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Le développement mental chez l'enfant et dans la race

De
518 pages
JM.Baldwin est considéré comme une des figures centrales dans l'émergence de la nouvelle psychologie fonctionnaliste américaine. Cet ouvrage est un essai de théorie du développement de la conscience chez l'enfant. Baldwin a construit sa théorie en s'appuyant sur le concept de sélection naturelle de Darwin et il y ajoute un point majeur sur la "sélection organique". Il fournit ici une interprétation du développement mental en fonction de facteurs sociaux.
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LE DÉVELOPPEMENT MENTAL CHEZ L'ENFANT ET DANS LA RACE

www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ~L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-00624-8 EAN : 9782296006249

James Mark BALDWIN

LE DÉVELOPPEMENT
L'ENFANT
(1895-1897)

MENTAL CHEZ

ET DANS LA RACE

avec une introduction

de Serge NICOLAS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinshasa

75005 Paris

L'Harmattan

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L'Harmattan

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Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 1282260 Ouagadougou 12

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions Pierre JANET, L'amour et la haine (1924-1925), 2005. A. BINET, La psychologie du raisonnement (1886),2005. Th. RIBOT, L'hérédité psychologique (1873), 2005. Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion et de ses applications (1886), 2005. H. TAINE, De l'intelligence (1870,2 volumes), 2005. P. A. TISSIÉ, Les aliénés voyageurs (1886), 2005. Th. RIBOT, La psychologie des sentiments (1896), 2005. Abbé FARIA, De la cause du sommeil lucide (1819), 2005. W. PREYER, L'âme de l'enfant (1882), 2005. Morton PRINCE, La dissociation d'une personnalité (1906), 2005. J. G. SPURZHEIM, Observations sur la phrénologie (1818), 2005. F. A.MESMER, Précis historique relatif au magnétisme (1881), 2005. A. BINET, L'âme et le corps (1905),2005. Pierre JANET, L'automatisme psychologique (1889), 2005. W. WUNDT, Principes de psychologie physiologique (1880,2 v.), 2005. S. NICOLAS & B. ANDRIEU (Eds.), La mesure de l'intelligence, 2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 1, vol I) (1903),2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 2, vol I) (1903), 2005. F. RAYMOND & P. JANET, Obsessions et psychasthénie (vol II) (1903), 2005. Théodore FLOURNOY, Métaphysique et psychologie (1890), 2005. Théodule RIBOT, La vie inconsciente (1914),2005. A. BINET & Ch. FÉRÉ, Le magnétisme animal (1887), 2006. P. J. G. CABANIS, Rapports du physique et du moral (1802,2 v.), 2006. P. PINEL, L'aliénation mentale ou la manie (1800), 2006. J. P. F. DELEUZE, Défense du magnétisme animal (1818), 2006. A. BAIN, Les sens et l'intelligence (1855), 2006. A. BAIN, Les émotions et la volonté (1859), 2006. Pierre JANET, L'amnésie psychologique, 2006

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR L'œuvre de James Mark Baldwin

James Mark Baldwin! (1861-1934) est considéré comme une des figures centrales dans l'émergence de la nouvelle psychologie américaine2. N'oublions pas que son œuvre aura une influence importante sur Jean Piaget3 (1896-1980). Il est né à Columbia en Caroline du Sud pendant la guerre de Sécession de Cyrus Hull Baldwin et de Lydia Ford Baldwin. Troisième enfant d'une famille qui en comptera cinq, il fut envoyé en 1878 dans le New Jersey pour parfaire son éducation. Étudiant

l

Pour une biographie: Kantor, J. R. (1935). James Mark Baldwin. Psychological Review,

32, 1-3. - Richards, R. J. (1987). Darwin and the emergence of evolutionary theories of mind and behavior (chap. 10, pp. 451-503). Chicago: University of Chicago Press. Wozniak, R. H. (2001). Development and synthesis: An introduction to the life and work of James Mark Baldwin. In J. M. Baldwin (Ed.), Mental developnzent in the child and race. Bristol, England: Thoemmes. - Pour une autobiographie: Baldwin, 1. M. (1926). Between two wars, 1861-1921 (2 vo1.). Boston: Stratford. - Baldwin, 1. M. (1930). James Mark Baldwin. In C. Murchison (Ed.), A history of p!Jychology in autobiography (V 01. 1, pp. 130). New York: Russell & Russell. 2 Pour une analyse de son œuvre: Broughton, J. M., & Freeman Moir, D. J. (Eds.) (1982). The cognitive developmental psychology of James Mark Baldwin: Current theory and research in genetic Epistemology. New Jersey: Ablex publishing Corporation. - Loredo Narciandi, J. C., & Sanchez Gonzalez, 1. C. (1997). Sobre la influencia actual de 1. M. Baldwin. Revista de Historia de la Psicologia, 18, 165-179. - Mueller, R. H. (1976). A chapter in the history of the relationship between psychology and sociology in america: James Mark Baldwin. Journal of the History of the Behavioral Sciences, 12, 240-253. Richards, R. J. (1987). Darwin and the emergence of evolutionary theories of ,nind and behavior (chap. 10, pp. 451-503). Chicago: University of Chicago Press. 3 Broughton, J. M. (1981). The genetic psychology of James Mark Baldwin. Anlerican Psychologist, 36, n° 4, 396-407. - Cahan, E. D. (1984). The genetic psychologies of James Mark Baldwin and Jean Piaget. Developmental Psychology, 20, 128-135. - Cairns, R. B. (1980). Developmental theory before Piaget: The remarkable contributions of James Mark Baldwin. Contemporary Psychology, 25,438-440. - Cairns, R. B. (1992). The making of a developmental science: The contributions and intellectual heritage of James Mark Baldwin. Developmental Psychology, 28, 17-24.

v

du fameux philosophe américain James McCosh (1811-1895) à Princeton, on lui offrit un séjour d'étude (1884-1885) en Allemagne après sa thèse de baccalauréat (bachelor's thesis) sur la théorie de l'esprit dans la philosophie de Herbert Spencer (1820-1903) intitulée: « The nature and extent of a priori principles,with special critiscism of the evolutionary theory of conscience ». C'est à cette occasion qu'il passa quelque temps à Leipzig dans le laboratoire de psychologie expérimentale de Wilhelm Wundt (1832-1920) puis suivit à Berlin le séminaire de Friedrich Paulsen (1846-1908) sur Spinoza. De retour à Princeton, il s'enthousiasme à la fois pour la psychologie expérimentale et pour la métaphysique de Spinoza. En accord avec McCosh, il commence à travailler à la rédaction de sa thèse sur Spinoza tout en suivant le séminaire théologique de Princeton et en enseignant le français et l'allemand au collège. Intéressé par la psychologie, c'est à cette période (1885-1886) qu'il rédige quelques articles4 dans le champ de la psychologie et traduit le fameux ouvrage5 de Théodule Ribot (1839-1916) sur la psychologie allemande. Afin de poursuivre sa thèse dans de bonnes conditions financières, Baldwin décide d'enseigner au Collège de Lake Forest, une petite école presbytérienne près de Chicago qui était en lien étroit avec l'Université de Princeton. C'est là qu'il termine la rédaction de sa thèse6 (1889) et qu'il publie la même année le premier volume7 de son traité de psychologie (Handbook ofpsychology. Senses and intellect, 1889), conçu sur le même plan que celui8 d'Alexander Bain (1818-1903), qui fut bien accueilli9. À cette date (1889), il est officiellement embauché comme professeur de
Baldwin, 1. M. (1886). The scientific movement in German philosophy. Princeton Review, 1, 149-152. - Baldwin, J. M. (1887). The postulates of physiological psychology. Presbyterian Review, 8, 427-440. 5 Ribot, Th. (1886). German psychology of to-day: The empirical school (J. M. Baldwin, traducteur). New York: Scribner. Pour la version française de ce livre: Ribot, Th. (2005). La psychologie allemande contemporaine. École expérimentale (1879). Paris: L'Harmattan. 6 Il publiera cette année-là un article sur la question: Baldwin, 1. M. (1889). The idealism of Spinoza. Presbyterian Review, 10, 65-76. 7 Baldwin, 1. M. (1889). Handbook of psychology. Senses and intellect. New York: Henry Holt. 8 Bain, A. (1855). The senses and the intellect. London: John W. Parker and son, West Strand; pour une traduction française: Bain, A. (2006a). Les sens et l'intelligence. Traité de psychologie I. Paris: L'Harmattan. - Bain, A. (1859). The emotions and the will. London: John W. Parker and son, West Strand; pour une traduction française: Bain, A. (2006a). Les émotions et la volonté. Traité de psychologie II. Paris: L'Harmattan.
9
4

En France, Georges Rodier (in Revue philosophique, 1890,29, pp. 321-322) souligne qu'il

s'agit d'un traité de psychologie, supérieur, et de beaucoup, à presque tous ceux que nous connaissons. « Nous ne trouvons guère que l'ouvrage de M. Rabier - dont l'auteur a du reste emprunté les meilleurs chapitres - qui puisse lui être comparé. » (p. 322).

VI

philosophie à l'Université de Toronto 10où il arrive en novembre. C'est là Il qu'ilfait paraître le second volume de son traité de psychologie (Handbook of psychology. Feeling and will, 1891) unanimement reconnuI2 comme un livre presque égal à celui que William James venait, en 1890, de pubIier13. Deux ans plus tard (1893), il donnera une version abrégée de son traité en deux volumes sous le titre Elements of psychology14 qui résume sa pensée en matière de psychologie. Durant ces années passées à Toronto, Baldwin va s'intéresser presque exclusivement à la psychologie développementale en publiant tout une série de travaux dans ce domaine produits au sein de son laboratoire nouvellement créé. L'approche de Baldwin a été certainement stimulée par la traduction américaine préfacée par G. Stanley Hall du livre15du physiologiste et psychologue allemand Wilhelm Preyer (18411897), un collègue de Ernst Haeckel (1834-1919) à Iéna. Les expériences furent réalisées sur ses deux filles: Helen, née en 1889, et Elisabeth, née en 1891. Elles débutèrent avec l'étude systématique d'Helen afin de tester dans un premier temps certaines hypothèses sur l'origine de la préférence manuelle16. Elles se poursuivirent ensuite dans le but de tester quelques hypothèses formulées par Preyer sur la perception des couleurs avant de s'étendre à d'autres domaines d'étude17. Parmi les articles publiés dans la revue Science, le plus important théoriquement parlant, est certainement
10

Cf., Hoff, T. L. (1992). Psychology in Canada one hundred years ago: James Mark

Baldwin at the University of Toronto. Canadian Psychology, 33, 683-694. - Green, C. D. (2004). The hiring of James Mark Baldwin and James Gibson Hume at the University of Toronto in 1889. History of Psychology, 7,130-153. Il Baldwin, J. M. (1891). Handbook of psychology. Feeling and will. New York: Henry Holt. 12Angell, F. (1892). Review of 1. M. Baldwin (1891). Handbook ofpsychology. Feeling and will. New York: Henry Holt. Philosophical Review, 1,309-313. 13James, W. (1890). Principles ofpsychology (2 vol.). New York: Henry Holt. 14Baldwin, J. M. (1893). Elements ofpsychology. New York: Henry Holt. 15 Preyer, W. (1882). Die Seele des Kindes. Leipzig: Grieben. Traduction américaine en 1888-1889 par H. Brown sous le titre The mind of the child à New York chez D. Appleton. Pour la version française de ce livre: Preyer, W. (2005). L'âme de l'enfant. Observations sur le développement psychique des premières années. Paris: L'Harmattan. 16 Baldwin, J. M. (1890a). Origin of right or left handedness. Science, 16, 247-248. Baldwin, J. M. (1890b). Righr-handedness and effort. Science, 16,302-303. 17Baldwin, J. M. (1890b). Infant psychology. Science, 16,351-353. - Baldwin, J. M. (1891). Suggestion in infancy. Science, 17,113-117. - Baldwin, 1. M. (1892a). Infants' movements. Science, 19, 15-16. - Baldwin, J. M. (1892b). Origin of volition in childhood. Science, 20, 286-287. - Baldwin, J. M. (1893a). A new method of child study. Science, 21, 213-214. Baldwin,1. M. (1893b). Distance and color perception by infants. Science, 21, 231-232. Baldwin, 1. M. (1894). Imitation: A chapter in natural history of consciousness. Mind, 3, n.s.,25-55.

VII

celui sur la suggestion chez les bébésl8. La suggestion est la tendance d'un état sensoriel ou mental à être suivi d'un état moteur (p. 113). Baldwin a identifié trois étapes de la suggestion dans le développement mental de l'enfant. La première étape est la suggestion physiologique: des états sensoriels (ex. perception du lit) deviennent intégrés à des habitudes ou réflexes moteurs (ex. l'enfant va se coucher et dormir). La seconde étape est la suggestion sensori-motrice: elle diffère de la première en ce sens que cette fois-ci la liaison n'est plus inconsciente mais pleinement consciente. La dernière étape dans le développement est la suggestion idéo-motrice: elle est double, à la fois délibérative et imitative. La suggestion délibérative s'est produite chez Helen à la fin de la première année lorsque des suggestions en conflit les unes avec les autres rivalisent entre elles jusqu'à ce que la plus forte prenne l'avantage. Le niveau final de développement, selon Baldwin, est la suggestion imitative qui est de deux sortes: simple et persistante. Dans l'imitation simple, la suggestion sensorielle stimule le comportement qui peut ne pas être totalement adapté (ex. répétition d'une phrase apprise par cœur avec les mêmes erreurs de prononciation sans correction de la part de l'enfant). L'imitation persistante est marquée par la transition de la suggestion vers la volonté, c'est-à-dire de la réaction à la conscience volontaire. La suggestion est ainsi conçue par Baldwin comme un principe de développement (dont l'imitation est l'aboutissement) sur lequel allait s'édifier sa théorie évolutionniste marquée par le souci d'articuler les aspects biologiques, psychologiques et sociaux. C'est à cette époque (1893) qu'il va accepter une proposition de l'Université de Princeton et devenir professeur en psychologie expérimentale, position qu'il va occuper pendant dix ans. Le séminaire qu'il va donner en 1893-1894 à Princeton sur le développement chez l'enfant va constituer, avec ses articles déjà publiés, la base de l'ouvrage qui reste le plus important et la base de son œuvre: Mental development in the child and the race (1895).

18Baldwin,

J. M. (1891). Suggestion

in infancy. Science, 17, 113-117.

