1960 à 1999. Elle présente notamment, la stratégie du développement mise en place et les résultats économiques et sociaux qui en découlent sur les décennies 60 et 70, période dominée par un processus classique de planification assortie de plans de développement interrompus en 1981, lorsque la crise est apparue. Toujours dans cette partie, un chapitre est consacré à la longue période de crise de 1981 à 1993 analysée en deux phases (1981-1989 et 1990-1993) compte tenu du nouveau contexte de multipartisme dès 1990. Toute cette période de crise a été gérée dans un cadre d’ajustement structurel avec l’appui des organismes internationaux, notamment les institutions de Bretton Woods. Enfin, cette partie couvre également la période de la dévaluation et post- dévaluation du FCFA, qui est marquée par un bref retour de la croissance entre 1995 et 1999, interrompue par le coup d’état de décembre 1999. La deuxième partie porte sur la Côte d’Ivoire de 2000 à 2005, où naît dès 2000 la deuxième République et consacre la mise en œuvre du programme de la refondation. La planification n’est pas revenue et les programmes économiques et sociaux sont toujours gérés dans le cadre des appuis des institutions de Bretton Woods. En septembre 2002, la crise amène la communauté internationale à s’impliquer dans la recherche de solutions. Dès lors, des accords de paix sont signés et des résolutions du Conseil de sécurité sont prises. Tout ceci conduit à la mise en place d’un gouvernement de réconciliation (2003-2005), puis d’un nouveau gouvernement de transition depuis décembre 2005. Le pays vit dès lors avec la crise socio-politique, une nouvelle crise économique où l’Etat survit difficilement avec des arriérés qui s’accumulent et rendent tendue la trésorerie publique. La pauvreté, quant à elle, ne cesse de s’enraciner. Enfin, la troisième partie est relative aux principales leçons du passé et du présent, ainsi qu’à une description et une analyse comparée de l’expérience malaisienne, pays fortement proche de la Côte d’Ivoire au cours des années 60 et 70 et qui a pris aujourd’hui l’ascenseur du développement, alors que la Côte d’Ivoire attend encore au premier étage. Une analyse de l’économie ivoirienne dans la sousrégion et en Afrique est faite et montre l’interdépendance des économies en Afrique de l’Ouest. 22

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Nous présentons, toujours dans cette partie, les enjeux, notre vision du futur et les axes stratégiques essentiels pour demain, afin que la Côte d’Ivoire retrouve non seulement le chemin de la croissance, mais surtout celui d’un développement durable et irréversible. C’est pourquoi, l’ouvrage enchaîne sur un programme de développement pour les 10 prochaines années qui suivront le retour à la paix assorti d’un cadrage économique et budgétaire sous la forme de trois scénarios (hypothèse basse hypothèse, moyen ou de base, et hypothèse forte). Un chapitre sur la mise en œuvre qui propose des mesures concrètes sur la gestion publique et les décisions urgentes à prendre au cours de la première année du programme clôt cette troisième et dernière partie de l’ouvrage. En définitive, c’est ce défi du développement que nous tentons de relever, fort de notre expérience effective et directe dans la gestion des programmes économiques et financiers, dans celle des programmes d’emplois, de population et de développement ainsi que de réduction de la pauvreté, aussi bien en Côte d’Ivoire et ailleurs en Afrique et ce à travers notamment la pratique des organisations internationales, mais aussi de nos expériences au niveau local, c'est-à-dire des communautés de base.

