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Le Gabon

224 pages
Cet ouvrage retrace le chemin parcouru depuis le début de l'implantation européenne jusqu'à l'accomplissement de l'Etat indépendant. Le premier volume expose les conditions exogènes de la formation du territoire et montre l'originalité de l'organisation sociale des sociétés autochtones, mettant en évidence les contradictions entre le projet colonial et le vécu des groupes locaux. Le second volume est consacré aux méthodes et finalités des encadrements étatiques et pose la question du développement dans le contexte d'une économie dominée par les activités extractives.
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SUJETS

ET INSTITUTIONS

TOMEI
Position, cheminement et méthode

COLLECTION LOGIQUES SOCIALES dirigée par Dominique Desjeux
Brigitte BRÉBANT, La pauvreté, un destin? 1984, 184 pages. J.-A. MBEMBE, Les jeunes et l'ordre politique .en Afrique noire. 1985, 256 pages. Guy MINGUET, Naissance de l'Anjou industriel. Entreprise et société locale à Angers et dans le Choletais. 1985,232 pages. Groupe de Sociologie du Travail, Le travail et sa sociologie. Essais critiques. Colloque de Gif-sur-Yvette. 1985,304 pages. Majhemout DIOP, Histoire des classes sociales dans l'Afrique de l'Ouest. Tome 1 : Le Mali. Tome 2 : Le Sénégal. 1985, 265 et 285 pages. . Pierre COUSIN, Jean-Pierre Boutinet, Michel MORFIN, Aspirations religieuses des jeunes lycéens. 1985, 172 pages. Michel DEBOUT, Gérard CLAVAIROLY, Le désordre médical. 1986, 160 pages. Hervé-Frédéric MÉcHÉRl, Prévenir la délinquance. L'affaire de tous. Les enjeux du dispositif Bonnemaison. 1986, 192 pages. Jean G. PADlOLEAU, L'ordre social. Principes d'analyse sociologique. 1986,224 pages. J.-Pierre BOUTINET (sous la direction de), Du discours à l'action, Les sciences sociales s'interrogent sur elles-mêmes. 1985,406 pages. François Dupuy, Jean-Claude THOENIG, La loi du marché. L'électroménager en France, aux États-Unis et au Japon. 1986, 263 pages. Franco FoscHI, Europe, quel avenir? Emploi, chômage des jeunes. coopératives, clandestins. 1986, 107 pages. Christian LERAY, Brésil-le défi des communautés. 1986, 170 pages. Claude COURCHAY, Histoire du point Mulhouse. L'angoisse et le bleu de l'enfance. 1986, 211 pages. Pierre TR[PIER, Travailler dans le transport. 1986, 211 pages. J.L. PANNÉ, E. WALLON (textes réunis et présentés par), L'entreprise sociale. Le pari autogestionnaire de Solidarnosé. 1986,356 pages. Julien POTEL, Ils se sont mariés, ... et après? Essai sur les prêtres mariés. 1986, 157 pages. José ARocENA, Le développement par l'initiative locale. Le cas français. 1986,228 pages. Jost KRIPPENDORF,Les vacances, et après? Pour une nouvelle compréhension des loisirs et des voyages, 1987,239 pages. Paul N'DA, Les intellectuels et le pouvoir en Afrique noire, 1987, 222 pages.

Série Théorie

en Acte n° 2

SUJETS ET INSTITUTIONS
DIDIER MARTIN ET PHILIPPE ROYER-RASTOLL

Tome

premier

Position, cheminement et méthode

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Des mêmes auteurs

Didier MARTIN, Le Larzac. UtoPies et réalités, L'Harmattan 1987. Didier MARTIN et Philippe RaYER (sous la direction de), L'intervention institutionnelle en travail social, L'Harmattan, 1988.

@ L'Harmattan,

1989

ISBN :.2-7384-0290-9

Ont écrit dans cet ouvrage:
Patrick BLANCHIN, assistant social.