VIII

Le développement mental chez l'enfant19 (1895) Les matériaux de ce livre sont, comme le dit l'auteur dans sa préface, constitués par une série d'articles parus dans diverses revues anglaises et américaines. L'ouvrage est en somme un essai de théorie du développement de la conscience chez l'enfant et dans la race, essai qui doit sa valeur aux observations et aux expériences faites par l'auteur. Le premier chapitre (pp. 1-35) est une introduction à la psychologie de l'enfant et de la race. L'ancienne conception de l'âme était celle d'une substance fixe avec des attributs fixes. L'idée genétique a renversé cette conception. Au lieu d'une substance fixe, nous avons une activité qui croît et se développe. La psychologie fonctionnelle remplace la psychologie des facultés. Au lieu d'étudier la conscience à son maximum de développement, il y a tout avantage à l'étudier dans son état le plus simple d'activité, chez l'enfant. Les phénomènes de la conscience sont chez lui plus simples, plus spontanés, mieux dégagés des influences perturbantes de l'observation interne, de la réflexion, des circonstances extérieures, des conventions sociales. L'étude de l'enfant présente plus d'avantages que la psychologie comparée et la pathologie mentale. Il y a cependant des causes d'erreur dans les observations et les expériences faites sur les enfants, et l'auteur y insiste lui-même en formulant certains principes du développement mental qui ne doivent pas être perdus de vue. À côté de la psychologie de l'enfant qui se base sur l'ontogenèse, se place la psychologie de la race, qui se base sur la phylogenèse, et les mêmes motifs qui ont été invoqués pour l'emploi de la première, peuvent l'être aussi pour la seconde. Les analogies sont évidentes entre l'ontogenèse et la phylogenèse de la conscience. Il faut remarquer que par ce terme de phylogenèse, l'auteur embrasse non seulement le développement de la vie psychique de la race humaine, mais toute la vie psychique ancestrale, de quelque nature qu'elle soit. On peut, dans le développement ontogénétique et phylogénétique de la vie psychique distinguer quatre grandes périodes:

10 La simple contractilité avec les processus sensitifs rudimentaires, les
processus de plaisir et de douleur, et les simples adaptations motrices, époque affective; 20 L'intégration nerveuse correspondant à des fonctions
19 Présentation d'après le texte de la première édition américaine de 1895. Ce résumé est largement inspiré du texte de Beaunis, H. (1896). Revue du livre de 1. M. Baldwin - Mental development in the child and the race. Methods and processes. New York: Macmillan. L'Année P!;ychologique, 2, 804-828.

IX

sensitives spéciales, époque de présentation, de mémoire, d'imitation, d'action défensive, d'instinct; 3 ° Intégration nerveuse plus complète, époque de présentation complexe, de coordination motrice complexe, de conquête, d'action offensive, de volition rudimentaire; 4° La fonction cérébrale, époque de pensée consciente, d'action volontaire et d'émotion idéale. Considérées au point de vue de la conscience, les époques 2° et 3° sont ce qu'il appelle les époques objectives; la quatrième, l'époque subjective. Cependant, ce parallélisme entre l'ontogenèse et la phy logenèse n'est pas absolu, et il y a, sous ce rapport, deux modifications principales à faire subir à la théorie de la récapitulation, c'est-à-dire à la théorie qui fait de l'ontogenèse la répétition de la phylogenèse. D'abord, certains éléments ou certains stades de développement qui étaient nécessaires chez les ancêtres, disparaissent chez les descendants par suite de l'hérédité ou de la sélection. C'est ce que l'auteur appelle la théorie des raccourcissements ou des chemins de traverse (short-eut theory), et dont il donne des exemples. Il faut faire ensuite la part de la variation « accidentelle» ou « spontanée» qui peut agir soit pendant la vie intra-utérine, soit après la naissance sous des influences diverses. Après ces prolégomènes viennent avec le second chapitre (pp. 36-49) les méthodes et procédés. L'étude psychique de l'enfant doit avant tout être scientifique, faite par un homme habitué à l'observation et à l'expérimentation psychologiques. Il ne faut pas cependant repousser d'une façon absolue les résultats obtenus par des personnes étrangères à ce genre d'études, mais ils ne doivent être accueillis qu'avec réserve. Pour donner un exemple des difficultés de cette étude, l'auteur rappelle les expériences de Preyer et de Binet sur le développement des perceptions des couleurs chez les enfants. Il part de ce principe que les mouvements de la main sont les meilleurs indices de la sensibilité générale et spéciale de l'enfant et en déduit ce qu'il appelle la méthode dynamogénique. On peut ainsi répondre aux questions suivantes (au nombre de 12): 1° Présence de sensations de couleurs différentes indiquées par le nombre et la persistance des efforts de l'enfant pour saisir l'objet coloré; 2° Degré d'attraction exercé par des couleurs différentes, indiqué par le même moyen; 3° Attraction relative exercée par les combinaisons de couleurs différentes; 4° Exactitude relative de l'estimation de la distance, d'après les efforts de l'enfant pour atteindre les objets; 5° Attraction relative de figures visuelles différentes (étoiles, cercles, etc.) de différentes couleurs; x

6° Usage de la main droite, de la main gauche, des deux mains; 7° Apparition des mouvements imitatifs; 8° Apparition des mouvements volontaires; 9° Présence et caractère des « mouvements d'accompagnement» à différents stades du développement moteur; 10° Energie du désir et de l'inhibition volontaire d'après la persistance relative des mouvements de saisir les objets; Il ° Energie relative des sensations disparates à différentes périodes de la vie de l'enfant, d'après la comparaison des expressions motrices; 12° Influence inhibitrice des associations élémentaires, douleurs, punitions, etc. Réduite à ses termes les plus simples, c'est-à-dire appliquée à l'enfant assez âgé pour saisir les objets qu'il voit, la méthode dynamogénique implique deux variables, la distance de l'objet et la nature du stimulus ou sa qualité (couleur rouge par exemple). Soit D l'influence dynamogénique d'un stimulus, q la qualité de ce stimulus, d sa distance, k le signe de proportion, D variera avec q, et en raison inverse de d, dans un rapport à déterminer. On aura donc l'équation : D =. K qld ; équation à laquelle naturellement il ne faut pas donner une mathématique absolue. Dans les expériences, on gardera constante une des valeurs q ou d, de façon à étudier séparément les influences de la distance et de la qualité du stimulant. Le troisième chapitre (pp. 50-58) traite des perceptions de distance et de couleur chez les enfants. Les expériences ont porté sur une petite fille de neuf mois. En les classant d'après le degré d'attraction qu'elles exerçaient sur l'enfant, les couleurs se rangeaient ainsi: bleu, blanc, rouge, vert, brun, résultat qui se rapproche beaucoup plus de ceux de Binet que de ceux de Preyer. Pour la distance, l'enfant cherche à saisir tous les objets qui l'attirent dès qu'ils sont situés à 10 pouces au plus, distance en rapport avec la longueur du bras, tandis que pour 13 et 14 pouces, il y a 8 et 14 p. 100 de refus. L'auteur reconnaît du reste lui-même le trop petit nombre de ses expériences, 217 en tout, faites sur un seul enfant. II faut dire que ces expériences ne peuvent être multipliées à cause de la fatigue et d'une foule de conditions qui peuvent exister chez un enfant de cet âge et troubler l'observation. Pour ce qui concerne l'usage de la main droite ou de la main gauche, il a observé que, tant que l'objet à atteindre était placé à la portée de la main, l'enfant se servait indifféremment de la main droite ou de la main gauche; mais si l'objet était p lacé à 12 à 15 pouces, et exigeait de sa part un effort musculaire violent pour chercher à le saisir, il se servait de préférence de sa main droite, spécialement quand l'objet avait une couleur brillante; dans ce cas XI

même, il employait la main droite à n'importe quelle distance (7e et 8e mois). À cette époque, l'enfant ne pouvait encore ni se tenir debout ni se traîner (to creep). L'auteur discute ensuite la cause possible de l'usage de la main droite ou de la main gauche et rapprochant les mouvements de la main des mouvements de la parole, trouve la cause de la prédominance des mouvements de la main droite dans la prédominance de l'hémisphère cérébral gauche. La difficulté ne fait que reculer, car cette prédominance de l'hémisphère gauche n'a pas encore reçu d'explication satisfaisante. Ses expériences montrent en outre que l'usage de la main droite varie en raison inverse de l'influence dynamogénique du stimulus, qu'il s'agisse de la couleur ou de la distance. Elles prouvent aussi que, même à cet âge, l'enfant a déjà acquis une estimation visuelle exacte de la distance. À ce point de vue, il se comporte différemment suivant la distance; si l'objet est à une distance telle qu'il soit sûr de l'atteindre, il se sert indifféremment d'une main quelconque ou des deux mains; s'il n'y a pas certitude, il se sert de la main droite; si l'objet est hors de sa portée, l'inhibition se produit et il n'y a pas de mouvement des mains. Le cinquième chapitre (pp. 81-103) est consacré aux mouvements de l'enfant et spécialement aux mouvements de dessin avec ou sans modèle, et l'auteur donne un certain nombre de fac simile des dessins exécutés par l'enfant (entre la dernière semaine du 1ge mois et le milieu du 27e mois). Jusqu'au commencement du 27e mois, le dessin n'est qu'une imitation vague des mouvements faits devant lui, mais, à partir de ce moment, le procédé change; l'enfant cherche à retracer la figure qu'on lui montre, même quand ou lui retire le modèle, donc à reproduire le dessin dont il a la représentation mentale. Cette imitation graphique (tracery imitation) est la base de l'acquisition de l'écriture chez l'enfant. L'analyse conduit aux résultats suivants: L'enfant commence par acquérir la notion de la forme des lettres, visual form series, puis il fait lui-même les mouvements pour tracer les lettres et emmagasine ainsi un certain nombre de sensations de mouvement, muscular form series. Enfin, il voit les mouvements d'écriture faits par celui qui lui apprend à écrire et par luimême, d'où un certain nombre de notions de mouvements acquises par la vue, optical movement series. Ces trois séries de sensations concourent à l'écriture et dès que l'une d'elles manque, même chez l'adulte, l'écriture est altérée. L'auteur analyse ensuite la façon dont se fait l'acquisition de l'écriture. Les résultats de cette analyse diffèrent de ceux de Goldscheider (Physiol. u. Pat. der Handschrift, in Zeitschrift für Psychiatrie, 1892), en XII

ceci surtout que l'enfant, d'après Baldwin, possède les sensations de forme des lettres dues primitivement à la vision seule, tandis que Goldscheider laisse de côté les sensations visuelles de forme acquises indépendamment des mouvements de la main. Le sixième chapitre (pp. 104-169) traite de la suggestion. L'auteur définit la suggestion au point de vue de la conscience, la tendance d'un état sensoriel ou idéal à être suivi par un état moteur. Le fait fondamental de toute suggestion, c'est la disparition des inhibitions de mouvement produites par une certaine condition de conscience qu'on peut appeler suggestibilité. Dans cet état, la conscience donne à toutes les présentations la même valeur et répond à toutes, chacune à son tour, également et avec facilité. Chez l'enfant d'un mois ou six semaines, la conscience est pour ainsi dire absente; il n'y a pas d'idées dans le sens d'images mémorielles distinctes; la vie psychique est purement affective. Cependant, même à cette période, l'enfant est accessible à la suggestion du sommeil (fin du premier mois). On peut distinguer les stades suivants dans la marche progressive des phénomènes de suggestion chez l'enfant:

10 Suggestion physiologique. - Tendance d'un réflexe ou d'un processus
automatique secondaire à s'associer à des processus de stimulation physiologiques et vaguement sensoriels et à être influencés par eux. Le cas le plus franc en est peut-être dans la disparition des instincts quand ils ne sont plus adaptés aux besoins de l'individu. 20 Suggestion sensorimotrice et idéo-motrice. - Tendance de toutes les réactions nerveuses à s'adapter aux stimulations nouvelles, sensorielles et idéales, de façon à répondre plus promptement à la répétition ou à la continuation de ces stimulations. 30 Suggestion délibérative. - Tendance de processus sensoriels différents à se fondre en un état de conscience simple avec une réaction motrice simple, d'après les principes de la sommation nerveuse et de l'arrêt. 40 Suggestion imitative. - Tendance d'un processus sensoriel ou idéal à se maintenir par une adaptation des décharges nerveuses de façon qu'elles se reproduisent par suite de stimulations nouvelles du même genre. L'auteur passe ensuite en revue les faits de suggestion subconsciente chez l'adulte (par exemple l'influence des sons subjectifs sur les rêves, etc.), les phénomènes de suggestion inhibitrice (action inhibitrice de la douleur, contrôle des mouvements, timidité), la suggestion hynoptique. En résumé, la suggestion peut être considérée comme un principe de dynamo genèse en ce sens que l'action suit le stimulus. Mais quand on se demande à quelle sorte d'action on a affaire, XIII

on voit qu'il y a deux choses possibles, ou une habitude, ou une accommodation. Pourquoi l'une plutôt que l'autre? C'est là une question qui rentre dans la théorie du développement organique, étudiée dans les chapitres suivants. Le septième chapitre (pp. 170-220) traite de la théorie du développement et en premier lieu de l'adaptation organique en général. La question qui se pose maintenant est celle-ci: Comment dans la fonction d'un organisme se produit le fait remarquab le de la sélection? Comment un organisme choisit-il les choses qui lui conviennent pour s'y accommoder et repousse-t-il celles qui ne lui conviennent pas? Ceci en somme revient à dire: Comment un organisme acquiert-il un mouvement d'adaptation nouveau? Ces nouvelles accommodations peuvent être acquises par un organisme de différentes façons: 1° La sélection naturelle peut agir directement sur les organismes individuels. Si nous supposons d'abord que les organismes sont capables de réagir aux stimulations par des mouvements de hasard, nous pouvons admettre que ces stimulations auxquelles ils réagissent sont les unes favorables, les autres nuisibles. Si les stimulations favorables reviennent plus fréquemment à certains organismes qu'à d'autres, la survivance des premiers sera favorisée; ils auront été l'objet d'une sélection; c'est en somme comme si des organismes de caractère neutre avaient appris, chacun pour soi, à ne réagir qu'à certaines stimulations favorables. C'est la doctrine biologique courante. Mais on peut faire un pas de plus. Parmi les formes organiques, il peut y en avoir qui réagissent de façon à rester en contact avec le stimulus et à réagir à ce stimulus par une série de réactions successives, comparables par exemple aux mouvements rythmiques de la respiration. La répétition ou la persistance de ces stimulations et des réactions qu'elles produisent sera utile ou nuisible, mais, dans ce dernier cas, aboutira à la disparition de l'organisme tandis que la survivance n'aura lieu que pour les organismes placés dans le premier cas. Il en résultera donc que tous les organismes vivants auront pour propriété générale de réagir de façon à conserver leurs propres stimulations vitales. C'est absolument comme si les organismes originairement neutres avaient appris à manifester ce genre particulier de réactions. Dans ce premier stade de la sélection naturelle, la conscience n'a pas à intervenir et par conséquent nous n'avons rien à en tirer pour l'origine de la conscience. 2° La sélection naturelle peut produire des réactions différentes dans le même organisme. C'est ce qu'on peut appeler la sélection organique. Les XIV

