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Le franc CFA instrument du sous-développement

De
458 pages
Ce livre aborde les causes du sous-développement des pays africains de la zone franc. Il montre que le franc CFA et ses mécanismes agissent comme un virus qui détruit les structures sociales et productives des pays africains de la zone franc. Le franc CFA a conduit au sous-développement des structures financières de la zone franc et au retard économique. L'abandon du franc CFA et la construction d'un cadre théorique alternatif pour une monnaie décolonisée s'imposent.
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Prao Yao SéraphinLE FRANC CFA
INSTRUMENT DE SOUS-DÉVELOPPEMENT
Ce livre aborde les causes du sous-développement des pays africains de la
zone franc. Spécifi quement, il montre que le franc CFA et ses mécanismes
agissent comme un virus qui détruit les structures sociales et productives
des pays africains de la zone franc.
LE FRANC CFA
Pour ce faire, il nous a semblé important de présenter la zone franc,
ses institutions et ses mécanismes. Les détails de cette présentation ont INSTRUMENT DE SOUS-DÉVELOPPEMENT
permis de saisir les fondements des critiques à l’encontre du franc CFA.
Le franc CFA a conduit au sous-développement des structures fi nancières
de la zone franc et au retard économique.
La monnaie, instrument de pouvoir, de souveraineté et de
dimensionnement de l’économie, est au centre de tout processus de
développement. Or le franc CFA est une monnaie rhizome traduisant
l’extraversion des structures productives des pays africains de la zone
franc. En étant un poste avancé de la désarticulation des structures
productives locales, du colonialisme monétaire, le franc CFA accentue le
sous-développement des pays africains de la zone franc.
L’abandon du franc CFA et la construction d’un cadre théorique
alternatif pour une monnaie décolonisée s’imposent.
Prao Yao Séraphin est enseignant-chercheur à l’Université de
Bouaké-la-Neuve (Côte d’Ivoire). Diplômé DEA à l’Université d’Aix-
Marseille 2, option macroéconomie et développement, il a soutenu, en
2009, à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble, une thèse pour
le doctorat d’État en sciences économiques. Il poursuit actuellement des
recherches sur le rôle de la monnaie dans les pays en développement.
ISBN : 978-2-336-00278-1
46 €
LE FRANC CFA
Prao Yao Séraphin
INSTRUMENT DE SOUS-DÉVELOPPEMENT
Défense Stratégie & Relations Internationales





Le franc CFA
instrument de sous-développement
Collection Défense, Stratégie & Relations Internationales
(D.S.R.I)
(Dirigée par François Manga-Akoa)

Depuis la chute du Mur de Berlin le 09 novembre 1989 qui a
entraîné celle du Bloc socialiste est-européen dirigé et dominé
par l’Union soviétique, puis celle de l’URSS le 08 décembre
1991, signant ainsi la fin de l’affrontement entre les pays du
pacte de Varsovie et ceux de l’OTAN, la guerre a pris plusieurs
formes inédites jusqu’alors. Le terrorisme international, les
guerres asymétriques, la guerre économique se sont exacerbés
grâce au développement exponentiel des nouvelles technologies
de l’information et de la communication. Par ailleurs, la
privatisation de l’usage de la force, jusqu’alors réservé à l’Etat,
a rendu possible l’externalisation de plusieurs services de l’Etat.
En effet, plus que jamais, se vérifie l’adage de Héraclite qui
affirme que la guerre est la mère de toute chose. Tel un veilleur
qui attend l’aurore, la collection D.S.R.I scrute l’horizon de ce
nouveau siècle, décrypte et prospecte l’actualité internationale
en ses aspects politiques, diplomatiques, stratégiques et
militaires.

Déjà parus

Salim Oussène Sanka DANKORO, La scène
internationale à l’heure des menaces terroristes, 2012.
Kaïdar AYOUB et Mohi Eldine EL SHEIKH YAHIA,
Comment venir à bout du conflit au Darfour ?, 2012.
Mohamed Saleck OULD MOHAMED LEMINE, Mauritanie :
l’espérance déçue. 2006-2008 : une démocratie sans
lendemain, 2012.
Victor HAMENI BIELEU, Politique de défense et sécurité
nationale du Cameroun, 2012.
Bernard FONTAINE, Les armes à énergie dirigée. Mythe ou
réalité ?, 2011.
Gabrielle FOY, L’influence de la communauté sur la
géopolitique argentine, de 1850 à nos jours, 2011.
Alphonse TONYE, Barack Obama : un homme, un peuple, un
destin, 2011.
Seddik LARKECHE, Épistémologie du risque, 2011.
Sidi Mohamed SIDATY, Mémento des relations diplomatiques,
2010.
PRAO Yao Séraphin







LE FRANC CFA
INSTRUMENT
DE SOUS-DÉVELOPPEMENT












L’Harmattan




































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2- 336-00278-1
EAN : 9782336002781
DÉDICACE
Je dédie ce livre d’abord à ma fille PRAO AHMES qui a souffert de
mes fréquentes absences en raison de mes nombreux déplacements.
Ensuite, à mes parents et amis dont les encouragements ne m’ont
jamais fait défaut. Enfin, à mes collègues de l’Unité de Formation et
de Recherche des Sciences Économiques et de Développement de
l’Université de Bouaké (Côte d’Ivoire). REMERCIEMENTS
Ce livre, qui invite à une plus grande considération de la monnaie
dans la lutte contre le sous-développement en Afrique, est le modeste
produit de mes recherches sur le franc CFA.
Il fait suite à de nombreux autres livres sur la question de la monnaie
et de la souveraineté monétaire des Pays Africains de la Zone Franc
(PAZF).
Il m’aurait été impossible d’écrire un livre sans les conseils de
plusieurs personnes et encouragements d’autres encore plus
nombreuses.
Je tiens particulièrement à exprimer ma reconnaissance et ma
gratitude au seigneur Jésus Christ pour la grâce qu’il me fait de
connaître l’aboutissement de ce travail.
Je tiens aussi à remercier le Professeur Joseph Tchundjang Pouemi
aujourd’hui disparu et dont je salue la mémoire. Son livre intitulé
« monnaie, servitude et liberté : la répression monétaire de
l’Afrique », est à l’origine de l’intérêt que je porte aux questions
monétaires en Afrique. Ce livre voit le jour malheureusement trop
tardivement pour que je puisse bénéficier de ses remarques et
encouragements.
Pour la réalisation de cet ouvrage, je dois beaucoup au Professeur
Mamadou Koulibaly et à Nicolas Agbohou, dont les écrits antérieurs
au mien, m’ont beaucoup édifié et apporté sur le sujet.
Je suis très reconnaissant au Professeur Ramon Tortajada, de qui je
garde l’essentiel d’un chercheur : la modestie de l’être humain face à
la complexité des questions scientifiques, le grand travail, la
persistance, la solitude, la rigueur et surtout l’indépendance d’esprit.
Je voudrais aussi remercier Henri François Henner, Meizan Bellone
et Koffi Yeboua François qui ont accepté d’être utiles à la révision de
ce livre. L’un et l’autre m’ont fait profiter de leurs remarques et m’ont
conduit à améliorer cet ouvrage.
Je ne saurais terminer sans exprimer toute ma reconnaissance à
mon épouse, à ma fille et à mes parents qui m’ont aidé à trouver le
temps et l’isolement nécessaires à la rédaction de cet ouvrage.
Ma gratitude va aussi aux dignes frères et sœurs africains qui
œuvrent dans des conditions difficiles à l’indépendance réelle du
continent africain. À tous, ce travail doit beaucoup. Sommaire
Liste des tableaux 13
Liste des figures 17
Liste des acronymes 19
INTRODUCTION GÉNÉRALE 23
PREMIÈRE PARTIE : LA ZONE FRANC : SON HISTOIRE,
SES INSTITUTIONS ET SON FONCTIONNEMENT 27
Chapitre I : L’histoire singulière de la Zone Franc 33
Chapitre II : Institutions et fonctionnement de la Zone Franc 53
Chapitre III : Les critiques à l’encontre de la Zone Franc 89
DEUXIÈME PARTIE : LE CADRE THÉORIQUE D’UN
FINANCEMENT MONÉTAIRE DU DÉVELOPPEMENT EN
AFRIQUE 169
Chapitre IV : Le concept de monnaie, nature et rôle dans
une économie 173
Chapitre V : Banque et financement des économies africaines 197
Chapitre VI : Des propositions pour un financement monétaire des
économies africaines 309

