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Le fonctionnement scolaire à l'épreuve du magico-religieux

De
242 pages
Il importe de prendre en considération l'existence permanente et juxtaposée de deux mondes : le monde culturel scolaire et le monde culturel magique. En quoi cette situation constitue-t-elle un frein à la réussite scolaire en Guadeloupe ? L'étude des croyances et pratiques magiques par les acteurs du milieu scolaire guadeloupéen révèle l'existence d'une "culture cachée" dans le silence du fonctionnement de l'irrationnel par rapport au rationnel.
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Lefonctionnementscolaire
àlé preuvedumagico-religieux
’Marie-HélèneJACOBY-KOALY
LEFONCTIONNEMENTSCOLAIRE
ÀL’ÉPREUVE DUMAGICO-RELIGIEUX
Laquestiondusensd’une réalitéculturelle
danslecontexteguadeloupéen
L’H ARMATTAN©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-55005-6
EAN:9782296550056PENSÉESFAMILIALES
Alamémoiredemamère,
Gisèle!
Ta mort (1990) emporta dans ta tombe un mode de soutien moral
irremplaçable, inonda mon cœur de larmes intarissables mais fit jaillir
enmoiuncouragejusquelà…. insoupçonné
Aceluiquiatoujours étéàmescôtés:
Monpère!Thimothé(93ans)
Amesenfants,
Je voudrais réserver à mes enfants, Alec et Mahé, une place
bienparticulière.Qu’il me soitpermisdeleurexprimerdessentiments
profondsettrèssincères.S'ilsontpume pardonnerd'avoirsouvent été
sollicitée par d'autres obligations, c'est surtout qu'ils ont su me
comprendre. Ainsi, m’ ont-ils par dessus tout, communiqué la force de
l’Am ourdelaquellej’ai puiséunegrandepartdemadétermination.SOUVENIR
Permettez-moideciterdesamistrèschers,troptôtdécédés:
- Marie-Josée DAMPA (12 avril 1999), Conseillère pédagogique,
doctorante,uneamiesœu r,
- Cyril Raoul SERVA (27 août 2001), Professeur de philosophie, ses
conseilsméthodologiques étaientjudicieux,
-ClaudeTALLON(08août2003), Directeur de la formation
CAPSAIS, ses encouragements dans la préparation du projet «École
deParents »enmilieuscolaireontportéleursfruits.REMERCIEMENTS
Notreouvrage:
« Le fonctionnement scolaire à l’épreu ve du magico-religieux : la
question du sens d’u ne réalité culturelle dans le contexte
guadeloupéen» est le fruit d’un travail sur les pratiques magico-
religieuses en milieu scolaire guadeloupéen et représente plusieurs
années de recherche sur le terrain, d’enqu êtes, de dépouillements
bibliographiques, de travaux d’ archives et d’ efforts de rédaction. Il
s’ agit pour nous de fournir une base de réflexions sur la réalité
socioculturelledelaGuadeloupe.
Après avoir soutenu au C.E.R.C (Centre d’Et udes et de
Recherches Caraïbéennes) à l’ U.A.G. (Université des Antilles-
Guyane) un mémoire dans le cadre de la préparation d’un D.E.A
(Diplôme d Etudes Approfondies) en 1996, consacré à l’analyse de
l’éc hec scolaire dans son rapport avec les croyances parentales, nous
nous sommes promis de poursuivre le travail en préparant une thèse
de doctorat afin d’essa yer de mieux connaître la réalité de notre pays
sur le plan des pratiques magico-religieuses et ce, particulièrement en
milieuscolaire.
A tous ceux qui nous ont aidée, soutenue et encouragée lors de
e
la préparation de la thèse mais également au cours de cette 2 longue
entreprise (l'ouvrage), nous tenons à exprimer notre profonde
reconnaissance.
