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Le géographe et les frontières

De
301 pages
Quelles frontières, aux diverses acceptions, le géographe de cette fin de siècle étudie-t-il ? Comment aborde-t-il son étude comparée à celle de ses prédécesseurs comme E. Reclus, R. Blanchard, F. Ratzel, J. Ancel..., A un moment où l'on s'interroge fréquemment sur les effets de l'internationalisation et de la globalisation, il est aussi nécessaire de questionner l'articulation entre les flux et les frontières.
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" LE GEOGRAPHE ET LES FRONTIÈRES

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5252-3

Les Rendez- VODSd'Archimède
Collection dirigée par Nabil El Haggar Université des Sciences et Technologies de Lille

,

LE GEOGRAPHE ET , LES FRONTIERES
Sous la direction de Jean-Pierre RENARD

Jean-Pierre Renard Pierre Bruyelle Sylvie Considere Clal}deDewapenaere Emile Flament Robert Hérin Joël Le Bail Bernard Marchand Catherine Neveu Patrick Picouet André Pruvost Véronique Soutif Pierre-Jean Thumerelle Alain Vaguet Odette Vaguet

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Remerciements

à :

La Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC), au Conseil Régional Nord Pas-de-Calais, au Fonds d'Action Sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles (FAS), au Conseil Général du Nord, à-la Ville de Villeneuve d'Ascq et au Crédit Agricole du Nord qui subventionnent les activités organisées par USTL Culture (l'Université des Sciences et Technologies de Lille). Isabelle Kustosz, Corinne Gustin, Annie Debaisieux, Delphine Poirette, Edith Delbarge, Michèle Duthillieux, Soumia Guennoun, Mylène Merad, Laurence Keirsgieter, Nicolas Fournier, Ludovic Louvion. L'ensemble des textes a été rassemblé par Laurence Catrix.

Avant-Propos

Par Nabil El Haggar
"On ne peut étudier que ce qu'on a d'abord rêvé"

Gaston Bachelard

Ce deuxième ouvrage annonce, je l'espère, la pérennité de la collection "Les Rendez-Vous d'Archimède". L'ensemble des textes publiés ici, reprenant les interventions de leurs auteurs lors des différentes rencontres-débats consacrées au thème "le géographe et les frontières", sont d'une grande qualité. Les auteurs ont parfaitement répondu à nos attentes. Leurs interventions, tout en s'adressant à un large public, n'ont pas cédé à une facile vulgarisation simplificatrice et réductrice. Bien que certains sujets traités, passionnants et passionnels, auraient pu parfois légèrement pousser leurs auteurs en dehors des "frontières scientifiques" fixées par eux-mêmes, la rigueur du propos est restée entière. Les auteurs nous font part de leurs réflexions épistémologiques et historiques autour de la géographie des frontières pour s'interroger, en deuxième partie, sur les frontières et la cohésion des territoires qu'elles circonscrivent. Cet ouvrage est donc une restitution thématique d'une partie de cet espace de réflexion, de pensée et de liberté où échanges et rencontres trouvent vie en dehors de toute logique utilitaire. Notre conviction que les savoirs et les connaissances sont le centre d'une construction lente et complexe des

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rapports que l'on peut avoir au monde, fonde l'ensemble des rencontres proposées dans le cadre des "Rendez-Vous d'Archimède". Cet espace multiforme se veut un lien indissociable entre la culture et l'éducation. Grand merci aux auteurs qui ont bien voulu s'associer à cette démarche dans son intégralité et tout particulièrement à Jean-Pierre Renard qui a préparé, avec nous, ces rencontres et qui a accepté la direction de cet ouvrage.

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SOMMAIRE

SOMMAIRE

Introduction

par J.P. Renard

p. 17

Partie I : RÉFLEXIONS ÉPISTÉMOLOGIQUES Le géographe et les frontières
par J.P. Renard, Sylvie Considère, Claude Dewapenaere, Patrick Picouet, André Provost - Le géographe, le pouvoir et la frontière - Géographie des frontières et Géographie politique - De la géographie politique à la géographie régionale p. p. p. p. 25 27 37 50

- Conclusion

sur la thèse de S. Daveau

p. 72

Le renouveau scientifique des frontières

de la géographie
p. 75 p. 78 p. 87

par J.P. Renard, Sylvie Considère, Claude Dewapenaere, Patrick Picouet, André Provost - Les facteurs internes à la pensée géographique - L'environnement socio-économico-politique at-il
influencé la pensée géographique et contribué au renouveau de la géographie des frontières?

