Le développement des musées municipaux : un enjeu pour les collectivités territoriales

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Le développement des musées municipaux en France suscite une interrogation sur le poids des collectivités territoriales et de la société civile. Pour de nombreux chercheurs en sciences sociales, ce développement serait amorcé par le Ministère de la Culture. Cet ouvrage soutient au contraire que les collectivités territoriales et la société civile en sont les réels moteurs, car les musées représentent un enjeu culturel et économique local de taille. Il s’agit donc d’analyser les formes par lesquelles se traduit ce soutien : institutionnalisation des politiques muséales, allocation des budgets de manière autonome, mise en place des structures... Diplômée en Information-Communication et Docteur en Sciences Politiques, Corinne D’Ors a reçu la médaille de bronze des Arts-Sciences-Lettres en 200
Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 308
EAN13 : 9782304000368
Nombre de pages : 551
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2 Titre
Le développement des
musées municipaux :
un enjeu pour les
collectivités territoriales

3

Titre
Corinne Ors
Le développement des
musées municipaux :
un enjeu pour les
collectivités territoriales

Essai
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00036-8 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304000368 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00037-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304000375 (livre numérique)

6





. .

8 Le développement des musées municipaux : un enjeu
pour les collectivités territoriales
REMERCIEMENTS
Les mots sont souvent dérisoires pour
manifester toute la gratitude que j’éprouve envers
ceux qui m’ont soutenue et pour lesquels, je
conserverai un excellent souvenir.
J’exprime mes profonds remerciements à
Monsieur Christian Bidégaray, pour m’avoir
faite l’honneur d’être mon directeur de thèse,
pour son aide compétente, sa patience, son
humour et ses encouragements. Son œil critique
a été précieux pour structurer le travail et pour
améliorer la qualité des différentes sections.
J’exprime mes remerciements à
Mademoiselle Annie Héritier, Maître de conférence en
Histoire du droit et des institutions à
l’Université de Corse, à Monsieur Gilles
Massardier, Maître de conférence à l’IEP
d’Aix-enProvence-Université Paul Cézanne et à
Monsieur Arnaud Mercier, professeur en Science de
l’Information et de la Communication à
l’Université de Metz et à, membres du jury pour
leur collaboration durant l’examen de ce travail
et leur participation à la soutenance.
9 Le développement des musées municipaux
J’adresse mes remerciements pour la
sympathie que m’a témoignée Madame Colette
Bonavia-Pariente, passionnée des musées. Elle m’a
encouragée par sa gentillesse et sa
détermination, et m’a informée de l’actualité muséale.
À Monsieur Yannick Rumpala, Maître de
conférence de Politique publique, à l’Université
de Nice, pour ses conseils de lecture relatifs aux
politiques publiques.
À toutes les personnes contactées pour le
temps qu’elles m’ont accordée. Sans leur
collaboration, l’accès à certaines sources qui ne font
pas l’œuvre de publication externe, aurait été
une tâche difficile.
J’associe ces remerciements à Monsieur
Maurice Fréchuret, Conservateur, et Madame
Ornella Crépin, Chargée de communication, grâce
à qui j’ai pu, lors de mon stage au musée
Picasso d’Antibes, découvrir l’univers muséal et
participer à l’organisation de l’exposition À
l’Épreuve de la Lumière. De même, un grand
merci à Madame Laure Lanteri, responsable du
service des Publics, pour m’avoir confiée la
responsabilité de rédiger des fiches explicatives sur
les œuvres exposées dans le musée.
Un grand merci à Monsieur François
MillionRousseau, chargé de communication, qui m’a
chargée de réaliser des sondages d’opinion sur
les musées de Nice, en vue de connaître le point
10 Remerciements
de vue des visiteurs, sur la présentation des
collections, les services proposés.
À mes parents dont l’amour, la confiance et
le soutien m’ont donnée du courage pour
persévérer dans l’étude de ce travail.
À vous, mes ami (e) s, qui ne doutiez pas
quand je fléchissais, je vous en suis
reconnaissante. Votre soutien a été sans faille et vos
encouragements, une preuve d’amitié et de
croyance en mon travail.
À tous ceux dont les critiques ont été
constructives ou destructrices, je vous remercie.
Toutes ont été des moteurs m’ayant obligée à
me surpasser dans ce travail et d’aller au-delà de
ce que j’imaginais pouvoir réaliser.
Que la lecture qui s’offre à votre curiosité
vous procure la satisfaction que vous espériez.
11 ACRONYMES

ACRONYMES
ABF
Architecte des Bâtiments de France.
AGCCPF
Association Générale des Conservateurs des
Collections Publiques de France.
ACMAPOR
Association pour la création d’une maison de
la vie et des traditions portuaires.
AMF
Association des Maires de France.
AMGVF
Association des Maires des Grandes Villes de
France.
APAM
Association Populaires des Amis des Musées.
ARCMC
Analyse, Recherche et Conseil en Marketing
et Communication.
ARCCPF
Association Régionale des Conservateurs des
Collections Publiques de France.

13 Le développement des musées municipaux
ATP
Arts et Traditions Populaires.
BDP
Bibliothèque Départementale de Prêt (BDP).
BNF
Bibliothèque Nationale de France.
BNP
Banque Nationale Populaire.
CA
Crédit Agricole.
CAPC
Centre d’art plastique contemporain.
CAR
Comité régional des Affaires Culturelles.
CARIF
Centre de l’Animation de Ressources et
d’Information sur les Formations
CAUE
Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de
l’Environnement.
CCAS
Centre Communal d’Action Sociale.
CDDP
Centre départemental de documentation
pédagogique.
CDT
Comité Départemental du Tourisme.
CEREM
Centre d’Études et de Recherches sur les
expositions et les musées.
14 Acronymes

CESR
Conseil économique et social régional.
CGI
Code général des impôts.
CIC
Crédit Industriel et Commercial.
CNFPT
Centre national de la fonction publique
territoriale.
CNI
Centre national des indépendants et des
paysans.
COFAC
Coordination des Fédérations et Associations
de Culture et Communication.
CPER
Contrat de Plan État-Région.
CP
Conservation départementale.
CPI
Conservation du Patrimoine de l’Isère.
CRA
Centre de Ressources Associées.
CRDP
Centre Régional de Documentation
Pédagogique.
CRECET
Centre Régional de Culture Ethnologique et
Technique.

