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LE DÉSIR DE VIEILLIR

De
160 pages
Notre annonce d'un colloque sur le thème du " Désir de vieillir " a suscité d'abord regards et mimiques de surprise et d'amusement… Fallait-il s'en étonner, dans la mesure où interdiction est faite aux jeunes de vieillir et obligation aux vieux de rester toujours jeunes ? Qu'en est-il exactement du désir de vieillir ? C'est à quoi tentent de répondre les propos de la première partie de cet ouvrage, ceux de la seconde partie étant davantage consacrés au " temps de vieillir ".
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LE DÉSIR DE VIEILLIR

Collection Psycho-Logiques dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun
Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les. pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.

Dernières parutions

Nathalie FRAISE, L'anorexie mentale et le jeûne mystique du Moyen Age. Faim,joi et pouvoir, 2000. Jean BOUISSON et Jean-Claude REINHARDT, Seuils, parcours, vieil!issements,2000. Serge NICOLAS, La mémoire humaine, Une perspective fonctionnaliste, 2000. Jean-Claude REINHARDT et Jean BOUISSON, Vieillissements, rites et routines,200l. Marie-Françoise BRUNET-LOURDIN, La vie, le désir et la mort. Approche psychanalytique du sida, 2001. Michel LANDRY, Manuel alphabétique du psychiatrisme, 200l. Eric AURIACOMBE, Les deuils infantiles, 2001. Viviane KOSTRUBIEC, La mémoire émergente: vers une approche dynamique de la mémorisation, 2001. Marie-Line FELONNEAU, Stéphanie BUSQUETS, Tags et graft, 2001. Constantin XYPAS, Les stades du développement affectif selon Piaget, . 200 I. Elisabeth MERCIER, Le rêve éveillé dirigé revisité. Une thérapie de / 'imaginaction, 2001. Gérard PIRLOT, Violences et souffrances à l'adolescence, 2001. Yves RANTY, Le corps en psychothérapie de relaxation, 2001. Kristel DESMEDT, les sectes, image d'une société sans réponses, 2001. Alfred MBUYI MIZEKA, L'intelligence cognitive du jeune enfant d'Afrique Noire, 2001. Charles BAILLARD, La Relaxation psychothérapique, 2001.

Sous la direction de

Jean-Claude REINHARDT
et Jean BOUISSON

LE DÉSIR DE VIEILLIR

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

HONGRIE

«;)L'Hannattan, ISBN:

2001

2-7475-1572-9

OUVERTURE
(Alain BRUN)

Un des aspects paradoxaux que la psychothérapie et la consultation d'enfants aient apporté à ma pratique est la constante production thématique du désir de grandir, lequel est associé soit à des processus de support défensifs permettant à l'enfant d'en apprécier psychiquement l'idée, soit à des processus de vieillissement, lesquels sont datés très précisément, mais pas sur un mode calendaire. Le désir de grandir, le désir d'être grand et le désir de vieillir sont ainsi reliés par des glissements psychiques qu'il convient de préciser chez l'adulte - prédicat que je défInis clairement par la conscience qu'a le sujet de sa fInitude, la mort n'étant qu'un mode majeur de cette conscience. J'ai indiqué que l'enfant développait des processus défensifs qui sont, par exemple, sur un plan formel, la fIxation à des modes de satisfaction antécédents à ceux auxquels l'autre est en droit de s'attendre. Ceci dit, l'enfant supporte d'autant mieux le grandissement qu'il intégrera ce processus parmi un ensemble de représentations accepté par l'entourage. Le grandissement est vécu par l'enfant et l'adolescent au présent, mais l'effet en est attendu au futur. L'enfant nous en-

