Le Feutré ou Les Jardins d’espoir

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Dans un désespoir absolu, l’Ange rêveur, décida, avant de mettre fin à sa vie, de visiter le jardin qu’il contemplait souvent, situé sous la fenêtre de sa chambre.

Sa rencontre avec le gardien des jardins l’incita à quitter sa chambre en quête d’espoir.
Mélange de prose et de poésie, ce conte allégorique retrace le voyage de l’ange rêveur à travers sept jardins, à la recherche d’une bague qui exauce les rêves. Les différents personnages qu’il va rencontrer, qui ne seront rien d’autre que le miroir de lui-même, l’aideront à se rééquilibrer, précisément lorsqu’il va trouver l’amitié, la raison et l’amour.


Publié le : mercredi 23 mars 2016
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EAN13 : 9782334100342
Nombre de pages : 78
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ISBN numérique : 978-2-334-10032-8

 

© Edilivre, 2016

Le jardin de l’espoir

Un jour de printemps, sur la cime des arbres, les feuilles tremblaient légèrement. Frêles, elles se laissaient caresser par un vent doux. Le ciel, couvert de nuages grisâtres éparpillés, avait cédé la place aux derniers rayons du soleil. Ces rayons ne désiraient point partir sans jeter un dernier coup d’œil sur les lieux qu’ils avaient habités dès l’aube.

Tout brillait sous l’effet des gouttelettes de pluies transpercées par ces mêmes rayons, ces éclats.

Le vent, comme doté d’un pouvoir magique, envoûtait les peupliers. Il les faisait trembler. Les cœurs étaient emportés par la beauté du paysage.

L’effet des feuilles qui ondulaient donnait l’impression que la terre tremblait sous le charme des marées d’ombres, de feuilles. Des frissons traversaient nos cœurs comme le feraient les vagues d’une mer agitée.

Ces frissons éveillaient en nous le profond endormi. Ils nous vidaient de tous nos sens. Tout était calme. Tout dormait. La pluralité des ronflements faisait croire à des jeux de trompettistes amateurs en compétition. Mets-toi devant la porte pour épier, tu ne t’empêcheras pas de faire des grimaces, pour te rendre compte que celui qui tesurprendra ne te soupçonnera pas de vol mais de folie.

L’odeur du jardin s’étalait partout. La fraîcheur de la nuit contribuait à harmoniser la symphonie de parfums. Sur les toits, les chats, griffes dehors, poursuivaient, comme toutes les nuits, leurs querelles.

Leurs miaulements rappelaient que cet endroit n’était pas mort. Les aboiements se confondaient aux hurlements. Les échos ne laissaient indifférents, ni les chiens, ni les loups du voisinage.

Ils se réunissaient par groupe comme pour se vanter de la force de leurs cordes vocales.

Le vent se calmait peu à peu. Les chiens, infatigables, continuaient d’aboyer. Ils se permettaient parfois un temps d’arrêt pour, ensuite, reprendre plus violemment.

La nuit, prête à fondre quand la lueur de l’aube apparaissait, cédait sa place avec la promesse de revenir. Déjà, les animaux commençaient à sortir de leurs douillets abris, la nature devenait alors mieux ornée.

Ces scènes, l’une après l’autre, défilaient chaque jour devant la fenêtre d’une mystérieuse personne.

Celle-ci était plongée dans la solitude, songeant à une île de candeur nageant à travers les épaves de ces rêves, méditant sur le sable chaud de l’île. Son âme n’avait jamais été vengeresse. Impossible de défier le diable.

Méprisant la maladresse, elle portait l’amour dans son cœur. Cela lui causait souvent du tort. Elle pardonnait sans attendre mérite.

La miséricorde était son talent d’Achille. Elle évitait le mensonge alors que la vérité était plus cruelle. Son esprit errait dans un univers magique, son corps était parsemé de bosses. Depuis, elle ne cessait de fuir un monde cruel. Elle se retirait dans sa chambre pour méditer tout son passé, aspirant à une paix intérieure, un amour régnant pour l’éternité. Pour cause, on l’appelait l’Ange rêveur.