15 Le développement des musées municipaux
CREDOC
Centre de Recherche pour l’Étude et
l’Observation des Conditions de vie.
CSP
Catégorie socioprofessionnelle.
CCSTCI
Centre de Culture Scientifique Technique
Industrielle.
DAC
Direction des Affaires culturelles.
DACOR
Développement de l’Action Culturelle
Opérationnelle en Région.
DAPA
Direction de l’Architecture et du Patrimoine.
DASEC
Direction des Affaires Sociales et Culturelles.
DDASS
Direction Des Affaires Sanitaires et Sociales.
DATAR
Direction à l’Aménagement du Territoire et à
l’Action Culturelle.
DEP
Département de l’Étude et de la Prospective.
DFIS
Direction de la Formation Initiale et
Supérieure.
DGAC
Direction Générale des Affaires Culturelles.

16 Acronymes

DL
Démocratie Libérale.
DLL
Direction du Livre et de la Lecture.
DMF
Direction des Musées de France.
DRAC
Direction Régionale des Affaires Culturelles.
DSIC
Direction de la Société de l’Information.
EDF
Électricité de France.
EPAC
Entreprise Publique à vocation Artistique et
Culturelle.
EPCC
Établissement Public de Coopération
Culturelle.
EPCI
Établissement Public de Coopération
Intercommunale.
EPIC
Établissement Public Industriel.
EPR
Établissement Public Régional.
FEMS
Fédération des Écomusées et des Musées de
Société.


17 Le développement des musées municipaux
FFSAM
Fédération Française des Sociétés d’Amis de
Musées.
FMAM
Fédération Mondiale des Amis des Musées.
FIIC
Fond d’aide à l’Initiative et à l’Innovation
Culturelle.
FN
Front national.
FNAC
Fond national d’art contemporain.
FNCC
Fédération Nationale des Collectivités
Territoriales pour la Culture.
FNSAM
Fédération Nationale des Sociétés d’Amis de
Musées.
FRAC
Fond régional d’art contemporain.
FRAM
Fond régional d’acquisition des musées.
GDF
Gaz de France.
GRN
Groupe de représentants nationaux.
ICOM
International Council of Museum (Conseil
International des Musées).

18 Acronymes

IGM
Inspection générale des musées.
LOADT
Loi d’Orientation pour l’Aménagement et le
Développement du Territoire.
MAAO
Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie.
MAMAC
Musée d’Art Moderne et d’Art
Contemporain.
MCEM
Musée des Civilisations de l’Europe et de la
Méditerranée.
MET
Metropolitan Museum of Art.
MINERVA
Ministerial Network for valorising activities
in digitisation/Réseau Ministériel pour la
Valorisation des Activités de Numérisation.
MJC
Maison de la Jeunesse et de la Culture.
MTCC
Musées des Techniques et Cultures
Comtoises.
MOCA
Museum of Contemporary Art.
MNAM
Musée National d’Art Moderne.


19 Le développement des musées municipaux
MNAP
Musée National des Arts et des Traditions
Populaires.
MRP
Mouvement Républicain Populaire.
MRT
Mission de la Recherche et de la
Technologie.
NTCI
Nouvelles Technologies de la
Communication et de l’Information.
OCIM
Office de Coopération et d’Information
Muséographique.
OCR
Office Culturel Régional.
ONG
Organisation non gouvernementale.
ONT
Observatoire national du Tourisme.
OPC
Observatoire des Politiques Culturelles.
OCR
Office Régional Culturel.
ORCEP
Office Régional de Culture et de l’Éducation
Permanente.
PACA
Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

20 Acronymes

PC
Parti communiste.
PDG
Président directeur général.
PR
Parti républicain.
PROSITEC
Promotion des Sciences et des Techniques.
PS
Parti socialiste.
PSD
Parti des Sociaux Démocrates.
RDSE
Rassemblement Démocratique Social
Européen.
RMI
Revenu minimum d’insertion.
RMN
Réunion des Musées Nationaux.
RPR
Rassemblement pour la République.
RTL
Radio Télévision Luxembourg.
SDAP
Services Départementaux de l’Architecture et
du Patrimoine.
SEM
Société d’économie mixte.


21 Le développement des musées municipaux
SFIO
Section Française de l’Internationale
Ouvrière.
SNCF
Société Nationale des Chemins de Fer.
SRADT
Schémas Régionaux d’Aménagement et de
Développement du Territoire.
UDF
Union pour la Démocratie française.
UMP
Union pour un Mouvement Populaire.
UNSA
Université de Nice Sophia-Antipolis.
ZPPAUP
Zone de Protection du Patrimoine
Architectural Urbain et Paysager.
22 INTRODUCTION

INTRODUCTION
Les musées sont longtemps restés des
établissements culturels exposant des objets
obsolètes. Seuls quelques grands musées faisaient
exception, tel que le Louvre à Paris. La
politique muséale mise en œuvre dans les années
1980 a modifié progressivement cette
conception négative : on parle de « fièvre muséale », de
nombreux musées étant créés et restaurés. La
loi du 4 janvier 2002 relative au label Musées de
France marque un nouveau tournant dans le
champ des musées. Elle incite les responsables
des musées à ce que leurs établissements
bénéficient du label Musées de France, gage de
qualité de l’établissement qui l’obtient.
Les musées ayant été délivrés de leur image
vétuste grâce à l’action du gouvernement, des
élus, des conservateurs et des associations
d’Amis des musées, ils restent la deuxième
activité culturelle des Français, après le cinéma.
Accueillant 70 millions de visiteurs chaque année,
ils sont l’un des vecteurs les plus importants de
diffusion de la culture.
23 Le développement des musées municipaux
Derrière le vocable musée que faut-il
entendre ? Si ce terme est d’un usage courant, le
définir est beaucoup plus complexe. En effet, il
s’agit de donner une définition prenant en
considération l’ensemble des institutions
muséales et non une catégorie spécifique. Une fois
adoptée une définition, la question se pose de
savoir si, au niveau local, la création des musées
est la conséquence de l’intervention de l’État,
des élus ou des deux à la fois. En effet, le lien
entre cette institution culturelle et le pouvoir
politique est peu traité par les chercheurs en
sciences sociales. Il est alors difficile de se
rendre compte qui est l’acteur moteur du
développement des musées municipaux. Pour certains
chercheurs, il s’agit de l’État, pour d’autres des
collectivités territoriales.
En outre, on peut se demander quelles sont
les finalités des acteurs intervenant dans la mise
en place des politiques muséales : culturelles,
démocratiques, économiques, touristiques ?
Pour répondre à ces interrogations, divers
corpus ont été utilisés.
Définition du terme musée.
Dans l’antiquité, le museion désigne un bois
sacré ou un temple consacré aux muses,
compagnes d’Apollon, protectrices des arts. Institué
pour Ptolémée Sôter, roi d’Égypte, sur les
24 Introduction
conseils des philosophes, Démétrios de Phalère
et Straton de Lampsaque, le premier museion
est créé en Égypte, à Alexandrie. Straton de
Lampsaque décrit cette institution comme un
ensemble de bâtiments et de portiques où sont
réunis des savants. Ces érudits entretenus par le
roi se consacrent à l’étude. C’est en ces lieux
que la célèbre bibliothèque d’Alexandrie a été
construite. Ce n’est donc pas un musée au sens
moderne.