réactions déjà existantes dans un organisme sont modifiées par l'influence de nouvelles conditions, de sorte que ces réactions modifiées servent à maintenir les stimulations favorables du nouveau milieu en éliminant les stimulations nuisibles. Comment les organismes individuels acquièrent-ils ces nouvelles adaptations dans le cours de leur existence? C'est le premier problème à résoudre. Comment se fait l'ajustement fonctionnel des processus vitaux d'un organisme aux variations de ses propres réactions motrices, de telle sorte que dans la masse entière de ces réactions utiles sont seules choisies? Ce processus est, pour le dire d'avance, l'analogue organique ou névrologique de la conscience du plaisir et de la douleur (hedonic consciousness). Les stimulations qui sont conservées ou répétées sont celles qui produisent du plaisir, celles qui sont évitées sont celles qui causent de la douleur. L'auteur rappelle à ce point de vue les théories de Bain et de Meynert sur le plaisir et la douleur. Mais à la formule de la sélection organique il ajoute le principe auxiliaire de l'excès. Cette loi de l'excès n'est pas autre chose que l'application dans un organisme donné du principe par lequel la sélection naturelle des organismes particuliers est assurée, principe connu sous le nom de surproduction. C'est ce principe qu'il étudiera plus loin dans les trois modes de l'adaptation, imitation organique, imitation consciente et volition. Mais auparavant il examine les théories biologiques courantes de l'adaptation, théories de Darwin, Bain et Spencer. II discute les trois postulats de Bain: 1° la spontanéité des mouvements; 2° une certaine force qui puisse fixer et confirmer une coïncidence fortuite heureuse; 3 ° l'adhésion contiguë entre les deux états, l'état de sentiment et l'état musculaire approprié20, et montre les lacunes et les imperfections de cette théorie ainsi que de celle de Spencer. Sion laisse de côté provisoirement la question de la spontanéité, le postulat, que le plaisir dû à un mouvement heureux est l'agent de l'adaptation, n'a de valeur que si on admet la régularité et la constance des actions ambiantes de stimulation. Ce n'est pas là la seule objection à faire à la théorie de Spencer et Bain. Mais, ne pouvant suivre l'auteur dans cette discussion purement théorique, je me contenterai de résumer les différences fondamentales qui existent entre la théorie de l'auteur et celle de Spencer et Bain. Ces différences concernent la première adaptation organique. Pour Baldwin, la première adaptation est phylogénétique; c'est une variation. Par suite de la
20

Vair Bain (2006). Les émotions et la volonté. Traité de psychologie Il. Paris:
(p. 307)

L'Harmattan.

xv

sélection naturelle chez les organismes, ceux-là survivent qui répondent par une expansion à certaines stimulations (aliments, oxygène, etc.) et par une contraction à certaines autres stimulations; cette expansion produit une augmentation d'énergie centrale qui est la base organique de la conscience du plaisir; de là des mouvements excessifs variés (manifestations diverses de suractivité motrice) parmi lesquels se fait par association une sélection des adaptations ontogénétiques des organismes individuels, ces mouvements eux-mêmes tendent à perpétuer les stimulations qui procurent du plaisir; ces stimulations excitent à leur tour les processus moteurs et ainsi de suite. Dans la théorie courante de Spencer- Bain au contraire la première adaptation organique est ontogénétique, c'est-à-dire due à des adaptations accidentelles qui se produisent dans les mouvements spontanés ou diffus d'un organisme simple; ces adaptations déterminant une augmentation d'énergie centrale qui est la base organique de la conscience du plaisir et qui à son tour aboutit à des mouvements excessifs sur lesquels la sélection fortuite opère de nouveau, ces adaptations étant fixées et devenant permanentes par l'association entre l'idée des mouvements qui procurent le plaisir et les souvenirs du plaisir qu'ils ont procuré. Après quelques considérations générales sur le développement et l'hérédité, l'auteur aborde le problème de l'origine de la conscience. On a vu que la base physique de la
conscience du plaisir

- le fait

d'une

augmentation

d'énergie

vitale

centrale

se résolvant en mouvements d'expansion - est une variation dans les
organismes primitifs, variation d'origine phylogénétique plutôt qu'une acquisition due à une adaptation dans la vie des organismes particuliers. La bifurcation originelle des mouvements, expansion et rétraction, est un produit phylogénétique, une variation dans les formes contractiles les plus primitives. On peut cependant, comme Spencer et Bain, avoir une autre opinion. Dans ce dernier cas, la conscience du plaisir et de la douleur apparaît à un moment donné de la vie de la créature; à quel moment au juste? Spencer ne fournit pas de réponse précise à cette question. Mais si nous admettons que le tissu contractile uniforme n'a pas la conscience tant que ne s'est pas produite l'augmentation d'énergie des processus qui corresponde au plaisir, et que cette augmentation d'énergie est due aux adaptations accidentelles de mouvement, la conscience apparaîtra alors à la suite de ces adaptations. Mais nous avons vu que ces adaptations de mouvement n'ont de signification pour l'organisme qu'autant qu'elles déterminent certaines stimulations vitales. Donc après tout l'apparition de
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la conscience semblerait due à l'influence de ces stimulations vitales et comme ces stimulations vitales sont devenues des habitudes que l'hérédité a transmises aux organismes particuliers et qui constituent la vie ellemême, la conscience devient en réalité un produit phylogénétique. À cette manière de voir s'attachent des difficultés et des avantages. Les difficultés, Romanes les a vues et les discute dans son livre sur l'évolution mentale des animaux. En réalité, le problème se réduit à ceci: faut-il admettre primitivement une vie sans conscience et seulement plus tard une vie avec conscience, ou bien la conscience est-elle liée à la vie ellemême et n'apparaissent-elles pas toutes les deux en même temps? Pour lui, c'est à cette dernière opinion qu'il s'arrête. En résumé, deux grands faits dominent le développement, l'habitude et l'accommodation. L'organisme tend à répéter ce qu'il a déjà fait, et ce fait de répétition est admis comme la pierre angulaire de toutes les théories. Sous sa forme ordinaire, ce principe se formule ainsi: l'habitude est, la tendance de l'organisme à répéter ses propres mouvements. L'auteur a modifié cette formule en se basant sur ce fait que tous les mouvements ne sont pas ainsi répétés, mais seulement ceux qui causent du plaisir et sont favorables au maintien de l'existence; à ce point de vue l'habitude est la tendance d'un organisme à rester en contact, par le moyen du mouvement, avec les stimulations favorables ou plus brièvement, à assurer et à maintenir ses stimulations vitales. Le second principe est celui de l'adaptation ou de l'accommodation qui peut se résumer ainsi: un organisme s'accommode ou apprend de nouvelles adaptations, simplement en exerçant les mouvements qu'il a déjà faits, autrement dit ses habitudes, avec un excès ou un redoublement d'intensité; l'accommodation dans chaque cas est simplement le résultat et le fruit de l'habitude même qui a été exercée. Le septième chapitre (pp. 170-220) est consacré à l'origine des attitudes et des expressions motrices. L'expression n'est qu'une fonction de l'évolution organique et la science de l'expression une branche de la morphologie. Il classe les émotions sous deux groupes, celles qui relèvent de l'instinct seul, comme celles qu'éprouve par exemple un enfant d'un an, et celles qui relèvent des idées. Il y a deux questions à résoudre. Pourquoi les émotions différentes ont-elles des voies particulières d'expression ou de décharges motrices, et pourquoi les deux sortes d'émotions, celles des instincts et celles des idées, ont-elles les mêmes modes d'expression? Trois principes doivent être invoqués pour une théorie génétique des

émotions, l'habitude, l'accommodation et la dynamogenèse. 10 La
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dynamogenèse exprime simplement le fait d'une connexion régulière entre les modes sensoriels et moteurs de toutes les réactions vivantes. Ce principe a toujours été en action et est toujours en action dans toutes nos réactions. Le professeur James a montré que l'esprit n'a jamais deux fois le même contenu; mais le corrélatif est vrai aussi: que nous n'agissons jamais deux fois de la même façon. Donc dans toute action de chaque organisme, comme dans tout contenu mental, se présentent deux éléments, un élément ancien dû à l'habitude et un élément nouveau, un x, qui se surajoute à l'ancien. Ce sont ces nouveaux éléments qui déterminent dans toute émotion, comme dans tout état de conscience où existent ces nouveaux éléments, l'apparition d'une teinte de plaisir ou de douleur et ce sont eux aussi qui dans toutes les actions produites sous les mêmes conditions, entrent en jeu dans les mouvements dits expressifs de cet état de conscience. 20 Il est évident maintenant qu'une réaction motrice quelconque a deux antécédents de stimulation, d'une part une influence due à l'habitude et d'autre part une influence due aux éléments nouveaux de stimulation. Or, nous savons que l'habitude tend à rendre les réactions automatiques et réflexes et à en faire disparaître la conscience. Donc les réactions les plus dominées par l'habitude, les plus anciennement héritées, les plus instinctives sont celles qui s'accompagnent de la plus faible somme de conscience. Au contraire la conscience est à son maximum quand l'habitude est à son minimum et quand des éléments nouveaux interviennent. Et cependant ce sont précisément ces réactions expressives, qui sont les plus instinctives et réflexes (peur, joie, etc.), qui entraînent à leur suite ce maximum de conscience que nous appelons émotion. Comment cela se fait-il? Il n'y a pourtant pas là d'éléments nouveaux et on est obligé d'en venir à la théorie de Lange et James, que l'émotion est consécutive à l'expression pour toutes les formes instinctives de l'émotion. 30 On a vu que l'accommodation agit de deux façons: 1 elle exprime le mode de chaque nouvelle adaptation sous l'action de la dynamogenèse ; 20 elle assure, par l'action de l'association, la répétition et la permanence des mouvements les plus favorables et les fixe en habitudes de l'organisme (réactions utiles, réflexes, instincts, etc.). Chaque élément nouveau (expérience ou mouvement), chaque adaptation nouvelle réveille une grande masse d'éléments anciens associés qui font irruption dans la conscience, s'ajoutant à la valeur intrinsèque motrice et émotionnelle de cet élément nouveau. Les sensations organiques ordinairement disparues par suite de l'habitude reparaissent dans la
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XVIII

conscience comme des vagues soulevées; c'est ce qui explique ce qu'on a appelé l'expression des émotions. Quels sont maintenant les rapports de l'attention avec l'émotion? Chez les organismes supérieurs, chez l'homme par exemple, c'est surtout l'esprit (et par conséquent la conscience) qui est devenu l'agent le plus important d'adaptation, et l'attention est elle-même l'instrument premier de l'esprit et l'agent essentiel de l'adaptation. Si l'attention n'est que la forme habituelle de l'accommodation mentale, nous devons y retrouver les facteurs que nous avons déjà trouvés dans les émotions d'ordre inférieur, mais à un niveau plus élevé, niveau où le stimulus est une image mentale, un souvenir, une idée. On y trouve d'abord une augmentation de la dynamogenèse se traduisant en plaisir (idéal) ou en peine, ensuite des éléments qualitatifs provenant des mouvements habituels de l'attention (contractions des muscles frontaux, etc.), enfin des manifestations organiques et motrices, correspondant au caractère même de l'idée ou de l'objet sur lequel se porte l'attention (attention plus spécialement visuelle pour les idées de vision, auditive pour les idées d'audition, etc.). Ces raffinements spécialisés de l'attention se groupent en habitudes relativement indépendantes et sont le point de départ des états émotionnels les plus élevés (sentiments esthétiques, éthiques, etc.). Seulement plus les émotions sont élevées, plus elles se dégagent de la résonance des réflexes instinctifs et des éléments émotionnels dus aux habitudes organiques. En résumé, on trouve dans l'émotion: le plaisir et la peine de l'accommodation, plus le plaisir et la peine de l'habitude, plus un certain nombre de qualités apportées à la conscience par les processus plus ou moins habituels des muscles, des organes, des glandes, qui se produisent au même moment. Quant à l'expression des émotions, elle consiste en ceci: certains processus plus ou moins habituels qui se passent dans l'organisme, plus les éléments de contraction musculaire et de mouvements organiques qui sont dus au plaisir et à la peine présente. C'est ce qu'il appelle, un peu plus loin sous l'expression hédonique, qui traduit le plaisir ou la douleur de l'organisme. Comment expliquer maintenant les expressions particulières qui s'attachent aux états émotionnels particuliers et comment s'est développée chacune de ces expressions organiques et musculaires? Il faut remarquer que ces états particuliers, associés aux émotions telles que la crainte, etc., ne se sont pas développés comme l'expression de quelque chose, mais ne sont que des coordinations et des associations de réactions qui primitivement ont été utiles à l'organisme pour maintenir et augmenter sa XIX