Partie II : FRONTIERES ET MOBILITÉ
Les frontières et la migration internationale par Pierre-JeanThumerelle - Le fonctionnementdes champsmigratoires p. 99 p.lOl
p.102 p.l03 p.l07 p.110

- L'ambiguïté

de la frontière

- Vieilles et nouvellesformes de migrations internationales
- Déplacés, transfuges, réfugiés - Conclusion

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Domicile/travail: deux lieux, deux mondes? Le cas de l'Euregio Meuse-Rhin
par Véronique Soutif - Populations et marchés du travail: statistiques nationales.. . - Résider dans un pays, travailler dans un autre... - Enquête auprès des travailleurs frontaliers - Conclusion p.113 p.116 p.119 p.127 P.144 p.149 p.151 p.153

Tourisme

et frontières

par Émile Flament - Sur l'importance et l'organisation spatiale du Tourisme - La frontière et le mouvement touristique

Partie III : FRONTIERES TOIRES

ET TERRI-

Scolarisation et formation: des inégalités scolaires à l'injustice sociale
Par Robert Hérin - De la formation à l'insertion professionnelle et sociale Le baccalauréat: pierre angulaire du système éducatif - Inégalités de formation, parcours scolaires et reproduction sociale

p.159 p.161 p.163 P.166 p.183

-

Villes en miettes,
par Pierre Bruyelle

sociétés

inégalitaires

Espace et territoire à Spitaltields : perceptions locales et pratiques municipales
par Catherine Neveu - Les résidents whites: le territoire comme point d'identification - Le logement: un bien fortement valorisé - Des perceptions largement en contradiction avec la réalité p.191 p.194 P.197 p .199

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- Les résidents bangladeshis : un espace à constituer - Territoire et espace: deux conceptions de la légitimité des citoyens

p.202

p.205

La banlieue des grandes villes: bouc émissaire?
Par Bernard Marchand

enfer ou
p.217 p.219 p.220 p.224 p.225
p.227 p.230 p.231 p.234 p.236 p.238 p.240

- Images et réalité: les contradictions - La banlieue: lieu du Ban - La banlieue: un lieu de Relégation - Conclusion
La ville indienne: un espace fragmenté
par Odette Vaguet - La ségrégation résidentielle urbaine en Inde - La caste, facteur essentiel de ségrégation

résidentielle?

- Castes

et/ou isolats culturels castes

- Le slum, lieu de l'intouchabilité

- Quartiers aiséslhautes - Conclusion
par Alain Vaguet

Lignes d'ombre de l'Asie méridionale - Frontière ou altérité? - Frontières externes et lignes de front - La querelle linguistique pan-indienne
- Vers d'autres Partitions?
internes

- Chauvinisme, - Conclusion

autonomisme et immigration
des frontières

- Vers une "gé-eau-politique"

p.245 p.248 p.251 p.255 p.256 p.259 p.262 p.269

Partie IV : LA MER ET LES FRONTIERES La balkanisation des espaces océaniques source de nouveaux enjeux halieutiques
par Joël Le Bail - La conquête inachevée d'une ultime frontière - Une souveraineté diversement mise en oeuvre - Vers une meilleure gestion de ces espaces?

p.275 p.278 p.281 p.286

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- Une nouvelle - Conclusion Bibliographie

donne?

