Le développement sociale Afrique contemporaine

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Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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EAN13 : 9782296308053
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Le développement social en Afrique contemporaine
une perspective de recherche inter- et intrasociétale

CoUection ''Logiques Sociales" Dirigée par Dominique Desjeux et Bruno Pequignot

Dernières parutions :

BourgoinN., Le suicide enprison, 1994.
Coenen-Hutter J., lA mémoire familiale: un travail de reconstruction du passé,l994. Dacheux E., Les stratégies de communication persuasive dans l'Union européenne, 1994. Lallement M. (ed.), Travail et emploi. Le temps des métamorphoses, 1994. Baudelot c., Mauger G., Jeunesses populaires. Les générations de la crise, 1994. Esquenazi J.-P., Film, perception et mémoire, 1994. Gagnon C., lA recomposition des territoires, 1994. Giroud c., Introduction raisonnée aux concepts d'une sociologie de l'action, 1994. Plasman R., Lesfemmes d'Europe sur le marché du travail, 1994. Robert Ph., Les comptes du crime, 1994. Ropé E, Savoir et compétences. De l'usage social des notions à leur problématisation,l994. Van Tilbeurgh V., L'huître, le biologiste et l'ostréiculteur, 1994. Zolotareff J.-P., Cerclé A, Pour une alcoologie plurielle, 1994. Sarfati G.-E., Dire, agir, définir. Dictionnaires et langage ordinaire, 1995. Seguin M.-Th., Pratiques coopératives et mutations sociales, 1995. Werrebrouck J.-c., Déclaration des droits de l'école, 1995. Zheng Li-Hua, Les Chinois de Paris, 1995. Waser A-M., Sociologie du tennis, 1995. Hierle J.-P., Relations sociales et cultures d'entreprise, 1995. Vilbrod A, Devenir éducateur, une affaire de famille, 1995. Courpasson D., lA modernisation bancaire, 1995.

@ L'Harmattan, 1995 ISBN: 2-7384-3590-4

Ulrike

SCHUERKENS

Le développement social en Afrique contemporaine
une perspective de recherche inter- et intrasociétale

Éditions I'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur: La colonisation dans la littérature africaine. Essai de 1994, Paris, reconstruction d'une réalité sociale. L'Harmattan, 272 p. Regionale Disparitiiten - individuelle Statuskonfiguration und Migration. Am Beispiel zweier afrikanischer Staaten : Kongo und Sudan. 1981, Frankfurt a. M., Bern, Lang, 106 p.

A R. C.

"I have a dream ... "

Martin Luther King

Introduction Le développement sodal en Afrique contemporaine: une perspective de recherche inter- et intrasociétale Ce livre rassemble plusieurs manuscrits rédigés dans le cadre d'un projet de recherche sur la problématique du développement social en Afrique noire. La plupart des articles ont été publiés dans des revues d'accès difficile ou dans des actes de congrès et de colloques internationaux. Il m'a semblé intéressant de les réunir dans un livre accessible au grand public. Les textes ont été écrits entre 1988 et 1993. Ils ont été actualisés, et - quand cela s'avérait nécessaire - revus et corrigés pour la présente publication. Ce travail reflète notre souci de préciser la signification de la colonisation pour les groupes autochtones africains et représente une contribution à l'anthropologie historique et à celle des transformations sociales. Dans l'introduction à cet ouvrage, nous présentons les éléments qui nous ont guidée dans le choix des sujets/objets et le cadre théorique qui nous a semblé le mieux adapté pour entreprendre ce genre de recherche. L'introduction nous semblait, de plus, être l'endroit le plus approprié pour discuter des aspects méthodiques liés à notre approche du changement social. Le lecteur y trouvera les éléments indispensables à une bonne compréhension des chapitres qui suivront. Ces questions méthodologiques constituent le fil conducteur d'un processus de recherche qui a débuté par une réflexion sur la problématique de la transformation sociale en Afrique noire. Cette recherche s'est heurtée à l'analyse du changement social et aux multiples approches de celui-ci, qui nous semblaient insuffisantes à expliquer la transformation sociale survenue en Afrique depuis les premiers contacts liés à la colonisation jusqu'à aujourd'hui. Dès le début, nous avons défini ce changement comme résultant de l'interaction entre les différentes puissances coloniales et les groupes autochtones. Il nous fallait pour donner à ce schème heuristique un sens réel, et par là même avoir la possibilité d'une reconstruction empirique, trouver une procédure qui permette de cerner la nature des interactions s'étant produites en Afrique et surtout les différences résultant des approches liées aux particularités nationales de chaque puissance coloniale. La 9