vitalité. Toutes ces expressions diverses d'émotions ont été originairement des réactions utiles et des adaptations spéciales. Ce ne sont que des cas particuliers de la théorie de l'adaptation. Ici se place une critique des opinions de Darwin sur l'expression des émotions et spécialement de son principe de l'antithèse. Baldwin fait rentrer ces cas de mouvements et d'attitudes antithétiques dans sa théorie de l'expression hédonique. C'est simplement une conséquence de la tendance originelle des formes organiques à réagir de deux façons opposées aux stimulations qui produisent les deux sortes d'effets vitaux originels correspondant au plaisir et à la douleur. C'est là en réalité le mode de formation des mouvements et des muscles antagonistes, car les muscles ne sont autre chose que des habitudes et des combinaisons spéciales de mouvements disposés soit pour maintenir, soit pour écarter des stimulations. Il discute ensuite le principe de l'action directe du système nerveux de Darwin et montre comment il s'accorde avec sa théorie,. Le neuvième chapitre (pp. 263-290) est consacré à ce que l'auteur appelle l'imitation organique. L'imitation est une réaction sensorimotrice ordinaire qui présente seulement cette particularité différentielle qu'elle imite quelque chose. C'est une activité circulaire suivant l'expression de l'auteur, c'est-à-dire qu'on y trouve: un état cérébral, dû à certaines conditions de stimulation, une réaction motrice qui reproduit ou retient ces conditions de stimulation, le retour du même état cérébral dû aux mêmes conditions de stimulation, et, ainsi de suite. Les questions à résoudre sont les suivantes: Quelle sera dans la théorie psychophysique la place de cet ordre particulier de réactions? Quelle est sa valeur dans la conscience et dans le développement mental? Comment apparaît-il? Le cerveau est un organe qui répète et l'imitation, en prenant le mot dans son sens le plus large, entre en jeu dès qu'un organisme vivant est en rapport avec le monde extérieur. La place de l'imitation dans le développement de la vie peut se résoudre de deux façons: 1° en examinant les imitations actuelles des créatures vivantes; 2° en déduisant l'imitation de la théorie névrologique et psychologique de la répétition. L'auteur prend d'abord la question au point de vue névrologique et après avoir rappelé les travaux de Verworn et Pfeffer, arrive aux conclusions suivantes. Partout où il y a vie, il y a irritabilité, propriété nerveuse. Partout où il y a vie, il y a sélection spontanée, des stimulations et des adaptations motrices nécessaires à son maintien, et perpétuation des stimulations favorables. Les phénomènes de sélection (de réaction sélective) ne se passent pas xx

autrement chez les êtres unicellulaires que chez les organismes supérieurs, l'accommodation organique et l'accommodation mentale sont une seule et même chose. L'adaptation de tous les organismes a été assurée par leur tendance à agir de façon à reproduire ou à maintenir les stimulations qui sont favorables. C'est de cette façon seulement que de nouvelles réactions peuvent être rendues favorables et répétées, et fixées en habitudes. Mais cette réaction qui tend à assurer la continuation de sa propre stimulation est exactement le processus nerveux de l'imitation consciente. Aussi peut-on dire que toute adaptation organique en présence d'un changement dans le milieu est un phénomène d'imitation organique ou biologique. De nombreuses critiques ont été adressées à l'auteur au sujet de l'emploi de ce mot imitation pour cet ordre de phénomènes, critiques qu'il cherche à réfuter dans une note. Comme il le dit lui-même, Hl'a employé faute de mieux, en l'absence d'un terme convenable. Il y a peut-être là cependant autre chose qu'une simple question de terminologie. L'auteur étudie ensuite la base physique de la mémoire et de l'association. La mémoire, au point de vue physiologique, est la réintégration dans les centres nerveux des processus mis en jeu originairement dans la perception, la sensation, etc. Ces processus, une fois en train, tendent à se résoudre en mouvement, quel qu'ait été leur mode de production. Donc que ce soit la sensation elle-même ou la mémoire de la sensation, la tendance au mouvement sera exactement la même. Dans la mémoire, la chose remémorée est absente; mais les résultats sont absolument les mêmes que si le processus cérébral avait son point de départ dans un stimulus extérieur. L'organisme tend à rester en contact avec le stimulus s'il est favorable, à s'en écarter s'il lui est nuisible. Les souvenirs sont des copies du monde extérieur que nous casons dans la conscience et qui nous servent de modèles pour l'imitation. Chaque acte que j'accomplis est ou bien l'imitation de quelque chose que je trouve devant moi au moment actuel ou la reproduction de quelque chose dont les éléments sont dans ma mémoire et ont été pris dans le monde extérieur. Ces copies for imitation s'enchaînent les unes aux autres et il suffit que l'une d'elles soit mise en train par un stimulus extérieur pour que toutes les autres entrent en jeu à leur tour et que les réactions qu'elles peuvent produire puissent se réaliser. C'est ainsi que se forment ces habitudes de plus en plus variées et complexes de l'organisme qui le rendent de moins en moins dépendant du monde extérieur. Les deux facteurs essentiels de la théorie névrologique ont déjà été indiqués par XXI

Tarde. C'est d'une part que les répétitions sont assurées par l'imitation, idée spéculative basée sur ce simple fait que les animaux et l'homme imitent consciemment, d'autre part que la mémoire est considérée comme un moyen de perpétuer les effets de la répétition dans le développement mental, et de les rendre plus complexes. Mais il faut ajouter un troisième facteur fondamental, c'est que l'imitation elle-même a son origine dans les processus vitaux simples d'un organisme par la rencontre, parmi les « variations spontanées de la vie », de créatures dont les dégagements vitaux (vital discharges) sont des mouvements du type « circulaire» qui tendent directement à assurer la répétition ou le maintien de certaines stimulations favorables. Ici se place une nouvelle phase dans l'histoire de la race. À mesure que l'habitude continue à agir, l'accommodation prend une nouvelle forme et le principe d'association prend toute sa valeur dans le développement nerveux et mental. L'association nerveuse a deux effets. En premier lieu elle fait là ce qui a été fait dans les organismes intérieurs; elle lie l'un à l'autre le sens de la stimulation et le sens du mouvement, mais elle fait plus encore; elle réunit ensemble des réactions différentes et en fait un tout, de sorte que, un stimulus étant donné, il se produit non seulement la réaction spéciale à ce stimulus, mais par son association avec un autre stimulus ou avec son souvenir, une autre réaction et ainsi de suite. Le cerveau devient ainsi un ensemble de processus sensoriels et moteurs réunis par des « fibres d'association ». Les fonctions volontaires les plus complexes dérivent des fonctions les plus simples et les plus anciennes par ce principe de l'association organique. Les coordinations les plus infimes entrent comme éléments nécessaires dans les coordinations les plus élevées. Un fait à noter, c'est que, des deux côtés de l'appareil nerveux, le sensitif et le moteur, c'est le moteur qui est le plus fixe. Le moteur représente les habitudes, les réponses, les réactions de l'organisme dont les différents sens et les processus psychiques p lus élevés se servent en commun. Le côté sensitif représente les variables, le relatif, les modifications qui mettent en jeu l'accommodation. L'habitude motrice, mesure l'unité nerveuse et mentale. Un autre fait de grande importance résulte de l'augmentation de complexité des associations dans le cerveau. On sait quelle lumière la pathologie apporte sur les connexions directes qui se forment entre des régions cérébrales différentes, connexions qui n'existaient pas primitivement. Exemple: l'acquisition du langage. Les trois chapitres suivants (chap. X, pp. 291-321 ; chap. XI, pp. 322-348 ; chap. XII, pp. 349-366) sont consacrés à l'imitation consciente. XXII

L'auteur rappelle d'abord dans le chapitre sur l'origine de la mémoire et de l'imagination (chap. X, pp. 291-321) certains faits généraux (pp. 291-301). Psychologiquement, l'habitude veut dire défaut de surveillance, diffusion de l'attention, disparition de la conscience; l'accommodation veut dire reviviscence de la conscience, concentration de l'attention, contrôle de la volonté, en un mot un état mental qui a son expression la plus générale dans ce que nous appelons intérêt. L'habitude et l'intérêt constituent les pôles psychologiques correspondants à ce qu'il y a de plus infime et à ce qu'il y a de plus élevé dans les activités du système nerveux. La plupart des psychologues ont négligé la question de l'imitation. Après quelques citations de Sully (The Human Mind) il passe en revue les quatre faits principaux de l'imitation: 10 L'apparition de l'imitation consciente chez l'enfant a lieu au plus tard le sixième ou le septième mois. Jusque-là il n'a que des habitudes héréditaires ou des imitations fortuites accidentelles; 20 L'imitation est souvent une simple réaction sensori-motrice sans but conscient, autrement dit involontaire; 30 Sauf quelques exceptions, l'imitation est plus développée chez l'enfant que chez l'animal; 40 La tendance à l'imitation peut entrer en conflit avec les enseignements du plaisir et de la douleur. Un enfant peut se livrer à des actes d'imitation qui déterminent de la douleur et y persister. La suggestion ou l'habitude peut l'emporter en dépit de la douleur qui doit en être la conséquence. C'est ainsi de même que l'enfant apprend à abandonner un plaisir immédiat pour un plaisir futur. Les réactions qui étaient primitivement de simples suggestions imitatives finissent par perdre toute apparence de leur véritable origine. Les chaînons d'images (copy-links) qui, primitivement, étaient distinctement présents comme objets extérieurs et ensuite présents presque aussi distinctement comme souvenirs internes, peuvent disparaître complètement dans les progrès rapides de la conscience. De nouvelles connexions s'établissent dans le réseau de l'association et de nouvelles décharges motrices sont dégagées qui n'étaient possibles primitivement que par l'imitation et lui devaient leur existence. Si ce principe est susceptible d'une application universelle, nous pouvons dire que toute action intelligente a pour point de départ des images imitatives dont l'action tend à maintenir ou à supprimer la présence. Les plus hautes fonctions mentales ne représentent qu'un progrès dans l'accommodation. La mémoire et l'association (pp. 301-307) font tardivement exactement la même chose pour l'organisme que ce qu'ont fait de bonne heure la perception, la sensation, la contractilité. XXIII

L'association nous permet de réagir aux faits éloignés, mais alliés à des faits présents. La mémoire nous permet de réagir aux faits futurs comme s'ils étaient présents et de conserver les leçons du passé. La perception nous permet de mettre dans leur situation propre les faits présents et de réagir ainsi à ces faits en pleine connaissance de cause. La sensation nous permet de réagir aux faits d'après leur valeur immédiate pour l'organisme. La contractilité, se manifestant dans « l'imitation organique », est la forme originelle de réaction adaptative qui agit dans tout le processus du développement. Dans toutes ces étapes de l'accommodation la méthode reste la même. L'auteur étudie ensuite l'assimilation et la reconnaissance (pp. 308-319). L'assimilation est la base nécessaire des premières associations. Elle unit le contenu mental ancien au contenu mental nouveau et les identifie tous deux. Cette question de l'assimilation a été étudiée par Wundt dans ses Philosophische Studien et. VII), et l'auteur en montre toute l'importance. Cette importance devient plus évidente encore quand on examine plus en détail la nature des processus moteurs qui interviennent dans l'assimilation et spécialement les processus moteurs qui, comme on l'a vu, entrent enjeu dans l'attention. La reconnaissance comprend en général les éléments du contenu mental unis par le processus d'assimilation et ainsi repose sur l'attention considérée comme un phénomène d'habitude motrice. On peut distinguer la reconnaissance relative ou reconnaissance par un coefficient objectif (Hoffding's Bekanntheilsqualitat) et la reconnaissance absolue comme par exemple dans la reconnaissance de sons simples ou de couleurs simples. La reconnaissance présente deux aspects, un aspect objectif, qui correspond à la complexité du contenu mental (qualités de l'objet réunies par l'association et l'assimilation) et un aspect subjectif, élément plus uniforme et représenté par la facilité plus ou moins grande avec laquelle l'attention rattache le contenu mental nouveau à l'ancien, ou autrement dit par les sensations motrices d'adaptation qui correspondent aux degrés différents de l'effort d'attention. Au point de vue phylogénétique (pp. 319321) il n'y a, entre la mémoire et la reconnaissance, qu'une différence de degré. La mémoire, fonction purement organique, quand il ne s'y joint pas la reconnaissance, est uniquement un premier degré d'association entre deux aires sensitives ou une aire sensitive et une aire de mouvement. La réaction représente une accommodation du premier degré. Dans la reconnaissance nous trouvons l'organisation motrice représentée par l'attention et le développement complexe de }'écorcecérébrale. Les XXIV

réactions représentent toutes les adaptations de l'industrie et de l'art, et toutes les adaptations de la volonté aux exigences de la vie. Dans le chapitre sur l'origine de la pensée et de l'émotion (chap. XI, pp. 322-348) l'auteur montre qu'un large horizon s'ouvre à la loi de l'imitation. Le principe de l'identité, et la tendance de l'esprit à assimiler les matériaux nouveaux aux anciennes images, se retrouve génétiquement dans le simple fait que les répétitions sont agréables à l'enfant. Dire que l'identité est nécessaire à la pensée, ce n'est pas autre chose qu'exprimer par une généralisation la méthode du développement mental par réaction imitative. L'identité est l'expression formelle ou logique du principe de l'habitude. Le principe de la raison suffisante prête à une expression génétique correspondante au point de vue de l'accommodation. Il représente l'énoncé formel ou logique du fait de l'accommodation. La raison suffisante, dans l'esprit de l'enfant, est une attitude, une croyance, quelque chose dans son expérience qui tend à modifier le cours de ses réactions habituelles d'une façon qu'il puisse accepter. La conception grandit peu à peu et procède par identités et raisons suffisantes, et ceci nous mène à une nouvelle vue sur la genèse des notions générales. L'enfant commence par ce qui est général. Tous les hommes sont, pour lui, « papa». Ceci veut dire en réalité que ses attitudes motrices sont en plus petit nombre que ses expériences réceptives. Cette vue peut donner une réponse à la question ordinaire: Comment le concept naît-il du percept? Mais dire que le concept naît tout à fait du percept n'est que partiellement vrai, en réalité les deux paraissent en même temps, par le même mouvement mental, savoir l'aperception ou la synthèse motrice. Ce point mérite d'être examiné de plus près chez l'enfant. Soit une présentation simp le, A, dans la conscience de l'enfant, et soit A disparu. Deux voies s'ouvrent à l'enfant, le passé et le futur, il se souvient et il attend. Comme souvenir, son expérience, A, est particularisée, c'est une sensation et, après un certain temps, un percept. Mais il y a autre chose qu'un simple état réceptif. Il réagit à A et se tient prêt à réagir de nouveau. Cette aptitude à réagir est une expectation, une tendance à une réaction définie. Son souvenir devient un concept. Ce qui doit arriver est cet A pour lequel il a déjà réagi. Il y a là un fait général, l'expérience passée est prise comme représentant l'expérience future, fait général qu'on peut appeler concept du premier degré. Les choses prises en général n'ont pour mesure que des expériences particulières; l'enfant est sous le règne de l'habitude ou de l'identité. Mais à mesure que les expériences particulières xxv

augmentent, elles se limitent l'une l'autre à la fois dans le souvenir et dans l'expectation. Et un nouveau pas est fait dans la généralisation. Le rouge par exemple se particularise vis-à-vis du vert, et ce rouge et ce vert peuvent se présenter sous la figure de cercles, de carrés, etc., mais quelle que soit la figure sous laquelle ce rouge se présente, c'est toujours du rouge. Cette particularisation des expériences l'une par rapport à l'autre est un fait de perception et cette généralisation d'une expérience est un fait de conception qui donne le concept général de second degré. C'est alors que l'expérience prend un autre aspect psychologique. Non seulement les nouvelles expériences s'ajoutent aux anciennes, mais ces anciennes ellesmêmes sont soumises à une révision. Certaines qualités, comme le concept « couleur» par exemple, sont abstraites des expériences particulières. Mais la vraie abstraction n'est pas un choix; c'est plutôt une usure, une érosion. C'est ainsi qu'on obtient le concept général du troisième degré. Elle représente ce qui est essentiel dans une expérience, ce qui est attesté non seulement par son retour constant au milieu des détails variables et changeants, mais encore par la fixité des réactions qu'il appelle. L'auteur donne à ce processus, considéré comme fonction mentale, le nom d'aperception et pour lui le percept et le concept sont le résultat de la fonction aperceptive de la conscience. À ce point de vue ils
deviennent de simples aspects différents d'une même chose