Michèle GEORGE, assistante sociale. Christine LOHEAC, assistance sociale. Didier MARTIN, sociologue, formateur dans centre de formation de travailleurs sociaux.

un

Philippe ROYER-"RASTOLL, psychosociologue, formateur dans un centre de formation de travailleurs sOCIaux.

AVERTISSEMENT

AU LECTEUR

Situés dans le courant institutionaliste, nous précisons que cette position n'engage que nos articles et non la série d'ouvrages que nous dirigeons ou les auteurs qui y ont écrit ou qui y écriront.

En tant que responsables de la série

«

Théorie en acte ", nous

recherchons une ouverture afin de pouvoir créer cet espace dialogique revendiqué dans le premier volume. Cet ouvrage et le suivant constituent les deuxième et troisième volets d'une réflexion sur l'intervention et les rapports du sujet et de l'institution. Nous élargirons dans les suivants les thèmes abordés: les représentations sociales (n° 4) et l'immigration (n° 5). Le lecteur trouvera dans les deux tomes intitulés: Sujets et institutions aussi bien des articles inscrits dans la mouvance institutionnaliste (recherches dans un ministère, dans un Pénitencier, sur le fonctionnement d'une équipe) que des articles insPirés des thèses de E. Goffman, des théories psychologiques et des travaux du Centre de recherches tsiganes (recherches sur l'adoption,. les Tsiganes,. dans un centre d'hébergement). L'analyse institutionnelle, telle que nous la concevons, est une démarche de recherche qui inclut: analyse imPlicationnelle, articulation du psychologique et du sociologique, méthode dialectique. Au fur et à mesure que nous avancerons dans cette série, nous souhaitons que notre réseau s'augmente des éventuels auteurs intéressés par notre démarche et par les thèmes en préParation. D. MARTIN et P. ROYER-RAsTOLL

«

Toute société divisée est donc destinée

à durer (...) Chacun veille au respect de la loi, chacun n'estime son prochain qu'à sa fidélité à la loi. L'amour de la loi -la peur de la liberté - fait de chacun des sujets un complice du Prince: l'obéissance au tyran

exclut l'amitié entre sujets.

»

(P. Clastres)

« L'épreuve de la contradiction accompagne donc bien la question de la servitude volontaire jusqu'à la fin du discours. Elle s'inscrivait déjà dans la double affirmation d'une tyrannie généralisée et d'une opposition entre maîtres et esclaves; dans la double affirmation d'un effacement entre le désir de liberté et de sa persistance indéfinie en quelques-uns; dans celle, déjà, d'un aveuglement irrémédiable du peuple et d'une possibilité de refuser la servitude qui ne coûterait rien. Mais la contradiction ne consume pas la pensée, elle signale le passage de l'interrogation

qui s'extrait du fantasme.

»

(C. Lefort)

AVANT-PROPOS
Didier MARTIN et Philippe ROYER-RASTOLL

Dès le premier ouvrage de cette réflexion collective, nous nous sommes situés dans le courant institution naliste. Nous voudrions ici à la fois faire le point sur ce mouvement et préciser notre propre positionnement. Quatre points nous intéressent plus particulièrement: - le « télescopage» de Marx et de Freud; - l'articulation du psychologique et du sociologique, du psychique et du social; - la distinction idéologie/méthodologie, position militante/position professionnelle; - la redéfinition de ce que nous appelons « l'intervention méthodologique ». On connaît la tentative du freudo-marxisme de constituer une théorie explicative de la société en articulant Freud et Marx: cette articulation ne s'est pas faite en palliant les manques de l'un par les apports de

l'autre et réciproquement:

«

Un marxisme psychanalyti-

que est hors de question: l'implication idéologique et pratique de la théorie marxiste réside dans la stratégie révolutionnaire, stratégie absente de la théorie freudienne, Une psychanalyse marxiste, si elle était envisageable, devrait trouver son fondement non dans l'universalité du complexe d'Œdipe, mais dans l'universalité du 13

"complexe de Promothée"
G. Lapassade,

»