décision de choisir une région d'Afrique influencée par plusieurs puissances coloniales s'imposait. L'ancien Togo allemand, partagé lors de la Conférence de Versailles entre la France et l'Angleterre, nous paraissait constituer un exemple pertinent pour analyser la nature des changements survenus en Afrique depuis le début du siècle. L'existence d'une vaste documentation écrite sur les approches du développement dans cette régionl constituait une source fondamentale pour le genre d'analyse que nous visions. Etant donné que la Société des Nations et plus tard les Nations Unies ont demandé à l'Angleterre et à la France d'administrer ces régions pour le bien-être de ses habitants et de développer leurs capacités à s'auto-administrer, ces rapports fournissent de nombreux détails sur l'approche spécifique des deux pays en ce qui concerne leur manière de "développer" la région. Il est évident qu'il s'agit d'un mélange d'aspects théoriques et idéologiques. Néanmoins, la cohérence de l'ensemble des pratiques laisse apparaître les procédures employées, les moyens utilisés et les influences théoriques et idéologiques. Tout ceci nous permet d'apprécier d'un point de vue anthropologique les changements survenus au cours de ce siècle en Afrique. Il ressort de ce qui précède que l'explication du changement en Afrique noire n'est pas aussi simple que les approches de la modernisation, de la dépendance ou encore du développement endogène nous le font croire. Cette transformation, qui a obligé les pays africains, et nous ne parlons que de l'Afrique noire, à affronter des pays dont la culture, l'économie et le domaine politique étaient tout à fait différents - nous essayerons de la retracer dans différents domaines. L'oeuvre coloniale a eu des implications immenses sur ces sociétés. Dans un laps de temps de quarante à soixante ans, elles se sont ouvertes à un monde international que beaucoup d'entre elles ignoraient encore complètement au début de ce siècle. L'affrontement de deux conceptions de société, de deux systèmes de valeurs très différents, signifiait pour la plupart d'entre elles qu'elles exposaient leurs systèmes sociaux aux influences des puissances coloniales, et ceci, non seulement dans le cadre de contacts superficiels, mais de l'assimilation d'une autre culture, d'une association plus ou moins évidente à un autre système de valeurs 10

et d'un affrontement qui menait la plupart du temps à une restructuration des systèmes sociaux autochtones. Dans deux chapitres, nous confrontons cette approche des puissances coloniales au point de vue des acteurs concernés, à partir de l'analyse des romans décrivant le phénomène colonial, produits par des écrivains de l'Afrique francophone. Cette littérature révèle le vécu quotidien sous le régime colonial, et de nombreux aspects que les rapports administratifs n'évoquent guère et dont seul l'Africain peut témoigner. L'analyse des romans permet de montrer que les spécificités des approches coloniales se reflètent d'une manière ou d'une autre dans les descriptions littéraires. Les événements décrits ou les personnages relatant leur histoire perSonnelle font revivre ce vécu quotidien. Les écrivains tentent de décrire les situations auxquelles les Africains étaient confrontés et témoignent d'une mission de civilisation englobant différents systèmes sociétaux : les domaines culturel, politique et économique. Cette reconstruction d'une interaction particulière à l'Afrique montre que la problématique du développement doit être considérée sous un autre angle: il ne suffit plus de constater des frictions, des ruptures et des incohérences. Nous sommes, en fait, appelés à en chercher les causes, à rétablir - si cela s'avère possible - une cohérence au niveau d'un système social certes différent d'un pays à l'autre à cause des particularités locales, et pourtant nécessaire à la création de rapports sociaux plus adaptés aux contextes locaux et aux exigences qu'un système international impose de plus en plus à ces sociétés. Ces problématiques se retrouvent autant au sein des sociétés autochtones que dans des facteurs venant d'un système mondial d'inégalité. L'histoire et avec elle le changement se déroulent toujours selon des conditions différentes. Ainsi, ce livre - nous l'espérons - aura d'une part contribué à discuter certains aspectsclefs de l'anthropologie actuelle, et d'autre part montré une nouvelle approche du développement des sociétés autochtones en Afrique noire qui permettra aux décideurs politiques, dans un deuxième temps; de concevoir d'une manière différente ce que nous appelons la problématique du développement. Les textes2 que nous analysons ne sont pas considérés comme des faits sociaux ou des indicateurs, mais comme les représentations de la logique sociale caractéristique de l'époque 11