eAu XV siècle, le terme musée apparaît sous
formes latine, muséum, et italienne, museo, pour
parler d’une collection ou d’objets de nature
artistique ou culturelle. En France, le mot musée
a été utilisé à partir de 1560 pour désigner la
« maison de campagne que le prévôt de Paris,
Antoine Duprat, fait installer à Vanves par
1l’humaniste florentin, Gabriel Simeoni ».
Progressivement l’emploi de ce mot se
restreint au domaine artistique et scientifique. Il
décrit un lieu où sont conservées des collections
d’objets remarquables. Son sens actuel a été
déeterminé au milieu du XVIII siècle. Cependant, il
existe plusieurs définitions jusqu’à la loi du

1 Édouard Pommier, « Le problème du musée à la veille
de la Révolution », Les Cahiers du musée Girodet,
n°1,1989, p. 8.
25 Le développement des musées municipaux
4 janvier 2002 relative au label Musées de
France.
L’encyclopédie grand public Alpha encyclopédie
considère comme tel
« tout établissement permanent créé en vue
de conserver, étudier, exposer, pour la
délectation et l’éducation du public, des collections
d’objets d’intérêt artistique, historique,
scientifi1que et technique ».
Le dictionnaire Le nouveau Petit Robert propose
une définition ressemblant à la précédente. Le
musée est un
« établissement dans lequel sont rassemblées
et classées des collections d’objets présentant
un intérêt historique, technique, scientifique,
artistique, en vue de leur conservation et de leur
2présentation au public ».

3Des manuels de muséologie et de
muséo4graphie expliquent également ce que sont ces

1 André Gob et Noémie Drouget, La muséologie. Histoire,
développements, enjeux actuels, Paris, Armand Colin, 2004,
pp. 34-35.
2 ibid.
3 La muséologie est la science du musée. Elle englobe
tous les types de musées ainsi que l’ensemble des
aspects sous lesquels le musée peut être perçu.
4 La muséographie est une activité intellectuelle
consistant à définir, à décrire et à analyser la conception
d’une exposition, sa structure et son fonctionnement. Il
s’agit également du résultat de cette activité pour
26 Introduction
établissements. La définition donnée par
Georges Henri Rivière en 1975 décrit le musée
comme une
« institution permanente, sans but lucratif, au
service de la société et de son développement,
ouverte au public, et qui fait des recherches
concernant les témoins matériels de l’homme et
de son environnement, acquiert ceux-là, les
conserve, les communique et notamment les
expose à des fins d’études, d’éducation et de
dé1lectation. »
L’introduction du terme « témoins » montre
un processus d’ouverture plus large du musée et
de la transformation de ses fonctions, puisque
ce terme correspond à l’extension considérable
de la notion d’objet.
L’International Council of Museums
(ICOM), organisation internationale des musées
et des professionnels des musées, créée en
1946, a également donné sa première définition
2en 1948. Modifiée suite aux mutations de

désigner la conception, l’agencement et la structure
d’une exposition.
1 La muséologie, selon Georges Henri Rivière, Paris, 1989, p.
81. Édition posthume réalisée par plusieurs anciens
élèves, en reprenant des notes de cours de
GeorgesHenri Rivière argumentées et des textes d’auteurs se
réclamant de l’École de Georges-Henri Rivière.
2 L’ICOM a établi à sept reprises une nouvelle
définition du mot musée. Elle est en relation formelle
d’association avec l’UNESCO. Elle jouit d’un statut
27 Le développement des musées municipaux
l’institution muséale, celle datant de 2001 admet
neuf types d’institutions comme étant des
musées et reprend telle quelle la définition donnée
par George Henri Rivière.
Cependant, certains auteurs, dont Alessandra
Mottola Molfino, s’attachent à une définition
très restrictive.
« (…) le musée de la Science à la Villette de
Paris est tout (y compris un luna-park), mais pas
un musée. Qu’est-ce qui, dès lors, caractérise de
façon non équivoque un musée ? Les objets, les
œuvres, les collections qui y sont conservés. Le
musée est là où existe un rassemblement
d’objets à conserver. Sans objets, il n’existe pas
de musées. Les activités dites muséales,
culturelles et en rapport avec le public sont une
conséquence de l’existence des objets : une
conséquence qui pourrait aussi bien ne pas être
vérifiées. C’est tellement vrai qu’il existe aussi des
1musées fermés. »
Résumer le musée à sa collection trouve son
origine dans l’histoire de l’institution muséale et
très souvent chez les conservateurs des musées
d’art et d’archéologie. C’est également la
position adoptée par la loi Musées de France du
4 janvier 2002. Celle-ci permet au public

consultatif auprès du Conseil Économique et Social des
Nations Unies.
1 Alessandra Mottola Molfino, Il libro dei musei, Milan,
Allemani, 1991.
28 Introduction
d’identifier les institutions dont les collections
erprésentent un intérêt public. L’alinéa 1 de
l’article 2 de cette loi reconnaît comme musée
« (…) toute collection permanente composée
de biens dont la conservation et la présentation
revêtent un intérêt public et organisée en vue de
la connaissance, de l’éducation et du plaisir du
public. »
Cette loi insiste sur le fait qu’une collection
qui ne revêtirait pas un intérêt public, ne
contribuerait pas à éduquer et donner du plaisir
au visiteur, ne saurait ni justifier la création d’un
musée ni enrichir les fonds de tel autre existant.
Contrairement aux définitions proposées jusque
là, celle-ci prend en considération l’ensemble
des thématiques muséales. En effet,
progressivement, sont apparus des écomusées, des parcs
naturels, des musées de plein air, des centres
d’interprétation, des centres de culture
scientifique, technique et industrielle (CCSTI), des
ateliers musées, des musées d’entreprises, des
maisons musées. Cette extension des thématiques,
amorcée à partir de la Révolution française,
es’est poursuivie au XIX siècle. Diverses
catégories de musées se sont alors distinguées :
musées des beaux-arts, musées des sciences
naturelles et musées d’histoire.
Les musées des beaux-arts englobent les
musées des arts décoratifs, les musées
d’archéologie et les musées d’art contemporain.
29 Le développement des musées municipaux
Cet ensemble trouve sa justification dans la
formation commune des historiens de l’art et
archéologues. Ces musées étaient sous la tutelle
du ministère des Beaux-Arts, lequel devient en
1959, le ministère des Affaires culturelles.
Les musées des sciences naturelles exposent
des spécimens naturalisés, des fossiles, des
cristaux, des roches, des herbiers et des planches
illustrées. D’autres, des plantes et des animaux
vivants. Ces musées sont sous la tutelle du
ministère de l’Éducation nationale.
Les musées d’histoire ont été créés à partir de
1830 sous l’influence du sentiment nouveau des
nationalités. Ils se sont fortement développés
après la Première Guerre mondiale. Ces
établissements conservent des galeries de portraits et
des tableaux historiques. Plus tard, cette
catégorie a réuni les musées d’archéologie et
d’ethnographie.
Dès 1850, les progrès de la science et de
l’industrie provoquent la création des musées
1scientifiques et des musées industriels et
techniques. À partir des années 1960, ces
thématiques se diversifient en Europe et aux
États2 1Unis. Des écomusées, nommés également mu-

