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Le Général Camou

De
112 pages

Ense et virtute

Dans les armées, à côté des chefs qui ont fixé la renommée, chez qui tout est grand, les vues, les aptitudes, les élans, les services, il en est d’autres, parmi les généraux divisionnaires, d’un mérite moins éclatant mais très réel, tout aussi digne de respect et de mémoire : cœurs vaillants, généreux et dévoués avec simplicité ; âmes énergiques et pleines de noblesse ; esprits pratiques, persévérants, expérimentés, conservateurs de la tradition, remarquables par le bon sens, la droiture, plutôt que par l’étendue des facultés, toujours appliqués aux soins et aux devoirs du commandement, toujours prêts.

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Joseph Balland
Le Général Camou
Esquisse biographique
On lit dans lesdu maréchal Bosquet à sa mère, Lettres t. III, p. 319 : « Camou et moi, nous parlons béarnais presque exclusivement, e t cela intrigue beaucoup de gens, les indigénes surtout qui savent un peu de français. Alors, on leur explique que Camou et moi nous sommes des Kabyles de France et que nous p arlons notre langue comme les Kabyles ici parlent la leur, fort différente de la langue arabe. « Ce brave général Camou ne semble pas songer à obtenir une troisième étoile ; il se plaît à raconter comment il organisera ses vieux jo urs, près d’Oloron, où je dois l’aller voir, quand je reparaîtrai dans le pays. A ce propos, il me raconte qu’il sera un peu seul et qu’il regrette de n’avoir pas fait une famille ; et, alors, il m’attaque sur cette question du mariage de la manière la plus sérieuse, pendant que je me défends en riant, ce qui lui fait lever ses deux grands bras ; mais il les ramène bie ntôt autour de moi de la manière la plus paternelle et la plus affectueuse. Camou est le type du soldat le plus droit, le plus simple, le plus brave, le plus estimé, le plus aimé ». Les lignes qui suivent sont extraites duMoniteur de l’Armée,février 1868 :« Parti le sac sur le dos en 1807, sergent en 1808, parvenu pa r son courage, par son mérite, par ses services, malgré une modestie bien connue, au grade de général de division et à la double dignité de sénateur et de grand-croix, le gé néral Camou, adoré des troupes partout où il a commandé et non moins aimé de ses camarades, était un homme antique, au caractère chevaleresque, un type du soldat franç ais d’autrefois enté sur le troupier d’aujourd’hui ». Pour l’honneur qui est dû à la mémoire de ce soldat , notre compatriote, pour l’enseignement viril qui peut être tiré du récit de tant de grands exemples qu’il donna « ense et virtute »,ur, lapar sa bravoure et par la ferme honnêteté de son cœ  Société des Bibliophiles du Béarnmièreréédite aujourd’hui une biographie de Camou. La pre édition de cette étude date de 1868 ; écrite à la façon de Plutarque, elle est l’œuvre du général Balland, mort en 1876 commandant de l’Ecole d’application d’état-major. me Mrimer, pour notreLiouville a bien voulu nous autoriser à faire réimp  Société des Bibliophileset pour desbibliothèques scolairesdu département, ces pages, où son frère, le général Balland, avait si bien tracé « dans toute leur pureté les traits de la belle\figure militaire de Camou, que les hasards des campagnes lui avaient fait connaître, aimer et vénérer ». me Nous prions MLiouville d’agréer l’expression respectueuse de notre vive gratitude. V. LESPY. Pau, 3 octobre 1880.
I
Ense et virtute
Dans les armées, à côté des chefs qui ont fixé la renommée, chez qui tout est grand, les vues, les aptitudes, les élans, les services, i l en est d’autres, parmi les généraux divisionnaires, d’un mérite moins éclatant mais très réel, tout aussi digne de respect et de mémoire : cœurs vaillants, généreux et dévoués avec simplicité ; âmes énergiques et pleines de noblesse ; esprits pratiques, persévérants, expérimentés, conservateurs de la tradition, remarquables par le bon sens, la droiture, plutôt que par l’étendue des facultés, toujours appliqués aux soins et aux devoirs du commandement, toujours prêts. Ils vivent de la vie du soldat et ils en sont heureux ; ils ve illent sans relâche sur l’instruction, la discipline, le bien-être, le développement physique et moral de ce grand enfant, fils du paysan ou de l’ouvrier ; ils le conduisent dans les marches, au bivouac, au combat ; ils le transforment, l’animent, le pénètrent de tout ce qu i le rend fort, et, par leur méthode et leurs exemples, l’élèvent parfois jusqu’à l’épaulette ou donnent la trempe à l’officier que les Ecoles ont formé. Chefs de famille en même temp s que chefs de troupes, ils sont appelés : « mon général » ; mais dans les entretiens familiers du régiment, c’est « père » tel ou tel qu’on les nomme — et l’on a bien raison, car ils sont en vérité les pères de l’armée ? Le général Camou fut à un haut degré un de ces types, dont on doit dire : modèles de l’honneur et honneur du pays ! Il est mort, le 5 février 1868, général de division, grand-croix et sénateur. Il était né le er I mai 1792. Il avait servi activement depuis l’âge de 16 ans jusqu’à celui de 70. Il avait fait la guerre pendant plus de 25 années. Au prix d e quels travaux, de quels efforts, de quels sacrifices, un soldat qui ne s’appuie que sur sa loyale épée, remplit-il une si longue carrière et parvient-il à s’attacher la fortune san s l’avoir jamais courtisée ? Quiconque 1 veut le savoir, lira la notice substantielle, écrite dernièrement sur le général Camou par un de ses vieux camarades, qui, lui aussi, est un d e nos glorieux chefs. Qu’il nous soit permis d’emprunter à ces pages le complément de nos souvenirs personnels, non pour recommencer un tableau achevé, mais pour graver au fond de notre cœur reconnaissant, dans toute leur pureté, les traits de cette belle f igure militaire, que les hasards de nos campagnes nous ont fait connaitre, aimer et vénérer. Camou, Jacques, vit le jour à Sarrance, village des Pyrénées, dans la vallée d’Aspe, au sein d’une famille nombreuse, de médiocre condition et de mœurs patriarchales. Son enfance s’écoula rapide dans ce milieu, où il n’y avait rien que de fortifiant : à l’extérieur le spectacle d’une nature grandiose, à la maison ce lui des habitudes de simplicité, d’honnêteté et de religion. Plus tard, il y eut pour lui un spectacle plus attachant encore, celui des mille bienfaits dont il était l’auteur. S a discrétion égalait sa générosité. Les personnes les plus avancées dans son amitié connais saient à peine les effets de sa sollicitude pour tous les membres de sa famille. Il répandait secrètement ses aumônes, par les mains d’un de ses neveux, curé de village ; mais il ne fiait qu’à lui-même le soin d’aider, de réconforter affectueusement de ses cons eils et de sa bourse une foule d’anciens camarades et de vieux soldats. Ah ! le digne homme ! Et que l’on comprend bien sa joie intime, quand il revenait passer quelques semaines dans son cher pays, où il comptait autant d’amis que de concitoyens ! A son arrivée on s’empressait au-devant de lui, on tuait les oies grasses, on débouchait le jurançon, on se réunissait pour prendre les repas. Parents et amis allaient ensemble entendre l a messe que disait son neveu le
curé ; tous communiaient — et le général attendri, inclinant sa tête blanche, n’était pas le moins fervent à rendre grâces à Dieu, plus encore pour le bien qu’il avait fait que pour les témoignages d’estime publique dont il était entouré.
me 1veuve Mellinet, imprimeur.Imprimée en 1868, à Nantes : M
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