L’Ange rêveur vivait dans une pièce au dernier étage d’un immeuble vétuste. Sa table, au milieu de la chambre, ne tenait que sur un pied fragile. Son armoire, pleine de vêtements défaits, avait pour fermoir des bouts de papiers pliés. Son lit était rongé par les termites, ses draps étaient défaits, son oreiller sale, sa couverture crasseuse ; tout traînait par terre.

Le parterre avait perdu ses couleurs ; le toit, sa splendeur. L’araignée qu’il avait tolérée, devenue colocataire, occupait les quatre coins de la chambre. Les fourmis étaient devenues propriétaires de tous trous et fissures.

L’air n’avait pour issue qu’une vitre brisée. La sagacité des odeurs accentuait l’exil de l’Ange rêveur dans son jardin.

Il se sentait tellement mal que, quelque part, il transposait la beauté du jardin dans son vétuste intérieur. Il se projetait dans le jardin tout en restant chez lui.

Pour lui, la table était le gazon vert du jardin d’en face. Les pages de son livre étaient les feuilles qui dansaient sur les branches des arbres. Le grabat était le lit de la rivière qui murmurait des mélodies joyeuses telles des chants de mouettes baladeuses. Le reflet des beaux papillons se dessinait sur la vitre terne de la fenêtre. Les colombes roucoulaient sur son toit. Les craquements des marches de l’escalier du rez-de-chaussée, qui ne tenait que par un bout de bois, ressemblaient aux gémissements des branches d’arbres fragiles sous la force du vent. Les étoiles, timides devant l’éclat de la lune, étaient une fresque qui se dessinait sur ses murs.

L’Ange rêveur vivait l’ambiance du jardin comme vivrait l’oiseau caché dans son nid, la nuit tombante.

Il ne quittait pas sa fenêtre. Il adorait le silence de la nuit, s’impatientant de l’arrivée tant souhaitée du jour, peut-être.

L’Ange rêveur avait pris le pli des habitants du jardin tant il était resté longtemps derrière la fenêtre. Il connaissait l’ombre et les plis de chaque fleur tant il avait observé. Il savait quand le vent tournerait et quelles roses s’entrelaceraient quand l’aurore arriverait. Il guettait la rencontre des papillons et suivait le parcours des abeilles. Il a fini par tout connaître sur le jardin sans jamais y avoir mis les pieds.

L’envie de faire réagir l’entourage, le désir d’immobiliser ses sens sans aboutir le fait sombrer dans une léthargie perplexe, le conduit vers des débouchés infernaux. Il craint le présent, ignore tout sur demain ; quant au passé, il lui donne des nausées.

Comme c’est pénible d’oublier une tranche de sa vie même si celle-ci a été pleine de souffrance… Car, quelque part, savoir qu’il est en vie lui calme l’esprit. Par contre, les craintes d’un futur chaotique lui sont plus cruelles. La sensation d’ignorer et l’envie de le faire le contraignent à refuser ce dont il a réellement besoin pour ne point subir le poids du temps.

Il désire parfois être assisté afin de ne pas avoir de sentiment de reproche, de se libérer des forces qui pressent ses entrailles.

C’est facile d’apprendre, trop dur d’oublier quand la vie sourit un jour pour tourner le dos ensuite.

C’est encore plus dur de justifier ses torts et d’admettre son désarroi. Le sourire éclaire le visage terne, la bonne parole calme l’esprit égaré, les sentiments d’amour apaisent le cœur démoli.

Parfois, ce dont il a besoin, c’est cela. Comment l’expliquer ? Avec quoi convaincre ? Quel chemin emprunter ou à quelle fuite recourir ? Où sont les vivants ? Où sont les enfants ? Où sont les tristes et les joyeux ? Faut-il déplacer le cheval ou sacrifier des pions pour protéger le roi. Si notre adversaire est meilleur joueur, le roi est mort. Si cet adversaire est le temps, comment s’y prendre pour épargner la vie du roi ? Seul ce dernier connaît le moment pour abdiquer et le jour où il sentira que l’heure de la mort est proche.