(1) affirmaient R. Lourau et

il y a quelques années déjà. celle de Marx de
»

La rencontre fut plus un « télescopage » qui trahissait et l'une et l'autre théorie en amputant « celle de Freud
des pulsions de mort et du refoulement,

la production dont le sexe prend la place

(2). Ce qui la

rendait impossible était inclus dans le projet initial: synthétiser les deux théories pour en constituer une troisième en dépit des contradictions et surtout, que cette

théorie naissante ait elle aussi vocation à

«

interpréter le

monde». En fait, on peut constater que cette rencontre s'est le mieux effectuée dans des pratiques cliniques et particulièrement dans le mouvement institutionnaliste et ses diverses composantes: psychothérapie institutionnelle; pédagogie institutionnelle; socio-psychanalyse; analyse institutiOnnelle. En intégrant des concepts empruntés à l'un ou à l'autre de ces penseurs, ces méthodes d'analyse et ces pratiques d'intervention visaient le cœur des pratiques sociales, là où elles prennent leur sens: dans les institutions. Pas de volonté de poser les bases d'un système qui appréhende la totalité sociale, humaine, mais celle d'intervenir là où tout est possible: au sein du groupe et plus particulièrement du groupe de travail, de pratiques. Ces projets sont traversés de tendances diverses: ceux qui sont plus proches de Freud en empruntant à Marx ou de Marx en empruntant à Freud; ceux qui se désignent avant tout sociologues ou psychosociologuesou encore psychanalystes; ceux qui préfèrent l'intervention professionnelle à la transformation sociale; ceux qui ont pu avoir la tentation d'utiliser le groupe

-

-

et leur position pour aller dans le
l'histoire », c'est-à-dire

«

bon sens de

celui qu'ils avaient choisi.

Etc. On le voit, les directions sont multiples, au moins autant que les écueils. Op peut cependant noter que, de même que l'analyse institutionnelle est née de la théorisation de pratiques 14

d'intervention dans les années soixante, les autres ensembles théoriques que sont la psychothérapie institutionnelle ou la socio-psychanalyse de Mendel sont liés à des pratiques d'intervention. Toutes sont finalement des tentatives de réponses à ces deux questions que formule S. Moscovici: «Qu'est-ce que l'homme?» et «Quelles

sont les relations entre les hommes dans la société?

»

On

se trouve là au centre des interactions entre le social et la psychique. V. de Gaulejac, en essayant de poser les éléments d'une problématique qui articule l'un et l'autre, affirme

d'emblée:

«

Les rapports

entre la psychologie et la

sociologie sont difficiles et pourtant inévitables (...) Inévitables parce qu'elles sont confrontées aux mêmes phénomènes, que leurs analyses nécessitent des articulations et que ni l'une ni l'autre ne peuvent se prévaloir de posséder l'ensemble des clés explicatives des faits

sociaux (3).

»

Pourtant les choses semblent ne pas aller de soi. E. Durkheim avait constitué le rejet de la psychologie en règle d'or de la sociologie même s'il y a lui-même dérogé et S. Moscovici résume bien ce clivage tenace: «La ségrégation du psychique et du social est devenue une institution de notre culture. Bien qu'indépendante de

toute raison critique, elle résiste à toute critique (4).

»

Qui est premier, de l'individu ou de la société? Cette question alimente les polémiques depuis des décennies... Peut-être peut-on trouver ici une des multiples causes du soupçon que provoquent toutes les recherches du mouvement institutionnaliste ? Ainsi l'analyse institutionnelle est-elle déjà coupable au départ puisqu'elle est difficile à situer: sociologie ou psychologie sociale? J. Barus-Michel semble soulagée quand, dans les premières lignes de son ouvrage, elle remarque que R. Lourau et G. Lapassade se revendiquent de la sociologie. Comme si l'appartenance à tel ou tel champ scientifique avait plus d'importance que la théorie elle-même! Si les sciences bougent, en partie, en fonction des polémiques qu'elles suscitent, il faut cependant que les échanges aient lieu sur les contenus, les méthodes et non pas seulement sur les luttes de pouvoir et d'influence 15