- une

synthèse

d'éléments. Si on regarde en arrière, le produit est un événement (event), un fait particulier, un percept; si on regarde en avant, il est représentatif d'autres événements, un fait général, un concept. En résumé, ce qu'on appelle aperception est, au point de vue génétique, le simple fait de l'habitude motrice avec les assimilations et les associations auxquelles elle donne lieu. L'attention est la forme la plus raffinée et la plus subtile de l'habitude motrice, la pensée n'est qu'un stade nouveau de l'accommodation motrice. On voit encore pourquoi on n'a jamais pu trouver un contenu mental, a mental picture or content, pour une notion générale. Il est évident que le « général» ou « l'abstrait» n'est pas du tout un contenu. C'est une attitude, une expectation, une tendance motrice. C'est la possibilité d'une réaction répondant également à un grand nombre d'expériences particulières. L'auteur étudie ensuite les relations de la reconnaissance avec les notions générales. Comment un objet simple estil reconnu comme appartenant à la classe couverte par un concept générai? Il appelle ce mode de reconnaissance class-recognition. Si on a égard aux éléments compris dans l'attention, on peut représenter XXVI

l'attention par la formule A + a + a. A représente les mouvements organiques fixes, habituels, compris dans tout acte d'attention, les éléments stables du sens du moi et correspond à l'identité personnelle. Le troisième élément, a, correspond à la reconnaissance absolue des objets simples, l'élément du milieu correspond aux faits de class-recognition, aux contenus sujets à l'association et à l'assimilation. Ce sont ces trois éléments additionnés qui donnent la formule motrice de l'attention, A + a + a. Nous trouvons aussi dans la vie affective l'action du principe de l'imitation. Ceci se voit surtout dans une classe d'émotions, les émotions sympathiques. La sympathie est l'émotion imitative par excellence. L'auteur insiste sur le rôle de l'imitation dans la genèse de l'émotion et en donne un certain nombre d'exemples (développement du sens du moi chez les enfants, développement du sens moral) pour lesquels je ne puis, malgré l'intérêt qu'ils présentent, que renvoyer à l'original. Dans le chapitre de conclusion sur l'imitation consciente (chap. XII, pp. 349-366), revenant à la définition de l'imitation qui a été donnée plus haut, définition très large et qui fait de l'imitation un type organique, il cherche à la classer en différents groupes, suivant son degré de complexité dans le développement de la conscience. En premier lieu on a ce qu'il appelle l'imitation biologique ou organique. Ce sont celles dans lesquelles la réaction organique tend à maintenir, à répéter, à reproduire sa propre stimulation, que ce soient la simple contractilité, la contraction musculaire ou les réactions fixées par la sélection et devenues habituelles. Au point de vue de l'innervation, ces imitations peuvent être appelées sous-corticales et, en vue d'une autre classe qui sera mentionnée plus loin, sous-corticales primaires. Une seconde classe comprend les imitations psychologiques, conscientes ou corticales. La troisième classe comprend les imitations qu'il appelle plastiques ou sous-corticales secondaires, c'est-à-dire tous les cas de réaction ou d'attitude vis-à-vis les actes, les coutumes, les opinions des autres, qui représentaient primitivement les adaptations plus ou moins conscientes dans la race et l'individu, mais qui sont devenues peu à peu « automatiques secondaires» et « subconscientes». Tels sont les faits qui ont été étudiés par Tarde dans ses travaux sur l'imitation, les faits de suggestibilité, etc. Ces chapitres sur l'imitation se terminent par un paragraphe: Comment observer les imitations chez les enfants? Paragraphe qui se compose surtout de détails et n'est guère susceptible d'analyse.

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Dans le chapitre suivant (chap. XIII, pp. 367-430) l'auteur traite de l'origine de la volition. La première manifestation de la volition chez l'enfant se trouve dans ses efforts répétés pour imiter quelque chose, et ce qu'il imite, son modèle peut être: soit quelque chose d'extérieur, par exemple les mouvements qu'il voit ou les bruits qu'il entend, soit quelque chose d'intérieur, provenant de sa mémoire, de son imagination ou de sa pensée. L'analyse de la volonté révèle trois grands facteurs, trois éléments du processus volontaire le désir, la délibération et l'effort (pp. 367-373). Le désir se distingue de l'impulsion par sa qualité intellectuelle, c'est-àdire par ce fait qu'il se rapporte à une présentation ou à un objet imaginé (pictured). Les impulsions organiques peuvent se transformer en désirs quand leurs objets entrent dans la conscience. Les deux caractéristiques du désir sont: 10 un objet imaginé suggérant des expériences associées qu'il ne suffit pas à réaliser, et 20, une réaction motrice commençante que l'objet imaginé stimule sans pouvoir la réaliser. Il est relativement facile de déterminer l'époque de l'apparition du désir chez l'enfant. Il faut que la mémoire soit déjà bien développée et lui fournisse l'image mentale bien définie qui sera le noyau d'un désir particulier. Ce sont les souvenirs de la vue et de l'ouïe qui entrent les premiers en jeu, ensuite les souvenirs musculaires. Les premières expressions du désir chez l'enfant se trouvent dans les mouvements des mains vers les objets qu'il voit, mouvements qui n'étaient au début que de simples réactions suggestives sensori-motrices. Le second élément de la volition est la délibération. Ce n'est en somme que la suggestion délibérative dont il a déjà parlé précédemment, mais à un niveau plus élevé. Tandis que la suggestion délibérative est analogue à l'état de conflit d'impulsions d'incoordination motrice, de caprice qu'on observe chez certains sujets pathologiques, la délibération de la volition implique l'attention normale et les coordinations motrices qui la caractérisent. L'effort, troisième élément de la volition depuis le simple consentement, l'acceptation d'une action comme bonne ou comme réelle jusqu'à la manifestation violente du désespoir ou de la passion naît juste après la délibération et termine le tout. Le sens de l'effort accompagne ou peut-être même n'est autre chose que le passage de la conscience à l'état de monoïdéisme moteur ou de forte attention, après les perplexités de la délibération. Il étudie ensuite la genèse de la volition chez l'enfant (pp. 373-385) et dans la race (pp. 385-388) et illustre cette étude d'un certain

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nombre de schémas représentant les diagrammes de l'imitation simple et de l'imitation persistante21, du développement ontogénétique et du développement phylogénétique. L'imitation persistante fournit les éléments nécessaires de la volonté. Elle représente un progrès sur l'imitation simple de deux façons: 1° L'enfant compare le premier résultat produit (mouvement, son), avec l'image suggestive qu'il a imitée. C'est la délibération naissante. Il découvre des différences entre le son qu'il a imité et le son qu'il a produit et trouve ces différences désagréables. De là le désir. 2° Il essaye par ses mouvements répétés de diminuer cette différence, de là l'effort, et s'il y arrive, il y a là une simple question d'adaptation. En résumé la volition est une adaptation nouvelle de la créature vivante à son milieu et elle suit la loi de l'accommodation par imitation qui est l'agent de toutes les adaptations primitives. À l'appui de cette théorie, il invoque un certain nombre de faits. 1° Les exemples de volition dite pré-Ùnitative chez les enfants. Il discute à ce propos les opinions de Preyer. 2 ° Des expériences faites sur des étudiants sur l'imitation persistante. On a les cas suivants: a. Le sujet doit reproduire d'un seul trait de crayon ou de craie un modèle, une figure simp le placés devant lui. Il compare son dessin au modèle et recommence jusqu'à ce qu'il soit satisfait du résultat; cas avec cOlnparaison. On note le nombre des essais. b. Même expérience; mais les yeux sont bandés de sorte qu'il ne peut comparer ses résultats au modèle; cas sans comparaison. Le nombre relatif des essais dans chaque cas indique quantitativement la tendance du sujet à continuer l'imitation et correspond à ce qu'on peut appeler la quantité de stimulus de la volonté. Or dans le cas b, le sujet est satisfait après un très petit nombre d'essais, tandis qu'il en faut beaucoup dans le cas a. Si au lieu de laisser le modèle sous les yeux du sujet on le lui enlève, de sorte que le sujet dessine la figure de mémoire, le nombre des essais tend à diminuer en raison de la longueur du temps écoulé. Il y a dans ces expériences une tentative intéressante pour l'étude expérimentale de la volonté. 3° Un troisième ordre de preuves se trouve dans l'état de l'attention chez l'enfant dans ses mouvements volontaires. 4° Les faits pathologiques d'aboulie. 5° Enfin à l'appui de sa théorie, il invoque les faits du développement du cerveau et de l'embryologie comparée. 6° De même pour les phénomènes de la suggestion hypnotique. Mais la volition chez l'enfant peut naître d'une autre façon que par l'imitation de
21 On trouvera ces schémas 1892, p. 53 et 54. dans: International Congrej's of Experimental pj'ychology,

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mouvements extérieurs, de sons, etc. ; elle peut se développer aussi aux dépens des éléments centraux, souvenirs, images, pensées. En outre l'enfant a des appétits, des instincts, des impulsions, tendances héréditaires qui se sont produites dans le cours du développement phylogénétique et qui font que l'enfant n'est pas également prêt pour toutes les suggestions et que dans ses réactions motrices il y a conflit intérieur et choix subconscient peut être, mais volontaire. Dans le chapitre suivant22 (chap. XIV, pp. 431-450), l'auteur étudie les mécanismes de réviviscence avec successivement la parole intérieure, le chant intérieur, la reconnaissance de la hauteur des sons en donnant des exemples auxquels il applique sa théorie générale de l'assimilation. Le quinzième chapitre (chap. XV, pp. 451-475) est consacré à l'origine de l'attention. Le principe d'excès dont il a été parlé plus haut se retrouve dans l'origine de l'attention. L'attention est la fonction mentale correspondant à la coordination motrice habituelle des processus de décharge nerveuse en excès, et l'attention volontaire peut être identifiée avec une réaction motrice « excessive» dans les centres de coordination les plus élevés. Comment l'enfant passe-t-il, sans miracle, de la vie involontaire à la vie volontaire? Pour répondre à cette question, il est bon de rappeler quelques considérations générales. Le problème de l'adaptation est un problème de sélection. L'attention est évidemment une fonction sélective de la conscience, et toutes les sélections que fait la conscience lui sont dues. Théoriquement il y a donc une connexion entre ces deux choses: les adaptations des organismes inférieurs et les sélections de la conscience. Il s'agit de voir si le même principe psychophysique préside au développement tout entier. L'attention est une sorte de phénomène moteur généralisé. Elle entre en jeu dans l'adaptation consciente et contribue aux plaisirs de la vie intellectuelle et émotionnelle. Il traite ensuite des différentes formes de l'attention (pp. 458-459). L'attention réflexe est une simple affaire d'association motrice, comme la conscience d'un groupe de processus musculaires et organiques, comme quand on est surpris par un coup de tonnerre par exemple. L'attention primaire est la forme primitive de l'attention, celle qui est dirigée sur les qualités des sens. Pour étudier le développement de l'attention, il prend maintenant comme type de fonction volontaire le mécanisme de la paro le.
22 Voir Baldwin, 407. 1. M. (1893). Internal speech and song. Philosophical Review, 2, n° 4,385-

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Pour lui, comme pour beaucoup d'autres individus, la présence ou l'absence d'éléments de mouvement dans la conscience d'un mot dépend beaucoup de la direction de l'attention. Si l'attention est dirigée sur les organes vocaux, il en sent les mouvements; si elle l'est sur l'oreille les mots sont pensés comme sons et les sensations musculaires disparaissent. Il y a donc deux grands types de parole, le type moteur et le type sensoriel qui correspondent aux deux modes de réaction, réaction sensitive et réaction motrice. Il y a une relation entre le type d'un individu (moteur, visuel, auditif) et les mouvements et les habitudes de son attention. Or on sait qu'une augmentation d'intensité de la sensation tend à attirer l'attention et que l'attention augmente l'intensité des sensations. C'est là un de ces processus circulaires qui jouent un si grand rôle dans le développement du corps et de l'esprit. Toute augmentation d'intensité de la sensation augmente l'énergie des centres moteurs et nous savons aussi que l'exercice de l'attention implique une grande quantité de processus moteurs; on comprend facilement alors comment l'attention agit pour renforcer la sensation et comment le renforcement des sensations sert de stimulus à l'attention. On peut réunir ces deux faits sons un même principe qu'il appelle loi de l'association sensori-motrice (pp. 459-472) et qu'il formule ainsi: tout état mental est un camp lexus d'éléments moteurs et sensitifs et toute influence qui tend à renforcer un de ces éléments tend aussi à renforcer l'autre. Ceci permet d'expliquer pourquoi la réaction motrice est en général plus courte que la réaction sensorielle; il applique les mêmes considérations à l'interprétation des différents types visuels, auditifs, moteurs. Maintenant si on examine la conscience et les divers états de l'attention, on voit que l'attention n'est pas une chose fixe, une quantité constante; il en est d'elle comme de la mémoire; il n'y a pas une seule attention, il y en a plusieurs. En outre le contenu actuel du sentiment de l'attention diffère beaucoup d'un sens à l'autre. Si l'attention se porte spécialement sur un son, un objet visuel, un contenu mental (souvenir, etc.), le sentiment produit par l'attention varie énormément. Dans tous ces cas, le contenu senti comme attention est moteur, mais ce contenu varie. Ce changement dans le contenu de la réaction motrice, suivant l'acte d'attention aurait d'après lui deux équivalents dans la conscience, sentiments vagues généralisés, inanalysables, ce sont la reconnaissance et la croyance (belief). Nous pouvons voir maintenant les trois stades du développement du mouvement volontaire chez l'individu. D'abord l'esprit est occupé par un objet, présentation ou stimulus qui détermine une XXXI