seigne ainsi que le mouvement doit être arrêté pour être perçu. C'est-à-dire que le mouvement dû au changement (qui est l'emblème sous lequel nous placerons le grandissement) a besoin d'un autre repère que lui-même. Le repère est porté exclusivement par les fonctions mnésiques et la continuité d'être qui permettent à l'enfant d'intégrer ces changements. Mais ce grandissement (appartenant au changement) vécu au présent, attendu dans le futur, est sans cesse indexé par l'enfant à un espoir social (procédant des relations symbolisées par la pensée de chacun) que l'adulte traduit en termes d'autonomie. L'adulte, cependant, oublie que non seulement il est passé par le même type de chemin, mais qu'il catégorise les pensées de l'enfant et ce qu'il attend de lui d'un point de vue strictement solipsiste. La notion d'autonomie de l'enfant n'a, en effet, de signification que par rapport à l'adulte et ce, tant du point de vue de l'adulte que de l'enfatit. Le principe d'autonomie équivaut, dès lors, à celui de séparation et/ou d'indépendance. De son côté, l'enfant perçoit les effets du grandissement comme processus nécessaire à sa propre vie et donc inévitable. Pour des motions affectives diverses, il lutte imaginairement contre le processus lui-même et en recherche les causes dans le matériel, le concret ou .dans une loi générale, dans l'abstrait. La première catégorie est constituée d'éléments ingérés comme la nourriture, ou bien d'éléments reçus comme les vêtements. La deuxième catégorie est plus difficilement repérable et prise dans le processus de transfert et de l'infantile dans le transfert. Ces éléments factoriels sont de toute façon considérés par l'enfant ou l'adolescent comme des indices de réalité sur laquelle il n'a aucune prise. Ces facteurs (désignés ainsi parce que l'enfant se représente le processus fonctionnel) ne sont pas toujours considérés par l'enfant comme positifs. Il peut arriver qu'un enfant vive très mal l'ingestion de nourriture. « J'ai mangé

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quelque chose qui fait grandir et je ne l'ai pas digéré », disait une petite fille. Ces deux catégories constituent un vaste système d'influence qui conditionne une représentation de type centripète. Il s'agit de facteurs externes touchant le sujet lui-même au centre de l'influence. Qu'il s'agisse d'ingestion ou du social, tout cela est traité par le moi comme une myriade d'éléments centrée depuis un extérieur sur le sujet. Ainsi, en ce qui concerne la deuxième catégorie indiquée plus avant (catégorie abstraite) l'enfant apparaît comme très au fait des différentes modalités d'influence que possède un parent à son égard. Des petites choses en sont les indices aussi simplement défInis par des expressions comme: il deviendra comme cela ou comme cela. Dans tous les cas, l'ensemble des projets familiaux, des rêveries parentales viennent constituer un véritable canevas sur le- quel, lentement, se déposent en s'y adaptant, les autres fantaisies de l'enfant. ces deux catégories confluent en une pression psychique non négligeable conférant à la vie une connotation déterministe. Ce déterminisme est d'autant plus impérieux et féroce que la personne entre en adolescence, percevant alors très clairement qu'elle n'a pas le choix. Ses aspirations familiales sont en partie représentatives, en partie déterminées par les mouvements du socius. C'est-àdire par les attendus idéologiques environnants. Ces attendus peuvent ainsi constituer. une pression importante défInissant le rôle souhaité par l'entourage ou, plus précisément, car non limité au dit entourage, par l'environnement humain. C'est ici que se situe le point d'inflexion du grandissement et du vieillissement. Toujours en me basant sur le contenu de ce qui est rapporté par les enfants et les adolescents, vieillir n'est possible qu'une fois le grandissement terminé. Ce qui signifIe effectivement que la notion de vieillissement est directement reliée à celle de maturation. Une fois celle-ci terminée, terminaison dont les repères sont donnés par des signes visuels et déterminés,

