Le Féminin chez J.-M.G Le Clézio

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Lalla, Liana, Esther et Nejma, Nassima… depuis Le Procès-verbal, les personnages féminins habitent l’œuvre de J.M.G. Le Clézio. De cette sur-représentation est née une interrogation : comment un écrivain s’y prend-il pour écrire l’autre féminin, écrire un discours de et sur l’autre. Face à une indépassable altérité, celle de la différence sexuelle, quels sont les moyens utilisés par Le Clézio pour écrire le féminin en donnant parfois l’impression de l’intérioriser dans l’écriture ?En constituant un recueil de textes lecléziens, nous avons voulu montrer quelle était sa représentation du féminin et les procédés d’écriture qui la mettent en place. Nous en concluons à un réel devenir-femme de
Publié le : mardi 6 juillet 2010
Lecture(s) : 170
EAN13 : 9782304033380
Nombre de pages : 121
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Le féminin chez
J. M. G. Le Clézio Christelle Sohy
Le féminin chez
J. M. G. Le Clézio







Collection Féminin/Masculin



Éditions Le Manuscrit
Paris DÉJÀ PARUS DANS LA COLLECTION
« FÉMININ/ MASCULIN »


Noirs secrets, sous la direction de Christiane Chaulet-
Achour et Sylvie Brodziak, 2009.

Féminité et expression de soi, sous la direction de Brigitte
Riéra, 2008.

Le corps à l’œuvre, sous la direction de Sylvie Brodziak,
2007.

Pères en textes, médias et littérature, sous la direction de
Christiane Chaulet-Achour, 2006.

Frontières des genres, sous la direction de Christiane
Chaulet-Achour, 2006.

Conte et narration au féminin, sous la direction de
Christiane Chaulet-Achour, 2005.
© Éditions Le Manuscrit, 2010
www.manuscrit.com
ISBN : 978-2-304-03338-0 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304033380 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-03339-7 (livre numérique) 82304033397 (livre numérique)











Introduction
Lalla, fille du désert, Liana, la jeune femme du mobile
home, Esther et Nejma, étoiles errantes, Ouma,
compagne du chercheur d’or, Surya, Laïla, Laure,
Michèle, Anne, Béa, Nassima, Kalima… Du Procès-verbal à
Hasard, les figures féminines habitent les œuvres de Jean-
Marie Gustave Le Clézio : des héroïnes qui guident le
récit, telles Lalla, Liana, Ethel ou Laïla, aux personnages
secondaires ou satellites qui les hantent, telles Ouma,
Surya, Oya ou Roumiya. Elles sont souvent des jeunes
femmes, d’ici, comme Tranquilité, Michèle, Béa B., plus
souvent d’« ailleurs », comme Lalla, Nejma, Ouma, Oya.
La lecture d’un roman ou d’une nouvelle de Le Clézio
entraîne inéluctablement la rencontre de l’une d’entre
elles. Entreprendre de lire Désert, c’est ainsi partir à la
rencontre de Lalla, descendante des Hommes bleus.
Considérer l’œuvre leclézienne dans son intégralité, ce
peut être croiser entre elles les rencontres de chacune de
ces femmes. C’est le point de vue que nous avons choisi
d’adopter : relire l’ensemble de l’œuvre de J.-M.G. Le
Clézio sous l’angle des personnages féminins et à travers
eux, saisir le féminin tel qu’ils l’incarnent.