1 ethnographie, histoire naturelle et folklore.
2 Dominique Poulot, « L’avenir du passé : les musées en
mouvement », Le Débat, n°12, 1981, p. 105.
30 Introduction
sées de sociétés, sont créés dans de nombreuses
villes. Ils regroupent les musées d’histoire,
d’ethnographie et d’ethnologie ainsi que les
musées de la vie locale. Certains ont été conçus dès
ele XIX siècle en vue de « propager les
connaissances utiles spéciales à l’industrie, à
l’agriculture, à l’hygiène et à la vie domestique. »
Le premier a été fondé à Bagnols-sur-Cèze par
le peintre Léon Alègre en 1854. La création de
ce type de musée, liée à une motivation d’ordre
social et de développement local, marque une
rupture avec les musées de beaux-arts. En
outre, ils contribuent à définir une nouvelle
identi2té de la population. Parfois, les municipalités
confient la gestion de ces musées à des
associa3tions et le ministère de la Culture exerce sa
tu4telle sur la plupart d’entre eux. Depuis 1980,
leur développement est motivé par la volonté
de conserver des traces du passé et de souligner
5les spécificités locales.

1 Terme utilisé pour la première fois en 1971 par
Georges-Henri Rivière. Il a été le premier directeur
général de l’ICOM de 1948 à 1966.
2 Léandre Bergeron et Gracia Dorel-Fere, Le patrimoine
industriel. Un nouveau territoire, Éditions Liris, Paris, 1996.
3 Des associations ont créé ces musées et certaines en
assurent la gestion.
4 Créés par des sociétés industrielles, quelques-uns ont
été municipalisés par la suite.
5 Le premier a été fondé à Bagnols-sur-Cèze par le
peintre Léon Alègre en 1854.
31 Le développement des musées municipaux
Plusieurs typologies ont mis en évidence
l’existence de différents types de musées. Celle
proposée par Georges-Henri Rivière en 1934,
repose sur quatre catégories : musées des
beaux-arts, musées des sciences et de l’Homme,
musées des sciences et de la nature et musées
1des sciences et des techniques.
Bien qu’elle soit détaillée, cette classification
présente des lacunes puisque des subdivisions
restent isolées. Il ne semble pas pertinent de
détacher la médecine alors que l’histoire,
l’archéologie et la préhistoire sont regroupées
dans une vaste catégorie. En outre, les sciences
naturelles ainsi que les sciences et techniques
pourraient également faire l’objet d’une
subdivision. Le regroupement des musées des
beauxarts, des arts décoratifs et d’archéologie en un
ensemble pourrait se justifier par la formation
commune des historiens de l’art et des
archéo2logues.
Georges Henri Rivière propose un cinquième
groupe incluant les musées multidisciplinaires et
interdisciplinaires, qualifiés de musées de
société : musées d’histoire, d’ethnographie,
d’ethnologie et de la vie locale. Il prend
l’exemple le musée du Vin de Bourgogne, à

1 La muséologie, selon Georges Henri Rivière, op. cit. , pp.
90140.
2 André Gob et Noémie Drouget, op. cit., pp. 34-35.
32 Introduction
1Beaune. Le vin est présenté sous de différents
angles : scientifique (géologie du sol
bourguignon, chimie, fermentation), historique (origine
et évolution du vignoble), archéologique,
ethnographique (travail de la vigne et du vin), et
artistique (présentation d’œuvres d’art inspirées
par le thème du vin). En revanche, les
thématiques muséales, mises en relief par Gary Edson
et David Dean sont l’art, l’histoire et les
scien2ces.
Cette extension des thématiques démontre
d’une part, une spécialisation, avec la création
de musées dédiés à un artiste, une personnalité,
un courant historique, un événement ; d’autre
part, elle met en évidence le développement de
musées pluridisciplinaires, à l’image du centre
d’art contemporain Beaubourg, avec des centres
de diffusion et de documentation.
Ces transformations se traduisent par une
atténuation de la classification traditionnelle
regroupant les musées d’art, les musées de société
et les musées scientifiques. Dans cette phase de
modernisation, le personnel est au cœur des
transformations. Cela se manifeste par la mise
en place de dispositifs : création de nouveaux
statuts, accent mis sur les formations et les
conditions d’exercice, analyse des emplois par

1 ibid
2 Gary Edson, David Dean, The Handbook for Museums,
eLondres, Routledge, 2 édition, 1996, p. 8.
33 Le développement des musées municipaux
l’élaboration de répertoires de compétences et
remise en cause de l’organisation du travail.
Les conservateurs forment des réseaux
professionnels pour partager leur savoir-faire : ils
ont créé l’Association Générale des
Conservateurs des Collections Publiques de France
1(AGCCPF).
La France est le second pays après les
ÉtatsUnis et le premier en Europe, à posséder le plus
grand nombre de musées. Sur les 1285 musées
référencés, la Direction des Musées de France
(DMF) du ministère de la Culture en reconnaît
1075. Contrairement aux États-Unis, où
majoritairement les musées ont un statut privé, en
France, 85 % d’entre eux ont un statut public.
Plus de 700 musées ont été créés entre 1750 et
1936 avec un développement manifeste sous le
2 Front Populaire en 1936. Les congés payés, la
3hausse des salaires permettent aux citoyens de
disposer de plus de temps et de moyens
finan4ciers pour se livrer à des pratiques culturelles.