Nosremerciementss’adr essenttoutparticulièrementà:
- Monsieur le Professeur Jean-Louis DEROUET, Directeur duGroupe
d’ Études Sociologiques du Département «Politiques, Pratiques et
Acteurs de l’Éd ucation» à l’I .N.R.P (l’ Institut National de Recherche
Pédagogique) à Paris puis actuellement à Lyon. Nous avons d'abord
eu la chance de suivre son enseignement alors qu'il était notre
directeurdemémoiredeD.E.A(1995),puisnousavonseuleprivilège
qu’i l accepte de continuer à nous accompagner pour la réalisation de
notre thèse de doctorat sur un sujet encore délicat. C'est à ses côtés
que nous avons pu tirer profit d’une part, des conseils judicieux qui
nous ont permis d’am éliorer la connaissance, non seulement théorique
mais également du terrain, en nous exposant les écueils à éviter dans
9
’une démarche scientifique; d’autre part, des remarques pertinentes qui
nous ont conduite à la rigueur du travail intellectuel et d’une méthode
de recherche. Il nous est difficile de passer sous silence la sagesse des
ses propos aux heures de découragement parce que débordée par des
activités professionnelles et autres. Aujourd'hui notre ouvrage est
terminé, nous demeurons particulièrement sensible au fait qu'il ait
acceptédelepréfacer.Nousluidevonsbeaucoup,
- Monsieur le Professeur Alain YACOU, Historien, Professeur de
civilisation hispano-américaine à l’ Université des Antilles et de la
Guyane et Directeur du Centre d’ Études et de Recherches
Caraïbéennes à l’ U.A.G, Responsable de l’org anisation du Diplôme
d Études Approfondies (D.E.A.), pour nous avoir permis d’accéder à
e
la formation du 3 cycle. Nous gardons encore en mémoire le jour où
avec une grande simplicité, il nous a fait visiter sa bibliothèque
personnelle en nous proposant de nous la mettre à disposition sur
simpledemande!Nousluirenouvelonsicitoutenotregratitude,
− Monsieur Jean-Pierre CHARDON, Professeur de géographie à
l'Université des Antilles et de la Guadeloupe et Recteur Honoraire de
l’A cadémie de la Guadeloupe (1997-2003) qui a été, lors de la
préparation de notre D.E.A, notre professeur en géopolitique. Notre
rapport de synthèse émanant de ses cours, portait sur la géographie et
la géostratégie de la Caraïbe; après l’avoir noté, il nous a conseillé de
poursuivre en préparant la thèse. De même, après avoir lu notre thèse
juste avant la soutenance, il nous a reçu à son bureau au rectorat de
Guadeloupe pour nous féliciter du travail réalisé mais aussi pour
évoquer l'idée de l'ouvrage. Aujourd’h ui c’e st chose faite. Nous lui
disons merci pour cette double motivation qu’il a su déclencher et qui
a perduré. Une nouvelle occasion nous est donnée pour lui témoigner
toutenotrereconnaissance,
− Monsieur Laënnec HURBON, Directeur de Recherches au CNRS
(Centre National de Recherches Scientifiques), pour nos différentes
rencontres d’échang es et de travail (depuis 1995) sur la question
magico-religieuse aux Antilles et dans la Caraïbe. Même après la
catastrophe de Janvier 2010, ce «miraculé d’Haï ti » (pour reprendre
ses propres termes) n’a pas cessé de nous donner de précieux conseils
pour terminer notre ouvrage. Nous lui adressons nos profonds
remerciementsetluirenouvelonsnotresoutienmoral.Lesouvragesde
10
’M. Laënnec HURBON ont été pour nous la source incontournable au
niveaudes étudesbibliographiques,
− A Madame le Professeur Michelle Guigue, Présidente de notre
ère
jury de thèse, Professeur à l'Université de Lille 3, 1 Vice-Présidente
e
du CNU (70 section). Elle nous a beaucoup motivée pour des écrits
dans la Revue Universitaire du Centre de Recherche en Éducation
mais aussi pourla réalisation de l'ouvrage. Il nousest particulièrement
agréabledeluiexprimernotreprofondereconnaissance.