Relire Le Clézio dans une telle perspective conduit
rapidement à la constatation d’une difficulté : un auteur
« masculin » écrit sur le féminin, dit le féminin. Pour
l’écrivain, entreprendre de dire et décrire le féminin, c’est
amorcer un discours sur l’autre ou un discours de l’autre.
9 Le féminin dans l’œuvre de J.M.G Le Clézio
Ce serait se placer dans une position d’extériorité qui
rendrait compte de la différence sexuelle. Or il nous a
semblé que cette attitude n’était jamais aussi simple au
niveau de l’écriture, que parfois le féminin semble être dit
de l’intérieur, s’écrire lui-même et que le sentiment de
l’altérité s’estompe. Quels sont donc les procédés
d’écriture convoqués par l’écrivain pour créer cette
impression à la lecture ?
Notre travail implique une lecture particulière de
l’œuvre de J.-M.G. Le Clézio : d’abord parce qu’elle se
concentre sur une thématique et son écriture, le féminin,
ensuite parce qu’elle est indissociable de notre lecture. En
ce sens, notre recherche n’est « jamais qu’un parcours
1possible et d’autres chemins restent toujours ouverts » .
Elle se trouve étroitement liée à notre lecture choisie,
consistant à trouver, au cœur du texte, les éléments
narratifs et stylistiques qui permettent à Le Clézio d’écrire
et de représenter le féminin et de voir comment il gère le
paradoxe entre intériorité et extériorité, identité et altérité.
Aussi « cet effort de lecture ne peut bien entendu pas
2aboutir à la saisie d’une vérité totale » . Notre position de
lectrice nous invite seulement à éclairer l’angle de notre
lecture. Chercher dans les textes la naissance ou l’origine
d’une impression ou d’une émotion implique une
démarche particulière d’analyse qui est de reconstituer
matériellement les conditions d’une réception. Aussi
notre réflexion s’est-elle accompagnée de la confection
3d’une anthologie composée d’extraits de l’œuvre , choisis
pour leur capacité à nous toucher et parce qu’ils illustrent
la thématique étudiée. Ce recueil rassemble les textes qui
ont été les initiateurs des impressions les plus vives, ceux

1 Jean-Pierre Richard, Poésie et profondeur, 1955, Paris, Seuil coll.
« Points », p. 10.
2 Idem.
3 La composition de cette anthologie est donnée dans le tableau du
premier chapitre.
10 Christelle Sohy
qui faisaient naître une indécision entre
intériorité/intimité et extériorité. Devant l’évidence d’une
indépassable altérité du personnage féminin par rapport à
l’écrivain, le fait qu’un homme puisse écrire « cela » d’une
femme, à propos d’elle, a suscité l’étonnement et la
4curiosité d’éclairer notre réception en tant que femme. Il
va sans dire que nous avons préféré cette lecture
personnelle à une lecture qui serait partie d’une définition
potentielle et pré-construite du féminin et aurait cherché
les textes qui illustraient le mieux cette définition. Le
rapport subjectif aux textes devient alors un gage d’une
recherche sans a priori extérieurs. Comme l’écrit Jean-
Pierre Richard : « Lire, c’est sans doute provoquer ces
échos, saisir ces rapports nouveaux, lier ces gerbes de
5convergence ». Ainsi, nous souhaitons rendre visible une
définition leclézienne du féminin, c'est-à-dire une
définition indissociable de la façon dont il est représenté
et écrit.

Avant de décrire les raisons et les principes qui ont
permis de constituer cette liste d’extraits, il nous faudra
revenir sur la place de notre recherche dans le champ des
études lecléziennes, place plutôt vacante puisque l’étude
du féminin dans cette œuvre est un terrain beaucoup
moins exploré que d’autres. Après avoir justifié la
constitution de l’anthologie, nous présenterons la manière
dont nous l’avons établie, en partant d’un premier critère :
chercher le féminin chez Le Clézio, c’est chercher les
femmes ; ainsi nous isolons un certain nombre de figures
féminines répétées tout au long de l’œuvre. En constatant
que cette typologie des femmes reste ouverte et ne
s’appréhende pas comme un cadre figé, un second critère

4 Notre travail se fonde donc sur les textes présents dans notre
anthologie. Une autre lecture de cette anthologie pourrait s’interroger
sur ces oublis.
5 Jean-Pierre Richard, Poésie et profondeur, op.cit. p. 10.
11 Le féminin dans l’œuvre de J.M.G Le Clézio
de regroupement des textes a été suivi : quatre situations
textuelles de féminité, quatre moments d’être femme sont
perceptibles – descriptions de corps, scènes d’intimité de
femmes entre elles, scènes d’amour et scènes
d’accouchement. L’exposition et l’analyse de ces
situations permettent l’approche des possibilités de
représentation du féminin. L’axe de lecture de ces textes
s’attache à toujours distinguer les positions d’intériorité
ou d’extériorité de l’écriture.
De ces tentatives de classification naît le sentiment que
le féminin échappe aux femmes alors même qu’elles
l’incarnent. Le féminin doit donc se penser comme un
insaisissable. Tenter de le cerner, c’est accepter de le
chercher aussi autour des femmes, dans le monde qui les
contient. Réfléchir le féminin chez Le Clézio nécessite de
prendre en considération le rapport au monde des
personnages. La notion de porosité du féminin au monde
environnant rend compte de cet élargissement de la
thématique et caractérise cette écriture quand elle amorce
un discours sur le féminin.

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