CONCLUSION GÉNÉRALE 379
EPILOGUE 381
ANNEXES 383
BIBLIOGRAPHIE 415
GLOSSAIRE 441
INDEX 445
TABLE DES MATIÈRES 447 LISTE DES TABLEAUX
Tableau II.1 : Les critères du pacte de convergence, de stabilité, de
croissance et de solidarité pour fin 2002
Tableau III.1 : Ratios commerce extérieur/PIB et exportations intra-
zone/PIB en 1995 et 1996
Tableau III.2 : Les ratios importations et exportations/PIB (PAZF)
Tableau III.3 : Les résultats de l’analyse des corrélations des chocs
d’offre
Tableau III.4 : Les résultats de l’analyse des corrélations des chocs de
demande (UEMOA)
Tableau III.5 : Les résultats de l’analyse des corrélations des chocs
d’offre
Tableau III.6 : Les résultats de l’analyse des corrélations des chocs de
demande (Trois pays de la CEMAC)
Tableau III.7 : Le classement des pays africains de la zone franc en
termes de PIB réel en 2010.
Tableau III.8 : Le classement des pays africains de la zone franc en
termes de PIB réel/habitants en 2010.
Tableau III.9 : Le PIB réel et le PIB réel/habitants de quelques pays
hors zone franc.
Tableau III.10 : La comparaison des performances économiques dans
la zone franc et hors zone franc
Tableau V.1 : Nombre d’établissements de crédit agréés par pays au
31 décembre 2006
Tableau V.2 : Les caractéristiques des bourses africaines
Tableau V.3 : Répartition des banques par la taille
13 Tableau V.4 : Le système bancaire ivoirien
Tableau V.5 : Le système bancaire sénégalais
Tableau V.6 : Taux d’intérêt applicables par les banques à leur
clientèle
Tableau V.7 : La modification de la physionomie du système bancaire
entre 1982 et 1993 au Sénégal et en Côte d’Ivoire.
Tableau V.8 : Répartition des activités financières des banques et des
institutions de microfinance (en %)
Tableau V.9 : Les profits réalisés par les banques africaines sur la
période 2000-2004
Tableau V.10 : Résumé des Emplois et Ressources du système
bancaire ivoirien de 2001 à 2005
Tableau V.11 : Orientation sectorielle du crédit bancaire en Côte
d’Ivoire
Tableau V.12 : Comparaison au plan international des marges nettes
d’intérêt et des frais généraux
Tableau V.13 : La Surliquidité bancaire en UEMOA.
Tableau V.14 : La demande de crédit et les difficultés des entreprises
africaines à y accéder.
Tableau V.15 : Croissance du taux du PIB réel, de la masse monétaire
et des taux d’inflation dans la zone UEMOA et dans la ZMAO sur la
période (2002-2008).
Tableau VI.1 : Principaux indicateurs de l’intermédiation financière
dans 23 pays d’Afrique subsaharienne et dans les pays de l’OCDE de
1990 à 1996.
14 Tableau VI.2 : La variation des variables monétaires dans six pays
développés de 1971 à 1981.
Tableau VI.3 : Faible diversification géographique des exportations
ivoiriennes.
Tableau VI.4 : Pourcentage du commerce intra-régional dans le total
des exportations et des importations de l’ASS.
15 LISTE DES FIGURES
Figure III.1 : Intégration monétaire et intégration commerciale
Figure III.2 : Le résultat d’un choc sur le PIB français ( en considérant
les pays de l’UEMOA)
Figure III.3 : Le résultat d’un choc sur les prix français (en
considérant les pays de l’UEMOA)
Figure III.4 : Le résultat d’un choc sur le PIB ivoirien
Figure III.5 : Le résultat es prix ivoiriens
Figure III.6 : Le résultat d’un choc sur le PIB français (en considérant
les pays de la CEMAC)
Figure III.7 : Le résultat d’un choc sur les prix français (en
considérant les pays de la CEMAC)
Figure III.8 : Le résultat d’un choc sur le PIB camerounais
Figure III.9 : Le résultat d’un choc sur le PIB gabonais
Figure III.10 : Le résultat d’es prix gabonais
Figure III.11 : Le résultat d’un choc sur les prix camerounais
Figure V.1 : Ratios d’intermédiation dans différentes régions du
monde
Figure V.2 : Évolution du crédit en Côte d’Ivoire (1996-2006)
Figure V.3 : Évolution du crédit au Sénégal (1996-2006)
Figure V.4 : L’évolution de la surliquidité bancaire, des concours aux
États et des avoirs extérieurs nets dans la zone UEMOA
Figure V.5 : La relation entre crédit et taux d’intérêt débiteur des
banques
Figure VI.1 : Évolution des contreparties de la création monétaire en
Côte d’Ivoire (1997-2006)
17 Figure VI.2 : Évolution des contreparties de la création monétaire au
Sénégal (1997-2006)
Figure VI.3 : Le résultat d’un choc sur la création monétaire en Côte
d’Ivoire
Figure VI.4 : Le résultat d’un choc sur l’investissement en Côte
d’Ivoire
Figure VI.5 : Le résultat d’un choc sur la création monétaire au
Sénégal
Figure VI.6 : Le résultat d’un choc sur l’investissement au Sénégal
Figure VI.7 : La relation entre taux d’inflation et taux de croissance
de la masse monétaire en Côte d’Ivoire (1997-2006)
Figure VI.8 : La relation entre taux d’inflation et taux de croissance
de la masse monétaire au Sénégal (1997-2006)
Figure VI.9 : Schéma du découplage bancaire
Figure VI.10 : Schéma de l’encastrement bancaire
18 LISTE DES ACRONYMES
AEF : Afrique Équatoriale française
AFD : Agence Française de Développement.
AFRISTAT : L’Observatoire Économique et Statistique d’Afrique
Subsaharienne
AOF : Afrique Occidentale Française
ASS : Afrique Subsaharienne
BAD : Banque Africaine de Développement
BAO : Banque de l'Afrique Occidentale
BCEAEC : Banque Centrale des États de l'Afrique Équatoriale et du
Cameroun
BCEAO : Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest
BCC : Banque Centrale des Comores
BCE : Banque Centrale Européenne
BEAC : Banque des États de l’Afrique Centrale
BIAO : Banque Internationale pour l'Afrique Occidentale
BM : Banque Mondiale
BNP : Banque Nationale de Paris
BOAD : Banque Ouest Africaine de Développement
BRI : Banque des Règlements Internationaux
BRVM : Bourse Régionale des Valeurs Mobilières
CA : Conseil d’Administration
CB-UMOA : Commission Bancaire de l’Union Monétaire Ouest
Africaine
CCFL : Caisse Centrale de la France Libre
19 CEMAC : Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique
Centrale
CFA : Communauté Financière Africaine et Coopération Financière
en Afrique
CFAO : Compagnie Française de l'Afrique Occidentale
CIC : Crédit Industriel et Commercial
CITELCOM : Côte d’Ivoire TELECOM
CNEP : Comptoir National d'Escompte de Paris
CNUCED : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le
Développement
DOM-TOM : Départements d'Outre-Mer - Territoires d'Outre-Mer
COOPEC : Coopératives d'Epargne et de Crédit
DTS : Droits de Tirage Spéciaux
EDIAFRIC : Édition Africaine
EONIA : Euro OverNight Index Average
FCFA : Franc de la Communauté Financière Africaine
FCFP : Franc des Colonies (ou Comptoirs) Françaises du Pacifique
FMI : Fonds Monétaire International
GDF : Gaz de France
IMF : Institutions de Microfinance
INS : Institut National de la Statistique (Côte d’Ivoire)
J.-C. : Jésus-Christ
LCL : Le Crédit Lyonnais
MESAN : Mouvement pour l’Évolution Sociale de l’Afrique Noire
MCO : Moindre Carré Ordinaire
OCDE : Organisation de Coopération et de Développement
Economique
20 OHADA : Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des
Affaires
ONG : Organisation Non Gouvernementale
PARMEC : Projet de décret d'application de la loi portant
Réglementation des institutions Mutualistes ou coopératives d'Épargne
et de Crédit
PAS : Programme d’Ajustement Structurel
PAZF : Pays Africains de la Zone Franc
PDR : Prêteur en Dernier Ressort
PED : Pays en Développement
PIB : Produit Intérieur Brut
PME : Petites et Moyennes Entreprises
PMI : Petites et Moyennes Industries
PNUD : Programme des Nations unies pour le développement
RCA : République Centrafricaine
RDM : Reste du Monde
RSA : République Sud-Africaine
SCOA : Société Commerciale de l'Afrique Occidentale
SFD : Système Financier Décentralisé
SIDI : Solidarité Internationale pour le Développement et
l’Investissement
SIFIDA : Société Internationale Financière pour les Investissements et
le Développement en Afrique
SME : Serpent Monétaire Européen
SMIC : Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance
SODECI : Société de Distribution d’Eau de Côte d’Ivoire
SYSCOA : Système comptable Ouest Africain
21 TBB : Taux de Base Bancaire
TMM : Taux Moyen du Marché monétaire
UDE : Union Douanière Équatoriale
UDEAC : Union Douanière et Économique de l'Afrique Centrale
UEAC : Union Économique de l'Afrique Centrale
UEMOA : Union Économique et Monétaire Ouest Africaine
UMAC : Union Monétaire de l'Afrique Centrale
UMOA : Union Monétaire Ouest Africaine
VAR :Vecteur Auto-Régressif
ZMAO : Zone Monétaire d'Afrique de l'Ouest
ZMO : Zone Monétaire Optimale
ZONE FRANC : La Zone franc regroupe 14 pays d'Afrique
subsaharienne, les Comores et la France.
22 INTRODUCTION GÉNÉRALE
La monnaie est au cœur du fonctionnement de nos sociétés. Elle y
occupe une place à la fois centrale et particulière. Toutes les sociétés
utilisent la monnaie en tant qu’instrument de calcul économique lié à
l’échange et servant, non seulement à faciliter cet échange en tant
qu’instrument de paiement, mais encore à conserver du pouvoir
d’achat dans le temps comme réserve de valeur. En remplissant plus
ou moins ces trois fonctions, la monnaie est productive : elle
économise du temps et évite certains coûts, les coûts d’illiquidité ; ce
qui explique d’ailleurs son emploi généralisé. Depuis les années 1930,
des pays africains ont accepté d’avoir comme monnaie, un sous-
multiple de la monnaie française, aujourd’hui, l’euro. En acceptant le
franc CFA, les PAZF se sont contentés d’accepter de la monnaie, que
sa dimension fonctionnelle.
Mais peut-on avoir une vision exclusivement économique de la
monnaie ? Notre réponse est sans appel : la monnaie est un pouvoir
qui va au-delà des simples considérations économiques. Les apports
d’autres sciences sociales telles que l’Anthropologie, la Psychologie,
la Sociologie et l’Histoire aident à approfondir l’analyse monétaire
dans ce sens.
La monnaie est donc au cœur des stratégies de développement. Elle
ne saurait être occultée au risque de compromettre le développement.
Tel est l’objet de notre livre : il se propose d’insister une fois de plus
sur l’absence de considération de la monnaie dans les stratégies de
développement en Afrique. La monnaie permet d’amorcer un
développement autocentré. C’est dans cette problématique du
financement autocentré du développement que la réflexion sur la zone
franc trouve sa justification. Au regard de cette exigence, la
contribution du franc CFA est modeste.
La spécificité de nos travaux repose sur la prise en compte de la
dimension monétaire et le domaine de recherche considéré. Notre
travail se place donc à l’intersection de deux courants de recherche
distincts mais complémentaires : la monnaie et le développement.
Au plan scientifique, il s'agit de combler un vide et de contribuer à
faire avancer la théorie sur le financement du développement en
Afrique.
Spécifiquement, il s’agit de présenter la zone franc et ses limites
dans la promotion du développement. Les mécanismes de la zone
franc opèrent comme un virus au sein des économies de cette zone.
23 Pour ce faire, nos hypothèses de travail sont les suivantes :
Le franc CFA est une monnaie coloniale qui retarde le
développement des PAZF.
Les PAZF gagneraient à décoloniser le Franc CFA afin de
créer une véritable monnaie africaine au service du
développement africain, vu que les structures actuelles des
systèmes bancaires et financiers lui sont défavorables.
Une vision alternative où la monnaie est tout sauf insignifiante
existe et doit être proposée aux Africains.
L’intérêt porté à ce livre apparaît dans le fait qu’il n’existe pas, en
tout cas, à notre connaissance, d’œuvres qui abordent le sujet du franc
CFA, comme nous l’abordons ici. Nous présentons la zone franc et la
faiblesse de ses mécanismes puis un cadre théorique dans lequel
fonctionne une économie fondamentalement monétaire.
L’enjeu d’une telle étude est la recherche des voies d’un
développement autocentré au sein des PAZF. Le développement est
considéré ici comme un phénomène de changement social adossé à la
dimension monétaire car accéder à la monnaie, c’est accéder au
processus économique.
En analysant la zone franc et ses mécanismes, notre étude indique
plusieurs résultats.
Hier, peut-être imposé par la puissance colonisatrice, aujourd’hui,
accepté par les PAZF, le franc CFA, est une monnaie qui retarde le
développement des pays africains.
Notre étude révèle que les mécanismes et fonctionnement du franc
CFA ne favorisent pas le financement interne du développement. On a
même constaté une surliquidité bancaire au sein de la zone franc.
Par ailleurs, elle indique qu’une alternative existe : en décolonisant
le franc CFA, les pays membres pourraient construire ensemble une
zone monétaire résolument tournée vers le développement
économique. Ce serait également l’occasion pour les PAZF, de
reconquérir leur souveraineté monétaire.
La démarche ici adoptée est à la fois théorique et économétrique.
Ce livre est construit autour de six chapitres repartis dans deux
parties : la première partie est consacrée à l’étude de la zone franc, son
histoire, ses institutions et son fonctionnement. Elle propose d’abord,
un résumé non exhaustif de l’histoire singulière de la zone franc
(Chapitre I).
24
Il ne s’agit pas, bien entendu, d’écrire là, un livre d’histoire mais
simplement de saisir les grandes étapes de son évolution. Ensuite,
nous présenterons les institutions de la zone franc et son
fonctionnement (Chapitre II). Ce chapitre est important puisqu’il
permet de comprendre tout le livre.
Il apparaîtra très vite que la zone franc présente des paradoxes qui
font qu’elle fait l’objet de critiques acerbes de la part des Africains
(Chapitre III).
Dans la deuxième partie, nous abordons la question du financement
monétaire en Afrique. En nous appuyant sur la théorie monétaire
postkeynésienne, il s’agit de présenter le fonctionnement de
l’économie africaine dans la perspective que la monnaie revienne au
cœur du processus de développement.
Pour ce faire, il nous faudra dans un premier temps avoir le cœur
net sur ce que la notion de monnaie recouvre : sa nature et son rôle
dans une économie (Chapitre IV). Après quoi, il nous sera possible
dans un deuxième temps, d’aborder la question du financement
bancaire des économies africaines (Chapitre V).
Puis dans un troisième temps, des propositions pour un
financement monétaire des économies africaines seront faites
(Chapitre VI).
25 PREMIÈRE PARTIE
LA ZONE FRANC : SON HISTOIRE, SES INSTITUTIONS ET
SON FONCTIONNEMENT
« Les problèmes économiques et sociaux sont, à l’heure actuelle, en
Afrique, d’abord monétaires »
(Tchundjang Pouemi, 1980, p. 15) De façon formelle, la zone franc est née le 9 septembre 1939
lorsque, dans le cadre des mesures liées à la déclaration de guerre, un
décret instaura une législation commune des changes pour l'ensemble
des territoires appartenant à l'empire colonial français.
La zone franc rassemble quatorze pays africains (le Bénin, le
Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le
Sénégal et le Togo, en Afrique de l’Ouest, le Cameroun, la
Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Tchad,
en Afrique Centrale) regroupés en deux unions économiques et
monétaires (l'UEMOA et la CEMAC) ainsi que les Comores, liés à la
France par des accords de coopération financière.
La zone franc constitue un espace monétaire, économique et
culturel sans équivalent dans le monde puisque selon la Banque de
France (2002), elle montre aujourd’hui un rare exemple de
coopération institutionnalisée entre un pays développé et des États en
voie de développement, unis par une histoire et une langue communes.
Cet ensemble, formé d’États et de territoires parfois très différents
les uns des autres, est issu de l’évolution et des transformations de
l’ancien Empire colonial français. Après l’accession à l’indépendance,
la plupart des nouveaux États ont choisi de rester dans un ensemble
homogène, dont le cadre institutionnel a été rénové et qui a été
structuré par un système de change commun.
Les FCFA sont les monnaies des deux grandes unions monétaires
africaines membres de la zone franc, à savoir l’Union Économique et
Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) avec la Banque Centrale des
États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour institut d’émission et la
Communauté Économique de l’Afrique Centrale (CEMAC) dont
l’institut d’émission est la Banque des États de l’Afrique Centrale
(BEAC).
Si au départ, la zone franc était un espace commercial préférentiel,
aujourd’hui, elle s’est transformée en espace monétaire et financier
privilégié. De système centralisé et hiérarchisé de défense externe de
la monnaie dans un espace protégé, elle est devenue, selon Semedo et
Villieu (1997), une institution plus souple de coopération monétaire et
de souveraineté concertée en dépit des relations asymétriques qui
demeurent entre la monnaie ancre (franc ou euro) et les monnaies
« vernaculaires » .
29 Deux traités d’union monétaire ont été signés dans les deux sous-
zones : un traité d’union monétaire signé en mai 1962 au sein de
l’UMOA et celui de l’UDEAC en 1964. Mais la marche vers une
union véritable s’est faite de manière graduelle.
Il a fallu d’abord que les unions monétaires fonctionnent sur le
principe contractuel d’une adhésion volontaire. Cela s’est fait depuis
les conventions de 1972 (pour la BEAC) et 1973 (pour l’UMOA),
comme indiqué en annexes n° 1 et n° 2. Elle a conduit à une certaine
africanisation des sièges et des cadres des Banques Centrales.
Ensuite, il y a eu les réformes d’octobre 1989 (pour la BCEAO) et
d’octobre 1990 (pour la BEAC), qui ont conduit à une plus grande
libéralisation financière et à la création d’un marché monétaire.
Enfin, le virage s’est opéré en 1994, avec le traité de l’UEMOA
(ratifié le 11 janvier 1994) et le traité de la CEMAC (adopté le
16 mars 1994), qui visaient une intégration institutionnelle afin de
conduire à des transferts de souveraineté vis-à-vis des institutions
régionales (banques centrales et autorités gouvernementales).
Avant d'aborder l’historique, les institutions et le fonctionnement
de la zone franc et les rapports qu'elle entretient avec le reste du
monde, il est sans doute utile de définir brièvement la zone monétaire
même si ses traits caractéristiques feront l’objet d’étude détaillée plus
loin.
1 Selon Lelart , une zone monétaire "est un espace géographique au
sein duquel une monnaie nationale est utilisée. Elle est née de
pratiques, d'habitudes, de mécanisme ; elle est essentiellement une
construction empirique qui s'est précisée par l'usage". Le détail
important qu’il apporte est qu’il ne faut pas confondre zone monétaire
et système monétaire. Ce dernier se définit comme " un ensemble de
règles fondées sur des principes bien établis et acceptés par certains
pays aux termes, le plus souvent, d'un accord ratifié par tous.
L'accord peut prévoir qu'une monnaie nationale aura un rôle
particulier, il peut aussi prévoir la mise en place d'une monnaie
nouvelle créée et gérée par une institution supra - nationale ".