− A Madame le Professeur Jacqueline GAUTHERIN, Membre de
notre jury de thèse. De par ses remarques pertinentes et ses
interrogations, elle a su nous transmettre l'exigence d'une démarche
théorique. Une nouvelle occasion nous est donnée pour lui ré-
exprimernosremerciements,
− Monsieur Antoine ABOU, Maître de Conférences à l’U.A.G. ,
Directeur du C.R.D.P. de la Guadeloupe, membre de notre jury de
thèse.Iln’a jamaiscessédenousredonnerconfianceetsansrelâche,il
nous a accompagnée jusqu'à la soutenance. Avouons que c'est grâce à
lui que nous avons pu cheminer aux côtés de Monsieur Le Professeur
Jean-Louis Derouet. Nous lui exprimons à nouveau, ainsi qu'à son
épouse,nossincèresremerciements,
− Monsieur Rosan RAUZDUEL, Sociologue, Maître de Conférence
à l’Universit é des Antilles et de la Guyane, avec qui nous avons eu
souventl’ occasiondediscuterdel’ avancéedenos écrits.Qu’ ilsoitici
remerciépoursonsoutienactifetpresquepermanent,
− Messieurs Alain DORVILLE, docteur en psychologie scolaire et
Jean LAPLAINE docteur en littérature française générale pour leur
rigueur. Lors des relectures, ils nous ont beaucoup aidée malgré leur
emploi du temps surchargé. Nous leur adressons à nouveau notre
affectueusereconnaissance.
Nos remerciements s’adressent également à ceux qui,
directement ou indirectement, nous ont aidée dans notre recherche
puis dans la réalisation de cet ouvrage en nous apportant leur
collaboration àdespointsdevuesdivers:
- Nos collègues et membres du Département «Éducation, Culture et
Société »duC.E.R.Cdel’U .A.G.animéparMmePaulette DURIZOT
11JNO BAPTISTE. Chacun a su à sa manière, coopérer à l’élaborat ion
delathèsepuisdel'ouvrage.Nouslesenremercions,
- Monsieur Moïse SORÈZE, notre Inspecteur de la circonscription de
Abymes I (1995-2000), actuellement Inspecteur d'Académie Adjoint
au DSDN (Directeur des Services Départementaux de l’Éducati on
Nationale) en Guyane, pour ses encouragements et son
accompagnement dans le cadre de la mise en place des « écoles de
parents » sur le temps scolaire, dans plusieurs écoles de la ville des
Abymes,
- Nos collègues du R.A.S.E.D Hilarion LÉOGANE: LOUISOR
OLIVACCE Dolly et MERION Josette pour leur solidarité à notre
égarddanslecadredel'expériencedel'écoledesparents,
- Les directeurs et directrices d’école s qui nous ont facilité la tâche
lorsdesrencontresaveclesparents,
-Lescollèguesdes écolesLydiaGalleron,HilarionLéogane,Chazeau
Doubs, Boricaud, Boisvin ainsi que tous les autres qui ont accepté de
participerauxactionsnécessairesàlarecherche,
- Les collègues, parents d’élèves et autres adultes qui ont répondu aux
rendez-vousd’entretien,
- Les membres et collègues de l’A.D.E.P.P. (Association des « Écoles
deParents »duPrimaire).