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Partie

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La Côte d’Ivoire d’hier à 1999 : du « miracle économique » à « l’ajustement structurel » puis à « l’éléphant d’Afrique »
I. La stratégie de développement et les années du « miracle ivoirien »
I.1. La stratégie de développement
L’histoire économique mondiale1 permet de se rendre compte que dès le 18e siècle, l’économie de marché symbolisée par le capitalisme anglais s’installe comme le modèle économique dominant et le plus performant du monde et l’Angleterre devient le centre des affaires mondiales. Elle gagne toute l’Europe et traverse l’atlantique pour prospérer aux Etats-Unis qui, depuis la fin de la 2e guerre mondiale sont devenus la première puissance économique mondiale. Le socialisme européen, puis le marxisme tentent une percée au 19e siècle et s’installent en Russie dès le début du 20e siècle avec la révolution bolchevik. Ce pays deviendra plus tard l’Union Soviétique. Très rapidement, le monde va se recentrer autour de deux idéologies qui vont conduire à son partage en deux blocs. Cela va se concrétiser à la conférence de Yalta, tenue du 4 au 11 février 1945 au bord de la mer noire. Churchill, Staline et Roosevelt vont sceller le sort de l’Allemagne nazie et du Japon, et partager le monde entre une influence américaine dite bloc de l’ouest et l’influence soviétique dite bloc de l’est. Le monde capitaliste ou libéral est dominé par les Etats-Unis autour desquels se retrouve l’Europe de l’ouest, et à l’opposé, le monde communiste tiré par l’Union Soviétique. Ces deux blocs vont se combattre dans un face-à-face de guerre froide de 1946 jusqu’en 1989. C’est dans ce contexte qu’ une troisième voie est proposée lors de la conférence
1 - Jacques Attali : Les trois mondes. Ed Fayard 1981

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des non alignés tenue par les pays du Tiers monde (terme d’Alfred Sauvy)2 à Bandoung (Indonésie 1955) pour marquer leurs différences. Ces pays nouvellement indépendants souhaitent un neutralisme pacifique sans prendre parti ni pour l’est ni pour l’ouest. Les pays africains sous colonisation européenne (française, anglaise, allemande ou italienne) devenus indépendants en majorité après 1950 et surtout 1960 s’engageront pour certains vers l’économie libérale ou proche du bloc ouest et pour d’autres vers le socialisme voire le communisme, soit proche du tuteur soviétique. L’Organisation de l’unité africaine (OUA) d’ailleurs à sa création en mai 1963 à Addis Abeba sera traversée par ces 2 courants dits respectivement, « modérés » contre « progressistes ». Le groupe des « modérés » étant celui qui se rapprochait le plus du bloc de l’ouest alors que les « progressistes » se trouvaient plus proches du bloc de l’est. L’Afrique sera l’un des théâtres de l’affrontement des deux blocs et cela sera préjudiciable à son développement, ainsi hypothéqué et sacrifié pendant plus de 30 ans. La Côte d'Ivoire, dès le début de son indépendance en 1960, optera pour un développement dont les axes stratégiques lui rendront plus proche du bloc de l’ouest, avec ses spécificités, à savoir : 1) Le libéralisme économique comme projet de société et forme d’organisation de l’activité économique ; 2) La promotion de l'agriculture notamment les cultures de rente comme moteur de la croissance ; 3) L’ouverture sur l'extérieur comme soutien à la croissance. I.1.1. Le libéralisme économique En optant ainsi pour le libéralisme économique, la Côte d'Ivoire fait un choix de société où les mécanismes du marché sont prépondérants et déterminants dans le comportement des opérateurs économiques pour satisfaire leurs besoins. Le libéralisme libère le savoir-faire inventif et créatif de l’individu. Il instaure la compétition en recherchant de façon permanente l’efficacité par la recherche du profit et la minimisation des coûts. Dans le cadre de l’économie de marché, le secteur privé en est le moteur et l’Etat le régulateur. Le choix de ce modèle économique est l’oeuvre d’un homme, le Président Houphouët-Boigny dont la clairvoyance et l’anticipation sur son temps lui ont valu le titre d’homme d'exception, de grand visionnaire et de bâtisseur. L’autre raison du libéralisme provient de l’influence du pays colonisateur, la
2 - Alfred Sauvy. En 1951, j'ai, dans une revue brésilienne, parlé de trois mondes, sans employer toutefois l'expression « Tiers Monde ». Cette expression, je l'ai créée et employée pour la première fois par écrit dans l'hebdomadaire français « l'Observateur » du 14 août 1952.