1. Lelart Michel (1986, p. l) cité par Gérardin, H. ; GERARDIN, H. (l989), La Zone
Franc: Histoire et Institutions, Ed. L’Harmattan, Paris, tome 1, 239 p.
30 De cette définition, deux implications non moins importantes en
découlent.
La première est qu’une zone monétaire reste une collectivité d'États ou
de territoires unis par une solidarité économique particulière et qui
observent une discipline commune dans leurs rapports avec le monde
extérieur.
La seconde implication de cette définition est essentielle. Une zone
monétaire ne se conçoit pas sans une étroite interdépendance de ses
membres.
Mais, ni l'interdépendance ni même l'octroi réciproque de certains
privilèges exclusifs ne suffisent à prouver l'existence d'une zone
monétaire.
La constitution d'une zone monétaire procède avant tout d'une réaction
défensive.
Dans le monde actuel où, pour parer à la menace constante du
déséquilibre, de nombreux États doivent prendre des mesures de
protection financière et commerciale à l'encontre du reste du monde. Il
va s’en dire que tout au long de ce livre, une quelconque objection du
franc CFA ne signifie nullement un rejet de la volonté des Africains
de construire ensemble.
Dans cette première partie, il s’agira de présenter la zone franc,
comme la survivance d’un espace unique au monde qui continue de
maintenir des relations très particulières avec l’ancienne puissance
colonisatrice. Sans doute, la pérennité de cette zone trouve son
explication dans l’histoire singulière de la zone franc (Chapitre I).
Après avoir daté et présenté la zone franc dans son contexte
historique, la connaissance de ses institutions et son fonctionnement
permettront de dire si cette zone franc se justifie cinquante et un ans
après la proclamation des indépendances des principaux pays
membres (Chapitre II).
Pour dire les choses nettes, les critiques à l’encontre de la zone
franc militent en faveur de la décolonisation du franc CFA et de
l’émergence d’une nouvelle zone avec une monnaie africaine gérée
par les Africains eux-mêmes (Chapitre III).
31 CHAPITRE I :
L’HISTOIRE SINGULIÈRE DE LA ZONE FRANC
"L'homme de l'avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue".
Nietzsche (1844-1900) L’histoire de la zone franc n’est pas aussi simple à écrire. On
établit très souvent son « extrait d’acte de naissance » à partir de 1939
ou 1945. Pourtant avant 1929, on notait déjà les prémices de la
constitution de la zone franc. II semble toutefois difficile de débattre
de ces questions sans s'imposer, auparavant, une sorte de détour
épistémologique qui consiste à interroger, sous l'apparente annonce du
réel, le « naturel » du fonctionnement monétaire de la zone. Car la
meilleure manière, peut-être, de situer la question du franc CFA dans
notre perspective d’ensemble serait d’élucider la question du
colonialisme monétaire qui s’enracine dans l’origine même de la zone
franc. Telle est notre ambition dans le premier chapitre de ce livre.
1. La longue histoire du franc CFA
La zone franc n’est compréhensible qu’à condition d’en référer les
origines et d’en maîtriser les évolutions. Il s’agit ici de présenter
l’évolution d’une expérience monétaire qui s’est faite par étapes :
avant 1800, entre 1848 et 1929, et de cette date à ce jour.
1-1. L’expérience monétaire africaine avant 1800
Les phénomènes monétaires ne sont pas étrangers à l’Afrique.
Même s’il est exclu dans le schéma mental de l’occidental que
l’Africain ait eu une expérience monétaire, un point semble hors de
doute : l’Afrique a bel et bien eu une expérience monétaire. D’ailleurs
la monnaie est un « inné » au sens large puisqu’elle répond à deux
besoins fondamentaux de l’Homme : le besoin de subsistance et le
besoin d’existence.