Nous remercions également notre père pour ses
encouragements permanents, notre compagnon pour sa constance à
nos côtés, nos proches et ami(e)s, qui nous ont témoigné leur
affection.Ilnoustient à cœu rdeciter ceuxdontlesaccompagnements
sous des formes diverses ont constitué une aide précieuse sur le plan
delaréalisationmatérielle:
-DEZACAnnick,unesecondemèrepournosenfants,
-ANGÈLE Gilbert pour son accompagnement sans relâche et ce,
depuis1988,
- ELISA Joëlle qui n’a jamais hésité à veiller très tard ou à sacrifier
desweek-endsentierspouravancerdanslafrappe,
-BORDELAIS-RIVALGuirlandepoursonsoutienmoralexceptionnel,
12-ROMANACamille,poursoncalmeetsonaccompagnementpresque
permanent dans le domaine de l'informatique. Son épouse Jacqueline
n'estpasoubliée,
-TRÉBORFrance-Aiméepoursonconcourssansprécédent,
- D'ALEXIS Patrick pour son soutien attentif auprès des enfants
(nièceetneveu),
- DOROTHE YOYOTTE Jeanne et son époux Maurice pour leur
précieuxsoutienmoral,
- ANGÈLE Fabienne pour sa patience et son précieux
accompagnementdanslamiseenforme,
- ANGÈLE MAQUIABA Sarah et son époux Jean-Michel pour leur
solidaritésansfaille,
- LESTIN -GLAUDE Josyane et son époux Jack pour leur accueil
sans réserve, facilitant ainsi nos rencontres universitaires en terre
métropolitaine,
- JACOBY-KOALY NARFEZ Magguy et son époux Roger pour leur
sincèresoutien,
- JABOL Viviane qui a toujours su nous communiquer «force et
sérénité »,
- ETNA Michel (Michou) pour son aide auprès des enfants (cousin et
cousine),
-ANNEROSEDUMOULINGertypoursasincèrecollaboration,
- LUCE Adélaïde, ANNEROSE Roger pour leur intervention de toute
urgenceeninformatique,
- ETNA RABALLAN Sylla et son époux André pour leur accueil
chaleureuxenterremétropolitaine,
- LANOIR LÉTANG Luciani, docteur en anthropologie, pour son
humouretsonsoutien,
- JÉQUÈCE VOUTEAU Henriette, SIBAN Maud, SANBIN Jeanne,
EDOM Raphaël, JEAN Claude, MARTOL Jeannie, MARIE-JOSEPH
Jocelyne, PIERROT Véronique, ainsi que tous les autres pour leurs
sincèresencouragements.
Quetoustrouventicil’expression denotresincèregratitude.
’SOMMAIRE
Préface...............................................................................................19
Avant-propos....................................................................................23
Introduction......................................................................................25
Chapitre I Cohabitation de deux mondes: Institution scolaire et
systèmemagique...............................................................................29
Chapitre II Vision du milieu scolaire et ses incidences culturelles
............................................................................................................69
Chapitre III Origine, persistance et mutations des pratiques
magico-religieusesenGuadeloupe................................................123
Chapitre IV La question du sens du magico-religieux dans le
milieuscolaireenGuadeloupe.......................................................171
Conclusiongénérale.......................................................................217
Bibliographie...................................................................................225
Annexes............................................................................................233
Tabledesmatières..........................................................................237
15« …Par delà les aspects négatifs de cette histoire, que domine le trafic
de l’homme par l’homme, n’oublions pas que l’entrée des îles
d’Amérique dans l’horizon français a fait faire à nos ancêtres une
expérience alors nouvelle de la dimension du monde.
Il ne s’agit ici de porter aucun jugement de valeur, mais de
rappeler une réalité qui appartient à notre patrimoine historique : je
souhaite qu’elle aide nos contemporains à mieux comprendre les forces
profondes qui animent aujourd’hui le monde ».
Jean FavierPRÉFACE
L’ école face aux références magico-religieuses. De la nostalgie de
lafrontière àl’analyse delaconcurrenceentrediscours.
Jean-LouisDerouet
InstitutNationaldeRecherchePédagogiques
UMRÉducationetPolitiques
Cet ouvrage est issu d’une recherche qui s’est étalée de 1995 à 2003.
En 1995, Antoine Abou, Maître de Conférence à l’Université des
Antilles et de la Guyane et Marie Joseph Giletti Abou, professeur à
l’IUFM de Pointe à Pitre, m’ ont demandé d’inte rvenir dans
l’anim ationdes étudesdesciencesdel’éducati onenGuadeloupe.