qui traversent le champ scientifique. L'heure n'est-elle pas, depuis des années, il est vrai, à l'interdisciplinarité? Ce qui est important, dans l'analyse institutionnelle, est la mise en œuvre d'une démarche théorique qui prend sa source dans une pratique d'intervention et qui demeure l'élaboration d'un objet de connaissance. Marx

et Freud ne nous ont-ils pas appris

«

l'invalidité de toute

théorie qui n'est pas l'expression d'une pratique sociale, quelle qu'elle soit, poursuivie systématiquement, continuellement réfléchie et interrogée» (5). En effet, lorsque nous intervenons dans une équipe ou dans un établissement, la demande est didactique et non thérapeutique: «C'est souvent une demande "politique" en tant qu'elle est liée aux conflits de pouvoir dans les établissements: on nous fait venir pour essayer de nous utiliser dans ces luttes [alors] il semble que l'intervenant soit chargé surtout de déplacer ou d'exorciser les contradictions plutôt que d'aider à les résoudre ou les pousser jusqu'à leurs extrêmes

limites (6).

»

Le problème central est en fait celui du positionnement: intervenant extérieur, professionnel qui vient « animer» un travail - ce qui montre le lien évident entre intervention et formation, sans cesse réaffirmé sur le terrain et qui peut paralyser le travail si le rapport maître/élève devient central - ou/et intervenant imPliqué, revendiquant une position idéologique par rapport à ce qui se dit et se fait. Nous avancerons que nous occupons toujours les deux positions et le « balancement» permanent fonde la nécessité d'un travail centré sur l'implication. L'idéologie traverse la sociologie, nous dit Morin, le tout est de ne pas se prendre pour un sociologue lorsque l'on n'est qu'un militant politique ou d'affirmer son professionnalisme (Weber parlait de la neutralité axiologique du sociologue) en refusant la tentation idéologique, comme si c'était possible... Ainsi ces nombreux travailleurs sociaux qui, déniant toute implication idéologique, ne travaillent en fait que dans « un rapport imaginaire à 16

la réalité ». Alors même qu'ils affichent l'autonomie « client» comme principe de travail, ils renforcent

du la

dépendance. Ils se « jouent

»

eux-mêmes dans la relation,

se situant dans un rapport amoureux à l'autre: renforcer la dépendance renforce l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, on les aime. Ce lien de plus renforce leur pouvoir, celui

d'être le seul

«

relais

»

institutionnel. La frustration qu'ils

affichent à chaque fois qu'un client n'a plus besoin d'eux ou ne fait plus appel à eux, à chaque fois qu'ils se sentent rejetés, est un exemple caricatural de ce type de relation. En effet, pourquoi se sentir frustré d'un rejet (situation limite) ou d'une autonomie si l'objectif visé est justement atteint, sauf à parler d'autonomie quand tout un système de travail est construit sur l'hétéronomie. Bien que critiques - y a-t-il d'autre démarche scientifique? - nous revendiquons pleinement l'appartenance à un mouvement théorique si décrié et si mal connu. Ce que nous appelons intervention méthodologique est une intervention qui vise avant tout à provoquer l'émergence du collectif et non pas à gérer la transformation sociale. L'essentiel de ce travail pourrait se résumer ainsi: formation du groupe et autonomie du sujet. Même si de fait l'intervention bouleverse le groupe, un espace de pratiques, l'objectif est moins de savoir ce qu'il fera de l'élucidation analytique que de le former à celle-ci. Il s'agit de faire en sorte qu'un groupe sache ce qu'il fait et comment il le fait. Souvent, en effet, les travailleurs sociaux affirment le principe de l'intervention professionnelle et plus ou moins inconsciemment pratiquent l'intervention idéologique, souvent dans l'ordre de la reproduction de la société. L'intervention n'est pas forcément celle que l'on croit. Il en est de même de l'intervention institutionnelle, G. Lapassade parlait du « caractère ludique et irréel qu'on accorde à l'intervention ». L'objet est au départ « la réalité sociale quotidienne de l'établissement» mais le plaisir se situe ailleurs, « dans le registre de l'imaginaire et du symbolique, dans la réalisation d'un sociodrame, d'une activité de jeu, de simulation ». Il s'agit donc de ne pas perdre de vue que l'intervention externe est une nécessité qui doit trouver un écho à l'intérieur pour que 17