1 http ://www.agccpf.com/
2 15 jours de congés payés par an. Réflexions menées en
1919 par des syndicalistes et Léon Blum.
3 Les Accords de Matignon du 7 juin 1936 ont annoncé
une hausse des salaires de 7 à 15 %.
4 développement de la lecture publique. Mise en place
des bibliobus d’État. Création de l’Association
Populaires des Amis des Musées (APAM).
34 Introduction
Cette période se caractérise par la
popularisation de la culture, des arts, des sciences et des
sports. La culture « prolétarienne » est
supplantée par la culture « populaire ». Ce sont les
prémisses du référentiel de démocratisation.
Celuici devient un leitmotiv lors de la création du
ministère des Affaires Culturelles en 1959 dans
les discours des élus, des conservateurs et de la
société civile. Cependant, l’entre-deux guerres et
les Trente glorieuses sont marquées par un
ralentissement du développement muséal. En
revanche, de 1982 et 1997,120 musées ont été
créés en France : 11 musées d’art moderne et
contemporain, 7 musées polyvalents, 13 musées
d’archéologie, 17 musées d’histoire, 6 musées
des beaux-arts et 70 sites techniques,
scientifi1ques ou ethnographiques.
Problématique
S’interroger sur l’attitude du pouvoir
politique à l’égard du développement des musées
municipaux suppose de questionner la nature
des échanges entre le champ politique et les
musées. D’un point de vue sociologique,
l’analyse des politiques muséales locales
implique la prise en compte de l’ensemble des
logiques sociales à l’œuvre dans un sous-espace

1 http ://www.artcult.com/news_6 fr. htm, mars 2005.
35 Le développement des musées municipaux
donné. Les musées sont une composante de la
politique culturelle, une « politique publique au
même titre que la politique de la défense, de
1l’éducation ou de l’environnement. »
Pour Jean-Claude Thoenig, une politique
publique est « un programme d’action propre à
une ou plusieurs autorités publiques ou
gouver2nementales. » Il ne s’agit pas d’une action
isolée, mais de plusieurs opérations qui sont
coordonnées, délibérées, décidées et menées par un
ou plusieurs acteurs publics. Celles-ci ont
également été définies par Pierre Muller comme
étant
« (…) un ensemble de mesures concrètes
résultant de décisions de caractère plus ou moins
autoritaire, voire coercitives, inscrites dans un
cadre général d’action affiné d’année en année,
destinées à satisfaire un public, c’est-à-dire des
individus, groupes ou organisations dont la
situation est affectée par la politique publique, et
mises en œuvre au nom d’objectifs, de normes
3et de valeurs.

1 Pierre Moulinier, Les politiques publiques de la culture en
France, Paris, PUF, Que sais-je ?, 1999, p. 3.
2 Jean-Claude Thoenig, « L’analyse des politiques
publiques », dans Traité de science politique, sous la dir. de
Madeleine Grawitz et Jean Leca, Paris, PUF, 1985,
tome 4, p. 6.
3 Pierre Muller, Les politiques publiques, Paris, PUF, Que
sais-je ?, 1990, p. 37.
36 Introduction
Ces dispositifs politico-administratifs
alimentent les liens entre les collectivités territoriales,
le ministère de la Culture ainsi que les individus
ou groupes engagés à divers titres. Les liens
entre les musées et le pouvoir politique sont donc
étroits. Le musée entre dans l’espace social lors
de la Révolution française et participe à la mise
en place de l’État Nation moderne. La
muséologie, science des musées, de leur histoire, de
leurs missions, apparaît également à cette
épo1que. Tandis que le système marchand
capitaliste se met en place, la puissance publique fait
valoir son pouvoir en rendant les collections
inaliénables en vue de les soustraire aux lois du
marché. C’est pourquoi le musée reste une
institution essentiellement publique en France. Ce
fait supposerait deux caractères : la recherche
de démocratisation et le rôle créateur de l’État.
Il semblerait que le développement muséal local
puisse être influencé par la recherche de
démocratisation, c’est-à-dire par l’accès de tous à la
culture et la mise en valeur de l’identité
culturelle du territoire dans lequel le musée s’inscrit.
Ce concept d’identité culturelle peut être mis en
relation avec l’existence d’un groupe humain,
particularisé par la langue, la race, la religion, les

1 Dans un traité de 1727, un marchand de Hambourg,
Caspar Neickel, donnait aux amateurs, des conseils sur
le choix des locaux les plus aptes à accueillir les objets
formant une collection.
37 Le développement des musées municipaux
institutions, les arts, les coutumes (cuisine,
danse, costumes, etc.). En outre, on pourrait
penser que l’État s’est assigné un rôle moteur
dans la création et le développement des
musées. Il serait donc un acteur pivot du
développement des musées municipaux en France.
La démonstration de cette recherche s’appuie
sur la sociologie de l’action publique de Patrice
Duran et Jean-Claude Thoenig. Selon ces
chercheurs, celle-ci est confrontée à trois
phénomènes, dont deux semblent s’appliquer au
déve1loppement des musées municipaux. Le premier
se caractérise par les orientations souvent
contradictoires qui apparaissent dans la gestion
des problèmes publics, apportant ainsi des
limites aux méthodes traditionnelles de débat qui
sont utilisées pour résoudre les conflits. En
revanche, le deuxième phénomène, porte sur la
reconnaissance de problèmes « dont la solution
2dépasse le cadre d’une seule organisation. »
L’approche institutionnelle et organisationnelle
de l’analyse socio-historique, faite par Jacques
Sallois et Jean Châtelain, semble expliquer le
3premier événement. Ces auteurs défendent la

1 Patrice Duran et Jean-Claude Thoenig, « L’État et la
gestion publique territoriale », Revue Française de Science
Politique, Volume 46,4, 1996, p. 583.
2 ibid
3 Jacques Sallois, Les musées de France, Paris, PUF, Que
sais-je ?, 2005.
38 Introduction
thèse selon laquelle les différents acteurs qui
interviennent pour soutenir le développement des
musées privilégient des objectifs culturels et
démocratiques. On pourrait donc en déduire
que la mise en place d’une politique muséale par
les collectivités locales et territoriales résulte
d’une volonté de faire des musées des vecteurs
de diffusion de la culture et des lieux culturels
accessibles au plus grand nombre d’individus.
1 2Or, pour Mireille Pongy, Guy Saez, Martine
3 4Regourd, Jean-Michel Tobelem et Luc Benito,
les élus locaux agissent dans une optique
économique et touristique. En revanche, les
conservateurs envisagent les musées sous
l’angle de la démocratisation, de la découverte
artistique et de la recherche scientifique.
Le développement des musées municipaux
occupe donc une place à la frontière entre
motivations culturelles/démocratiques et ambitions
économiques et touristiques. Si les élus
adoptent une stratégie concurrentielle en vue de dis-