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l'être passe à une deuxième étape qui est le vieillissement. Celuici est vécu comme inéluctable mais il apparaît comme le début d'un nouvel âge d'or associé à des représentations d'indépendance et d'autonomie. Ce n'est qu'à l'âge adulte que s'inscrira lentement ce que l'on peut appeler le désir de vieillir. Cette expression suggère quelques précisions linguistiques. Tout est déterminé par la signification que l'on peut prêter à la préposition « de ». D'emblée, signalons qu'il ne s'agit pas du désir de sénescence, c'est-à-dire provenant de cette pétiode de la vie. Cette signification serait à rapprocher d'un rapport d'appartenance. La préposition signifie ici « aspiration à ». L'adolescence parle du vieillissement dans un sens plus proche de l'invétération, basée sur le verbe invétérer soit, devenir un vétéran. Il n'y adjoint que rarement la fonction de vétusté progressive. L'enfant, lui, classe la vieillesse du côté de la sénescence, incluant la forme comparative du scncx, à savoir senior, ce qui a donné, comme on le sait, dans la langue française, scoiret j'ciorem, allant vers sieur et monsieur. À cette signification, l'enfant ajoute celle de faiblesse issue du très vieux. Reprenons à présent, au fait de ces significations, cc en quoi le désir de vieillir, présenté par la constellation des projets, vient se conformer au processus du contrôle du Moi. Les premières caractéristiques, en dehors de celles précisées plus haut, sont subsumées en un âge d'or qui présente les signes alléchants et imaginaires d'une liberté. Ainsi, les composants du but rêvé portent la trace inverse du vieillissement. Si le vieillissement est incontrôlable, si le Moi ne peut rien contre, alors il s'agit pour celui-ci de construire un lieu où la rêvetie pourra s'exercer. Par analogie essentielle cette utopie devient la vieillesse; elle devient un « plus tard je serai ». Le Moi applique ou méconnaît la pensée de Blaise Pascal sur le bonheur qui ne peut jamais être là puisque, par définition, il est attente. Le désir de vieillir n'est donc pas un désir au sens méta-

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psychologique du terme, mais plutôt comme la traduction au sein de la conscience d'un âge d'or relevant d'une opération de dénégation de l'expérience concrète. Les indices de réalité, inhérents au vieillissement sont renversés au profit d'une utopie.
L'utopie dont l'origine métapsychologique est le rêve et le territoire du rêve, origine laissant des traces dans le conscient au même titre que le rêve, laisse en dépôt de son propre retrait une injonction à traduire. Cette utopie, donc, est en place d'être la réceptrice de toutes les constructions imaginaires. Ces constructions battent en brèche tout enseignement cognitif fourni par le moi réalité. Ajoutons à cela que ce travail du Moi n'est possible qu'à la faveur des conditions suivantes: - Le Moi reconnaît dans ces opérations qui le confortent en tant que défenseur - opérations que l'on peut se représenter par les petites prises de conscience de la réalité tangible - un déroulement temporel irréversible. Ce temporel irréversible n'est perçu comme tel qu'en relation à l'expérience concrète. - Le désir de vieillir est ainsi la conséquence et l'écho de la prise de conscience du vieillissement en tant que celui-ci s'impose au sujet comme une ananké. Or, au sein de ce désir de vieillir, quelle est la représentation d'apaisement majeure qui prime tant dans la culture occidentale qu'orientale, au point que dans celle-ci l'emblème est l'extinction du désir sexuel? Le désir sexuel dans son surgissement physique avec ses correspondants corporels (caractères sexuels secondaires) est le dérangement narcissique et stasique par excellence. Il est la guerre au sein de l'accalmie, et dans les deux sexes, il sécrète les signes à l'intérieur même du corps (sperme et menstrues). La pulsion sexuelle est la pulsion du désordre, à cette fin elle se transforme en séduction au but de maîtriser le sexuel de l'autre corps. Voilà de quoi caractériser ce désir de vieillir comme l'expression défensive contre le désordre narcissique engendré par le sexuel génital. L'utopie est là pour offrir son terrain

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d'accueil. Le désir de vieillir illustre la phrase de Cocteau: « Ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs ».