réaction musculaire native, acquise ou faite au hasard. Un peu plus tard l'esprit est occupé par une présentation ou une idée du mouvement ainsi produit qui, avec ses associés, tend à stimuler les processus moteurs correspondants et à produire le même mouvement. Enfin l'esprit est de nouveau occupé par un objet, mais pour la possession duquel le mouvement est nécessaire, un mouvement qui maintenant est devenu subconscient. L'enfant commence d'abord à parler sans faire attention à ses organes vocaux. Puis, par l'imitation persistante, il apprend à faire les mouvements convenables pour parler. Enfin une fois le contrôle musculaire acquis, les mouvements deviennent habituels, la conscience musculaire s'affaiblit et ce qui reste, c'est l'objet, le mot parlé. Le chapitre suivant (chap. XV, pp. 476-488) résume la théorie du développement de l'organisme. Deux lois dominent ce développement, l'habitude et l'accommodation. L'habitude est la tendance d'un organisme à continuer de plus en plus facilement les processus qui sont favorables à la vie. Pour cela l'organisme doit avoir d'abord la contractilité et ensuite une incitation à faire et à continuer le mode convenable de mouvement. La chose essentielle dans l'habitude est le maintien des stimulations avantageuses par les propres mouvements de l'organisme. Mais quelle est l'incitation au mode convenable de mouvements? Trois réponses sont possibles. 1° La seule incitation possible est le stimulus actuel, placé en dehors de l'organisme, et le mouvement convenable n'est qu'une sélection fortuite, dans beaucoup de mouvements de hasard. C'est la théorie biologique ordinaire. 20 L'incitation est en partie en dehors de l'organisme, c'est-à-dire que le stimulus extérieur doit rester constant; mais l'organisme, après la première réaction au stimulus, tend à répéter de nouveau ses réactions favorables. C'est la théorie psychologique (théorie de Spencer-Bain). Il y a donc une incitation organique interne qui assure et maintient les habitudes, mais seulement après des adaptations favorables fortuites. Dans cette théorie, le plaisir et la douleur sont le réflexe du mouvement produit par la réaction. 30 Ce sont les stimulations qui, en tant que stimulations, sont les agents du plaisir et de la douleur et ce sont ces processus de plaisir et de douleur qui déterminent les premiers mouvements adaptés à certains genres de stimulation. C'est la théorie de l'auteur. L'accommodation est le principe par lequel un organisme s'adapte à des conditions plus complexes de stimulation en accomplissant des fonctions plus complexes. Le trait commun dans toutes les acquisitions motrices (parole, écriture, etc.), c'est le maintien du stimulus XXXII

par la décharge motrice en excès qu'il excite. C'est l'incitation. Mais la continuation de l'accommodation ne serait pas possible sans l'habitude qui conserve le passé et donne des points d'appui pour de nouvelles accommodations. À mesure, en outre, que par transport du monde extérieur à l'esprit, l'image devient susceptible d'être ravivée dans la mémo ire, l'accommodation prend un nouveau caractère, un caractère conscient, subjectif, dans la volition. L'habitude et l'accommodation peuvent s'appliquer toutes deux au même type de réactions, aux réactions qui tendent à réintégrer le stimulus qui a déterminé la réaction. Ces deux principes, l'habitude et l'accommodation constituent donc un double facteur dans toute activité organique quelle qu'elle soit. On a vu comment les grandes habitudes se forment. L'hérédité les fixe, et en même temps les rend plus importantes, comme instincts, tout en effaçant les preuves de leur origine et en abrégeant le processus phylogénétique, dans la croissance de l'individu. C'est ce qu'il appelle la centralisation organique. L'auteur discute ensuite, au point de vue de sa théorie, la question de l'existence de nerfs spéciaux pour le plaisir et la douleur et examine la théorie de Münsterberg et termine par des considérations sur la « centralisation » de l'attention.
Une controverse avec l'école de Leipzig (1895)

Dans Mental developlnent in the child and the race (1895, p. 465) Baldwin fait implicitement référence à une controverse qui eut lieu à l' époque. Les expériences à la mode, à l'époque où s'ouvrait le nouveau laboratoire de psychologie expérimentale de Toronto, portaient sur les temps de réaction. Il n'est donc pas étonnant que Baldwin, puisqu'il devait y initier ses élèves, se soit aussi engagé dans ces recherches. Son intérêt se dirigea plus particulièrement sur les variétés individuelles du processus de réaction. La distinction entre la réaction motrice et la réaction sensorielle fut introduite par Ludwig Lange (1825-1885) en 188823. Cet auteur arriva à la conclusion que chez tout individu normal la concentration de l'attention sur le mouvement de réponse convenu abrège notablement la réaction simple et la rend de plus en plus automatique, tandis qu'en se portant sur le signal sensoriel attendu, la pensée ralentit la réaction qui reste pleinement consciente et volontaire. Lange avait
23 Lange, L. (1888). Neue Experimente uber den Vorgang Sinneseindrücke. Philos'ophische Studien, 4, 479. der einfachen Reaction auf

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cependant rencontré des personnes qui n'arrivaient pas à manifester d'une façon constante la différence caractéristique des deux genres de réaction. Il considéra ce fait comme une anomalie due à leur nervosité qui devait les empêcher de concentrer leur attention dans une direction déterminée. Il n'estimait pas d'ailleurs que la psychologie normale ait à prendre en considération les résultats obtenus "dans cet état évidemment maladif' (p. 495). Or, en avril 1892, le psychologue suisse Théodore Flournoy (18541920) présentait à la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève une série d'observations24 qui ne s'accordait pas avec les conclusions de Lange selon laquelle un sujet réagit plus rapidement lorsque son attention est concentrée sur le mouvement à exécuter que lorsque l'attention est tournée vers un signal attendu (type de Lange). En effet, il souligna que certains individus tout à fait normaux présentent chroniquement une inversion de la loi de Lange. Il décrira en septembre 1892 le cas d'un étudiant en Sciences, de nationalité Serbe, R. Yowanowitch qui présentait cette particularité25 (réaction plus rapide lorsque l'attention est portée sur le signal que sur le mouvement réactionnel). Après une analyse introspective de la façon dont ce sujet s'y prenait pour réagir, Flournoy conclut à l'existence d'un type sensoriel (type de Flournoy), dont les observations subséquentes de Baldwin26 ont confirmé la réalité. L'existence d'autres types normaux que celui de Lange fit précisément l'objet d'une fameuse controverse27 dans les années 1890 aux États-Unis entre avec Edwald Bradford Titchener (1867-1927) sur les types de réaction28. Baldwin était l'ardent promoteur de la théorie des types alors que Titchener défendait avec autant d'énergie le point de vue de l'école de Leipzig, selon lequel les cas contrevenant à la loi de Lange n'avaient guère que la valeur des exceptions qui justifient la règle. C'est dans le

Th. (1892). Note sur les temps de réaction aux impressions auditives. Archives des Sciences Physiques et Naturelles, 27, 575-577. 25 Aournoy, Th. (1892c). Temps de réaction simple chez un sujet de type visuel. Archives des Sciences Physiques et Naturelles, 28,319-331. 26 Baldwin, J. M. (1893). Medical Record, 15 avril, p. 455. 27 Boring, E.G. (1929). The psychology of controversy. Psychological Review, 36, 97-121. 28 Baldwin, J. M. (1895). Types of reaction. Psychological Review, 2, 259-273. - Baldwin, 1. M. (1896a). The 'type-theory' of reaction. Mind, 5, 81-90. - Baldwin, J. M. (1896b). Reply to criticism. Mind, 5, 294-295. - Titchener, E. B. (1895a). Simple reactions. Mind, 4, 74-81. Titchener, E. B. (1895a). Simple reactions. Mind, 4, 74-81. - Titchener, E. B. (1895b). The type-theory of the simple reaction. Mind, 4, 506-514. - Titchener, E. B. (1896). The typetheory of the simple reaction. Mind, 5, 236-241.

24 Aournoy,

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cadre de ce débat que Baldwin reconnut officiellement à Flournoy29 la découverte du type sensoriel. Avec l'aide de ses élèves, Baldwin développa de nombreuses autres recherches de psychologie expérimentale; celles-ci furent publiées essentiellement dans la Psychological Review qu'il avait fondée30 avec James McKeen Cattell en 1894. Théorie de l'hérédité sociale et la « sélection organique» En juin et juillet 1896, Baldwin publie dans The American naturalist, dirigé par Ie néo-Iamarckien E. D. Cope, un travail important31 en deux parties sur l'aspect social de l'évolution qui résume et synthétise plusieurs articles écrits essentiellement dans la revue Science32. Jusqu'à présent, Baldwin avait construit sa théorie du développement mental en s'appuyant sur le concept de sélection naturelle de Darwin. Dans l'évolution organique l'auteur établit l'existence d'un facteur nouveau, qu'il nomme sélection organique, et cherche à justifier à ce propos la création d'une série d'autres termes nouveaux. Les problèmes agités dans la théorie du développement organique se groupant sous trois chefs: Ontogénie, Phylogénie, Hérédité, le nouveau facteur intervient dans l'ontogénie. Envisageant le développement d'un individu au point de vue des fonctions

qu'il accomplit dans le cours de son existence, on distingue: 10 les
29 Pourtant, floumoy n'intervint qu'indirectement dans cette controverse en établissant [flournoy, Th. (1896). Observations sur quelques types de réaction simple. Genève: Eggimann] l'existence d'autres types de réaction, le type central (mélange d'attention sensorielle et motrice) et le type indifférent où le temps de réaction reste le même, que l'attention soit portée sur le mouvement ou sur le signal sensoriel (ce type avait déjà été entrevu par Cattell en 1892). Il subdivisa aussi le type de Lange en deux sous-types, le "moteur naturel" et le "moteur forcé"; et le type de Flournoy encore en deux sous-types, le "visuomoteur" et le "kinésomoteur". 30 Sokal, M. M. (1997). Baldwin, Cattell, and the Psychological Review: A collaboration and its discontents. History of the Human Sciences, 10, 57-89. II avait publié un article historique dans le premier volume de cette revue: Baldwin, 1. M. (1894). Psychology past and present. Psychological Review, l, 363-391. Il en publiera de nombreux autres par la suite. 31 Baldwin, J. M. (1896). A new factor in evolution. American Naturalist, 30, 441-451, 536553. 32 Baldwin, J. M. (1895). Consciousness and evolution. Science, 2, n. s., n° 35, 23 août, 219223. - Baldwin, 1. M. (1896). Heredity and instinct. Science, 3, n. s., 20 mars, 438-441, 10 avril, 558-661. Voir aussi: Baldwin, 1. M. (1894). Imitation: A chapter in the natural history of consciousness. Mind, 19, 26-55. - Baldwin, J. M. (1896). Physical and social and heredity. American Naturalist, 30, 422-430. - Baldwin, J. M. (1896). Consciousness evolution. Psychological Review, 3, 300-308 (ce dernier article est un rapport de la discussion qui eut lieu lors du Congrès de l'Association américaine de psychologie en décembre 1895.

xxxv

fonctions caractéristiques de son espèce; 20 celles qu'il apprend à exécuter lui-même dans le cours de sa vie, et qui déterminent les modifications spéciales appelées caractères acquis, variations ontogéniques. L'auteur distingue trois groupes d'agents ontogéniques, mécaniques, nerveux, psychiques, pouvant intervenir pour produire sur l'organisme des modifications ontogéniques, et les qualifie parallèlement de physico-neuro-psychogénétiques. La production de modifications dans les fonctions étant admise dans le développement ontogénétique, comment expliquer qu'un organisme donné s'accommode aux conditions qui lui sont favorables, et répète certains mouvements adaptatifs à l'exclusion d'autres, sinon en admettant un choix, une sélection. On appliquera donc le terme de « sélection organique» à la façon dont un organisme donné se comporte pour modifier certaines fonctions, et en acquérir de nouvelles. Le qualificatif « organique» a été choisi pour indiquer que c'est l'organisme lui-même qui intervient activement. La sélection organique est un facteur essentiellement actif, par opposition avec la sélection naturelle qui n'a que des caractéristiques négatives, et qui n'est que la constatation de ce qui se produit quand un organisme n'a pas les qualités suffisantes pour triompher dans des conditions de vie déterminées. L'auteur passe en revue les nombreux effets de la sélection organique dans l'ontogénie, la phylogénie et l'hérédité. À propos de cette dernière, il fait remarquer que les êtres vivant en société sont exposés à s'influencer les uns les autres, il est donc évident que les individus jeunes capables d'imitation pourront acquérir à leur tour des fonctions accomplies par leurs parents en leur présence. L'acquisition de certaines fonctions, sous l'influence du milieu social, peut être considérée comme une cause de variations phylogénétiques, et comme une manifestation très importante de la sélection organique, qui entretient ainsi tout un groupe de fonctions qui ne sont pas congénitales et ne le deviendront jamais. C'est un mode de transmission extra-organique d'une génération à une autre, qui constitue une sorte d'hérédité, distincte de l'hérédité physique, et qui mérite donc un nom spécial: hérédité sociale. Il y aura ainsi deux sortes d'influences héréditaires: 10 l'hérédité naturelle, par laquelle les variations sont transmises congénitalement; 20 l'hérédité sociale par laquelle certaines fonctions sont acquises et transmises grâce à la vie sociale; la première est phylogénétique, la seconde ontogénétique. C'est le principe de la réaction circulaire, qui, intervenant dans les phénomènes d'adaptation, assure le fonctionnement de la sélection organique, et XXXVI

explique comment un organisme, dans la multitude des modifications ontogénétiques qu'il peut subir, parvient à conserver celles qui sont de bonne adaptation. On appellera «réaction circulaire}) l'enchaînement ininterrompu de certains mouvements provoquant des états avantageux et agréab les pour l'organisme, qui eux-mêmes ramènent à leur suite des mouvements similaires. Les trois modes d'adaptation ontogénétiques, physico-neuro-psychogénétiques trouvent tous trois dans l'organisme cette sorte de retentissement que l'on constate dans la réaction circulaire. En résumé on désignera sous le nom de «sélection organique », les manifestations de l'adaptation ontogénétique qui, en maintenant certains individus en vie, assurent la variation des générations ultérieures dans une direction déterminée, et on la considérera comme un des facteurs capitaux du développement. Si la conscience peut produire des adaptations utiles chez l' ind ividu, ces adaptations peuvent être héréditaires; nous sommes ainsi face à une évolution dirigée par la conscience sans toutefois avoir le besoin d'assumer strictement la transmission héréditaire des caractères acquis. Mais l'article écrit par Baldwin n'était pas très clair quant à la forme, plus ieurs critiques, dont James McKeen Cattell (1860-1944)33 vont le souligner. La première expression définitive de la sélection organique date seulement du 5 février 1896 dont le texte a été publié en mars dans la revue Science34. Cet article était la révision d'une conférence donnée à la New York Academyof Sciences le 31 janvier 1896. Baldwin35 admit sans réserve l'obscurité de sa première présentation due, selon lui, au besoin de condensation. Dans un article de la revue Science36, publié en 1897, Baldwin tenta d'établir une définition stricte des termes tels que « sélection organique », «hérédité sociale », etc. de façon à faciliter la discussion des problèmes de l'évolution organique et de l'évolution mentale. Dans l'édition française de son livre sur Le développelnent lnental chez l'enfant et dans la race (1897, chap. VII), il ajouta même un point sur la sélection organique3?