1 Mireille Pongy et Guy Saez, Politiques culturelles et régions
en Europe : Bade-Wurtemberg, Catalogne, Lombardie,
RhôneAlpes, Paris, L’Harmattan, 1994.
2 ibid.
3 Martine Regourd, « Le musée, un espace de
communication, symbolique des mutations politiques »,
Politique et musées, L’Harmattan, Paris, 2003, p. 35.
4 Jean-Michel Tobelem et Luc Benito, « Les musées
dans la politique touristique urbaine », op. cit.,
L’Harmattan, 2003, pp. 263-294.
39 Le développement des musées municipaux
tinguer et de différencier les musées, leur
coopération au sein du territoire régional est
manifeste. C’est pourquoi des réseaux de musées
locaux, départementaux et régionaux se forment
progressivement et sont encouragés par le
ministère de la Culture. Ainsi peut-on postuler une
interdépendance de l’ensemble des différents
acteurs dans la construction des politiques
muséales. Celle-ci peut être un enjeu et le lieu d’un
débat politico-institutionnel entre autorités
locales, étatiques, départementales et régionales.
Selon l’environnement et les conditions
locales, tant économiques que politiques, les
autorités publiques peuvent agir différemment
comme le montrent les exemples retenus
lesquels attestent de la pluralité des politiques
muséales locales en France. Celles-ci évoluent en
fonction du contexte historique et selon la
personnalité des élus et des conservateurs. Elles
reposent également sur l’implication du maire et
de l’adjoint à la Culture et de leurs liens avec les
directeurs et/ou les conservateurs des musées.
Ces acteurs sont animés par des motivations à
la fois culturelles et économiques. En étant
responsables de l’application des priorités locales,
les conservateurs peuvent être confrontés à des
conflits d’intérêt vis-à-vis des élus locaux et des
directeurs des musées.
Le deuxième phénomène observé est que
lentement, les musées deviennent un enjeu
poli40 Introduction
tique au niveau local. Un plus grand nombre
d’acteurs prend part au développement muséal
local tandis que leur rôle se renforce : c’est une
politique partenariale.
La scène publique locale constitue un lieu de
négociation où acteurs locaux, acteurs
secondaires (État, départements, régions) et acteurs tiers
issus de la société civile (associations et
entreprises) interviennent. Elle devient un lieu
privilégié de confrontation, de débat, d’ajustement et
de redéfinition des fonctions et des rôles des
acteurs. C’est pourquoi
« (…) le territoire, plus que l’appareil d’État,
constitue désormais le lieu de définition des
1problèmes publics » [car] « ce sont ceux qui
sont installés à proximité du territoire qui
opè2rent la définition des problèmes ».
C’est en cela que l’intervention des
municipalités, des conservateurs, des collectivités
territoriales, ainsi que du ministère de la Culture,
notamment les Directions Régionales des Affaires
Culturelles (DRAC), est manifeste.
Cette analyse rejoint celle faite par Olivier
Borraz, laquelle retient quatre dimensions du
gouvernement municipal : la politique,
l’administration, les collectivités locales supé-

1 Patrice Duran et Jean-Claude Thoenig, op. cit. , p. 582.
2 ibid.
41 Le développement des musées municipaux
1rieures et la société civile. La mobilisation de
ces acteurs et la complémentarité de leurs
objectifs peuvent produire un développement des
musées municipaux harmonieux et cohérent.
L’État (le ministère de la Culture) ne joue pas
un rôle moteur dans le développement des
musées municipaux. S’il a nationalisé les biens de la
royauté, du clergé et des émigrés, puis institué
les premières politiques culturelles, son soutien
est marqué par une forte irrégularité et par des
périodes de désengagement envers les musées
municipaux. Les collectivités territoriales et la
société civile semblent être des soutiens plus
importants.
Le troisième phénomène concerne
l’environnement qui est victime d’une
confusion croissante. Celle-ci peut être entendue « au
sens où des organisations concurrentes
inattendues et dissonantes pour les autres comme pour
elles-mêmes » remettent en cause les modalités
d’action collective locale. Aucune concordance
ne peut être reliée à cette recherche, puisque
celle-ci étudie les musées et non les autres
secteurs culturels pouvant être en concurrence

1 Olivier Borraz et Patrick Le Galès, « The local
government in France : the intermunicipal revolution
and new forms of municipal governance », dans
Comparing local governance : trends and developments, sous la
dir. de S.A.H. Denters et L.E.Rose, Basingstoke,
Palgrave, 2004.
42 Introduction
avec ces institutions. En outre, les musées
associatifs ne concurrencent en rien le
développement des musées municipaux mais sont, au
contraire, un atout pour un aménagement
culturel et touristique harmonieux du territoire.
Intérêt d’une étude sur le développement des musées
municipaux
De nombreux chercheurs en sciences
sociales abordent le thème des musées mais peu en
revanche s’intéressent au lien existant entre
cette institution culturelle et le pouvoir
politique. En France, peu de théories concernant les
interactions entre acteurs locaux,
départementaux et régionaux dans la mise en place de
politique muséale locale ont été réalisées. Si la
culture et les liens avec les collectivités
territoriales sont des thèmes souvent traités, les
musées ne le sont, en revanche, que sous certains
angles (dimension symbolique du musée,
marketing des musées, place du public, etc.). En
revanche, les relations entre les acteurs participant
au développement des musées municipaux ne
sont pas mis en relief. Seuls le rôle et les actions
du ministère de la Culture reviennent souvent
dans les discours politiques, les articles des
chercheurs ainsi que les ouvrages relatifs à la
politique culturelle nationale.
43 Le développement des musées municipaux
1 2Philippe Poirrier, Vincent Dubois, Guy
3 4Saez et Mireille Pongy figurent parmi les rares
chercheurs à souligner les stratégies des
collectivités territoriales, du ministère de la Culture et
des conservateurs des musées. Seules les
compétences administratives de ces derniers acteurs
sont soulignées de manière récurrente dans les
travaux de recherche en science politique. Peu
d’articles mettent en relief les liens entre le
ministère de la Culture et les collectivités locales
dans ce domaine. Ceux faisant référence aux
acteurs tiers (associations et mécènes) sont rares
alors que ceux-ci soutiennent de manière
récurrente les musées. Ces articles traitent de la
politique culturelle mise en place par le ministère de
la Culture, voire dans quelques cas, par les
collectivités territoriales. Par conséquent, il n’existe
pas de vision sectorielle de la politique
culturelle. Les secteurs culturels (musée, théâtre,
audiovisuel, livre, bibliothèque, musique, spectacle
vivant, etc.) sont amalgamés sous le vocable

1 Philippe Poirrier et Vincent Dubois, Les collectivités
locales et la culture. Les formes de l’institutionnalisation
e e
XIX XX siècles, Paris, La Documentation Française,
2002.
2 ibid.
3 Mireille Pongy et Guy Saez, op. cit., 1994.
4 ibid.
44 Introduction
« politique culturelle », sans savoir lesquels sont
1concernés.
Une étude centrée sur l’action des
collectivités territoriales et non sur l’État a pour objectif
de souligner la présence, en leur sein, d’alliances
mais aussi parfois de concurrence entre elles.
Peu de chercheurs s’attachent à comprendre le
rôle dévolu à chaque collectivité territoriale en
matière culturelle et muséale. Dans leurs
travaux, Mireille Pongy et Guy Saez se sont
penchés sur celui des régions, et ont souligné leur
rôle d’accompagnateur dans la mise en place
2des politiques culturelles. En outre, les études
3de Erhard Friedberg, Philippe Urfalino et de
4Jacques Palard sur la région Aquitaine peuvent
être soulignés. Cependant, cette collectivité
territoriale est considérée, par les juristes, sous
l’angle du transfert des compétences ou de la