35 Dans sa thèse de doctorat soutenue au Conservatoire des Arts et
Métiers, le 27 mars 2003, Marie Ange Cotteret explique : « en Égypte,
dès 2700 avant Jésus-Christ, on utilisait un indice monétaire : le
2Shat . Pas encore une monnaie, mais une unité abstraite qui trouvait
sa réalisation avec une foule de marchandises, lesquelles, plus ou
moins pratiques à transporter, pouvaient servir à compléter un
paiement ou à parfaire l’entente quant à l’évaluation des prix des
3marchandises échangées » .
Il est clair que le Shat servait d’unité monétaire dans l’ancien
empire. Le premier texte prouvant l’existence d’un étalon monétaire
en Égypte date du XXVIe siècle avant J.-C.
On a pu reconnaître les attendus d’un procès dont une partie est la
suivante : « j’ai acquis cette maison à titre onéreux auprès du scribe
Tchenti. J’ai donné pour elle 10 shat, à savoir une étoffe (d’une
valeur) de trois shat ; un lit d’une valeur de quatre shat. » . D'autres
unités ont été utilisées : le Shâty, le Shenâ (ou Shenâou, Shenât,
Shenâty), le Séniou, etc. avant J.-C.
L'Égypte antique connaît bien le phénomène monétaire, la monnaie
étant au départ une pure abstraction de la valeur avant les premières
monnaies frappées vers le VIIe siècle av. J.-C.
Il est habituel de lire dans les manuels d’Economie que, l'invention
des premières pièces métalliques en Occident fut l'œuvre des Grecs
ed'Asie Mineure au VII siècle av. J.-C. L'idée de frapper des pièces en
métal précieux est née autour de la mer Égée vers 650 avant J.-C. et
on a retrouvé des pièces frappées à Sardes par le roi Alyattès, qui
régna sur la Lydie entre 610 et 560 avant J.-C. Or, comme nous
venons de le voir, le concept de monnaie était déjà connu dans
l’Égypte antique, qui, disons-le net, était peuplé de noirs. Il n’est pas
non plus rare de voir ces mêmes manuels attribuer à la Mésopotamie,
une place de choix dans l’histoire de la monnaie. Et pourtant, si les
Mésopotamiens connaissaient les écritures comptables, déjà trois
millénaires avant notre ère, alors l’homme noir savait bien plus avant.