C’e st dans ce contexte que j’a i rencontré Marie-Hélène Jacoby Koaly.
Elle m’ a proposé, pour son Master d’abord puis pour sa thèse, un
thème qui m’ a immédiatement séduit: l’étude de la manière dont les
familles populaires se réfèrent, en Guadeloupe aux croyances magico-
religieusespourinterpréterlesdifficultésscolairesdeleursenfants.
Ce projet était porté par une expérience humaine et sociale:
Professeur des écoles en classe de perfectionnement dans la commune
du Moule puis en RASED dans la commune des Abymes, Marie-
Hélèneaccompagnaitdepuisplusieursannéeslesdifficultésdes élèves
d’ori gine populaire; elle connaissait et comprenait leurs familles.
J’anim ais à ce moment un certain nombre d’ét udes empiriques qui ont
abouti à l’o uvrage collectif «L’É cole dans plusieurs mondes »
(Derouet 2000). Il s’agi ssait d’un programme de sociologie
rapprochée dont le principe était de prendre au sérieux le discours des
personnes. Je tenais ce principe de mon maître Luc Boltanski et
spécialement de l’anthropol ogie des compétences des acteurs qu’il a
élaboré avec Laurent Thevenot: «De la justification. Les économies
de la grandeur» (1991). Les travaux que j’anim ais avec Lucile
Bourquelot, Marie-Claude Derouet-Besson, Jacqueline Gautherin,
Romuald Normand, Patrick Rayou et de nombreux enseignants
associés étudiaient la manière dont les acteurs s’orientaient dans un
univers où co-existent plusieurs principes de justification. Nous
19discernions ainsi plusieurs «mondes »: un monde qui s’organisait
autour de la recherche de l’é galité; un autre où la poursuite du bien
commun passait par la performance et l’effi cacité; d’autr es dont les
références étaient la reconnaissance des différences, des droits des
enfants ou l‘épa nouissement de leur créativité. Les tensions étaient
fortes mais les principes demeuraient dans l’ordr e du rationalisme et
de la laïcité classiques de la civilisation européenne. Il s’inscrivai t
dans ce découpage que Jacqueline Gautherin (2005) a caractérisé à
partir d’une citation de Jules Ferry «Quand la frontière est bien
tracée, et qu’i l n’y a pas de terrain en litige entre les deux domaines
personne n’est tenté de la franchir». L’inté rêt du terrain de Marie-
Hélène était de présenter une situation où la frontière était brouillée.
Les épreuves classiques de l’éco le étaient confrontées à des
rationalités qui leur sont radicalement étrangères mais qui n’en sont
pas moins implacables. Une maman fait réciter sa leçon à son enfant à
la maison. Il la sait. Arrivé devant la maîtresse, il ne la sait plus. C’est
qu’il a croisé sur le chemin de la maison à l’école quelqu’ un qui lui a
«faitdumal »,c’est-à- direvolésonintelligence.
J’ai encouragé Marie-Hélène à travailler la compréhension de ces
croyances. Pour cela, je lui ai conseillé d’appuyer la sympathie
naturelle qu’elle éprouvait pour les personnes sur les méthodes
développées dans le domaine de la sociologie de la science par Bruno
Latour (1984). Celles-ci imposent aux chercheurs une discipline:
suspendre leur jugement sur l’acce ptabilité des propositions avancées
par les acteurs. Leur tâche est d’ex pliquer leur pouvoir d’en rôlement
en mettant au jour les systèmes de connexion qui les supportent. Ainsi
apparaissent des réseaux qui rassemblent à la fois des personnes, des
institutions, des objets, des forces sociales... Nous nous sommes tout
de suite mis d’ac cord sur les limites de ce relativisme. Celui-ci est
purement méthodologique et il n’est pas question de soumettre l’écol e
aux croyances communautaires. Celle-ci est faite pour développer une
dimension réflexive et éventuellement critique par rapport aux
affirmations du sens commun. Mais pour que son action soit efficace
elle doit comprendre les rationalités qu’elle combat et les forces
sociales qui les soutiennent. Cette condition n’es t pas seulement
nécessaireàl’avancem entdelarecherche.C’est aussiàceprixqu’elle
peut espérer aider les acteurs à construire une compréhension plus
justedeleursdifficultés.
