Le genre en question et question de genre

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La notion de genre, popularisée aux États-Unis par les gender studies, permet de penser l’identité au-delà de la fatalité anatomique dont parlait Freud : l’appartenance à un sexe ne dit pas tout de ce que nous sommes. Mais si l’on admet volontiers aujourd’hui que l’identité de genre est construite, on n’ose pas toujours regarder en face la réalité du travestissement et de la transsexualité. Or, qui peut nous en apprendre davantage sur le genre que ceux qui en ont exploré les frontières ?
Claude Esturgie, fort d’une longue connaissance théorique et clinique des comportements sexuels, fait le point sur ces questions. Croisant les données scientifiques et psychanalytiques avec les expériences artistiques, notamment celles du peintre et photographe Pierre Molinier, connu pour ses autoportraits en travesti, et de Pedro Almodóvar, témoin et défenseur de la culture queer, il établit les lignes de force et les perspectives d’un bouleversement qui n’a pas fini de remettre nos certitudes en cause.
Claude Esturgie est médecin, sexologue et psychothérapeute. Président de l’Académie des sciences, il est également membre de la Société française de sexologie clinique et président de l’Institut international de sexoanalyse.
Publié le : mercredi 27 mai 2015
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EAN13 : 9782756107486
Nombre de pages : 139
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couverture

Claude Esturgie

Le Genre en question ou questions de genre

 

De Pierre Molinier à Pedro Almodóvar

 

Préface de Marcela Iacub

 

La notion de genre, popularisée aux États-Unis par les gender studies, permet de penser l’identité au-delà de la fatalité anatomique dont parlait Freud : l’appartenance à un sexe ne dit pas tout de ce que nous sommes. Mais si l’on admet volontiers aujourd’hui que l’identité de genre est construite, on n’ose pas toujours regarder en face la réalité du travestissement et de la transsexualité.

Or, qui peut nous en apprendre davantage sur le genre que ceux qui en ont exploré les frontières ?

Claude Esturgie, fort d’une longue connaissance théorique et clinique des comportements sexuels, fait le point sur ces questions. Croisant les données scientifiques et psychanalytiques avec les expériences artistiques, notamment celles du peintre et photographe Pierre Molinier, connu pour ses autoportraits en travesti, et de Pedro Almodóvar, témoin et défenseur de la culture queer, il établit les lignes de force et les perspectives d’un bouleversement qui n’a pas fini de remettre nos certitudes en cause.

 

Claude Esturgie est médecin, sexologue et psychothérapeute. Président de l’Académie des sciences, il est également membre de la Société française de sexologie clinique et président de l’Institut international de sexoanalyse.

 

EAN numérique : 978-2-7561-0748-6

 

EAN livre papier : 9782756101538

 

www.leoscheer.com

 
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Dans la même collection

VARIATIONS I

Catherine Malabou, La Plasticité au soir de l’écriture, 2004

 

VARIATIONS II

Didier Eribon, Échapper à la psychanalyse, 2005

 

VARIATIONS III

François Noudelmann, Hors de moi, 2006

 

VARIATIONS IV

David Nebreda, Sur la révélation, 2006

 

VARIATIONS V

Didier Eribon, D’une révolution conservatrice, 2007

 

VARIATIONS VI

Éric Duyckaerts, Théories tentatives, 2007

 

VARIATIONS VII

Éric Rondepierre, Toujours rien sur Robert, 2007

 

VARIATIONS VIII

Henri-Pierre Jeudy, Nouveau discours amoureux, 2008

 

© Éditions Léo Scheer, 2008

www.leoscheer.com

 

CLAUDE ESTURGIE

 

 

LE GENRE EN QUESTION OU QUESTIONS DE GENRE

 

 

De Pierre Molinier à Pedro Almodóvar

 

 

Préface de Marcela Iacub

 

 

VARIATIONS IX

 

Éditions Léo Scheer

 

Variations

Collection dirigée

par Léo Scheer

 

PRÉFACE

 

Difficile de parler des sexes de manière savante sans donner l’impression de durcir jusqu’au ridicule les préjugés séculaires de la société dans laquelle on vit. Plus difficile encore de le faire en se montrant sensible en même temps à l’expérience vécue que les uns et les autres nous faisons de nous-mêmes. Singulièrement admirable la tentative de faire ces deux choses pour ouvrir à notre temps de nouvelles possibilités d’action et de pensée. C’est pourtant ces trois choses à la fois que réalise le livre de Claude Esturgie.