p.288 p.290 p.295

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INTRODUCTION

Introduction

Par Jean-Pierre Renard
Ce n'est sans doute pas un hasard si, au printemps de l'année 1993, le vice-président de l'Université des Sciences et Technologies de Lille nous demanda d'organiser un cycle de conférences et de tables rondes sur les frontières et les discontinuités socio-territoriales. En effet, les géographes lillois ont, par tradition et par situation, toujours manifesté un intérêt à l'égard des frontières. Les héritages scientifiques laissés par Raoul Blanchard, Philippe Pinchemel, André Gamblin, Robert Sevrin et Firmin Lentacker, continuent à attiser la curiosité de certains chercheurs et étudiants géographes de l'Université de Lille I. Dès le début du XXème siècle, Raoul Blanchard s'était penché sur les frontières et territoires frontaliers des Flandres, depuis la France septentrionale jusqu'à la Zélande. Quand Philippe Pinchemel rédigea l'éditorial du premier volume de la revue de géographie lilloise "Hommes et Terres du Nord" en 1963, il insista sur l'ouverture de la région du Nord-Pas-de-Calais sur un ensemble transnational et transfrontalier de l'Europe du Nord-Ouest. Enfin, c'est en 1973 que Firmin Lentacker put soutenir sa thèse sur la frontière franco-belge et ses effets sur la vie des relations. Actuellement encore, plusieurs enseignants-chercheurs, entourés de nombreux étudiants de maîtrise, de DEA et de thèse, continuent de creuser le sillon scientifique des frontières et des discontinuités territoriales. Les deux revues de l'UFR de géographie de Lille I (Espaces, Populations et Sociétés, Hommes et Terres du Nord) leur 19

ont récemment consacré quelques volumes thématiques. Au sein du Laboratoire de géographie humail!e et de l'IFRESI (Institut Fédératif de Recherches sur les Economies et les Sociétés Industrielles), ainsi qu'avec le soutien de l'IUFMlUDREFF (Institut de Formation des Maîtres) du Nord-Pas-de-Calais, deux équipes de travail (qui se recoupent partiellement) publient régulièrement depuis quelques années diverses études sur le thème des frontières (épistémologie, relation avec l'enseignement de la géographie, articulation entre frontières et développement). C'est donc riches de cet héritage et de ces expériences de recherches que nous avons organisé un cycle de neuf conférences et tables rondes étalées sur deux années universitaires, entre novembre 1993 et janvier 1995. Il fallait présenter aux non-géographes nos réflexions en la matière, accueillir, le soir, un public qui ne fréquentait pas ordinairement le campus, fortement excentré par rapport à l'agglomération lilloise; enfin retenir nos étudiants après les heures normales d'enseignement. L'Université, centre de culture au sein de la Cité? La mission était belle, noble et justifiait notre totale implication. L'aventure s'est révélée passionnante. Tout naturellement, nous nous sommes d'abord penchés sur les différentes acceptions accordées au concept de frontière. Comment les géographes abordent-ils l'étude des frontières? Comment a-t-elle récemment évolué? Il était donc normal de consacrer la première partie de cet ouvrage aux réflexions épistémologiques et à l'histoire de la géographie des frontières. Toute recherche, quelle qu'elle soit, a besoin de s'interroger sur son existence et sa place au sein de la discipline. C'est à ces questions qu'ont voulu répondre Jean-Pierre Renard, Sylvie Considère, Claude Dewapenaere, Patrick Picouet et André Provost, dans le cadre de deux études. Plus que jamais, à un moment où l'on parle q-uotidiennement de l'internationalisation et de la globalisation des flux, il fallait s'interroger sur les frontières et la cohérence ou la cohésion des territoires qu'elles circonscrivent. La dialectique flux/frontières est, de nos jours, 20

particulièrement féconde en problématiques géographiques. C'est bien la raison qui nous a décidés à consacrer les deuxième et troisième parties aux thèmes suivants: "Frontières et mobilité", puis "Frontières ~t territoires". Pierre-Jean Thumerelle, Véronique Soutif et Emile Flament s'interrogent sur les flux. Puis Pierre Bruyelle, Catherine Neveu, Robert Hérin, Bernard Marchand, Odette et Alain Vaguet développent plusieurs exemples de fractures socioterritoriales. Enfin, en règle générale, les géographes s'intéressant aux frontières se penchent sur des territoires continentaux. Et pourtant, F. Ratzel, dès la fin du XIXème et le début du XXème siècle, avait souligné l'importance des espaces maritimes. Plus récemment, la territorialisation de ces derniers (eaux littorales, zones économiques exclusives) a incité les géographes à s'interroger sur la nature des "frontières" traversant les étendues maritimes. C'est bien pourquoi nous avons consacré à cette question la quatrième partie de l'ouvrage. Joël Le Bail, en prenant appui sur les exemples européen et argentin, analyse les effets de la balkanisation des études maritimes sur les filières halieutiques. Bien entendu, depuis novembre 1993, les recherches sur les frontières ont encore progressé. A tout moment, il serait opportun de modifier le contenu de nos écrits. Certains textes ci-après présentés ont déjà fortement évolué depuis le moment où ils ont été présentés dans l'amphithéâtre Archimède. Les recherches sur les frontières évoluent donc comme l'objet de leurs études. Néanmoins, si les frontières ont tendance actuellement en Europe occidentale et en Amérique du Nord à connaître une phase de défonctionnalisation, voire même d'effacement partiel, elles perdurent dans les esprits et les attitudes; à ce titre, elles justifient totalement nos interrogations permanentes.