2. Le shat avait un multiple : le deben, lequel valait 12 shats. Le quite valait un
dixième de deben
3. Marie Ange Cotteret, Métrologie et enseignement, thèse de doctorat N°
0312495T, UFR Paris 8, mars 2003.
36 4 En effet, en admettant avec la Bible , que les noirs sont des
descendants de Cham, un des fils de Noé, les Mésopotamiens ne
peuvent être que des noirs vu que les descendants de Cham vont vers
l’Afrique, la Palestine et la Mésopotamie. Ce n’est donc pas, par
hasard, qu’en Égypte et en Mésopotamie, s’est développé un système
de gestion administrative des dettes et des créances. Il était basé sur la
comparaison de la valeur des produits échangés avec des "valeurs-
étalons" connus de tous (quantité donnée de céréales, d'or, ou
d'argent). En Égypte et en Mésopotamie, la monnaie scripturale a
existé bien avant la monnaie fiduciaire, au troisième millénaire avant
notre ère.
Le shekel qui est depuis le 24 février 1980, la monnaie nationale
d’Israël, en remplacement de la livre, fait référence, à l'origine, à une
unité de poids et à une monnaie utilisée en Mésopotamie depuis le
IIIe millénaire av. J.-C. On l’appelait également Sicle. Ce fut l'unité de
poids utilisée par les Hébreux (il en est fait mention dans certains
passages de la Bible et il est notamment utilisé pour recenser le peuple
dans le désert après la sortie d'Égypte). Il n’y a ici rien d’étonnant
puisque Canaan, le fondateur de Canaan (désignant la Palestine et
aujourd'hui appelée Israël), est l’un des quatre fils de Cham.
e e Entre le VII et le XII siècle, on a vu par exemple une vie
économique bien élaborée dans le premier empire noir connu avec
précision, celui du Ghana. Les richesses venaient essentiellement du
commerce d’or bien entendu avec une pléiade de corps de métiers,
allant du forgeron à l’ingénieur.
Dans l’empire du Mali, la marque monétaire était prégnante
puisque le revenu consistait en impôts (dîmes sur les récoltes et le
bétail), en tributs, en réquisitions de pépites d’or, en taxes douanières.
Dans l’empire de GAO, l’or, le sel et les cauris servaient de
monnaie et pour éviter les fraudes, les Askias procèdent à une
unification des poids et des mesures.