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CHAPITRE DÉSIRER

I

VIEILLIR

DÉSIR DE VIEILLIR ET DÉSIR D'ÊTRE PLUS VIEUX (AlainLAFLAQUIERE)

Quelques remarques, livrées comme elles me sont venues, sur un sujet si difficile. Qui parle de vieillesse, en psychologue ou pas, peut avoir « les yeux tristes », comme le dit le poète à propos du bonheur, mais parle d'abord en apparence d'un âge de la vie parmi d'autres: l'enfance, l'adolescence, l'âge mûr, etc. Mais ce n'est pas un âge comme les autres (y aurait-il un âge «comme les autres» ? Certes non !) Ma première question sera la suivante: peut-on prétendre accéder aux formes de la connaissance de ces âges de la même manière? Y aurait-il une méthode universelle? On peut répondre par l'affirmative en estimant que les démarches scientifiques, qui se veulent objectives, sont les mêmes pour tous les âges en tant qu'objets de recherche, quelle que soit, par principe, la relation du sujet chercheur à l'âge en question. Admettons, par hypothèse, pour ce qui est de la connaissance scientifique. Mais connaître un âge de la vie, comme connaître quelqu'un, ce n'est pas uniquement le connaître scientifiquement. Il existe d'autres modes de connaissance, ce que le praticien, clinicien par exemple, sait bien et met en pratique: intuition, em-

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pathie, référence à soi-même, etc. Je n'ai pas l'intention de polémiquer sur ce point, simplement de m'interroger brièvement sur les différences éventuelles dans les relations de connaissance, de désir de connaissatlce, de tout sujet aux âges de la vie. Pour aller vite, je citerai Wallon qui, en introduction à son célèbre ouvrage «L'évolution psychologique de l'enfant », écrit: «L'enfant ne sait que vivre son enfance. La connaître appartient à l'adulte». Cette afftrmation m'a toujours étonné comme si la seule connaissance rationnelle de l'adulte présentait de l'intérêt et comme si la relation d'élaboration de l'image de soi de l'enfant, comme connaissance de soi, était donc sujette à caution. On connaît le succès rencontré depuis, par exemple, par la notion de «théorie de l'esprit» qui revient dans le fond à s'intéresser aux théorisations de l'enfant sur la psyché des autres. On connaît aussi les réserves émises indirectement par la clinique psychanalytique sur cette afftrmation wallonienne à partir de la notion «d'infantile », forme de partage possible entre les psychés de l'adulte et de l'enfant, et forme donc de potentiel de connaissance, ou de re-connaissance, par l'enfant, de la psyché dite adulte. Et puis, il y a l'expérience de l'âge en question: chacun admet, et pour «cause », avoir fait l'expérience de l'enfance, donc prétend en avoir une forme de connaissance qui lui sert d'ailleurs de nos jours de récit identitaire. Après coup, chacun prétend connaître l'avant, tout au moins pouvoir en dire quelque chose, sur le ton nostalgique qui sied aujourd'hui. On connaît sur ce point les développements dubitatifs et réservés de la psychanalyse, du fait des mécanismes de refoulement, et ses élaborations sur les fondements de la théorie du désir, de la mélancolie, du manque, etc. Questions de temps, donc. Et sur le « temps passé, comment faire le point sans être englué dans le temps présent et ses impératifs? Le « rappel» n'est jamais impartial, n'est jamais totalement neutralisable. Voilà un nouvel affront fait à nos vanités de sujets supposés savoir. L'air est bien connu. L'adulte, donc, du haut de son âge « assuré », pré-