le travail prenne un sens et ne soit pas, au bout d'un certain temps, seulement un souvenir plus ou moms plaisant. L'analyse institutionnelle demeure un outil de connaissance et ne constitue pas un guide du militant.

(1) R. Lourau 1971, p. 65.
(2)

et G. Lapassade,

Clés pour la sociologie, Seghers,
1927, p. 13.

(3) (4) (5) (6) Payot,

J.

Barus-Michel,

Le sujet social, Dunod,

Moscovici, La machine à faire des Dieux, Fayard, 1988, p. 7. Moscovici, op. cit., p. 19. , E. Enriquez, De la horde à l'Etat, Gallimard, 1983, p. 14. G. Lapassade, L'intervention institutionnelle, Petite Bibliothèque, 1980, p. 166.

18

INTRODUCTION
Didier MARTIN et Philippe ROYER-RASTOLL

«

Le réel n'est jamais ce qu'on pourrait
mais il est toujours
»

croire

ce qu'on

aurait

pu penser.

(G. Bachelard)

L'acte de connaissance perturbe l'objet; le sujet est perturbé par sa position. Ces deux propositions fondent la question de la méthodologie en sciences sociales, méthodologie entendue comme le rapport entre le sujet et l'objet:
«

Traitant

d'un

problème

sociologique, nous ne

traitons pas seulement un problème d'objets, nous traitons un problème de "sujets", nous sommes des sujets qui avons affaire à d'autres sujets» (E. Morin).

Cette affirmation prend tout son sens pour les travailleurs sociaux, situés au cœur de cette contradiction. Lieu privilégié pour l'analyste, cet espace que J. Donzelot situe entre le civil et le politique, est souvent un lieu d'aveuglement et d'ambivalence, quand l'acte prime ce que le aiscours vient légitimer. Reste que le travail social est une forme d'intervention institutionnelle dans les réseaux qui échappent au tissu institutionnel. D'où la nécessité pour le travailleur social d'une double analyse: 19

analyse de sa position, de ses fonctions, savoir et de son pouvoir; -

de son à
du

analyse de son implication, de son rapport l'usager et au tiers que constitue l'institution.

En somme, les questions-clés sont: cheminement sujet, position dans l'institution, méthodologie.

a) Le cheminement permet de comprendre comment un individu est amené à faire ou/et à dire telle chose en fonction soit de sa trajectoire, des différentes étapes de son cheminement personnel, du mouvement: «Producteurs méconnus, poètes de leurs affaires, inventeurs silencieux de sentiers propres dans les jungles de la rationalité fonctionnaliste, les consommateurs produisent par leur pratiques signifiantes quelque chose qui pourrait avoir la figure des "lignes d'erre"

dessinées par les jeunes autistes de F. Deligny
Certeau) ;

»

(M. de

soit de sa tactique, manière de s'ajuster aux événements sur l'espace de l'autre ou sa stratégie entendue comme
« le calcul des rapports de force qui devient possible à partir du moment où un sujet de vouloir et de pouvoir... est isolable d'un "environnement". Elle postule un lieu susceptible d'être circonscrit comme un propre et donc de servir de base à une gestion de ses relations avec une extériorité distincte» (M. de Certeau)