4. (Genèse ch.10 v.6) « Les fils de Cham furent: Cusch, Mitsraïm, Puth et Canaan.»;
(Genèse ch.9 v.20-27).
37 5On a trouvé des traces de pièces frappées à Kiloua avant le
XIIIe siècle. La complexité des échanges entre l’Afrique et le reste du
monde (surtout l’Inde et la Chine) les rendaient nécessaires. À cette
époque, les produits d’exportation étaient l’or, l’ivoire, le cuivre et le
fer. Cette « économie de marché » rendait nécessaire l’acceptation
d’un étalon monétaire. C’est ce qui semble dire Marie Ange Cotteret
dans sa thèse de doctorat, lorsqu’elle écrit :
« Il y a cinq mille ans, apparaissent presque simultanément,
semble-t-il, le marché, l’écriture, l’école, la métrologie et le
fonctionnement judiciaire. On peut supposer que ce n’est pas une
coïncidence, mais un enchaînement logique. Tout part, semble-t-il, du
développement des échanges. Au-delà d’un certain volume d’échange,
la parole donnée ne suffit plus à garantir la confiance, il faut
consigner par écrit : on invente l’écriture. Alors, il faut apprendre à
lire, à écrire et à compter : on invente l’école. Il faut aussi avoir
confiance dans la quantité, mesurer ce que l’on échange : on invente
les étalons et la métrologie. Enfin, il faut aussi avoir un arbitre en cas
de litige : on invente les tribunaux » .
Suagher J-F (2005) fait mention des manilles, ces objets de cuivre
en forme de bracelets introduits par les Portugais qui, dès le
eXV siècle, explorent les côtes de l’Afrique à des fins commerciales.
Les Africains, séduits par les bracelets de ces Portugais, vont les
réclamer en échanges de diverses denrées. Ces bracelets ou manilles,
vont alors devenir des monnaies d’échanges. Au cours du temps, la
manille-monnaie se transforme en manille-bracelet ou bracelet-bijou
où l’homme impose son art et sa culture liée à la notion de paiement,
d’objet d’échange ou d’héritage.
e À partir du XVII siècle, les navigateurs anglais, conscients de
l’intérêt que portent les Africains pour ces manilles vont réaliser un
type tout à fait particulier, facilement reconnaissable car moins
volumineux : ce sont les manilles dites de Birmingham, du nom de la
ville qui va les fabriquer en très grand nombre.
Les peuples de l’Afrique subsaharienne, et notamment ceux qui
commerçaient avec le Nord, étaient habitués aux pièces de monnaie et
au système bancaire bien avant l’époque coloniale.