Dans cette entreprise, Marie-Hélène a rencontré les mêmes obstacles
que Jeanne Favret Saada dans son étude sur la sorcellerie dans le
20bocage (1981). Lors de ses premiers entretiens, les personnes
interrogées renvoyaient la charge vers d’autres : nous, nous n’y
croyons pas mais nous avons entendu parler d’arriér és qui y croient.
Et ces «arriérés » renvoyaient toujours plus loin, … parfois pour
revenir au point de départ. La mécanique est sans fin si l’enquêteu r ne
gagnepaslaconfiancedesacteurs.C’est cequ’a réaliséMarie-Hélène
et elle a mis au jour un arrière monde essentiel pour la compréhension
des difficultés de l’école dans le monde contemporain. Ce serait une
grave erreur de croire que les phénomènes étudiés par Marie-Hélène
se limitent à quelques régions périphériques. La première ruse du
diable, dit-on, est de faire croire qu’i l n’ex iste pas. Pour revenir sur la
formule de Jules Ferry, la frontière n’est jamais bien tracée, elle ne l’a
d’ailleurs sans doute jamais été. L’ école, aux Abymes et autres
communes mais aussi dans les grandes villes françaises, dans leurs
banlieues et dans les zones rurales, rencontre des traditions, des
croyances, des pratiques communautaire… qui lui sont étrangères et
elle doit tracer son chemin au travers de ces obstacles. Un dernier
aspect, qui n’est pas le moindre. En quoi ces travaux peuvent-ils être
repris dans la formation des enseignants? On ne dira jamais assez ce
qu’une approche ethnographique du site peut apporter aux
enseignants. Cette démarche constitue, d’après Spindler, le propre de
l’a nthropologie: rendre étrange le familier;rendre familier l’é tranger
(1974). Pour les maîtres cela signifie prendre la mesure de l’éc art
entre les savoirs scolaires et les enjeux sociaux qui organisent la vie
quotidienne des élèves; comprendre la rationalité du monde où vivent
les élèves et leur famille… C’est aujourd’hui le travail que Marie-
Hélène accomplit à l’IUF M de Pointe à Pitre et qu’elle poursuit dans
une action d’élue locale. Là encore, il serait bien imprudent de limiter
lavaleurdecettedémarcheaucontexteantillais.
Références
Boltanski L., Thévenot L. (1991); De la justification. Les économies
delagrandeur.ParisGallimard.
Derouet JL. (ed) (2000); L’école dans plusieurs mondes. Bruxelles,
DeBoeck.
21FavretSaadaJ.,ContrerasJ.(1981);Corpspourcorps:enquêtesurla
sorcelleriedanslebocage,ParisGallimard.
GautherinJ.(2005); Quandla frontièreestbientracée… Éducationet
Sociétés,revueinternationaledesociologiedel’éducatio nn°16.
LatourB.(1984);Lesmicrobes.GuerreetPaix.Paris,AMMétailié.
Spindler G. (1974) Education and Cultural Process.Anthropological
Approaches.HoltRinehart&Winston.AVANT-PROPOS
La question du sens du magico-religieux et ses représentations
socioculturelles dans le milieu scolaire guadeloupéen est l’objet
d’ étudedecetouvrage.