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tend faire œuvre de connaissance de son passé et du passé des autres, même si ces autres sont nécessairement, comme lui, au présent (de ce point de vue, discursif, le passé est toujours à venir en quelque sorte, en particulier celui des enfants, lorsqu'ils seront condamnés au souvenir, au récit, mais c'est une condamnation qui est parfois, aussi, un échappatoire libérateur). Et que dire des plaisirs de la souvenance, des complaisances, des arrangements et des prétentions à savoir pour les autres, les plus jeunes, puisque l'on a déjà vécu ce qu'ils vivent? (<< te le dira On quand tu seras plus grand... ») Privilège du «plus vieux»? Question inévitable, car « nécessaire », de génération et de violence entre les générations, celle de la connaissance à défaut de celle du pouvoir faire (<< i vieillesse pouvait, si jeunesse saS vait» : les plus vieux que l'autre, en l'occurrence l'autre comme objet de connaissance, ne se gênent pas pour investir les savoirs qui dominent, normalisent ou jugent) (cf. A. Laflaquière, 1990). Dans cette optique, le rapport de l'adulte-connaisseur au plus vieux (que lui) est double: il est en position, à son tour, de se voir signifier « qu'il ne sait pas» (pas encore), mais aussi, car il insiste dans sa vanité, de dire aux plus vieux qu'il sait mieux qu'eux, puisqu'il est savant et qu'il se fonde sur des modes de savoirs plus fiables... «Je vais vous dire ce que c'est un vieux! »: relation identique à l'autre-censé-ne-pas-savoir, malgré son expérience, enfant comme vieillard, même objet, même combat à subir (différence de taille, si j'ose dire : le respect que l'on doit au vieux et à sa culture, mais ce respect est peut-être d'un autre temps, celui où les savoirs académiques étaient moindres et surtout moins fats...) Qu'en est-il des attitudes de l'adulte dans ce désir de sàvoir? Savoir sur l'enfance, sur cet enfant: on connaît ces désirs, on a tous donné, sous une forme idéologique ou sous une forme méthodique, ou les deux. Mais sur la vieillesse: à rebours du « trop tard» relatif à l'enfance (d'où revanches et réparations), le « trop tôt» relatif à la vieillesse sonne comme une immense angoisse, celle d'être encore et toujours contraint à

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l'après coup. Mais on verra qu'il n'en sera peut-être plus temps. Le savant a beau savoir et éventuellement s'évertuer à aider l'autre-vieux, ce qui est certes déjà beaucoup, le savant est une personne qui est confrontée à son propre vieillissement et à la question: à quoi sert de courir vers le savoir avant-coup, cette illusion? Nulle revanche ou nulle réJ;>aration: il s'agit d'anticiper. Stratégie banale de l'anxieux. Eviter? Impossible. Pour le coup, le phobique est en échec, car l'objet et sa rencontre, la vieillesse puis la mort, sont inéluctables - et nul déplacement ne tient vraiment le coup jusqu'au bout (espérer peutêtre? La science s'éclipse nécessairement, au bout du chemin, au plus tard). D'autres cultures sont peut-être plus sages: elles écoutent les vieux. D'eux vient la sagesse. Mais la sagesse n'est pas la science. La science aide d'abord le savant à vivre. Elle n'aide pas toujours à vieillir, car souvent sa fonction défensive et sublimatoire se délite et il faut se résoudre à aller à l'essentiel, sans fard ou malgré le fard (et l'on pense à un tableau de Goya). Pourtant, on peut désirer vieillir... Tour de passe-passe de la lucidité? Ironie? Vous avez dit : « désirer vieillir}) ? Peut-on proposer des distinctions? Par exemple, «le désir de vieillir}) n'est pas « désirer être plus vieux... }) On peut « désirer être plus vieux }) pour simplement l'être de quelques heures, de quelques jours, etc. (comme dans l'expression « vivement dimanche! »). Toutefois, on oublie que de ce fait, même « désirer être plus vieux », par petits bons successifs et quelconques passant inaperçus, revient à « désirer vieillir» mais sans que cela se laisse entendre (ainsi du « désirer grandir}) qui cache l'inéluctable sous la raison du changement progressif sinon du progrès). D'abord, de quel vieillissement s'agit-il? Du corps? De la pensée? De notre psychologie? S'agit-il de vieillir socialement? Je n'ai pas le temps de développer, mais on voit que chacun de ces objets ne relève pas d'une même image du vieillissement, ni des mêmes représentations-buts (Freud) : certains souhaits ma-

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