5. L’île KILOUA est située à égale distance des côtes occidentales et orientales.
38 Les Africains de cette région utilisaient des pièces d’or, d’argent et
de bronze venues du Nord, mais aussi des « monnaies primitives »
(sel, fer, cuivre, élevage et esclaves) dont la plus connue est sans
doute le cauri d’Afrique de l’Ouest : les cauris, petits coquillages,
étaient transportables, durables, difficiles à imiter et rares en Afrique
de l’Ouest. Ils ont donc été facilement acceptés dans la région comme
moyen de paiement, unité de valeur et de compte à partir du
VIIIe siècle. Leur utilisation a même persisté dans certaines régions
pour les générations suivantes.
L’Afrique n’est donc pas étrangère aux expériences monétaires. Le
continent connaît le concept de monnaie comme en témoigne
l’existence des monnaie-marchandises en Afrique : l’or en Égypte, les
barres de sel en Éthiopie, les manilles de cuivre ou de bronze en Côte
d’Ivoire et au Nigeria, les houes de fer au Soudan.
Un condensé de cette expérience déniée est pourtant fourni par
Pouemi Tchundjang (1980), en ces termes : « L’Afrique précoloniale
a ce que les historiens appellent des monnaies spécifiques qui, tout en
réunissant les caractéristiques énoncées par Aristote, sont d’un usage
géographiquement restreint : ce sont en réalité des monnaies
nationales, leur nature varie avec les régions (tissus, métal ferreux). Il
y a aussi des monnaies "universelles" à vocation interrégionale :
d’abord l’or… Ensuite le cauri dont on décèlera l’utilisation plus tard
e(au XV siècle) pour parer à l’insuffisance de l’or » .
Il est hors de doute que les peuples de l’Afrique subsaharienne,
étaient habitués aux pièces de monnaie et au système bancaire bien
avant l’époque coloniale.
Une des principales caractéristiques du colonialisme fut de
6remplacer les monnaies primitives par les monnaies européennes en
les imposant pour le paiement des impôts. Ceci permettait également
aux soldats, aux bureaucrates ou aux commerçants européens de
traiter en monnaie européenne – plus facilement acceptée pour le
Commerce International. Au début, la législation coloniale
encourageait l’usage des pièces plutôt que des billets. Et les pièces en
question étaient celles de la puissance coloniale ainsi que les monnaies
reconnues par le Commerce International comme le thaler, la piastre
espagnole, et en Afrique de l’Est, la roupie indienne.

6. Pour plus de détails sur l’histoire des monnaies africaines, le lecteur pourra se
référer aux travaux de Cribb, Jœ, Barrie, Cook, et Ian, Carradice. 1990. The Coin
Atlas : The World of Coinage from Its Origins to the Present Day, New York, Facts
on File.
39 1-2. De 1848 à 1929 : Les prémices de la constitution de la
zone franc
7Dans l’ouvrage intitulé « Histoire de l’UMOA » présenté
officiellement en 2000 à Paris et commandé par la BCEAO, la
trajectoire historique du FCFA y apparaît. C’est entre 1800 et 1848,
que des maisons de commerce bordelaises à faibles moyens financiers,
8organisées sur une base familiale , s’installent au Sénégal pour
prendre une part active à la traite effectuée par troc. Ces échanges
nécessitaient beaucoup de monnaies. Les premières pièces sont
importées de France à partir de 1820 au Sénégal sous les effigies
successives de Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe, puis de la
République de 1848, de Napoléon III et de la IIIe République. C’était
le début d’une histoire monétaire qui se consolidera au sein de la zone
CFA. L’intensité des relations commerciales entre la France et ses
colonies l’incite à approvisionner ces dernières en espèces monétaires.
Il fallait éviter que l’absence de monnaie ne constitue un obstacle à
l’accroissement des échanges.
Dans ce cadre, des signes monétaires furent introduits sous des
formes et dans des conditions différentes dans les colonies françaises.
C’est pour accorder des crédits, de plus en plus rendus nécessaires par
la « mise en valeur » des colonies, que des banques d’émission
coloniales verront le jour afin d’y assurer l’émission de monnaie
légale. Déjà, la considération selon laquelle, la monnaie de crédit est
l’instrument de financement privilégié des économies monétaires, était
présente. Pour faciliter donc les échanges et aussi marquer la présence
française, le franc est introduit Outre-mer, et les monnaies
concurrentes éliminées. Pour Gérardin Hubert (1989, p. 28), peu à
peu, on voit naître, un groupement monétaire initialement informel en
un système monétaire rassemblant la France et ses partenaires d’outre-
mer, ce système étant organisé autour d’une monnaie, le franc français