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PARTIE I :
REFLEXIONS ÉPISTÉMOLOGIQUES
~
J<

LE GÉOGRAPHE ET LES FRONTIERES
Par J.P. Renard, S. Considère, C. Dewapenaere, P. Piconet et A. Prnvost

Le géographe et les frontières

Par Jean-Pierre Renard, Sylvie Considère, Claude Dewapenaere, Patrick Picouet et André Pruvost

Le géographe,

.

le pouvoir

et la frontière

La carte, instrument de pouvoir et de savoir

TIa déjà été bien souvent rappelé que les frontières ont été des centres d'intérêt et de travail pour le géographe, bien avant la fin du XIXème siècle où la géographie académique et universitaire fut imposée comme une science autonome et reconnue, (J. Ancel (1938), R. Dion (1947), P. Guichonnet et CI. Raffestin (1974)...). Comme le géographe a généralement été assimilé au cartographe, au "faiseur" sinon même au "vendeur" de cartes (la pointe péjorative contenue dans cette caricature n'échappera à personne), on peut se demander comment la carte s'est appropriée lafrontière et ce qu'elle a apporté à la connaissance des territoires et de leurs limites. Dans quelle ~esure la cartographie des frontières a-t-elle autrefois répondu aux besoins des Princes qui souhaitaient améliorer leur maîtrise de l'espace et renforcer leurs pouvoirs? La carte, un instrument du pouvoir, de son exercice et de la conquête militaire; le géographe, un technicien de la représentation spatiale au service des militaires et des souverains; la géographie, un savoir utilitaire pour bâtir ou défaire des Etats... Ces définitions, sans doute restrictives et donc discutables, quelque peu provocatrices, mais non erronées,

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peuvent bien entendu déranger l' Homme de science, soucieux de travailler en totale indépendance intellectuelle et avec objectivité. Cependant, ces rappels ne peuvent, en aucun cas, être oubliés car ils appartiennent au patrimoine de la discipline qu'il faut assumer et valoriser. Certes le géographe-cartographe de l'époque moderne a peu de traits communs avec le géographe du XXème siècle. En représentant les espaces, le géographe d'autrefois a progressivement fait évoluer la frontière vers une structure linéaire. C'est bien au géographe-cartographe des XVllème et XVIIIème siècles que l'on doit, selon l'expression de J. Ancel (1938), l'illusion linéaire de la frontière. La carte a ainsi accéléré la mutation des frontières qui sont passées de l'état de terrain parfois mal connu parce que mal maîtrisé, à celui de concept et d'abstraction chargés de symbolique et d'imaginaire. D'un point de vue conceptuel et pédagogique, on peut aussi penser que la carte, instrument privilégié du géographe, utilisant parfois des figurés linéaires suggérant des barbelés et donc des lignes de front militaire, a eu tendance à faire basculer les frontières, en tant que limites de souveraineté nationale, dans le champ d'investigation des historiens. Par la même occasion, on a oublié de considérer les frontières comme étant aussi des régions, des espaces ayant une certaine profondeur, une structure particulière et un mode de fonctionnement très lié à la présence de la ligne-frontière. De ce fait, même si cela peut paraître quelque peu paradoxal, on peut penser que la carte a longtemps privé le géographe de l'étude des frontières. Encore de nos jours, bien des enseignants sont convaincus que celles-ci sont l'objet d'études historiques et non géographiques.
. "La carte, ça sert d'abord à faire la guerre ?"