1 Yves Surel, L’État et le Livre. Les politiques publiques du
livre (1959-1994) , Paris, L’Harmattan, 2000.
2 Mireille Pongy et Guy Saez, op. cit., 1994.
3 Erhard Friedberg et Pierre Urfalino, « La
déconcentration culturelle : l’émergence de nouveaux
acteurs », Politique et management public, n°2,1985, pp.
215225.
4 Jacques Palard, « Le phénomène culturel en
Aquitaine », dans Pratiques culturelles et politiques de la
culture, sous la dir. de François Chazel, Maisons des
Sciences de l’Homme d’Aquitaine, 1987.
45 Le développement des musées municipaux
nature juridique des relations entre l’État et les
1collectivités locales.
Les départements font également l’objet de
2peu de recherches, comme le souligne Mireille
3Pongy. Pourtant, cette collectivité territoriale
prend une place de plus en plus grande en
matière culturelle, en étant un relais de l’État et un
partenaire privilégié des collectivités locales y
compris dans le secteur muséal. En revanche,
bien que les villes soient le territoire le plus
traité par les chercheurs en science politique, peu
d’études ont été faites sur les musées, outre
celles retraçant la professionnalisation des
conser4vateurs. Il s’agit de comprendre le rôle et les
motivations des élus, des acteurs
politicoadministratifs et de la société civile.
Méthodes d’investigation.
Nourrie de lectures théoriques et de l’analyse
de sources primaires et secondaires, la présente
recherche a été réalisée au cours de la période
2003-2006, suite à la promulgation de la loi du

1 Jean-Marie Pontier, « Les régions et la culture »,
RFDA, n°4,1986.
2 Jacqueline Mengin, Jacques Lepage, Le rôle culturel du
département, Paris, La Documentation française, 1987.
3 Mireille Pongy, Guy Saez, op. cit. , 1994.
4 Philippe Poirrier, Vincent Dubois, op. cit., 2002.
46 Introduction
4 janvier 2002 relative au label Musées de
France
En parallèle, les élections régionales et
cantonales de 2004 se sont déroulées. Les réponses
des élus et du personnel administratif pouvaient
être parfois évasives dans la mesure où,
cherchant à remporter les élections, les programmes
présentés étaient orientés vers la promotion du
secteur culturel.
La présente thèse n’étudie pas l’action des
élus et des conservateurs envers les musées
na1 2tionaux, les musées classés et les musées
pri3vés. Elle souligne le rôle joué par ces acteurs
dans le développement des musées municipaux
contrôlés ayant obtenus le label Musées de
France, après la promulgation de la loi du
4 janvier 2002.
Les musées nationaux appartenant à l’État et
gérés par celui-ci, ainsi que ceux qui sont classés
ou privés ne seront pas retenus, puisque les
municipalités ne soutiennent pas leur dévelop-

1 Les 33 musées nationaux sont gérés par la DMF et par
la Réunion des Musées Nationaux (RMN). Cette
dernière, créée en 1895, procède à l’acquisition
d’œuvres d’art pour enrichir les collections nationales.
2 Les 35 musées classés sont à la charge de l’État. Les
conservateurs sont recrutés par ce dernier.
3 Les musées privés, appartenant à des particuliers ou
des institutions, sont considérés par la DMF comme
des entreprises privées dont elle n’a pas à reconnaître le
contrôle.
47 Le développement des musées municipaux
pement. Ce sont principalement les musées
anciennement contrôlés, ayant obtenu le label
Musées de France et gérés en régie directe par
les villes qui occupent une place centrale dans
cette étude. Dans une moindre mesure, celle-ci
s’intéresse également aux musées associatifs
soutenus par les collectivités territoriales ainsi
qu’aux musées municipaux dont la gestion est
confiée à une association. En outre, seuls les
musées placés sous la responsabilité du
minis1tère de la Culture sont pris en compte. Ceux-ci
représentent la majorité des musées nationaux,
municipaux, départementaux et associatifs.
Le développement des musées municipaux
constitue une démarche dont l’initiative
appartient aux élus locaux et aux conservateurs. Elle
dépend de plusieurs caractéristiques selon le
territoire considéré : historiques, géographiques,
sociologiques et économiques. Cette approche,
par la proximité qu’elle requiert, permet de
saisir la complexité du sujet dans toutes ses
dimensions. Cependant, elle écarte toute tentative
de généralisation excessive du propos, chaque
ville et chaque musée présentant des spécificités

1 Les muséums d’Histoire naturelle ne sont pas pris en
compte puisqu’ils sont sous la tutelle du ministère de
l’Éducation nationale. D’autres sont sous celle du
ministère de la Défense (musées de l’Armée) ou du
ministère de la Justice.
48 Introduction
propres et évolutives. En outre, elle met en
avant les contextes nationaux et territoriaux.
Ces informations ont pu être obtenues suite
au dépouillement de différents documents du
ministère de la Culture, tels que des
comptesrendus de démarches et des textes de
convention entre DRAC et collectivités locales.
Toutefois, ces publications, à la disposition de tout
citoyen, présentent un caractère publicitaire.
Aussi convient-il de confronter ces
informations avec celles apportées par les représentants
de l’administration centrale, le ministère de la
Culture, les Conseils généraux, régionaux et les
municipalités.
La documentation a été enrichie par des
documents tels que des rapports, bilans de
législature, dossiers d’étude, et d’enquêtes de certains
organismes ainsi que par des articles de
journaux et de revues locaux, régionaux et
nationaux. Il s’agissait également de recueillir des
informations relatives au développement muséal
local par les collectivités territoriales. Les
acteurs, leurs ressources, leurs motivations et les
relations qu’ils sont susceptibles d’établir avec
d’autres groupes d’acteurs ont été repérés et
analysés.
Dans un premier temps, les maires, les
adjoints à la Culture, les conseillers municipaux
ainsi que les élus départementaux, régionaux et
les conservateurs des musées ont été contactés
49 Le développement des musées municipaux
et interrogés. Les entretiens ont ensuite été
élargis aux acteurs susceptibles d’être concernés
par la mise en place de la politique muséale : les
associations des Amis des musées, les
professionnels du tourisme (Office du Tourisme,
Comité Départemental du Tourisme), les
entreprises, les directeurs et conseillers des musées
des DRAC et les responsables de la DMF.
La méthode retenue a été celle de l’entretien
semi-directif afin de permettre des réponses
libres. Ce type d’entretien s’applique à toute
problématique de validation d’hypothèses visant à
connaître le rôle et l’influence des attitudes
fondamentales sur les perceptions et les
comportements des publics concernés. Les grilles
d’entretiens, établies au préalable, ont été
modifiées si nécessaire, selon les interlocuteurs et au
fil de l’avancée des recherches. En outre, les
entretiens ont fait l’objet d’un enregistrement
pour respecter les propos des acteurs.
Cependant, dans un respect de confidentialité, le nom
des personnes interrogées n’a pas toujours été
cité.
Un stage de deux mois, effectué en 1997 au
service Communication et à l’Atelier des
enfants du service Éducatif et des Publics du
mu1sée Picasso d’Antibes. Cette expérience
professionnelle a permis de comprendre les mécanis-