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France qui elle aussi pratique une économie libérale. Celle-ci se dépeint sur ses colonies. Cette stratégie d’alignement justifiée par le contact des élites avec la métropole s’est observée aussi en Asie de l’est et du sud est qui connaît l’influence du Japon. C’est notamment le cas de la Corée du Sud et les Tigres (nouveaux pays émergeants ou industrialisés). Ensuite, avant l'indépendance, l’économie de traite caractérisée par des gains de revenus monétaires tirés de l'exploitation agricole (café , cacao) exportant la production vers la métropole va engendrer la naissance d'une classe de planteurs autochtones. C'est principalement de cette classe qu'émergent les premiers dirigeants politiques qui vont s'engager d'ailleurs dans la lutte émancipatrice avec le syndicat agricole africain en 1944. Ce syndicat deviendra très vite le noyau de la lutte politique autour du Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) avec son leader principal, le Président Félix Houphouët-Boigny3 qui disait ceci en octobre 1948 : « le but du RDA est précis : l’émancipation de nos divers pays du joug colonial par l’affirmation de leur personnalité politique, économique, sociale et culturelle, et l’adhésion librement consentie à une union de nations et de peuples , fondée sur l’égalité des droits et des devoirs ». A côté de ces planteurs, une autre catégorie socio- professionnelle va contribuer à ce choix de stratégie de développement, et prendre le relais des planteurs souvent analphabètes et limités dans la prise du leadership du combat politique. Il s'agit des agents africains de l'administration coloniale servant pour la plupart dans l’Afrique occidentale française (AOF) et l’Afrique équatoriale française (AEF) lorsqu’il s’agit de la colonisation française. C’est la première élite intellectuelle noire africaine dans les colonies. Ces agents vont remplacer le colonisateur aux postes de décision et d'exécution. Prenant les habitudes de consommation de type européen, cette catégorie et celle des planteurs capables d'accéder à ce type de consommation vont dès leur arrivée au pouvoir privilégier sinon orienter les choix stratégiques du pays pour en faire une nation « moderne » à l'image de la métropole. Par ailleurs, selon les dirigeants ivoiriens, le système libéral est de loin, celui qui peut engendrer un véritable développement. Ainsi, au séminaire du PDCI, parti au pouvoir, tenu les 21 et 22 mai 1971, le ministre de l'économie et des finances de l'époque, Henri Konan Bédié déclare4 : « l'option capitaliste a été choisie parce que, jusqu'à preuve du contraire, c'est elle qui a permis d'atteindre les performances économiques les plus élevées ». La fin de l’ère soviétique symbolisée par la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et l’avènement de la « perestroïka » en Union Soviétique ramenée dans sa dimension de Russie, achèvent de convaincre, du moins, jusqu’à ce jour que
3 - Félix Houphouët Boigny, le RDA dans la lutte anti-impérialiste 1948 4 - Voir Fraternité Matin du 26 Mai 1971

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le système économique le plus efficace est le libéralisme, avec bien entendu ses limites. Le Président Houphouët l’avait compris dès le début, d’où ses choix stratégiques judicieux. Même la grande Chine communiste sous Tseng Xiao Ping a fait un revirement de stratégie économique en 1978 pour introduire le libéralisme des affaires. Cette stratégie a permis à ce grand pays de passer d’un état sous-développé à une puissance économique mondiale, la quatrième en 2006, après les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne, et devant l’Angleterre et la France. Aujourd’hui, les puissances mondiales ne sont plus en conflit, mais en compétition. Quelles sont les caractéristiques du libéralisme ivoirien ? D'abord, le pays n'a pas connu une révolution industrielle, tout comme les autres Etats africains. Ensuite, la présence constante et importante de l'Etat dans la vie économique est fortement visible. C'est lui le promoteur et le meneur de l'action économique. En ce sens que le libéralisme ivoirien est un projet de l'Etat. Il est l'agent économique le plus important du pays. Par exemple, selon les comptes de la nations5, en 1978, les ressources de l'Etat représentaient 37% du PIB et pour les investissements publics 45 % de l'ensemble de la nation. Ainsi, l'Etat intervient par l'intermédiaire des sociétés d'Etat (42 sociétés d'Etat étaient dénombrées en 1978 avant la vague de suppression de juillet 1980). Pour promouvoir le secteur privé, un code des investissements privés (la loi n° 59-134 du 3 septembre 1959) est mis en place puis révisé en 1984 avec un régime préférentiel d'exonération fiscale. Une troisième version a vu le jour en 1995, et un code sous-régional est en préparation. L’Etat a également mis en place des structures de soutien aux entreprise ivoiriennes et à la mobilisation de l'épargne nationale à travers la création d'une série d’organismes de financement et d’épargne tels : la BIDI, le Crédit de Côte d'Ivoire (1955), la BNEC (1975), le BDI, le FNI, la SONAFI (1963), l'OPEI (1968), le CAPEN, la BNDA (1968), le Cice, le réseau Pac, et la bourse des valeurs (1974). Seule cette structure existe encore, mais transformée en bourse régionale au profit des pays de l’UEMOA, les autres établissements ayant été dissous. Les Fonds régionaux d'aménagement rural (FRAR) vont être mis en place dès 1973. Plus tard, un fonds équivalent sera mis en place pour les villes. Une fois dissous, ces deux fonds devraient être réunis pour en faire un fonds unique pour le développement régional dans le cadre de la décentralisation. Enfin, le libéralisme ivoirien a toujours été planifié depuis 1962. Cette planification libérale a cédé à l'ajustement structurel depuis 1981 au début de la crise jusqu'à ce jour.

