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Le déni de grossesse

De
152 pages
Le déni de grossesse est resté confiné à la sphère des psychiatres et des professionnels du social. A partir des années 2000, le déni de grossesse fait l'objet de mobilisations revendiquant qu'il soit vu comme un problème de santé publique. Avec l'affaire Courgault, dite des "bébés congelés", fortement médiatisée, il devient un problème public de premier plan. Cet ouvrage s'intéresse à l'entrée du déni de grossesse dans le débat public et en analyse les conséquences.
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Marion Seibert
LE DÉNI DE GROSSESSE
Enjeux et acteurs de la publicisation d’une cause «secondaire »
LE DÉNI DE GROSSESSE
Collection « Inter-National » dirigée par Denis Rolland, Joëlle Chassin et Françoise Dekowski Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l’œuvre aujourd’hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l’histoire et de l’anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d’éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Série Premières Synthèses – jeunes chercheurs (dernières parutions) : Stéphanie TRILLE,La coopération territoriale en Europe. L’exemple de la frontière franco-espagnole, 2013. Concours Sciences-Po 2011-2012.R. FATHI, Représentations muséales du corps combattant de 1914-18. L'Australian War Memorialde Canberra etl'Historial de la Grande Guerre de Péronne, 2013. Concours Sciences-Po 2011-2012.Flore LEMOINE-GOUÉDARD,: droits deLe Mexique et l’Europe l’homme et coopération, 2013.Clara BAMBERGER,Femmes et médias: une image partiale et partielle, 2012. Fanny PARENT,Le feng-shui en France. Aménagement de l’espace, aménagement de soi, 2012 Louis-Marie BUREAU,La pensée de Fethullah Gülen. Aux sources de l’islamisme modéré, 2012.Damien LARROUQUÉ,Le plan Ceibal en Uruguay. Un exemple de bonne gouvernance ?, 2012 Benjamin BORD,Du bouclier antimissile aux nouvelles relations américano-russes (2000-2011), 2012. Édouard BOINET,Hydropolitique du Nil, Du conflit à la coopération ?,2012. Milena DIECKHOFF,L’individu dans les relations internationales, Le cas du médiateur Martti Ahtisaari, 2012. Odile TANKERE,: unLa conservation du mobilier archéologique enjeu scientifique, culturel et social, 2012. Concours Sciences-Po 2011-2012. Barbara ATLAN,!Politiques, affichez-vous, 2012. Concours Sciences-Po 2011-2012.
Marion Seibert
LE DÉNI DE GROSSESSE
Enjeux et acteurs de la publicisation d’une cause « secondaire »
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00730-4 EAN : 9782336007304
Sommaire
Préface d’Emmanuel Henry....................................................... 7
Introduction ............................................................................. 11
Partie préliminaire.LE DÉNI DE GROSSESSE AVANT SON ENTRÉE DANS LE DÉBAT PUBLIC........................................................... 19
Première partie.ECHEC DE LAUTONOMISATION DE LA CAUSE ET INERTIE POLITIQUE ............................................................. 33
Partie II. UNE STABILISATION DE LA QUESTION DU DÉNI DE GROSSESSE INSUFFISANTE POUR TRANSFORMER DURABLEMENT LINTERVENTION PUBLIQUE....................................95.................