1 Musée municipal.
50 Introduction
mes de mise en place des expositions, de
financement et de démocratisation des musées. En
outre, le rôle joué par les conservateurs des
musées et leurs relations avec les acteurs
politicoadministratifs, les associations et les mécènes a
été découvert.
En outre, à la demande de la mairie de Nice,
des enquêtes à questions ouvertes et fermées
ont été réalisées en 1999 et en 2000 pour
connaître les attentes des visiteurs. Réalisé avec
l’appui de François Million-Rousseau, conseiller
en communication, cet audit visait à améliorer
le fonctionnement des musées et les outils de
1communication.
Des formulaires à questions ouvertes et
fermées ont été envoyés aux municipalités, de
2002 à 2006. L’objectif était de se rendre
compte si la formation professionnelle des élus
pouvait orienter leurs priorités pour les musées.
En recoupant les informations, ce type d’outil
valide les réponses obtenues par entretiens.
La visite de nombreux musées en France
métropolitaine, en Europe et aux États-Unis ont
concrètement rendu compte de l’état des
musées.


1 Il est aussi intervenant à l’I.U.T.
InformationCommunication de Sophia-Antipolis pour le
D.U.Communication et Relations Internationales.
51 Le développement des musées municipaux
Pour développer les musées municipaux, élus
locaux et conservateurs ont institutionnalisé les
politiques culturelles en accordant une
autonomie à ce secteur. L’adjoint à la Culture assume
plus des responsabilités et acquiert plus
d’indépendance vis-à-vis du maire. Cette
modification institutionnelle et organisationnelle
repose sur des objectifs à la frontière entre
motivations culturelles, démocratiques et
motivations économiques et touristiques.
Ce glissement de la culture vers l’économie a
eu pour conséquence l’exercice de nouvelles
missions de la part des responsables des
musées. Ayant, progressivement acquis un statut
de conservateurs, ils sont devenus des
professionnels capables de mettre en œuvre la
politique muséale envisagée par les élus locaux. En
interne, ils ont dû apprendre les enjeux du
développement des musées municipaux tandis que
jusque là, ils devaient protéger et conserver les
œuvres. Leur adaptation à l’évolution des
musées se manifeste également en externe. Ils sont
en relation avec des architectes mais également
des élus, des représentants associatifs, des
entreprises en vue d’obtenir des financements plus
importants. Les conservateurs des musées sont
donc des chefs d’orchestre.

Au final, le développement cohérent et
visible des musées municipaux résulte de la
52 Introduction
convergence d’objectifs culturels et
démocratiques mais également d’intérêts économiques et
touristiques. Dès lors, des divergences peuvent
se faire jour entre la politique souhaitée par les
élus et celle des conservateurs. Il dépend de
l’organisation et de la motivation des élus et des
conservateurs. Chacun tente d’influencer les
acteurs partenaires pour qu’ils soutiennent le
développement des musées municipaux, en
soulignant les objectifs culturels et économiques à
atteindre. Cette orientation permet de
comprendre les liens, parfois conflictuels existant
entre les élus locaux et les conservateurs (Partie
1).

Les élus et/ou les conservateurs s’appuient
sur ces acteurs pour promouvoir leurs intérêts
spécifiques. L’État (le ministère de la Culture)
n’est pas l’élément moteur. Son intervention
n’est pas dirigiste mais partenariale à l’égard des
musées. Ce partenariat s’est manifesté lors de la
déconcentration du ministère de la Culture en
région. Il se traduit par une expertise et un
soutien financier, principalement en collaboration
avec les collectivités. Celles-ci ainsi que les
conservateurs sont des acteurs clés du
développement des musées municipaux.
Si les lois de décentralisation n’ont pas offert
de nouvelles compétences aux régions et aux
départements dans le secteur des musées, elles
53 Le développement des musées municipaux
ont renforcé leur intervention, notamment
parce que l’État se désengageait
progressivement. En outre, les élus locaux utilisent souvent
la légitimité et l’influence que leur confèrent les
cumuls de mandats.
Des acteurs tiers jouent également un rôle
important le développement des musées
municipaux. La société civile (public, artistes,
mécènes) intervient de manière volontaire ou à la
demande des élus et des conservateurs.
Ce rapprochement entre acteurs publics et
1acteurs privés démontre que le développement
des musées municipaux est le résultat d’un
travail conjoint. Les politiques muséales locales
sont donc des politiques publiques partenariales
(Partie 2)

1 L’intervention des entreprises s’est renforcée suite à
l’assouplissement des règles sur le mécénat. La loi du
23 juillet 1987 sur le développement du mécénat et le
Code général des impôts (CGI) a été modifiée par la loi
relative au mécénat, aux associations et aux fondations
erpromulguée le 1 août 2003.
54 PARTIE 1. PRIORITÉ À LA CULTURE OU À
L’ÉCONOMIE : LE DILEMME DES ÉLUS
LOCAUX.

PARTIE 1
PRIORITÉ À LA CULTURE OU À L’ÉCONOMIE :
LE DILEMME DES ÉLUS LOCAUX
Les municipalités jouent un rôle moteur dans
le développement du secteur culturel local et
dans celui des musées municipaux. Les travaux
de Philippe Urfalino et Erhard Friedberg ont
longuement insisté sur la place primordiale de
l’échelon local. Ils sont parvenus à la conclusion
qu’il devenait nécessaire pour les élus locaux
d’institutionnaliser leurs politiques culturelles et
de définir les nouveaux objectifs à atteindre.
Cette institutionnalisation s’est manifestée par
une nouvelle gouvernance impliquant la
présence d’un adjoint à la Culture et par la mise en
place de politiques sectorisées (Titre 1).
Au sein des musées, le personnel s’est
s’adapté à leur évolution et aux ambitions des
municipalités. Ainsi, lorsqu’ils mettent en œuvre
la politique muséale portée sur l’agenda
municipal, les élus locaux confient la gestion du
budget, voté en conseil municipal, au directeur des
55

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