33 Cattell, J. McKeen (1896). Review of A new factor in evolution by 1. M. Baldwin. Psychological Review, 3,571-572. 34 Baldwin, J. M. (1896). Heredity and instinct. Science, 4, n. s. 35 Baldwin, J. M. (1896). On criticisms of organic selection. Science, 4, n. s., 727. 36 Baldwin, J. M. (1897). Organic selection. Science, 5, n. s., 634-636. 37 Pour la version anglaise de cet ajout voir: Baldwin, 1. M. (1897). Determinate evolution. Psychological Review, 4, 393-401.

XXXVII

En continuité directe de son livre Mental development in the child and the race (1895), Ie nouvel ouvrage Social and ethical interpretations38 (1897) rassemblera tous ses travaux sur la sélection organique entre 1895 et 1897. Il constitue une intéressante contribution au rapprochement entre sociologie et psychologie en proposant de mettre en œuvre une psycho-sociologie. Il s'agit pour Baldwin de fournir une interprétation du développement mental en fonction de facteurs sociaux et d'établir par suite un parallèle entre les moments de l'évolution de l'esprit individuel et ceux de l'évolution sociale. Baldwin va y exposer son nouveau facteur d'évolution qu'est la « sélection organique ». Comme le note Jean Gayon : « Il s'agit d'un principe affirmant que l'action de la sélection naturelle est modulée en fonction des accommodations (caractères acquis) au cours de l'ontogenèse. Ou, en d'autres termes: la sélection organique, qui modifie l'apparence et l'environnement de l'organisme au cours de son existence individuelle en retenant des modifications structurales ou comportementales acquises, modifie du même coup les modalités d'action de la sélection naturelle. Répété au fil des générations, le couplage de la « sélection organique» et de la « sélection naturelle» permet de concevoir l'évolution comme résultant d'un processus dans lequel, bien que seules les variations héréditaires innées sa ient à proprement transmises, elles le sont à raison de l' histo ire individuelle des organismes. Baldwin voyait là une manière de contester le principe weismannien de la toute suffisance de la sélection naturelle, et de formuler l'idée de transmission des caractères acquis dans une forme acceptable pour les darwiniens ». Des questions de priorité apparurent39. En 1902, Baldwin publia Development and evolution4o, un livre qui incorporait tous ses premiers articles sur la sélection organique. Il appliquera le principe de sélection organique au développement de la faculté morale dans son livre Darwin and the humanities (1909)41, une
38 Baldwin, J. M. (1897). Social and ethical interpretations in mental development: A study in social psychology. New York: Macmillan. - Traduction française: Baldwin, J. M. (1899). Interprétation sociale et morale. Paris: Giard & Brière. Voir en particulier l'étude critique de Dewey, 1. (1898). Reviews of books. Philosophical Review, 7, 398-409. Cet ouvrage recevra la médaille d'or de l'Académie royale des sciences et lettres du Danemark [cf. Hoffding, H. (1897). Notes. Philosophical Review, 6, 445-447]. 39 Voir Richards, R. J., op. cit. 40 Baldwin, J. M. (1902). Development and evolution. New York: Macmillan. 41 Baldwin, J. M. (1909). Darwin and the humanities. Baltimore: Psychological Review Series. Traduction française: Baldwin, J. M. (1911). Le darwinisnœ dans les sciences morales (trad. par G. L. Duprat). Paris: F. Alcan.

XXXVIII

monographie écrite à l'occasion du cinquantième l'ouvrage de Darwin sur l'origine des espèces.
Derniers développements de la psychologie de Baldwin

anniversaire

de

À la fin de l'année 1897, Baldwin est président de l'Association américaine de psychologie42 (APA) et a publié deux de ses plus grandes œuvres. Après avoir écrit en 1898 un ouvrage de vulgarisation en psychologie sur l'histoire de l' esprit43, les années suivantes Baldwin dirigea la rédaction d'un fameux dictionnaire de psychologie et de philosophie44. Il fait paraître en 1902 deux ouvrages de compilation d'articles déjà publiés: des fragments en philosophie et en science45 et des fragments sur la théorie de l'évolution46. En 1903, il est invité par le président Ira Remsen à remettre sur pied le département de philosophie et de psychologie à l'Université John Hopkins à Baltimore. À son arrivée dans cette nouvelle Université, il commence son travail sur ce qui devait devenir sa logique génétique47 dont les trois volumes furent publiés respectivement en 1906, 1908 et 1911. Mais Baldwin quitte les États-Unis en 1909; suite au scandale de son incarcération, après une descente de police dans une maison close, il est relevé de ses fonctions48. Il part alors pour Mexico où il avait déjà été appelé (1905-1906, 1908) afin de réorganiser l'Université49 puis rejoint l'Europe avec sa famille et s'installe en Angleterre en effectuant de nombreux séjours en France où il est très bien accueilli50. Avant la première guerre mondiale, on lui doit

42 Baldwin, J. M. (1898). On selective thinking (President's address, American Psychological Association, Cornell Meeting, december, 1897). Psychological Review, 5, n° 1, 1-24 43 Baldwin, 1. M. (1898). The story of the mind. New York: Appleton. 44 Baldwin, J. M. (1901-1906). Dictionary of philosophy and psychology (4 vol.). New York: Macmillan. 45 Baldwin, J. M. (1902). Fragments in philosophy and science (collected essays and addresses). New York: Charles Scribner. 46 Baldwin, 1. M. (1902). Development and evolution. New York: Macmillan. 47 Baldwin, J. M. (1906-1911). Thought and things or genetic logic. London: Sonneschein. Pour une traduction française du premier volume: Baldwin, 1. M. (1908). La pensée et les choses. La connaissance et le jugement. Paris: O. Dain. 48 Voir Richards, R. J., op. cit. 49 Gallegos, X. (1980). James M. Baldwin's visits to Mexico. American Psychologist, août, 772-773. 50 Harley, J. (2001). After « the baltimore affair» : James Mark Baldwin's life and work, 1908-1934. History of Psychology, 4, 24-33.

XXXIX

diverses publications de psychologie et de sociologie51 et lors de l'éclatement du conflit il publie des textes en faveur de l'entrée des ÉtatsUnis dans la guerre52. Néanmoins il fait paraître pendant la guerre un nouvel ouvrage scientifique sur le Pancalisme53 suivi en 1921 d'une traduction française d'un texte sur la logique affective et la logique esthétique54. À partir de 1921, il commencera la rédaction de son autobiographie55. Il est mort à Paris le 8 novembre 1934 dans un oubli relatif. Son œuvre est néanmoins immense. Le volume de Baldwin a pu être reproduit avec l'aimable autorisation de la Bib liothèque lnteruniversitaire de Médecine (BlUM, Paris V). Nous en remercions très chaleureusement son directeur, M. Guy Cobolet, et les conservateurs, plus particulièrement Mme Stéphanie Charreaux, qui nous ont fourni gracieusement une copie du livre. Sans leur aide, cette entreprise n'aurait jamais abouti.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université de Paris V - René Descartes Directeur de L'Année psychologique Institut de psychologie Laboratoire Cognition et Comportement 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

51 Baldwin, 1. M. (1910). Psychologie et sociologie, l'individu et la société (traduit de l'Anglais par P. Combret de Lanux). Paris; V. Giard & E. Brière. [Pour une version anglaise: Baldwin, 1. M. (1911). The individual and society or psychology and sociology. London: Rebman limited] - Baldwin, 1. M. (1913). History of p5ychology. London: Watts &Co. 52 Baldwin, J. M. (1916). Alliance pan-atlantique? Pourquoi pas? Suresnes: J. Crémieu. Baldwin, J. M. (1916). La neutralité américaine, sa cause et son remède. Paris: F. Alcan. Baldwin, 1. M. (1919). Paroles de guerre d'un Américain, 1914-1918. Paris: F. Alcan. 53 Baldwin, J. M. (1915). Genetic theory of reality: Being the outcome of genetic logic as issuing in the aesthetic theory ofreality called Pancalism. New York: G. P. Putnam's sons. Traduction française: Baldwin, J. M. (1918). Théorie génétique de la réalité, le pancalisme (trad. E. Philippi). Paris: F. Alcan. 54 Baldwin, 1. M. (1921). Logique affective et logique esthétique. Le médiat et l'immédiat (trad. par E. Philippi). Paris: F. Alcan. 55 Baldwin, 1. M. (1926). Between two wars, 1861-1921 (2 voL). Boston: Stratford.

XL

DU

~lÈJII~

.L\UTEUI{

Handbook y ork, Holt Handbook

of Psychology. TOl1le T. Senses and Iniellecl. Ne,v et Cie, 2e éd. 1890. i dollar 80 (London :.\Iac111illans). of Psychology. TOlne II. Feeling and "Vill. (London l\Iaclnillans). Holt et Cie, 1890. Ne,v 1 dol-

York,

Holt etCie, 1891. 2 dollars

Elements of Psychology. ~ e,v York, lar 50 (London :\Iaclnillans). Social and Ethical Interpretations A Stlldy in Social Psychology. Nc\v 111illans, 1897- 2 dollars 60 (Couronné DanelJ2ark, 1897).

in Mental development: York and London, l\lacpar~ l'AcadénLÏe r'oyalé du

EiV

f)/-lÉI>Al1.A

TIOJ.V :

Dictionary oÏ Philosophy and Psychology. Publié sous la direction de J. l\IARK BALD'Yl~, avec la collaboratioll d'un e,oillité international de rédacteurs (Ne,y York and London ~lacnîillans) .

LE

DÉVELO PPEJIENT

~IENT AL

CHEZ L'EXF..-\.~,T ET D.L\XS IJA RACE
P.\R

JAMES
Profc~scur

MARK

BALDV\lIN

de psychologie il l'Gniyùrsilë de Princelon (Etals-Cuis) Codirecteur de The P:-;y--lwlogical Rel!iew.

Traduit

de l'anglais

par

M. NOURRY

ET PRÉCÉDÉ D'rXE PREFACE

De M. Léon
)Iaître de conférences

MARILLIER
des Hautes Études.

à l'École

AVEC

FIG"C'RES

DA~S

LE

TEXTE

PARIS
_~~ CIE ~ ::\' ELI B R":\ I RIE GER :\1 E R B A ILL I ÈRE ETC le

FÉLIX
1 08

.,

]3 0 L LEV

~~LC_r\~, ÉDITEG"R GER :\1 I~, A AR D S A I::\' T 1897 Tous droits ré::;ern~s.

1 08

MENTAL
THE CHILD

DEVELOPMENT
AND THE RACE

METHODS

AND PROCESSES

BY

JAMES
STUART PROFESSOR "HANDBOOK

MARK
CO-EDITOR

BALDWIN,
IN PRINCETON "ELEMENTS PSYCHOLOGICAL

M.A., PH.D.
UNIVERSITY; REVIEW" AUTHOR OF OF P5YCHOLOGY";

OF PSYCHOLOGY OF PSYCHOLOGY," OF "THE

WITH

SEVENTEEN

FIGURES

AND TEN

TABLES

Nero mJJtk MAC MIL LAN
AND LOND'ON

AND

C O.

r895
All rigMs rl!ur'tll!d

PRÉFACE

Il semble à tout le moins i11utiJe de présenter aux psychologues fran~ais ~I_ J. Jlark Bald,vin; SOIl )Ianuel de Psychologie (1) l'avait fait connaître de tous ceux qui s~intéresscnt à cet ordre de recherclles comme un esprit orÎgjnal et vigoureux, en qui s"unissait la plus rare puissa11cc de construction et ùe dialectique à un respect scrupuleux des fait.s et à une merveilleuse sagacité, avant même qlle le beau livre qu'il a consacré à l'étude du déyeloppement Je l'intelligence et de la .volonté chez l'enfant, 11e ,vînt attirer sur lui rattelltion à la fois des biologistes et des éducateurs. Ul1e préface ne se justifierait point en tête d'une telle œuvre, si elle prétendait à autre chose qu'à lui souhaiter la biel1venue sous la forme nOllvelle qu'elle a reyêtue pour s"aùapter plus aisénlent aux exig"ences et aux ])esoins des lecteurs français. Le but que s'est proposé :\1. Bal(l\vin, en cette nlag"Îstrale étude de psychologie génétique, où s'allient aux conce!)lions d'ensemble les plus ]lardies et les plus neuves de patientes et précises observations, a été de détermiller par l'étude des lois auxquelles sont soumises dans leur forlnation gï--aduelle les diverses aptitudes et les di'~erses fonc1) Handbook L II, 1891. al Psychology. 81\ :'\~'Y-\Yorkt fl. Holt, t. I, 1889;