coloniale. Les données ont été choisies et étudiées en fonction de leur signification et dans le but d'expliquer les rapports sociaux caractéristiques qu'entretenait l'administration coloniale avec les groupes autochtones. Dans ces rapports, ces descriptions et ces analyses, nous trouvons ce que l'administration coloniale avait fixé par écrit: ses idées, ses actions et ses buts, donc l'ensemble de sa conception des rapports sociaux entre deux systèmes culturels.3 Et c'est dans les romans - que nous avons choisis d'analyser - que nous découvrons la perception du changement de la part de l'Africain. Dans les textes concernant l'analyse du point de vue des développeuTs, nous retrouvons les représentations de l'administration coloniale sur l'autre, l'inconnu, les groupes autochtones, tout au long de l'histoire coloniale. Les romans des auteurs africains, quant à eux, font apparaître le point de vue de l'Africain par rapport à l'administration coloniale et aux mécanismes introduits par les puissances occidentales qui ont contribué à la transformation de la société africaine. Etant donné qu'un des buts de l'anthropologie historique, telle que nous la concevons, est - nous utilisons ici la terminologie de Balandier d'analyser la situation coloniale, ceci inclut le concept d'impact d'une culture sur une autre, celui de contact entre deux ou plusieurs cultures différentes, et cela signifie surtout comprendre à travers un même schème analytique une situation où l'administration coloniale et les groupes africains étaient confrontés l'un à l'autre.4 Nous nous interrogerons sur la signification des mots, des unités sémantiques et leurs significations pour les auteurs, les utilisateurs et les lecteurs, et pour le chercheur contemporain qui essaie de les expliquer à travers l'analyse de contenu. La réponse n'est certainement pas facile. Une multitude de sujets/objets concernant notre objectif permettra de faire apparaître les points saillants liés à une structure sociale et à un moment historique. Nous décèlerons les éléments significatifs pour une période donnée, les traits caractéristiques et des rôles et des rapports sociaux. Une multiplicité de réponses convergentes validera nos résultats. Le paradigme du développement nous permet de mettre l'accent sur l'entre-deux - la société autochtone et la société de la puissance coloniale - sur le mélange et l'articulation des 12

systèmes, différents à tel point que l'on peut parler de contact, d'insertion dans une autre histoire, de fusion entre deux conceptions différentes. Nous porterons une grande attention aux acteurs sociaux considérés comme des participants actifs au processus du développement. L'évolution sera considérée comme une simple possibilité. Cependant, celle-ci est influencée en grande partie par le système social de la puissance coloniale, car un stade postérieur de l'histoire est toujours lié à un stade antérieur de la réalité sociale et à des rapports de force prévalants. L'avenir, dans la situation coloniale, est déterminé par le fait que celle~ci ne permet qu'un certain nombre de bifurcations et de changements.5 Les chercheurs ont rarement essayé de montrer les aspects des structures sociales d'un groupe à partir de l'analyse des documents écrits.6 Nous avons été au début de nos analyses confrontée à de multiples difficultés relatives aux procédures de recherche et aux problèmes posés par des questions d'ordre méthodologique. Ce livre contribuera à explorer un domaine mal-connu concernant les sources, les méthodes et les approches.7 De multiples questions pourront être discutées, éclaircies et élucidées. L'étude de la transformation sociale dans son aspect diachronique éloigne l'anthropologie de l'analyse de la réalité sociale objectivée et la rapproche d'une analyse de la reconstruction de cette réalité sociale. Dans la situation coloniale, un système social donné présente ses concepts, ses notions et ses règles en les spécifiant lui-même par rapport à l'autre. L'analyse de ces rapports permet de révéler des pouvoirs et des enjeux différents, établis au cours de l'interaction entre les groupes africains et ceux appartenant à la puissance coloniale. Il s'ensuit que cette approche de la situation coloniale, en décelant les caractéristiques de l'oeuvre coloniale civilisatrice, met l'accent sur le facteur du pouvoir. Ceci implique qu'une analyse de cette situation selon un schème cherchant l'élément caractéristique de la tradition ou de la modernité ou vu en tant que contact de cultures neutres n'est plus possible. Cette approche de l'anthropologie historique, de l'étude du changement - tout en reconstruisant des logiques de développement à partir de l'analyse de différents moments de l'histoire d'une société, et en déterminant le type de changement d'une société donnée en 13