Demain, l’Ange rêveur descendra pour la première et dernière fois au jardin. Il fera ses adieux à ce monde. Il compte ne plus jamais faire partie de ce décor.

Jardin I
La Fanée

L’Ange rêveur avait les paupières à moitié closes quand le soleil trôna sur le royaume du ciel. Sur son front, les rides apparurent multiples. Il sied au jardin pour goûter à la saveur d’une unique liberté et d’une dernière volonté. Son cœur battit très fort quand il ressentit, au toucher, la douceur des fleurs. Ses poumons se remplirent à nouveau d’air pur quand il huma leur odeur.

À côté de la campanule, il fut figé par les couleurs d’un bleuet, aussi belles que celle du muguet.

Les œillets le reversèrent dans des souvenirs lointains, les lilas des beaux jours le réveillèrent. Il tenta d’escalader un arbre pour rattraper un papillon mais il chuta sur le gazon vert ; il eut la sensation d’atterrir sur un tapis bondé.

Il roula jusqu’aux dahlias. Leur contact lui rappela tous les gens qu’il aimait, tous les jours qui lui manquaient : son enfance dans les rosiers, ses escapades à travers les champs de maïs, ses amours cachés, les cadeaux, ses petits secrets, ses amis et toutes ses fugues.

Il jeta des pierres dans le lac pour amuser les cygnes, pour s’amuser, lui, qui s’est tant oublié. À petits pas, il se faufila à travers des tulipes pour regarder des abeilles en besogne. Puis il courut derrière des pigeons, au sol, qui becquetaient. Il ôta ses chaussures pour traverser un ruisseau bordé de pierres taillées. Les pieds mouillés, il se dirigea vers les capucines et les glycines.

Brusquement, il s’arrêta devant une belle et jolie fleur qui se mourait. Abasourdi par cette terrible scène, il se pencha, la tête en avant, pour essuyer ses larmes. Accablé, sous un grand acacia, il décida de s’octroyer un moment de répit.

Une voix retentit du fond du jardin :

« Pourquoi fais-tu cette tête ?

– Où et qui êtes-vous ?

– Je suis le gardien du jardin.

– Si vous l’êtes vraiment, pourquoi avez-vous laissé une si belle fleur dans un état aussi lamentable ? Dites, dites-le-moi, je vous en conjure ! Regardez les autres fleurs, elles jouissent du bonheur. Vous ne vous préoccupez pas assez d’elle où est-elle pressée de vous quitter ? »

Le gardien était une personne âgée. Il avait de solides jambes, une longue barbe blanche et un visage sans ride.

C’est sous cet aspect qu’il apparut à ce visiteur peu ordinaire. Étant l’unique salut de la fleur, il enjamba quelques branches pour se retrouver au côté de l’Ange rêveur, qui ne cessait de pleurer le sort de la fleur.

« Pauvre fleur, innocente créature, ce monde ne se soucie guère de toi.

– Ne sois pas triste… Le vent soufflera de nouveau, d’autres fleurs naîtront. Tu pleures réellement cette fleur ?

– N’y a-t-il pas, en chacun de nous, une fleur au plus profond de notre cœur, qui partage notre air ?

– A-t-elle disparu ?

– Oui. Au fond de mes mers d’amertume ; le soleil est couchant, il ne réfléchit plus l’éclat. Ma gaieté se fond et disparaît comme une ombre dans un endroit plein de pénombre. Toute la terre s’est vêtue de noir et le zéphyr, qui caressait les tendres roses, ne prête plus d’attention. Il la couvrit de poussière et, la brimbalant d’inquiétude, il s’imagina doux, mais il n’était que prometteur. Ce n’est et ne...

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