7. "Histoire de l'UMOA, des origines à 1997" a pour objectif de revisiter le passé de
l'Union et reconstituer ainsi l'héritage à léguer aux générations futures. L'ouvrage de
trois tomes est distribué exclusivement au sein du réseau des Agences de la BCEAO
dans les pays membres et à sa représentation à Paris.
8. Maurel et Prom, Maurel et Frères, Chavanel et Fils, Vézia, Peyrissac, Devès et
Chaumet, Buhan et Tesseire, Soucail Frères et Fils. Cette première vague sera suivie
par d’autres.
40 (FF). Il se crée ainsi une zone monétaire à monnaie unique et sans
problème de change : la zone franc.
La création d’une banque centrale qui, au demeurant, était devenue
indispensable, pointe à l’horizon dès 1848, avec l’abolition de
l’esclavage. Elle est consécutive au dédommagement des colons. En
effet, tout commence le 27 avril 1848, date de l’abolition de
l'esclavage dans les colonies françaises. De nombreux propriétaires
d'esclaves sont ruinés, tant dans les Caraïbes que dans les possessions
françaises d'Afrique. Le 30 avril 1849, une loi portant indemnisation
des colons par suite de l’abolition de l'esclavage est votée.
Le 21 décembre 1853, le décret portant création de la Banque du
Sénégal est signé par Louis Napoléon Bonaparte. Son capital, fixé à
ème230 000 F est formé du prélèvement du 8 , opéré sur l'indemnité
accordée aux colons, par suite de l'abolition de l'esclavage, et des
arrérages échus de l'inscription de rente représentative de ce
prélèvement. Cette Banque du Sénégal, fondée en 1853, avait ses
locaux à Saint-Louis. Elle était spécialisée dans le crédit à court terme.
Cependant, elle n'a jamais pu servir à une réelle politique de mise en
valeur de la colonie.
Le 29 juin 1899, un décret est pris, portant création de la Banque de
l’Afrique Occidentale (BAO). Le siège de la BAO est fixé à Paris (78,
rue de Provence) et Henri Nouvion fut nommé premier Directeur du
nouvel établissement. La même année, débutèrent les activités de la
BAO à Dakar, tandis qu'une agence était créée à Conakry.
Après la première guerre mondiale, la BOA étend sa zone au
Cameroun, au Togo et en Afrique équatoriale. Afin d’assurer la
convertibilité de la monnaie émise, un compte courant fut ouvert au
nom de la banque, par convention, dans les écritures du Trésor
français.
Transformée en « Banque du Sénégal », elle deviendra l'Institut
d'Émission de l'Afrique Occidentale Française et du Togo (de 1955 à
1959) avant de devenir, enfin, la Banque Centrale des États de
l'Afrique de l'Ouest (à partir de 1959).
41 1-3. De la crise de 1929 à la constitution véritable de la zone
franc
Historiquement, même s’il est difficile de donner une datation
exacte de la zone franc avant son officialisation, il est possible de lui
trouver un ancrage. La zone franc a commencé à prendre
concrètement corps à partir de la crise de 1929. Il convient ici de
souligner le rôle déterminant. La crise a engendré et entretenue une
insuffisance de la demande.
La dislocation progressive de l'espace monétaire et commercial
international dans les années trente, la montée en puissance
généralisée du protectionnisme et l'enchaînement des dévaluations
compétitives provoquèrent de la part des puissances coloniales une
réaction de repli sur leurs empires. Après l'échec de la conférence de
Londres en 1933, les zones monétaires firent leur apparition. C'est
ainsi que prit naissance la « zone sterling » . Un grand nombre de pays
d'Amérique centrale et d'Amérique du sud vont rattacher leurs
monnaies au dollar pour former la « zone dollar » .
La formation d'une zone économique impériale, protégée de la
concurrence extérieure et fondée sur la complémentarité des
productions coloniales et métropolitaines, passait par la création d'un
espace monétaire commun.
La plupart des pays européens se sont efforcés d’organiser leurs
échanges à l’intérieur d’espaces économiques aux dimensions plus
réduites, autour desquels ils pouvaient dresser des barrières
protectionnistes.
Avec le déclenchement de la seconde guerre mondiale, naissait
l'instauration d'une réglementation des changes, valable pour
l'ensemble des résidents de l'empire et la centralisation des réserves en
devises au profit de la métropole. La zone franc est donc née de la
volonté initiale d’isoler l’empire colonial du marché international et
de créer un espace préférentiel après la crise de 1929.
Le commentaire de Rudloff M. (1970) est édifiant en la matière
« Les grandes puissances coloniales cherchaient après 1930 des zones
substituts aux zones commerciales que la crise leur avait fermées ;
elles les trouvaient dans leurs territoires coloniaux où la domination
économique renforcée s’alliait à la contrainte politique directe. Une
organisation prit corps liant étroitement les territoires dépendants à
la métropole et s’inspirant de l’idéologie du pacte colonial : échange
42 de biens secondaires et tertiaires contre produits primaires non
élaborés » .
Elle a été institutionnalisée le 9 septembre 1939, lorsque dans le
cadre de mesures liées à la déclaration de guerre, un décret instaura
une législation commune des changes pour l'ensemble des territoires
appartenant à l'empire colonial français.
En fait, le début de la seconde guerre mondiale va s'accompagner
d'un dirigisme monétaire avec la mise en place du contrôle des
changes à cette date. Ce contrôle des changes fut défini par les décrets
erdes 28 août, 1 et 9 septembre 1939.
Ils sont clairs dans leurs interprétations car ils « prohibent ou
réglementent en temps de guerre l’exportation des capitaux, les
9opérations de change et le commerce de l’or » . C’est ainsi que pour
la première fois, un texte définira officiellement la qualité de
10« résident de la zone franc » . Rappelons qu’avant 1939, le franc
métropolitain constituait l'unité monétaire de l'Empire.
La zone franc, en tant que zone monétaire caractérisée par une
liberté des changes, est formellement créée. Cette zone possédait déjà
les attributs d’une zone monétaire, à savoir une monnaie française (ou
ses multiples) qui avait cours dans l’ensemble des territoires de la
zone, elle était librement transférable d’un territoire à l’autre, et sa
parité était soutenue par la mise en commun des devises engrangées à
l’extérieur de la zone par ses membres qui appliquaient, par ailleurs,
une réglementation des changes identiques avec l’étranger.
Officiellement, le franc CFA est né le 26 décembre 1945, jour où la
France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première
déclaration de parité au Fonds Monétaire International (FMI).

9. Décrets d’application du 20 janvier et du 24 avril 1940 pour la métropole ; du 20
mai 1940 pour les territoires d’outre-mer.
10. « La condition des personnes physiques ayant leur résidence habituelle en
France et des personnes morales françaises et étrangères pour les établissements en
France » (Art.2, décret du 9 septembre 1939). Ici, la France devait être interprétée
dans un sens large en incluant « la France d’outre-mer » ; mais suivant les
indications de F. BLOCH-LAINE (1956, p. 257-258), durant plusieurs mois, les
restrictions figurant dans ces décrets furent également appliqués aux relations
« entre la France d’une part, et d’autre part, les colonies françaises, le Maroc et les
pays sous mandat (Art.23), tant que des décrets n’auraient pas rendu applicables
dans les relations de ces territoires avec l’étranger des dispositions analogues ; …la
parution de ces textes permit d’affirmer de ces restrictions les transferts intérieurs ».
43 Il signifie alors « franc des colonies françaises d'Afrique » . C'est
aussi l'occasion d'affirmer l'unité car le communiqué du ministre des
Finances parle de « Constitution de la zone franc » et ce sera la
première fois que le terme est utilisé officiellement. Mais, cette
définition de la parité du franc se fait avec une différenciation selon
les secteurs géographiques. Nous avons alors trois unités distinctes :
Le Franc des Colonies (ou Comptoirs) Françaises du Pacifique
(FCFP), qui ne dévalua pas. Le FCFP valait 2,40 FF.
Un Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) qui circula
dans les colonies africaines situées au sud du Sahara ; il dévalua
d’un pourcentage inférieur au franc français. Le FCFA = 1,70 FF.
Et un Franc de la métropole valable également pour l'Afrique du
Nord et les Antilles (FF).
La zone franc lato sensu, regroupe 26 entités territoriales ; elle
comprend, outre 15 pays africains, la France, les DOM-TOM, la
principauté de Monaco et Mayotte.
L’unité monétaire à cette époque signifie alors « franc des colonies
françaises d'Afrique » jusqu’en 1958, puis entre 1958 et la
décolonisation, communautés françaises d’Afrique (y compris en
Algérie, aux Comores et à Mayotte, jusqu'à l'indépendance des
premiers et le remplacement du franc CFA par le franc français à
Mayotte). Certains pays ont choisi, lors de l'indépendance ou après, de
quitter la zone franc coloniale : Guinée (1958), Tunisie (1958), Maroc
(1959), Algérie (1963), Mauritanie (1973), Madagascar (1973), l'ex
Indochine (Cambodge, Laos, Vietnam) en 1954. Le Mali l'a quittée en
1962 pour la réintégrer en 1984.
Aujourd’hui, le franc CFA désigne le « Franc de la Communauté
Financière d’Afrique », pour les pays de l’UEMOA, et le « Franc de la
Coopération Financière en Afrique centrale », pour les pays membres
de la CEMAC. La zone franc rassemble quinze États africains et des
territoires du Pacifique répartis en quatre groupes :
• Huit États d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, la
Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal
et le Togo formant l’Union Monétaire Ouest Africaine
(UEMOA), dont l'institut d'émission est la Banque Centrale
des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
• Six États d’Afrique Centrale : le Cameroun, la République
Centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée
Équatoriale et le Tchad, formant la Communauté Économique
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