fonction de la situation historique et concrète, différente d'une société à une autre - montrera toujours certains processus communs dus à l'interdépendance des sociétés actuelles. Les mécanismes qui ont transformé la société africaine en rapport avec les multiples influences de l'administration coloniale pendant plusieurs décennies ont contribué à l'intégration plus ou moins marquée de ces sociétés locales dans un système de pouvoir international. Tout ceci signifie que les théories du changement social nous incluons les théories de l'évolution sociale - et même celles plus récentes des années 60 à 908 doivent être considérées sous un autre angle, et notamment celui englobant dans un même schème heuristique ou théorique les facteurs endogènes et exogènes et les processus liés à la reconstruction de l'élément diachronique. Dans le cas de l'anthropologie, en particulier de celle qui s'occupe des pays du Sud, il s'agira de définir les problèmes qui se posent si l'on considère ces pays sous l'angle de leur développement. Dans une telle conception, le rapprochement de l'histoire et de l'anthropologie offre une multitude de possibilités encore largement inexploitées.9 Se restreindre à étudier des sociétés statiques et leurs structures équilibrées - si ces sociétés existent encore - ne peut plus être le champ privilégié de l'anthropologie. Ce stade de l'histoire de la discipline sera certainement dépassé sous peu, vu les caractéristiques particulières du développement des sociétés du Sud. Notre approche est largement influencée par l'anthropologie historique et celle du développement, même si le langage utilisé est à certains égards différent. Le livre de Piault (1987) sur les ruptures et continuités de la société coloniale, et notamment les articles traitant des sujets en rapport avec la colonisation, témoigne d'une problématique proche de la nôtre. Néanmoins, nous irons dans notre ouvrage bien au-delà des résultats esquissés dans ce livre. Nous proposons une approche qui englobe la problématique générale de la colonisation, la construction et la reconstruction de la réalité sociale du côté des colonisateurs et des colonisés, ou si l'on préfère une autre terminologie, du côté des développeurs et des développés. Notre approche permet de démontrer le caractère spécifique du processus de changement introduit par la colonisation 14

européenne en Afrique. Cette transformation a été conçue en tant qu'interaction de plus en plus significative entre les sociétés autochtones et les sociétés occidentales, non seulement sur un plan économique, mais en ce qui concerne l'ensemble des rapports sociaux, culturels et politiques des groupes autochtones d'Afrique noire. Notre démarche, en insistant sur cette transformation initiée par les différentes puissances coloniales, montre qu'il s'agissait en réalité d'un projet de développement ayant des conséquences immenses pour l'avenir des sociétés africaines, qui, au moins en ce qui concerne l'Afrique noire, avaient peu de contacts avant la colonisation européenne avec des sociétés situées à l'extérieur de leurs horizons culturels. Notre approche permet non seulement de démontrer l'étendue du processus de transformation, mais aussi ses caractéristiques particulières et leur évolution dans le temps. L'ensemble de ces tentatives de transformation se révèle être un projet d'une étendue inimaginable au début de ces processus de contact. La méconnaissance réciproque se transforma peu à peu en une collaboration plus ou moins obligatoire des groupes africains avec les différentes puissances occidentales. Dans une deuxième phase, qui se situe dans les années 40 et 50 de ce siècle, ces interactions ont mené à une transformation structurelle des sociétés africaines. Les principaux éléments structurant leurs rapports sociaux étaient le plus souvent rejetés par une fraction de plus en plus importante de ces populations, dans la mesure où les territoires de l'Afrique noire francophone avaient la possibilité d'adopter des modèles français à côté ou à la place des modèles autochtones. La spécificité de notre analyse permet de révéler les traits particuliers de cette transformation historique récente, ses enjeux, ses conflits et ses implications pour l'avenir de ces sociétés, et de montrer l'étendue de ces processus. Bien que constituant une première tentative de recherche dans ce domaine, cette étude nous permet d'affirmer que le cadre théorique proposé offre des possibilités d'analyse et d'explication de ces transformations que d'autres approches ne possèdent pas. Il convient de préciser que nous ne pouvions analyser ici que des phénomènes partiels. L'ensemble de ces processus de transformation nécessite des analyses plus détaillées du point de vue des colonisateurs, mais aussi de celui des colonisés. Des recherches concernant les 15