5 - Direction de la Statistique : Comptes de la Nation 1978

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I.1.2. La promotion de l’agriculture Le secteur agricole représente le moteur de la croissance. En 1960 déjà, 90% de la population active est agricole et 53% de la valeur ajoutée de l'ensemble de la nation sont d'origine agricole. Il est par conséquent tout désigné pour servir de locomotive à la croissance économique d'autant plus que le pays dispose d'avantages comparatifs dans ce domaine (conditions écologiques, régime foncier, structures d'encadrement de la paysannerie, main-d'oeuvre abondante provenant des pays frontaliers, infrastructures de recherche agronomique...). Contrairement aux autres secteurs, l'agriculture est fortement ivoirisée au niveau de la propriété terrienne et des chefs d’exploitation. Elle est dominée par trois types d'exploitation. Ainsi, nous avons les planteurs privés de cultures d'exportation, les petits exploitants de vivriers, et les grandes entreprises multinationales ou nationales de cultures d'exportation. Plusieurs actions ont été menées dans le cadre de la politique de diversification agricole au point que la Côte d'Ivoire est non seulement un grand producteur de café et de cacao, mais aussi , de palmier à huile, d'hévéa, de coton, de fruits (ananas, bananes...) en Afrique. La majorité des sociétés d'Etat exerçaient dans l'agriculture d'exportation pour laquelle les deux Ports, Abidjan et San Pédro assurent l'écoulement de la production vers l'extérieur. Il faut mentionner l'existence d'une très puissante Caisse de stabilisation et de soutien des prix des produits agricoles (CSSPPA) depuis 1959 pour la garantie des prix au producteur et la commercialisation intérieure et extérieure notamment du café et du cacao. Les surplus dégagés par cette caisse ont permis de soutenir le développement pendant plusieurs années, avant d’être dissoute sous la pression des bailleurs de fonds en 2000. I.1.3. L’ouverture sur l’extérieur L'ouverture sur l'extérieur vient compléter les deux premiers axes. En effet, l’échelle économique de la Côte d’Ivoire est telle qu’elle ne peut, sans s’ouvrir sur l’extérieur, tenir ses objectifs intérieurs de croissance forte qui nécessite des ressources humaines et financières importantes. La Côte d'Ivoire, en optant pour une large ouverture sur l'extérieur, s'assurait implicitement la garantie de ses marchés extérieurs pour les produits de base, le transfert de main-d'oeuvre des pays frontaliers, l'assistance technique et financière internationale pour pallier l'insuffisance des ressources financières et humaines de haut niveau au début de l'indépendance. L'économie libérale va de paire avec le libre échange au niveau international qui selon la pensée économique, est source de croissance. Une économie de marché ne peut prospérer en autarcie. Pour les pays en développement, les recettes d'exportation sont souvent la principale source de financement et de devises de l'Etat. 29

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