Pendant des siècles, les sociétés occidentales ont distribué les êtres humains dès leur naissance en deux groupes, les hommes et les femmes, en leur attribuant des statuts juridiques et sociaux inégaux et complémentaires. Les hommes et les femmes en tant que phénomènes empiriques (sociaux, intellectuels, psychologiques, esthétiques, etc.) sont le résultat de ces classifications qui ont assuré le fonctionnement et la reproduction de ces sociétés. Néanmoins, nos esprits ont tendance à justifier les classifications sociales par les effets dont elles sont la cause. C’est ainsi qu’on a construit des théories de la féminité et de la masculinité comme des sortes d’essences inscrites dans la nature, le psychisme ou la culture, que les distinctions statutaires venaient non pas créer mais « reconnaître » comme autant de faits préalables.

Il n’est pas surprenant que cette naturalisation des identités entre en crise lorsque les classifications statutaires commencent à s’effondrer. Comment régler alors la question des essences féminines et masculines qui étaient fonctionnelles dans un ordre devenu ou en train de devenir désuet ? Telle est la question des « genres » à laquelle notre modernité doit se confronter, dont le transsexualisme d’abord, et le transgendérisme ensuite, peuvent être tenus pour les « symptômes ».

Le transsexualisme concerne les conditions de possibilité de la mutation d’un genre vers l’autre, sans que pour autant l’on mette en cause les attributs supposés de telles identités ou la classification des genres elle-même. Le transgendérisme implique des formes de résistance plus radicales, car elles portent aussi bien sur les attributs des identités en question que sur la pertinence de la classification elle-même.

Si le livre de Claude Esturgie est si passionnant, c’est parce qu’il ne se contente pas de l’examen savant des théories médicales et sexologiques qui ont essayé d’appréhender ces phénomènes. Il se penche avec la même finesse sur la manière dont ce malaise dans le genre a été pensé par deux grands artistes, Pierre Molinier et Pedro Almodóvar. Et à chaque fois il témoigne d’une grande liberté d’esprit, d’un goût de l’invention et de la création, il met la rigueur théorique au service d’une compréhension du nouveau, du singulier, de ce qui varie et désoriente. Ainsi, loin de se contenter d’une démarche normative ou purement spéculative, étayée par l’examen des théories scientifiques ou philosophiques, Claude Esturgie examine la manière dont ces phénomènes ont été élaborés par un grand artiste plasticien et un cinéaste populaire. Chacun d’entre eux, à sa manière, fait de cette matière aux allures si évidentes qu’est le genre une question des plus énigmatiques qui implique le corps autant que le psychisme et leurs puissances respectives, et nous conduit vers des horizons où nos certitudes s’arrêtent pour laisser place au vertige du possible. En effet, Claude Esturgie nous montre comment ces artistes nous permettent de nous délecter, de penser, de souffrir et de rire du dépassement de la division des genres, comme s’ils avaient cherché à nous rendre familier notre propre avenir.

Que deviendrons-nous lorsque, dans nos actes de naissance et dans nos pièces d’identité, il n’y aura plus de signe de notre appartenance au genre masculin ou féminin ?

Ce livre ne nous permettra sans doute pas de répondre à cette question, mais il nous ouvrira les portes du réel pour que notre imagination et notre intelligence puissent s’y glisser afin d’y composer les nouvelles figures de la sexuation. Et ceci non pas avec le pessimisme de ceux qui regardent dans l’effarement s’écrouler le monde où ils sont nés, mais avec la véritable joie de ceux qui y trouvent l’occasion que l’histoire se donne d’expérimenter de nouvelles possibilités, de sortir de sa trajectoire pour bâtir des mondes jusqu’alors inconnus.

 

Marcela Iacub

 

« Il faut en terminer avec les hommes et les femmes, il faut que le genre devienne une expression esthétique, comme un parfum. »

Marcela Iacub

 

PREMIÈRE PARTIE

 

Le genre : conflit identitaire

 

Genre, du latin genus, est en français très polysémique. Il signifie, entre autres, allure, manière d’être, mode, il y a un bon et un mauvais genres ; quand Swann disait d’Odette : « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre », Proust ne prévoyait pas l’ambiguïté que nous pourrions prêter à sa fameuse petite phrase.