acteurs, et, surtout des Africains en contact avec les Européens, devront s'ajouter à nos investigations. C'est ainsi que le point de vue du colonisé pourra être exploré, en ayant recours aux méthodes classiques de l'anthropologie. L'utilisation des textes écrits - non pas en tant qu'objet d'analyse historique d'un processus de développement, mais comme représentation d'une logique sociale qui autorise la reconstruction anthropologique d'un processus de transformation en révélant la particularité des approches occidentales du développement africain durant ce siècle - nous permet de faire ressortir les caractéristiques du développement que ces sociétés africaines ont vécues. Nous montrons la transformation de différents domaines, en mettant l'accent sur la reconstruction d'une réalité sociale et non sur l'analyse de la réalité sociale objectivée. Ainsi, la colonisation, bien que phénomène historique, devient un champ privilégié de l'analyse des transformations des sociétés africaines. En soulignant les particularités anthropologiques, notre démarche révèle que la colonisation était le fondement d'une restructuration profonde des sociétés africaines. Notre analyse ne permet pas seulement de comprendre ces processus de transformation, mais aussi de souligner son caractère spécifique: celui que les sociétés africaines vivent encore aujourd'hui. Notre approche montre la nécessité d'étudier les processus de changement en Afrique selon l'angle de l'interaction entre deux conceptions de société. L'anthropologie, et en particulier l'africanisme, réussiront ainsi à s'approprier un domaine d'investigation qui permet d'explorer les phénomènes plus récents des sociétés africaines et qui dépasse la période des analyses des sociétés pré-coloniales. En mettant l'accent sur le facteur de contact, de fusion entre deux cultures, d'insertion dans une histoire autre, notre approche permet de redéfinir l'objet de l'anthropologie, en ouvrant des possi bilités de recherche à des chercheurs connaissant bien les deux conceptions de société. L'enjeu lié à ce développement est devenu trop important pour qu'il reste un domaine réservé aux recherches historiques. Les processus sociaux et culturels de cette transformation ont eu une influence importante sur l'avenir des sociétés africaines. L'anthropologie avec son savoir particulier sur les sociétés pré-coloniales, et sa connaissance des approches coloniales qui les ont influencées et continuent de les influencer, aura ainsi la possibilité de s'approprier le champ de 16

l'analyse des transformations en Afrique dont les résultats ont des conséquences immédiates. Il nous semble peu pertinent de poser encore la question de l'étendue de ce développement en contact avec l'Occident, que certaines personnes veulent encore aujourd'hui réserver à un pourcentage minime de la population africaine, en insistant sur un autre paradigme, en l'occurrence celui d'un changement venant de l'intérieur de ces sociétés. Ce livre fera avancer un débat qui, partant des sociétés africaines, négligeait souvent d'analyser la logique coloniale à laquelle ces sociétés avaient été confrontées. La littérature de l'Afrique francophone, et ainsi le témoignage des Africains ayant vécu ces événements, offre une vision complémentaire à l'analyse des approches coloniales du développement: ces écrivains doivent être compris en tant que témoins d'un processus de transformation que l'anthropologie avait tendance à ne pas prendre en considération, tout du moins en ce qui concerne l'africanisme. Leur discours révèle la complexité du changement des sociétés africaines d'un point de vue autochtone. Il témoigne des multiples situations créées par ce contact, du type de transformation introduit par rapport aux sociétés autochtones, de la perception de l'ensemble de ce processus de changement produit par la colonisation européenne. L'étendue des problématiques liées d'une façon ou d'une autre à la colonisation européenne nous oblige à consacrer plus d'analyses à ce champ de recherche. Ces études ne permettront pas seulement de comprendre l'autre, l'inconnu dans sa particularité, et la transformation entamée depuis le début de ce siècle, mais également nos sociétés et leurs fonctionnements qui, de façon plus ou moins implicite, ont posé le fondement de cette restructuration de la société africaine. Dans les différents chapitres, nous étudions d'une part des aspects théoriques liés au cadre conceptuel du développement, et d'autre part certains éléments de l'approche du développement des pays occidentaux. Si l'on considère que le phénomène du changement social des pays du Sud, hormis les politiques de développement pratiquées pendant l'époque coloniale, est étudié depuis les années 60, ce qui coïncide donc avec la décolonisation rapide de certains pays d'Afrique, on est surpris qu'il y ait encore une telle variété et de telles divergences dans les approches. Elles ont commencé avec les théories de la modernisation d'origine 17

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