Le Déni des cultures

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La plupart des hypothèses visant à expliquer la dérive des cités sensibles (chômage, délitement de l’autorité…) font l’impasse sur sa dimension culturelle. Et quand elles la mentionnent, c’est pour la caricaturer sous les traits d’un communautarisme dont on stigmatise les expressions en négligeant les discriminations et la ségrégation qui l’alimentent. C’est contre ce double déni que s’élève Hugues Lagrange. Loin de considérer les constructions culturelles des quartiers d’immigration comme des produits d’importation marqués d’une irréductible altérité, il y voit le fruit d’une douloureuse confrontation entre des héritages culturels, des tentations de « re-traditionalisation » et une société d’accueil elle-même victime d’un grand backlash idéologique et moral. Il distingue ainsi les expériences migratoires (celles des Maghrébins ne sont pas celles des Africains du Sahel ou des Turcs), détaille les mécanismes d’ethnicisation des quartiers et dresse un portrait sans fard des rapports entre les sexes ainsi que de l’autoritarisme masculin qui prévalent dans les cités.
Publié le : mercredi 17 avril 2013
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EAN13 : 9782021032642
Nombre de pages : 350
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Le déni des cultures
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Du même auteur
La Civilité à l’épreuve Crime et sentiment d’insécurité PUF, 1995
Les Adolescents, le Sexe et l’Amour Itinéraires contrastés Syros, 1999 ; rééd., Pocket, 2003
De l’affrontement à l’esquive Violence, délinquances et usages de drogues Syros, 2001
Demandes de sécurité France, Europe, ÉtatsUnis La République des idées/Seuil, 2003
En terre étrangère Vies d’immigrés du Sahel en ÎledeFrance Seuil, 2013
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Hugues Lagrange
Le déni des cultures
é d i t i o n r e v u e
Éditions du Seuil Extrait de la publication
J’adresse mes remerciements à Suzanne Cagliéro, LucHenry Choquet, François Dubet, Marie DuruBellat, Renaud Epstein, Marie Gibard, Danielle Herlido, Mathieu Ichou, Igor Martinache, Thierry Pech, Khady Sarr, Jean Schmitz, et à mes collègues de l’OSC.
isbn9782021032659 re (isbn9782021014778, 1 publication)
© Éditions du Seuil, 2010 et février 2013 pour la présente édition
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Sommaire
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
 I. Clash etbacklashau Nord. . . . . . . . . . . . . . . . . Le reflux de la liberté à l’Ouest. . . . . . . . . . . . . . . Les néoconservateurs américains et l’altérité intérieure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Involution des mœurs et fermeture des frontières en Europe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Explosions urbaines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
 II.Backlashau Sud. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Réaction en Orient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Espace public et religiosité . . . . . . . . . . . . . . . . . .
III. Le ValFourré à ManteslaJolie : 1980 à 2005
IV. Chômage sélectif et ségrégation. . . . . . . . . . . . . Chômage sélectif et disparition des actifs. . . . . . . Ségrégation intercommunale et intracommunaleIsolement social des familles « africaines ». . . . . . Sécession sans guerre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Trois géographies intriquées . . . . . . . . . . . . . . . . .
 V. Les inconduites, la scolarité et l’héritage familial. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Extrait de la publication
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Configurations familiales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Milieu social et origine culturelle . . . . . . . . . . . . Les « origines » de l’inégalité. . . . . . . . . . . . . . . . Écarts en primaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
 VI. Les familles africaines en France et les tra ditions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chasséscroisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Morphologies familiales africaines . . . . . . . . . . . Les familles africaines et l’aide sociale . . . . . . . . Autoritarisme et brouillage des rapports de géné rations. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
VII. Néotraditonalisation des mœurs : la seconde génération devant la modernité. . . . . . . . . . . . Ségrégation des sexes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Désindividualisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Affirmation identitaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
VIII. Machisme, sousculture et déviance. . . . . . . . . Ghettos ou souscultures ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . La sousculture est un rapport social . . . . . . . . . .
 IX. Politiques territoriales et diversité culturellePas assez d’individu ou trop ? . . . . . . . . . . . . . . . Remettre des « yeux sur la rue » ? . . . . . . . . . . . . Désaffiliation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Immobilité et anomie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
X. Les politiques urbaines et la mixité sociale. . . Effets du quartier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Jeter le bébé avec l’eau du bain ? . . . . . . . . . . . . . Qui a intérêt à la mixité sociale ? . . . . . . . . . . . . . Demidéfection . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Extrait de la publication
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 XI. Activité des femmes etempowerment. . . . . . . . Poursuivre ce qui a été positif . . . . . . . . . . . . . . . L’activité des femmes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Encourager le travail des femmes ? . . . . . . . . . . .