Genre dans le sens que nous lui donnons ici est la traduction du mot anglo-saxon gender, beaucoup plus précis – terme de classification, grammaticale et (ou) sexuelle. C’est donc la grammaire qui, répartissant les noms dans le genre masculin ou féminin, soit en fonction du sexe, soit, le plus souvent, d’une manière parfaitement arbitraire, permet d’aboutir métonymiquement au sens qui nous intéresse. Or, si la langue française ne connaît que deux genres, le masculin et le féminin, les choses se compliquent dans d’autres langues avec un troisième : le neutre.

Du reste, certaines langues comme le chinois n’ont ni masculin ni féminin, ce qui n’exclut pas en Chine ou ailleurs les problèmes d’identité. Dans le film de Chen Kaige Adieu ma concubine, un jeune garçon, Douzi, destiné à jouer les rôles de femme à l’Opéra de Pékin, se voit imposer la conviction d’appartenir à un genre différent de son sexe génétique au cours d’une scène violente où le maître de chant lui fait répéter indéfiniment « je suis par nature une fille » jusqu’à ce que il parvienne à le formuler sans se tromper. Violé par un vieillard, secrètement amoureux de son condisciple Shitou, il n’aura, devenu adulte, d’attirance que pour les hommes.

 

Qu’est-ce que le genre ? Comment le genre peut-il se prévaloir de constituer une identité distincte de l’identité sexuelle ? Le concept d’identité de genre, sentiment d’appartenance au sexe biologique et au sexe déclaré à l’état civil, date des années 50. Depuis lors il a eu un retentissement considérable dans les luttes féministes postmodernes, les minorités sexuelles et les sciences humaines. Aux États-Unis en particulier, les gender studies ont cherché à établir de nouveaux critères d’identité.

 

Le sexe anatomique est un constat, le genre une représentation ; le sexe est un caractère génétique, le genre un caractère acquis.

« L’anatomie c’est le destin » écrivait Freud, et nous savons combien le destin sexuel peut être différent du sort que semble lui réserver l’anatomie. La problématique du masculin et du féminin est aussi vieille que l’humanité.

La notion de genre, pour la raison même qu’elle permet la confusion des sexes, n’a pu s’établir que sur l’évidence visible de leur différence. Chaque société humaine, confrontée aux caractères sexuels secondaires et à la complémentarité génitale, définit des normes et rôles de genre variables suivant les époques et les lieux, le sujet devant s’identifier au sexe prescrit. Dans la majeure partie des sociétés traditionnelles l’adéquation entre sexe et genre est censée aller d’elle-même. Mais il existe des sociétés où le regard ne suffit pas à décider de l’attribution sexuée, où le genre est d’emblée dissocié du sexe visible et déterminé par des rites initiatiques défiant la réalité anatomique.

L’anthropologue Françoise Héritier en donne deux exemples : les Sambia de Nouvelle-Guinée, étudiés par Gilbert Herdt, chez lesquels « la féminité est considérée comme complète et naturelle de façon innée, alors que la masculinité doit être construite » (Masculin, Féminin, 1996, p. 201), les Inuit chez lesquels « l’enfant qui vient au monde a certes un sexe apparent, mais ce sexe n’est pas nécessairement considéré comme son sexe réel. En effet le sexe réel est celui qui est porté par l’identité, par l’âme-nom, c’est-à-dire le sexe de l’ancêtre dont l’âme-nom a pénétré telle femme, s’est installé dans sa matrice pour renaître à nouveau, ce que les chamanes font savoir à la naissance de l’enfant… on réajuste progressivement la personnalité individuelle au sexe apparent » (p. 202-203). En dépit de ces références, les thèses de Françoise Héritier restent au demeurant dans le droit fil du dogme lacanien autant que lévi-straussien de la différence des sexes comme substrat de l’ordre symbolique, qui part du postulat pour le moins arbitraire que « la pensée de la différence » est à la base de toute pensée et que la différence princeps est celle des sexes, postulat récurrent en anthropologie et en psychanalyse bien qu’il n’ait cessé depuis des années d’être remis en question (cf. Patrice Maniglier in Les Temps modernes, août 2000, p. 21). Le sexe n’est pas le paradigme de la différence, la différence est partout dans le regard humain, tous les objets diffèrent ; il n’existe que des différences.

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