Ce qui permet de savoir: qui parle? b) La position du sujet renvoie autant à son rapport à la structure, déterminé/déterminant (rapport dialectique) qu'à son implication, à la façon dont «l'institution est actualisée et pérennisée en chacun de nous au niveau imaginaire de la façon la plus inconsciente» (R. Hess). Ce qui permet de savoir: d'où l'on parle? mais aussi de s'interroger: quels sujets, quelles institutions ? c) La méthodologie pose la question
«

essentielle

du

comment

», comment

intervient-on?

comment

passe-t-

20

on du pôle d'analyste - celui qui fait l'analyse - à celui d'analyseur - celui qui permet l'analyse - sans devenir ni gourou ni bouc émissaire? Si nous revenons à nos propositions pouvons les transformer ainsi: de départ, nous

-

L'intervention sociale perturbe le sujet/client. Le sujet/travailleur social est perturbé par position institutionelle. * **

sa

Se poser ces questions, réfléchir à ces écueils... c'est peut-être aussi se mettre - et mettre l'Autre - en position d'être un acteur/sujet reconnu. Cet ensemble de questions structure ce second ouvrage et le suivant (1) dans lequel nous poursuivrons notre « balayage» du champ social. Dans ce premier tome, nous amorcerons notre

réflexion par ce qui fonde les sciences sociales:
ment le réel se prête-t-il à notre investigation?

«

Com-

comment

le sujet retrouve-t-ill'objet

? » Nous avançons l'hypothèse

que ces points sont transposables au travail social. En modifiant quelque peu les interrogations, on peut dire que le travailleur social se trouve confronté à deux problèmes: l'approche des réalités sociales et le rapport à l'autre. N'oublions pas que, dans le champ social, la production est relation. Si les statuts sont différents, travailleurs sociaux et chercheurs n'en sont pas moins condamnés à une analyse implicationnelle. Second temps de notre travail: trois articles montreront comment le terrain réagit sur le chercheur,indiquant là que le cheminement de l'analyste et de son analyse intéresse l'autre en tant qu'il montre comment le

sujet est

«

pris

»

par son objet. Et ici les uns et les autres

sont logés à la même enseigne: celle de l'implication et de l'intervention. Acte de connaissance ou action sociale, la question de l'intervention est résolument à l'ordre du Jour. 21

La troisième partie traitera trois espaces institutionnels: le milieu carcéral, un ministère et un service spécialisé travaillant avec les gens du voyage. Il s'agira dans ces trois cas d'analyser le rapport dialectique sujets/institutions et de voir pourquoi il doit être pris en compte dans la construction de la relation avec l'autre et notamment dans la mise en place des médiations qui paraissent inéluctables pour réguler la relation. * ** Dans le second tome, à l'occasion de l'analyse de deux autres espaces institutionnels - un service s'occupant d'adoption et un grand centre d'hébergement - seront

pointés les

«

effets

»

idéologiques de l'institution.

L'institution, c'est aussi du discours, et pour l'usager il s'agit souvent, pour développer des tactiques adéquates, d'y accéder et de faire semblant d'y adhérer, le reste allant de soi. Ruse du faible sur le territoire du fort dirait M. de Certeau. Autre effet, le discours recouvrira en permanence les actes: discours qui mystifie, l'idéologie

comme

«

fausse conscience ». Ainsi, dans ce centre

d'hébergement, on affirme haut et fort la nécessaire sortie/réinsertion des hébergés et on organise la dépendance, l'organisation du travail impliquant en fait le maintien des hébergés dans le centre. Le rôle des analyseurs nous permettra d'envisager quelques solutions: l'acte de connaissance a pour finalité en travail social de créer des espaces où l'autre a sa place. Quand les professionnels ne sont pas uniquement préoccupés par les problèmes institutIOnnels, les problèmes d'équipe, la gestion des tensions affectives etc. ou

à faire

«

remonter des besoins», ils peuvent écouter ce

que cet autre dit et demande. Tout au long de ce parcours, nous reviendrons sur un des concepts centraux de l'analyse institutionnelle: l'institution, objet de toutes les méprises, la fait souvent prendre pour une forme d'analyse de l'organisation. Ceci, quand la critique atteint ce niveau théorique et qu'il 22