XII. Inclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Inclusionversusassimilation . . . . . . . . . . . . . . . . Aliénation politique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Quelle diversité reconnaître ? . . . . . . . . . . . . . . . . La lutte contre les discriminations . . . . . . . . . . . . Logiques redistributives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les droits des individus et des minorités . . . . . . .
Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Annexe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Migrants et descendants de migrants . . . . . . . . . . Le schéma de l’enquête multisites . . . . . . . . . . . L’enquête « Trajectoires et Origines » . . . . . . . . . Classifications ethnoculturelles . . . . . . . . . . . . . . Nature des faits mentionnés dans les PV . . . . . . .
Index. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
309 310 313 319
325 326 330 333 335 338 341
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Introduction
La mondialisation bouleverse les sociétés. Elle s’accompagne de changements technoéconomiques majeurs que l’on assimile souvent à la modernité tout court. Elle se traduit au niveau global par l’accélération de la production et des échanges, la réduction des distances, l’emprise croissante des systèmes experts (automatismes, logiciels), le désencastrement du temps et de l’espace (le téléphone cellulaire et l’Internet multiplient les interactions en dehors du faceàface). Des règles impersonnelles et une justice procédurale tendent à remplacer les anciennes allégeances et la coutume. Le destin social des individus est moins immédiatement lié à leur origine que par le passé. Mais les rythmes de ces changements divergent. Et ces divergences créent dans chaque société des chocs d’une telle intensité qu’ils suscitent des contreréactions puissantes. Certains observateurs affirment que cette modernisation s’engage sur un chemin unique, que les résistances sont des exceptions ou de simples retards (Emmanuel Todd, Philippe Fargues). D’autres, considérant l’opposition entre modernité et tradition comme contestable et ethnocentrique, ne veulent pas voir l’unité des changements et récusent l’idée même de modernité (Achille Mbembe, JeanLoup Amselle pour l’Afrique, Partha Chatterjee en Inde, Gilberto Velho au Brésil). Pourtant, si la modernité japonaise diffère de l’américaine et de l’européenne, on peut admettre, je crois, l’existence d’une accélération globale de la modernisation tout en reconnaissant la pluralité des voies et des rythmes qui y conduisent. Extrait de la publication
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Le déni des cultures
Cette modernisation technoéconomique rapide est marquée, dans les pays occidentaux aussi bien que dans les pays émer gents, par un découplage entre : 1) l’intégration des marchés, 2) l’unification politique et institutionnelle, 3) l’évolution des briques de base de la société : famille, communautés et religion. L’articulation des transformations technoéconomiques, culturelles et politiques est toujours difficile, mais singulièrement dans la période actuelle. En Europe, cette modernisation ne s’est accompagnée ni de l’érosion de l’Étatnation ni d’une intégration des nations dans une véritable entité politique. De nouveaux États ont émergé de l’ancienne Union soviétique (Biélorussie, Moldavie, Ukraine, républiques baltes). Malgré l’élargissement de l’Union européenne (UE), la fragmentation est allée croissante entre les États membres et en leur sein. La République tchèque et la République slovaque se sont séparées, plusieurs États ont émergé des décombres de l’exYougoslavie. La Belgique est sur le point de se dédoubler et les tendances irrédentistes sont puissantes au RoyaumeUni (Écosse et pays de Galles), en Espagne (Catalogne, Pays basque), en Italie (Piémont), en Autriche (Tyrol, Carinthie), en Roumanie (Transylvanie). Le seul contreexemple significatif est l’Allemagne. La dynamique e e d’unification des nations engagée auxxixetxxsiècles, inté grant des groupes différents au sein d’ensembles plus vastes politiquement articulés, s’est – provisoirement ? – arrêtée. L’état de l’UE, qui peine à constituer une réalité politique, est un bon indice de cet enlisement institutionnel depuis les années 1990. Les États membres renâclent à abandonner leurs prérogatives et recherchent une meilleure protection de leurs intérêts étroitement compris. Parallèlement à cette fragmentation politique, on observe une élévation des inégalités au Nord. En 1830, les métropoles des empires coloniaux étaient très clivées : les classes étaient nettement marquées, les ouvriers et paysans se distinguaient et s’opposaient radicalement aux bourgeois. De 1830 à 1960, une part croissante des inégalités de ressources dans le monde était
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