La spécialisation de notre enseignement nous a amenée à côtoyer des
acteurs del’éducation nationale ainsiquedesparentsimprégnésd’u ne
foi magico-religieuse. Cette recherche n’a pas été facile dans la
mesure où les croyances magico-religieuses sont enregistrées le plus
souvent selon des représentations d’ actes diaboliques, qui eux-mêmes
s’insc rivent dans des comportements illogiques et irrationnels. Mais il
a fallu énormément de pugnacité et de détermination de la part d’un
enseignant à vouloir scruter le magico-religieux chez le personnel
enseignant,maisaussiàvouloirdévoilercertainesfaiblessesauniveau
même du système institutionnel auquel il appartient. Ce système
semble présenter en effet des lacunes dans son projet de loi
d’orientatio n de 1989, renforcé la loi d’orient ation et de programme
du23avril2005(B.On°18du5mai2005,art.34).
Même si on tente de l’ig norer, l’aspec t culturel du magico-religieux
existe en milieu scolaire. Il s’agit d’abor d pour nous, d’accord er un
regard objectif sur des faits réels mais cachés et sur certains
comportements humains, puis d’essayer d’extirper des discours
théoriques savants et populaires, les facteurs pertinents pour
l’é laboration d’u ne stratégie identitaire. De manière plus enfouie, il
importe de dégager une approche théorique du magico-religieux en
milieu scolaire selon la construction du sens de ces pratiques par des
élèves, parents, enseignants, «quimboiseurs» et autres adultes
guadeloupéens. En effet, activités notoires, mais clandestines, les
pratiques magico-religieuses renvoient à la notion de culture. Il existe
un tabou évident sur cette ambivalence entre pratiques catholiques et
pratiques magiques. Toute la période de l’esclavage a placé les
ancêtres antillais face à un travail de deuil vis à vis de toute référence
culturelleafricainedéjàconstruite,conditionnécessaireàsasurvie.Le
besoin inévitable, de l’évocati on du passé, aura pour conséquence:
l’accrochage aux pratiques magico-religieuses. Alors, ne faut-il pas
prendreenconsidération,en milieuscolaire,l’existen cepermanenteet
23juxtaposée de deux mondes: le monde culturel scolaire et le monde
culturelmagique.
Mais pourquoi s’intéresser aux pratiques magico-religieuses sinon
pour essayer, avant tout, de comprendre les hommes qui les utilisent?
Il nous est apparu judicieux de poser la question suivante: en quoi
l’exist ence permanente et juxtaposée des représentations cognitive et
culturelle du savoir constitue-t-elle un frein à la réussite scolaire en
Guadeloupe? Bien que de nombreuses recherches aient été menées
sur les croyances en Guadeloupe, il faut reconnaître que les effets du
processusetdeleursinterprétationsont été étudiésdanslecadredune
unique approche, celle qui relève du champ psychanalytique.
Cependant, au cours des dernières décennies, les recherches et
émissions radiophoniques ou télévisées se sont multipliées. De même
1
les travaux des auteurs tels ceux de Hélène Migerel , de Laennec
2 3
Hurbon ou encore de Jeanne Favret Saada ont mis en exergue
l’év olution du sujet abordé. Dans cet ouvrage, la démarche
complémentaire consiste à mettre en relation l’étude historique de la
religion (croyance spirituelle en Guadeloupe) et l’app lication des
croyances mystiques en milieu scolaire. De plus, il convient de
mesurer l’im portance de l’ad aptation et de l’ac commodation aux
représentations sociales, de déceler les opérations mentales mise en
œuvre etdereleverlescompétencesinterprétativesenrapportavecles
malheurs ou la protection qui donneraient tout leur sens aux pratiques
magico-religieusesenmilieuscolaire.
1
H.Migerel, La migration des Zombis,Ed.Caribéennes,Paris,1987.
2
L.Hurbon,Dieu dans le Vaudou haïtien,Ed.Payot,Paris,1972.
3
J. Favret-Saada, Les mots, la mort, les sorts, la sorcellerie dans le blocage, Ed. Gallimard,
Paris,1977.