"Le Prince moderne (écrit J. Ancel, 1938), qui oppose son pouvoir tyrannique et proche à la puissance vague et lointaine de l'Empereur, désire matérialiser les 28

limites de son autorité contestée. A ce moment, la Renaissance lui en fournit le moyen, la carte; et peu après l'exploration topographique de la terre natale, la préoccupation des ingénieurs militaires, projettent sur le plan, sur le sol, les frontières de la volonté royale...". Dès cette époque, il devient donc possible, avec la carte, de connaître le territoire à distance, de préparer des plans de bataille à l'aide de la représentation topographique, de mener des campagnes en connaissant les lieux à traverser en déjouant leurs difficultés et en en exploitant les atouts; enfin, en organisant, à partir de l'inventaire des territoires désormais mieux connus, les services d'intendance et de logistique des armées. La carte a donc été, dès son origine, un formidable instrument de pouvoir, parce qu'en apportant la connaissance des espaces, elle permettait l'amélioration de l'efficacité des documents servant à conduire de grandes opérations de conquête ou de maîtrise des territoires. La carte a sans aucun doute été à l'époque moderne ce qu'est depuis quelque temps l'image satellitale en matière de progrès technique et scientifique: un excellent outil d'appréhension et d'interprétation de l'espace. Le long processus de linéarisation des frontières et l'Etat moderne Dans leur Géographie des frontières (1974), P. Guichonnet et CI. Raffestin ont écrit: "On constate effectivement qu'en Europe, durant la période comprise entre les Xlllème et XVlème siècles, toute tentative de fondation d'un Etat moderne s'accompagne d'un rassemblement territorial, donc d'une lutte contre l'émiettement et d'un effort pour assigner des limites, même si ces dernières sont imprécises et théoriques". Deux idées intéressantes peuvent être extraites de cette phrase puis commentées: "Un effort pour assigner des limites..",puis "Même si ces dernières sont imprécises et théoriques" .

.

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"Un effort pour assigner des limites". S e substituant aux multiples relations personnelles d'homme à homme, de vassal à suzerain, qui furent par ailleurs responsables de l' atomisation du pouvoir à l'époque féodale, une direction des affaires "plus centralisée", entre les mains d'un roi qui gérait le territoire comme un bien familial puis comme un bien collectif d'Etat, avait besoin de connaître avec plus de précision les limites de son domaine. L'élaboration d'un modèle étatique centralisé, attribuant et concentrant les pouvoirs supérieurs au "centre" de cette nouvelle construction, puis les imposant pro.gressivement aux périphéries, impliquait la nécessité de fixer des limites territoriales plus nettes. C'est donc en fait avec la naissance des Etats modernes, à partir de la fin du Moyen Age, avec la restauration d'un pouvoir administratif, que se développa le concept de frontière, de ligne-cadre, de limite d'extension d'un pouvoir central ou encore de ligne d'affrontement de deux constructions politiques concurrentes. C'est exactement en ces termes que l'historien médiéviste B. Guénic (1967) a analysé la transition des territoires et leurs limites entre le XllIème et le XVème siècle: "Les limites extérieures de l'Etat féodal n'avaient qu'une valeur juridictionnelle et n'étaient guère plus importantes qu'une quelconque limite féodale à l'intérieur de l'Etat. Mais l'Etat nouveau se construit des limites de plus en plus solides auxquelles il donne un sens politique, fiscal et surtout militaire: la limite, au XIVème siècle, devient une frontière. Et, en deçà des frontières, le Prince, installé dans sa capitale, ressaisit peu à peu les vieux droits régaliens, impose de mieux en mieux sa justice et sa fiscalité, grâce à des agents en nombre croissant, inspirés et contrôlés par des services de plus en plus étoffés. Ainsi se développe, après l'Etat féodal et en raison de l'action de l'administration princière, l'Etat territorial. La Monarchie de la Renaissance n'est pas encore une monarchie absolue, elle est déjà une monarchie administrative". Toutefois, selon J.C. Gay (1995), et contrairement à une idée reçue, les limites féodales, surtout celles de proximité, n'auraient pas été aussi floues qu'on ne l'a 30