.VI

PRÉFACE

tions intellectuelles et nl.otrices de renfant, les lois g"énél'ales qui président à réyolulion n'len.tale de resp(>cc hu111aine. Il fait de la ps~rcl101og.je enfantillC une 111~thodc d'illterprétation de la I)S~"cholog"ie générale, un. SOllplc et l)uissant jnstruIl1.ellt IJoue anaIJ"ser le COlltelltl la consde cicllce et mettrc au jOt1r les gral1des ]jgnes en cet ensclnble, en apparCll.CeOllfus, des multiples C et COlTIl)lexcs relatiolls qui UlîisSCl1tles uns al.lXautres les élénlenls 1110teurs et représelltatifs de l'esprit: il n'étudie pas l"ellfant ellluimême et pour lui-même. Aussi n'a-t-il garde de rap110rter tous les faits, de les décrire tous av.ec Je même <.létail, de lra-v-ailler à élucider toutes les q"uestions que r<Stude de la vie ps:ycI1iq"ue de l'enfan.t o])Ijg'e à se poser; parlni les l)hél10mèlîes d011t l'âme enfall.ti11e est le siège, ceux-là seuls SOlît reten.l1S par I\I. Bald,vin, qui lui selnblen.t POl1voir cntrer COllIne élén.1.ellts irltégrants dans celte tJ1éorie .du dé'velopp~Inent mental qu'il s'est donllé pour tâcl1e d'élaborer. Là où Pérez., Ot.l Preyer mêlne parfois se COlltentaient de constater et de décrire, il tente d'expliq:uer; là où i1s racontaient ce qu'ils avaie11t eux-lnêlnes observé ou ce qu'avaient obser.vé les aut.res cl1.ez les el1.fants all contact 11abituel desquelsils avaierlt vécu, il discute, ilargumente; il édifie pour rC11dre compte de chacun des traits généraux du caractère enfantin une théorie, et ces explications part~elles., il les fait entrer l'une après l'autre dans cette longue c~1.aîne de conceptions et de fails par laqllel1e il tente de rattacher les fonctions mentales les plus différenc.iées et

les

plus

hautes

atlX

plus

simples

réactions

sensori-mo-

trices dll protoplas11~a. Toutes ses idées sont fortement reliées les lInes aux autres, et c'est de la première à la dcr11ière page Ulle Sllbtile et solide (léduction où cl1aque argunîent prend lIne Pllissance et une sjgnification nou,,"'elles en raison de la place Oil il v"'ient COll1me de lui-n1êlne s'În-sérer naturellenîent. Rien d'inutile au J)ut que l"a1.1teur s'est assigné et qu'il Il.''ouJ)lie pas UIl. seul instant dans ce

li,Tre tout

rernpli

d'observatiollS

de détail,

mais

qui to~tes

PRÉFACE

TII

con"Yergent ,-ers la démonstration de quelques lois unIes en un indissoluble faisceau_ Peut-être même pourrait-on dire que.. si le li,-re de ~I. Bald,,-in offre prise à la critique. ce serait précisément par cette rigueur dialectique dont I-auteur ne s.est jan1ais départi. Il conseille aux ps:rch.ologues de n6aborder rélude des fait.s (lue l~esprit tout occupé déjà d1une théorÏe qui doive les illuminer et les rendre intelligibles ; le conseil qu1il don.ne aux atltres, il ra mis largement à profit, trop largemen.t peut-être. Il a éliminé délibérement tous les faits qui 11"auraiel1t })Oi11t concordé a,-ec les idées directrices qui dOl1nent à son œuvre sa sig11ification et sa portée: ayec une c11tière bonne foi, il a spontanément détourné son attention des phénomènes qui lle seraient se point aisén'lent laissé interpréter par les principes généraux qui lui apparaissent comme la raisoIl explicati,-e de toute la 'vie mentale. La théorie du développelne11t qu'iI expose dans la seco11de partie de SOli livre n'lest pas la légitirne et natlll'elle généralisation. des lois partielles que Itli ont permis de fOl"111Uler ses observations" fort intéressantes et pénétrantes à coup sûr, mais en nombre restreint et limitées à un petit nombre de points, sur l'évolution psychique de

l'enfant; elle n'est
elles: elle

elle a dans pas fondée
nécessite et cette

ces sur
que

observations

elles,
ron

justifiée

son point de départ, et démontrée par

science
sensitiyc,

hédonique élémentaire
conscience

postule l'existence d'une conantérieure à la COl1.ScÎence hédolîique est bien plutôt Ull.

a1111.eaU I1écessaire

dans

une

chaîne

d'largulnents

qu'lune

réalité psycl10Iog.ique_ Aussi la t11éorie de ~I. Bald,yin. demeure-t-elle une l1ypotl1èse, une h:rpothèse féeonde, il est yraî., et plus satisfaisante sur un IJOÏI1t, parce qu -elle fait plus petite la part des accidents heureux, que ne l.est celle de Spencer et de Bain, D1ais une 11~-poth.èse cependant que rOll reste libre de n"accepter POillt et qui ne s~ilnpose pas à resprit comme la plus in1.médiate, la plus é,.idente iIlterprétatioll de rexpérience.

YIII

PRl~FAGE

Si :\1. Bald,Yi11 avai l cédé- 111.oi11S S011Y~11t a \1 dpsir de silnplifier ou plutôt d"unifierartificiellement les (Iuestions, s'il avait mieux cOlnprÎs qu'à rheure actuelle la psychologie n~el1. estpas encore au point Oil un prin.cipe Ul1iquc peut servir à rendre COlnpte de tous les pllénomènes qui apparlie11nent à un mênl.eordre, qu'elle doit, pour ne l)oint s'écarter trop des faits, se résigner à denleurer pour une large part elnpirique et à ne fOrlTIuler SOl.IVent q.ue ces relations de coexistence et de ~llccession que robservatiol1 permet d'éLablir entre eux, s'il ayait plus énergiqtlement résisté à la tentatio11 d'expliquer parfois les lois qui régissent les éyénen1ents illternes par Ulle sorte de métaphysique biologique, son livre donnerait Ul~e plus francl1e et plus nette illl.pression de sécurité, et les adl1ésions ,-ie11draient plus nOlnbrel.lSeS al.lX fines, pénétral1.tes et solides interprétations qu'il propose des diverses opératio11S de l'esprit. Et cepen_dant on serait en droit de regretter que :\1. Bald,vin eût suivi cette prudente. et sage métll0de : le parti pris rnêlne a.'çec lequel il abordeJes faits l'a amené à découvrir entre certajns phél10mènes des liellS que nul autre n~el1.t S011pçonnés, à saisir entre des réactions cIe nature en apparence toute différel1te des al1alog'ies et des parelîtés qlli aVaiel'ltjusqu'à luipassé inaperçues et dont la réalité cependant est in.déniable et se laisse presque toucher du doigt. Il oblige à reyiser toutes les propositions qu'on a admises jusqu'ici, à faire la critique, en se plaçan.t à un point de vue 110uveau, de la plupart des lois psychologi({ues (Iu'on acceptait presque de cOl1.fiance et comIl~e si elles allaicIlt de soi et~ si bon nombre des ilîterprétatiol1S des événelnents de la vie intérieure, don11ées par ses devanciers, sortent i11deml1.es de cette épreuve, on est amel1é cependant à les fOl"lllUler autrement et à les justifier par des arg'U111e11ts nouveaux. 1\1. Bald,,,,in, est à l'instar de son illustre COl"llpatriote "rjlliaIlî Janles, un n1.erveilleux éveilleur d'esprits; il pense

sa propre

pellsée,

il l'le

voit rien. ({ue par ses

propres

YClIX,

PRÉFACE

IX

et c"est un contagieux et ,-irilisant exemple. Rien de plus dangereux en matière ps;ychologique que d.a"voir son siège fait8 Ce n8est pas à dire que la psychologie soit en proi; à de continuels boule,-ersen1ents et que ce qui élait hier ""\-érité soit condamné fatalement à être eereur aujourd"hui. :\Iais c11aque découyerte 110uyelle et je ne parle pas seulen1ent des décolI,-ertes faites dans le domaine propre de la vie psycllique., lnais aussi de celles qui se font chaque jour daIls le domaine (le la ph~-siologie ner'veuse et de la ])Îologie générale, - nous devrait contraindre à altérer, à lTIodifier sur qp.elque point la vue d"ensemble que nous ayons des é"vénenlents dont l"ân1e 11umaine est le théâtre. ::.'\ous n'lobéissons pas autal1t qu'il serait sag~e à cette impérieuse nécessité; en dépit ùes apparences, psyc110logucs et p11ilosophes sont ge11R d"allure lraditionnaliste et conservatrice; illeue faut être reconnaissants à quiconque les vient contraindre à ne s"e11dormir point de cc sOl111neil dogmatique et satisfait où ils allraien.t quelque

-

t ciance à se laisser g'lisser. L essentiel ell
'I

~

c"es t. d"être

bie11

persuadé ql1e tOlIte théorie générale est })ar sa 11ature n1êlne une t11éorÎe proyisoire, qu'elle n'a jamais qu'une valeur peécaire et temporaire et que les ser,'ices qu'lelle a pu rendre en rnetlan.t l"unité dans le yaste enselnJ)le des lois particulières, des observatio11S et des fa1ts, ne doiyent !)as faire pre11dr-e lechange sur sa nécessaire fragilité; le

malheur,

dognîe al1 lieu prog~rès.. Il n'esl

ce 8erait qu"elle se consolidât en une sorte de de demeurer tOlljours en évolutioIl et ell

pas COIltre un tel péril de plus sûregarantie que l'apl)arition de tlléories nou'yelles, de conceptions ,~igoureuses et biel1 liées, qui 110US C011traignent à regarder les faits sous un aspect qui n'est pas celui auquel

nos esprits se sont

accolllulî1és..Cette

contrainte"
et loyale

nul livre
à un plus

qui l"exerce sur une iIltelligence ouverte haut degT"é que l'ouyrage de :\1..Bald,yin.

C"'est une i11tuition vrailnent géniale (fui lui a fait saisjr dans le })hénon1ène l)sychologique ùe l"in.litation le ty})e

x
achevé de la réaction
autre, pouvait

PRÉFACE

sensori-motrice qui, ITlieux clue toute expliquer les premières phases du déveloPl)Clllcnt melltal. TOl.IS les prOCeSSl.1S (le révolulion psychique lui al)paraissent C01111ne Il'étant que les furlnes diff~re11ciées d'l.In Inême processlls fOlldan1el1taI, cl'ulle réactioll senSOri-lTIotrice, telle que le 1110UVClncllt provoqué 11ar l'action. de l'excitant sur l'orgallisme ait !)Ollr résultat de <.LélcrlTIi11er une excitation. analogue à la l)rcmière et qui engendrera à son tour un InOllVell'lent pareil à celui que la preInière excitation a causé. C'est donc Ul1 })l"OCeSSllS dp type ch"cu-

laire

(lui

diffère

d'unc

série

ordinaire

de réflexes

Oll le

lîlOU,Tcnîent délerminé par lIne excitatÎOll causeà son tOll!"' une sensat.ion, productrice de lllOllvements llou,,"eaux,n e ce que les mouvenîents proyoqués, qui tcn.dellt à sounîettre l'org'al1isrne à l'action. d'1111 mêlne Still1UltlS doivent, SOlIS l'inflllence constallte de ce stilTIlllus, toujours selnblable à I-ui-lnêlne, se cOl)ier et se recopier sans cesse. Ce processus d'i,nilalion pern1.et de se rendre compte de la double loi à laquelle est assujetti tout être vivant: la loi d'!1abitude, d'llne part, c'est-à-dire la ten.dance de l'org'anisme à main.tenir les états etles mouvenlents qui lui S011t avantageux et sa capacité de les maintenir avec une aisance toujours accrue, et d'autre part laloi d'accommodation, c'està-dire la capacité qu'il possède et la nécessité où il se trouve de s'acquitter sans cesse de fonctions plus complexes pour s'adapter pIus complètement à des excitations alnbiantes toujours plus cOln!)lexes. Déterminer par l'analyse des C011ditio11S générales de l'évolution biologique et par 1'0bservatio11 directe elu (iéveloppe11~ent psychique de l'enfant, les lois auxquelles obéit, aux divers stades de la gC11èse de l'intellig'e11ce et de la volonté, ce proceSStls d'Îlnitation et le rôle qu'il jOl.le dans la C011stitlltion graduelle des diverses fonct.io11S me11iales, I11ettre el1 lumière la sigIlificalion véritable de cette réaction. n1.otrice de type circulaire et lui assigller la valeur explicative qui llli appartient, réduire à !'1111ité les lois auxquelles sont SOU11~is les vivants dans leur

PRÉF_\.~E

TI

adaptation progres~iYe à leur milieu et dont le jeu a cré~ les puissances multiples (le l-e5IJrit, exprimer en une formule unique (l~où soit éliminée dans la mesure du possiLle ractioIl du 11asard et des accidents 11eureux, l-enseln]Jle des réactiol1.s et des tendances qu~ilnpliquent à la fois réyolution psychique et l~évolutioll organique, telle est la fin COIllplexe qu-a,-ec UIle confiante hardiesse s-est assignée )1- Bald,vin.. On ne saurait contester qu.il ait, dans une large Inesure, réussi à réaliser le dessein qu'il avait conçu et quïl ait ainsi légitimé rapparente télnérité de ses alTI""'" bitiollS. On pourra ne pas accel)ter sa théorie, mais nul de ceux que leurs recherches alnènent à s'occuper de révolution Ine n.t ale ne sera désormais en droit de 1'iglîorer. Ce lî'est pas au reste aux ps)~chologues seulement et aux biologistes que s.adresse le livre de ~I. Bald'\yin, c.est aussi, et en dépit des appareIl.ces, aux édllcateurs. Ce n"est point à eux quïl a sans doute surtout SOllgé, c'est pour eux quïl se trouve avoir peut-être le plus utilelnent tra,-aillé. La lecture et rexamen attentif des pages où l'auteur traite de la gen.èse et de l'éducation de la '-Olo11té et de l'attentioll sÏlnpose à tous ceux qlli ont à el~seigller aux enfants à pen.ser et à ag~ir. :\Iais ce qui re~Olllnl.andesurtout aux éducateurs la Ill.zditation prolo11gée de ce livre où le jeune professeur de Prillcctoll Lni,-ersity a su condenser l'lltile Sllbstu11ce ùe tallt de faits et (i ïdées, c'est l'analyse 11îinuLieuse, rét.ude « exhaustive» qll'il a faite de l'illlitation et de la .fOl1ction qui lui éclloit dans les prellîières pllases de l'évolutioll. de l'esprit. Tous ceux qui sayent quel role capital joue cetle tendallce à ill1iter dans la fOrll1atioll de la pensée, dans l'acquisition du la11g~age, dans la constitutioll graduelle de la volonté et des 11abitudes, cOlnpreIlùrollt l'ételldue tIu service rendu par 1\1. Bal(l,yi11 a11X études de l)~Jagogie tlléorique.. Peut-être luême plus d'une a})plication utile pourrait-elle ùécouler un jour de ces recherches sp\.~culati\-es et qui sen1hlent au premier