Conclusion .............................................................................135
Sources .................................................................................. 139
Bibliographie ......................................................................... 141
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Préface d’Emmanuel Henry
Comme le souligne Hacking, les travaux sociologiques sur le thème de la «construction sociale de…» ne manquent pas. Rares sont aujourd’hui les problèmes sociaux n’ayant pas eu leur recherche consacrée à analyser des conditions de leur émergence ou à chercher à comprendre les motivations des entrepreneurs ayant participé à la promotion d’une cause. Alors, pourrait-on dire, pourquoi un ouvrage de plus sur ce thème? Qu’est ce que ce travail sur la construction sociale du déni de grossesse peut apporter de plus par rapport aux travaux existants ?Justement, le travail de Marion Seibert a plusieurs mérites qui font que, malgré les limites inhérentes au fait que ce e travail est à l’origine un mémoire de 4année d’IEP, il mérite une diffusion au-delà des sphères des seules bibliothèques universitaires car il aborde des aspects des processus de construction des problèmes publics insuffisamment abordés dans les travaux existants. Tout d’abord, Marion Seibert travaille sur un problème, une cause, qui contrairement aux problèmes publics abordés dans les travaux scientifiques, est une cause qui d’une certaine manière a échoué à s’autonomiser. Le déni de grossesse n’est pas devenu un problème public de premier plan ni n’a réussi à devenir l’objet de politiques publiques prioritaires: il aurait logiquement pu connaître le même sort que l’ensemble des causes n’ayant pas réussi à s’imposer et ne pas susciter la curiosité d’une sociologue. Or, Marion Seibert a choisi de s’intéresser à ce problème et d’en faire le sujet de son mémoire. Bien lui en a pris car elle met en lumière certains des mécanismes qui expliquent pourquoi certaines causes réussissent à émerger et surtout pourquoi d’autres problèmes peinent à connaître le même sort et poursuivent leur carrière dans le désintérêt et la méconnaissance. Dans le cas du déni de grossesse, Marion Seibert insiste à juste titre sur les facteurs qui rendent difficile l’émergence du problème. Elle montre ainsi que le déni de grossesse à l’origine est vu comme un problème
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social au sens où il relève de la «juridiction »des travailleurs sociaux avec son lot de stigmates associés. Les femmes victimes de déni de grossesse sont vues avec un a priori négatif par les professionnels en charge de ce problème, comme des femmes n’ayant pas réussi à incorporer les normes sociales de maîtrise de la sexualité et de la maternité (normes dont sont en premier lieu porteurs les groupes sociaux au sein desquels ces professionnels se recrutent). Cette origine marquée négativement du déni de grossesse pèsera sur l’ensemble de sa carrière publique, malgré le travail de redéfinition que s’escrimeront à déployer les différents acteurs investis dans cette cause. Ce travail montre aussi le rôle à double tranchant de la publicité donnée à une affaire d’infanticides multiples. Si l’affaire Courjault constitue une des uniques opportunités pour donner une publicité importante au problème du déni de grossesse, elle le fait en imposant un prisme extrêmement déformant au problème, en insistant sur certaines conséquences exceptionnelles des dénis de grossesse, sans porter un éclairage fiable sur l’essentiel de ce que sont effectivement les cas de déni de grossesse dans leur réalité quotidienne. Seuls quelques acteurs joueront le jeu de la publicité mais sans que tous les acteurs du terrain ne se reconnaissent dans la cause qu’ils promeuvent. Le problème du déni de grossesse reste ainsi un problème clivé entre une existence publique portée par des acteurs habitués des arènes publiques et médiatiques qui s’accommodent de la spectacularisation induite par le centrage sur les cas d’infanticide, et une existence plus discrète portée par des professionnels traitant ce problème au quotidien et ne se posant pas le problème de la publicité ou se méfiant des experts médiatiques et des journalistes. Marion Seibert insiste ainsi à juste titre sur l’importance des groupes professionnels en charge d’un problème et la marque qu’ils impriment au problème et à son traitement public en s’en emparant. En insistant sur les caractéristiques des groupes professionnels en charge de traiter «en routine» ce problème, elle met en évidence les facteurs qui participent à sa normalisation et à son traitement comme un problème relevant de la sphère d’intervention de professionnels spécialisés. Ce
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faisant, ces professionnels contribuent au renforcement des frontières entre secteurs d’activité et ile tout processus de politisation du problème, entendu au sens de l’élargissement des groupes sociaux s’estimant légitimes à intervenir sur cette question. Ce travail fournit ainsi une illustration de puissants mécanismes contribuant au confinement de certains problèmes et à la limitation des possibilités de transformation de leur prise en charge. Dans ce sens, certaines pistes auraient toutefois pu être approfondies comme la répartition sexuelle des positions et des acteurs dans ces espaces de jeux: des victimes de déni de grossesse exclusivement féminines confrontées à un déni de leur situation émanant de populations (de psychiatres, de gynécologues-obstétriciens, de juges) ayant spontanément recours à des catégories d’appréhension issus d’univers plus masculinisés. Il n’en reste pas moins vrai que ce travail a le mérite de s’éloigner suffisamment de la sphère publique pour s’intéresser à des définitions du problème discrètes portées par des agents ne recherchant pas a priori la publicité, et permet ainsi une mise en perspective différente du problème médiatique auquel trop de recherches se cantonnent. Emmanuel Henry Maître de conférence à l’Institut d'études politiques de Strasbourg et chercheur au laboratoire Sociétés, Acteurs, Gouvernement en Europe (SAGE, UMR 7363, CNRS, Université de Strasbourg)
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